‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 39 sur 276 · BOUTEVILLE · texte numérisé non relu

BOUTEVILLE

de la Ligue, il donna aussi de bonne heure des preuves de bravoure en Saintonge et en Languedoc conti'e le parti des réformés. En 1621, il concourut à la prise de Saint-Jean-d'Angély ; en 1622 , il assista au siège de Montauban, formé par Louis XIII en personne, et fut enseveli dans les décombres d'une mine, dont on eut beaucoup de peine à le tirer. Ne pouvant rester inactif, il profita d'un intervalle de guerre civile pour aller défendre, avec un prince de Nassau, la forteresse de Bréda, assiégée par les Espagnols. Le désir de seconder son cousin, le duc de Montmorency, dans son expédition contre la Rochelle, le rappela en France, et il eut une grande part au succès de cette campagne. Mais alors les jeunes gentilshommes ne croyaient avoir fait preuve de courage que quand ils avaient exposé leur vie dans les hasards d'un combat singulier. Bouteville se lança , avec toute l'impétuosité de son âge, dans cette carrière semée de périls sans gloire; et, soit bonheur, soit adresse, il soi-tit toujours victorieux de ces funestes rencontres. Dès lors sa vie ne fut plus qu'un long enchaînement de combats singuliers : « c'était assez qu'un « seigneur eût une grande réputation de valeur, « pour que Bouteville voulût se mesurer avec « lui. » En 1624, il se battit, le jour de Pâques, contre le comte de Pontgibault ; il avait pour second le baron de Chantai, qui en vint aux mains avec le comte de Salles. Ces quatre adversaires ayant été séparés par leurs amis , et craignant les poursuites de la justice, n'eurent que le temps de s'enfuir dans un carrosse à six chevaux, escorté de deux cents hommes armés qui devaient protéger leur retraite. Le parlement informa aussitôt contre eux , et un arrêt rendu le 24 avril les déclare « atteints et convaincus du crime de « lèse-majesté divine et humaine, et, pour répa- « ration, déchus des privilèges de noblesse, igno- « blés, roturiers et infâmes ; les condamne à être « pendus et étranglés aune potence croisée, di'es- <• sée^en place de Grève, et leurs corps portés à « Montfaucon; ordonne que leurs maisons seront « démoHes, rasées et abattues, « etc. Le tableau des effigies des condamnés fut affiché à une potence en place de Grève. Pendant la nuit , cette potence fut arrachée par une troupe composée de seigneurs et de leurs laquais. Le parlement rendit un nouvel arrêt par lequel on dut informer avec rigueur contre les auteurs de cette voie de fait; il défendit en même temps les attroupements, et autorisa le duc de Montbazon, gouverneur de Paris, les colonels et capitaines de la ville , « à « faire lever les chaînes en cas de force et de « violence, et à tirer sur les contrevenants ; et à « cet effet enjoignant aux habitants d'avoir « armes en leurs boutiques. » On trouve le texte de ces deux arrêts curieux dans le Recueil E (Paris, 1760,in-12,p.77et suivantes).

En 1626, Bouteville eut une querelle avec le comte deThorigny. Bs se battirent derrière l'enclos des Chartreux, et le dernier fut tué sur place.

NOrjV. BIOGR. UNIVERS. — T. VU.

Le marquis de la Frette,très-lié avec Bouteville, lui ayant reproché de ne l'avoir pas pris pour second dans ce duel, il fallut vider ce différend les armes à la main, ce qui eut lieu entre Saint-Germain et Poissy ; la Frette fut blessé , et son adversaire fut encore une fois obligé de prendre la fuite. Il se réfugia à Bruxelles avec François de Rosmadec, comte des Chapelles, qui lui avait servi de second. Ils furent accueillis admirablement par l'infante archiduchesse, qui sollicita vainement , en leur faveur, des lettres d'abolition près la cour de France. C'est à l'occasion de ce refus que Bouteville s'écria : « Puisque le roi me refuse une abolition, j'irai me battre à Paris, dans la Place-Royale. » Il ne tint que trop sa parole. Le marquis de Beuvron , qui avait juré de venger la mort du comte deThorigny, son parent, s'était rendu à Bruxelles pour provoquer Bouteville. Malgré une réconciliation apparente, ménagée par l'influence de l'archiduchesse , les deux adversaires se donnent rendez-vous, pour le 12 mai 1627, à la Place-Royale; car Bouteville avait promis à l'archiduchesse de ne pas se battre dans ses États. Beuvron avait pour seconds Buquet, son écuyer, et Bussy d'Amboise, qui relevait à peine de maladie ; le comte des Chapelles, fidèle compagnon de Bouteville, et la Berthe assistaient ce dernier. Un combat terrible à l'épée et au poignard s'engagea entre les deux principaux champions : n'ayant pu parvenir à se toucher, ils jetèrent leurs épées, se saisirent au collet, et levèrent en même temps leurs poignards l'un sur l'autre; ils allaient frapper, quand ils se demandèrent mutuellement la vie. Mais déjà le malheureux Bussy d'Amboise avait été tué sur place par . des Chapelles, et la Berthe avait été atteint d'une blessure dangereuse par le fer de l'écuyer de Beuvron. Bouteville et des Chapelles, forcés de s'expatrier de nouveau, montèrent à cheval jusqu'à Meaux , où ils prirent la poste pour gagner la Lorraine. Mais ayant eu l'imprudence de s'arrêter à Vitry , où l'ordre de les saisir était déjà parvenu, le prévôt de la maréchaussée parvint à s'assurer de leur personne. Ils ne furent ramenés à Paris que le 30 mai , après qu'une ' partie de la maison militaire du roi eut été échelonnée sur la route pour empêcher l'exécution d'un projet d'enlèvement à main armée, qui avait été formé sous la haute influence de Gaston; encore prit-on soin de n'arriver que la nuit. Les deux prisonniers furent conduits à la Bastille, d'où ils furent transférés à la Conciergerie le 21 juin. Ce jour même, le parlement les condamna au dernier supplice. C'est en vain qu'une partie de la haute noblesse, à laquelle ils tenaient de près l'un et l'autre, mit en jeu tous les ressorts pour sauver leur tête ; les magistrats durent rester inflexibles devant la loi , et l'autorité royale ne voulut pas user de son droit de clémence. Une requête touchante adressée au monarque par la jeune femme de Bouteville , qui était enceinte, n'obtint pas plus de succès. Elîe-

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