‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 25 sur 200 · CHATTERTON — CHAUCER · texte numérisé non relu

CHATTERTON — CHAUCER

volumes. Il étudie, il examine tout, astronomie, physique, musique, chirurgie, et surtout les antiquités saxonnes. Il s'arrête là, et s'y attache. 11 invente Rowley ; il se fait une langue du quinzième siècle. Et quelle langue ! une langue . poétique, forte , pleine, exacte, concise, riche, harmonieuse, colorée, enflammée, nuancée à l'infini, retentissante comme un clairon, fraîche et'énergique comme un hautbois, avec quelque chose d'agreste et de sauvage qui rappelle la montagne et la cornemuse du pâtre saxon. Or, avec cette langue savante, voici ce qu'il a fait en t]ois ans et demi : la Bataille d'Hastings , poème épique en deux chants ; — Œlla, tragédie épique ; — Godwyn, tragédie ; — le Tournoi, [loëme ; — la Mort de sir Charles Bawdin, jioéme; — les Métamorphoses anglaises; — la Ballade de Charité; trois poèmes intitulés : Vers àLydgate; — trois Églogues ; — Élinoicre et Juga, poème; — deux poèmes sur l'église de Notre- Dame ; — l'épitaphe de Robert Caning, et son histoire : — c'est-à-dire un ensemble de plus de 4,000 vers. Et ce qu'il a fallu joindre de savoir à l'inspiration donnera à quiconque l'étudiera sérieusement un étonnement qui tient de l'épouvante. Pic de la Mirandole, ce savant presque fabuleux , fut moins précoce et moins grand. Chatterton, s'il ne fût mort de son désespoir-, fût mort de ses travaux. « — Les poésies attribuées à Rowley ont été publiées à part, par Tyrwhitt, qui croyait assez à leur authenticité; Londres, 1777, in-8°, et par un nouvel éditeur. Milles , sous ce titre : Poems supposée to hâve been written at Bristol in the ib^fi century bij Thomas Rowley, priestjWith. a commentary in which the antiquity of them is considered and defended; Londres, 1782. in-4''. Les Œuvres choisies de Chatterton :ont paru sous le titre : Chatterton's miscellaneous Poems; Londres, 1778, in-8°; et les Œuvres complètes, intitulées, Works, wlth the author's life\ by G. Gregory ; Londres, 1802, 3 vol. in-8°. ÉUes ont été traduites en français par M. Pagnon, et publiées en 1839, avec une notice de M. Callet. V. R.

Dix, Li/e of Chatterton. — Gregory, Life of Chatterton. — Biog, brit. —', Campbell, Spécimens, VI. — Mon- \tlily review, avril et mai 1771. — Vlllemain, au Table de la lut. au seizième siècle. — De Vigny, Stella.

GHAUCEK ( Gode/roy ) , célèbre poète anglais, né en 1328, mort le 25 octobre 1400. On manque complètement de détails au sujet de sa famille-; les uns ont cru qu'il était le fils d'un tavernier , d'autres le regardent comme issu de parents nobles. Il dit lui-même qu'il était né à Londres. Il reçut une boime éducation; et l'on a cru pouvoir conclure de quelques passages de ses écrits qu'après avoir étudié dans une université, il avait entrepris d'assez longs voyages. Ce qui est sûr , c'est qu'il parvint à pénéti'er à la cour d'Edouard lil, et qu'il obtint la favemde ce monarque ; d'importantes missions lui furentconfiées;le roi le qualifiede scutifer nos-

ter ( notre écuyer ) dans l'acte qui l'accrédite auprès de la république de Gênes. Cette mission fournit à Chaucer l'occasion de voir Pétrarque ; plus tard , il fut envoyé auprès du roi de France, Charles V , pour traiter du renouvellement de la paix et du mariage du prince de Galles , Richard, avec Marie, fille du l'oi de France; cette négociation échoua complètement. Edouard , satisfait toutefois de son chargé d'affaires, lui alloua diverses pensions, s'élevant à 60 ou 60 livres sterling par an, somme alors considérable; il lui accorda de plus un pot de vin ( pitcher ), qui devait lui être remis chaque jour par l'échanson royal, et il le nomma contrôleur des laines et des vins dans le port de Londres. La patente de nomination stipule que ledit Godefroy est tenu de résider touj ours à Londres, d'exercer en personne, et nonpar délégué, toutes les fonctions de sa charge, et d'écrire de sa propre main tous les états ( rolls ) « relatifsàcetemploi. )> Ces fonctions laissèrent toutefois au poète le temps d'écrire autre chose que des documents de comptabilité, douanière ; il se trouva riche, et vécut quelque temps d'une façon splendide. Mais les choses changèrent d'une manière fort triste, puisqu'on le trouve plus tard adressant ime requête à Richardill, pour que ce monarque le protège contre ses créanciers. Les causes de l'infortune de Chaucer sont peu connues; on pense qu'ayant pris parti dans les troubles qui agitèrent alors la cité de Londres , il se trouva, ainsi que les adhérents du duc de Lancastre, dans les rangs des vaincus. S'étant enfui dans les Pays-Bas , il y devint la proie de la misère, revint à Londres, et y fut jeté en prison ; mais Richard n le fit mettre en liberté, et lui ac corda des places et une pension de 20 livres sterling ; toutefois l'emploi lucratif de contrôleur des douanes ne paraît pas avoir été-rendu à Chaucei-. Il jouissait de toute la faveur du duc de Lancastre, et de Jean de Gand , fils d'Edouard ni. Confident de l'amour de ce prince pour sa cousine. Blanche de Lancastre, il célébra dans ses vers les charmes et les vertus de la duchesse. Malgré son attachement pour Blanche , et bien qu'après sa mort il épousât Constance, fille de Pierre le Cruel, roi de Castille, Jean de Gand eut toujours une vive passion pouf une Jeune personne, Catherine Ronet, qui devint lady Swinford , fut séparée de son mari , et finit par se marier à Jean lui-même , lorsque celui-ci fut devenu veuf pour la seconde fois . Chaucer, qui avait épo u se Phihppa, sœur de Catherine', se trouva ainsi allié à la famille royale ; et le fils de. son beau-frère s'assit sur le trône de la Grande-Bretagne, sous le nom de Henri LV, grâce à une révolution en faveur de la maison de Lancastre. Chaucer, arrivé à la vieillesse, ne profita pas des événements pour repaïaîtie a" la cour; il s'était retiré dans son château de Dunington, où il termina paisiblement sa vie. C'est dans cette retraite qu'il composa plusieurs de ses ouvrages, et notamment les Contes de Canterbury ^ regardés avec raison

CHAUCER — CHAUCHEMER

comme son chef-d'œuvre. "Ce poëme célèbre ne compte pas moins de dix-huit mille vers ; il a pour sujet la réunion de vingt-neuf personnes ( non compris Chaucer lui-même ) , que le hasard rassemble un soir dans une auberge d'un faubourg de Londres, et qui forment le projet de se rendre en pèlerinage au tombeau de saint Thomas Becke^ à Cantorbery. Elles appartiennent à toutes les classes de la société ; il y a parmi elles un chevalier, « toujours bon et loyal », qui s'est battu pour la cause de la Croix en Egypte , en Lithuanie, etpartout; son fils, « jeune écuyer, toujours envieux et cherchant partout le plaisir ; » une prieure, « gaie et pleine de grâce » ; un frère quêteur, «gars folâtre et gaillard» ; un marchand, un meunier, un marin, un cuisinier, etc.. Les portraits de tous ces individus sont tracés avec finesse et avec une intention satirique. Pour passer le temps durant la soirée qui précède le jour du départ , chacun raconte une histoire : plusieurs de ces histoires sont des sujets empruntés à Boccace ou aux fabliaux, d'autres sont pris dans l'histoire romaine, d'autres dans la légende; il en est qui paraissent de l'invention de Chaucer. Les sujets graves et plaisants sont entremêlés avec art; des récits un peu lestes, et qui maltraitent le mariage ( selon l'usage des écrivains de l'époque), sont à côté de narrations sérieuses et morales. Le style naïf du moyen âge prête à ces contes un charme particulier; ils font les délices des Anglais, qui y trouvent une foule de détails curieux sur les mœurs de leurs ancêtres. Ils ont moins d'intérêt pour les étrangers, qui seraient souvent rebutés de leur longueur ; aucune traduction ne saurait d'ailleurs en donner une idée exacte. Un peintre habile , Stothurd , a retracé la cavalcade des pèlerins de Cantorbery dans un tableau qui a été accueilli avec enthousiasme, et qui a étéreproduit dans une gravure très-répandue dans-' la Grande-Bretagne. Les autres ouvrages de Chaucer sont bien moins célèbres et bien moins goûtés que ses Contes; il sufûra de signaler rapidement les principaux :

Froilus et Cresséide, espèce de poëme épique, en cinq livres, imité du Filostrate de Boccace, rempli d'épisodes, de combats et d'amours dans le genre chevaleresque; — le Roman de la Rose , traduction libre d'un fameux ouvrage français: Chaucer n'a point scrupuleusement suivi l'original; il l'amplifie quand il lui plaît, il y met du feu et de la vie ; — la Légende des bonnes femmes , panégyrique des dames les plus célèbres : le livre de Boccace de Mulieribus Claris en a fourni le sujet; — le Testament d'amour, en prose : on y remarque que le poète fait de l'Amour une déesse, et non un petit dieu ;

— l'Assemblée des sots, imitation 'bizarre du Songe de Scipion par Cicéron ; — le Palais de la Renommée, composition empruntée à l'un des Triomphes de Pétrarque, et que Pope a rendue populaire, en l'imitant et en le paraphrasant;

— la Cour d'amowr, production médiocre; —

la complainte du Chevalier Noir se rapporte aux amours de Jean de Gand avant son mariage avec Blanche de Lancastre, dont la fin prématurée est l'objet des regrets exprimés dans le Livre de la duchesse. Quelques autres ouvrages, de peu d'étendue, quelques écrits dont l'authenticité est contestée, n'ont pas besoin d'être mentionnés ici. — Observateur judicieux, Chaucer n'a en vue que des réalités ; poète essentiellement pittoresque et dramatique, il décrit t d'une façon aussi vive que naturelle; ses personnages sont peints d'après nature, et (caractérisés de manière à ne pouvoir être oubliés. H ne ménage pas le clergé; il l'attaque maintes fois avec une hardiesse qui s'cxpUque dès que l'on sait qu'il était ami du fameux Wicklef, qui voulut, cent cinquante ans environ avant Luther, mais sans le même succès , entreprendre en Angleterre l'œuvre de réforme qu'accomplit le moine allemand. Du reste, l'animosité de notre poète ne se borna pas toujours à des coups de plume; car dans sa jeunesse il fut condamné à deux shellings d'amende pour s'être permis de battre un cordelier. Les éditions originales des ouvrages de Chaucer, imprimées par Caxton et autres anciens typographes anglais, à > la fin du quinzième ou au commencement du i seizième siècle , sont des volumes excessivement i rares et d'un prix exorbitant. L'édition donnée par John Ury, 1721, in-folio, n'est pas sans mérite ; mais elle a été effacée par celle mise au ! jour par le savant Th. Tyrwhitt; Londres, 1775, 5 vol. petit in-8°; réimprimée à Oxford , 1798, 2 vol. în-4", et, avec quelques améliorations, I en 1822 et en 1830, 5 vol. in-8''. — Une édition I correcte et soignée, avec une vie de Chaucer ! écrite par un savant judicieux ( sir Harris Nij cholas), en 6 vol. in-8°, a paru en 1845, et fait j partie ûeïAldine collection of bristishclassics, , ; publiée par le libraire Pickering.

' " G. Brunf.t.

( Godwln, Lifo of Chaucer, toitU mcmoirs on the Hfe of hisfriend John ftf Gaunt , duke of Lancastre, and an essay on the cnglish manners, opiyiions and litcrature diiring the ath century; London, 1803, 2 vol. In-i". 1804, 4 vol. in-8°. — AVarton, Nistory of cnglish poetrtj, t. II, p. 127-224. — Lardner, Literary and scientiftc mcH of England, 1836, t. I, p. 1Î5-172. — ViHeraain, Cours de littérature {moyen âge), t. Il, p. 206-212. — narrls N'icholas, Life of G. Chaucer. — Todd, Illustr. of the lives andzoritings of Cower and Chaucer; Londres,^ isio, In-S». — D'Israeli, Amenities of litcratiire, I84î,"î, Ui. — Ketrospeetive-review , t. IX, p. 172. — EdinburgU revieio , juin 1815. — Delécluze, Revue française, avril 1838. — Chaucer and his times, article inséré dansirle Dritish quarterly review, n" S, février 1846, in-l2. — Chateaubriand, Essai sur la litt. angl. — Gomont, Notice sur Chaucer (Monit. univ., 1847, p. 2568).

CHAUCHEMER ou CIAITCEMER, et non CAIT- -

CHEMER ( François ), théologien français, né à Blois, mort le 6 janvier 1713. Il entra dès l'âge de quinze an.s dans l'ordre de Saint-Dominique, et fut envoyé îi Paris , dans le couvent de Saint- Jacques , pour y faire ses études, It s'y distingua par la subtilité de .son esprit et sa facilité d'élocution. 11 fut reçu docteur en théologie en 1673.

CHAUCHEMEH — CHAUDET

Il s'était acquis une telle renoramée par ses sermons, qu'il fut nommé prédicateur du roi, avec une pension de 300 livres. En 1678 il fut élu provincial pour Paris, et en 1687 prieur du grand couvent de Paris. Il employa ses dernières années à composer des ouvrages, dont la plupart sont demeurés manuscrits.

Ses principaux ouvrages imprimés sont: Traité ie piété sur les avantages de la mort chrétienne, avec des exhortations, des actes et des orières propres à aider les fidèles à bien nourir; Paris, 1707, 2 vol. in-12 ; — Sermons <ur les mystères de la religion chrétienne ; 'aris,1709, in-12.

Échard, Biblioth. script, ordinis Prœdicatofum, II. — )esniaizeaux, Note sur les lettres de Bayle, II. — D. Lion, Bibliothèque chartraine ( manusc). — Lelong, Biliot/ieque historique de la France, édlt. Fontette.

* CHAUCHON (...), théologien français, virait dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. 3n a de lui : la Journée sainte; Paris, 1742, n-12; — Réfleocions sur la nécessité, les effets ',t les avantages de la discrétion ; Le Mans , 762, in-12.

Mémoires de Trévoux, octobre 1763. — B. Hauréau, iistoire litt. du Maine, t. IV.— Richard etGiraad, Hbl. sacrée.

* CHAUDES-AIGUËS ( Jocques-Germain ) , lubliciste français, né Santhia, près Turin, le

février 1814, mort en 1846. Il fut élevé à Gre loble, et vint, en 1832, à Paris, pour suivre 1 carrière des lettres. Dès 1836 il écrivit dans 1 Chronique de Paris, et prit part à la réiaction de l'Artiste , de la Revue de Paris , de a Presse et du Siècle. Chaudes-Aiguës, comme ritique, avait pris pour modèle M. Gustave 'lanche. Il a laissé : Élisa de Kialto; Paris, 834, in-S" ; — les Écrivains madernes de la France; Paris, 1841, in-18. C'est un recueil ['articles publiés dans différents journaux.

Quérari, la France littéraire (suppl.). — Beuchot, ournal de la librairie.

l CHAUDESAiGUES {Charles Bcirthélemi), lianteur et poète français , né à Paris, le 14 vril 1799. D'abord enfant de chœur à Saintlerry, il entra au Conservatoire en 1812. Malgré à vocation pour la musique, ses parents lui firent pprendre l'état d'horloger, qu'il continua jus- [u'en 1831. A cette époque, il débuta brillam aent dans les concerts; le premier, il y introuisit le genre comique et la chansonnette. Jhaudesaigues excelle dans ce genre, essentielleaent français; on distingue parmi ses nom- »reuses créations : Jean- Jean romantique; — fiNoce de madame Gibout; — la LettredeDunanet ; — la Valse du petit François; — la femme à Jean Beauvais ; — l'Éducation à la \ean- Jacques ; — le Langage des cloches ; — et lurtout le Boursier. On a de lui : la Chanson '.'autrefois et la Chanson d'aujourd'hui, >oéme publié par divers journaux ; et différentes •oésies légères.

Le Ménestrel, ifl mars |837. — Journal de l'Oise , 3» mars i85S.

CHAUDBT ( Antoine-Denis ) , sculpteur français, né à Paris, le 31 mars 1763, mort le 19 avril 1810. Il débuta dans les arts à une époque où les mauvaises doctrines avaient la vogue en France. A vingt-et-un ans il remporta le grand prix sur un bas-relief à plans multipliés, dont le sujet était Joseph vendu par ses frères, dans lequel il introduisit des bergers , des troupeaux, des arbres, des lointains chargés de détails; mais à Rome son goût s'épura : les ouvrages de Michel-Ange, de Raphaël, les monuments de l'antiquité, ses liaisons intimes avec Drouais, son compatriote et son émule, furent autant do sources où il puisa cette sagesse de composition, ce grand caractère , cette exécution spirituelle et facile qui distinguent ses meilleurs ouvrages. De retour dans sa patne, en 1789, il exécuta pour le Panthéon un groupe de VÉmulation de la Gloire. En opposition de style et de/oire avec les productions de l'époque, cet ouvrage ne fut pas goûté; on ne lui rendit justice que quand l'école,de David eut dessillé les yeux des artistes. Son Œdipe enfant secounipar un berger ; son Cyparisse pleurant unjaon chéri ; son Cincinnatus; son Amour présentant une rose àunpapillon, ou séduisant Vâmepar V attrait du plaisir, resta imparfait et fut achevé sous la direction de Cartellier; son Paul et Virginie, admiré de Bernardin de Saint-Pierre lui-même ; sa figure delaSensibilité, ou, si l'on veut, de la Surprise, sous les traits d'une jeune fille qui s'étonne , qui devient «rêveuse en touchant une sensitive ; un Bélisaire en bronze; la statue de la Paix, en argent, placée au château des Tuilleries; celle de Napoléon, si bizarrement costumé, qui surmontait la colonne de la place Vendôme avant 1815; plusieurs bas-reliefs dans l'intérieur de la cour du Louvre, et celui du Musée, où il a représenté la Peinture, la Sculpture et l'Architecture , sont les ouvrages qui perpétueront son souvenir et le maintiendront, non au premier rang des sculpteurs de notre siècle (car il fût plus spirituel que profond ; plus tendre , plus gracieux que sévère et correct), mais parmi les artistes dont les productions aimables doivent plaire. dans tous les temps. Comme peintre, Chaudet n'a pas manqué d'un certain mérite ; son tableau d'Énée et Anchise , bien que faible de coloris et de pinceau, comme sont ordinairement ceuxdes artistes qui ont plus volontiers exprimé leurs pensées sur le marbre que sur la toile, est un ouvrage digne d'éloges sous le rapport de la composition et de l'étude des formes; ses compositions pour le Britannietis , VEsther^et YAthalie, gravées dans la belle édition in-folio de Racine donnée par P. Didot; enfin ses articles sur le vocabulaire des arts du Dic=tionnaire de l'Académie, sont des témoignages de l'étendue et de la variété de son savoir, comme de la sagacité de son esprit. C'est en

CHAUDET — CHAUDON

1805 que Chaudet fut nommé membre de la classe des beaux-arts de l'Institut. [Enc. des g. (lu. m. ]

biographie des Contemporains. — Nagler, Neues Mlgeni. Kiinst Lexicon.

ciiACDEï {Jeanne-Éllsàbetli, néeGABiou), femme peintre française, épouse du précédent, née en 1767, morte vers 1830. Elle s'est fait un nom parmi les femmes qui se sont adonnées à la peinture des suj ets familiers. On a gardé le souvenir de ceiiQ Jeune Fille montrant à lire àim chien,An salon de 1798 , chef-d'œuvre de naïveté enfantine; à\ine jeune Fille mangeant du lait en présence d'un chien qui fait la révérence pour en obtenir, exposé en 1812, année où M™*' Chaudet obtint un prix d'encouragement. Croyant corriger le défaut de son mari, qui fut son maître, et dont les ouvrages étaient ternes, gris, monotones, elle affecta le clair, le brillant, le lumineux, et franchit bientôt la ligne qui sépare la fraîcheur du factice. Ses derniers tableaux sont roses et blancs, et faibles de contours. M"""^ Chaudet a laissé de beaux portraits, parmi lesquels il faut citer celui de M™* Gérard.

Nagler, Neues Mlgemeines Kûnstler- Lexicon. — Livrets des Salons.

CHAUDON {Louis-Mayeul), littérateur et biolexicographe français, naquit à Valensoles, près de Riez, dans les Basses-Alpes, le 20 mai 1737, et mourut à Mezin (département de Lot-et-Garonne), le 28 mai 1817. A la suite d'excellentes études, qu'il termina dans les collèges de Marseille et d'Avignon , il embrassa l'état religieux, et donna la préférence à la congrégation de Cluny, de l'ordre de Saint-Benoît. Les facilités qu'il devait y trouver pour se livrer à son goût pour les recherches d'érudition , autant qu'une vocation spéciale, déterminèrent son choix. Il s'était d'abord essayé dans la poésie, en publiant une Ode sur la Calomnie, 1756, in-S", et une autre aux Échevins de Marseille, 1757, in-8°; mais il eut le bon esprit de sentir que la nature ne l'avait pas créé poète, et qu'il ferait un emploi plus utile des connaissances étendues qu'il avait acquises, en les appliquant à des travaux historiques , philosophiques et littéraires. Le public ne tarda pas à recueillir le fruit de cette nouvelle disposition du jeune bénédictin. Un Dictionnaire historique portatif avait été publié, dès l'année 1752, par l'abbé Ladvocat, bibliothécaire de la Sorbonne. Cet ouvrage, qui n'était qu'un abrégé du grand dictionnaire de Moréri, avait obtenu un succès qui tenait moins au talent de l'abréviateur qu'à la forme analytique sous laquelle il avait réduit à des proportions plus modestes les énormes in-folio de Moréri et de ses continuateurs. Dom Chaudon, qui avait reconnu l'insuffisance et les imperfections de ce travail , conçut le projet de composer un autre dictionnaire portatif, qui s'éloignerait également de la prolixité de Moréri et de la sécheresse de Ladvocat. Ce nouveau Lexique fut imprimé à Avignon , en

1766, sous la rubricjue d'Amsterdam, che; Marc-Michel Bey , 4 vol. in-8°. L'auteur vou lant éluder l'obligation où il se serait trouvé d. soumettre le livre à l'approbation de la congre gation dont il faisait partie, annonça sur 1 frontispice que c'était l'ouvrage d'une sociéL de gens de lettres. Cette prétendue société rendit dans la préface un compte vrai et satisfaisant des vues qu'elle s'était proposées e de la marche qu'elle avait suivie. Le mérit principal de l'œuvre consistait dans la modéra tion et l'impartialité des jugements que l'on \ portait sur les actions des hommes et sur le productions de l'esprit, non que ces jugement fussent toujours avoués par le goût, ou confor mes à une saine appréciation des choses ; mai alors qu'ils n'entraînaient pas l'adhésion, il semblaient plutôt provoquer, par leur formi convenable, l'examen que la contradiction. Ui assez grand nombre d'erreurs de détail, qu échappent inévitablement dans des ouvrages di ce genre, s'y faisaient' aussi remarquer; mai) ces défauts ne purent attiédir l'intérêt que l'en semble de la composition excita généralement ' ni balancer le succès qu'elle obtint, tellemen que neuf éditions consécutives ( sans compte les contrefaçons, tant en France qu'à l'étranger) furent mises au jour de 1766 à 1804. S.i deuxième fut publiée à Rouen, par les soini de l'abbé Saas, qui lui-môme avait fait paraîtn une critique du Dictionnaire de Ladvocat (1) Les autres furent imprimées successivement avec des corrections et des additions chez Le roy, à Caen, 1773, 6 vol. in-8<'; 1783, 8 vol. 1789, 9 vol., et chez Bruyset; à Lyon, 1804 13 vol. M. Delandine eut part à celle-ci, surtou pour les articles qui concernent les hommes di la révolution. La neuvième et dernière éditron publiée par Prud'homme , avec le consentemen de Chaudon (Paris, 1810-1812, 20 vol. in-8°), n'{ pas joui de l'estime qu'avaient méritée les précédentes, à raison des nombreuses fautes qui If défigurent. L'éditeur avait eu à sa disposttior des matériaux importants, et notamment plui de quatre mille notes des abbés Brotier et Mer cierSaint-Léger; d'autres savants philologues, tel: que Haillet de Couronne, Grégoire, Marron, etc. lui avaient fourni d'amples documents. Oe doit sans doute attribuer à la précipitation avec laquelle cette publication fut faite les erreui'S el bévues dont elle fourmille, à tel point que l'habile critique Ginguené la considérait comme le recueil le plus complet de quiproquos bibliographiques que Von connût. Au surplus, \é travail propre de Chaudon fut souvent mis à contribution par d'autres écrivains. Les éAi-\ teurs de l'Encyclopédie de Genève s'accora^i modèrent sans façon des articles Annibal, An-^ toine le triumvir, Auguste, et dom Chaudoai

(I) Lettres d'un professeur de Douay àun professeur de Louvain sur le Dictionnaire historique del Ladvocat ; Douay, 1702, iu-8°.

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