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se plaignit surtout de l'abbé Feller, ex-jésuite, qui avait publié, en4781, ua autre Dictionnaire iiistorique « qui n'est tout uniment qu'une « réimpression du sien , à l'exeeption de quelle ques additions , de quelques changements qui « tiennent à une partialité révoltante, et de quel- « ques injures dont l'auteur a cru devoir gra- <i tifier celui qu'il dépouillait (1). » Les recherches auxquelles dom Chaudou avait dû se livrer l'amenèrent à reconnaître que plusieurs philosophes du dix-huitième siècle , et surtout Voltaire, n'avaient pas apprécié comme ils devaient l'être un certain nombre d'hommes célèbres de tous les temps. Ses observations donnèrent lieu à la publication d'un livre intitulé : Les Grands Hommes vengés, ou examen des jugements portés par M. deVaxa, et par quelqties autres philosophes sur plusieurs hommes célèbres, par ordî-e alphabétique ; Amiîterdam et Lyon, 1769, 2 vol. in-8°. Malgré les efforts de l'auteur pour ne pas sortir des bornes de la modération , il se sent entraîner par la nature de son sujet, et laisse échapper contre ses adversaires plus d'une épithète injurieuse. Bien lui en prit de se cacher sous le nom de Des Sablons; car il eût peut-être partagé le sort de Nonotte et de Patouillet, que le patriarche de Ferney avait immolés à son ressentiment, comme il am'ait infaiUiblement encouru le veto inquisitorial de sa congrégation s'il eût mis son nom au Dictionnaire historique. Il s'était déjà engagé dans la carrière de la polémique, en publiant le Dictionnaire anti-philosophique, 1767-1769, 2 vol. in-S", réimprimé en 1783, sous le titre A' Anti-Dictionnaire philosophique. Il revint ensuite à des occupations purement littéraires , et mit successivement au jour l'Éloge historique du R. P. Michel- Ange Marin, minime, avec le catalogue de ses mcvrages; Avignon, 1769, in-12; — le Chronologiste Manuel , 1766 et 1770 , in-12 ;
— V Homme du monde éclairé; Paris, Moutard-, 1774 et 1779, iR-12; — Leçons ifhis-toire et de chronologie ; Caen, 1781, 2 vol. in-12;
— Nouveau Manuel épistolaire; Caen, 1785, in-12; Paris, 1786, 2 vol. in-12; — Éléments de Vhistoire ecclésiastique; Caen, 1785, in-12, et 1787, 2 vol. in-12. On lui doit comme éditeur le Dictionnaire historique des auteurs ecclésiastiques, avec le catalogue de leurs ouvrages; Lyon (Avignon), 1767, 4 vol. in-12 : il attribuait cet ouvrage à un prêtre gascon , qui n'avait pas voulu se faire connaître; — les Mémoires pour servir à Vhistoire de Voltaire; Amsterdam et Paris, 1785, 2 vol. in-12, paraissent avoir été publiés par lui. Il avait préparé les matériaux d'une Bibliothèqice de l homme
(1) Peignot , Répertoire bibliorjraphique universel, p. 421. L'auteur du discours préliminaire de la llioyraphie universelle , M. Auger, trop PAi^inie en ce Uc circonstance, n'a pas voulu se prononcer entre rettronté plagiaire et le savant dépouillé. Que ne suivait-il l'exemple du bon ttloy;il Peignot !
de goût , qu'il remit à son frère ( voy. l'article suivant). La congrégation de Cluny ayant été supprimée en 1787, dom Chaudon alla fixer son séjour dans la petite ville de Mezin, et se fit tellement estimer de ses nouveaux concitoyens, qu'ils firent exécuter son portrait par un habile artiste et l'inaugurèrent dans la salle principale de la mairie. 11 avait atteint sa soixante- tieizième année quand il perdit l'usage de l'œil droit, ce qui lui fit prendre le titre de Demi-Quinze- Vingt. Il fut frappé ensuite d'une cécité complète, infirmité cruelle pour celui qui avait toujours vécu entouré de ses livres et contracté l'habitude du travail. Des accès de goutte aggravèrent son état; et cependant il prolongea ses jours au delà de la quatre-vingtième année. J. Lamoureux.
Chaudruc de Crazannes, JVotice sur dom Chaudon ( Annales encyclopédiques, 1817 ). — Quérard, lu Franco littéraire. — Préfaces des diverses éditions du Dictionnaire historique.
CHAUDON {Esprit-Joseph), littérateur français, frère du précédent, naquit à Valeusoles, en 1738, et mourut en 1800. Il fitprofession dans la congrégation de l'Oratoire; ef après avoir enseigné les humanités dans plusieurs collèges de cet institut, il renonça à la vie cénobitique, pour se livrer exclusivement à la culture des lettres. Il publia plusieurs ouvrages utiles, dont le plus connu est la Bibliothèque d'un homme de goût, ou avis sur le choix des meilleurs U vres en notre langue, en tous les genres de sciences et de littérature, par L. M. D. V. ; Avignon, 1772, et Amsterdam, 1773, 2 vol. in-12. Dom Chaudon, son frère, avait réuni sur ce sujet des matériaux qu'il lui avait remis, ne pouvant les employer lui-même, occupé qu'il était de recherches historiques et chronologiques. Il se chargea seulement de revoir le travail de celuici, auquel il ajouta plusieurs chapitres, « qu'il « est facile de reconnaître , dit M. Baibier, au « style plus serré et plus concis que celui des « autres •». Dom Chaudon contribua aussi aux frais de l'impression. Le même livre subit ensuite plusieurs transformations, entre les mains de l'abbé de la Porte, de Desessarts, et en dernier lieu de M. Barbier, qui publia, conjointement avec Desessarts , une nouvelle édition , 1808,' 5 vol. in-8°, considérablement augmentée et améliorée. On regrette seulement de ne pas trouver dans le discours préliminaire la moindre mention des deux estimables Cbaudou, qui eurent la première pensée de l'ouvrage et le mérite de son exécution. Ou doit à Esprit Chaudon un autre livre, non moins utile; c'est le Z);ctionnaire interprète-manuel des noms latins de la géographie ancienne et moderne; Paris, Lacombe, 1778, in-8''. On ne peut en dire autant des Flèches d'Apollon, ou nouveau recueil d'épigrammes; Londres et Paris, 1787, 2 vol. in-18. Ce n'est, en grande partie, qu'un assemblage de pièces choisies, prises dans les Annales l)ocl\ques , les Almanachs des Muses , etc.
CHAUDON — CHAUDRUC
Cela n'a pas empéclié les éditeurs du Petit dictionnaire des yrands hommes, peu scrupuleux sur l'exactitude des faits, de regarder Cliaudon œnome l'auteur de ce recueil, et d'une Chanson de table qu'on ne saurait assez chanter. On lui attribue les Imposteurs démasqués et les îisurpateurs punis , ou histoire de plusieurs aventuriers qui, ayant pris la qualité d'empereur, de roi, de prince, etc., ont fini leur vie dans l'obscurité ou par une mort violente ; Paris, 1776, in-12. Les Imposteurs insignes de l'historiographe Rocoles , publiés en 1683, et plusieurs fois réimprimés, paraissent avoir fourni les matériaux de cette compilation.
Les deux Chaudon eurent un troisième frère, qui embrassa aussi la profession monacale et se fit capucin , sous le nom de père Maieul. Il mit au jour la Vie du bienheureux Laurent de Brindes; AAignon , 1784, et Paris, 1787 , in-12. Si cette biographieij)èchc par le défaut de critique, on a vanté l'élégance de son stjie. Aussi l'auteur fut-il admis à l'Académie des Arcades de Rome. On n'a pu recueillir sur lui d'autres renseignements. Il n'a d'article dans la France littéraire de M. Quérard qu'au nom de Maïeul. J. Lamoureux.
Barbier, DicfAonnaire des anonymes. — Qaénrà, la France littéraire.
CHAVURON-ROfJSSEAV (George), homme politique et administrateur français, mort après 1816. Procureur - syndic du district de Bourbonne-les-Bains en 1791 , il fut élu, au mois de septembre de cette année, membre de l'Assemblée législative par le département de la Haute- Marne. En 1792 il vint siéger à la Convention, et vota , sans appel et sans sursis, la mort de Louis XVI. Envoyé en mission dans les départements après le 31 mai 1793, il y déploya une grande ardeur révolutionnaire. A son retour à Paris, il devint secrétaire de, la Convention, et fit décréter que les membres de la commission populaire de Bordeaux seraient traduits devant le tribunal révolutionnaire. Quelques mois après le 9 thermidor ( 1794 ) il s'opposa à ce qu on réintégrât dans leurs -fonctions législatives les conventionnels exclus au 31 mars 1793, et s'appuya sur ce qu'il aurait saisi à Bordeaux une correspondance prouvant que ces députés avaient voulu rétablir la royauté dans la personne du fils de Louis XVI. Arrêté le 9 août 1795, pour abus de pouvoir durant ses missions, il fut amnistié par la loi du 26 octobre suivant, puis employé en qualité de commissaire du pouvoir exécutif. Après le 18 brumaire au 8 (9 novembre 1799), il fut nommé inspecteur des forêts. La loi dite d'amnistie, du 12 janvier 1816, l'exila de France; et il mourut quelques années plus tard.
Moniteur universel. — Petite biographie conv. — Arnault, Jouy, etc., Biographie nouvelle des coutempurains,
* CHAroRON - noussEAV ( Pierre - Giiil-
laume), général français, fils du précédent, né à Bourbonne-les-Bains, le 15 novembre 1775, tué à la bataille de Chiclana, le 5 mars 1811. Élève commissaire des guerres le 10 mars 1793, il passa à l'armée des Pyrénées-Occidentales en qualité de Heutenant au 1^"^ bataillon de la légion des Montagnes , et fut nommé par les représentants du peuple près de cette année adjoint aux adjudants généraux. Comme adjudant général chef de brigade , i| se distingua « à « l'armée des Pyrénées-Occidentales ( 22 juillet « 1795), au passage de l'Èbre à Miranda, où « par sa présence d'esprit et son intrépidité il « conserva à l'armée une brigade que la pré- « sence de l'ennemi, infiniment supérieur en « nombre et soutenu par un corps considé- « rable de cavalerie, avait ébranlée et mise en « déroute. 11 la rallia, et chargea à sa tête l'en- « nemi, qui fut repoussa une seconde fois au « delà de l'Èbre, culbuté, mis en fuite, et qui ne « reparut plus. » Envoyé par Hoche à l'armée des côtes de l'Océan, Chaudron-Rotrsseau, à la tête de quati'e mille Itommes, étouffa la nouvelle insurrection de Stofflet, et contribua à la soumission des principaux chefs vendéens. Réformé lors de la suppression de cette armée ( 1^'' septembre 1796), il reprit du service le 5 juin 1799. Réintégré dans son grade de chef de brigade adjudant général (14 mars 1800), il fit les campagnes d'Italie, de la république Cisalpine, de Batavie et de Hanovre. Général de brigade ( 22 novembre 1808 ), il passa au 1^"^ corps de l'armée d'Espagne , et se distingua à la bataille de Talaveira de la Reina ainsi qu'à Casala de Salinas, où, à la tête du 16« régiment d'infanterie légère, U culbuta à la baïonnette quatre mille ennemis, auxquels il prit quatre pièces de canon. Le nom de ce général est inscrit sur les tables de bronze du palais de Versailles. A. Sauzay.
Archives de la guerre. — Moniteur universel. — Arnault, Jouy, etc., Biographie nouvelle des contemporains.
"CHAtJDRUC de Crazannes { Jean-César- Marie-Alexandre) , antiquaire et littérateur français, né au château de Crazannes, près de Saintes, le 21 juillet 1782. D'aboid avocat, il déviât sous-préfet à Figeac, membre de la société des antiquaires de France et d'autres corps savants. Ses principaux ouvrages sont : Antiquités de la ville de Saintes et du département de la Seine-Inférieure inédites ou nouvellement expliquées; Paris, 1820, in-4'', ouvrage couronné par l'Institut; — le Bonheur, épitre à Eugénie; Paris, 1810, in-8°; — Notices sur les antiquités de la ville d'Agen et du pays de Nitiobriges ; Paris, 1820; — Notices sur les antiquités de la ville de Saintes, décoU" vertes en 1815 et 1816; Paris, 1817, in-S"; — Lettre à M. le chevalier Millin, sur une mé' daille gauloise inédite et qxielques monu^ ments trouvés à Saintes en 1816 et 1817, fai^ sant suite à la notice précédente; Paris, 1817,
CHAUDRUC — CHAULIAC
in-S"; — Recherches historiques , littéraires et critiques sur la Novempopulanie ou troisième Aquitaine; 181 1, et dans le Magazin encyclopédique; — Voyage de Sorèze à Auch; — Lettre sur Bagnères-de-Luchon, en prose et en vers; Paris, 1802, in-12; — de nombreux Discours et Mémoires, parmi lesquels : Dissertation sur Silius Italicus, et traduction en vers de quelques passages de son poëme de \à Seconde guerre Punique; dans les Mémoires de l'Athénée du Gers; — Notice sur la pierre debout ou pierre écrite de Châtellerault et sur les antiquités d'Aiguillon ( le pays des Nitiobriges) ; dans les Mémoires 4^ l'Académie des sciences de Toulouse.
Quérard, la France littéraire.
CHAUFFEPIÉ ( Jacques - Georges de ) , biographe et prédicateur protestant hollandais, d'origine française, né à Leuwarden, le 9 novembre 1702, mort à Amsterdam, le 3 juillet 1786. 11 exerça successivement les fonctions de pasteur dans les églises de Flessingue, de Delft cl d'Amsterdam , et se fit remarquer par son zèle pour la prédication. 0 litre quelques traductions de l'anglais, notamment d'une partie à&\' Histoire du monde par Sam. Shuckford, et de l'Histoire universelle , in-4°, du t. XV au t. XXrv, on a de lui : Nouveau Dictionnaire historique et critique ; Amsterdam , 1750-1756, 4 vol. in-fol. : ce dictionnaire, annoncé comme un supplément ou une continuation de celui de Bayle, se compose d'environ quatorze cents articles : plus de six cents sont traduits de l'anglais ; les autres sont entièrement de Chauffepié ou retouchés par lui : c'est un ouvrage utile à consulter, et qui renferme de bons renseignements; — Vie de Pope, à la tête de ses Œuvres diverses; Amsterdam, 1754, 7 vol. in-12 ; ibid., 1767, 8 vol. in-12 ;— Sermons destinés à prouver la vérité de la religion chrétienne par l'état du peuple juif; Amsterdam, 1756, in-8°; — Sermons sur divers textes; ibid., 1787, 3 vol. in-8'.
Lelong, Bibliothèque historique de la France, édlt. Fontette. — Quérard, la France littéraire. — Desessarts, les Siècles littéraires. — Sax, Onomastic. literar.,
. vil, 143.
i CHAUFOURRiEB {Jean), peintre français, né en 1672, mort à Paris, le 29 novembre 1757.
' Cet artiste entendait assez bien la perspective , qu'il professa avec succès. Ses meilleurs tableaux sont : la Cascade de Saint-Cloud; — une Mer calme au clair de la lune; — une Barque depéchews surprise par la tempête.
Nagler, Neues Allgemeines Kûnstler-Lexicon.
*CHArGY { Françoise -Madeleine de ), biographe française, religieuse de l'ordre de la Visitation, morte en 1682. On a d'elle : Vies i des quatre premières mères de l'ordre de la ' Visitation; Annecy, 1659, in-4'';— Fies de huit vénérables mères religieuses de Vordre de la Visitation; ibid., 1659, in-4"'; — Vies de huit religieuses de l'ordre de la Visitation; ibid.,
^0DV. BIOGR. UNIVERS. — T. X
1659, in-4''; — Vies de neuf religieuses de l'ordre de la Visitation; ibid., 1659, ia-S";— Année sainte des religieuses de la Visitation; ibid., 1686, 3 vol. in-4".
Lelong, Bibliothèque historique de la France, edit. de Fontette.
CHACLIAC, CAUMACOUCHAULIEU (Gwi de),
chirurgien français, natif de Chauliac, vivait dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Son nom était emprunté au lieu de sa naissance, village du Gévaudan, sur les frontières d'Auvergne. Il étudia la médecine à Montpellier, où il suivit principalpment les leçons de Rayrrfond de Molières ; puis il se rendit à Bologne, où il s'attacha surtout au professeur Bertruccio, que, dnns son ouvrage, il appelle souvent son maître. Il revint ensuite exercer la médecine à Lyon, puis, après avoir fait dans cette ville un assez long séjour, il se rendit à Avignon, où il fut successivement médecin des trois papes Clément VI en 1348, Innocent \1 (1) et Urbain V en 1363. C'est dans cette ville et dans la même année qu'il composa son traité de chirurgie, sous le titre de Inventarium, sive collectorium partis chirurgicalis medicinœ, imprimé pour la première fois, suivant Haller, à Bergame, en 1498, ou, suivant Merklein, à Venise, en 1490, dans le recueil de Chîrurgias Tract atus septem^ in-fol. ; on en a publié plusieurs abrégés en latin et en français pendant les seizième et dix-septième siècles. Cet ouvrage a été commenté par S. Champier, par Foulon , et traduit en français par Laurent Joubert sous le titre de Grande chirurgie, avec des annotations et un vocabulaire d'Isaac Joubert, fils du traducteur; Lyon, 1592, ùitS". Cet ouvrage , plus qu'aucun autre , a contribué à faire de la chirurgie un art méthodique et régulier. « Il n'y a pas encore cent ans , dit Lorry (dans les Mémoires d'Astruc), que les livres de Gui de Chauliac étaient les livres classiques des chirurgiens ; ces livres étaient leur guide, et, par analogie à son nom , ils l'appelaient leur &uidon. En effet, sa pratique industrieuse éclaircit les procédés obscurs des anciens, en ajoute de nouveaux, et les confirme par des observations et par des principes sûrs. Ses écrits chirurgicaux ne sont pas surchargés des fatras obscurs de méchante théorie dont tant d'écrits postérieurs ont été gâtés ; ils tendent droit au but, et le grand art des précautions y est exposé avec une circonspection également éloignée de la timidité et de l'imprudence. »
C'est Gui de Chauliac qui nous a laissé la description de la peste qui ravagea en 1348 une grande partie de l'Europe. Cette épidémie, qui se montra d'abord dans l'Inde, désola les provinces de l'Orient pendant trois ans. Ses ravages durèrent pendant sept mois à Avignon, où elle parut
(1) II parle de ce pape dans la description qu'il fait de la peste qui se renouvela en 1860; II ajoute mfinie qu'il était alors à Avignon, quoiqu'il ne dise rien de l'emploi qu'il occupait ù la cour du pape.
CHAULIAC r CHAULIÈU
gous des symi)tômes différents. Pendant les deux premiers mois, c'était une fièvre violente avec crachement de sang; elle fit périr en trois jours tous ceux qui en furent atteints. Le reste du temps, la fièvre fut continuée avec des char- Jîous et des abcès , principalement aux aines et .sous les aisselles. La malignité de cette seconde fièvre ne fut différente de la première qu'en ce qu'elle n'emportait les malades qu'au bout de cinq jours ; mais vers la fin de son règne elle <]evint plus traitable. Chauliac en fut attaqué à Avignon quand elle était sur son déclin ; il languit pendant six semaines entre la vie et la mort, mais il échappa, à la faveur d'un bubon qui prit une tournure favorable et suppura.
Avant Gui de Chauliac les cataplasmes, le vin, les emplâtres et les onguents étaient presque les seuls remèdes employés contre les maux qui demandaient l'opération chirurgicale. On ne pratiquait alors aucune de ces méthodes que les Grecs et les Arabes avaient détaillées avec plus ou moins de précision; Chauliac les remit en usage, et mérita particulièrement le titre de restaurateur de la chirurgie. « Cette réforme, ajoute Éloy, lui fit beaucoup d'honneur ; elle fut même d'autant plus utile au public, que, médecin et chirurgienvtout ensemble, il ne l'avait entreprise qu'à la faveur de la mûre expérience dans laquelle il avait vieilli. C'est cette expérience qui lui apprit à se servir à propos du trépan , pendant que d'autres n'osaient l'employer. Il fit encore fort heureusement la suture du tendon, il enleva une partie du cerveau, et guérit son malade; il inventa plusieurs instruments; dans le cas d'amas de pus dans la poitrine, il n'hésita pas à faire l'opération de l'empyème; il fit celle de la fistule à l'anus; et dans la cataracte, il tenta de rétablir la vue par l'abaissement du crystallin. Il ne faut cependant point croire que sa pratique fut toujours sans défaut : il passa témérairement à la castration dans la cure de ia hernie , et à la suture après l'opération de la taille. On lui reproche encore d'avoir donné tête baissée dans les erreurs de l'astrologie judiciaire; mais on pourrait l'excuser par cette confiance aux influences des astres qui était le vice de son siècle plutôt que celui de son esprit. » — L'époque pi'écise de la mort de ce médecin n'est pas plus connue que celle de sa naissance.
Astruc, Mémoires. — Diograph. médicale. — Éloy, Dictionnaire de la médecine.
CHAULIEU ( Guillaume Amfrye de ) , poëte français, né en 1639, à Fontenay, dans le Vexin normand, mort le 27 juin 1720. Il vint de bonne heure habiter Paris. Ses parents en avaient fait un ecclésiastique; le grand-prieur de Vendôme , trouvant chez lui des goûts analogues aux siens pour le plaisir, la bonne chère et la poésie, en fit an opulent abbé. Il eut pour plus de 30,000 livres de rentes en bénéfices , et jamais bénéficiaire ne satisfit moins à la loi canonique de la résidence. Jl avnit fixé la sienne à Paris : là, dans une jolie
maison qui faisait partie de l'enclos du Temple, il mangeait gaiement le bien de l'Église avec une société choisie de gens de lettres et d'aimables épicuriens. On y voyait réunis les deux princes de Vendôme, ses bienfaiteurs; le marquis de La Fare , son ami et son émule dans la poésie légère; le jeune Voltaire, qui rêvait la gloire en donnant quelques-uns de ses instants à la volupté. La gaieté insouciante, la philosophie horacienne de l'abbé de Chaulieu ajoutaient au charme de ces réunions. Paresseux avec délice , suivant l'expression d'un homme d'esprit des plus actifs, il trouva néanmoins le temps de composer un assez grand nombre de petites pièces de vers, souvent remplies de négligences, mais dont plusieurs ont aussi de la grâce et de la facilité. Ces bagatelles lui firent alors une grande réputation parmi des lecteurs qui n'ctaient point encore blasés sur la poésie fugitive , et auxquels les chefs-d'œuvre de Voltaire dans ce genre n'en avaient point jusque alors fait connaîti-e la perfection. Toutefois, ces succès poétiques ne lui valurent point les honneurs du fauteuil académique , qu'il avait brigués : Chaulieu s'en consola avec une gaieté plus franche que celle de Piron. Il ne fit point d'épigrammes contre l'Académie; mais il continua de composer, entre deux plaisirs, parfois entre deux accès de goutte, quelques-unes de ces bluettes qui l'avaient fait surnommer VAnacréon du Temple.
Parvenu à un âge avancé, i'abbé de Chaulieu conservait encore les goûts et la vivacité de la jeunesse, et à quatre-vingts ans il eut une véritable passion pour la femme spirituelle connue tour à tour sous les noms de M'"' de Launai et de M™^ de Staal. Quelquefois cependant des idées mélancoliques venaient l'assaillir, surtout quand à ses infirmités habituelles se joignit la cécité. Mais, modifiées par son épicuréisme, elles semblèrent prêter plus de charme à ses derniers vers. C'était vraiment le citant du cygne que cette petite pièce serai-élégiaque sur sa retraite champêtre de Fontenay, où l'on remarquait, comme un pressentiment, les vers qui suivent
Fontenay, lieu dÉlicieu.\j
Où je vis d'abord la lumière;
Bientôt, au bout de ma carrière,
Chez toi je joindrai mes ateux.
Et le poëte ajoutait :
Beaux arbres qui m'avez vu naitrc, Bientôt vous me verrez mourir!
Cependant, ce ne fut pas sous leur ombrage qu'il termina sa longue carrière : il mourut à Paris, dans sa maison du Temple, à l'âge de quatre-vingt-un ans ; mais d'après ses dernières volontés, ses restes furent transportés à Fontenay,, pour y être inhumés.
Les vers suivants du Temple du ff&ût don nent de Chaulieu une idée assez juste :
Sa vive imagination
Prodiguait, dans sa douce iv.reSse,
Des beautés sans correction
Qui choquaient un peu la justesse
lît rospirniciit la p:i?;sion.