CHRISTIAN II — CHRISTIAN III
esprit distingué du roi; et Albert Diirer, avec quel il était également lié, fit son portrait. Mais on beau-frère était trop occupé de sa guerre ?ec la France pour lui prêter main forte, et ' laissa mourir presque dans la misère sa sœur reine Elisabeth. Christian visita ensuite, sans LIS de succès, l'Angleterre et l'Allemagne, où il tait fait lever une armée considérable , qui se ispersa faute d'argent. Il assista aux prédications iî Luther et Mélanchthon,et adopta leur doctrine, iependant quelques partisans de Christian restés A Danemark,tels que le fameux corsaire Elément, •ntèrent de le replacer sur le trône à l'aide de urs propres ressources , et l'énergique amiral oeren Norbye organisa en Scanie une redoutable vée de boucliers pour la cause de son maître ; aïs, vaincu par Johan (Jean) Rantzau, général de lédéric 1", il s'enfuit , et vint en Russie réclaer l'assistance du czar Wasilius. Enfin, Chrism II réussit, avec le secours de Charles-Quint, armer unejlotteea Hollande, et débarqua dans Norvège méridionale en 1531. Il fut proclamé !)i par la diète norvégienne , qui avait refusé de ^connaître Frédéric F''. Une flotte danoise ar- Ta , commandée par l'évêque Canut Gyldenlierne, qui eu lui offrant un sauf-conduit sans mdition, l'invita à se rendre à Copenhague, )ur entrer en négociation. Mais Frédéric dévoua son évêcjue-amiral, et fit emprisonner liristian au château de Sonderborg, à l'ile d'Als, j il passa douze ans , dans un donjon dont la jrtc fut murée, n'ayant pour communication a'uiie seule fenêtre , et pour toute compagnie u'un nain norvégien. Cependant une grande Pierre, commencée parle comte Christophe d'Ol- }nb-ourg, en 1534, et qui eut quelque analogie ec les guerres de paysans en Allemagne et les cqueries en France , faillit rendre le trône à hi istian II ; mais à la fin Christian lU resta \inqueur. L'unique fils de Christian, le prince 'aii , élevé par le célèbre Cornélius Agrippa , ourutà Ratisbonne, àgéde quatorze ans, et ainsi ;éteignit le dernier espoir du royal prisonnier. réfléric F' avait promis à l'aristocratie de ne jalais lui rendre la liberté ; mais en 1544 Chrism m accorda une amélioration à son sort : 1 lui permit de respirer l'air quelques instants U' jour. En 1549 il obtint pour séjour le château e Kallundborg , où il fut sous une surveillance loins sévère jusqu'à sa mort, au commencement s i 559. Rien de plus touchant que les récits des aroniqueurs au sujet des souffrances du maleureux roi. S'il commit des fautes, il les expia fuellement; s'il était de son temps par ses erjsurs , il le devança par ses lumières. Le premier il inaugura dans le Nord la grande lutte de Ihistoire moderne pour délivrer les bourgeois t les paysans des empiétements du clergé et de i noblesse ; le succès de ses réformes fut pasager, et contribua à sa chute , et ses idées civisatrices , ressuscitées pour quelque temps par ."5 réformateurs du dix-septième et du dix-
huitième siècle, par Christian IV Griffenfeldt et Struensée , ne durent se voir pleinement réalisées qu'au dix-neuvième. P.-L. Moller.
Joh. Svaningius, Christ. II, Danix rex.; Francof.,'l658. — . H. Gram, J/handl. til. Christ. II. Historié ( Fidensk. SeUk.Skr.); 1750. — H.Behrniann, Konç Christ. II Historiel; Copenh., 1815. — C.-F. Allen, de Rébus ChristierniSec. ea;uiis,- Hafnix, 1841.- J.-J. AUmeyer, Isabelle d'Autriche et Christ. Il; Bruxelles, 1842.
CHRISTIAN III , roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric I", néenHolstein, eu 1502, , mort au château de Colding , le 1'^' janvier 1 559, ne monta sur le trône qu'après un interrègne de trois ans. A la mort de Frédéric F"", en 1533, la noblesse et le clergé convoquèrent à Copenhague une diète pour l'élection du roi. Les prélats mirent alors en avant la question religieuse, se plaignant de l'hérésie luthérienne, qui, adoptée par Christian n pendant son exil, et prêchée avec succès enDanemark par HansTausen,avaitfaitdegrands progrès sous le règne de FrédéricF'", surtout dans les villes, où l'on commençait, même sous les auspices du maréchal du royaume Mogens Giœ, à démolir les cloîtres et à briser les images des saints. Les pai-tisans de la réforme avaient obtenu la liberté religieuse par le recès d'Odensee de 1527 , et la noblesse le favorisait, dans l'espoir de restreindre les privilèges du clergé et de s'approprier les biens de l'Église. Les prélats , qui ne voulaient pas du duc Christian, luthérien ardent, proposé par les nobles , témoignèrent leur prédilection pour Hans (Jean), le plus jeune fils de Frédéric F'', et encore enfant, et parvinrent à retarder l'élection, sous prétexte d'attendre les conseillers norvégiens. Les évêques firent un procès à Hans Tausen, l'apôtre des luthériens, qui fut destitué et condamné à quitter le diocèse de Sélande, puis ramené à Copenhague par une révolte de la bourgeoisie ; dans les campagnes, les prêtres protestants furent expulsés sans difficulté. Cependant les deux classes les plus puissantes n'ayant pu s'entendre sur le choix d'un roi , le tiers état et les paysans se souvinrent du prisonnier de Sonderborg. Les bourgmestres de Copenhague et de Malmoe, Ambroise dit le Relieur, et George Kok dit Moentei\ se placèrent à la tête du mouvement, auquel s'associèrent les habitants de Lubeck, qui avaient en vain demandé au sénat danois l'abolition des privilèges commerciaux accordés aux Hollandais ; ils furent encouragés par leur amiral Marcus Meyer et leur bourgmestre, Jurgen (George ) "Wullenweber, qui, outre le but ostensible de l'alliance , le rétablissement de Christian H et l'introduction de la réforme, avaient conçu le projet d'incorporer les principaux ports de mer danois dans la ligue hanséatique. Henri VIE d'Angleterre, qui convoitait la couronne de Danemark, leur envoya de l'argent. Pendant que le sénat recherchait l'alliance de Gustave Wasa,une armée lubecquoise envahit le Holstein, et débarqua en Sélande le 23 juin 1534, sous les ordres du comte Christophe d'Oldenbourg, parent de Christian II, qui s'était distingué dans la guerre de Hongrie con-
tre les Turcs, et d'après lequel sa nouvelle campagne fut appelée la guerre du comte. Copenhague et Malmoe lui ouvrirent leurs portes, et expulsèrent les troupes du sénat , et en i^eu de temps le comte fut maître de la Scanie , de la Sélande, de la Fionie et de toutes les îles. La noblesse , ayant essuyé quelques violences de la part des paysans, irrités par de longues oppressions, dut céder à la force, et les états provinciaux de Sélande et de Scanie proclamèrent roi Christian II, qui, emprisonné, ignoraitle succèsde sa cause. Le comte Christophe reçut les hommages au nom du roi, et se préoccupa du rétablissement de la réforme. Le clergé du Jutland se décida alors à se réunir à la noblesse pour l'élection du duc Christian, qui en ce moment assiégeait Lubeck. Mais déjà le marin Elément, envoyé en Jutland pour soulever le pays, avait formé une nombreuse armée de bourgeois et de paysans; après une complète défaite, près d'Aalborg, des troupes de la noblesse, commandées par Holger Rosenkrantz, tout le pays tomba au pouvoir du comte Christophe. Le parti populaire était à son apogée, et une jacquerie générale était à redouter. Mais un revirement soudain eut lieu : le duc Christian, ayant traité d'une paix séparée pour le Holstein avec les Lubecquois, envoya le célèbre Jean Rantzau contre les paysans jutlandais, qui s'étaient retranchés à Aalborg. La ville fut prise d'assaut : Rantzau ne ménagea que les femmes et les enfants ; tous les autres, soldats et habitants, parmi lesquels plus de 2,000 paysans, furent passés au fil de l'épée, et le fameux Elément fut décapité. Les autres paysans du Jutland, race fière cependant et vigoureuse, perdirent alors courage, et se soumirent ; leurs biens furent confisqués au profit de la noblesse et de la couronne, et ils tombèrent à l'état de fermiers, sans droits ni garanties. Une nouvelle victoire décisive, gagnée par Rantzau à Oexnebjerg, en Fionie, en 1535 , enleva toute chance à Christian H. La Norvège méridionale même reconnut Cliristian III ; son amiral Pierre Skram , dit le Téméraire, défit une flotte lubecquoise, près de l'île de Bornholm. Gustave Wasa, l'allié de Christian III, chassa les soldats hanséatiques de Scanie. Rantzau mit le siège devant Copenhague , qui résista courageusement toute une année , et ne capitula que contrainte par la famine, le 29 juillet 1536, et sous la promesse d'une amnistie qui devait s'étendre même au comte Christophe. Charles- Quint ne soutint pas la cause de son beau-frère captif, parce que la guerre était soutenue par les Lubecquois, ennemis du commerce des Pays- Bas dans la Baltique. Une armée et une flotte furent rassemblées par le comte palatin Frédéric, époux de Dorothée, fille de Christian II , pour secourir Copenhague; mais cette tentative fut paralysée par une diversion des troupes danoises dans la Frise orientale; et Christian III put prendre possession du trône. Dès lors commença la décadence des villes hanséatiques. On raconte de
ce prince, que très-jeune encore et accompagnanl son oncle , l'électeur de Brandebourg , à la coût de Charles-Quint, il assista au sermon d'un franciscain, qui se déchaînait contre le luthéranisme. Le bout de la ceinture du pré<licateui glissant par une ouveilure de la chaire, le jeum prince y fit un nœud, de sorte que le moine^t put se dégager que par le secours des assistants. Le moine demanda justice à l'empereur d( cette plaisanterie, comme d'une grave insulte mais il ne reçut que cette réponse prophétique t( Je crains fort que ce jeune homme ne soit ui jour l'ennemiides moines » ; prédiction qui se vé rifia. Le premier fait qui marqua son avénemen au trône fut l'étabUssement de la réforme. Le membres laïques du sénat , séduits par l'espoi de l'exclusion du conseil des membres cléricaux consentirent avec joie à un ordre secret aux terme duquel tous les évêques du royaume furent ar rêtés le 12 août 1536. On les mit plirs tard c liberté , à condition qu'ils renonceraient à tout opposition et garderaient une complète neutraliti L'évêque de Sélande, Roennow, le seul qui se r( fusa à cet engagement, resta en prison jusqu'à s mort. A la diète exti-aordinaire convoquée à Ci penhague le 15 octobre 1536, et composée t quatre cents membres de la noblesse et de que ques députés des communes, le luthéranisme fi déclaré religion de l'État; Christian III signa capitulation de Frédéric F"^ et des anciens roi sauf l'article qui autorise la révolte dans le c où le roi ne remplirait pas tous ses engagement Son fils Frédéric, enfant de deux ans, fut proclan son successeur, et la Norvège, en punition ( ses deux insurrections pour rétablir Christian 1 fut déclarée province danoise, avec un gouve neur soumis au sénat danois. La noblesse se r serva de nouveaux privilèges , tels que l'exemi tion des dîmes, le monopole du commerce < poisson frais et salé, et le droit de reprendre 1 kens donnés par ses ancêtres aux églises et m nastères.
Expulsé des conseils politiques, le clergé vit enlever tout privilège et toute autorité tei porelle : ses biens furent réunis à ceux de la co ronne. Ce fut d'après les conseils de Luther qi Christian, au Heu d'une sécularisation immédial comme en Angleterre et en Allemagne , réseri une partie des dîmes et des propriétés de l'Égli pour l'entretien -du culte protestant et pour d établissements de charité ou des écoles ; m; le reste fut bientôt accaparé par les noble Ils y mirent tant d'ardeur qu'une fois xin gent homme, l'épée à la main, attaqua Hans Taus dans la chaire au milieu d'un sermon, à eau d'une propriété que ce dernier refusait de rc dre. Ce fut donc à celte diète que se termina longue lutte contre la noblesse par le trionip de celle-ci. Souveraine de fait, elle bravait royauté, qui jusque là avait trouvé un puiss<T appui dans les membres cléricaux du sénat. M d'une autre côté le clergé protestant, sans f
ifense contre les aggressions des nobles, se rapprochait désormais du peuple, parmi lequel il se 'recrutait exclusivement, la noblesse dédaignant les charges modestes de la nouvelle Église ; il communiquait ses lumières et son intelligence aux niasses, et faisait naître ainsi une puissance qui deivintjjlus tard fatale aux oppresseurs. Pour diriger i'organisationde la nouvelle Église et la mettre en pratique, un ami de Luther, le professeur Bugenbagen, fut appelé de Witteuberg, en 1537, puis il Couronna le roi et se chargea d'installer les nouveaux évôques.Une ordonnance ecclésiastique, basée sur l'Évangile, ébauchée par le clergé danois et approuvée par Luther, fut sanctionnée à la diète TOdensée, en 1 539. Les communes non soumises aux nobles eurent le droit d'élire elles-mêmes eurs curés, qui de leur côté devaient élire leurs supérieurs et évêques , auxquels on adjoignit les administrateurs laïques pour gouverner les iiffaires temporelles. Ainsi la réfornie était imiiosée au peuple sans violences ostensibles ; la Norvège, pauvre et faible, ne fit pas d'opposition ; seulement, en Islande, où la foi paraissait plus five, l'évêque de Holum, Jon Ai'esen, refusa de se loumettre à la nouvelle ordonnance, et ce ne fut (u'après une lutte obstinée et sanglante et la 10 rt d'Aresen, fait prisonnier et décapité, en 55!, que la réforme se fixa et s'établît enfin dans e pays. Cependant en Danemark le défaut d'ecjiésiastiques capables et instruits se fit si vivement entir, que pour avoir des desservants il fallut ecourir dans l'origine à des moines illettrés ui avaient appartenu aux couvents supprimés, d'anciens copistes des évêques et jusqu'à es valets de nobles. Une réorganisation de l'u- 'iversité, dont l'activité avait complètement cessé 'endant les troubles civils, devint nécessaire; lie fut opérée sous les auspices et grâce aux ef- )rts de Bugenhagen, et déjà dès 1537 elle iut reprendre ses travaux. Le roi créa et dota •irgement quatorze chaires, où l'on professa la iéologie,le droit, la médecine et une philosophie lus libérale; les écoles secondaires, appelées coles latines à cause de la prépondérance du latin, irent comprises dans la réforme. Pour la prenière fois Christian fit traduire la Bible entière b danois; mais l'intolérance était encore si tande, qu'un noble polonais, Jean a Lasco, qui tait venu d'Angleterre, avec soixante-dix de ses ompatriotes , chercher un asile en Danemark , 'it expulsé pour quelque divergence d'opinion n matière de dogme.
•' Un conflit, venu du dehors, menaça de nouveau endant quelque temps le roi Christian ; les gendres de Christian II, le duc François de Loràine et l'électeur palatin Frédéric, soutenus ilors par Charles-Quint et par sa sœur Marie , louvernante des Pays-Bas , ayant élevé de nouveau des prétentions au trône de Danemark, Christian s'allia avec François I'^'" de France, Ivec le duc Guillaume de Clève et avec Gustave iVasa. Un congrès eut lieu entre les deux
rois à Broemsebro, en 1541, où tous les anciens différends avec la Suède furent aplanis. Mais cette réconciliation ne fut pas de longue durée , car en 1548 Christian, en signe de ses droits éventuels au trône de la Suède, replaça les trois couronnes dans son écusson, ce qui devint sous son successeur l'occasion d'une longue guerre. Cependant Charles-Quint, voyant que les hostilités devaient être destructives de tout commerce, se décida à abandomier la cause de son beau-frère, et conclut avec le Danemark la paix de Spire, en 1544 ; il se contenta de stipuler un adoucissement au sort de Christian n , et pour ses sujets la libre navigation dans le Danemark et la Norvège. A l'exemple de son père, Christian III s'était associé en 1538 à la ligue de Smalkalde, qui avait pour but de protéger les protestants contre les princes catholiques. Lorsque la guerre dite de Smalkalde vint à éclater, le roi de Danemark , qui avait fait la paix avec l'empereur, se trouva dans un embarras dont il s'efforça de sortir en envoyant à ses alliés un subside qui cependant arriva trop tard, la ligue ayant été défaite par l'empereur à la bataille de Mùhlberg. Christian ÏU agrandit le royaume par l'acquisition de la Courlande et de l'île d 'Oesel ; [mais il n'osa pas prendre possession de la ville de Rével, qui demandait ellemême son annexion au Danemark, parce qu'il craignait un conflit avec le czar Ivan II Wasiliwitch. En 1544, il fut assez imprudent, contrairement aux conseils de Jean Rantzau, pour partager les duchés de SIesvigetde Holstein avec ses deux frères, Adolphe et Hans. Ce partage des duchés fut l'origine de diverses familles princières, qui par leur refus de remplir les devoirs féodaux compromirent presque continuellement la paix de la monarchie, et suscitèrent des troubles, qui commencèrent du vivant même de Christian III. Ce roi fit prospérer le commerce , et en favorisant les négociants éti-angers, notamment les Anglais et les Hollandais , il réussit à neutraliser la prépondérance dangereuse des villes hanséatiques. Il fit de sages lois pour régler les poids et les mesures ; et l'intérêt de l'argent, prohibé jusque alors , fut pour la première fois légalisé et fixé dans le Nord. L'ensemble de son oeuvre législative se trouve dans trois collections, les Recès de Copenhague (1547), de Dronningborg (1551), et de Colding (1551). Il protégeait les lettres , cependant il favorisa peu la littérature danoise ; il ignorait la langue du pays. Il restreignit le luxe, et, comme la plupart des premiers princes protestants, il fut très-dévot, mais d'un caractère faible, qui se trahit dans ses rapports avec la noblesse, le sénat, et avec ses frères, ainsi que dans sa trop grande déférence pour la reine, l'impérieuse Dorothée de Saxe-Lauenbourg. P.-L. Moller,
Fr. Miinter, den danske Reformations Historié; Copenh., 1802. — C-.I. Engelstoft, Reformantes et catholici concertantes; ropenliaç, 1836.— Oplysninger, tilMellemrigels Historié (Histoire de l'interrègne^ dans JVpc danske magasin, 2 vol. — Bartliold, Jurgen Jf^uUenieeber {Raumers hist- Taschenbuck, 6 vol.)— Wedel Simonsen, Fi/en,
4Jr,
vnder Grevons Feide {la Fionle pendant la guerre du comte J ; Copcnli., 1813.— NIcolai Kragli (1602), Annalium libri FI, quibus res Danix a Christiano III gestie ad arinum 1550 enarrantur , cum prse/at. Johannis Grammii; HafnlsE, 1737; cum supplemento Steph. Stephanxi, Hist. Dan. libri duo (1550-1559), traduit en danois avec pièces justificatives par Sandvig; Copenh., 1776-1779.
CHRISTIAN IV, roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric II, né le 12 avril 1577, mort le 28 février 1648. Il monta sur le trône en 1588, Ce fut le roi le plus célèbre de la maison d'Oldenbourg, et il a, malgré ses revers, ou peutêtre à cause d'eux, joui jusqu'à nos jours d'une grande popularité, qui rappelle à certains égards celle du roi de France Henri IV. Il avait onze ans à la mort de son père, en 1588. Selon la coutume, la régence appartenait à la reine douairière, Sopliie de Mecklenbourg ; mais elle fut usurpée par l'aristocratie, qui en chargea les quatre membres du sénat (conseil des nobles) N. Kaas, P. Munk, J. Rosenkrands, et Christophe Walkendorph, et fixa kl majorité du roi à sa vingtième année. Cette commission , dont l'administration fut en général irréprochable , eut l'imprudence de reconnaître aux prélats et aux nobles des deux duchés le droit d'élection du roi, concession qui fut plus tard dangereuse pour l'intégrité de la monarchie. Mais on donna au jeune roi une éducation excellente ; il apprit parfaitement le latin, l'italien , l'espagnol , le français et l'allemand , et cultiva de préférenee les sciences mathématiques et mécaniques ; un penchant naturel fit de lui un excellent marin , et il savait si bien l'architecture maritime , qu'il composa lui-même les modèles de plusieurs bâtiments, comptés parmi les plus beaux de l'Europe. Il n'excellait pas moins dans les exercices du corps. Un voyage en Norvège, en 1592, lui fit connaîti-e la négligence des fonctionnaires et l'oppression que depuis longtemps ils faisaient peser sur ce pays, dont l'agriculture était presque nulle et le commerce dans les mains de la ligue hanséatique. Aussi les premiers soins de Christian IV, déclaré majeur et couronné en 1596, furent -ils dirigés vers une réforme des tribunaux et de l'administration de Norvège, pays que le roi visita presque tous les ans jusqu'à sa mort, et où il fonda les villes de Christiania, la capitale actuelle , et de Christiansand. Il opéra des réformes analogues dans les autres provinces danoises , qu'il visitait souvent. En Norvège , où le pouvoir royal était moins restreint, il réorganisa la législation par un nouveau code, en 1604, et par une ordonnance ecclésiastique, en 1607. Une convocation du tiers état, en 1604, demeura sans résultats, par suite des obstacles que suscita la noblesse. — Lorsque , vers 1599, la Suède et la Russie convoitèrent en même temps laLaponie norvégienne, où dans le moyen âge des marchands de fourrures avaient pris le titre de rois, et dont les limites n'avaient pas été suffisamment fixées depuis, Christian IV équipa une flotte de douze vaisseaux, qu'il com-
manda lui-même en qualité de capitaine. Il doubla le cap Nord, explora les côtes et les ports, et menaça la Russie en entrant dans la mer Blanche. Ces quinze premières années du règne de Christian furent paisibles et heureuses ; il avait créé une flotte qui ne le cédait en rien aux plus belles de l'Europe. Mais ce développement maritime ne tarda pas à exciter la jalousie de la Suède , dont le roi Charles IX, persistant à s'appeler roi des Lapons du Nord , bâtit et fortifia la ville de Gothenbourg , menaça les frontières danoises, et défendit aux Danois la navigation en Livonieet en Courlande. Christian, qui revendiqua alors la domination de la Baltique , et prétendit même au trône de Suède, fit, en 1611, déclarer la guerre à Charles par un hérault d'armes, que celui-ci retint prisonnier. La flotte suédoise se retira partout , pendant que les Danois, commandés par leur roi en personne, se rendaient maîtres de l'île d'Oeland et de la forteres.se de Calmar. Ces succès in-itèrent Charles IX an point qu'il écrivit à Christian une lettre des plus insolentes, il lui envoya même im cartel. Christian le refusa, par une réponse conçue dans le même style, où il traitait son confrère royal de « radoteur paralytique , atteint d'un accès de fièvre chaude «, et lui conseillait de rester, dans ses foyers, entre sa nourrice et son médecin ! Les succès des Danois continuèrent; deux autres forteresses, Guldborg et Elfsborg, furent pi'ises el Gothenborg détruit. Surces entrefaites Charles IX" mourut, et son successeur, le célèbre Gustave- Adolphe, dont les vues se portaient ailleurs, pro posa la paix, qui fut conclue à Sjoeroed, en 1613, sous la médiation de Jacques F'' d'Angleterre. L( roi de Suède renonça au titi-e de roi des Lapons, reconnut la liberté du commerce dans la Baltique, et racheta pour un million de rixdalers le.' provinces conquises par les Danois. Le Danemark abandonna ses prétentions au trône do Suède, tout en gardant dans ses armoiries le; trois couronnes, si longtemps disputées. C'esi durant cette guerre que les paysans norvégiens de la vallée de Guldbrand se distinguèrent pai un célèbre fait d'armes, en détruisant une troupi de 1,000 Écossais, commandés par le colonel Sin clair, mercenaires qui avaient tenté de pénéti'ci en Suède.
Les douze années suivantes, la période la plu: glorieuse du règne de Christian IV, lui permireii de développer les qualités rares et variées qui li placent si haut parmi les rois de Danemark. Di cette époque datent de nombreuses réforme; dans les sciences, le commerce, l'industrie, le métiers et la législation, réformes qui honoren encore sa mémoire. L'université fut réorganisa en 1621 , et augmentée de sept chaires nouvelles histoire, géographie , philosophie , mathémati ques et sciences naturelles. Le roi éleva un ob servatoire ( la Tour ronde ) , dirigé par Longo montanus, disciple de Tycho de Brahé, créa ui jardin botanique, des bibliothèques, un asil'
pour cent étudiants pauvres, pensionnés par l'État; il établit desgymnasfes dans les villes de second ordre, et pour limiter l'habitude de voyager, exagérée surtout par les jeunes nobles, il créa ' une académie noble à Soroe, en 1623, et yfitvenir des professeurs de l'étranger. La découverte de mines d'argent à Kongsberg en Norvège contribua à améliorer les finances. Le commerce étant alors .entre les mains de grandes compagnies , le roi en Ifavorisa plusieurs pour le commerce d'Islande iet celui des Indes (en 1616) , pour le sel, les idraps et les soieries, etc. Il envoya en 1618 une iflotte sous les ordres de l'amiral Ove Giedde laux Indes orientales, où la ville de Tranquebar fut acquise pour la compagnie danoise. Mais un fait plus intéï'essant, c'est que ce roi eut le premier l'idée de chercher le passage du nord de l'Amérique en Asie, et effectua dans ce but successivement quatre expéditions, dirigées par Lindenow, Richardson, et Jens Munk. Ce dernier pénétra, en 1619, jusqu'au 63^ degré ie latitude septentrionale, où il fut arrêté par 'es glaces. Mais s'il était réservé à un temps iplus récent de réaliser la grande idée de Chrisitian IV, ses expéditions ne furent pas sans résultat. On retrouva les côtes ouest du Groenand, oubliées depuis des siècles et perdues 3our le commerce. Le Danemark prit possession de ce vaste territoire; on y fonda des cololies, qui y subsistent encore, ainsi que des missions pour convertir et civiliser les peuplades de :es parages, et une compagnie du Groenland exoloita avec succès la pêche de la baleine. La narine marchande fit flotter le pavillon danois îur les mers les plus lointaines, et les villes du royaume s'élevaient à une richesse et à un bienih e jasqoe alor sinconiuis. A l'intérieur, le système jostal, créé par Christian n, fut développé et sounis à la direction de députés des compagnies de 3ommerce. En même temps furent fondées la ville le Christianshavn ( partie importante de Colenhague , située sur l'île d'Amack , qui entoure ^t défend le port), des villes dans les provinces, »a forteresse de Gliickstadt pour la défense ;le l'Elbe, et celle de Christianopel sur la fiontière suédoise ; enfin, des églises et des châteaux, une nultitude d'édifices publics d'un style solide et OUT. D'autres améUorations furent opérées. Les ;orpsdemétiers,héritageembarrassantdumoyea .ige , furent abolis ; le siècle suivant les rétablit. Des artisans, des artistes et des savants, tels que ;e grand peintre Charles van Mandern, les his- •;oriographes hollandais Pontanus et Meursius , "urent appelés de l'étranger. La législation fut Successivement revisée et réglée par quatre codes, îlont le dernier, le grand recès de 1643, repro- (luisit toutes les lois et ordonnances promulguées depuis 1596. Le roi , auquel son caractère et un ixtérieur imposant prêtaient une autorité excraordinaire, remplit souvent lui-même les foncions de juge suprême. Il rétablit l'armée perlanente, création de Canut le Grand, mais
NOUV. BIOGR. UNIVERS. — T. X
désorganisée depuis; en outre, dès 1598 il organisa une garde communale, et la marine, arme de prédilection de Christian, eut de magnifiques arsenaux, des écoles, une grande cité servant exclusivement d'habitation aux marins et à leurs familles. Roi économe , jamais les finances ne firent défaut à ses vastes et nombreuses entreprises.
Mais la guerre de trente ans et l'accroissement de l'Autriche commençaient à menacer les États et les Églises du Nord. Le nom de Christian rv avait tellement grandi, qu'en 1625, lorsque les protestants allemands allaient succomber devant les armées catholiques, les princes protestants appelèrent à leur secours ce roi, qui était beau-frère de l'électeur palatin, et le nommèrent commandant de leurs armées et du cercle de la Basse-Saxe, envahie par les Impériaux. Mais les alliés ne remplirent pas les conditions auxquelles il avait soumis son concours, et les subsides en argent promis par la Hollande, la France et l'Angleterre n'arrivèrent pas. Christian néanmoins prit le commandement des troupes du cerde de la Basse-Saxe, et avec 20,000 hommes. Danois , Allemands , Écossais et Anglais , il traversa l'Elbe à Stade, où il publia un édit, i-emarquable pour son temps, portant défense à tous chefs et officiers de son armée, sous les peines les plus sévères, d'inquiéter ou troubler les habitants des localités par où ils passeraient. Renforcé par 7,000 Saxons, il pénétra dans le Brunswick, où il se trouva le 27 août 1626 en face du général bavarois Tilly, qui gagna avec des forces supérieures la bataDle sanglante de Luttersur-Baremberg, où Clu'istian, après une résistance opiniâtre, mais mal secondé par^s alliés, fut conti-aint de se retirer à Stade. Là il reçut iiu renfort de 6,000 Anglais et Écossais et d'un petit corps français sous les ordres du comte de Montgomery. Mais Wallenstein , venant de la Silésie, joignit ses forces à celles de Tilly, et Christian dut se retirer en Fionie, pendant que les armées allemandes ravageaient la presqu'île du Holstein et du Jutland. Le duc de Hôlstein-Gottorp, vassal de la couronne de Danemark, et neveu du roi, fit à cette occasion, en 1627, une paix séparée avec Wallenstein, et lui ouvrit les forteresses du pays , félonie qui fut cause de longues inimitiés entre la famille royale et la branche ducale. Déjà l'empereur Ferdinand II se flattait d'un empire maritime sur les côtes de la Baltif jue et de la conquête du Danemark, dont il offrait: la couronne à Wallenstein. Celui-ci fut chargé d'occuper avec une flotte espagnole et autrichienne les ports de la ligue hanséatique , de Rostock et Wismar, et dirigea une attaque sur Stralsund. Mais Christian y conduisit une flotte, la Suède envoya des troupes, et le présomptueux Wallenstein fut obligé d'abandonner son rêve de roi des mers, de lever le siège et de se retirer, après avoir perdu 12,000 soldats. Christian reprit les provinces du Jutland , du
CHRISTIA.N IV
SIesvig et du Holstein. L'empereur devint moins exigeant, et Christian, poussé par l'aristocratie, qui pendant la gueri-e avait intrigué en faveur de l'empereur, consentit à la paix, qui fut conclue le 22 mai 1629, à Lubeck. L'Auùiche réussit ainsi à isoler la Suède, et le roi de Danemark renonça aux diocèses de Brème, de Verden et do Schwerin, comme à toute intervention dans les affaires d'Allemagne, excepté en sa qualité de duc de Holsteiu. Ces conditions n'étaient pas trop défavorables ; mais les finances étaient épuisées , les plus importantes provinces ruinées, et la noblesse refusant de contribuer pour sa part aux besoins de l'État, les efforts du roi devinrent inutiles. Mais déjà un esprit nouveau commençait à se manifester. La bourgeoisie des villes du Jutland osa pour la première fois, dans une pétition au roi, dictée par le désespoir, se plaindre de l'oppression des nobles. Ceux-ci obtinrent une ordonnance qui défendait aux bourgeois et paysans , et même au clergé, de pétitionner sans autorisation du bailli, fonctionnaire toujours choisi dans la noblesse. Plusieurs fois Christian IV essaya sans succès de diminuer les prérogatives de l'aristocratie, d'améliorer la position des paysans, d'abolir le servage, et de soustraii-e les domaines de la couronne à la noblesse , qui jusque là en avait disposé et les avait affermés ; mais tous ces projets échouèrent contre l'égoisme de la majorité dans la diète. Deux hommes de talent, George Dybvad, professeur de théologie à l'université de Copenhague, et son fils, ayant osé dans leurs écrits attaquer les privilèges des nobles, et surtout leur exemption des charges publiques, furent condaitmés à des peines sévères, sans que le roi les pût gi'acier.
Eu 1630, un diflérend éclata entre le Danemark et Hamhourg, ville qui en 1603 avait reconnu la souveraineté de Christian, mais qui, encouragée par les revers de celui-ci en Allemagne, s'était arrogé la domination de l'Elbe. Christian entra dans ce fleuve avec une flotte, à laquelle les Hambourgeois opposèrent trente navires de guerre, ([ui furent complètement défaits. Les Hambourgeois furent condamnés au payement d'un droit pom- chaque navire passant Gliiskstadt, et en 1643, menacés d'un siège, ils durent payer en outre une indemnité de 280,000 écus.
Pendant la guerre de trente ans les flottes de Christian IV veillaient à la sécurité de la navigation dans la Baltique ; en même temps l'empereur, réclamant sa médiation pour faire la paix, Christian ne cacha pas la jalousie que lui causaient les progrès des Suédois en Allemagne; mais l'avarice du sénat ne lui permit pas même de mettre en état de défense les frontières du royaume. La Suède en profita pour s'allier avec la Hollande, qui depuis longtemps convoitait l'abolition du péage d'Oeresund, et en 1643 le célèbre Oxenstiern, pour se défaire d'un médiateur incommode, ordonna, sans déclaration de guerre préa-
lable, au général Torstenson de faire dans le Holstein une invasion, d'autant plus facile, qu'il ne rencontra ixas de résistance. Comme le duc de Gottorp, trahissant une seconde fois son devoir féodal, traita séparément avec l'ennemi, celui-ci put en peu de temps étendi-e l'occupation à toute la presqu'île Cirabrique. D'un autre côté, la Scanie était envahie par les Suédois , et k corps auxiliaire qu'avait envoyé l'empereur en Holstein, sous les ordres du général Gallas, resta inactif; de sorte que Christian sévit réduit aux îles et à sa flotte. 11 redoubla alors d'activité, se mit avec une escadre de trente voiles à la recherche de la flotte suédoise, qui en comptait quarante-six, et la battit, le 1^"' juillet 1644, près de l"île de Femern, dans la mémorable journée de Kolbei-ger-Heide, où le roi , qui commandait en personne , fut gravement blessé et perdit iiu œil. Le reste de la flotte suédoise, qui s'était réfugié dans la baie de Kiel, échappa dans la nuit, par l'insouciance de l'amiral Pierre Galt, décapité plus tard pour ce fait, et put se joindre à une flotte hollandaise, qui venait d'arriver, pour battre un détachement de navires danois vers les côtes de LoUand. Christian ne se découragea pas : il convoqua les états généraux pour continuer la guerre avec leur concours; mais la noblesse s'y opposa. Le roi se vit ainsi forcé d'accepter, à Broemsebro, le 13 août 1645, la paix aux conditions que dicta la Suède, et que la médiation de la France rendit seulement moins dures. Le Danemark céda à la Suède les provinces norvégiennes de Herjedal et de Jemteland, les îles de Gotliland et d'Oesel, et la possession pendant trente ans de Hallaud. Eu même temps la Suède fut affranchie des péages du Sund et des Belts, et pour les Hollandais ces droits furent réduits aux taxes fixées depuis pour toutes les nations.
Trois ans après Christian IV mourut, au château de Rosenborg, à Copenhague, à l'âge do soixante et onze ans. Ses derniers revei's, la perte de son fils, Christian, désigné depuis 1608 comme héritier du trône, et ses luttes incessantes avec le sénat, hâtèrent sa fin. Il était d'une constitution vigoureuse, d'uue taille gigantesque, et d'une figure noble et imposante. Héros populaire, s'il en fut, son portrait se ti'ouve. encore aujourd'hui dans les chaumières comme dans les palais. Profondément pénétré de la grandeur de sa tâche, il déployait une activité infatigable; il embrassait également les grands et les petits intérêts de l'État, et son ardeur patriotique n'était arrêtée que par le malheur et par les obstacles infinis que lui suscitait une aristocratie égoïste.1 La droiture de son caractère et la cordiale sim-i plicité de ses manières lui gagnaient les cœursi| de ses peuples; sa justice et sa loyauté étaient proverbiales; ses vertus et son esprit émineni-i ment national survivront même aux nombreuses| institutions et aux monuments que son rt nous a légués.Après la mort de la reine Annâ^