‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 3)Chapitre 5 sur 276 · BOULLONGNE · texte numérisé non relu

BOULLONGNE

avoir concouru pour le prix de peinture. Colbert lui donna la pension sur le vu d'un saint Jean , demi-figure, qu'il trouva si bien, que, par son ordre, le tableau resta dans les salles de l'Académie. BouUongne demeura cinq ans à Rome, et y acquit à un très-haut degré l'art de faire des pastiches. H eut, dans la suite, occasion de tromper avec ses imitations les plus habiles connaisseurs. Il quitta Rome pour aller en Lombardie étudier le Corrége et les Carrache , tout en préférant le Guide et le Dominiquin à tous les autres peintres. De retour en France, il fut reçu de l'Académie en 1677 , et nommé professeur l'année suivante. Sa réputation le fit distinguer par Louis XIV, qui lui donna une pension de six cents livres. Ce peintre dessinait aussi bien qu'il composait. Il était extrêmement laborieux, et peignait souvent, avant et après le jour, à la lueur d'une lampe attachée à son chapeau. Il avait un caractère gai, plein de saillies, aimait et protégeait ses élèves , et fut toute sa vie tendrement attaché à son frère Louis, avec lequel il vécut en commun jusqu'à son mariage avec Anne Lourdet , fille du directeur de la manufacture de la Savonnerie, le 8 avi-il 1687. D fut inhumé à Saint- Roch, sa paroisse, laissant deux fils (nés en 1688 et 1689), dont l'aîné, qui d'abord étudiala peinture , se fit ensuite recevoir avocat ; ils moururent tous deux avant leur père (1708 et 1716). Ses élèves sont J.-B. Santerre, L. Sylvestre, Jean Raoux , Claude Verdot , N. Bertin , Christophe, Dulin, Tournière, Cazes et Leclère.

Bon BouUongne avait coutume de dessiner sur du papier gris, à la pierre noire relevée de blanc ; ses dessins, faits avec trop de facilité, ne sont souvent qu'indiqués. Il a peint à Paris, à Notre- Dame, le Paralytique ; — aux Invalides, les chapelles Saint-Jérôme et Saint- Amhroise,coTaçosées chacune d'une coupole et de six tableaux peints à fresque ; — aux Cliartreux, dans le chœur, la Résurrection de Lazare ; — à la Conception-, sur le maître-autel, l'Immaculée Conception; — au couvent de l'Assomption, la Présentation au Temple, et le Mariage de la Vierge; — aux Petits-Pères, Saint Jean- Baptiste et Saint Grégoire; — à l'Académie, le Combat d'Hercule contre les Centaures et les Lapithes; — au palais de Justice , la Justice accompagnée de la Foi-ce et de la Modération ; Hercule chassant la Calomnie et la Discorde; trois Déesses donnant des couronnes pour animer les arts ; — aux Célestins , Apothéose de saint Pierre Moron (1); — à Versailles, dans la chapelle , neuf petits plafonds représentant des Apôtres groupés avec des Anges ; et au-dessus des orgues , les Concerts des Anges ; — à l'ancienne paroisse, une Cène, et le Mariage de sainte Catherine; — dans les appartements, à Trianon, à la Ménagerie, de noinbreux sujets

(1) Le mnsée du Lonvre possède de Bon BouUongne saint Benoît ressuscitant un enfant, tableau oblong de chevalet , qui donne une bonne idée de sa manière.

mythologiques. 11 a peint, en outre, à Orléans, à Toulouse, à l'abbaye de Saint-Riquier, etc. Il s'est représenté lui-même , dans son atelier, causant avec un poète et un musicien. Il a gravé de sa main trois morceaux : Saint Bruno , Saint Jean- Baptiste, nn Sujet d'Almanach. Audran, Boquet, Langlois, Moyreaii, Cochin, etc., ont laissé des estampes d'après les tableaux de Bon BouUongne.

m. BouLLONGNE {Louis ) , frère du précédent, né à Paris en 1654, mort dans cette ville le 2 novembre 1733. Son père, qui craignait la rivalité entre les deux frères, s'opposait d'abord à ce que Louis fût peintre ; mais la vocation l'emporta, et tous les soirs il traversait Paris pour aller avec Bon dessiner à l'Académie. A dix-huit ans il obtint le grand prix de peinture, et partit pour Rome en 1675 , au moment où son frère en revenait. Il y exécuta les copies de l'École d'Athènes , de la Dispute du Saint Sacrement , et de plusieurs autres œuvres de Raphaël , d'après lesquelles on fit aux Gobelins différentes tentures de tapisserie pour le roi. En 1680, passant par la Lombardie et Venise, il revint à Paris, et y acquit bientôt une grande réputation. En 1681, il fut reçu membre de l'Académie : son tableau de réception représente Auguste faisant fermer le temple de Janus, après la bataille d'Actium. Louis BouUongne avait, dès lors, une immense réputation. En 1722 , il fut choisi pour dessiner les médailles et les devises de l'Académie des inscriptions, avec une nouvelle pension de mille livres et l'ordre de Saint-Michel. En 1723, il fiit nommé recteur de l'Académie; en 1724, premier peintre du roi, avec lettres de noblesse poiu- lui et sa postérité; et en 1725, directeur de l'Académie, fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort. Louis BouUongne fut inhumé à Saint-Eustache , sa paroisse. Il laissa une immense fortune aux quatre enfants qu'il eut de son mariage avec Marguerite Bacquet, qu'U avait épousée le 3 février 1688 : c'étaient deux fils (dont l'aîné fut conseiller au parlement de Metz, puis conseiller d'État et intendant des finances et ordres du roi, et le plus jeune receveur général des finances de Tours) et deux filles, dont l'une fut mariée à Jean-Pierre Richarol, receveur général des finances, et l'autre se fit religieuse. Ses élèves sont : Comical, Galloche, Coiurtin , Dérobai, ces trois derniers de l'Académie de peinture. - — Il était fort assidu à l'Académie, et soutenait les élèves de ses leçons et de sa protection. Il était l'ennemi acharné des pochades et des bambochades, prétendant, avec juste raison, que les gens très-habiles et d'un goût tout à fait formé peuvent seuls se les permettre. Louis Boullongpe montrait , en général , daus ses compositions une grande entente de la mise en scène , une toudie ferme , un dessin correct , un beau coloris ; ses têtes sont d'un grand caractère et d'une belle expression, et il sut approprier son talent aux tableaux de chevalet, aussi bien

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