‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 41 sur 200 · CHÊNEDOLLÉ · texte numérisé non relu

CHÊNEDOLLÉ

tous les admirateurs de René, M"ie de Caud, qu'il fut sur le point d'épouser et dont la perte lui fut si justement amère. Il se lia aussi avec la plupart des autres célébrités contemporaines, notamment Joubert et Fontanes, et put voir débuter un écrivain, M. Villemain, qui devait bientôt se placer au premier rang de la littérature. C'est en 1807 que Chênedollé fit paraître som poëme intitulé le Génie de V homme, imprimé plusieurs fois depuis (la k^ édition a été publiée en 1825). On citera ici;, pour donner une idée de la manière du poëte, et comme la résumant, les vers qui suivent :

En voyant l'homme nu réduit à sa faiblesse : Qu'une vols nous eût dit : « Accroissons sa vitesse : « Qu'en franchissant les mers il vole en d'autres lieux ; « Qu'il soumette la foudre et désarme les cieux; « Qu'il dispose à son gré des étoiles polaires; « Que la foudre en ses mains, terrible ou tutélalre, « Frappe ses ennemis ou, dans des jeux plus doux , K Perce l'oiseau léger, qui fuit en vain ses coups; « Que Saturne pour lui soit captif sous le verre ; « Que sa pensée arrive aux deux bouts de la terre, « Et qu'il soit invisible et présent en tout lieu » : On se fût écrié : « Vous en faites un dieu. » Et toutefois, vainqueur d'innombrables obstacles. Des arts autour de lui rassemblant les miracles. Au sceptre social soumettant l'univers, L'homme a réalisé tous ces projets divers.

Assurément, et tout en tenant compte dequel- (pies inégalités , ces vers sont à la hauteur du sujet et dignes d'un siècle qui a vu tant de découvertes, dues au génie de l'homme, inspir(S de Dieu, faut -il ajouter. Il est rare que l'on soit justement apprécié par ses contemporains : quoiqu'il fût supérieur à la plupart des productions d'alors, le poëme n'eut pas à l'époque de son apparition tout le succès qu'en espérait i l'auteur. En 1808 parut un autre ouvrage de Chênedollé, intitulé : Esprit de Rivarol, que Joubert appelait Rivarollet dans une de ses lettres (1^'' septembre 1807). Après avoir concouru avec succès aux Jeux floraux, Chênedollé fut nommé professeur à Rouen, en 1810, et inspecteur de l'académie de Caen, en 1812. En 1817 il songea à l'Académie ; mais il se vit préférer des candidats qui firent plus activement et plus à propos leurs démarches. A l'époque de la ciéation de la Muse française (1823), il fut un de ceux dont on s'empressa de demander la collaboration. C'était au début de la querelle entre les classiques eUes romantiques. Chênedollé ne repoussa que les innovations réprouvées par la raison. En 1830 il fut élevé aux fonctions d'inspecteur général de l'université. Ici vient se placer un acte (jui honore Chênedollé. Quand Charles X, se rendant à Cherbourg , passa dans le village où habitait le poëte, celui-ci fut présent sur le passage du souverain détrôné. « Le second Stuart, dit M. Louis Blanc, traversant l'île de Wight, après la perte d'une couronne et à la veille du supplice, une jeune fille lui vint offrir une fleur; ce genre de consolation ne man(jua pas au frère de Louis XVI. Au Val-de-Vire, des femmes, des vieiflards, des enfants , sortis de la maison de

Cliênedollé, accoururent sur le chemin, tenant des branches de hs, qu'ils donnèrent aux fugitifs, famille d'un poëte saluant celle d'un roi sur la route de l'exil. » «Ainsi que je l'ai assez marqué, dit M. Sainte-Beuve, Ch'ênedollé, dans le cours de sa vie, en venant trop tard et le lendemain, manqua souvent l'occasion ; qu'on n'aille pas dire que cette fois il la manqua encore : noble poëte, il l'avait trouvée. »

' Cliênedollé avait fait paraître en 1820, sous le titre d'Études poétiques, le recueil de ses anisiennes odes, avec addition de quelques pièces nouvelles, parmi lesquelles le Dernier jour de la moisson; — le Tombeau du jeune labou- -eur; — la Gelée d'avril. On retrouve dans la plupart de ces compositions ce vif sentiment de a nature qui fit le caractère de ChênedoUé, ;omme poëte et comme homme privé, et qu'il îùt dû écouter uniquement dans le choi\ de ses compositions. Les vers suivants, qui peignent la ;ampagaeau printemps, confirment ce jugement :

Le froment, jeune encor, sans craindre la faucille, ' Se couronnait déjà de son épi mobile,

Et, prenant dans la plaine un essor plus hardi, ■• Ondoyait à côté du trèfle reverdi ; 1 La cerisaie en fleurs, par avril ranimée, ; Emplissait de parfums l'atmosphère embaumée.

Et des dons du printemps les pommiers enrichis

Balançaient leurs rameaux empourprés ou blanchis.

C'est un tableau peint d'après nature. Il faut iter encore comme une pièce pleine de langueur t de charme, le Clair de lune de mai. Il y a omme un souvenir des plus gracieuses élégies le l'antiquité dans les vers suivants :

Parais, ô lune désirée.

Monte doucement dans les cleux ;

Guide la paisible soirée

Sur ton trône silencieux.

Amène la brise légère

Qui, dans l'air, précède tes pas,

Uouce haleine, à nos champs si chère,

Qu'aux cités on ne connaît pas;

A travers la cime agitée

Du saule incliné sur les eaux,

Verse ta lueur argentée

Flottante en mobiles roseaus.

Que ton image réfléchie

Tombe sur le ruisseau brillant

Et que la vague au loin blanchie

Roule ton disque vacillant.

.e style est si souvent l'homme, que ChênedoUé era peut-être mieux connu par ces citations ; t c'est à ce titre, et pour le peindre tout entier,

ue l'on rapprochera de ce qui précède le fi-agaent suivant, tiré de son journal, à la date du 8 août 1823. <c J'ai revu aujourd'hui avec délices,

dit-il, tous les travaux de la moisson : j'ai vu cier, j 'ai vu lier, j'ai vu charrier. Rien ne me plaît .omme de voir un atelier de moissonneurs dans m champ ; j'aime à voir les jeunes garçons se lâter et défier les jeunes filles, qui scient encore j)lus vite qu'eux ; j'aime à entendre le joyeux ba- Dil des moissonneurs ; j 'aime à entendre les éclats le rire des jeunes filles, si gaies, si folles, si fraîches; j'aime à les voir se pencher avec leurs àucilles, au risque pour elles de montrer quelïuefois une jambe mieux faite et plus fine que

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celle de nos plus belles dames. Cette vue irrite les désirs dans le cœur du jeune homme; on fait une plaisanterie, et la gaieté circule à la ronde :

Verbaque aratoris rustica dlscU Amer.

J'aime à voir le métayer robuste lier la gerbe et l'enlever au bout du rustique trident; j'aime à voir le valet de la ferme qui la reçoit debout au haut du char des moissons, et le char comblé s'ébranler pesamment dans la plaine. J'aime à voir glaner le pauvre. Laissez-lui quelques épis de plus :

Laissez à l'Indigent une part des moissons. J'aime tous les travaux champêtres ; j'aime à voir labourer, semer, moissonner, planter, tailler, émonder les arbres, aménager les forêts. Je jouis du blé vert, et j'en jouis en moisson. En mars, je ne connais rien de beau, de riant, de magnifique, comme un beau champ de blé qui rit sous les premières haleines du printemps. » On croit lire ime page de Virgile ou de Théocrite.

En 1832, ChênedoUé résigna ses fonctions universitaires pour se livrer tout entier à son amour des champs et d'une studieuse retraite. Il n'eut pas le temps d'achever les œuvres importantes qu'il avait commencées. Outre les ouvrages cités, on a de ChênedoUé : Eloge de la Neustrie; ode, 1826; dans ios Mémoires des Antiquaires de la Normandie; — une édition des Œuvi'es complètes de Rivarol; 1808, 5 vol. in-8° , entreprise avec M. Fayolle; — la révision de la traductionl des Œuvres de Shakspeare, par Bruguière de Sorsum. ChênedoUé avait entrepris une épopée qu'il projetait d'intituler : Titus, ou Jérusalem idétruite, et qu'il méditait depuis vingt années. V. Rosenwald.

Chateaubriand, Mémoires d'outre tombe. — Sainte- Beuve, Rev. des Deux Mondes, i"' et 15 juin 1849. — Louis Blanc, Hist. de dix ans. — Joubert , Pensées et corresp. — A. Desplaces , Rev. de Paris, ma» 1840. — Biogr. univ. et portât, des contemp. — Barbier, Bibl. d'un homme de goût.

CHENEii DE LA Chappronaye {Jean, sieur), écrivain breton, né vers la fin du seizième siècle , descendait du célèbre Jean de Beaumanoir, n visita une partie de l'Europe, et à son retour en France, il fit imprimer : les Révélations de l'hermitesur l'état de la France; 1617, in-8^, fig., raie. Ce livre est très-singulier : l'auteur y prétend réformer Fusage du duel ; et pour parvenir à ce but, il propose l'étalilissêment d'un ordre de chevalerie dont tous les membres, bons gentilshommes, braves et adroits aux armes, feraient vœu de ne jamais accepter de cartel, et de poursuivre les duellistes connus. Louis Xin lui permit de porter la marque distinctive de cet ordre, qui consistait en une croix émaillée de rouge, représentant d'un côté l'effigie de saint Louis!, et de l'autre celle de sainte Madeleine. « J'offre le combat, disait au roi le « fondateur, contre celui qui voudra tenir le « parti du duel (seul à seul, les armes à la main.

(lin (le Saint-Pierre étaient ceux (ju'il préférait. Un écrivain qui a étudié Chênedollé de près et sur les papiers de famille, M. Sainte Beuve rapporte que, dans son enthousiasme, ChénedoUé, s'appuyant du titre de compatriote, demanda à l'auteur de VArcadie l'envoi de la fin de cet ouvrage. « Fussions-nousnés sous le même pommier, écrivit Bernardin, je ne pourrais répondre à votre désir sur l'article des fragments de VArcadie, qui ne sont pas publiés ; ce sont clioses trop délicates pour être ainsi confiées à la poste, et vous saurez peut-être un jour jusqu'à quel point va la délicatesse et la susceptibilité d'un auteur. « Tout le monde a éprouvé ces exaltations d'adolescent, glacées ensuite par la réalité.

Le poète s'annonçait; mais l'explosion de 1789 imprima d'abord un autre cours à la carrière de Chênedollé. Au mois de septembre 1791, il émigra , et participa ensuite à deux campagnes dans l'armée des princes. Il séjourna en Hollande en 1793 et 1794. L'année 1795 marqua dans ses souvenirs par des émotions terribles. Poussé par l'armée française victorieuse, il passa la nuit du 2 1 janvier sur la loux couverte de glace, et arriva à Hambourg, où il fit connaissance avec Rivarol, pour lequel il éprouva un enthousiasme extraordinaire. « Ce fut, dit M. Sainte-Beuve, la grande aventure intellectuelle de sa jeunesse. « Cependant ils se brouillèrent plus tard, « parce que l'esprit y avait plus grande part que le cœur » . Vers la même épo(pie, Chênedollé connut à Hambourg Klopstock, auquel il lut une^ode intitulée V Invention; Hambourg, 1795, in-8°, écrite à la louange de l'auteur de la Messiade. « Je lui trouvai, ditil, en parlant de ce dernier, la candeur d'un enfant et le génie d'Homère. « En même temps Chênedollé faisait insérer dans le Spectateur du Nord d'autres compositions dans le même genre, entre autres une ode intitulée : Michel- Ange, ou la renaissance des arts. Ces productions diverses ne furent publiées en France que vingtcinq ans plus tard. Chênedollé inséra aussi dans Je même journal quelques articles en prose : un Essai sur les traductions (juillet 1797); une analyse du poëme des Plantes de Castel (juin 1797 ). II quitta Hambourg, et vint en Suisse en 1797. Il ne pouvait manquer d'y visiter une autre célébrité, M^^ de Staël, (pi'il vit à Coppet ; il y fit aussi connaissance avec M"ie de Montolieu. « Ses vers, disait de lui M""^ de Staël, sont hauts comme les cèdres du Liban. » Il y avait dans cette appréciation quelque chose de plus féminin que cela n'était habituel chez l'auteur de Corinne. Elle fit rayer Chênedollé de la liste des émigrés par Fouché, cpii reconnut en lui un de ses élèves de Juilly. A Paris, où il passa trois années, 1799- 1802, Chênedollé connut l'auteur du Génie du Christianisme, 9SQG lequel il eut ensuite une fréquente correspondance (1), et la sœur de cet écrivain déjà célèbre, présente à la mémoire de

(1) M. Saiute-Beuve en cite des pages intéressantes.

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