BOUTEVILLE — BOUTHILLIER
même se rendit au Louvre, accompagnée de la princesse de Condé , des duchesses de Montmorency, d'Angoulême et de Pompadour. Le roi, qui avait d'abord refusé de les recevoir, consentit enfin à leur donner audience dans la chambre de la reine. Elles se jetèrent à ses pieds en fondant en larmes, et demandèrent la grâce des deux coupables. Le roi resta impassible, et dit seulement : « Leur perte m'est aussi sensible qu'à « vous ; mais ma conscience me défend de leur « pardonner. « On sait que le cardinal de Richelieul'affermit dans soninflexibilité. Lorsque le duc de Montmorency eut levé l'étendard de la révolte, il compta au nombre de ses griefs l'exécution capitale de son cousin, malgré son intercession en sa faveur. Bouteville et des Chapelles, à leur moment suprême , ne démentirent pas l'intrépidité dont ils avaient donné tant de preuves. Ils ne voulurent pas souffrir qu'on leur bandât les yeux; et ce fut sans effroi qu'ils virent le glaive du bourreau s'approcher de lem" tête, que le fer ennemi avait toujours respectée.
Le nom de Bouteville est devenu , pour ainsi dire, proverbial lorsque l'on veut personnifier le duelliste. Quoique la plaisanterie ne soit guère de saison dans un sujet aussi grave, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler que Cyrano de Bergerac , dans ses burlesques imaginations, suppose qu'en arrivant aux Champs-Elysées Bouteville alla choisir sa place près des grammairiens grecs qui avaient inventé le dï<eL Bouteville avaitépousé Elisabeth- Angélique de Vienne , fille d'un président de la chambre des comptes : elle survécut soixante-neuf ans à son mari, et mit au monde ( six mois et demi après la mort de Bouteville) François-Henri de Montmorency, devenu célèbre sous le nom de maréchal de Luxembourg. J. Lamoureux.
Mercure français (par Bicher) de 1624 à 1627. — Histoire généalogiqxie du P. Anselme, t. III. — Histoire de la Maison de Montmorency , tom. III, etc.
BOUTHiER {Jean- François), jurisconsulte français, natif de Vienne (Daxiphiné), mort dans la même ville en 1812. Il était, avant la révolution, avocat au parlement de Grenoble. On a de lui : le Bonheur de la vie, ou Lettres sur le Suicide et sur les considérations les plus propres à en détourner les hommes , 1776, in-12; — Réflexions sur les Collèges, 1778, in-8° ; — le Citoyen à la campagne, ou Réponse à la question : « Quelles sont les connaissances nécessaires à un propriétaire qui fait valoir son bien? » Genève, 1780, in-8°.
Qi»(!rard, la France littéraire.
BOUTHiLiER (Claude le), diplomate français, né en 1584, mort à Pont-sur-Seine le 13 mars 1655. Il fut d'abord conseiller au parlement de Paris : par la protection du cardinal de Richelieu, il devint surintendant des bâtiments de la reine Marie de Médicis, ensuite secrétaire d'État, et en 1618 il fut chargé du département des affaires étrangères. En 1630, il signa, avec le due de Saxe-Weiraar , un traité d'alliance et
de subside. En 1632 , il partagea la surintendance des finances avec Claude de Bullion , et la conserva seul api'ès la mort de ce dernier. A partir de son administration, les tailles furent imposées par les intendants des fmances. Nommé par le testament de Louis XIII conseiller de la régence, le Bouthilier, dépouiTu d'appui, ne vit point ce choix ratifié par Anne d'Autriche, et fut obligé de se retirer de ^c<;ou^.
Moréri, Dictionnaire historique.
BOUTHiLiEB"( Léou le), comte de Chavigny et de Busançois, homme d'État, fils du précédent, né en 1608, mort à Paris le 11 octobre 1652. Il dut la charge de conseiller d'État à la protection de Richelieu, qui, en 1631, l'ertvoya remplir en Italie une mission de confiance. Le talent qu'il montia dans cette circonstance lui ouvrit l'entrée du conseil, et lui obtint la survivance de la charge de secrétaire d'État, alors possédée par son père. Léon le Bouthilier passa ensuite au département des affaires étrangères. Il signa, en 1635, un traité d'aUiance avec les Provinces-Unies, et un autre avec la Suède. Quatre ans après, il alla en Piémont, dans le but réel de maintenir l'influence du cabinet français sur la cour de Turin. Appelé au conseil de régence par le testament de Louis XIII, il demanda sa retraite après la disgrâce de son père, et conserva seulement le titre de ministre d'État. Il résigna en faveur du comte de Brienne sa charge de secrétaire d'État pour les affaires étrangères, lorsqu'il était désigné pour assister, comme plénipotentiaire , aux conférences de la paix de Munster.
Moréri, Dictionnaire historique.
BOUTHILIER. Voy. RANGÉ.
BOUTHILLIER ou BOUTiLLiER (Dems), jurisconsulte français, vivait dans la première moitié du dix-septième siècle. Il était avocat au i parlement de Paris, et fut chargé de plaider la cause de M™^ de Montmorency-Hallot contre le marquis d'Alègre et le sieur de la Mothe, assassins du mari de cette dame. La Mothe seul avait été arrêté ; mais il s'était placé sous la protection de la fierté de saint Romain, et, d'après les privilèges du chapitre , qui lui avait fait i lever et porter la châsse de ce saint le jour de la fête de l'Ascension ( 1593), il se croyait sûr de l'impunité. L'affaire fut portée au grand conseil, et , sur le plaidoyer de Bouthillier, une sentence, rendue le 16 mars 1608, condamna la Mothe au bannissement et à des réparations civiles. Cet arrêt donna lieu à une polémique entre Bouthillier et le chapitre. A la Défense du privilège de la Fierté de saint Romain contre le plaidoyer de deux avocats du grand conseil (Rouen, 1608, in-8''), Bouthillier répliqua par une Réponse sur le prétendu privilège de la Fierté de saint Romain, Paris, 1608, in-S"; et ce dernier mémoire inspira à l'archidiacre Adrien Behotte un écrit intitulé Réfutation de la Réponse, etc. ; Paris, 1609, in-S", On a encore
BOXJTHILLIER — BOUTIÈRES
de Bouthillicr : Réponse des vrais catholiques français à Vadvertissement des catholiques anglois , pour l'exclusion du roy de Navarre de la couronne de France, 1588, in-8° ;— Plaidoyer deDenys Bout hillier pour les religieux de Marmoustier contre le visiteur et syndic de la congrégation des Bénédictins ; Paris, 1606, in-S" : c'est un livre contre les prétendus droits du royaume d'Yvetot.
Lolsel , Divers opuscules , p. 590. — Hecherches de la France (QEuvres de Pasquier), in-fol., t. 1 , p. loil.
BOUTHiLLiER-cHAViGiVY ( CharUs-Léon, marquis de ) , général français , né à Paris le 21 juin 1743, mort au château de Sillières, département de la Seine-Inférieure, le 18 décembre 1818. Entré au service en 1758, Bouthillier était maréchal de camp en 17&0. Ses trente-deux années de services furent surtout marquées par sa capacité administrative. Ses opinions, non moins que la réputation qu'il avait acquise dans l'armée, le firent envoyer par la noblesse du Berry aux états-généraux. Il s'opposa vivement, le 28 mai 1789, à propos du veto respectif des trois ordres, à la réunion projetée de ces ordres. Lorsque le tiers état se fut constitué en assemblée nationale, la noblesse réélut le marquis de Bouthillier l'un des commissaires chargés d'amener une fusion. Le 19 novembre 1789, il défendit le mode d'enrôlement alors existant. Le 18 janvier 1790, il présenta au nom du comité militaire un projet d'organisation de l'armée et de la garde nationale; à la fin de février, il combattit le projet de fixer la paye du soldat à trente-deux deniers par jour; il proposa, le 19 avril, un décret pour la formation des classes de la marine; en juillet, il examina la question du nombre de troupes dont l'armée devait être composée ; en septembre , il fit décréter que l'artillerie et le génie continueraient d'être séparés. Ilfit décréter, le 13 et le 14 juillet, à la suite d'un rapport sur la discipline, les peines militaires et leur application. On doit au général de Bouthillier l'établissement des masses dans les différents corps : il le fit décréter le l^"" février 1791. Le 7 mars, l'assemblée adopta, sur sa proposition , plusieurs articles relatifs à l'engagement des recrues. Craignant qu'il ne fût porté atteinte à la subordination, il s'opposa, le 11 juin, à ce qu'on exigeât le serment des officiers. Le même esprit l'anima dans sa discussion des questions générales. Il attaqua toutes les opérations financières de l'assemblée, et combattit vivement l'aliénation des biens du clergé. Après l'aiTestation de Louis XVI à Varennes , de Bouthillier prêta serment à l'assemblée, sous condition que les décrets seraient sanctionnés par le roi. Il combattit dès lors les actes de l'assemblée, signa les protestations des 12 et 15 septembre contre ce qu'elle avait fait, et finit par émigrer le 14 octobre 1791. Il travailla, sous le marédial de BrogUe, à l'organisation de l'armée des prmces ( 1792 ), et y servit jusqu'en 1801, en qualité de major général, sous le prince de Condé.
De Bouthillier rentra en France lorsque les puissances étrangères eurent reconnu le gouvernement consulaire. Il vécut dans la retraite jusqu'en' 1814, époque où il fut nommé lieutenant général par Louis XVIU, et passa ses derniers jours à cultiver les lettres et à écrire des mémoires, qui n'ont pas été publiés.
Brevets militaires. — De Courcclles, Dictionnaire des Généraux français. — Biographie des Contemporains.
BOCTHILLIER - CHAVIGNT {Marie-Cons-
tantin- Louis- Léon , marquis de), administrateur français, fils du précédent, naquit en 1774, et mourut le 5 octobre 1829. H n'avait que seize ans et servait depuis une année dans le régiment du Roi , lorsqu'il fut blessé en s'opposant à la révolte des soldats, ce qui lui valut le grade de capitaine, que la reine demanda pour lui. Pendant l'émigration, il combattit dans l'armée de Condé, et se lia intimement avec le duc d'Enghien. De retour dans sa patrie en 1800, il fut successivement auditeur au conseil d'État, et sous-préfet d'Alba en Piémont et ie Minden en Westphalie. La restauration le nomma préfet du Var, et en 1815 il chercha, par tous les moyens en son pouvoir, à arrêter la marche de Napoléon sur Paris. Vaincu dans cette lutte, il fut détenu, avec sa femme et ses quatre enfants , au fort la Malgue de Toulon , où il demeura depuis le 11 avril jusqu'au 22 juillet. Il revint alors à Paris, obtint d'abord la préfecture de la Meurthe, ensuite celle du Bas-Rhin, et en arrivant à Strasbourg, le 6 septembre 1815, il concourut à étouffer une insurrection militaire. Il fit éclater dans cette place ses talents administratifs ; mais il n'en fut pas moins destitué en septembre 1819, à raison du système politique qu'on venait d'adopter. Il siégea à la chambre élective depuis 1820 jusqu'en 1827. Il fut successivement, durant cette période, premier administrateur des postes , conseiller d'État en service extraordinaire , et directeur général des forêts. C'est en cette dernière qualité qu'il contribua à la promulgation du code forestier et de la loi sur la pêche fluviale.
Arnault, J&y, etc., Biographie des Contemporains.
ROvrmKES (Guignes Guiffred de), général français, né dans la vallée de Grésivaudan, vivait dans la première moitié du seizième siècle. Compatriote, lieutenant et émule de Bayard, il se distingua au siège de Padoue, dans les guerres d'Italie, et à la défense de Mézières. Il s'enferma, en 1 524 , dans Marseille , assiégée par Charles- Quint et le connétable de Bourbon, qu'il repoussa après leur avoir fait éprouver de grandes pertes. Il succéda ensuite à l'amiral d'Annebaud dans le commandement des troupes françaises en Piémont , et fut nommé gouverneur de Turin, qu'il sauva deux fois, en 1537 et 1543; mais ayant, par négligence, laissé prendre la ville de Carignan, il tomba dans la disgrâce de François l", qui nomma le duc d'Engliien à sa place j
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ce qui n'empêcha pas Boutières de contribuer au gain de la bataille de Cérisolles. La dernière expédition à laquelle il ait pris part est celle de l'île de Wight. On ignore la date de sa mort. Le Bas , Dictionnaire encyclopédique de la France. BOUTiGNY {Roland LE Vayerde); jurisconsulte français , mort en 1685. H était maître des requêtes et intendant de Soissons. Il a laissé : — De l'autorité du roi sur l'âge nécessaire à la profession religieuse, 1669, in-12;— Traité de la peine du péculat, 1 666, in-i" ; — Traité de la preuve par comparaison d'écriture ; Paris, 1666, in-4''; — Dissertation sur Vautorité des rois en matière de régale -jV&vi?, , 1682, in-12. Le Bas , Dictionnaire encyclopédique de la France. BOtTTiLiiiER {Jean), seigneur de Froidmont, jurisconsulte, né, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, à Mortagne près de Valenciennes , suivant plusieurs biographes , ou plus probablement à Tournay, qu'il habita pendant une grande partie de sa vie. Son savoir en jurisprudence le fit nommer lieutenant d» grand bailli' de Toomay. Il résidait en cette qualité à Maire, dans le faubourg de cette ville , où il tenait sa cour. Dans un acte du 4 août 1383, on le voit prendre les titres de conseiller de la ville de Tournay et bailli de Mortagne. Quelques années plus tard, il cessa de remplir cette dernière fonction, pour redevenir lieutenant du grand bailli de Tournay. On conserve à la Bibliothèque impériale deux procès-verbaux du mois de février 1390, reçus par Jean Boutillier, conseiller du roij notre sire (1), lieutenant de monseig. le bailly de Tournay en Tournésis, Mortagne, Saint-Amand, et des appartenances. L'une de ces pièces est revêtue d'un scel bien conservé, autour duquel on lit : Scel Jehan Boutilli... Les amies sont quatre flacons ou boiiteilles au large ventre , séparées par un sautoir, au cimier d'un sauvage armé de la massue. Boutillier prend les mêmes qualités dans une commission délivrée le 20 juin 1394. U ne quitta plus dès lors la ville de Tournay, où il travailla pendant près d'un demi-siècle à la Somme Rurale, qui a sauvé son nom de l'oubli. « Cette œuvre si modeste, dit un auteur moderne , n'est rien moins , dans sa forme concise, que le recueil le plus complet des usages du moyen âge, le code (si l'on peut donner ce nom ambitieux aux écrits d'un jurisconsulte du quatorzième siècle) le plus sensé de notre vieux droit laïque. » Cujas l'appelle excellent livre, optimus Ziôer. L'auteur y mentionne les arrêts importants rendus, de 1370 environ à 1392, parle parlement, sur les appels des sentences des bailliages de Vermandois et de Tournay, et les décisions notables des tribunaux qui l'entourent. Ce livre ne fut terminé que dans le cours du quinzième siècle; car on y voit cités deux arrêts du parlement rendus l'un en 1407, et l'autre en 1417. Il fut imprimé pour la pre-
(1) C'est h tort que la Biographie universelle de MichauU le fait conseiller au parlement de Paris,