‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 42 sur 200 · CHÊNEDOLLÉ · texte numérisé non relu

CHÊNEDOLLÉ

tous les admirateurs de René, W^^ de Caud, qu'il fut sur le point d'épouser et dont la perte lui fut si justement amère. Il se lia aussi avec la plupart des autres célébrités contemporaines, notamment Joubert et Fontanes, et put voir débuter un écrivain, M. Villemain, qui devait bientôt se placer au premier rang de la littérature. C'est en 1807 que Chênedollé fit paraître son poëme intitulé le Génie de V homme, imprimé plusieurs fois depuis ( la k^ édition a été publiée en 1825). On citera ici;, pour donner une idée de la manière du poëte, et comme la résumant, les vers qui suivent :

En voyant l'homme nu réduit à sa faiblesse : Qu'une voix nous eût dit : « Accroissons sa vitesse ; « Qu'en franchissant les mers il vole en d'autres liens } « (^u'il soumette la foudre et désarme les cieux \ « Qu'il dispose à son gré des étoiles polaires ; « Que la foudre en ses mains, terrible ou tutélalre, « Frappe ses ennemis ou, dans des jeux plus doux , K Perce l'oiseau léger, qui fuit en vain ses coups; « Que Saturne pour lui soit captif sous le verre ; « Que sa pensée arrive aux deux bouts de la terre, « Et qu'il soit invisible et présent en tout lieu » : On se fût écrré : « Vous en faites un dieu. » Et toutefois, vainqueur d'innombrables obstacles, Des arts autour de lui rassemblant les miracles. Au sceptre social soumettant l'univers, L'homme a réalisé tous ces projets divers.

Assurément, et tout en tenant compte dequel- (pies inégalités , ces vers sont à la hauteur du sujet et dignes d'un siècle (pii a vu tant de découvertes, dues au génie de l'homme, inspiré de Dieu, faut -il ajouter. Il est rare que l'on soit justement apprécié par ses contemporains ; quoiqu'il fût supérieur à la plupart des productions d'alors, le poëme n'eut pas à l'époque de son apparition tout le succès qu'en espérait l'auteur. En 1808 parut un autre ouvrage de Chênedollé, intitulé : Esprit de Rivarol, que Joubert appelait Rivarollet dans une de ses lettres (1^'' septembre 1807). Après avoir concouru avec succès aux Jeux floraux, Chênedollé fut nommé professeur à Rouen, en 1810, et inspecteur de l'académie de Caen, en 1812. En 1817 il songea à l'Académie ; mais il se vit préférer des candidats qui firent plus activement et plus à propos leurs démarches. A l'époque de la ciéation de la Muse française (1823), il fut un de ceux dont on s'empressa de demander la collaboration. C'était au début de la querelle entre les c{assiques et les romantiques. Chênedollé ne repoussa que les innovations réprouvées par la raison. En i 1830 il fut élevé aux fonctions d'inspecteur général de l'université. Ici vient se placer un acte (pii honore Chênedollé. Quand Charles X, se rendant à Cherbourg , passa dans le village où i habitait le poëte, celui-ci fut présent sur le passage du souverain détrôné. « Le second Stuart, , dit M. Louis Blanc, traversant l'île de Wight» après la perte d'une couronne et à la veille du i supplice, une jeune fille lui vint offrir une fleur; ce genre de consolation ne manqua pas au frère de Louis XVI. Au Val-de-Vire, des femmes, des vieillards, des enfants, sortis de la maison de i

Cliênedollé, accoururent sur le chemin, tenant des branches de lis, qu'ils donnèrent aux fugitifs, famille d'un poëte saluant celle d'un roi sur la route de l'exil. » «.Ainsi que je l'ai assez marqué, dit M. Sainte-Beuve, Chênedollé, dans le cours de sa vie, en venant trop tard et le lendemain, manqua souvent l'occasion ; qu'on n'aille pas dire que cette fois il la manqua encore : noble poëte, il l'avait trouvée. »

Chênedollé avait fait paraître en 1820, sous le titre d'Études poétiques, le recueil de ses anciennes odes, avec addition de quelques pièces nouvelles, parmi lesquelles le Dernier jour de la moisson; — le Tombeau du jeune labou- '-eur; — la Gelée d'avril. On retrouve dans la îlupart de ces compositions ce vif sentiment de a nature qui fit le caractère de Chênedollé, ;omme poëte et comme homme privé , et qu'il îût dû écouter uniquement dans le choix,, de ses compositions. Les vers suivants, qui peignent la ;ampagoeau printemps, confirment ce jugement :

Le froment, jeune encor, sans craindre la faucille^

Se couronnait déjà de son épi mobile.

Et, prenant dans la plaine un essor plus hardi,

Ondoyait à côté du trèfle reverdi ;

La cerisaie en fleurs, par avril ranimée.

Emplissait de parfums l'atmosphère embaumée.

Et des dons du printemps les pommiers enrichis

Balançaient leurs rameaux empourprés ou blanchis.

C'est un tableau peint d'après nature. Il faut iter encore comme une pièce pleine de langueur t de charme, le Clair de lune de mai. Il y a omme un souvenir des plus gracieuses élégies le l'antiquité dans les vers suivants :

Parais, ô lune désirée,

Monte doucement dans les cieux ;

Guide la paisible soirée

Sur ton trône silencieux.

Amène la brise légère

Qui, dans l'air, précède tes pas,

Pouce haleine, à nos champs si chère,

Qu'aux cités on ne connaît pasj

A travers la cime agitée

Du saule incliné sur les eaux,'

Verse ta lueur argentée

Flottante en mobiles roseaux.

Que ton image réfléchie

Tombe sur le ruisseau brillant

Et que la vague au loin blanchie

Roule ton disque vacillant.

[,e style est si souvent l'homme, que Chênedollé pra peut-être mieux connu par ces citations ; t c'est à ce titre, et pour le peindre tout entier, lue l'on rapprochera de ce qui précède le fragment suivant, tiré de son journal, à la date du 8 août 1823. « J'ai revu aujourd'hui avec délices, dit-il, tous les travaux de la moisson : j'ai vu cier, j'ai vu lier, j'ai vu charrier. Rien ne me plaît oirane de voir un atelier de moissonneurs dans in champ ; j'aime à voir les jeunes garçons se (âter et défier les jeunes filles, qui scient encore ^lus vite qu'eux ; j'aime à entendre le joyeux ba- >il des moissonneurs ; j'aime à entendre les éclats le rire des jeunes filles, si gaies, si folles, si fraîhes; j'aime à les voir se pencher avec leurs aucilles, au risque pour elles de montrer quel- [uefois une jambe mieux faite et plus fine que

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celle de nos plus belles dames. Cette vue irrite les désirs dans le cœur du jeune homme; on fait une plaisanterie, et la gaieté circule à la ronde :

Verbaque aratoris rustica discit Amer.

J'aime à voir le métayer robuste lier la gerbe et l'enlever au bout du rustique trident; j'aime à voir le valet de la ferme qui la reçoit debout au haut du char des moissons, et le char comblé s'ébranler pesamment dans la plaine. J'aime à voir glaner le pauvre. I^aissez-tui quelques épis de plus :

Laissez à l'indigent une part des moissons. J'aime tous les travaux champêtres ; j'aime à voir labourer, semer, moissonner, planter, tailler, émonder les arbres, aménager les forêts. Je jouis du blé vert, et j'en jouis en moisson. En mars, je ne connais rien de beau , de riant , de magnifique, comme un beau champ de blé qui rit sous les premières haleines du printemps. « On croit lire ime page de Virgile ou de Théocrite.

En 1832, Chênedollé résigna ses fonctions universitaires pour se livrer tout entier à son amour des champs et d'une studieuse retraite. Il n'eut pas le temps d'achever les œuvres importantes qu'il avait commencées. Outre les ouvrages cités, on a de Chênedollé : Eloge de la Neustrie; ode, 1826; dans \e& Mémoires des Antiquaires de la Normandie; — une édition des Œuvres complètes de Rivarol; 1808, 5 vol. in-8° , entreprise avec M. FayoUe; — la révision de la traduction! des Œuvres de Shakspeare, par Bruguière de Sorsum. Chênedollé avait entrepris une épopée qu'il projetait d'intituler : Titus, ou Jérusalem tdétruite, et qu'il méditait depuis vingt années. V. Rosenwald.

Chateaubriand, Mémoires d'outre tombe. — Sainte- Beuve, Rev. des Deux Mondes, l«' et 15 juin 1849. — Louis Blanc, Hist. de dix ans. — Joubert , Pensées et corresp. — A. Desplaces , Rev. de Paris, mai 1840. — Biogr. univ. et portât, des contemp. — Barbier, Bibt, d'un homme de goût.

CHENEL DE LA Chappronaye {Jean, sieur), écrivain breton, né vers la fin du seizième siècle, descendait du célèbre Jean de Beaumanoir, n visita une partie de l'Europe, et à son retour en France, il fit imprimer : les Révélations de Vhermitesur l'état de la France; 1617, in-8", fig., raie. Ce livre est très-singulier : l'auteur y prétend réformer Tusage du duel ; et pour parvenir à ce but, il propose l'établissement d'un ordre de chevalerie dont tous les membres, bons gentilshommes, braves et adroits aux armes, feraient vœu de ne jamais accepter de cartel, et de poursuivre les duellistes connus.

Louis Xin lui permit de porter la marque distinctive de cet ordre, qui consistait en une croix émaillée de rouge, représentant d'un côté l'effigie de saint Louisl, et de l'autre celle de sainte Madeleine. « J'offre le combat, disait au roi le « fondateur, contre celui qui voudra tenir le « parti du duel (seul à seul,lesarmesàlamain.

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a en place qu'il vous plaira nous ordonnei' ), afin « de maintenir que le duel est une action in- « digne d'un homme de bien et d'tionneur, d'un « fidèle François et d'un homme de courage. « Les statuts de cet ordre, dont La Chappronaye parait avoir été le seul membre, ont été imprimés à Nantes, en 1614.

Lelong, Bibliothèque hist. de la France, II , id. Fontette. — Le Bas, Dict. encyclopédique de la France.

CHENEViÈRES OU CHENNEViÈBES [François de), écrivain français, né en 1G99, à La Rochefoucauld, petite ville de l'Angoiimois, mort en 1779. D'abord héraut d'armes, puis inspecteur géttéral des hôpitaux militaires, il est moins connu par ses ouvrages que par l'amitié dont l'honora Voltaire. On a de lui : Bétails militaires dont la connaissance est nécessaire aux officiers, et principalement aux commissaires des guerres ; Paris, 1742, 4 vol. in-12 ; —

Loisirs de M. de ; La Haye (Paris), 1762,

2 vol., in-12.

GrimiD, Correspondance littéraire, 1764.

CHENEVix (Richard), littérateur et chimiste irlandais, d'origine française , né dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, mort en 1830. Il se distingua par une grande variété de connaissances , et par une rare flexibilité d'esprit. C'est moins cependant à ses productions îittérwres qu'à ses œuvres scientifiques qu'il doit sa réputation. On a de Ini : Remarques sur la nouvelle nomenclature chimique établie par les néologues français; Londres, 1802, in-12 ; — Observations sur les systèmes, minéralogiques ; dans le t. LXV des Annales de chimie, 1808; — Plusjeure mémoires dans les Transactions philosophiques : Obser^ valions et expériences sur l'acide muriatique oxygéné, ainsi que sur quelques combinaisons de V acide muriatique dans ses trois états; Analyse du corindon et de quelques substances qui V accompagnent ; Analyse des arséniates de cuivre et de fér ainsi que du cuivre octaédrique de Cornouailles ; Observations et expériences sur la poudre du docteur James , avec une méthode de préparer par la voie humide une substance analogue; Observations sur la jiature chimique des humeurs de l'œil; Recherches sur la nature du palladium; de l'Action réciproque du platine et du mercure-; — dans le Journal de Nicholson : Analyse d'une nouvelle variété d'or natif; Expérience pour déterminer la quantité de soufre contenue dans Vacide sulfurique; Recherches sur V acide acétique et sur quelques autres acétates ; — dans le Journal des Mines : Analyses de la trémolite; du sulfate de chaux anhydre , naturel et artificiel; du cuivre arséniaté; de la télésie et du corindon; de la gangue du corindon de l'Inde ; du feldspath en masse; du feldspath retiré du sable de Ceylan; de la fibrolite; du thallite qui accompagne le corindon de

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l'Inde. Parmi ses écrits littéraires on remarque les Rivaux mantouans, comédie ; et Henri VU, tragédie, non représentées.

Rose, Neio biographical dictionary.

CHÉNIER (Louis DE ), historien français, né àMontfort, en Languedoc en 1723, mort ie 25 mai 1796. Il appartenait à une famille originaire du Poitou. 11 perdit de bonne heure son père et sa mère , abandonna à sa sœur tous ses biens , et partit pour Constantinople , où il dirigea bientôt après une maison de commerce, qu'il abandonna ensuite pour s'attacher au comte Desalleurs, ambassadeur de France près de la Porte. Après la mort de ce dernier, il géra les affaires de la marine et du commerce jusqu'en 1764. Il avait épousé, en 1759, M'^^ Santi-l'Homaka , belle et spirituelle Grecque. De retour en France, en 1765, il accompagna, deux ans après, le comte de Brugnon, que le roi envoyait en Afrique pour conclure un traité avec l'empereur de Maroc , et il déploya dans cette mission une gi'ande habileté. Nommé consul général, puis chargé d'affaires de France près de cette puissance barbaresquc , il revint dans sa patrie en 1784 , et fut , malgré lui, mis à la retraite. II s'occupa alors de coordonner les nombreux matériaux qu'il avait recueillis dans ses voyages, et fit paraître ses ouvrages sur l'Orient , compilations qui , bien que trop superficielles pour la partie historique , méritent cependant toute confiance pour les remarques locales. Lors de la révolution , Chénier devint membre du premier comité de surveillance de la ville de Paris. Au 31 mai 1793, il se montra favorable aux Girondins. Aussi ni ses opinions ni ses efforts ne purent-ils sauver du supplice André Chénier, son fils , dont la mort hâta la sienne. On a de lui : Recha'cJies historiques sur les Maîtres et l'histoire de l'empire de Maroc ; Paris, 1787, 3 vol. in-8°; — Révolulions de l'empire Ottoman, et observations sur ses pi'ogrès, sur ses revers et sîir Vétat présent de cet empire; Paris, 1789, in-S"; reproduit sous le titre à' Histoire des révolutions de l'empire Ottoman jusqu'à la mort dxi sultan Abdul-Hamed ; Paris, 1808, in-S".

Le Bas, Dictionnaire encyclopédique de la France.

CHÉNIER ( Constantin-Xavier de ), fils de Louis Chénier, et l'aîné des quatre frères de ce nom, naquit à Constantinople, en 1 760, et mourut à Paris, le 9 février 1837. Revenu en France avec sa famille, il fit ses études à Paris, et remporta en 1778 le prix d'honneur de l'université. Il débuta dans la carrière diplotnatique comme secrétaire de son père, alors consul de France dans le Maroc. Après avoir été successivement con- 1 sul en Espagne, en Italie, en Grèce et en Prusse, il fut mis à la retraite sous l'empire.

CHÈ^iuR {Andr6-3farie de), célèbre poète français, fils de Louis Chénier; né à Cons« tantinople, le 29 octobre 1762, mort à Paris, le 7 thermidor an n ( ?5 juillet 1794 ). Amené en

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Frauce à l'âge de deux ans, il fut conduit à Carcassonne , près d'une sœur de son père. D passa neuf ans sous le beau ciel du Languedoc, avec son frère Marie-Joseph , recevant de sa mère des leçons qui l'initiaient à la connaissance de la langue grecque et lui donnaient le goût des littératures anciennes. En 1773 il fut placé, ainsi que Marie- Joseph , au collège de Navarre, où ses deux autres frères Constantin et Sauveur l'avaient précédé. Tout en perfectionnant son éducation classique, il s'exerçait déjà dans la poésie française. Il nous apprend lui-même que dès le collège il traduisit des fragments de Sapho et quelques passages des Bucoliques de Virgile. Il ne reste de ces premiers essais qu'une ti'aduction, assez faihle, de deux vers de Sapho. En traduisant les anciens, André Chénier se préparait à les égaler, et il méditait, bien jeune encore, à peine au sortir du collège, les œuvres originales qu'il n'acheva pas, et dont les admirables fragments ont suffi pour immortaliser son nom. Il faisait confidence de ses projets et de ses vers à un cercle d'amis, dont les plus intimes étaient les frères Trudaine, ses camarades de collège, les frères de Pange, le marquis de Brazais , Lebrun. Celui-ci, poète luimôme, encouragea les premières tentatives d'André Chénier, et lui adressa dès le début cette magnifique prédiction que l'avenir ne devait pas démentir ;

Oui, l'astre du génie éclaira ton berceau,

La gloire a sur ton front secoué son flambeau.

Vers la fin de 1782, André Chénier, nommé sous-Ueutenant dans le régnnent d'Angouraois , alla tenir garnison à Strasbourg. Là se conservaient, au milieu de la décadence générale des études , les traditions sévères de l'érudition allemande; là vivait Brunck, et les Analecta de ce savant helléniste semblent avoir été le livre favori d'André Chénier, celui que, selon le précepte d'Horace, il feuilletait nuit et jour. Malgré les moyens d'insti-uction que lui offrait cette ville, le jeune poète ne put supporter plus de six mois la vie de garnison, et, renonçant à la carrière militaire, il revint à Paris. Lui-môrae a peint avec beaucoup de charme dans ses premières élégies la vie d'études et de plaisirs qu'il menait alors. Il ébauchait de grands poèmes , et composait des idylles , charmant mélange de souvenirs classiques et d'inspiration. Les plus connues sont : le Mendiant, l'Aveugle, « touchante et subUrae idylle, dit M. Villemain, qui semble une page d'un manuscrit grec, mais traduite par quelque chose de mieux qu'un moderne »; l'idylle si pure du Jeune malade, où, selon le même critique, « les plus charmants souvenirs de la Grèce , l'ardeur de la tendresse d'une mère , le désespoir et la joie de l'amour sont retracés avec une grâce sans égale et une ineffable harmonie «.

Une maladie giave vint interrompre les études du jeune poëte; se croyant près de sa

fin, il s'écriait, dans de touchants adieux à ses amis :

.le meurs ; avant le soir j'ai fini ma journée.

Mais il était réservé à une mort plus tragique. Il se rétablit, et, pour achever sa guérison, les Trudaine l'emmenèrent avec eux dans un long voyage. Parti vers la fin de l'automne de 1784, il visita la Suisse, l'Italia, l'Archipel, Constantinople , et ouvrit ainsi la route de l'Orient à ces autres grands poètes, Châteaulmand, Byron, Lariiartine. H revint à Paris en 1786, et reprit avec une ardeur nouvelle ses travaux littéraires. II ressentit pour la spirituelle et brillante M™® de Bonneuil un amour qu'il a immortalisé dans des élégies dont « rien dans notre langue , dit M. Villemain , ne surpasse la douceur gracieuse et passionnée » . Même dans ces œuvres intimes où il chante ses propres impressions, André Chénier se souvient sans cesse des anciens ; il imite en général Properce, imitateur lui-même de Callimaque et de Philétas ; mais, loin de se borner à ce modèle, il demande à toutes les littératures , et surtout aux poètes de l'Anthologie grecque , des tableaux ou du moins des cadres heureux pour ses impressions personnelles. Initié par une longue étude à tous les secrets de l'antiquité, il trouve chez les anciens (c ce naturel, ce gracieux abandon, cette variété de tons, cette simplicité expressive, cette franchise du sentiment, qui n'a d'autre ornement que sa vivacité et son tour hardi : qualités exquises , que les auteurs de la fin du dix-huitième siècle étouffaient sous la lourde parure d'une banale élégance ! » Si admirables que soient les élégies d'André Chénier, elles n'étaient pour lui qu'un délassement ; il réservait toutes ses forces pour des poèmes qu'il n'eut pas le temps d'achever, et dont nous allons étudier les fragments, trop peu nombreux.

Si on laisse de côté XAviérique , qui semble n'avoir été qu'un projet vague , et \Art d'aimer, qu'il ne faut pas séparer des Élégies , il reste l'Invention , Hermès , Suzanne. Le premier de ces poèmes est complet ; des deux autres nous avons des fragments et des notes. « Ce précieux essai, dit M. Villemain, en parlant du poème de l'Invention, renferme les vues les plus justes sur l'audace légitime du talent , sur les routes véritables de l'invention, sur cette espèce de fidélité infidèle qui s'attache aux derniers imitateurs des premiers modèles. Il ne méconnaît pas la gloire des grands génies de la France, mais il leur souhaite de vrais imitateurs, c'est-à-dire des imitateurs qui ne leur ressemblent pas. » André Chénier en effet ne veut pas que l'on copie les anciens ; il veut que l'on s'inspire de leurs écrits, pour produire comme eux des œuvres originales; ce qu'il demande à l'antiquité , ce ne sont ni des sujets ni des pensées , mais l'enthousiasme , le feu

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IK)étiqae. Là , dit-il , en parlant des anciens :

Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux Dont j'anirne l'argUé et dont Je fais des dieux.

Et dans cet autre passage , que nous citerons parce qu'il résume toute la théorie littéraire de l'auteur de Vlnvention :

O terre de Pélops ! avec le.raonde entier Allons voir d'Épidaure un agile coursier Couronné dans les champs de Némée et d'ÉUde ' Allons voir au théâtre, aux accents d'Euripide, D'une sainte folie un peuple furieux Chanter : Amour, tyran des hommes et des dieux ! Puis, ivres des transports qui nous viennent surpren- Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre ; [dre, Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs ; Pour peindre notre idée, empruntons leurs couleurs; Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques ; Sur des pensers nouveaux faisons des vers-,antiques.

Dans son poëme d'Hermès, André Chénier voulait profiter des progrès des sciences pour refaire au point de vue moderne le poëme de Lucrèce Sw la nature des choses. Il nous reste de cette ambitieuse tentative des fragments précieux , et des notes plus précieuses encore, dans lesquelles l'auteur nous fait connaître le sujet, le plan et les principales divisions de son ouvrage. Nous empruntons à M. Sainte- Ueave une cotirte analyse de ce poëme ébauché. « Il devait avoir trois chants, à ce qu'il semble : le premier sur l'origine de la terre, la formation des animaux, de l'homme; le second, sur l'homme en particulier, le mécanisme de ses soins et de son intelligence , ses erreurs depuis l'état sauvage jusqu'à la naissance des sociétés, l'origine des religions; le troisième, sur la société politique , la constitution de la morale et l'invention des sciences. Le tout devait se clore par un exposé du système du monde selon la science la plus avancée. »

'L'Hermès était conçu d'après les doctrines irréligieuses du dix-huitième siècle. Prenant Buffon pour guide dans la partie scientifique, André Chénier se rapproche singuHèrement de Lucrèce pour la hardiesse des idées. Un poète contemporain , Chênedollé , qui avait recueilli auprès des de Pange et de Brazais des détails intimes sur l'auteur d'Hermès, a écrit cette phrase significative : « André Chénier était athée avec délices. » Dieu en effet, il faut le reconnaître , est absent du poëme d^ Hennés, ou du moins il n'y apparaît pas distinct de l'ensemble des choses.

En même temps qu'André Chénier, sur les traces de Buffon et de Lucrèce, tentait de donner à la France un poëme didactique conçu absolument en dehors des idées chrétiennes , il faisait taire tous ses préjugés philosophiques, et empruntait à la Bible le touchant épisode de Suzanne pour en faire le sujet d'un poëme narratif. De cette composition, qui ne semble pas avoir été poussée fort loin , il ne reste aujourd'hui qu'une belle invocation , qui prouve combien André était pénétré des beautés poétiques et religieuses de son sujet, quelques vers jetés

en passant, et des notes qui indiquent le plan du poëme. Cette composition devait être divisée en six chants. Sans altérer en rien le récit biblique, l'auteur l'avait disposé de manière à soutenir l'intérêt et à ménager des péripéties dramatiques . Les vides laissés par l'action devaient être remplis par des descriptions, quijen retraçant, d'après la Bible et Hérodote, les mœurs, le climat et les monuments de l'Assyrie , auraient piqué la curiosité et reposé l'esprit du lecteur. Au moyen d'épisodes naturellement rattachés au sujet, le poète se proposait d'imiter quelques beaux endroits qui l'avaient particulièrement frappé dans la Bible, l'histoire de Joseph, par exemple, et le Cantique des Cantiques. Enfin, dans l'emploi du merveilleux, il prenait Milton pour guide, et, plus sévère que les poètes chrétiens de la renaissance, il n'av^t jamais recours aux fictions mythologiques.

Telles étaient les œuvres qu'André Chénier ébauchait vers l'âge de vingt-cinq ans, et qu'il ne devait pas achever. A ses amis, qui s'inquiétaient de le voir disperser son talent sur plusieurs ouvrages au lieu d'en terminer un, et qui le pressaient de donner au public quelque témoignage éclatant de son génie, il répondait, se comparant au fondeur qui prépare à loisir les moules où il doit couler ses statues :

Moi, Je suis ce fondeur : de mes écrits en foule Je prépare longtemps et la forme et le moule, Puis sur tous à la fois je fais couler l'airain. < Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.

Mais ce demain ne vint pas , ou s'il vint , il fut rempU par d'autres préoccupations.

La famille d'André Chénier le pressait de se faire une position : son père insistait pour qu'il tentât la carrière diplomatique ; mais il fallait pour cela aliéner sa liberté, dire adieu à sa modeste et indépendante existence. André s'est plaint de cette dwe nécessité, dans des vers énergiques, où il se montre obsédé par des pensées de suicide :

Souvent, las d'être esclave et de boire la lie De ce calice amer que l'on nomme la vie ; Las du mépris des sots,c[ui suit la pauvreté, Je regarde la tombe, asile souhaité.

Il a exprimé toute l'amertume de son cœur dans Fadmirable idylle de la Liberté, écrite au mois de mars 1787. En faisant contraster la gaieté gracieuse du cheviier avec les imprécations désespérées du berger, en montrant comment les mêmes objets peuvent paraître hideux ou charmants, selon qu'on les regarde avec les yeux d'un homme libre ou les yeux d'un esclave , André Chénier a composé un des chefsd'œuvre de notre langue, en môme temps qu'il nous faisait sur l'état de son âme à cette époque les plus précieuses révélations.

Au mois de décembre 1787 , il partit pour l'Angleten'e en quaUté de secrétaire d'anibassade. Malgré la bienveillance de l'ambassadeur, M. delà Luzerne, il passa à Londres des années pénibles, dans l'isolement et l'inaction. Sa place

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l'occupait si peu qu'il s'abstint d'abord de toucher ses appointements. Il fallut pour l'y décider l'insistance et presque un ordre formel de M. de la Luzerne. Il aurait pu se distraire par l'étude de la littérature anglaise ; mais parmi les poètes anglais il n'admirait guère que Milton ; il trouvait de belles scènes dans Shak- .speare,et pas une belle pièce, et il invitait les poètes français à « fuir la pesante ivresse des durs chanteurs du Nord nébuleux. Enfin, au printemps de 1790, il se dégagea de sa position diplomatique, et revit la France , alors en pleine révolution. Dans le terrible mouvement qui venait de faire tomber en ruines toute la vieille société , il apportait plus d'ardeur que d'expérience , un très-vif amour de la liberté , une bftine non moins vive de l'anarchie. Ces dispositions libérales et modérées étaient celles de ses amis , les de Pange , les Trudaine, Brazais , Regnault de Saint-Jean-d'Angely , Sieyès , Condorcet , le marquis de Pastoret. Il fut introduit par eux dans la Société de 89 , club brillant qui réunissait dans de somptueux salons du Palais- Royal les membres les plus éclairés, les plus modérés, les plus riches, les plus aristocratiques en un mot du parti révolutionnaire. Charmés de l'ardeur du jeune poète, ses amis se servirent de lui comme d'un secrétaire , et le chargèrent de rédiger et de signer de son nom inconnu , et par cela même moins compromettant, un écrit qui fut comme le manifeste de la Société de 89. Cet écrit, qui a pour titre : Avis aux Français su?' leurs véritables ennemis , parut dans le N" Xin du Journal de la Société de 89. Il porte la date de Passy , 24 août 1790. André Chénier s'y montra dès l'abord ce qu'il sera dans cette lutte ardente de deux années , ami passionné de la Ubcrté , ennemi non m^oius passionné de la violence. Toute sa pensée peut se résumer ainsi : la révolution étant juste , doit triompher par des moyens justes , et les véritables ennemis de la liberté sont ceux qui veulent l'établir par la force I brutale et inique. André démontre cette thèse, ! fort raisonnable, avec beaucoup de verve , mais I aussi avec d'imprudentes invectives contre les ' partisans de la violence. « J'ai goûté , dit-il , ': quelque joie à mériter l'estime des gens de bien en m'offrant à la haine et aux injures de cet , amas de brouillons corrupteurs que j'ai démasqués. J'ai cru servir la liberté en la vengeant de leurs louanges. Si, comme je l'espère encore, ils succombent sous le poids de la raison , il sera ■■ honorable d'avoir, ne fût-ce qu'un peu, contribué î à leur chute. S'ils triomphent, ce sont des gens par i qui il vaut mieux être pendu que regardé comme j ami » Cette brochure, modérée au fond, maistrès- I provoquante par la forme, valut à son auteur les i compliments et une médaille du roi Stanislas, qui i la fit traduire en polonais, et beaucoup d'injures de la part de Camille Desmoulins , qui rédigeait ' alors les Révolutions de France et de Brabant.

NOUV. BIOGR. UNIVERS. — T. X

En se séparant d une manière aussi tranchée du parti du désordre , André Chénier n'en gardait pas moins tout son enthousiasme pour les conquêtes de la révolution ; il les célébrait encore en 1791 dans un Dithyrambe sur le Jeu de Paume, adressé au peintre David. Le poète y reproduit les idées déjà exprimées dans l'Avis aux Français, et répète la belle et inutile recommandation de ne pas venger la raison par des crimes. Pour donner un coloris poétique aux événements qu'il célèbre, André Chénier prodigue les images les plus hardies ; il use largement des coupes irrégulières, des déplacements de césure, des hémistiches inégaux, des rejets, des enjambements d'un vers à l'autre, et même d'une strophe à l'autre, de toutes les licences, enfin, si sévèrement interdites à notre versification depuis Malherbe et Boileau. Par son allure rapide, par les nombreuses digressions qu'un lien réel, quoique insensible, rattache au sujet principal , le dithyrambe sur le Jeu de Paume rappelle , plus peut-être qu'aucune autre composition lyrique de notre langue , les odes de Pindare. Ce poème semble avoir été peu remarqué : la modération des idées et l'étrangeté du style l'éloignaient également de la faveur du public. Le moment d'ailleurs n'était pas à la poésie, et André revint à la prose. Il se présenta, dans les derniers mois de 1791, devant les électeurs de la Seine , comme candidat pour l'Assemblée législative ; il échoua, et dut se contenter des journaux pour défendre ses idées.

Dans la lutte trop inégale que le parti constitutionnel soutenait contre les Girondins *et les Jacobins, alors leurs alliés, il combattit toujours au premier rang. Le 26 février 1792 il publia', dans le Journal de Paris, un long article où il accusait la Société des amis de la constitution (Jacobins) d'être la cause des désordres qui troublaient la France et arrêtaient l'établissement de la liberté. Selon lui, pour dire le contraire il fallait être « un fripon ou un imbécUe ». Marie- Joseph Chénier, membre du club des Jacobins , ne pouvait avoir sur leur compte la même opinion que son frère, et il se trouvait peu flatté d'être compris dans une de ces deux catégories. Dans une note, convenable d'ailleurs , il déclina toute communauté d'opinion avec son frère. La dispute en serait restée là si elle n'eût été envenimée par un des rédacteurs du Journal de Paris, qui commenta d'une manière injurieuse la réponse de Marie-Joseph. Celui-ci, qui n'était pas doué d'une grande patience, riposta avec vivacité, et réfuta, mais avec beaucoup d'égards, l'article de son frère, dans une lettre datée du 7 mars, et insérée dans le Moniteur du 11 mai. André ne se tint pas pour battu ; dans une répcmse fort vive, il maintint toutes ses attaques, et les aggrava en ajoutant à ses invectives générales une allusion piquante à l'adresse de son frère : il dit que « Marie-Joseph pouvait beaucoup louer sans l'aimer une société qui disposait de cette

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partie des succès littéraires dont la nature est d'avoir besoin des applaudissements de la multitude ». Ces paroles étaient une allusion évidente au succès de Charles IX. Marie-Joseph, qui avait assez bien supporté les attaques au sujet de la politique, s'irrita dès qu'il se sentit piqué dans son amour-propre d'auteur ; il releva vertement les paroles de son frère, dans une lettre insérée au Moniteur du 19 juin 1792, et donna à entendre que la colère d'André contre les Jacobins pouvait bien être le dépit d'un candidat évincé. La famille se hâta d'intervenir entre les deux frères, qui furent brouUlés quelques mois seulement. Mais le souvenu* de cette polémique ne s'effaça pas. Les royalistes s'en firent trois ans plus tard une arme contre Marie- Joseph; les révolutionnaires s'en servirent en 1792 contre André, et le traitèrent de fratricide, sotte injure que le noble poète repoussa avec une froide et dédaigneuse indignation. Cette déplorable polémique fut entrecoupée par une autre, plus grave encore dans ses conséquences, puisqu'elle fut une des causes les plus probables de la mort d'André Chénier, Quarante-cinq soldats du régiment suisse de Châteauvieux avaient été condamnés aux galères, pour s'être révoltés et avoir pillé la caisse du régiment ; ils furent amnistiés, et les Jacobins, sur la proposition de Coilot d'Herbois, résolurent de leur donner une fête, à laquelle la municipalité de Paris eut le tort de s'associer. André s'éleva avec énergie conti'e ces honneurs décernés à l'indiscipline; il qualifia cette fête de scandaleuse bacchanale , de bambochade ignominieuse , et la stigmatisa dans un ïambe, chef-d'œuvre d'ironie. Célébrant à sa manière les Suisses révoltés , il demanda les lionneurs divins pour les clients de Coilot d'Herbois, ces quarante meurtriers chéris de Robespierre. Ces noms sinistres de Coilot d'Herbois et de Robespierre ne se rencontrent que cette seule fois dans les écrits d'André Chénier, qui luttait surtout contre le parti girondin.

La révolution du 10 août, en renversant la royauté, mit fin à la carrière politique d'André , qui essaya de se consoler des maux de la patrie par la culture des lettres. A l'aimable poète Wieland, qui s'informait de ce qu'il faisait dans la révolution, il répondait, à la date du 19 octobre 1792, « qu'il était bien déterminé à se tenir toujours à l'écart, ne prenant aucune part active aux affaires publiques, et s'attachant plus que jamais, dans la retraite, à une étude approfondie des lettres et des langues antiques «. En annonçant cette détermination, André Chénier promettait plus qu'il ne pouvait tenir ; il ne devait être maître ni de sa pitié ni de son indignation. Le procès de Louis XVI, en excitant au plus haut point dans son âme ces deux sentiments, le ramena dans l'arène politique. Il prit à la défense du malheureux monarque une part réelle, bien que difficile à préciser. Il servit, à ce

qu'il semble, de secrétaire à M. de Maleshcrbes, et rédigea quelques pièces de la défense. Il pré- i para pour demander l'appel au peuple un projet de lettre qui ne fut pas adopté : les défenseurs préférèrent la lettre très-simple qu'on lit dans le Moniteur à la noble et éloquente demande rédigée par André Chénier. Tant de fatigues et de douleurs avaient altéré sa santé; il allait de temps en temps passer à Versailles , dans une petite maison que son frère lui avait louée, « des semaines vouées, dit M. Sainte-Beuve , à la méditation , à la rêverie , à la poésie. Un amour délicat l'avait repris, et le consolait de ses autres tristesses par sa blessure même. Il en a célébré l'objet dans des pièces adorables, sous le nom de Fanny. Mais la plus belle (s'il fallait choisir), la plus complète des pièces d'André Chénier, est celle qu'il composa vers cetemps, et qui commence par cette strophe :

O Versaille , 6 bois , 0 portiques !

Marbres virants , berceanx antiques.

Par les dieux et les rois Elysée embelli ,

A Ion aspect dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée,

Coule un peu de calme et d'oubli.

On y voit, dans un rhythme aussi neuf qu'harmonieux, le sentiment de la nature et de la solitude, d'une nature grande , cultivée et même pompeuse, toute peuplée de souvenirs de grandeur auguste et de deuil , et comme ennobUc ou attristée d'un majestueux abandon. Il y a l'élégie royale dans toute sa gloire, puis, tout à côté, le mystère d'un réduit riant et studieux couronné de rameaux, et propice au rêve du poète, au rêve de l'amant. Car il aime, il revit, il espère, il va chanter comme autrefois, et la source d'harmonie va de nouveau abonder dans son cœur et sur ses lèvres. Mais tout à coup devant ses yeux lui repasse l'image des horreurs publiques, et alors le sentiment vertueux et stoïque revient dominer le sentiment poétique et tendre. L'homme juste et magnanime se réveille , et la vue des innocents égorgés corrompt son bonheur. Tel est, dans cette admirable pièce, l'ordre et la suite des idées, dont chacune revêt tour à tour son expression la plus propre , l'expression hardie , à la fois savante et naïve. «

Ce sentiment d'indignation , qui faisait rougir André Chénier de son bonheur et presque^de la vie, anime toute l'ode à Charlotte Corday. Le poète s'écrie en s'adressant à la meurtrière de Marat :

Seule ta fus un homme , et vengeas les humains.' Et nous , eunuques vils, troupeau lâche et sans âme. Nous savons proférer quelques plaintes de femme, —Mais le fer pèserait à nos débiles mains I

Ce même sentiment se reproduit avec plus d'^ nergie encore dans une page trouvée parmi le" papiers du poète, et qu'on peut appeler son testament. « Il est las , dit-il en parlant de luimême, de partager la honte de cette foule immense qui en secret abhorre autant que lui,

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mais qui approuve et encourage , au moins par son silence , des hommes atroces et des actions abominables. La vie ne vaut pas tant d'opprobre. Quand les tréteaux, les tavernes et les lieux de débauche vomissent par milliers des législateurs, des magistrats et des généraux d'armée qui sortent de la boue pour le bien de la patrie, il a, lui, ime autre ambition, et il ne craint pas de démériter de la patrie en faisant dire un jour : Ce pays qui produisit alors tant de prodiges d'imbécillité et de bassesse produisit aussi un petit nombre d'hommes qui ne renoncèrent ni à leur raison ni à leur conscience ; témoins des triomphes du vice, ils restèrent amis de la vertu, et ne rougirent point d'être gens de bien. Dans ces temps de violence, ils osèrent parler de justice; dans ces temps de démence, ils osèrent examiner ; dans ces temps de la plus abjecte hypocrisie , ils ne feignirent point d'être des scélérats pour acheter leur repos aux dépens de l'innocence opprimée, ils ne cachèrent point leur haine à des bourreaux, qui, pour payer leurs amis et punir leurs ennemis , n'épargnaient rien, car il ne leur en coûtait que des crimes ; et un nommé André Chénier fut un des cinq ou six que ni la fi-énésie générale , ni l'avidité , ni la crainte ne purent engager à ployer le genou devant des assassins couronnés, à toucher des mains souillées de meurtres , et à s'asseoir à la table où l'on boit le sang des hommes. »

La mort que le poète provoquait avec cette généreuse impatience ne devait pas se faire attendre. Le 17 nivôse an n (6 janvier 1794) , 0 se trouvait à Passy, chez M™e de Pastoret, quand le sieur Guénot, porteur d'un ordre du comité de sûreté générale, se présenta pour arrêter cette dame. André Chénier voulut s'y opposer, et Guénot ordonna de l'arrêter lui-même. André se réclama de la Section de Brutus (quartier Montmartre!), dont il avait un certificat de civisme, et refusa de signer l'interrogatoire qu'on lui fit subir. Guénot obtint du comité révolu tioimaire de Passy l'ordre de le faire conduire à la maison de détention du Luxembourg. L'ordre était si irréguUer, que le concierge du Luxembourg refusa de recevoir le prisonnier. Celui-ci, ramené devant Guénot , fut envoyé à Saint -Lazare et admis sans difficulté. H ne fut cependant écroué que le 19 nivôse. Pendant cette journée seulement d'intervalle du 18 nivôse, il eût été possible d'obtenir la mise en liberté du prisonnier. Une fois écroué, il n'eut plus d'espoir que dans l'oubli; car l'écrou ne pouvait être levé que par un ordre du comité de sûreté générale de la Convention nationale. Le père d'André Chénier, s'appuyant sur ce fait que son fils avait été arrêté sans ordre supérieur , demanda qu'il fût mis en liberté. Cette suppUque resta sans effet; mais elle n'eut pas, comme on l'a dit, pour résultat d'envoyer André à l'échafaud , puisquelle précéda de plusieurs

mois sa mise en jugement. En entrant à Saint- Lazare il s'était dit qu'il fallait s'accoutumer à l'oubli. Un sentiment, mélange délicat de pitié et d'amour, vint le distraire et le consoler un peu de sa captivité. Il célébra la duchesse de Fleury, plus connue sous le nom de comtesse de Coigny, prisonnière comme lui, dans cette ode admirable de la jeune Captive, dont M. Villemain a dit si justement : « C'est un des chefsd'œuvre de la poésie moderne , c'est la plus pure des élégies tendres, c'est un style dontla richesse, pleine de symboles et d'images, a quelque chose de riant et de nouveau comme la jeunesse. » Mais l'amour n'inspirait pas seul le poète dans les cachots de Saint -Lazare. André trouvait dans son indignation des accents d'une terrible énergie, pour flétrir les oppresseurs de la France. Il ne voulait pas mourir, disait-il ,

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fauge, Ces bourreaux barbouilleurs de lois.

Il voulait survivre à tant de brigands abhorrés. Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice.

Ces cris d'indignation, que le poëte ne savait pas contenir, eussent suffi pour le signaler aux espions qui surveillaient jusqu'aux moindres paroles des prisonniers , quand bien même le souvenir de la polémique du Journal de Paris ne l'aurait pas assez désigné aux vengeances du comité de salut public. Le 6 thermidor il fut transféré de Saint-Lazare à la Conciergerie, et son acte d'accusation lui fut signifié. Cet acte, daté du 3 thermidor, avait été rédigé avec tant de négligence, que des faits relatifs à un des frères du poëte, Sauveur Chénier, qui venait d'être arrêté dans le département de la Somme par l'ordre d'André Dumont , furent portés à la charge d'André Chénier. Celui-ci était désigné comme ancien chef de brigade dans l'armée de Dumouriez. Ainsi Fouquier-Tinville envoyait les prisonniers à la mort sans constater leur identité. André Chénier signala probablement cette incroyable confusion, car les faits relatifs à Sauveur se trouvent rayés dans la minute de l'acte d'accusation. Le lendemain, 7 thermidor ,André comparut devant le tribunal révolutionnaire avec quarante-qjjatre autres accusés, divisés en deux catégories. Depuis que la loi du 22 prairial avait supprimé toute défense, les prétendus jugements du tribunal révolutionnaire se bornaient à la lecture d'un acte d'accusation collectif, à un rapide interrogatoire et à une constatation, souvent fort imparfaite, de l'identité de l'accusé. Après les deux ou trois heures nécessaires pour remplir ces deux dernières formalités à l'égard des quarante-cinq accusés, ti'ente-huit furent condamnés à mort. Le poëte Roucher et André Chénier, qui faisaient partie de la première catégorie, ainsi que le baron de Trenk, le comte de Montalembert, le comte de Créqui, furent condamnés comme « convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple, en participant aux crimes de

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Capet et de sa famille , en approuvant le massacre du Champ de Mars , en écrivant contre la liberté et en faveur de la tyrannie, en entretenant des intelligences avec les ennemis de l'État, en discréditant les assignats; en conspirant dans la maison d'arrêt dite Lazare , à Teffet de s'évader, et ensuite dissoudre, par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple , et notamment des membres du comité de salut public et de sûreté générale , le gouvernement républicain, et de rétablir la royauté m. Les jugements du tribunal révolutionnaire étaient exécutoires sur-le-champ. Les condamnés furent aussitôt dirigés sur la barrière de Vincennes (aujourd'hui barrière du Trône ) , place choisie pour les exécutions. En descendant l'escalier de la Conciergerie, André Chénier se frappa le front, et dit : « Pourtant j'avais quelque chose là. » Il prit place à côté de Roucher. D'après le récit touchant, maispeu vraisemblable, de M. de Latouche, les deux amis charmèrent leurs derniers moments en récitant la première scène d'Ândromaque ; suivant une autre tradition, tandis que Roucher s'étourdissait lui-même par de bruyantes paroles, André, silencieux, tout entier à ses suprêmes pensées, paraissait insensible aux clameurs de la foule qui se pressait, irritée out'compatissante, autour du funèbre cortège. André Chénier fut guillotiné le second après Roucher, à six heures du soir. Trois jours après, à la même heure à peu près , sur la place de la Révolution , Robespierre et ses complices montaient sur l'échafaud.

André Chénier avait pu craindre que son œuvre, longtemps élaborée, mais restée inachevée, ne pérît avec lui. Cette crainte ne se réalisa pas. Le 20 nivôse an m, moins de six mois après la mort du poète, la Décade publia la jeune Captive, avec cette note : « André Chénier avait beaucoup étudié, beaucoup écrit', et publié fort peu. Fort peu de gens aussi savent quelle perte irréparable ont faite en lui la poésie , la philosophie et l'érudition antique, m Le Mercure publia la jeune Tarentine dans son numéro du 1^"^ germinal an ix. M. de Chateaubriand cita de courts et gracieux fragments des Idylles dans une note du (xénle du Christianisme. Millevoye, dans les notes de ses Élégies, publia des fragments du poëme d'Homère. Ces citations, sans donner toute la mesure du génie d'André Chénier, en faisaient connaître la portion la plus exquise. C'était assez pour intéresser vivement le public. Dans la Galerie historiqiie des contemporains, recueil biographique, daté [<le Bruxelles 1818, on lit ces lignes, qui prouvent que même avant la publication des œuvi-es d'André Chénier son nom et son génie n'étaient point inconnus : « Dans ces premiers essais d'un talent moissonné à son aurore, on reconnaît l'étude et le sentiment de l'antiquité. La Tarentine et quelques autres églogues, dont les journaux ont depuis cité des fragments, sont

infiniment au-dessus de tout ce que la France avait possédé jusque alors dans ce genre de composition. C'est la naïve simplicité de Théocrite jointe à la douce mélancolie de Virgile. » Les œuvres d'André Chénier, remises à M. de Latouche, qui les revit et les prépara pour l'impression avec un soin digne des plus grands éloges, parurent enfin en 1819. Elles surpassèrent de beaucoup l'attente du public, et obtinrent un succès qui depuis est toujours allé croissant. Les limites d'un recueil biographique ne nous permettent pas de rechercher quelle influence André Chénier a exercée sur notre littérature et quelle place il doit occuper parmi les poètes de notre siècle. Sur ces deux points nous ne pouvons que renvoyer aux écrits de nos meilleurs critiques et historiens littéraires. Un des plus éminents, M. Sainte-Beuve, nous semble avoir résumé les jugements des contemporains et devancé celui de la postérité, lorsqu'il a dit d'André Chénier « qu'il était un des maîtres de la poésie française au dix-neuvième siècle , et notre plus grand classique en vers depuis Racine et Boileau ».

Depuis 1819 les éditions des œuvres d'André Chénier se sont rapidement succédé; en voici la liste : Œuvres complètes , précédées d'une notice par un anonyme ; Paris, Baudouin frères ; 1819, in-8*'; — Poésies, précédées d'une notice par Henri de Latouche; ibid., 1820, in-18; — Œuvres complètes, [nouvelle édition; ibid., 1822, in-18; — Œuvres anciennes et posthumes, revues , corrigées et mises en ordre par M. Robert; Paris, Guillaume Nepveu , 1826, 2 vol. in-8°; — Poésies posthumes et inédites, précédées d'une 'notice par H. de Latouche; Paris, Renduel et Charpentier, 1833, 1839, 2 vol. in-8°; — Les mêmes, édition plus complète que les précédentes ; Paris , Charpentier, 1839, in-18, avec un portrait. Cette édition, améliorée dans des réimpressions successives, laisse cependant encore à désirer. Il serait temps de scruter les papiers d'André Chénier, et d'en tirer les fragments (on'(sait qu'il en reste) qui peuvent offrir quelque intérêt. Le texte imprimé devrait être sévèrement revu sur les manuscrits et restitué partout où il a été altéré par les éditeurs. On a encore publié d'André Chénier : Œuvres en prose,, augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits , précédées d'ime notice historique par le bibUophile Jacob; Paris (Gosselin), 1840, in-18; — Poésies de François Malherbe , avec un commentaire inédit par André Chénier; seule édition complète publiée par M. de Latour; Paris , Charpentier, 1842, in-12. Cette édition a été faite sur un exemplaire de Malherbe , édition Barbou , 1 776, exemplaire annoté par André Chénier, et qui se trouve en la possession de M. de Latour. Le commentaire d'André Chénier, consiste en notes très-courtes, mais très-vives et très-remarquables. Elles attestent! un goût aussi pur que

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hardi et un sentiment très-élevé de la véritable poésie lyrique. Léo Joubert.

Moniteur universel, 1794. — Galerie historique des contemporains. — H. de Latouche, Notice sur André Chénier. — Bibliophile Jacob, Notice historique sur André Chénier. — Lemercier, Revue encyclopédique, 1820. — Raynouard, Journal des savants, 1819. ^ Loyson, Lycée, 1819. — Sainte-Beuve , Critiques et portraits, tom. ir, V; Portraits contemporains, t. 111; Causeries du lundi, t. IV. — Villemain, Littérature au dix-huitième siècle.— Gustave Planche, Revue des Deux Mondes, tS janvier i838.—Quérard, te i^'rance littéraire. ~ M. Simonet, la Pléiade, nouvelle Encyclopédie littéraire et biographique, n° 1, mars 1854.

CHÉKiËR ( Marie- Joseph ) , poète français , frère du précédent, né à Constantinople, le 28 août 1764, mort àParis, le 10 janvier 1811. Conduit en France l'année même de sa naissance , il passa ses premières années à Carcassonne, auprès d'une tante paternelle. Placé ensuite à Paris, au collège de Navarre, « il y reçut, dit Daunou, une éducation si précoce et si rapide, qu'aussitôt qu'elle fut terminée il sentit le besoin d'étudier tout ce qu'on venait de lui apprendre » . A peine âgé de dix-sept ans, Marie- Joseph entra, comme officier de dragons , dans la carrièie militaire. Pendant deux années de garnison à Niort, il recommença toutes ses études ; et comme il n'avait plus de professeur, il fit en peu de temps des progrès solides. Mais il ne tarda pas à se dégoûter du métier des armes; il fallait à l'inquiète activité de son esprit une autre direction, un plus grand théâtre, et il vint se fixer à Paris. Déjà tourmenté de son obscurité, et avec la présomption de son âge , trop pressé de se produire, il fit jouer au Théâtre-Fi'ançais un drame en deux actes , intitulé Edgar j ou le page supposé, et qui , suivant La Harpe, « fut sifflé dès la première scène » ( Corresp. lut. ). L'auteur condamna lui-même son ouvi'age, et se garda de le faire imprimer; mais il ne se laissa point abattre par un premier échec. Sa tragédie A'Azémire fut représentée , le 4 novembre de la même année, sur le théâtre de la cour à Fontainebleau : « J'avais alors vingt ans, dit l'auteur dans sa lettre à M. de Pange; et comme il faut encourager les jeunes gens , la pièce fut sifflée d'un bout à l'autre : jamais pareille aventure n'était arrivée à Fontainebleau, jj Azémire fut jouée le surlendemain à Paris , où, quoique accueillie moins défavorablement, elle n'eut que quatre représentations. Les critiques se partagèrent sur cet ouvrage : La Harpe , si souvent passionné , si souvent injuste , et que de nombreuses chutes auraient dû rendre plus modeste , ne vit dans Azémire qa^tne misérable rapsodie, tandis que Palissot éleva beaucoup trop haut son mérite. Ce qu'il fallait dire, dans l'intérêt même de Chénier, c'est que, malgré de très-grands défauts dans le plan et dans le style, Azémire annonçait dans une floraison précoce des fruits qui mûrii-aient dans l'avenir.

Quelques pièces de vers pubUées en 1787 et 1788, une ode sur le dévouement du prince de Brunswick, une épître à son père, un poème I

Sur l'assemblée des notables; le Ministre et l'homme de lettres; Dialogue entre l'homme de lettres et le public, satire contre Rivarol, qui venait de publier sa facétieuse impertinence de VAlmanach des grands hommes, commencèrent la réputation poétique de Chénier.

La chute de la Bastille avait ébranlé le trône, et les journées des 5 et 6 octobre venaient de le montrer déjà penchant vers sa ruine, lorsque Charles IX parut sur la scène française. Cette pièce fit rapidement grandir la réputation de Chénier, et commença celle de Talma. Trois années d'intervalle séparèrent la première représentation d'Azémire (4 novembre 1786) de celle de Charles IX (4 novembre 1789); mais cette dernière pièce avait été composée assez longtemps auparavant, puisque le discours préliminaire de Chénier porte la date du 28 août 1788. Le succès fut prodigieux, et la foule se portait aux représentations. C'était une idée hardie de mettre la Saint-Barthélémy sur la scène et d'y faire paraître un cardinal bénissant les poignards pour un vaste assassinat. Disciple enthousiaste de Voltaire, Chénier voulut faire des tragédies philosophiques ; il mit le fanatisme en action et les maximes de la liberté en scènes dialoguées. En s'empressaot pour voir le drame, c'était aussi la révolution qu'on allait applaudir. En 1790, les représentations ayant été suspendues par le conseil de l'hôtel de ville, les Comé diens français présentèrent, le 27 septembre, une requête tendant à « obtenir l'ordre ou la permission, par écrit, de donner Charles EX », et le même jour Bailly , maire de Paris , signa l'autorisation demandée. Charles IX reprit sa vogue , et il en parut plusieurs traductions en allemand et en d'autres langues.

Chénier donna en 1791 deux autres tragédies, Henri VIII et Calas. La première est remplie d'un pathétique déchirant : « Quand on la veut critiquer, dit M. Daunou, il faut commencer par essuyer ses larmes, veiller sans cesse à les retenir, et résister non moins courageusement aux impressions qui résultent des mouvements et de la beauté du style. » Un autre habile critique, M. 'Tissot, en reconnaissant dans Henri VIII « un pathétique vrai, qui fait couler de douces larmes », ajoute : « On n'y respire ni la verve d'Eschyle , ni la majesté de Sophocle, ni la profonde éloquence d'Euripide. » Mais une pièce où tout cela respirerait serait le chef-d'œuvre des cliefs -d'œuvre, et pour n'êti'e pas ce chef-d'œuvre, Y Henri VIII de Chénier n'en est pas moins digne de beaucoup d'estùne. C'est par cette tragédie que fut faite, rue de Richeheu, l'inauguration du Théâtre de la République.

La tragédie de Calas n'eut que trois repiésentations; le spectacle en fut trouvé si déchirant que l'auteur avouait lui-même avoir dépassé le hvâ. Caius Gracchus fut représenté le 9 février 1792. Le fameux hémistiche : des lois, (t

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non du satig! qu'on applaudissait avec entliousiasme, « quand, dit M. Daunou, le sang coulait à grands flots sur les ruines de toutes les institutions sociales, « fit interdire la représentation de cette pièce, toute républicaine. Le conventionnel Albitte accusa en plein théâtre, à liante voix, devant 1,500 spectateurs, Chénier d'être un ennemi de la liberté. La tyrannie répondit : Du sang, et non des lois ! elle proscrivit la pièce, et résolut la proscription du poète. Le 27 janvier 1793 fut donné à l'Opéra le Camp de Grand-Pré, divertissement lyrique en un acte, dont Gossec avait fait la musique. Une ronde de cette pièce devint et resta longtemps un des chants joyeux des armées françaises. Le 9 février fut jouée sur le Théâtre de la République la tragédie de Fénelon ; elle eut un grand succès dans ces temps difficiles, « J'ai cru, disait Chénier, qu'en nos jours mêlés de sombres orages , lorsque les mauvais citoyens prêchent impunément le brigandage et l'assassinat, il était plus que temps de faire entendre au théâtre cette voix de l'humanité qui retentit toujours dans] le cœur des hommes rassemblés. » Une partie du succès de Fénelon fut due à Monvel : cet habile tragédien se montra si pathétique et si vrai , il produisit un tel enthousiasme, que le marquis de Fénelon, s'y laissant entraîner, alla trouver l'acteur et lui fit don de l'anneau pastoral de l'archevêque de Cambrai, comme pour ajouter à l'intérêt du drame et rendre plus complète l'illusion de la scène. J'ai vu sous le consulat, non sans étonnement, l'anneau de Fénelon au doigt de Monvel, qui, par une singularité non moins remarquable, était alors propriétaire de l'ancien Paraclet d'IIéloïse et Abélard. Il y avait de la vertu et du courage à montrer au théâtre en 1793 le plus touchant modèle de la philosophie chrétienne et de l'humanité. Lorsque Chénier fit réimprimer sa pièce, en 1802, il la dédia à son ami M. Daunou; et dans une longue et savante épître , après avoir rapidement tracé l'histoire de l'art dramatique chez les anciens et chez les modernes, et avoir établi quel est son but (résumé par hii en deux mots : instruire et plaire), il ajoute : « Il m'était doublement honorable d'avoir publié Charles IX sous la royauté et Fénelon sous la tyrannie démagogique. » Le fait est que Chénier fut alors, comme il le rappelle à son ami, dénoncé dans les clubs et dans les journaux; qu'il vit ses tragédies bannies du théâtre : Fénelon et Calas comme fanatiques, Henri Vin et Charles IX comme Totjalistes, Caïus Gracchus comme suspect d'aristocratie.

La tragédie de Timoléon, en trois actes , avec des chœurs, musique de Méhul, ne fut représentée qu'après la chute de Robespierre (le 25 fructidor an m, selon l'édition de 1820). L'auteur continuait de donner au théâtre les leçons d'humanité qu'il avait déjà présentées sans succès dans Caïus Gracchus ^ dans Fénelon,

j et qui, manifestant en lui le courage de ses opinions, rendent odieusement ridicules les calomnies dont il fut si longtemps poursuivi. 11 osait dire :

La tyrannie, altière et de meurtres avide ,

D'un masque révéré couvrant son troat livide.

Usurpant sans pudeur le nom de liberté,

Roule au sein de Corintlie un char ensanglanté...

Il est temps d'abjurer ces coupables maximes :

11 faut des lois, des mœurs, et non pas des victimes 1

Ces vers étaient applaudis avec transport. Le comité de salut public se hâta de faire suspendi'e les représentations. Tous les manuscrits de ia pièce, qui n'était pas encore imprimée, furent saisis et brûlés ; une seule copie échappa aux recherches ; elle fut conservée par M"® Vestris, et servit, en 1795, pour l'impression de cette tragédie.

Ce fut peu de temps après la prosciiption de Timoléon qu'André Chénier périt surl'éehafaud. Tout entier à sa douleur, Marie- Joseph sembla renoncer aux travaux dramatiques, et ne les reprit, longtemps après, qu'une seule fois, en 1804, par une tragédie de Cyrus, qui n'eut qu'une représentation. L'avènement de Cyrus au trône des Mèdes était une allusion au couronnement de Napoléon. Cette pièce, où, dans de beaux vers , le talent dramatique brille de peu d'éclat, fut une erreur que ne couvrit pas la gloire ; elle augmenta le nombre des ennemis de Chénier, sans lui attirer la faveur du nouveau maître.

Chénier avait été membre de la Convention nationale, du Conseil des Cinq- Cents, et il siégea dans le Tribunat. Ses travaux politiques pendant dix ans de législature ( depuis le 21 septembre 1792 jusqu'au 7 mars 1802), ont quelquefois besoin d'être vus dans leur époque pour être bien jugés. Il fit partie des comités de l'instruction publique, de sûreté générale, de salut public ; il présida la Convention et le Conseil des Cinq-Cents. De 1803 à 1806 il fut inspecteur général de l'instruction publique.

Voici une faible esquisse des travaux qui doivent honorer et protéger sa mémoire contre les calomnies qui troublèrent sa vie et en précipitèrent le cours. Ami de l'ordre, il commença par demander, dans les premiers jours de la Convention, le maintien des lois non abrogées et des pouvoirs non révoqués. Il demanda le rappel des députés mis hors la loi , après la fatale journée du 31 mai, et fit accorder une pension de 1,200 livres à la mère de Girey-Dupré, rédacteur du Patriote français et victime du 31 mai; il fit un rapport pour le désarmement de ceux qui avaient participé aux horreurs de la tyrannie pré-thermidorienne; il proposa des peines contre les infracteurs de la loi du 3 ventôse sur la liberté des cultes , des indemnités à accorder aux députés proscrits; il présenta et fit adopter, en septembre 1795, lé décret qui rapporta l'acte d'accusation contre M. de Talleyrand et autorisa sa renti'ée en France; il de manda l'exécution rigoureuse des lois contre la

provocation au meurtre ; l'anmistie des délits révolutionnaires, etc. On ne peut qu'indiquer sominairement tout ce qu'il fit pour l'instruction publique, pour les sciences, les lettres et les arts. C'est sur son raj^ort qu'à la fin de 1792 fut décrété l'établissement des écoles primaires. En 1793 il s'éleva contre la destruction des livres et des objets d'art sous prétexte qu'ils étaient empreints de féodalité , et il fit rendre un décret répressif de ces actes de vandalisme. Il prononça plusieurs discours sur l'instruction publique. Dans l'an ii, l'Institut de musique (le Conservatoire) fut établi et organisé d'après ses rapports et ses projets., n prit part à l'organisation de l'Institut national des sciences et des arts, établi par la loi du 3 brumaire an iv (25 octobre 1795), et les six premiers membres de la section de Poésie (3^ classe, littérature et beaux-arts) furent nommés dans l'ordre suivant : Chénier, Lebrun, Delille, Ducis, Collin- Harleville, Fontanes. Chénier appuya la fixation à 250 des élèves de l'École polytechnique. Il fit des discours, des motions ou des rapports sur des établissements publics, sur la multiplicité des théâtres , sur le réveil des sciences et des arts , sur la liberté de la presse ; et il faut dire que sur cette dernière qxiestion on le vit à deux époques varier, et qu'il mérita de s'entendre mfitre en opposition avec lui-même. Il obtint que le peintre David , détenu par décret, fût rendu à la liberté pour reprendre ses pinceaux ; il fit accorder des pensions aux veuves de deux hommes célèbres, Goldoni et le chirurgien Dessault. H avait demandé à la Convention des honneurs nationaux pour Descartes ; il fit au Conseil des Cinq-Cents un rapport sur le même sujet, quand l'Institut national eut exprimé le vœu que les cendres du philosophe français fussent déposées au Panthéon. Il appela l'intérêt de la Convention sur les travaux littéraires de Pougens, de Millin, et sur les voyages de Forster. Enfin , ce fut sur son rapport que, le 3 janvier 1795, la Convention accorda 300,000 fr. de secours, qui furent repartis entre 116 savants, littérateurs et artistes, parmi lesquels figuraient toutes les notabilités scientifiques , littéraires et artistiques du temps.

Que deviennent maintenant, en présence de tous ces faits, un vote, quelques motions, quelques discours qui étaient dans l'esprit d'une époque où l'on ne trouve guère d'homme de talent qui fût exempt d'exaltation ? Le résultat d'ensemble de toute la vie politique de Chénier n'est-il pas qu'il voulut des lois, et non du sang , la gloire, et non l'anarchie dans la république; qu'il combattit avec courage cette anarchie sur la scène et à la tribune ; qu'exposé à la haine des factions , et près d'être proscrit par elles, il était sans crédit pour leur arracher des victimes ?

Chénier dit dans son épitre à Daunou : « Je fus contraint de laisser longtemps anonyme le Chant du départ, que les fiers accents de Mé-

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hul ont rendu cher à nos guerriers victorieux. « Qui ne sait que ce chant célèbre a été après la Marseillaise l'hymne populaire qui a eu le plus de succès ? Méhul en composa l'air dans une soirée de salon, et il l'écrivit sur un des coins de la cheminée, au milieu du bruit et des conversations. Les chants nationaux de Chénier commencent en 1792 , par son hymne pour la fédération; il fut suivi du chant poui" les sections de Paris sur l'acceptation de cette constitution de 1793 qui à peine décrétée fut remplacée par le gouvernement révolutionnaire. En 1794 parurent r^2/mne à la Raison, V Hymne sur la reprise de Toulon, l'Hymne à l'Être suprême, le Chant du départ, le Chant des victoires. Vinrent ensuite l'/f?/m?ie à /.-/. Rousseau, V Hymne du 9 thermidor, l'Hymne du 10 août, et plus tard l'Hymne pour la pompe funèbre du général Hoche et le Chant du retour, exécuté à la fête donnée à Bonaparte (1797) avant son embarquement pour l'Egypte. Tous ces chants furent composés pour des fêtes nationales.

Parmi les poésies lyriques de Chénier, nous ne citerons que son Ode sur la mort de Mirabeau (1791 , in-8") et l'Ode sur la situation de la république française durant l'oligarchie de Robespierre et de ses complices (1794). Après avoir fait connaître les œuvres dramatiques que Chénier fit représenter pendant sa vie, il nous reste à parler de celles qui n'ont été imprimées qu'après sa mort : Brutus et Cassius, ou les derniers Romains, tragédie en trois actes , avec une épître dédicatoire à son frère, terminée par ces lignes touchantes : « Puisse cet ouvrage sévère obtenir l'estime des gens de lettres! puisse-t-il obtenir la vôtre, mon cher frère! Ce ^ n'est pas seulement aux liens du sang qui nous unissent que j'en fais hommage, c'est à l'amitié qui nous unit plus étroitement, c'est à l'amour des lettres qui nous unit encore , et surtout c'est à votre mérite , dont je connais toute l'étendue » ; — Philippe II, tragédie en cinq actes, dont le sujet est la mort de don Carlos ; — Tibère, tragédie en cinq actes : c'est peut-être la meilleure pièce de l'auteur ; — Œdipe roi, tragédie en cinq actes, avec des chœurs ; — Œdipe à Colonne, tragédie en cinq actes , aussi avec des chœurs ; — Electre, tragédie non terminée, et dont les deux premiers actes , avec des chœurs , ont seuls été achevés. Ces ti'ois dernières pièces ne sont que des traductions (en vers) de Sophocle, que Chénier préférait à tous les poètes de l'antiquité, et dont il se proposait de traduire ainsi tous les ouvrages. « L'un de ses plus ardents désirs, dit Daunou , était de voir un jour les poèmes de Sophocle représentés par les acteurs du Théâtre- Français sur le théâtre de l'Opéra, dont les artistes auraient exécuté les chœurs. Ces spectacles pouvaient selon lui contribuer à nous faire mieux connaître ceux de la Grèce » ; —

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Nathan le Sage , drame en trois actes et en vers, imité de Lessing; — les Portraits de famille, et Ninon, comédies en plusieurs actes et en vers, non terminées, et dont on n'a recueUli que de longs fragments. Toutes les pièces de Chénier ont été réunies en 1818, 3 vol. in-8°, et ce théâtre est précédé de la notice de Daunou.

S'essayant dans tous les genres , Chénier fit des élégies ( la Promenade à Saint-Cloud ) , des discours et des dialogues en vers , des dithyrambes, des imitations d'Ossian; une traduction, en vers dissyllahiques , de Y Art poétique d'Horace ; une traduction du Cimetière de campagne, de Gray; de petits poèmes, parmi lesquels on distingue le Vieillard d'Ancenis, sur la mort du général Hoche (1798); un poème didactique Sur les arts , dont le premier chant est seul terminé; un poème épique non achevé , qui a pour titre la Bataviade, imprimé pour la première fois à Bruxelles, en 1816, in-8°, avec d'autres poésies inédites et sous le titre ô! Œuvres diverses, par les soins du général Mellinet; des épîtres satiriques, dont les plus connues sont : l'épitre sur la Calomnie (1797) et YÉpître à Voltaire, 1806 (ces deux pièces ont été souvent réimprimées ) ; un assez grand nombre d'autres satires : le Docteur Pancrace (1797), le Concile de Constance, "pièce très-rare ( on a prétendu même qu'il n'existait que l'épreuve de l'édition préparée par l'auteur); Conférence théologicopolitique entre Pie VI et Louis XVIII (1798) ; les nouveaux Saints (1801, six éditions); les Miracles, conte dévot (1802, quatre éditions ) ; petite Épitre à Jacques Belille (1802) ; les deux Missionnaires, ou La Harpe et Naigeon (1803) , etc. La satire est le genre où Chénier a le mieux réussi. « Que faire , écrivait-il à M. Daunou ( en lui dédiant sa nouvelle édition de Fénelon , 1802), que faire au milieu de tant d'ennemis littéraires , pohtiqiies , religieux? Continuer sa route avec courage, mépriser les calomnies , écouter les critiques , même injustes ; profiter des critiques judicieuses, fussent-elles gâtées par les injures;... respecter le public, cultiver à la fois l'art de penser et l'art d'écrire. » Mais Chénier ne put suivre cette sage règle de conduite dans son entier : il ne sut pas mépriser les calomnies , et tandis qu'elles tuaient rapidement sa vie, il se vengeait en poète plein de verve et d'énergie dans un corps défaillant ; il l'envoyait à ses ennemis des ti-aits désolants, qui les poursuivent encore dans la tombe. Cependant plus d'une fois, dans son exaspération , Chénier fut injuste , et « c'est là , dit M. Daunou , le plus grand tort que lui aient fait ses ennemis ». Ce tort, il le reconnut souvent dans les dernières années de sa vie , et on le vit « disposé à toutes les réconciliations qu'on ne lui rendait pas impossibles ».

Ses ouvrages en prose sont moins nombreux

que ses ouvrages en vers; le plus considéiable et le plus digne d'estime est son Tableau historique de l'état et des progrès de la littérature française depuis 1789, demandé par Napoléon à l'Institut, qui chargea Chénier de ce travail. Il en lut une analyse, faite par lui-même, à une séance du conseil d'État, en présence du chef de l'État, qui lui témoigna sa haute satisfaction (27 février 1808). Ce livre a eu plusieurs éditions ; c'est un beau ti'avail , qui demandait et qui trouva dans son auteur une grande force de telent, de vastes connaissances, un jugement élevé, un goût sûr, une impartialité rare et difficile. Chénier sut rendre justice à ses ennemis les plus implacables ; il oubUa les outrages des uns , l'ingratitude des autres : c'était une vengeance plus digne de lui , et son livre est un monument qui honore à la fois son esprit et son cœur, sa mémoire et les lettres.

En 1806 et 1807 il traça, dans un cours fait à l'Athénée de Paris , la première partie d'un tableau historique de la littérature française, de la langue et des divers genres en prose et en vers qui ont été cultivés en France jusqu'à la fin du règne de Louis XH. L'histoire des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles devait former trois autres parties de ce grand ouvrage ; il en avait tracé le plan dans une savante introduction , qui fut imprimée en 1 806 , in-8°. On doit regretter qu'il n'ait pu ni le terminer, ni faire imprimer qu'une faible partie de ce qu'il en avait composé. Ses leçons sur les Fabliaux et sur les Romans français ont seules été publiées. Nous citerons encore l'excellent Discours sur les progrès des connaissances en Europe et de l'enseignement public en France, qu'il prononça en 1801 , en qualité de membre du jury d'instruction du département de la Seine.

Le dernier écrit de Chénier, « tracé , dit Daunou, d'une main mourante, mais avec toute la vigueur et la grâce de son talent, » se trouve dans le recueil des discussions de l'Institut national Sur les prix décennaux. Il demanda pour un de ses anciens ennemis, Delille, le prix de httérature didactique ; il apprécia avec une impartialité remarquable le Cours de littérature de La Harpe , qui était aussi son ennemi. Les contemporains admirèrent et apjdaudu-ent; les haines littéraires , qui ne s'éteignent même pas toujours dans la tombe, s'arrêtèrent devant l'écrivain qui allait y descendre , et ses ennemis s'inclinèrent devant la hauteur de son talent et de son caractère.

Chénier avait remis à M™^ de Lesparda, désignée dans ses œuvres sous le nom d'Eugénie , une partie de ses manuscrits, dont les principaux étaient des traductions de la Poétique d'Ai'istote, de la Vie d'Agricola et des Mœurs des Germains , de Tacite ; dû Dialogue sur les orateurs , attribué à Quintilien ; de VArt poétique d'Horace (en vers français);

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le Coiirs de littérature fait à l'Athénée; le Tableau, de la littérature française depuis 1789 jîisqii'en 1808, et plusieurs discours en vers. Un procès s'éleva, en 1816, entre la donataire et les héritiers de Constantin-Xavier et de Louis-Sauveur, frères de Chénier. La principale question était de savoir si les manuscrits non encore publiés d'un homme de lettres étaient : assujettis aux lois de la transmission des biens I et ne pouvaient être donnés que par acte notarié , ou bien s'ils étaient des papiers domes- : tiques , des propriétés naturelles et indépendantes de la loi civUe, pour la transmission desquelles une donation manuelle suffit. La donataire perdit sa cause; et bientôt parut le Théâtre complet de Chénier, 1818, 3 vol. ia-S", duîiî le dernier est composé de pièces posthumes. Le premier voluoie est précédé de la notice de M. Daunou, qui dès 1811 avait paru avec le catalogue imprimé de la riche bibliothèque de son ami. Les Œuvres complètes furent puibliées (1823-1826) en 8 vol. in-8°, où, avec la ; notice de M. Daunou, s'en trouve une autre, écrite par Arnault. Cette édition fut encore enrichie par M. Lemercier d'une savante analyse idu théâtre de Chénier; car si Chénier eut le Imalheur d'avoir des ennemis implacables et de s'en faire lui-même un assez grand nombre par

Eine certaine roideur de caractère, par des raits passionnés et des critiques amer es , il eut aussi la consolation de se voir entouré d'illustres amis, qui ne s'éloignèrent point du lit de ses longues douleurs, et qui avaient su apprécier tout ce qu'il y avait dans cette âme ardente et dans ce haut talent, qui fut si tourmenté, de nobles facultés et4e sentiments généreux. [M,Vi- 1.ENÀ.VE, dans VEnc. des g. du m.]

Ch. Labitte, Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1844. — Garat, ?lotice sur la vie et les ouvrages de M. J. •Chénier. — Llngay, Eloge de M.-J. Chénier. — Aroault, Sur J. Chénier.

'CHÉNIER {L.-J.-G. de), neveu des précélents, jurisconsulte militaire français, né le 14 septembre 1800, On'ade lui : Manuel des conmls de guerre, ou recueil alphabétique des

ruestions de droit militaire; Paris, 1831, in-8° ; - Guide des tribunaux militaires, ou légis- ' lation criminelle de l'armée, contenant, avec les notes et des commentaires explicatifs, le texte entier des lois, décrets; Paris, 1838, l vol. in-8°.

Quérard. la France littéraire, supplément. — Beuchot, Journal de la librairie.

CHENOT (Adam), médecin néerlandais, né 3n 1721, à Luxembourg, mort le 9 mai 1789. En 1755 il se dévoua courageusement au soulagement des pestiférés de Cronstadt, et fut nommé îiisuite physicîis contagionis ( médecin d'épidémie) à Hermanstadt. En 1773 il devint protomédecin de Siebenburg. On a de lui : Tractatus de peste; Vienne, 1766, in-8"; traduit en allemand, Dresde, 1776, in-8°; — Historia pestis (ransilvanicse annorum 1770 et 1771, ouvrage

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