COBDEN
pour discuter nn projet de pétition au gouvernement dans le sens d'une simple modification des lois sur les céréales. Gobden proposa et fit triompher, après un débat tiès-vif, un amendement par lequel cette assemblée demandait leur abrogation complète et définitive. Il fiit même chargé de rédiger la pétition. L'exemple donné par la chambre de Manchester eut un effet immense; de toutes parts des délibérations de même nature arrivaient aux deux chambres du parlement. Au printemps de 1839, deux cents délégués se trouvaient à Londres porteurs de pétitions que couvraient plus de deux millions de signatures. Cette éclatante manifestation ne devait cependant encore avoir aucun résultat, la chambre des comjnunes ayant rejeté à une immense majorité la motion de M. Williers relative à l'abolition des droits de douane sur les céréales. Mais le lendemain de ce vote les défenseurs de la liberté du commerce se réunissaient en assemblée publique, se constituaient en association permanente, et à la suite d'un chaleureux discours de Cobdeu, ils prirent l'énergique et significative dénomination de ligue pour l'abolition des lois des céréales {anti-cornlaw-league) . Cobden, appelé à prendre la direction de la ligue, consacra toutes les forces de son intelligence et toutes les ressources de son indomptable volonté à lui donner une organisation formidable. C'est sur ces entrefaites que la ville de Stockport, près de Manchester, l'envoya à la chambre des. communes. Sur ce terrain nouveau pour lui, Cobden sentit la nécessité de se recueillir et d'étudier les secrets de cette stratégie parlementaire dont la connaissance approfondie importait au succès de son plan d'opérations. Ses premiers discours ne portèrent aucune trace de cette éloquence tribunitienne qu'on lui avait connue dans les réunions de la ligue, et qui n'aurait que médiocrement réussi dans une assemblée habituée à la langue des affaires ; sa parole fut grave, mesurée, sans exagération, sans déclamation. Cependant, en février 1843, à l'occasion d'un débat sur la détresse des populations industrielles, Cobden prononça un discours d'une animation extraordinaire, dans lequel, après avoir fait une peinture navrante de la misère qui désolait les districts manufacturiers du nord de l'Angleterre, il se laissa emporter jusqu'à prendre à partie le chef du cabinet, le déclarant personnellement responsable de cette misère et des consé- (juonces qu'elle pouvait avoir au point de vue du maintien de l'ordre public. Sir Robert Peel, qui n'était pas encore remis de l'impression douloui-euse que lui avait causée la mort de son secrétaire Drummont, récemment assassiné, exaspéré par la violence de cette attaque, répondit en reprochant à son adversaire de provoquer à un nouvel assassinat sui' sa personne. Cette accusation fut le signal d'un des plus violents orages qui eussent depuis longtemps éclaté dans la chambre. Malgré des efforts désespérés pour I
prendre la parole dans le but de repousser une pareille imputation, Cobden dut céder devant les clameurs de la majorité et ajourner sa justification^à une autre séance. Chose étrange ! trois années après, le même ministre venait demander lui-même et faire consacrer, par une majorité frémissante, qui maudissait en secret ce qu'elle appelait son apostasie, l'abrogation des droits sur les céréales, et déclarait hautement, dans son célèbre discours du 26 juin 1846, que le mérite de cette ùnportante et décisive réforme appartenait tout entier à Richard Cobden. Avec le triomphe de la ligue finit en grande partie le rôle politique que Cobden avait joué avec un éclat incomparable. Selon l'usage de l'Angleterre , ses amis et partisans lui offrirent un témoignage de leur reconnaissance et de leur admiration sous la forme substantielle d'un don en argent de deux millions de francs. ■■'■■>
Cobden, pour réparer sa santé, gravement éprouvée par les fatigues d'une lutte de cinq années , se décida à faire un nouveau voyage sur le continent. Il partit vers le miheu de 1840, après avoir refusé une place dans le ministère whig qui venait de se former, et visita successivement la France, l'Espagne ^t l'Italie, puis l'Allemagne, la Russie et la Suède. Il fut reçu partout avec la plus brillante distinction; une ovation liii fut même donnée à Moscou. C'est :à Madrid qu'il reçut la nouvelle que le West-riding (Yorkshire) venait de le nommer son représentant, à une majorité de 38,000 voix. Il utihsa l'influence que lui donnait cette brillante élection par l'un des districts électoraux les plus considérables de l'Angleterre, pour prêter un vigoureux appui aux diverses lois proposées dans le sens de la hberté du commerce par le cabinet whig, et notamment à l'acte de rappel des lois sur la navigation. Devenu membre de l'association pour la réforme financière qui avait succédé à la célèbre ligue et se confondit plus tard avec V association pour la réforme parlementaire , il concourut très-activement aux travaux de cette société, et prononça dans ses réunions publiques d'excellents discours sur la nécessité de réaliser d'iinportanles économie-s, principalement sur le budget de la marine et de l'armée. C'est surtout à partir de cette époque qu'il reprit, avec une grande vigueur, son thème favori de la réduction des armements et de l'adoption par l'Angleterre d'une politique de paix absolue. En janvier 1849 il fit au sein du parlement une double motion, l'une pour le désarmement, qu'il a renouvelée depuis à peu près chaque année; l'autre pour l'introduction du principe d'arbitrage dans les traités internationaux. Aux congrès de la paix tenus à Paris ( 1849), à Francfort (1850), à Londres ( 1851 ) , il prononça des discours vivement applaudis à l'appui de sa théorie (renouvelée de l'abbé de Saint-Pierre) de la paix universelle fondée sur le développement des relations commerciales et garantie par un tribunal arbitral. Sa motion relative à la constitution