CHARRON — CHARTIER
hardies dans les écrits de nos bons aieux. Les principales éditions du Traité de la Sagesse sont : celle de Genève, 1777, 3 vol. in-18; celle de Paris, Bastien, 1783, 2 vol. in-8° ; celle de Paris ( François- AmJjroise Didot aîné), 1789
3 vol. in-12; celle de A.-A. Renouard, 1802.
4 vol. in-8°, avec portrait.
Bracker, Historia philosophix, t. IV, p. 512.— Reimann
Historia atheismi, p. iOS. — Mcéron, Mémoires, t. XVI p. 217-S2-. — Buhle, Hist. de la philosophie, trad. franc.' t. li. p. 782-789. — MoDgln, article dans l'Enci/clopédiè nouvelle. — Dictionnaire des sciences philosophiques, t. I, p. 487-492. — Bayle, Dict. hist. et critique. — Luchet, Analyse raisonnes de la Sagesse de Charron ; Amsterdam (Paris), 1763 , in-12. — Le Bas, Dictionnaire encyclopédique de la France.
CHARTARi ( Vincent). Voy. Cart.4.ri.
* CHARTIER ou CHARRETIER, en latin Au-
riga et Quadrigariits, nom d'une ancienne famille française. Suivant une généalogie dressée vers la fin du dix-septième siècle (i), Alain Chartier, fiscalin ou receveur du fisc pour le roi de France Philippe P"^, épousa Tiphaine (ou Epiphanie ) Lemaire, l'une des cinq Hlles d'Eudes Lemaire , connu dans l'histoire pour avoir obtenu du même roi, en 1085, des privilèges insignes et héréditaires. Cet Alain aurait eu pour descendant Geoffroy Chartier, du village de Boissy-le-Sec, près d'Étampes, oncle à'Étienne Chartier, seigneur dudit Boissy, lequel, exécutant les volontés de son oncle Geoffroy, et en y joignant ses propres libéralités, aurait fondé le collège de Boissy à Paris, qui subsista jusqu'à la Révolution française. Etienne, si l'on en croit cette généalogie, aurait été père A' Alain Chartier {à&vcyAhmG du nom d'Alain), poète célèbre, et contemporam de Charles Yli. Bien que l'identité de famille entre les fondateurs du collège de Boissy et les descendants du poète ait eu force légale jusqu'en 1789, nous sommes loin de nous porter garant de cette filiatio)! et encore moins de ces origines. Un fait plus certain, c'est que vers la fin du quatorzième siècle une famille normande du nom de Chartier s'illustra dans la personne des trois frères Alain, Jean et Guillaume, qui tirèrent cette famille de l'obscurité et fondèrent même en sa faveur une sorte
(1) Il existe plusieurs éditions, exemplaires on versions, peu conformes entre eus, de cette généalogie. En voici l'indication bibliographique: 1= Généalogie de la famille des fondateurs de la maison et collège de Boissy, etc.; Parks, veuve Denis-Langlols, 1680,33 pages, ln-4°, typographlées. 2° Abrégé chronologique de la fondation et histoire du collège de Boissy, avec la généalogie de la famille de ses fondateitrs ,- 1724; réimprimés en i762 par les soins de M. Chevlllard, principal de collège , in-fol., texte gravé sur cuivre, suivi de planches généalogiques , gravée.s sur cuivre , et une table typographlée. 3° Généalogie des alliances de la famille Chartier, fondatrice du co lige de Boissy, etc. ; rouleau de toile de deux mètres environ de longueur, sur lequel a été collée bout à bout une épreuve coloriée des diverses planches généalogiques de Chevlllard. Les trois documents qui précèdent se conservent aux Archives de l'empire, dans le carton M. 92 (collège de Boissy). —4° Généalogie de la famille Chartier, d'après les mémoires, entre autres, de M. Hubert, chanoine d'Orléans ; écriture du dlxhiiitième siècle. Cabinet des titres de la BiblioUièquo impériale ( manuscrits i. .(V).
d'élévation durable (1). Nous consacrerons successivement à chacun de ces trois frères une notice spéciale.
GHARTiEK (Alain ), écrivain français , la plus grande renommée littéraire du quinzième siècle. La date de sa naissance, ainsi que celle de sa mort, est incertaine. La Monnaie place en 1457 l'époque où il termina ses jours ; André Duchesne et Etienne Pasquier, en 1458 ; d'autres la font remonter à l'année 1449 , et disent qu'il fut inhumé à l'église des Antonins d'Avignon, où l'on voyait son épitaphe. Ce qui est certain, c'est qu'il ne vivait plus en 1463 , puisque Jean de Guerchy, bailli d'Auxerre , mort à cette époque, écrivit alors ces vers :
Maître Alain, duquel Dieu ait l'àme, Lequel cy gist sous une lame (2).
La vie d'Alain Cliartier présente de grandes analogies avec celle de Ronsard. Coiume le poète du seizième siècle, i! est de ces écrivains exceptionnels que la fortune et la gloire ac<:ueillent dès leur jeunesse et conduisent à travers la vie au milieu d'un long cortège de joies, mais dont la postérité, compensation posthume de cet excès de bonheur, ensevelit les œuvres dans un oubli dédaigneux. A peine sorti de l'université de Paris, Alain commence à se faire connaître, et dès lors son existence entière n'est plus qu'un ti'iomphe. Il est successivement secrétaire des rois Charles VI et Charles YII; plus tard , s'il faut en croire Daniel Chartier, l'un de ses descendants , il devint chanoine de Paris , et envoyé jComme ambassadeur en Ecosse; il aurait même été, d'après lui, dès l'origine de sa fortune, secrétaire de Charles V, et aurait ainsi joui de la faveur de trois rois.
On disait de lui qu'il était un des plus beaux esprits et des jjIus laids hommes deson siècle. Ses œuvres étaient tellement admirées, qu'un jour Marg\ierite d'Ecosse , femme du dauphin de France, qui fut depuis Louis XI, passant par une salle où il était endormi, lui donna un baiser sur la bouche dans son sommeil ; et
(1) Simon Chartier, petit-fils ou petit-neveu du poëte A.laiQ, mourut en 1524. Son fils Matthieu, mort en 1559, eut pour fils un autre Matthieu, mort en 1598. Ces trois personnages occupèrent successivement un rang distingué dans le barreau et dans la magistrature parisienne. La fille du dernier, nommée Marie Chartier, épousa Edouard Mole, président à mortier, père du célèbre Matthieu Mole, garde des sceaux et premier président du parlement de Paris à l'époque de la Fronde.
(2) Alain Chartier est mentionné comme mort dans le roman du Cœur d'amotir espris, ouvrage daté de 1457. On y trouve un personnage, nommé Désir, qui montre à Cœur l'hospital d'amours, et lui dit :
L'ens verrez maint épitacle ( épitaphe )
Ung y a, de fresche mémoire,
Qui:fut homme digne de gloire;
Ce fut maistre Alain Charielier
Qui tant sceust d'amours le mestier,
qu'il en fist les très plus beaux ditz,
Qu'oncques puis son temps furent ditz.
(Le Roman du Cœur d'amour espris, dans les CEuvres de René d'Anjou, édit. Quatrebarbes, 1846, in-4°, t. III, p. 96, 102 et 132. ) (V.)
CHARTIER 2(J
comme, rapporte Bouchet (Annales d'Aquitaine ), les seigneurs de sa suite lui exprimaient lem- étonnement qu'elle eût pu donner uc baisera un homme si laid : « Ce n'est pas à l'homme, répondit la princesse, que j'ai donné ce baiser, mais à la précieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons mots et vertueuses sentences. ■»
On comprend, du reste, jusqu'à un certain point , quand on a vu les œuvres d'Alain Chartier, l'admiration passionnée de ses contemporains pour cet écrivain. C'est presque toujours dans les hautes classes de la société que les idées nouvelles, lorsqu'elles se présentent sous ime forme pacifique, trouvent leurs premiers adeptes, et qu'elles en sont accueillies et prônées. Alain Chartier, qui s'adressait à un public de cour, à des artistes, à des savants et à des poètes, est certainement l'un des précurseurs les plus éloquents des grands réformateurs du seizième siècle. Ainsi, son livre intitulé : Traité de l'Espérance , ou consolation de la foi et de la charité , est un réquisitoire énergique contre les désordres de la discipline cléricale : on est surpris d'y trouver des idées d'une hardiesse singulière , d'y Ure, par exemple, vme apologie très-nettemetit formulée du mariage des prêtres (1) ; on l'est surtout de l'ordonnance régulière de la phrase , de la vigueur de l'expression et de l'ampleur magistrale du style, quoique les formes de ce vieux langage soient parfois choquantes pour le lecteur moderne.
Mais Alain Chartier est aussi un esprit profondément national. Dans un temps où la France presque tout entière était aux mams des Anglais, il fit le Quadriloqiie invectif , sorte de discussion dont les interlocuteurs sont France, Noblesse, Peuple, et Clergé, et qui est un appel au patriotisme fatigué de la nation. Peu après la bataille d'Azincourt il publia le Lay des quatre dames, poésie conçue dans la même pensée, puis il donna le Bréviaire des nobles , la Ballade de Foncières, que les Anglais, anciens ennemis de France,prirent pendant les trêves, comme parjures.
On conçoit qu'Etienne Pasquier, qui lui consacre le chap. 16, Uv 6, de ses Recherches historiques, le compare à Sénèque; que Pierre Fabry, curé de Méray, le propose à imiter à là jeunesse curieuse \ de la poésie françoise; qu'Octavien de Saint-Gelais , que Clément Marot le louent comme écrivain et comme poëte. Aux uns, qui étaient des libres penseurs, il devait plaire nécessairement par l'indépendance de ses idées ; à tous, comme étant celui de leurs devanciers à qui la langue française était le plus redevable de ses progrès. Alain Chartiei" a du reste une plus grande valeur, comme prosateur que comme poëte , bien qu'il y ait de fort jolies choses au milieu du long bavardage de ses rimes. U passe pour l'inventeur du rondeau déclinatif.
(1) Voy. OEuvres d'Alain C^arfier (édition Duchesne,
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Les ouvrages en prose d'Alain Cliartier sont : V Espérance , ou consolation des trois vertus Foi, Espérance et Charité; — le Curial, ouvrage fort court, et qu'on a souvent confondu, dans les anciennes éditions , avec le premier, bien qu'il en soit évidemment fort distinct. Les éditions complètes d'Alain Chartier contiennent encore, sous son nom, une Histoire de Charles VI et de Charles Vil. André Duchesne la lui attribue formellement; mais on est d'accord aujourd'hui pour reconnaître qu'elle n'est pas de lui, mais d'un héraut d'armes, nommé Gille Le Bouvier, dit Berry^
Les ouvrages poétiques ont pour titre : le Bréviaire des Nobles. Jean Le Masles, qui a commenté ce poëme, assure que l'on obligeait les pages et les jeunes gentilshommes à en apprendre et réciter cliaque jour quelques fragments aussi exactement que les prêtres font de leur bréviaire. On a souvent confondu ce poème d'Alain Chartier avec vu livre du même nom , de d'Alloncé, gentilhomme angevin; — le Livre des quatre dames ; — le Débat du réveille-matin ; — la belle Dame sans mercy; — le Lay de paix, baillé à monsieur le duc de Bourgogne; — la Ballade de Fougières ; — le Régime de fortune, en sept ballades ; — le Débat des deux fortunes d'amour. On a douté que ce poème fût de Chartier. Goujet cite comme preuve de sa pateriiifé la conclusion du poème, où il est dit qu'il a été composé par maître Alain; mais cette preuve est insuffisante, car nous savons, par les renseignements fournis par Daniel Chartier, qu'il y avait à l'époque où vivait notre auteur deux écrivains portant comme lui le nom d'Alain. Du reste, le poème en question a eu plusieurs titres; on l'a nommé aussi le Débat des deux fortunes et le Débat du gras et du maigre.
L'œuvre de Chartier comprend encore nombre de rondeaux, ballades, lays, regrets, etc. ; mais, de l'avis de Clément Marot, il y a dans les éditions complètes quelques poèmes , tels que le Parlement d'amour, l'Hôpital d'amour, la Complainte de saint-Valentin Grandson, etc., qui ne lui appartiennent pas.
Daniel Chartier cite, enfin, de lui plusieurs ouvrages en langue latine : Epistola Alani Aurigee de Detestatione belli gallici et suasione pacis ; — Invectiva contra ingratum amicum ; — Epistola ad universitatem post egressum régis Caroli ab eadem civitate; — Dialogus familiaris de instante desolatione gallicx calamitatis. L'auteur des poésies publiées sous le nom de Clotilde de Surville attribue à Alain Chartier : une traduction des Nuits attiques d'Aulu-GeUe ; — la Fleur de belle Rhétorique ; — Un traité Sîir la nature des feux de l'enfer, et an autre Sur les ailes des Chérubins. M. Barbier {Dict. des Anonymes) \\ù attribue à son tour les Demandes d'amour (Paris, Michel Lenoir, in-4°).
La Croix du Maine cite comme la première
I édition des oeuvres de notre auteur celle qui futpubhéeen 1526, à Paris, chez Galliot-Dupré; mais il en avait paru mie en 1525, Paris, in-é", sous ce titre : Les fvits et dits de maître Alain Chartier, contenant en soi douze livres ; titre erroné , car ce volume est en réalité divisé en dix-sept livres. Il paraît que ce n'est pas même la première édition connue , et qu'il en existe deux autres in-fol., gothique, datant des années 1484 et iiSd.LeQuadrilogueinvect'iffutim^nméa Bruges, séparément, par CoUard-Maiision, 1487. Nous connaissons encore une édition de 1529, conforme à celle de 1526; une de 1583, publiée chez Corrozet; enfin, en 1617, André Duchesne en pubUa une dernière à Paris , in-4°, la plus exacte et la plus complète, augmentée d'une préface Mstorique sur la personne et les écrits de l'auteur, et dédiée par André Duchesne à Matthieu Mole, descendant par sa mère d'Alain Chartier. Citons, <?nfin, une édition séparée du traité de l'Espérance et du Curial, confondus sous un même titre; — le Curial, publié à Paris, 1582, in-fol., chez René Chevillot, par les soins de Daniel Chartier, sieurdelaBoulardière, Orléanais , et dédiée à monsieur Matthieu Chartier, seignem" deLafus et de AUainville, conseiller au parlement de Paris. Nous n'avons vu mentionner nulle part l'existence de ce volume, qui contient une notice hislorique.de Daniel Chariier sur la vie de son aïeul. L. Danicourt.
La vie et les œuvres d'Alain Chartier sont encore aujourd'hui mal connues. L'erreur de Duchesne, qui, adoptant une opinion antériemement reçue, avait imputé à ce poète la chronique du héraut Berry, fut assez promptement rectifiée; mais les conséquences de cette erreur ont subsisté, en ce sens que les divers éléments biographiques tirés de cette chronique et rassemblés par Duchesne , comme se rapportant à l'auteur, ont continué d'être attribués à Chartier, tandis qu'ils appartiennent à Berry. De plus , l'édition des œuvres donnée par Duchesne contient d'autres pièces qui ne sont pas d'Alain Chartier : autre source d'erreurs et de méprises. Enfin, les nombreux manuscrits d'Alain Chartier qui nous sont restés renferment une dernière classe d'écrits qui n'ont point été réunis à ses œuvres imprimées, et dont il est cependant l'auteur. Pour compléter la notice littéraire qui précède, nous allons indiquer ci-après les principaux points sur lesquels devrait porter ce travail de distinction et de restitution. Le pende notions biographiques certaines que nous possédons sur notre poète sont extraites , pour la plupart, de ses œuvres. Nous commencerons donc par exposer une analyse succincte de ces œuvres, en suivant l'ordre chronologique ; nous terminerons par quelques renseignements nouveaux touchant la vie de l'auteur.
Œuvres. — Elles se composent premièrement de divers opuscules en langue latine : Sur la sortie de Paris par le dauphin (1418); — Ha-
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Tangue aux ffussites , par Alain Chartier, ambassadeur du roi de France à Prague , vers 1419 ;
— Sur les maux de la guerre, vers 1420; — A son frère Guillaume, avant que celui-ci entrât à la cour, deux lettres, entre 1425 et 1430;
— lettre à un prince d'Allemagne Sur la Pucelle (1), juillet 1429; etc. Ses écrits en français les plus importants sont les suivants : Le livre des quatre dames. La date de cet opuscule, postérieure à 1415, ne saurait être trèséloignée de ce millésime. Quatre dames, par des fortunes diverses , ont perdu chacune leur amy à la funeste journée d'Azincourt; l'un y est mort en brave; l'autre y a été pris; le troisième a disparu, perdu dans la presse; le quatrième a fui lâchement. De ces quatre veuves, le poète, dans sa noble etingénieuse fiction, montre que le plus grand deuil est pour la dernière; — le Quadriloque'invectif porte avec lui la date de 1422 ; c'est un dialogue inspiré aussi à son auteur par un juste sentiment de douleur patriotique, entre France, le Peuple, le Chevalier et le Clergé; — V Espérance, ou consolation des trois vertus, c'est assavoir Fot , Espérance , et Charité; en prose et en vers. Cette pièce, qui débute ainsi :
Au dixième an de raoa dolent esil,
a donné lieu aux interprétations les plus erronées. Le poète fait ici allusion à l'invasion de la Normandie par les Anglais (de 1415 à 1418), qui le réduisit, ainsi que beaucoup de ses malheureux compatriotes ( voyez les articles Basin [ Thomas J et Blondel {Robert^), à un dolent exil. C'est donc vers 1428, à l'instant même où la Providence suscitait Jeanne Darc, que l'auteur de V Espérance faisait entendre ce nouvel appel aux sentiments les plus élevés de la nation; — le Curial, composé vers 1430, n'est autre chose qu'une traduction en français, par l'auteur luimôme, de la deuxième lettre latine qu'il adressait à son frère {voy. ci-dessus). Les vices de la cour et du temps sont bien peints dans ce curieux tableau; — leLay de paix, baillé à monseigneur de Boxer gogne, dut précéder le traité d'alliance et de réconciliation passé en 1435, à Arras , entre Charles Vil et Pliilippe le Bon ; — enfin la Ballade de Fougières, que les Anglois pri7idrent pendant les trefves, fait allusion à la surprise de cette ville, qui eut lieu en mars 1449. La plupart de ces pièces se trouvent dans le recueil de Duchesue, ou ailleurs, mais sans ordre, et quelques-unes d'entre elles , ainsi que d'autres, sont restées manuscrites. On trouvera dans le Manuel du libraire de M. Brunet, au mot Chartier, et mieux encore, dans Alain Chartier, étude bibliographique, etc., par M. Mancel, Bayeux, 1849, in-S", p. 43, une liste à peu près complète des diverses éditions qui ont été données jusqu'à ce jour de cet écrivain célèbre. La Bibliothèque impériale de Paris pos-
rj) Voy (^ulc'ierat. Procès^ etc., ç. V, p. J31,
sède à elle seule plus de quarante manuscrits des œuvres d'Alain Chartier, qui ne sont pas rares non plus dans les autres dépôts littéraires. Les meilleurs de ces manuscrits sont , pour les œuvres latines, ceux qui portent, à la Bibliothèque impériale, les n"' 5961 et 8757; pour les œuvres françaises : 6796, 7215? 7274, 2, 2. (Voy. P. Paris, les Manuscrits finançais, etc., tome I, p. 232, et t. VU, p. 251. )
Alain Chartier était né à Bayeur. , et, selon la croyance locale (1), dans une maison, qui subsiste encore, à l'angle des rues Saint-André et du Goulet. On ignore l'année précise de sa naissance ; mais elle peut être placée à coup sûr de 1380 à 1390 environ. Alain vint faire ses études à l'université de Paris. Surpris , au moment où il les avait terminées, par les désastres de sa province natale, il s'attacha de bonne heure à la foi-tune de Charles, dauphin, qui fut depuis Charles VIL Vers 1420, il fut retenu par ce prince en qualité de clerc, notaire let secrétaire des finances. A ce titre on le voit figurer pour des sommes assez fortes, et comme ayant bouche en cour, dans un document authentique (2) qui s'étend de 1421 à 1423. n paraît que Chartier avait déjà rempli, sous le règne précédent, des missions importantes. Si l'on en croit un autre document, que nous citerons bientôt, il obtint aussi, selon l'usage, et cumulativement avec les faveurs royales, des bénéfices et dignités ecclésiastiques, tels qu'une prébende et l'un des archidiaconats à Notre-Dame de Paris. Indépendamment de ses harangues et autres compositions en langue savante, Alain s'était livré avec succès, dès sa jeunesse, à divers essais littéraires. Les circonstances vinrent donner à ces œuvres, d'abord légères, un champ de plus en plus vaste et une véritable importance historique. Moins énergique que Robert Blondel, mais ayant sur lui l'avantage de parler à ses contemporains l'idiome national, il fit entendre au prince dont il était le familier, à la cour et aux esprits cultivés de son temps, dont il fut l'idole littéraire, un langage constamment digne du vrai poète; il contribua ainsi pour une part à la régénération morale et politique de sa patrie. On peut suivre dans ses chants comme les échos, ou plutôt, la prophétie poétique des grands faits de ce règne. Ses derniers vers stigmatisent l'imprudente agression des Anglais , et leur annonce une expiation imminente. En effet, les Anglais furent chassés en 1450 de la Normandie, et peu de temps après de la France entière. Les écrits du poète se taisent sur ce triomphe , qui couronna l'œuvre de l'indépendance nationale et qui rendit ses foyers à sa propre famille. Nous voyons dans cette circonstance une des meilleures considérations qui nous portent à regarder comme auttientique une épitaphe latine , découverte au dix-huitième
/l) Mancel, p. 2*.
(2) Comptes de la chambre aux deniers du d^up^tirif Arphiv. de l'emp., rcg. n° 50., fo). ifl, v";
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siècle en l'église cfë Saint-Antoine d'Avignon , et citée par l'abbé Expilly, dans son Dictionnaire géographique. Cette épitaphe, dont le style a sans doute été rajeuni par rapport à l'époque où mourut l'homme dont elle célèbre la mémoire, est le seul document qui nous instruise de la date de sa mort et de quelques particularités de sa vie. La voici traduite en français : « Ci-gît Alain Chartier, illustre par ses vertus, sa science et son éloquence, né à Bayeux, en Normandie; archidiacre de Paris, conseiller du roi, son ambassadeur près l'empereur et plusieurs autres rois ; qui composa du style le plus élégant divers ouvrages, et s'endormit enfin dans le Seigneur en cette ville d'Avignon, l'an de l'Incarnation 1449 (1). » VALLET de VlRlVILLE.
Goujet, Bibliothèque française, t. IX, p., 157-177. — De la Rue, Bardes et jongleurs, t, III, p. 341 — Coupé, Soirées littéraires, t. XV, p. 168-180 — G. Mancel, Jlain Chartier, étude bibliographique et littéraire, 1849, in-8°. — Violet-Leduc, Bibliothèque poétique, I, 67.
CHARTIER (Jeaîi), frère puîné du précédent, chroniqueur, natif de Bayeux , mort vers 1462. 11 entra probablement jeune à l'abbaye royale de Saint-Denis, près de Paris, et devint chantre de ce monastère. L'abbaye de Saint- Denis conservait dans son trésor le corps des chroniques de la monarchie, qui faisait foi en matière d'histoire. Depuis Suger, un reUgieux du couvent avait toujours été, de règne en règne, chargé de continuer ces annales. Jean Chartier remplit cette fonction officielle pour la période de Charles Vil. Dans un compte déjà cité ( voij. ci-dessus, col. 18, note), Jean Chartier figure l'i côté de son frère comme l'un des commensaux et farniiieTs du dauphin, attachés à sa personne, au mois d'octobre 1422 (2). Or, comme la chronique de cet écrivain embrasse le règne entier, il y a heu de croire cpie c'est en qualité de chroniqueur que Jean Cliartier fut dès lors compris dans la dépense de la maison royale.
La chronique de Jean Chartier est son principal titre au souvenir de la' postérité; luimême s'est peint au vif dans l'exercice de ses fonctions, en nous racontant à propos du siège d'Harfleur, en décembre 1449, les quelques détails qu'on va lire : « Ce siège fut ainsi conduit par les seigneurs que dit est. Ce que je, frère Jehau Chartier, chantre de Saint-Denis en France , et chroniqueur de France, certifie avoir veu, et y avoir esté présent, endurant de grandes froidures et souffrant beaucoup de vexations, combien que j'estois sallarié et défrayé pour les despens , tant de moy, que de mes chevaux, pai- l'ordonnance et volonté du roy comme de tout temps estoit et est encore accoustumée (3). » 11 ne faut demander à l'auteur de cette chronique ni élévation de pensée , ni indépendance de sentiment, ni originalité de style, ni talent
(l) l^og. le Dictionnaire géographique d'ExptUy, au tuoi Avignon.
(î) Archives de l'empire, registre 30, fol. 44. (3) Dans Godefroy, Recueil de Charles f-'ll, p. 190,
littéraire remarquable, ni même une complète exactitude. Quant à la liberté ou à la pénétration de son jugement, Jean Chartier nous a laissé dans la page qui suit celle que nous venons de citer un passage tout à fait caractéristique. C'est lorsque le bon religieux, ayant à s'expliquer sur la liaison de la belle Agnès avec le roi, déclare qu'après avoir examiné par serment divers chevaliers, écuyers , physiciens, ou médecins , cliirurgiens et autres , il a trouvé «... que. . . oncques ne la virent toucher par le roy au-dessous du menton (1) ». Mais cette naïveté même fait le principal intérêt de son témoignage; car on y trouve plus ou moins habilement reproduits , sous une forme en quelque sorte officielle , non-seulement les faits choisis par le roi pour être confiés à l'histoire , mais le sens ou le jour sous lequel il entendait qu'ils fussent appréciés. Louis XI avait des raisons pour entretenir à son service un autre chroniqueur que celui de son père. Aussi, dès l'avènement de ce prince au trône en 1461 , Jean Chartier fut-il remplacé dans les fonctions qu'il avait jusque là remplies.
Il est probable qu'il survécut peu de temps à cette disgrâce, et l'on ne trouve plus à partir de cette époque aucune trace de son existence. L'œuvre de Chartier a été fondue dans la collection des textes connus sous le nom de Grandes chroniques de Saint-Denis. Il existe à la Bibhothèque impériale de Paris plusieurs manuscrits de l'ouvrage spécial de Jean Chartier ; le meilleur et le plus beau porte le n° 8350. Godefroy a pubhé ce livre dans son Recueil de Charles VIT, mais, selon son habitude , avec peu de respect pour tout ce qui constitue la forme propre de l'original. L'abbé de Guasco, Dissertations historiques, etc., ïournay, 1751, in-12, tome I, page 173 , attribue également à Jean Chartier une histoire manuscrite des différends entre les rois de France et d'Angleterre.
Denys Godefroy, Histoire de Charles y II par Jean Chartier, etc.; Paris, 1661, In-folio. — Mss. de la Biblioth. imp. 8350 , 8298, 9676, Colb., 2, a; Harlay, 9 ; N. D. 137 ; Salnt-GermaiD, 1539 et 1540.
CHARTIER {Guillaume) , évêque de Paris, frère puîné du précédent, né à Bayeux, vers 1400, mort dans sa ville épiscopale, le 1*"' mai 1472. Guillaume, comme son frère Alain, et probablement sur la recommandation de ce dernier, fut élève de l'université de Paris : Charles VII y pourvut à l'aide de ses libéralités , témoin ces vers de Martial d'Auvergne :
Î/C feu bon roy, esmeu de bonne cole, Tenolt des clercs et boiirciers à l'eschole, Et fut jadis son cscholicr premier Le bon cvcsque de l'aris Charretier.
Après a\"air acquis le grade de licencié en droit civil et canon, il tenta de s'ouvrir avec le crédit du poète une carrière dans les fonctions publiques. En 1432 il fut appelé par Charles VJI à professer la jurisprudence canonique à ïmû-
(1) Dans Godefroy, Recueil de Charles V , p. «91.
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versité de Poitiers, nouvellement créée. Il devint bientôt curé de Saint-Lambert près Saumur et chanoine de Tournay. Puis, la capitale étant rentrée sous l'obéissance de ce même prince , il fut successivement nommé chanoine de la cathédrale en 1436, conseiller au parlement de Paris, chancelier de Notre-Dame, et enfin évêque de ce siège le 4 décembre 1447. Ce prélat s'acquit dans ses fonctions une haute réputation de science et de veiiu. Il s'entremit avec l'archevêque de Reims pour apaiser la querelle entre les mendiants et Tunivcrsité. En 1455, il fut un des conunissaires délégués par ordre ou par permission du pape à l'effet de poursuivre juridiquement la réhalDîlitation de Jeanne Darc. En sa qualité de juge, il obtint un des exemplaires originaux de ce procès historique. Ce manuscrit, légué par l'évêque pour être conservé^ enchaîné selon l'usage, dans la bibliothèque du chapitre de Notre-Dame , subsiste encore de nos jours (1). En 1459, l'évêque de Paris prit part à l'assemblée de Mantoue, réunie par Pie II contre les Turcs, et y prononça une harangue , dont le texte manuscrit nous est également parvenu (2). Louis XI étant monté sur le trône en 1461, Guillaume Chartier reçut solennellement ce prince, au seuil de sa cathédrale, et fut d'abord admis avec faveur dans ses conseils ; mais cette faveur ne fut pas de longue durée. Lors de l'entrevue des princes ei de la i^union de Saint-Maur en 1465, à l'occasion de la Hgue du bien public, l'évêque de Paris écouta les propositions des ligueurs, et se monti'a disposé à leur ouvi'ir les portes de cette ville. Mais le roi, informé de ces dispositions, accourut pour mettre à temps la main sur la capitale, et garda au prélat une rancune que la mort même de ce dernier, survenue sept ans après, ne put assoupir. Guillaume Chartier, ayant été enlevé aux regrets et à l'estime publics, fut honorablement inhumé dans sa cathédrale. Aussitôt le roi écrivit aux échevins de Paris une lettre dans laquelle , rappelant la conduite qu'avait tenue en 1465 le défunt, il flétrissait sa mémoire; plus tard il ordonna que l'épitaphc qui glorifiait le souvenir de l'évêque fût effacée, pour .''aire place à la mention du grief qu'il avait conservé contre lui. Mais en 1483, Louis XI étant mort à son tour, l'épitaphe fut restituée sur la sépulture du vertueux évêque. La collection Gaignières nous a conservé un dessin enluminé du tombeau. Le prélat y est représenté sur une lame de cuivre jaune, jadis placée au milieu de l'entrée du chœur. Sa figure est accompagnée de ses armes et de l'épitaphe en question, qui a été imprimée dans divers ouvi'ages.
Vallet de Virivii.le.
Mémoires de Comines, liv. \", oh. vm. — Du Boulai, Historia univcrsitatis Parisiensis, l. V, p. S69 et 87C. — Gallia christiana nova, t. VU, col. 150. — 3Iss.
(1) Eiblioth. Imp., fonds de Notre-Dame, n" 133.
(2) Même bibl., ms. 8576, lat., î" 178,
f de la Bibl. imp„ Gaîgnlères, 174, t° asi ; Titres généalogiques, au mot Chartier, etc.
CHARTIER {René), médecin français, naquit en 1572, à Vendôme, suivant dom Liron et l'abbé Goujet,'et selon Guillaume |Du val, à Montoire, en Vendomois, ei mourut le 29 octobre 1654. Il étudia tour à tour les belles-lettres, la philosophie, la jurisprudence, les mathématiques, la théologie et la médecine. Il s'était fait connaître par plusieurs tragédies latines , quand il fut chargé d'un cours de belles-lettres au collège d'Angers. Quelque temps après, il enseignait les mathématiques à Bordeaux, et la rhétorique à Bayonne. Il quitta Bayonne;, pour aller étudier l'histoire naturelle dans les gorges des Pyrénées. On le vit ensuite à Paris , suivre les cours de l'École de médecine, et se faire recevoir bachelier en 1606. Voici le titie de l'une de ses thèses pour le baccalauréat : La femme est-elle un animal imparfait, un monstre, une aberration de la nature? On aimait alors ces thèses facétieuses. Chartier obtint le grade de licencié le 19 mai 1608 et les insignes du doctorat le 28 août de la même année. 11 occupait la chaire de pharmacie en 1610; en 1612 il fut nommé médecin des Dames de France, filles de Henri rv, en 1613 médecin ordinaire du roi Louis Xm, et enfin, en 1617 il succéda à Etienne de La Font dans la chaire de chirurgie du Collège royal. Sept ans après il alla en Espagne, auprès de madame Elisabeth , mariée à Philippe IV ; il voyagea ensuite en Italie, où le roi de Savoie hn faisait un honorable accueil ; et plus tard, en Angleterre , où l'appelait une de ses anciennes clientes, madame Henriette-Marie, devenue l'épouse de Charles F"". Chartier mourut d'une attaque d'apQplexie, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
On doit à R. Chartier la première édition des Scohes de Dure sur le traité des Maladies internes de Jacques Houllier : Ludovici Dureti SchoUa ad Jacobi Hollerii librum de Morbis in ternis ; Paris, 1611, in-4<'. Il a publiépourla première fois les œuvres de Barthélémy Pardoux : Bartholomeei Perdulcis Universamedicïna, ex medicoi-umprincipumsententiis consiliisque collata ; Paris, 1630, in-4°. Suivant l'abbé Goujet, il a encore édité la chirurgie d'Etienne Gourmelan. Si les éditions de Chartier furent estimées, ses traductions le furent plus encore. On a coutume de lui attribuer la traduction du traité de Palladius sur les fièvi'es : Palladii de Febrtbus concisa synopsis; Paris, 1646, in-4°; cependant le véritable auteur de cette traduction est Jean Chartier, fils de René. L'ouvrage principal de René Chartier, son premier titi'e à l'estime des érudits , est sa traduction de Galien et d'Hippocrate : ffippocratis Coi et Claudii Galeni Pergameni archiatron opéra; Paris, 1639-1679, en treize volumes in-folio. Les neuvième, dixième et onzième volumes de cette importante collection furent publiés vinjit-cinq ans après !a moit de Chartier, par les soins de Elondel et de Le^