CHAUSSARD — CHAUSSÉE
octobre 1766, mort dans cette ville, le 9 janvier 1823. Il avait fait ses ébides au collège de Saint- Jean-de-Beauvais, sous la direction du savant auteur de VOrigitie des cultes, qui devint son ami. A peine âgé de vingt-et-un ans, Chaussard fit imprimer une ode, qui concourut pour le prix de l'Académie française , sur le dévouement du duc de Brunswick (1787). Il se fit recevoir avocat au parlement, et, criminaliste imberbe, il publia en 1789 une Théorie des lois criminelles , qu'il adressa à l'Assemblée nationale. Il avait embrassé la révolution avec ardeur, et à l'instar de Paris , depuis greffier eu chef du tribunal révolutionnaire , qui avait quitté son nom pwir prendre celui de Fabricius , Chaussard échangea le sien contre celui de Publicola. En 1791 il fit paraître sa Lettre d'un homme libre à l'esclave Raynal, et la France régénérée, pièce en vers et à spectacle. En 1792 parut son livre de l'Allemagne et de la maison d'Autriche , ouvrage acheté et distribué par le gouvernement, réimprimé avec des changements, même dans le titre, en 1799 et en 1800. Vers la fin de 1792, Chaussard fut chargé par le ministre Lebrun d'aller révolutionner la Belgique. Il partit pour Bruxelles, avec le titre de comi missaire du conseil exécutif. Tandis qu'il tra- ! vaillait à amener l'acte de réunion à la France, ' il se trouva plusieurs fois en présence de Dui mouriez , qui ne- l'a pas épargné dans ses Mé- ' moires. Ce général rapiwrte que, le 11 février ; 1793, il trouva la ville d'Anvers dans la consternation ; que le commissaire Chaussard venait de casser tous les magistrats, d'ordonner leur arrestation , et aussi celle de soixante-sept notables de la ville ; que le général Marrasse , refu- : sant d'exécuter cet ordre, répondit gaiement au commissaire , qui lui reprochait de se conduire en vizir : « Allez, monsieur Chaussard, je ne suis pas plus vizir que vous n'êtes PubUcola ! » Et Marassé le fit partir sur-le-champ.
Après son retour à Paris, Chaussard fut nommé secrétaire de la mairie, et bientôt après secrétaire général de l'instruction publique. Il avait publié un traité de l'Éducation des peuples (1793) , et des Mémoires historiques et politiques sur la révolution de la Belgique et du pays de Liège; 1793, in-S".
Lorsque le directeur La RéveJlière voulut fonder une religion nouvelle, Chaussard s'en déclara l'apôtre , et, oubliant qu'il avait proclamé , dans une pièce de vers, que le peuple seul est Dieu, il monta en chaire , dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, et prêcha le nouveau dieu des théophilanthropes. Puis il fit successivement imprimer l'Esprit de Mirabeau; 1797, 2 vol. in-8°; — un Essai philosophique sur la \ dignité des arts (1798) ; — son Coup d'œil sur l'intérieur de la république française, ou esquisse des principes d'une révolution morale (1799) ; — le nouveau Diable boiteux, on tableau philosophique et moral de Paris
(1799,2 vol. in-8°) ;-.- Zes Fêtes des courtisanes de la Grèce, annoncées par l'auteur comme Supplément aux Woyages d'' Anacharsis et d'4n<é« or (trois éditions, 1801,1803, 1820, 4 vol. in-S") : ouvrage assez superficiel et souvent licencieux; — Héliogabale, ou esquisse morale de la dissolution l'omaine sous les empereurs (1803, in-8°). Ce ne fut pas sans doute pour la publication de ces deux derniers ouvrages ( l'auteur avait gardé prudemment ranonyme) que cette même année 1803 il fut nommé professeur de belles-lettres au lycée de Rouen, d'où il passa bientôt à celui d'Orléans: il avait des titres plus honorables dans les odes patriotiques Sur la paix. Sur le combat d'Algésiras , etc., et surtout dans sa traduction de Y Histoire des expéditions d'Alexandre, par Arrien (1802(, 3 vol. in-S", et atlas in-4°).
Chaussard avait été reçu membre de la Société philotechnique en 1811. Il venait alors de pubher, sous le titre à'Épitre sur quelques genres dont Boileau n'a point fait mention dans son Art poétique, son meilleur ouvrage, qu'il retravailla depuis, et dont il fit un poëme en quatre chants , sous le titre de Poétique secondaire, ou essai didactique sur les genres dont il n'est pas fait mention, etc.; 1817, in-12.
A l'époque de la Restauration,' il était titulaire de la chaire de poésie latine à Nîmes, et il en touchait les appointements, quoiqu'il eût obtenu de résider à Paris, comme chargé de travaux classiques pour l'université. Il fut bientôt écarté du corps enseignant, sans pension^ et dès lors il ne s'occupa plus que de littérature. On peut citer encore parmi les nombreux ouvrages de Chaussard , son traité Sur les monuments publics et la magistrature des édiles (1800, in-8° ); — Jeanne d'Arc ( 1806, 2 vol. in-8° ) ; — Heur et malheur, ou trois mois de la vie d'un fou et d'un sage (1806, 2 vol. in-12); — le Pausanias français, état des arts en France à l'ouverture du dix-neuvième siècle (1807, in-8°) ; — les Anténors modernes, ou voyage de Christine et de Casimir en France, etc. (1807, 3 vol. in-S"). Chaussard était occupé quand la mort le surprit, d'uno traduction en vers des Odes d'Horace et de celle d'un Choix de poésies lyriques de Schiller.
Comme poète, Chaussard suivait les traces de Lebrun, dont il était admirateur enthonsiaste ; mais avec l'énergie du Pindare français , il n'avait ni sa verve dithyiambique ni ses fougueux écarts ; et quoique dans ses odes la force remplace la grâce , elles ont eu un légitime succès. Celle qui est intitulée l'Industrie et les arts a été trois fois réimprimée, in-S" et in-4''. [Villenave, dans VEnc. des g. du m.]
Héreau, Notice sur Chaussard. — Revue encyclopédique, t. XI. — Maliul, annuaire nécrologique, année 1824.
CHAUSSÉE (Pierre-Clamle-Nivelle HE la), Voy. La Chacssée.
CH4USSIER
CHXVSSIÉ.B, (François ), médecin français, né à Dijon, en 1746, mort le 9 juin 1828. La réputation de ce savant modeste , infatigable et consciencieux n'a pas été égale à son mérite réel, quoiqu'il ait été professeur de la Faculté de Médecine, de l'École polytechnique et de l'hôpital des femmes en couches, et membre de l'Académie des sciences. Chaussier reçut dans sa ville natale sa première éducation; il prit le titre de docteur en médecine à Besançon, et revint bientôt dans sa patrie, où il fit des cours à l'académie sur l'anatomie, la physiologie, la chimie et la matière médicale. L'étude des sciences naturelles appliquées fut pour Chaussier un besoin de toute sa vie, comme elle fut la source de la gloire qu'il s'acquit comme professeur. Il était déjà avantageusement connu en Bourgogne lorsqu'en 1794 il fut appelé à organiser l'École de santé , où peu de temps après il occupa la chaire d'anatomie et de physiologie, qu'il remplit jusqu'à l'ordonnance de dissolution (1823). Son enseignement a laissé de profonds souvenirs à l'École de Paris , et tous les élèves de cette école savent ce qu'ils doivent aux leçons judicieuses et savantes de l'homme qui portait tant de lumière sur tous les sujets qu'il entreprenait de traiter. Comme praticien , Chaussier eut également de grands succès; mais c'est surtout comme professeur et comme savant qu'il mérite d'être signalé à la postérité. Bien qu'il n'ait laissé qu'un petit nombre d'écrits peu étendus , il n'est pas en quelque sorte un point des sciences médicales sur lequel il n'ait dirigé ses recherches, sans parler encore des travaux relatifs à l'agronomie, à l'administration, etc. Travaillant sans cesse, Chaussier suffisait à tout, et la précision et la méthode qu'il apportait dans ses expériences sont telles, qu'on ne saurait lui reprocher d'avoir mis en circulation ou accrédité des erreurs. Les faits! toujours les faits! telle aurait pu être sa devise. Il voulait qu'on fût exact dans les mots comme en tout le reste, et il a laissé une nomenclature anatomique qui aurait dû être adoptée. Ses Tables stjnoptiques sont un ouvrage de la plus haute importance, et dans lequel la science presque entière se trouve résumée avec une admirable netteté. Les travaux de Chaussier en physiologie «ont nombreux et ont servi de base à tous les traités publiés depuis vingt-cinq ans sur cette science, tandis que leur auteur n'a jamais pris le soin de les rassembler systématiquement. Il en a été de même de ses recherches sur la médecine légale, dont il a traité toutes les questions de détail dans des consultations nombreuses, qui lui étaient pouiriises, et dont les décisions étaient accueillies comme des oracles par les tribunaux. Sa position de médecin de la Maternité lui fournit les matériaux d'importantes observations sur lagrossesse, sur les dimensions du fœtus, et sur l'accouchement, de même que sur les maladies dont le fœtus peut être affecté dans le sein de sa mère.
C'est dans les journaux scientifiques du temps, c'est dans les thèses et les ouvrages de ses disciples qu'il faut chercher les œuvres de Chaus- , sier, de cet homme qui a tant fait et tant fait faire; car peu d'hommes ont aussi bien que lu» compris la mission du professeur. Il ne se bornait pas à jeter du haut de sa chaire ses leçons aux jeunes gens ; il les aimait, il se plaisait à s'en entourer, à les diriger dans leurs études, à les associer à ses travaux, à leur indiquer des recherches à faire, travaux dans lesquels il les aidait puissamment, et dont il leur laissait tout l'honneur. Chez lui avaient lieu, presque tous les soirs, des réunions d'élèves laborieux, et les conférences familières dans lesquelles ils contractaient le goût de la science positive.
Chaussier avait dans ses mœurs une sévérité quakérienne ; quoiqu'il fût riche, son costume et sa maison étaient de la plus parfaite simplicité. Grâce à cette manière de vivre, et malgré ses immenses occupations , il vécut exempt d'infirmités, et toujours jeune par l'esprit, jusqu'à l'âge de quatre-vingt-deux ans. On a de lui : Description de l'aérostat de V Académie de Dijon, par MM. de Morveau, Chaussier et Bertrand ;ï)i]on, 1784, in-8°; — Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère , suivie d'un précis sur la pustule maligne; Dijon et Paris, 1785 , in-12 ; — Consultation médico-légale sur une accusation d'infanticide; Dijon,1785, in-4°; — Observations sur la manière de transporter les mûriers blancs et instruction sur la manière de semer les graines de mûrier; ibid., 1786, in-8"; — Exposition sommaire des muscles, suivant la classification et la nomenclature méthodiques adoptées au cours d'anatomie de Dijon ; ibid., 1789, in-S"; Paris, 1797, in-4°; —Mémoire sur quelques abus dans la constitution des corps et collèges de chirurgie, et particulièrement sur l'abus des droits, prérogatives et privilèges attachés à la place de premier chirurgien du rov; Dijon, 1789, in-8°; — Observations chirurgico-légales sur un point important de la jurisprudence criminelle; Dijon et Paris, 1790, in-8°; -^Instruction sur l'ttsage des remèdes que le département de la Côte-d'Or envoie dans les campagnes ; Dijon, 1792, in-8°; — Tables synoptiques ; Paris, 1799-1814-1826;— Discours prononcés aux séances publiques de la Maternité; ibid., 1805, 1806, 1807, 1808-1813, in-S" ; — Exposition sommaire de la structure et des différentes parties de l'encéphale ou cerveau ; ibid., 1807,in-8°; — Recueil des programmes des opérations chimiques et pharmaceutiques qui ont été exécutées aux jurys médicaux de 1809 à 1810; 11 cahiers in-4°; — Consultations médico-légales sxirune accusation d'empoisonnement par le sîiblimé coiTosifou mU' riate de mercure sur-oxydé, suivies d'un9 notice sur les moyens de reconnaître et de
i.lO CHAUSSIER
constater Vexistence de ce poison ; Paris, 1811, in-S"; — Recueil anatomique à Pusage des jeunes gens qui se destinent à l'étude de la chirurgie, de la médecine, de la peinture et de la sculpture; ibid., 1820, in-i"; le même ouvrage, sous le titre : Planches anatomiques àVusage des jeunes gens; ibid., 1823, iii-4° ; — Considérations sur les convulsions qui attaquent les femmes enceintes ; Ma,, 1824, in-S"; — Recueil de mémoires, consultations et rapports sur des objets de médecine légale; ibid., 1824, in-8°; — Mémoire médico-légal sur la viabilité de l'en/anl naissant ; 1826, in-8°. Les dissertations suivantes sont attribuées à Chaussier : Sur les avantages de la paracentèse pratiquée dès le commencement de Vhtjdrupisie abdominale,; Paris, an ii, in-8° ; — la Paracentèse , dans le cas d''ascite primitive, estelle le motjen sur lequel la médecine puisse le plus compter? ibid., 1804, in-4°; — de la Chlorose; ibid., 1804, in-4"; — Sur l'ané vrisme; ibid., 1805, in-4°; — Sentences et observations d'' Hifipocrate sur la toux; propo sitions sur divers objets de médecine; ibid., 1805, in-4''; — Sur quelques cas d'érosion de l'estomac; ibid., 1806, in-4°; — Sur l'infanticide ; ibid., 1811, in-4"; — Manière de procéder à l'ouverture des cadavres; ibid., 1814, n-^"; — Sur les érosions et perforations spontanées de l'estomac; ibid., 1809, in-4°;— Sm;' l'ecchymose, la sugillation, la contusion, la meurtrissure ; ibid., 1814, in-4°; — Sur les hémorrhoïdes ; ibid., 1814, in-4° ; — Considérations médico-légales sur deux articles du Code pénal; ibid., 1819, in-4°. Chaussier a encore inséré des mémoires dans plusieurs feuilles périodiques. Une édition complète des œuvres de Chaussier serait un véritable service rendu à ia science. [En. des g. du m., avec addit.l
Biographie médicale. — Quérard, la France lût..
C3IAUVEAU (François), dessinateur et graveur Irançais, né à Paris, en 1621, mort à Paris, le 3 février 1676. II commença par jétudier la peinture dans l'atelier de Laurent de Lahire, puis il s'essaya dans la gravure au burin; mais, donc d'une fécondité prodigieuse, il l'abandonna iiientôt pour l'eau-forte, dont la rapidité répondait mieu\ à son besoin de produire. Basan fait monter à plus de trois mille le nombre des pièces de cet artiste. On trouve de tout dans son œuvre, des sujets mythologiques, historiques, religieux, des portraits, des frontispices de livre , gravés d'après ses propres dessins ou les tableaux de Raphaël , du Poussin , de Lesueur, de Lebrun, de J. Romain, du Tintoret, etc. iNanteuil a gravé d'après Chauveau les portraits jde Charles P" et de Richelieu. Ses planches sont en général peu estimées, et on lui reproche de nombreuses fautes de dessin et une certaine sécheresse dans le trait. Il fut nommé de l'Aca- .démie le 14 avril 1663, et laissa cinq fils, dont le plus jeune fut sculpteur. P. Cn.