‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 46 sur 200 · CHESTERFIELD · texte numérisé non relu

CHESTERFIELD

de Mélanges, deux volumes in-4°. Il a été composé, en outre, d'autres recueils de ses discours et de ses écrits politiques ; puis une vaste collection de lettres, divisée en trois livres ; écrits de toutes sortes , d'im tour agréable et pleins de traits échappés à sa veine , ou butinés dans une érudition qui ne manquait ni de choix ni d'étendue, quoique très-circonscrite par les préjugés littéraires de son temps. Mais cette facilité continue est souvent prolixe , et se ressent des habitudes d'imj>rovisation de l'auteur : c'est le sansfaçon du grand seigneur. Le temps a dérobé à ces pages presque tout leur intérêt et leur valeur. Un seul ouvi'age,les Lettres de lord Chesterfield à son fils , ont conservé la célébrité de son nom ; !e spirituel lord n'avait pas compté sur cette planche de salut pour sa mémoire. Ces lettres n'ont vu le jour qu'après sa mort, et, ce qui paraît hors de doute, c'est qu'il n'eut jamais l'idée de mettre la postérité en tiers dans ses confidences paternelles, de l'introduire dans cette espèce decabinet de toilette où il costumait à si grands frais le fils qu'il voulait faire l'héritier de son rôle et de ses succès. Ce fut une surprise faite à la vie domestique, et la réussite vint en partie de là; mais le scandale alla de pair avec le succès. Le rigorisme anglican s'effaroucha d'une pédagogie si mondaine , de tant d'importance donnée à certains accessoires de l'éducation, d'une morale si accommodante, et de concessions si larges faites au plaisir et à l'ambition. La liberté grande avec Jaquelle il parledes manières anglaises scandalisa bien plus encore ces libres penseurs,] qui se vengèrent de Chesterfield en répétant le mot de Johnson : « Sa seigneurie prêche à son fils les mœurs d'une courtisane et les manières d'un maître à danser. » Pour qui verrait en effet dans ces lettres un système d'éducation générale , il y aurait fort à se récrier sans doute ; mais faut-il détourner l'œuvre du but et des intentions de l'auteur? Lord Chesterfield pensat-il jamais à faire la théorie d'une éducation universelle? son élève est-il, comme l'élève de Rousseau , le futur citoyen d'une société imaginaire ? Non, assurément : lord Chesterfield élève son fils pour son temps , pour sa condition, en vue tl'une carrière toute d'exception. Il entreprit de le former pour le grand monde, pour la tribune et pour les ambassades. En présence de tous les obstacles que devait lui susciter sa naissance, dans un pays comme l'Angleterre surtout (car ce fils était illégitime), le père n'a qu'une pensée, c'est de le rendre capable d'en triompher, à force de talents et de ressources. C'est là son tourment , et ce qui explique peutêtre le soin vraiment héroïque qu'il apporta à l'entreprise. C'était réparer ses torts de père autant qu'il était en son pouvoir. Et on ne sauvait pousser plus loin l'expiation ! De son cabinet de secrétaire d'État ou de vice-roi d'Irlande, lord Chesterfield trouve le, temps et la liberté d'esprit pour se faire le répétiteur des

études de son fils. Bientôt le père fut tranquille de ce côté : le jeune homme, envoyé sur le continent pour s'y perfectionner par les voyages, montra de l'application et des coimàissances précoces. Ce n'était là toutefois qu'une moitié de l'œuvre ; la partie solide en était assurée , mais le côté brillant , l'éducation mondaine réussissait beaucoup moins. Pour celle-ci, Chesterfield ne s'en fiait guère au digne précepteur placé près de son fils ; il se chargea donc de ce nouveau cours. Mais il semait dans une terre ingrate. Son rêve était de faire de son fils un ministre, un orateur, un homme accompli, enfin de continuer sa dynastie d'élégance et de courtoisie. C'était là un rêve ! En vain le pauvre père lui criait-il ave( angoisse : « Les grâces, les grâces! n'oubliez pas les grâces! Si vous y mettez quelque soin, elles seront, disait-il, plus vite à vous qu(i femme qui a quelque vertu et quelque réputa tion. 5) Stanhope, hélas! ne put jamais juger d( la vérité de la comparaison paternelle. Il n'as pirait à aucune conquête , si ce n'est à celle di quelque Elzévir ou de quelques curiosités pou son cabinet d'antiquaire.

Mais il restait encore au pauvre père une es pérance , c'était Paris : c'était là r^n'on pouvai croire encore au miracle d'une métamorphose Chesterfield se rappelait à quelles mains il étai redevable de l'avoir formé lui-même. Quelqu fée parisienne ne pouvait-elle opérer le mêm charme sur son fils ! Il arriva donc à Paris, mieu recommandé que jamais , remis aux mains de plus habiles maîtres , n'ayant que le plaisir pou toute prescription, pour toute étude. « Les petit soupers, les bals, lui écrivait son père, soi maintenant vos écoles et vos universités... W sacrifiez plus qu'aux grâces, immolez-leur de hécatombes de livres. » Et ailleurs : « Lisez pli tôt, disait-il, avec un bon sens qui eût charm Montaigne, lisez plutôt dix hommes que vinj vieux livres. » Mais ce qu'il appelait de tous s( vœux, c'était une belle passion, et pour arrive à ce résultat tant désiré , que ne fait-il pas , pauvre père ? Il suit son fils de l'œil dans touti ses démarches , l'anime , le pousse , le talonm il deviendraitau besoinamoureux pour lui...

Telles furent pour lord Chesterfield les chargi; de sa difficile paternité ; il alla jusqu'à armer lu même ce gauche' et indolent chevaUer, si pc, tenté de combattre ; sa vieille souplesse lui se vit beaucoup, pour prendre , malgré sa positic et son âge , les fonctions du plus obligeant , ( l>lus empressé des écuyers. Dira-t-on que ce di vouement alla trop loin? Mais il faut faire part des circonstances , cette part que Chestet field fit toujours. Après plusieurs années de sép' ration, Chesterfield ne résista plus au désir de jug enfin des choses par ses propres yeiix. Il n'y a qn i sa plume pour peindre l'état d'anxiété où le jeb l'approche de cette entrevue. «J'attends ce m ment, dit-il , aussi tremblant qu'une jeune fil attend la première nuit de ses n<}ces. » Sta

CHESTERFIELD — CHÊTARDIE

lope enfin arrive ea Angleterre, et le pauvre lève éprouve la plus cruelle des déceptions. Mais ce ne fut pas tout : un autre mécompte le\ait encore frapper Chesterfîeld dans son imour-propre paternel. Ce fils ne réussit pas ni eux avec les hommes qu'il n'avait fait avec les emmes. En vain s'était-il appliqué au droit )ublic dansdes cours d'Allemagne,', il s'en revint le tous ses voyages échouer complètement à la hanibre des communes, que lui ouvrirent la )ourse et le crédit de son père. Il n'y eut plus )our Ghesterfield alors que le rôle d'homme réigné, et il fitj envoyer son] fils comme résident lans quelques petites cours d'Allemagne.

La correspondance paternelle ne se relâcha las durant cette dernière période, et c'est la poitique qui en fait à peu près tous les frais.On y re- 11 arque un contraste frappant avec les autres letles. L'intérêt s'y élève souvent à la hauteur de histoire. La scène y est animée par des luttes ileines d'ardeur. Pitt, depuis le comte de Chaham, livre ses batailles au parlement; le roi "rédéric Uvre les siennes ; c'est le drame de la ;uerre de sept ans avec toute l'émotion du monent. Mais les luttes de parti dans l'arène parementaire sont le spectacle favori de ce vieil tlilète. Cette partie des lettres de Chesterfîeld sufit à faire connaître sa portée comme homme d'Éat. Le coup d'œil qu'il jette sur les événements , ur la ;situatioQ des États de l'Europe, est d'un lolitique éminent; il prédit de très-loin la ruine de * Pologne et la révolution française. Certes, lord îhesterfield ne fut pas seul à en avoir le presseniment];' mais la date à laquelle il parle doit être emarquée (1753), non moins que la solennité irophétique du langage, qui n'était pas ordilaire chez lui. « Tout ce que j'ai jamais ren- «ntré dans l'histoire, dit-il, de symptômes avantionreurs des grands changements et des révoutions existe et s'augmente de jour en jour en France. « — Lord Chesterfîeld essuya dans un âge »eu avancé toutes les infirmités de la vieillesse. Un le ses maux dut lui être particulièrement cruel : l fut frappé de surdité ; lui dont l'oreille athélienne avait tant goûté les jouissances de la onversation, il fut obligé de se retirer dans le ilence et la solitude; mais jusqu'à la fin poslédé du besoin de plaire et d'être compté, il coninua de tous côtés ses correspondances, touours leste, toujours spirituel. Une nouvelle colection de ses lettres diverses a été publiée il y a quelque temps. On y retrouve sa grâce, ses jgréments , sa verve ; mais son caractère achève le s'y laisser voir : caractère faussé par la vie Sociale et les besoins de la vanité, âme sèche, ?sprit sceptique, le plus délicat enfin de tous les 5go!stes. « Ghesterfield, a dit un de nos critiques, fut l'élève de Fontenelle pour le style, de Hobbes ■pour la philosophie, de La Rochefoucauld pour l'observation. Les ouvrages de lord Chesterfîeld

?nt pour titre Advice to his son, Paris, 1815, in-8° ; cadiiit en français, sous le titre de Y Art de vivre

heureux dans la sodé?^ /.Lausanne, 1781, in-12 ; Dresde, l799,in-8°; — AisXe^^ers written to his son; Paris, 1789, 4 v. m-S°, et 1815, 4 v. in-12; traduites en français, sons le titre de Lettres de lord Ghesterfield à son fils; Amsterdam et Paris, 1776, et Coulommiers, 1812, 4 v. in-12; — a Choice selected from the letters of the late earl oj Chesterfield to his son; Paris, 1822, in-12. Amédée Renée.

Permy-Cyelopsedia. — JMarty, Life 0/ lord Chesterfield. — Lord Oxford , ff^ovks , vol. I, p. S38.

CHÊTARDIE ( JoacMm-Trotti de La ), théologien français, né en 1636, au château de La Chétardie , diocèse de Limoges , mort à Paris , le 1^'' juillet 1714. Après avoir demeuré plusieurs années au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris , et étudié en Sorbonne, où il se distingua par ses talents, il fut nommé à la cure de Saint-Sulpice. En 1702 on lui offrit l'évêché de Poitiers, mais il ne voulut point l'accepter. Il avait fait une étude suivie de l'Écriture et des saints Pères; les instructions qu'il faisait régulièrement à ses paroissiens sont pleines d'onction et de solidité. Clément XI, qui avait pour sa personne et pour ses ouvrages une estime singulière , chargea le cardinal Palucci , nonce en France , de l'assurer du cas qu'il faisait de ses talents et de ses vertus. Le pape [adressa à La Cliétardie un bref daté du 1" juillet 1713, dans lequel il dit : « Nous lisons. volontiers vos « ouvrages,convaincu qu'ils ne contiennent qu'une « doctrine saine et solide, et qu'ils ne respirent (c que la piété et l'attachement à l'Église et au « saint-siége. Nous désirons vivement que vous « soyez bien persuadé que rien ne peut nous être <i plus agréable que de trouver les occasions de « vous marquer nos sentiments d'estime et le « grand cas que nous faisons de votre vertu et de « votre probité. « Les sollicitudes pastorales n'avaient pas empêché La Chétardie de publier plusieurs ouviages, dont voici les titres : P Apocalypse expliquée par l'histoire ecclésiastique; Paris, Giffart, 1702 et 1707, in-4° : « on « y admire, disent les journalistes de Trévoux, « autant l'érudition de l'illustre auteur que sa « pénétration. Ce judicieux et savant commen- « taire sur la partie la plus obscure de l'Écriture « Sainte s«rt encore plus à éclaircir le livre qu'à « l'orner » ; — Catéchisme , ou abrégé de la doctrine chrétienne, ci-devant intitulé : Catéchisme de Bourges ; — Homiliœ in Evangelia, in quatuor partes divisas; Paris, Mazières, 1707, 4 vol, in-12. Selon les journahstes de Trévoux, « personne n'a mieux compris « que l'auteur en quoi consiste la perfection et la « véritable beauté de l'homélie d ; — Retraite pour les or dînants, ou traité des dispositions qu'on doit apporter aux ordres; Paris, Mazières, 1707, 2 vol. in-.12; — Entretiens ecclésiastiques, tirés de V Écriture Sainte, du Pontifical et des saints Pères, ou suite de la Retraitepour lesordinants;'Pm3, Mazières, 1712, 2 volumes in-12. Ces deux ouvrages sont très-

estimables, par la netteté et l'érudition qui y régnent. A. D.

Biographie des hommes illustres du Limousin, 1853.

CHÉTARDiE ( Le chevalier deLa ), littérateur français, neveu du précédent, mort au commencement du dix-huitième siècle. On a de lui : Instructions pmir un jeune seigneur, ou L'idée d'un galant homme; Paris, 1700, in-12; — Instructions pour une jeune princesse, ou idée d'une honnête femme ; Paris, 1701, in-12 ; Amsterdam, 1708, avec \ Éducation des filles de Fénelon.

Vitrac, Feuille hebd., 1781.

CHÉTARDiE ( JoacUm-Jacqucs Trotti, marquis DE La ), diplomate français, né le 3 octobre 1705, mort le 1" janvier 1759. Après avoir débuté, dès l'âge de seize ans , dans la carrière militaire, il fut nommé vers 1727 à l'ambassade d'Angleterre. Le bonheur avec lequel, malgré sa jeunesse, il occupa cette haute position lui valut d'autres missions diplomatiques, en Hollande et en Prusse. Enfin, en 1740, il fut envoyé à Saint-Pétersbourg. Anne Ivanovna régnait encore, ou plutôt Biren régnait sous le nom de cette faible princesse. La Chétardie, qui trouva le favori trèshostile à la France, résolut de le renverser ; mais quelques mois plus tard le maréchal de Munich lui en épargna la peine, et fit arrêter Biren, qui après la mort d'Anne avait pris le titre de régent. La Chétardie ne trouva pas Munich et la nouvelle régente mieux disposés pour la France que le duc de Courlande. Cependant la guerre venait d'éclater en Allemagne, à la suite de la mort de Charles VL II était très-important de priver de l'appui de la Russie rhéritièrè de "Charles VI, déjà soutenue par l'Angleterre. Pour arriver à ce but il fallait renverser la régente et Munich. La Chétardie favorisa donc le parti d'Elisabeth , prodigua l'argent, et, au moyen de Lestocq, chirurgien français attaché à la maison de la fille de Pierre le Grand, il dirigea toute l'intrigue qui porta cette princesse au trône. Après le succès du complot, il fut le pr€mier à présenter au peuple la nouvelle impératrice, et fut nommé chevalier de Saint- André et de Sainte- Anne. Sa faveur ne fut pas simplement politique. Elisabeth, voluptueuse à l'excès, et qui selon le maréchal de Munich n'était contente qu'autant qu'elle était amoureuse, admit dans son intimité le jeune ambassadeur. La Chétardie se déroba bientôt à cette fantaisie impériale, et partit pour la France en 1742, Son départ laissa le champ libre aux agents de Vienne et de Londres , dont le diplomate français avait /jusque là déjoué les plans. Le chancelier Bestoujef fut acheté par l'Angleterre, et travailla à rapprocher la Russie et l'Autriche. D'AUion, qui remplaça La Chétardie dans les fonctions délicates de ministre de France en Russie , fut loin d'exercer sur l'impératrice la même influence que son prédécesseur, et les négociations languirent entre ses mains inexpérimentées. Le cabinet de Versailles renvoya, sur

Page 1