CHRISTIAN VI — CHRISTIAN VII
l'influence de la Russie et du parti dit des bonnets, à se faire nommer héritier de la couronne, au détriment du prince Frédéric fils de Christian VI, qui, soutenu par le parti dit des chapeaux, par le clergé et le peuple, espérait renouveler l'union de Calmar. Le Danemark arma ; mais le parti danois en Suède ayant succombé , Christian plaça le maintien de la paix au-dessus de son ambition; Adolphe-Frédéric renonça au Slesvig, et le grand-duc de Russie fut obligé de remettre ses projets contre le Danemark jusqu'à son avènement au trône, sous le nom de PierreIII,enl76l. Christian VI rechercha l'amitié de la France, et conclut avec elle, en 1745, une alliance défensive. A l'intérieur, le roi , secondé par les habiles ministres Schulin et I.-L. Holstein, entreprit des améliorations d'un grand intérêt public II donna à l'enseignement du peuple des soins constants. Avec le concours du savant Gram, il fit reconstruire et réorganiser l'université de Copenhague, où l'étude du droit, jusque alors négligée, jeta, sous les auspices des jurisconsultes A. Hôjer, Kofod Anker et Henri Stampe, un vif éclat. B fonda l'amphithéâtre d'anatomie et de chirurgie en 1736, celui de médecine en 1740; en 1742, il établit, sur la proposition de Grara, la Société des sciences, et en 1744 la Société de langue et d'histoire danoises , présidée par Langebek, célèbre historien et éditeur du Magazin danois . Une académie des beaux-ai-ts fut instituée à Copenhague, et des pensions et encouragements furent accordés aux artistes étrangers. Puis le roi fit faire, par le heutenant de la marine Norden, un voyage scientifique en Egypte et en Nubie. Les lettres et les sciences comptaient des illustrations remarquables. Outre celles déjà mentionnées, on peut citer le théologien Eric Pontoppidan, le poète Brorson, auteur de cantiques , et par-dessus tous le poète comique Holherg, le père des lettres en Danemark, qui se distinguait dans presque toutes les branches des connaissances. Le commerce et l'industrie indigène furent particuUèrement encouragés. L'industrie surtout, longtemps négligée, prit un grand essor ; c'est de cette époque que datent les fabriques et les manufactures de Copenhague. En Norvège une compagnie spéciale s'appliqua au perfectionnement de la fabrication de la poix, du goudron, du fer, du soufre, etc. Pour la première fois on vit fonctionner à Copenhague une banque descompte (en 1736) et une Société d'assurance contre les incendies. Sur la proposition du comte Danneskiold-Samsoe , le roi créa un département de l'économie rurale et du commerce. La compagnie des Indes, dont l'activité s'étendait jusqu'à la Chine, excita l'envie des Hollandais; l'île de Sainte-Croix fut achetée à la France, et la mission religieuse d'Égède dans le Groenland étendit le commerce vers le pôle arctique. Sous l'administration de Danneskiold- Samsoe, la marine militaire fut mise sur un pied imposant; elle eut de magnifiques chantiers,
et la flotte fut portée à 30 vaisseaux de ligne et 16 frégates , non compris les bâtiments de moindre dimension. Malgré des qualités incontestables, Christian VI ne fut jamais populaire. La tendance religieuse de son esprit, qui le faisait parfois céder aux influences de son entourage, ne lui laissait pas assez d'énergie pour qu'on pût deviner ses intentions bienveillantes. Comme il ne parlait que l'allemand, ses actes de bienfaisance même étaient mal appréciés; la reine elle-même dédai gnait la langue danoise; ses prodigalités et son goût du luxe irritaient le peuple (1). En outre, la reine avait amené à sa suite ses parents et un grand nombre de gentilshommes allemands sans fortune; la cour, toute allemande, établit une si rigoureuse étiquette que le peuple n'eut pour elle que de l'éloignement. Enfin , la dévotion excessive de la reine favorisa dans le pays l'hypocrisie, bien plus que la religion. '< Les titres et emplois , dit un historien , échurent à ceux qui savaient le mieux baisser la tête et gémir sur les vanités de ce monde, tandis que, ceux qui s'y refusaient n'obtenaient rien. » Cette affectation religieuse -de la cour imprima une teinte de tristesse à tout le règne de Christian VI.
P. L. MÔLLER.
Riegels, SUlderi af (Tableau du règne de) Christian VI ; Copenliague, 1798, — Jens MôHer, Hist. P'urdcring af Christian fl, dans Mnemosy ne ; Copenhasne, 1831-1833.
— L. Helveg, du Mouvement religieux de l'époque de Christian FI, àaasfor Litt. og Kritik, Copenli., i845.
— H. Treschow Grev, F. Danneskiold Sarnsoes Levnet ( Biographie de ) ; Copenhague, iS34.
CHRISTIAN VII, roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric V, né le 29 janvier 1749, mort le 13 mars 1808. Ù monta sur le trône en 1766; peu de temps après il épousa Caroline Mathilde, princesse d'Angleterre, sœur de George ni. Il congédia plusieurs conseillers de son père, renvoya son ancien précepteur, le Suisse Reverdie, l'ami des paysans, et se laissa peu à peu dominer par son favori , le comte de Holck, qui lui donnait le goût des plaisirs. Deux ans après son avènement, il fit un voyage en France et en Angleterre , où tout le monde vanta son esprit; il était accompagné par le médecin Struensée, avec lequel il avait fait connaissance à Altona; celui-ci gagna la confiance entière du monarque, s'éleva du simple emploi de médecin du roi à la dignité de ministre intime, etbientt>t ses ordres eurent une autorité presque royale. Le ministère de Struensée, qui ne dura que seize mois ( 1770-1771 ), fut une suite non inteiTompue d'utiles réformes, et il déploya une activité digne d'éloges sous bien des rapports. Disciple intelligent et instruitde Rousseau, de Helvétius,etc., pénétré des idées philosophiques du dix-huitième siècle, il devança à quelques égards les réformes introduites parla révolution française. Chargé de l'éducation du prince royal, auquel '\\ appliqua le
(1) La construction du château de Christiausborg coûta, par exemple, à elle seule environ huit millions de francs.
système de l'Emile , il se fit chef du parti de la reine, et effectua, par son influence sur le roi, le renvoi du ministre Bernstorff , l'aîné , qui s'appuya sur la Russie. Plus tard les quatre ministres ffui formaient le conseil reçurent leur démission, commue ennemis des réformes. A l'extérieur, Struensée combattit l'influence delaRussie,.et se rapprocha de la France ; à l'intérieur, il protégea Iles classes bourgeoises, diminua les impôts, et fit réorganiser l'université avec l'aide du savant évêque Gunnerus. Le Danemark lui doit une gî'ande simphfication de l'administration, des tribunaux et de la procédure, une réforme radicale des finances , dont il fit un département séparé, sous la dijecxion d'un homme de grande capacité, le comte U.-A. Holstein, puis une juste : sévérité dans le choix des fonctionnaires; on lui - (doit aussi des mesures salutaires pour l'agriculrture et les rapports ruraux. Mais c'est surtout l'abolition, par im ordre de cabinet du 4 septembre 1770, de la censure et lia liberté de la presse qui lui gagnèrent les suffrages des homimes éclairés. Cette initiative, qui fut le signal d'un développement des lettres jusque alors inconnu en Danemark, valut au roi cette épître clialem'euse de Voltaire qui commence ainsi :
îlonarque vertueux, qaoiqae né despotique, Crofs-tu régner sur moi de ton golfe Baltique?... .. Libre avec respect, hardi sans être vain. Je me jette à tes pieds au nom du genre humain : !( parle par ma voix, il bénit ta clémence ; [pense, etc. Tu rends ses droits à l'homme, et tu permets qu'on
Cependant quelques-unes des réformes de Struensée furent prématurées; les esprits n'y étaient pas préparés , et elles ne tenaient pas assez compte du caractère national et 'des mœurs du peuple. Par la nouveauté et la hardiesse de plusieurs de ses ordonnances , telles que l'abolition de quelques fêtes, trop nombreuses, la protection consacrée aux enfants trouvés par l'établissement des tours , il heurta les préjugés du peuple , en même temps qu'il s'attira la haine de la noblesse, qu'il méprisait. La presse libre dirigea des atta(|ues malveillantes contre le ministre; et bientôt la réaction de la noblesse et du clergé encouragea la formation d'un parti, dont le but était de perdre le puissant favori. On répandit le bruit d'une liaison intime de Struensée avec la 1 eine Mathilde ; on provoqua quelques émeutes (le soldats et de matelots , pour la répression desquelles Struensée ne mit pas assez d'énergie; eafin la reine douairière Julienne-Marie et son fils, I ie prince héréditaire, frère consanguin du roi, qui î convoitait le trône, se mirent à la tête du parti t réactionnaire, et s'associèrent les comtes d'Osten i et de Rantzau-Ascheberg, jadis le protecteur de j Struensée , le colonel Koeller, le général Eichs- ! tedt , et Ove Guldberg, ancien théologien, puis précepteur et secrétaire des commandements du ' prince héréditaire. Dans la nuit du 16 au 17 jan- ; vier 1772, on arracha au faible roi la signature I d'un ordre : Struensée fut arrêté , ainsi que son ami le comte Enevoldde Braadt, qui avait rem- ■
placé Holck comme maître des plaisirs durci et directeur des spectacles de la cour. Une commission les condamna à mort, et la sentence fut exécutée le 28 avril 1772. Dans la prison un prêtre du parti vainqueur s'occupa de convertir au christianisme Struensée, considéré comme/ une sorte d' Antichrist. On épargna son' frère, qui était employé dans les finances, et qui fut plus tard ministre d'État en Prusse. La malheureuse reine fut entraînée dans la chute du favori ; son divorce ayant été proclamé, elle fut exilée à Celle, en Hanovre, où elle mourut, le 10 mai 1775, âgée de vingt-quatre ans.
Après la chute de Struensée la plupart de ses réformes furent abrogées; la corvée, en partie abolie, fut rétabUe ; la presse dut subir une restriction sévère ; cependant on protégeait les lettres, les intérêts matériels prospérèrent, et le commerce ne fut jamais si florissant que de 1775 à 1784. Le roi, en proie à une sorte d'aliénation mentale, et n'ayant que de rares intervalles lucides, fut éloigné des affaires, et la reine douairière, soutenue par les comtes de Thott, de SchackiRathlau et de Schimmelmann, s'empara des rênes du gouvernement; mais ce fut surtout Guldberg qiù eut la plus grande influence sur l'administration. Le célèbre comte P.-A. de Bemstorff, le jeune, devint ministre des affaires étrangères en 1773, et l'un de ses premiers actes fut de garantir au Danemark la possession du duché de Holstein et de régler définitivement cette question , en donnant à la Russie en échange les comtés d'Oldenbourg et de Delmenliorst, que le grand-duc Paul Pétrowitsch érigea en duché et céda au prince Frédéric-Auguste de la branche cadette de Kiel. La guerre de l'indépendance des États-Unis d'Amérique ayant éclaté, tous les soins de Bernstorff tendirent à garantir le commerce danois, contre les attaques des puissances belligérantes. Le Danemark conclut avec la Russie et la Suède, en 1780, un traité de neutraUté armée pour défendre le principe que le pavillon neutre couvre la marchandise. Cette mesure fit fleurir le commerce du Danemark, surtout dans la Méditerranée et aux Antilles. Bemstorff sut habilement éviter les occasions de guerre; mais sa fermeté, en conservant les bons rapports avec l'Angleterre, rencontra de l'opposition , et, mécontent de la marche du ministère Guldberg, il donna en 1780 sa démission. Guldberg eut le mérite d'être un ministre attaché à son pays ; il protégea la Uttérature et la langue danoises , peu respectées par Stniensée, qui se servait exclusivement de l'allemand ; mais d'autre part il crut nécessaire une espèce de censure , qui pesa sur les gens de lettres. En 1784 il s'opéra tranquillement une révolution de cour, sanctionnée par le roi , à la suite de laquelle lé fils du roi, Frédéric, âgé de dix-sept ans, fut déclaré majeur, et le ministère Guldberg congédié. Bernstorff fut rappelé .. et le prince royal tint avec vigueur
les rênes du gouvernement; sans en porter le titre, il fut prince-régent jusqu'à la mort de son père. L'entente du Danemark avec la Russie lui valut en 1788 une guerre avec la Suède, qui cependant, par l'intervention de l'Angleterre et de la Prusse, fut terminée la même année. Lorsque la révolution française éclata, Bernstorff fut assez heureux pour maintenir pendant plusieurs années la neutralité du Danemark. Des nouvelles réformes marquèrent cette longue paix; les questions d'améliorations sociales furent discutées par des comités spéciaux ; le code criminel fut revu, les monopoles abolis, et le crédit public conservé. Sur l'initiative du prince Frédéric, les paysans , qui depuis longtemps avaient été serfs, furent rendus à la liberté en 1788; les Israélites, privés de tous droits civiques, furent déclarés égaux aux autres citoyens, et le Danemark eut la gloire d'être le premier pays qui abolit la traite des nègres. Cependant les relations extérieures devenaient de plus en plus difficiles, et Bernstorff eut besoin de toute sa fermeté pour conserver la paix et^naintenir la dignité du Danemark surtout vis-à-vis des prétentions et de l'arbitraire du gouvernement anglais. Malheureusement, au milieu de toutes ces difficultés, ce grand homme d'État mourut, en 1797. Ce furent surtout les prétentions de l'Angleterre dans la question du droit de visite qui irritèrent les puissances neutres. Le Danemark céda aux instances de l'empereur de Russie, et fit avec lui, la Suède et la Prusse, un nouveau traité de neutralité. Pour rompre cette alliance, l'Angleterre envoya dans le Sund une grande flotte, sous les ordres des amiraux Parker et Nelson. Le 2 avril 1801 il se livi-a dans la rade de Copenhague une sanglante bataille, où une partie seulement de la flotte danoise embossée en batteries combattit contre une force bien supérieure, avec un tel courage, que l'amiral anglais, après avoir vu échouer quelques-uns de ses vaisseaux dans ces eaux éti'ojtes, envoya à terre un parlementaire. Il fit proposer un armistice, qui ensuite fut négocié pour quatre semaines, pendant lesquelles le Danemark se sépara de la neutraUté armée. A la mort de l'empereur Paul, son successeur, Alexandre, renonça de son côté à la neutralité armée, et la paix fut conclue. Peu d'années après, le Danemark fut entraîné de nouveau dans une guerre dont les conséquences furent longtemps et vivement ressenties par le peuple et le pays. Le gouvernement d'Angleterre , dirigé par Canning et Castlereagh, craignant queleDanemark, cédant à l'influence de la France, ne quittât sa neutralité et ne mît sa flotte à la disposition de l'empereur Napoléon, résolut de s'emparer de cette flotte par un coup de main. Cette déloyauté vis-à-vis d'une puissance amie fut hautement blâmée par le peuple anglais. Le Danemark se croyait en paix avec tout le monde , lorsque inopinément, sans déclaration de guerre, une nombreuse flotte, commandée par l'amiral Gambier, ayant à bord
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une armée considérable , parut en août 1 807 àif- i vant Copenhague. Par une étrange incurie, au- i cune mesure de défense n'avait été prise; la j flotte était désarmée, les troupes et le prince royal à se trouvaient dans les duchés. Le gouvernement t ayant refusé de livrer la flotte , les Anglais dé- î bai-quèrent sans que l'on pût y mettre obstacle, y Une miUce irréguUère, rassemblée à la hâte t sous les ordres des généraux Castenskiold et i Oxholm , fut battue près de Kioege ; la capi- i taie fut assiégée , puis bombardée pendant trois i -jours, du 2 au 5 septembre. Le commandant, le ; vieux Peymann, se crut obligé de capituler, pour t sauver Copenhague, dont déjà plusieurs quar- i tiers étaient en ruines ; les arsenaux furent coia- ^ piétement pillés, et la flotte, composée de 18 vais- ( seaux, de 17 frégates, de 8 briks et de 32 petits,^ bâtiments ,. /fut enlevée par les Anglais. Le Da-il nemark n'étant pas, dans dételles circonstances, | i disposé à accepter l'alliance que l'Angleterre lui ,■ proposa , cette dernière lui déclara la guerre le 4 novembre. Le prince royal , qui fut depuis Frédéric VI, grand admirateur de Napoléon, se lia étroitement avec la France, et au printemps suivant; il déclara la guerre au roi de Suède, Gustave IV, allié des Anglais. La Danemark sévit ainsi engagé à une lutte désespérée , qui , pendant sept ans , épuisa toutes ses ressources, et finit par la perte de la Norvège. Sur ces entrefaites Christian Vn mourut, à Rendsbourg. — Nonobstant les troubles qui agitaient presque toute l'Europe, il se fit vers la fin du règne de ce roi, un mouvement extrêmement remarquable dans les arts, les lettres et les sciences. Dans la poésie, Baggesen briHa comme le dernier et le plus illustre représentant de l'école française. Oehlenschlaeger, le plus grand poète du Nord, ouvi'aitunc ère nouvelle, et portaitla poésie, comme Thorvaldsen la sculpture, à une hauteur jusque alors inconnue dans ces pays. Les peintres Abildgaaini et Juel, le graaveur Clémens eurent une grande réputation ; et l'économie "politique fut mise en honneur par les Colbiôrnsen elles Reventlow; la jurisprudence et les sciences naturelles eurent pour représentants les frères Oersted, les Wahl, les Winslôw, les Callisen, sans compter beaucoup d'autres illustrations, telles que les Suhm, les Baden, les Miintcr, lesNyerup, les Moldenhawer, les Thorlacius, les Weyse (grand musicien), les Grundtvig, etc.
P. L. MÔLLER.
G.-L. Baden, Christ. VII Regierings Aarbogi. Annales du régne de Christ. VU); Copenh., 1833. — J.-K. Hoest. EnUourf einer CeschiclUe der dan. monarchie ztnlcr Christ, rit; Copenh., 1S13-181G. — Le môme, r.raf Struensee und sein ministerium; Copenh., 18S6. — Mémoires de M. de l'alkenskjold ; Paris, 1826. — Sir Robert Murray Keith, Mémoir of the gueen Garolina Mathilda of Denmark ; Lond., 1819.
* CHRISTIAN VIII, roi de Danemark, fils du prince héréditaire Frédéric, né le 18 septembre 178G, mort le 20 janvier 1848. Il succéda à son cousin Frédéric VI en 1839. Doué rie rares qualités et ayant reçu une éducation très-soignée, i! se distingua de bonne heure par son esprit et
Tes connaissances assez variées. Dès l'âge de vingt ans il sut se faire remarquer par son intelligence des sciences et des beaux-arts, par sa grâce naturelle et l'élégance de ses manières. En 1806 il épousa la princesse Charlotte ?rédériqne de Mecklembourg, mère du roi ac- ;,uel. Il prit part alors aux affaires publiques, D'est ainsi qu'il appuya les prétentions des Nori'égiens à des institutions plus libres et indépendantes, notamment à l'établissement d'une uni- ■ersité, à la formation de laquelle il contribua :a 1811. C'était l'époque où la Suède ambitionnait la possession de la Norvège; et la 'lussie, qui de son côté prétendait à la Finlande, îvorisait cette ambition. Le roi de Danemark, ageant bien que dans ces circonstances il auait besoin d'un homme sûr, investi de la conance des Norvégiens , envoya le prince Chris- ,ian en Norvège comme son lieutenant. La Nor- ,ége étant bloquée par les vaisseaux anglais , le irince y était roi en réalité. Il parcourut toutp pays; partout il fut salué avec enthousiasme, iartout il sut gagner les cœurs des Norvégiens; jlus le danger approchait , plus il savait s'en- |)urer de l'amour et du dévouement du peuple, liais des nuages menaçants s'accumulèrent sur k tête : les armées alliées étaient victorieuses p Allemagne , le prince royal de Suède se troulait à la tête des vainqueurs , une affreuse] diptte désolait la Norvège, et le prince eut besoin 8 toute sa fermeté pour ranimer le courage des lalheureux habitants. Enfin , au mois de janlier 1814, le roi de Danemark fut obligé de conarc la paix à Kiel et de céder la Norvège à !' Suède; mais le peuple norvégien ne reconnut joint cette paix ; il déclara vouloir défendre son idépendance et se donner des institutions lires. Le prince se prêta volontiers à ces vœux. , prit le titre de prince-gouverneur, convoqua ;i mois d'avril une assemblée constituante à lidsvold, où fut sanctionnée, le 17 mai, la charte icore en vigueur en Norvège. Au même jour le rince reçut des mains du peuple la couronne e Norvège, et fut proclamé roi constitutionnel e ce pays. Cependant l'orage approchait de plus 1 plus ; Charles-Jean, à la tête de 40,009 homles, s'avança vers les frontières ; sur la fin du lois de juin, des notes menaçantes arrivèrent es cabinets d'Angleterre , de Russie , d'Auriche et de Prusse. Le roi de Danemark déivoua Christian, qui vit l'impossibilité de résis- !r à tant de difficultés réunies, et ne s'en cacha as ; la modération que la Suède mettait dans 3s mesures lui donna l'espoir de faire sortir la orvège d'une manière honorable de cette lutte angereuse. Il se déclara prêt à employer toute on influence pour que l'union de la Norvège et ,e la Suède fût effectuée sans porter atteinte à .indépendance et à la constitution norvégienne. c roi de Suède ayant promis de maintenir les Ijertcs du pays, Christian abdiqua au sein de '. diète extraordinaire la couronne que le peuple
avait placée sur sa tête, et le 2G octobre 1814 il s'embarqua pour ne plus revoir le pays qui lui doit la liberté dont il jouit. Les plus vives sympathies accueillirent le prince à son arrivée en Danemark; mais il se trouva dans une position difficile vis-à-vis du gouvernement , et le roi , pour l'éloigner de la capitale , le nomma gouverneur de la Fionie. Le premier mariage de Christian était dissous depuis quelque temps; il épousa, en 1813, la princesse Caroline-Amélie d'Augustenbourg , qui lui survit encore. Quelques années plus tard il fit avec son épouse un voyage (1819-1822). Partout, en Allemagne, en Italie, en Suisse , en France , en Angleterre, ce beau couple fut reçu avec un empressement dont ses hautes qualités le rendaient digne ; partout le prince savait s'entourer des notabilités politiques, littéraires et artistiques, qu'il enchantait par sa grâce tout en les étonnant par la profondeur de ses connaissances et la pureté de son goût. Après une absence de quatre ans, il revint en Danemark, et s'occupa pendant plusieurs années à bien connaître les dififérentes provinces du pays, leurs besoins et leurs ressources. En 1831, le roi Frédéric VI voulant accorder au pays l'institution des états provinciaux, le prince fut appelé au conseil d'État, et y siégea depuis comme un des conseillers les plus éclairés du roi. Celui-ci mourut à la fin de 1839, et le prince Christian lui succéda. Il fut sacré le 28 juin 1840. Son avènement fut salué comme une nouvelle ère pour le Danemark ; les amis de la liberté , voyant en lui le fondateur de la liberté de la Norvège, portèrent ouvertement leurs vœux au pied du trône ; le roi leur répondit, avec une égale franchise, qu'il ne croyait pas encore le moment venu, que le pays avait besoin d'une loi communale plus libre et'de beaucoup d'améliorations dans l'administration avant de pouvoir jouir complètement d'une liberté constitutionnelle. En effet tous les efforts du roi tendaient à réaliser ces réformes, et les résultats en furent la publicité des finances, l'établissement de lois"communaIes , la,i'éorganisation de l'armée et des corps administratifs. Néanmoins l'opinion publique n'en fut pas satisfaite ; on avait voulu la liberté constitutioimelle , et les travaux préparatoires étaient trop longs pour l'impatience d'une presse agitée. Les esprits en Danemark, I jusqu'à la révolution de juillet 1830, essentiellement préoccupés du progrès des arts, de l'industrie, des lettres et des sciences, furent de plusi'en plus entraînés vers la politique. L'opposition prit en même temps un caractère ultra national, pour contre balancer l'influence de l'esprit séparatiste dans les duchés , où le parti allemand, convoitant la domination de l'élément danois dans le Slesvig, prit des allures offensives. On excita des troubles, qui éclatèrent d'une manière menaçante dans les séances des états provinciaux. Le roi, se confiant trop à la loyauté du prince d'Augustenbourg , son beau-