‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 74 sur 200 · CHOISEUL — CHOISY · texte numérisé non relu

CHOISEUL — CHOISY

des peuples de VEtirope; Paris, 1809. M. de Cboiseul a fourni quelques Mémoires au corps savant dont il faisait partie, et publié des articles biographiques dans le recueil de Michaud.

Mém. de l'Acad. des inscript, et belles-lettres. — Quérard, la France littéraire.

CHOisNiN (Jean), diplomate français, né à Châtellerault, en 1550, mort vers la fin du seizième siècle. Issu d'une famille obscure , il reçut une éducation fort soignée, et, grâce à la recommandation de son fi'ère, qui était au service de Jeanne d'AIbret, il fut admis comme secrétaire auprès de Jean de Montluc, évêque de Valence, qu'il accompagna dans une mission importante. Il s'agissait de déterminer les Polonais à choisir pour leur roi le duc d'Anjou (depuis Henri III), que Catherine deMédicis et Charles IX désiraient écarter de France. A force d'habileté et malgré des obstacles de tous genres, l'ambassadeur réussit dans sa mission, et son secrétaire fut pour une bonne part dans ce succès; mais le nouveau roi, peu soucieux, d'une pareille couronne , se rendit lentement à Varsovie, et en repartit presque aussitôt clandestinement, la nouvelle de la mort de son frère lui étant parvenue. Choisnin, qui n'avait plus rien à faire en ces pays lointains , revint en France, et fut, en récompense de son zèle, nommé conseiller du roi. Il n'est ensuite plus question de lui dans les auteurs contemporains. Il avait rédigé des Mémoires, qui ont été imprimés dans la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France (éditée par MM. Petitot et Monmerqué ), première série, t. XXXVIII, qui ont reparu dans la collection des chroniques et ouvrages historiques publiés par M. Buchon pour le Panthéon littéraire. G. B.

La Croix du'^ Maine, Biblioth. française. — Lelong, Bibliothèque historique de la France.

CHOISY {François-Timoléon, abbé de), littérateur français, né à Paris,le 16 août 1644, mort le 2 octobre 1724. Son père, chancelier de Gaston , frère de Louis XIII, rendit des services éminents dans diverses négociations, et notamment près de la landgravine de Hesse. Madame de Choisy étaitde la maison de Hurault de L'Hospital et arrière-petite-fille du fameux chancelier de ce nom. C'était une femme distinguée, habile, une maîtresse femme, comme le dit son Qls , qui, toute bourgeoise qu'elle fût, avait un coimiaerce de lettres avec la reine de Pologne Marie de Gonzague, avec Madame Royale de Savoie, Christine de France, avec la célèbre Chrisline de Suède, et avec plusieurs princesses d'Allemagne. Anne d'Autriche l'admettait dans sa familiarité ; Louis XIV lui-même la traitait avec une considération et une bonté peu communes. « Sire, lui arriva-t-il de lui dire une fois, voulez-vous devenir honnête homme, ayez souvent des conversations avec moi. » Ce qu'il y a de particulier, c'est que Louis XIV le crut , et lui donnait des audiences réglées , deux fois la semaine,

qu'il payait par une pension de huit mille livrer. Au reste, pour madame deClioisy, il n'y avait qu'un protecteur, qu'un maître, c'était le roi, « Mes enfants, disait-elle à ses fils, il n'y a rien de tel que le gros de l'arbre )> ; et dans son testament , avant toutes choses , elle Iciu- recommandait de ne s'attacher à nul autre. Elle avait ses raisons pour parler ainsi. Son mari , à la mort de Monsieur , avait perdu sa charge de chancelier, qui ne lui avait pas coûté moins de cent mille écus. Cela , toutefois, ne l'empêchait pas derechercher tous les moyens qui accréditent auprès des grands et des puissants. « Ma mère me demanda , raconte l'abbé de Choisy , si j'avais été voir le duc d'AIbret. Jelui dis que non, et que l'abbé d'Harcourt était de mes amis (c'était à la suite d'une querelle au coUége entre le? deux abbés), elle pensa me manger. Comment, me dit-elle, le neveu demonsïeur de Turenne ! Courez vite chez lui, ou sortez de chez moi. » Lorsque son fil s vint au monde, elle avait quarante ans passés; elle avait pour lui une affection plus tendre que pour ses autres enfants , parce qu'il la faisait paraître jeune et qu'elle voulait encore paraître belle. Elle avait la singulière manie de rhabiller en fille; elle lui avait fait percer les oreilles, et lui mettait des mouches. Elle s'y prit si bien que l'enfant , ayant grandi dans» ces accoutrements, n'en voulut plus changer. La figure charmante de Choisy, son absence de barbe, sa taille délicate et fine se prêtaient à cette mascarade, qu'il devait pousser aussi loin que possible. Jusqu'à l'âge de dix-huit ans il n'eut pas d'autre costume , et s'il le quitta quelques années, il le reprit à la mort de sa mère, en 1666, sur le conseil de madame de La Fayette. Il avait alors vingt-deux ans , et avait soutenu en Sorbonne assez brillamment son acte de tentative. Ses frères le trouvèrent accommodant sur les partages de la succession de sa mère; il ne demandait que les pieri'eries , les bijoux et autres frivolités luxueuses delà toilette de femme; il allait au sermon, à l'Opéra, à la comédie sous des habits féminins , et se faisait nommer pur ses laquais madame de Ganzi. Il était très-bien vu du duc d'Orléans, qui avait ses goûts , et le soir mettait aussi des cornettes, des pendants d'o- )-eilles et des mouches. Ces étrangetés incroyables, faisaient fortune , et Choisy s'enivrait des succès qu'obtenaient sa figure et ses atoui-s , quauil une allocution sévère du duc de Montausier à l'Opéra, en présence du jeune dauphin, qui l'avait attiré dans sa loge, le fit retomber du ciel sur la terre. « J'avoue , lui dit l'austère gouverneur,, monsieur ou mademoiselle , car je ne sais pas comment ilfaut vous appeler, j'avoue que vous êtes belle. Mais en vérité n'avez-vous point de honte de porter un pareil habillement , et de faire la femme , puisque vous êtes assez heureux pour ne pas l'être. Allez, allez vous cacher; monsieur le dauphin vous trouve fort mii comme cela. » Le jeune prince eut beau répon-

dre : « Vous me pardonnerez, monsieur, je la trouve belle comme un ange »; le malheureux n'entendit que le blâme glacial de De Montausier , et cette mortification produisit sur lui une impression telle qu'il forma tout aussitôt le projet de quitter Paris et d'aller cacher sa confusion au fond de quelque province. Il acheta le château de Crépon, près de Bourges , et s'y installa sous le nom de la comtesse des Barres ; car la leçon qu^il venait de recevoir avait bien pu le chasser de Paris , mais non le corriger de son étrange manie. Comme elle menait un grand train , qu'elle avait table ouverte, qu'elle était prodigue et pleine de politesse , la comtesse des Barres fut reçue de la meilleure société, et devint fort à la mode. L'abbé le Choisy, dans un petit livre fait à la sollicitation de la marquise de Lambert, a raconté, avec le? détails où la naïveté se mêle à l'effronterie , a vie peu édifiante qu'il menait à Crépon. Nous renverrons les curieux à V Histoire de madame la comtesse des Barres, dont Louvet s'est inspiré dans son scandaleux roman de Faublas. L'état d'une jeune comédienne qu'il avait séduite e força à revenir brusquement à Paris. « L'eniie d'être belle , dit-il , me reprit avec fureur. » [1 se montra à tous les spectacles, à toutes les oromenades publiques , se compromit au point jue ses pareats durent intervenir et obtenir de ui qu'il renonçât aux habits de femme et au nom le la comtesse des Barres. Il se décida alors à voyager, et partit pour l'ItaUe. Il fit un long séour à Venise. Il prit du goût pour le jeu ; et :on]me il apportait une grande passion dans tout 36 qu'il faisait , il se livra à ce penchant dangereux avec frénésie. « La rage du jeu m'a possédé et a troublé toutes les douceurs de ma vie. Heureux! si j'avais toujom's fait la belle, quand même j'eusse été laide. Le ridicule est préférable 1 la pauvreté. » Son séjour en Italie dura plusieurs années. Nous le voyons revenir en France, s'habiller en femme comme auparavant , se bornant à ne pas se montrer en public. Les pertes qu'il avait faites au jeu le forcèrent à s'éloigner quelques mois, et il alla passer ce temps à l'abbaye de Sainte-Seine, en Bourgogne, que le crédit de sa mère lui avait fait avoir en 1663. C'est durant ce voyage qu'il fit connaissance avec le fameux Roger de Rabutin, alors exilé dans sa terre de Bussy. De retour à Paris , sa vie dissipée le jette dans des embarras qui ne faisaient que croître chaque jour, et dont une circonstance imprévue le tira fort heureusement. Le pape Clément X venait de mourir ( 1676) ; le cardinal de Bouillon partait pour Rome , il lui offrit d'être son conclaviste ; Choisy accepta avec empresseiment. Bientôt après il devint, grâce au cardi- ;nal de Retz, conclaviste général des cardinaux français, et se trouva de la sorte initié aux intrigues qui précédèrent et signalèrent l'élection d'innocent XL Il ne fallait rien de moins qu'une maladie des

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