CHRISTIAN VIII — CHRISTIAN
frère, le nomma lieutenant du roi dans les j duchés. Cette nomination y fut le prélude d'une insurrection qui vint s'associer au mouvement général en 1848; autour du prince et de son frère le duc d'Augustenbourg se groupèrent tous ceux qui voulaient enlever au Danemark les duchés et les réunir à l'Allemagne. Appuyé surtout par le gouvernement de Louis- Piiilippe, avec qui il était dans les meilleurs termes, Christian VIII avait pubhé en 1846 des lettres patentes où il déclarait l'inséparabilité du Slesvig d'avec la couronne de Danemark, et exprimait l'espoir, par le concours des grandes puissances, d'y annexer également pour toute éventualité le duché de Holstein. Cet acte eut un grand retentissement dans l'Allemagne, dont les princes n'étaient pas fâchés de voir s'ouvrir ainsi une soupape au mouvement des idées populaires , déjà inquiétantes. Toute la presse allemande engagea à cette occasion une polémique violente contre le roi, la nation et le gouvernement de Danemark. Le reste du règne, trop court, de Christian VHI fut une suite non interrompue de tentatives du parti insurrectionnel des duchés pour se séparer du Danemark ; mais la levée de boucliers n'eut lieu que quelques semaines après la mort du roi. Christian légua à son fils, Frédéric VII, la gloire de donner au Danemark les institutions libres que lui-même avait sagement préparées , de concert avec ses ministres A. -S. Oersted, A.-V. et Charl. Moltke, et dont on trouva après sa mort le projet tout élaboré. Christian vni, également initié aux lettres et aux sciences, a publié : Taie ved det norske universitets Stiftelse (Discours à la fondation de l'université norvégienne), 11 décembre 1811 ; — Osservazioni sulla lava del Vesuvio del 26 gennajo 1820; memoria di S. A. Reale il principe Christiano Federico di Danimarco, socio onorario delV Academia délie scienze di Napoli; Nap., 1820, in-4'' (extr. de la Bibl. univers, des sciences, belles-lettres et arts, tome XVm, 182 1 ) ; — Om Oldtidsminder og nogle Oldsager fundne paa Bornholm (des Monuments d'antiquité et de quelques antiques trouvés à l'île de Bornholm ) ; Antiq. Annal., t. IV, 1827.
,Abraha.ms (de Copenhague).
Arild Hvltfeldt, Danmarks RUjes Krônike ,- Copenh., 1593-1604, 10 vol. in-4° ; infol., 1652. — J.-J. PorUaiii, Rer. Danie. historia; Hami., Ifiîl. — J. Uemsii Mistoria Danica ( sl\cc aniKitat. de Grain.) ; Florentiae, 1746. — Holbcrg, Danmurhs Rïges Historié; Copenh., 1732-1735. — J.-H. Schlefrel, Ccscliichte der Kôiiige v. Danemark aus dem Olflenburciischen Stamm-e; Copenh., 1769-1771.— Gebhardl, Geschichte d- Konigr. Danemark u. Norwegens, Halle, 1770. — P.-H. Maliet, /fût. de Danemark; Copcnli., 175S-1777. — G.-L. Baden, Danmarks Riges Historié; Copenh., 1829-1832. — P.-.A.. Munch, Norges, Svcrrigs og Danmarks Historié; Christiania, 1838. — Bahlmann, Geschichte v. Danemark ; Hamb., 1840-1843. —Allen, Haandbog i Fœdrelandels Historié ; Coçenh., 1849. — H.-C. de KtcAiz, Répertoire des traités concluspar la cour de Danemark, depuis Canut le Grand jtisqu'à 1800 ; Gœttingue, 1826.
CHRISTIAN, prélat allemand, né dans la première partie du douzième siècle , mort en
1183. Quoiqu'il occupât, comme archevêque d Mayence, ime place éminente dans l'Église, il es surtout connu par ses expéditions militaires. Ei 1 1 66, Frédéric Barbe Rousse I'='','3ongeant à enva liir l'ItaUe, envoya devant lui les archevêques d Cologne et de Mayence, et les suivit, en noven^ bre, avec une nombreuse armée. Les Pisans dor nèrent 13,000 hvres à Christian, qui les investi au nom de l'empereur, de l'île de Sardaigni malgré les réclamations des Génois. L'empereu reconnut d'abord tout ce qu'avait fait l'archevêqui et celui-ci se dirigea sur Rome par Lucques. Av( moins de mille Allemands il battit ime armée co! sidérable de Romains, à Tusculum, le 30 mai 116 s'empara de Civita-Vecchia , et fit entrer dar Rome l'anti-pape Paschal. Frédéric vint s'y faii sacrer avec son épouse le 1'^'' août 1167 ; ma des fièvres pestilentielles le forcèrent bientôt se retirer dans la Lombardie avec une gram partie de son armée , et Christian resta char; de maintenir la Toscane et la Romagne dans 1' béissance. U chercha d'abord à rétablir la pa entre Gênes et Pise. Cette dernière ville, aya refusé d'accéder aux demandes de l'archevêqu fut mise au ban de l'Empire , et déclarée déchi de tous ses privilèges. Au printemps de 117 Christian vint mettre le siège par terre deva Ancône,qui s'était entièrement jetée dans lesbr des Grecs. Les Vénitiens, de leui cùté,bloquère la place par mer. Après un des sièges les pi mémorables du douzième siècle , la place fut à livrée dans l'automne de 1174 par les habitani de Ferrare et les gens de la comtesse Ber noro. Les assiégés avaient été réduits à se nou' rir de rats, de souris et de cuir bouilli. 1 1^" août 1177 la paix entre le pape et l'er pereur fut 'définitivement réglée, à Venise; m; il resta en Toscane un parti ultra-impérial, > plutôt gibehn, qui ^ refusa d'accepter ce traili La capitale du parti était Viterbe; le ch«i Conrad , fils du marquis de Montferrat. Chrji tian essaya de soumettre Conrad , tomba eni ses mains, et languit dans les prisons d'Aqu| pendente jusqu'en 1181, époque à laquelle se racheta moyennant une forterançon. Presq aussitôt après sa mise en liberté, il vint au s cours du pape Luce DI, successeur d'AIexa dre m, et qui, de même que son prédécu seur, avait fixé sa résidence àTusculum. Christil battit les Romains en plusieurs rencontres ; ma| il mourut .pendant la durée de la guerre. Voici portrait qu'un historien moderne trace de belliqueux prélat : « Ce Christian était un fol gueux et joyeux seigneur, qui dépensait plus poi ses femmes et ses chevaux que l'empereur po: toute sa maison. Son armée se composait prêtres et de femmes, qui montaient à l'assadli l'envi les uns des autres ; du reste, c'était un ju] intègre , qui au besoin brisait lui-même la mi choire aux gens qu'il trouvait en faute , et un y leureux chevalier, que l'on apercevait partout < il y avait du danger, couvert de sonjusta
CHRISTIAN — CHRISTIAJNI
DS violet et de son casque d'or , et tenant à in sa massue de guerre, dont il assommait emi. »
. Kurtuius, Kaiser Frédéric I mit seinen Freunden '. Feinden.—Raumer, Cesçhichte der Hohenstauffen. leo et Botta, Histoire de l'Italie.
JCHBISTIAN {André), médecin danois, né l55t, à Ripen, dans le Jutland, mort à Sora, en Ig. Après avoir été reçu docteur en médecine à'âle, il se rendit à Copenhague, où il enseigna 1- lédecine pendant dix-sept ans. Il abandonna sa f ire pour aller à Sorà , présider le collège de la E lesse établi dans cette petite ville. Christian riplissait cette charge depuis cinq ans, lorscil mourut, d'une fluxion de poitrine. On a de 1 : Enchiridion medicum de cognoscendis candisque externis et internis humani i paris morbis ; Bk\e, 1535 et 1607, in-8°: et un extrait de ce qu'il y a de mieux dans I ouvrages de Victor Trincavelli; — de Comate se cataphora ; accessit questio sitnepestis nbus contagiosus ? Bàle, 1583, in-4'' ; — Dis- 'i'tatio de sanitate; Copenhague, 1590, in-4°. ', icgraphie médicale. — Eloy, Dictionnaire liistor,:ie de la médecine.
:hristiai«-reisen (Charles). Fo^.Reisen.
CHRISTIAN (^(?02«arrf), jurisconsulte anlis, né dans la seconde moitié du dix-huitième 5:1e, mort le 29 mars 1823. Élevé au collège J nt-John à Cambridge, il devint chef de justice ( l'ile d'Ely et professeur de droit anglais à l'uni- ^ site de Cambridge. On a de lui : Examinaiti of précédents, etc.; whereby it appears \i( an impeachment is determined by a {Solution of parliament ; 1790, in-8°; — a ssertation respecting the rules of évidence ■ ''ore the house of lords; 1792, in-8°; — Une jvelle édition des Blaclistone's Commentas , avec de nombreuses notes ; 1795, 4 vol. 8" ; — Recueil de leçons ( Syllabus oj Lecres ) , faites à Cainbridge; 1797, in-8°; — count of the origin of the two houses parliament , with a staiement of the tvileges of the house of commons; 1810, 8°; — aTreatise on thebankrupt laws; n, 2 vol. in-S"; — Treatise on the game ws; 1816, in-S";— Plan for a contry proient bank; 1816, in-S".
4nnual Register.
CHRISTIAN ( T/îomas ), médecin allemand,
!e 17 décembre 1735, à Schalkendorf, dans la
;ute Ukraine, mort à Vienne, en Autriche, le
niai 1800. Après avoir étudié la théologie à
;aetz et la jurisprudence h Vienne, il se décida,
1 s l'âge de trente-trois ans, à entrer dans la
riière médicale. Reçu docteur en 1771, il
t nommé l'année suivante directeur du ser
ce Tiiédical de l'hôpital de Raab. Comme le
iiiat de cette ville ne convenait pas à sa santé,
r vint à Vienne, en 1775, et partagea le reste
3 jours entre la pratique de son art et l'édu-
n de ses enfants. On a de lui : Bissertatio
herimo-medica , historiam acïdi sistens;
Vienne, 1771, in-8°; — Observationum medicarum vohcmenprimum; Vienne, 1771, in-8°; Beytreage mr Geschichte und Behandlung der natuerlichen Pocken , nach der Vernunft und~Erfahrung ; Vienne, 1781, 2 vol. in-8°; — Kurze Geschichte und pat hologischeSchilderung der neuen Epidémie; Vienne, 1782, m-8° ■,—Nsehere Beleuchtung der netien Epidémie und ihrer Folgen; Vienne, 1782, in-8°;
— Fortsetzung der nxheren Beleuchtung der neuen Epidémie und ihrer Folgen im Sommer; Vienne, 1782,in-8° ; —'Physikalischpolitisch Tagebuch ueber die merkwuerdigen Umstaende und Folgen des Eisstoffes , und des durch ihn verursachten Veberschwemmungen im Jahr 1784; Vienne, 1784, in-8° ; — Ueber das Verhalten in Absicht auf die Gesundheit der Truppenin denfLachen,besonders sûdlichen Gegenden in Hungarn; Vienne, 1788, in-8°,
Bioriraphie médicale.
* CHRISTIAN (Wolfgang), médecin suisse, né à Berne , vivait au commencement du dixhuitième, siècle. Après avoir étudié la médecine à Baie , il revint exercer sa profession dans sa ville natale. On a de lui : Bissertatio de natura humana in dispositionibus hereditariis; Bàle, 1701, in-4°; — Bissertatio deprincipio vitali ejusque cura in déclinante senectute; Baie, 1702, in-4'' ; — Thésaurus Ludovicianus, sive compendium materise medicx selectum ex B. Ludovici pharmacia moderno sœculo applicandum; Bâle, 1707, in-12; Nuremberg et Altdorf, 1720, in-12; — Ein ladungsbrief zu Erforschung aller, insonderheit aber der national Krankheiten des Schweitzerlands ; sans date ni lieu d'impression, in-4"; — Umstândlicher Berichtvon dem hînter Weissenburg Berner Gebiets gelegenen heilsamen Trimk-und Badewasser; Berne, 1725, in-4°.
Biographie médicale.
CHRISTIANI (Guillaume- Ernest), historien allemand, né le 23 avril 1731, à Kiel, mort le !<='' septembre 1793. Il professa la philosophie, l'éloquence et l'histoire dans sa ville natale. Il écrivit dans les journaux de Berlin et de léna. On a de lui : Geschichte der Herzogthûmer Schlesivig und Holstein, en 4 parties ; Leipzig, 1775-1779, in-8° (Histoire des duchés de Schleswig et de Holstein) ; — Geschichte dieser Herzogthûmer unterdem Oldenburgischen Hanse (Histoire des mêmes duchés sous la maison d'Oldenbourg), 2 parties; Hambourg, 1781, et Kiel, 1797, avec une notice sur la vie de l'auteur par Heinze. La mort ne permit pas à Christiani de pousser cette œuvre estimable au delà de 1588; elle a été -continuée jusqu'en 1694 par Hegewisch ; Kiel, 1801 ; — les tomes XI et XII de la traduction allemande des Éléments d'histoire générale deMillot, par sonbeau-pèi'e , J.-B. Mielck, et dont il avait annoté les premiers volumes.
Ersch et Gruber, AUg. Hncyclop.
CHRISTIE (Guillaume), pédagogue anglais, né'à Montrose, en 1710, mort dans la même ville, en 1744. Professeur de grammaire à Montrose, il publia quelques ouvrages scolaires estimés. Rose, ]Vew biographical dictionary.
CHRISTIE (JaTTies), antiquaire anglais, né dans la seconde moitié du dix-huitième ■ siècle, mort en 1831. On a de lui : î;ssay on the ancient greek garnie supposed to hâve been invented by Palamedes, antécédent to the siège ofTroy; 1802. Christie cherche à prouver que le jeu de Palamède (les échecs ) était connu des Chinois avant le siège de Troie, et que des Chinois il passa successivement aux Indiens, aux Perses et aux Européens ; — a Disquisition upon etruscan vases ; 1806. Cette dissertation sur les vases étrusques fut faite en collaboration avec Charles Tourneley , dont la précieuse collection de vases et de marbres est aujourd'hui conservée au British Muséum. Christie publia encore l'excellent Catalogue des vases de M. Hope; enfin, un ouvrage sur l'idolâtrie intitulé : Essay on the earliest species ofidolatry, the worship of the éléments.
Rose, New biographical dictionary.
CHRISTIE (Thomas) , littérateur anglais, né à Montrose, en Ecosse , au mois d'octobre 1761, mort à Surinam, en 1790. Il vint à Londres avec l'intention d'étudier la médecine, et entra audispensairc de Westminster. Mais D ne se i-enferma piis longtemps dans une science spéciale, et, donnant carrière à son esprit encyclopédique , il commençalapublication d&VAnalytical revieiv. Il visita la France vers 1789. Très-bien accueilli par les principaux chefs du parti l'évolutionnaire, il réfuta à son retour les violentes invectives de Burke contre l'Assemblée nationale et les Jacobins. Des affaires commerciales l'appelèrent à Surinam, où il mourut. On a de lui : Miscellanies philosophical, médical and moral; 1789, in-8". Ces Mélanges contiennent les ouvrages suivants : Obsei-vaiions sur les premiers écrivains chrétiens : l'auteur prouve, contre Gibbon et Voltaire, queles Pères de l'Église n'étaient point ennemis de la iphilosophie et des sciences humaines; — Réflexions sur le caractère de Pamphilede Césarée; — Idées sur l'état et l'éducation du peuple;— Pensées sur l'origine des connaissances humaines et sur l'antiquité du monde; — Remarques sur l'ouvrage du professeur Meiner intitulé: Histoire des opinions des anciens touchant la Divinité; — Analyse de l'ouvrage du docteur Ellis sur l'origine des connaissances sacrées.
Rose, Pfetv biogr. dict.'
*CHRiSTiiv (Bernardin), médecin, né *à Juvellina, dans l'île de Corse, vivait au seizième siècle. Après avoir étudié la médecine à Montpellier, sous Lazare Rivière, il se fit cordelier. Malgré l'habit religieux, il continua d'exercer publiquement la médecine empirique. Il publia un grand nombre de recettes médicales, comme
étant l'extrait des leçons de son maître. Elles
trouvent à la suite de la plupart des éditions.
Rivière, dont l'ouvrage parut d'abord sous letil
suivant : Arcana Lazarii Riverii nusquam
lucem édita, cuni institutionibus medicis ,
regulis et consultationibus , quibus access
runt centurise quinque curatiomim morb
rum, Iractatus de lue seu morbo venereo,i
febri pestilenti; cum brevi Romas conta^,
narratione, et astrologicus ad medicinu
pertinens; Venise, 1676, in-4''.
KIoy, Dict. historique de la médecine. — IfiograpI médicale.
CKRiSTiN ( Charles-Gabriel- Frédéric), j risconsulte français , né à Saint-Claude, le 9 m 1744, mort dans la même ville, en 1799. Il lia avec Voltaire à l'occasion du procès inten au chapitre de Saint-Claude par les mainmo taHes de cette ville. Nommé député aux éta généraux et plus tard président du tribunal i son district, il périt, avec de nombreux doci ments qu'il avait rassemblés sur l'histoire de Franche-Comté, dans l'incendie qui consum Saint-Claude au mois de juin 1799. On a de lu Dissertation sur l'établissement de Vabbav de Saint-Claude, ses chroniques, ses légè; des, ses chartes , ses usurpations, et sur l droits des habitants de cette terre ; Neufch tel, 1772, in-8°; - Collection des mémoir, présentés au conseil du roi par les habitan,. du mont Jura et le chapitre de Saint-Claud' avec V arrêt rendu par ce tribunal; Mo 1772, in-8°; — Lettre du P. Polycarpe à l\ vocat général Seguier, sur le livre des incor vénients des droits féodaux. Ces trois ouvrag(, ont été souvent attribués à Voltaire.
Quérard, la France littéraire.
CHRISTINE DE PiSAN, femme auteur frai çaise, d'origine italienne, née à Venise, vers 136i morte vers 1431. Elle avait cinq ans lorsqu'eU vint, en 1368, à Paris, où Thomas de Pisan, so père, conseiller de la république vénitienne, l'ava précédée pour y prendre le titre d'astrologue d Charles V. Elle fut élevée à la cour de ce prince et reçut, par les soins d'un père éclairé, toute Tins truction que comportait cette époque reculée, i quinze ans elleépousa un gentilhomme picard, di nom d'Etienne Du Castel, qui fut notaire et secré' taire du roi. La moiide Charles V fitdéchoir Tho mas de Pisan du crédit dont il jouissait; il per dit une partie du traitement qu'on lui faisait, e il mourut de chagrin autant que par suite de ses. infirmités. La perte de Thomas de Pisan fu< bientôt suivie de celle de Du Castel, et Christini se trouva ainsi privée de ses plus chers appuis. Elle était âgée alors de vingt-cinq ans, et avaii trois enfants. Après avoir subi les ennuis de plu-* sieurs procès , elle ne songea plus qu'à se créei des ressources par la composition de plusieurs ouvrages. Ainsi put-elle dire d'elle-même que , « nourrie en délices et mignottements , elle par-^ vint à sauver son désolé mainage et à conduire
loef démourée en mer orageuse sans patron ». j 1399 à 1405 elle composa, comme elle le rante encore dans sa Vision de Christine, tuinze ouvrages principaux, sans compter les tTes particuliers petits dictiez , lesquels tous esemble contiennent soixante-dix cahiers de ^nt volume ». Les premiers de ces écrits fufit les Dictiez, consistant en poésies diverses, tles que ballades , lais , virelais et rondeaux. le s'acquit ainsi un juste renom et des protectrs. Venu en France à l'occasion du mariage du r Richard II, le comte de Salisbury apprécia (ristine, dont il emmena le fils pour le faire éver comme le sien. Après la déchéance de Ridrd et le supplice de Salisbury, Henri de lîcastre, qui s'empara du trône, lut un recueil t*. poésies de Cliristine que Salisbury avait ap- \lé eu Angleterre, et voulut attirer à sa cour iiteur. Elle refusa. Le duc de Milan, Galéas "\ conli, ne fut pas plus heureux dans sa tentat; de s'attacher cette femme remarquable. li préféra le séjour de la France, où cependant t' n'était pas heureuse, mais où elle devint s vont l'objet de témoignages d'estime de la ] t des princes. C'est ainsi que Pliilippe, duc de 1 irgogne , se chargea du fils aiué . de Christ .' , revenu d'Angleterre ; et c'est à la soUicit on de ce prince qu'elle écrivit le Livre des }ts et bonnes mœurs du sage roy Charles. I: fat aussi l'objet de la munificence de Char- 1 VI, qui , en 1411 , lui fit remettre 200 livres. Ij dédia quelques autres écrits, tantôt aux i s lié ijerry et de Bourgogne (1), tantôt à la ne Isabeau elle-même. Cependant, chargée de snenir aux besoins d'une mère âgée, d'un fils n placé (2) et de parents indigents, elle vécut psque toujours dans un état de gêne, qui était ( reste 1 e sort de presque tous les Français d'alors, couvés par des guerres civiles et des calamités Sis nombre, que l'histoire a enregistrées. Chrislene se mêla aux questions du temps que pour pclier la concorde; et souvent on rencontre I is ses écrits des pensées judicieuses. Malheureui rient elles sont souvent obscurcies par la diffu- : n et par l'état d'imperfection où se trouvait en- < e la langue. Le portrait de Christine se trouve en le 'lu manuscritdela Bibliothèque impériale (3). e avait de beaux traits et de la distinction.
1) Il résulte d'extraits manuscrits des registres de la Mnibrc des comptes qu'elle reçut du duc de Bourgogne '! première fois, le 20 février 1405, cent écus pour les les dentelle lui avait fait liomraage et pour marier, 'il dit « une sienne povre nièce ■ , et 50 francs une aui; fois.
î) Jean Castel ou Du Castel, fils de Christine de Pisan, '.'int à son tour un poCte distingué : c'est l'éloge que ■ rlin Franc fait de lui en 1440, dans son Champion des '•nés. On l'a confondu à tort avec un autre lean Castel ' Ou Castel, chroniqueur de Louis XI. Ce dernier,;touois, pourrait être non pas le fils, mais le petit-fils de risllue. (Voy. Bibliothèque de l'École des Charles, série . tome II, 1840-1841, p. 461 et suiv.) (V.)
3) N<= 7401, folio 2. n en existe un autre, plus intcres- !it et plus beau, dans le manuscrit Harleyen 6431 du ilish-Museum, à Londres, qui rontient aussi des œu-
Des critiques graves, tels que Gabriel Naudé, estimaient les œuvres de Christine de Pisan. Naudé s'était même proposé de publier les oeuvres inédites de cet écrivain du quinzième siècle. Christine a laissé de nombreux ouvrages en vers et en prose. On distingue parmi les premiers le TomdnA'Othéa et d'Hector ( manuscrit n" 7223 et 7399, Bibl. impér. ), dont le préambule dit suffisamment le sujet : « Cy commence l'épistre que Othéa, déesse de prudence, envoya à Hector de Troie, quand-il estoit en l'aage de quinze ans. » Cet ouvrage, dit M. Raymond Thomassy, paraît avoir été destiné par elle à l'instruction dujeune Louis d'Orléans. Dédié, à ce qu'il paraît, au duc de Berry , il fut estimé 50 sols tournois lors del'inventaire des papiers du duc, mort insolvable. L'abbé SaUier l'a analysé (Mém. de l'Acad. des insc, X\TI ). Les autres poésies Christine sont : le Débat de deux amants , lesquels, parlant d'amour, discutent sur la question de savoir : « Si honneur en vient me honte, et si c'est maladie ou grant santé (l'abbé Sallier, ibid. ) ; — Epistre audieu d'amour (manuscrit n" 7217); — le Livre des trois jugements ; ibid. ; — le Livre du jugement de Poissy ; — les Lais et Dittiez, morceaux de poésie légère, en plusieurs recueils. L'un d'eux est décrit en ces termes, à l'inventaire du duc de Berry : « Un livre compilé de plusieui's ballades et datiez, fait et composé par damoiselle Christine , escript de lettre de court , bien historié ; lequel hvre monseigneur a acheté de la dite damoiselle deux cens escus. Prisé 40 livres parisis »; — le Chemin de longue estude, écrit au mois de mars 1402 (manuscrit n° 7217) traduit en prose par Jehan Chaperon; Paris, 1549, in-16; il est également mentionné dans l'inventaire de l'oncle de Charles VI, où il est estimé 4 liv. parisis ; — le DU de la Pastoure; mai 1403 (manuscrit 7216, fol. 48). C'est un poëme qui ne manque pas de grâce. Christine y décrit ses occupations des champs et ses ébats avec ses compagnes, dont elle disait :
PJ'il n'y avait si povreté Qui ne fust riche d'amis ;
— les Dits moraux, ou les enseignements que Christine donne à son fils (manusc. 7223 et 7641); — le Livre de mutation de fortune; mars 1404 (manusc. 7087 et 7087-2). Cet ouvrage est désigné et prisé comme il suit dans l'inventaire déjàcité : ^Wn Livre de la mutation de fortune, escript en françois, rymé, de lettre de court, compilé par ime damoiselle appelée Christine de Pizan, historié en aucims lieux, lequel hvre la dite damoiselle donna à Monseigneur au mois de mars 1403 ; prisé 8 livres parisis » ;
— le Poëme de la Piicelle, 1419, publié pour la première fois par M. Jubinal et inséré dans le Procès de la Pucelle , ^&t M. Qnicherat. Ce
vres de Christine de Pisan. Ce portrait a été gravé et colorié dans le recueil élégant de Shaw, Dresses and decorations of the middle-age ;l,oïidon, 1843, ln-4''. f^oyez aussi Magasin pittoresque, 1839 .page 3îl. (V.)
poëme respire des sentiments d'honneur, de patriotisme. C'est ainsi que le poëte s'écrie : Chose est bien digne de mémoire Que Dieu par une vierge tendre Alt adès voulu, chose est voire (vraie). Sur France si grant grâce estendre;
Et plus loin :
Si rabaissez, Anglois, vos cornes ; '
Car jamais n'aurez beau gibier.
En France ne menez vos sornes (sornettes);
Matez estes en l'eschiquier.
Ses principaux ouvrages en prose sont le Livre des faits et bonnes mœurs de Charles V, « accompli, dit-elle, le l^' novembre 1404; et est parti le dit livre en trois parties » (manuscrit n° 9668), publié et annoté par l'abbé Lebeuf, dans ses Dissertations sur l histoire de Paris et dans les collections de Petitot et de Michaud. Ce livre, porté dans l'inventaire du duc de Berry, ne fut, chose curieuse , estimé que 20 sols parisis; — la Vision de Christine, composé vers 1405 ( manuscrit n° 7394 ). La première partie du livre ti-aite de V Image du monde; la deuxième, de l'Opinion, et la troisième est consacrée aux Consolations de la philosophie. Christine donne dans cet ouvrage des détails sur ce qui la concerne ainsi que sa famille ; — le Livre de la paix, que l'on peut considérer comme le complément du LîV7-e des faits et bonnes mœurs du sage roy Charles V, et qui est dédié au prince de Guienne (manusc. de la Bibl. impér. n" 7398-22);— ?e Trésor de la cité des dames, ou livre des trois vertus pour l'enseignement des princesses, écrit vers 1406 et imprimé à Paris, chez Vérard, 1497, et chezPh. Le Noir, 1503. D'abord séparés, les deux ouvrages se sont ensuite complétés l'un l'auti'e. L'indication de quelques titres de chapitres fera connaître l'esprit du livre ; « De la manière comment il appartient que les dames ou damoiselles qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent en fait de mariage. » « Item, devise de celles qui sont outrageuses en leurs habillements. » L'auteur s'élève ici , comme son contemporain Clémengis, contre un luxe devenu extravagant, témoin ces hautes coiffures qui parfois empêchaient les dames de la cour de passer sous des portes trop basses. <c Item, parle contre l'orgueil d'aucunes. » «Item, devise des maintiens qui appartiennent aux dames ». Du reste, Christine s'adresse aux femmes de toutes les classes, même « à celles de folle vie » ; — le Livre des faits d'armes et de chevalerie, traduit en anglais et imprimé par ordre du roi Henri Vil, en 1489; — le Corps de policie, lequel parle de vertus et de mœurs, et est divisé en trois parties. « La première s'adresse aux princes ; la seconde, aux chevaliers et nobles; et la tierce, à l'université de tout le peuple « (manusc. n'' 7409); — Épistres sur le Roman de la rose ( manuscrit n" 7217). Elles ont pour objet la critique de cet ouvrage de Jean de Meung, que Christine, soutenue cette fois par Gerson , regarde comme un Uvre dangereux ; — Lettre à la reine Isa-
belle de Bavière; 1405 (manusc. n° 7073-2, f 53). Christine y adjure cette princesse de ré blir la paix ; on y remarque ce passage touchai « Hélas ! doncques qui seroit si dure mère ( peust souffrir, si elle n'avoit le cuer de pien veoir ses enfants entre-occire et espandre le sa l'un à l'autre et leurs povres membres desti-u et disperser; et puis, qu'il venist par de co estranges ennemis , qui du tout les persecut sent et saisissent leurs héritages ; « — Lavu talions sur les maux de la guerre ; 23 a( 1410 (manusc. n° 623, Saint- Victor, T 13).
Une édition complète des œuvres de Christ de Pisan serait un service à rendre aux lett et à l'histoire. V. Rosenwald.
Gabriel Naudé, OEuvres. — Prosper Marchand, L hist. — La Croix du Maine, Bibliothèque française J. Boivin, fie de Christine de Pisan ( Mém. de l'Ai des inscr. et belles-lettres. — T. Guichard, Journal savants de Normandie, 1814 , p. 371. — Mongin, t nouv. — Desalle-Régis, Bévue du dix-neuvième siè 28 août 1839. — Gauthier, Notice sur Christine de San, dans les sectes de l'Académie de Bordeaux ; l
— Raimond Tliomassy, Essai sur les écrits polit. Christine de Pisan. — Quicherat, Procès de la Pucc
— Le Laboureur, Hist.' de Charles yi.
caïiiSTïNE de France , duchesse régc de Savoie, fille de Henri IV et de Marie de Mi cis, née le 10 février 1606, morte à Turin, le décembre 1663. Le 11 févi-ier 1619 elle époi Victor-AmédéeP"", ducde Savoie; ce mariage a' été négocié du vivant du roi Henri IV, par Clai Bullion, son agent. Avant de mourir (1627), ■\ tor-Amédée déféra à Christine la régence et la telledeFrançois-Hyacinthe, son fils aîné, et de autres enfants. Et dès ce moment commencèi entre les prétentions et les ambitions diverses agitations et les tourments qui remplirent la ^^l cette princesse, que les historiens ont tantôt \ exaltée , tantôt trop sévèrement jugée. Sa c duite privée mérita souvent des reproches, e Christine montra parfois de l'habileté et d fermeté. « Elle avait, dit M. Sismondi , deux et quatre filles ; mais le public ne voulait croire que ces enfants appartinssent à son m; l'amant en titre était alors un comte Phili d'Aglié. « L'ambassadeur de France , Émery, manda au maréchal de Créqui de profiter trouble causé par la mort du duc de Sa^ pour faire entrer la nuit même des troupes fi çaises à Verceil-et à Turin, demanière à s'emp; de ces deux forteresses et retenir en quel sorte captifs la duchesse et ses deux fils. Ci une trahison ; et Créqui témoigna d'abord q que répugnance ; mais la crainte de la colère Richelieu, dont le menaçait Émery, l'empç La duchesse, avertie par une femme de : vice qui avait entendu le complot, prit sesj cautions ; etlorsque les troupes françaises se ) sentèrent le matin du jour suivant aux po des deux forteresses, elles le« trouvèrent mées et les postes doublés. La régente eu' même temps à prévenir les menées de ses d beaux-frères , le cardinal Maurice et le pri
:hoinas; elle y réussit d'abord. Au cardinal, qni vait quitté Rome pour se rendre à Turiu à la ouvelle de la mort de son frère, la duchesse fit ire que l'ambassadeur de France avait déclaré u'il ne souffrirait jamais sa présence en Piémont; ■t sous prétexte de le protéger, elle le fit reconduire par des gardes jusqu'en dehors des fron- (èrcs. Quant au prince Thomas, elle lui tint un angage plus direct, et lui fit savoir que les engatements qu'elle avait contractés envers la France ie lui permettaient pas de le laisser entrer en iémont. Après ce qui s'était passé, l'attachement le la duchesse pour l'alliance française devait tre ébrardé ; mais l'ambassadeur français eut xours "à l'intimidation : il alarma la princesse ;jur Philippe d'Aglié, que les deux beaux-frères laitraiteraient sans doute s'ils revenaient. Elle ^lasentit donc, le 3 juin 1638, à renouveler son ; iliance avec la France et à exiler son confesseur iiP. Monod, qui, d'abord dévoué à Richelieu, ' sollicitait et la maintenait dans le sens d'une poitique toute savoyarde. Cependant, Verceil fut 'is le 5 juillet par les Espagnols, et d'autre irt la duchesse éprouva un malheur doestique. Son fils, François-Hyacinthe, au nom jquel elle gouvernait, mourut, le 4 octobre 3S , à l'âge de dix ans. Elle fit proclamer son
itro fils, Charles-Emmanuel H, qui n'avait que latie ans, et la moitié de ses sujets pensèrent ic la régence avait cessé avec la mort de Franis - Hyacinche. Cependant, elle la conserva, fllgrc les réclamations de ses beaux irères et le 'cret de l'empereur Ferdinand in, qui en inves- ;sait le cardinal Maurice jusqu'à la majorité Ciiarles-Eiiunamiel. Christine ne se refusait jurtant pas à accorder à ses beaux-frères quelle part à l'autorité ; inais Richelieu ne voulait âme pas qu'il leur fût permis de rentrer en vcie. Tout en protestant de son affection, dans s lettres à la duchesse, le cardinal Maurice irdissait une conspiration pour s'emparer des ktad elles de Carmagnole et de Turin. On proliettait au cardinal de lui livrer la duchesse et s enfants. Le complot fut découvert, l'avantille de son exécution, le 15 novembre 1638. iiistine fit entrer dans la citadelle un régiment Ançais ; les conspirateurs furent arrêtés, et quelles-r.ns livrés ausupphce. Quant à Maurice, il passa la frontière sur l'invitation que lui en Christine. Une fois en lieu de sûreté, il signa, isi que Thomas, avec le marquis de Leganez, uverneur du Milanais, pour le roi d'Espagne, 1 traité aux termes duquel ce dernier devait laquer la duchesse et investir de la régence le rdiiial Maurice. D'autre part, Richelieu pré- ;nait Christine que Maurice recourrait contre le à des moyens plus odieux encore, et qu'elle it à veiller sur ce qu'elle et son fils mangeraient ; sure qu'il était, disait-il, que le prélat s'était .•ocuré à Gênes les poisons les plus subtils. 5ut en donnant à Christine ces avis prétendus euveillants , Richelieu fit enlever Monod , con-
fesseur de la princesse, qui avait sur elle une grande influence. Attaquée par ses deux beauxfrères , assaillie par les Espagnols , menacée en même temps par la guerre civile et la guerre étrangère , elle sollicita des secours auprès du roi de France. Le plus redoutable de ses deux beaux-frères , le prince Thomas, envahit le Piémont à la tête d'une armée espagnole, et s'empara de plusieurs places importantes. En vain la duchesse , que Richeheu invitait à ouvrir aux Français certaines villes, fit-elle, pour éviter cette extrémité, des avances aux princes qui lui faisaient la guerre ; elles furent repoussées. Le 24 juillet 1639 Turin fut surpris par le prince Thomas, et la régente n'eut que le temps de se retirer dans la citadelle. De là elle se rendit à Suze, puis à Grenoble, où elle eut, le 25 septembre de la même année, une entrevue avec le roi Louis XIII et Richelieu. Incapable d'éprouver un sentiment de pitié ou d'affection , Louis ne témoigna à sa sœur que de la froideur; d'ailleurs, Richelieu veillait sur lui. Pour l'empêcher de s'attendrir, le ministre répéta à la duchesse qu'il n'y avait pour elle qu'une voie de salut : la remise entre les mains des Français de toutes ses places de guerre, une garnison française dans Montmélian, et l'envoi du jeune duc de Savoie à Paris, pour y être élevé avec le dauphin. Elle repoussa avec fermeté toutes ces propositions. Richelieu ne fut pas plus heureux avec Philippe d'Aglié , ajnant de la princesse, qu'il fit arrêter l'année suivante et enfermer à Vincennes. Quoique Richelieu sefûttourné de nouveau vers eux, les princes savoisiens finirent par enti-er en pourpariers avec leur belle-sœur. Un traité fut conclu entre eux le 16 juin 1042. La duchesse garda la régence; le cardinal Maurice eut la lieutenance générale du comté de Nice, et le prince Thomas celle de Bielle et d'Ivrée. Les parties contractantes ne vécurent pas en meilleure intelligence. Richelieu et Mazarin profitèrent de cette circonstance pour multiplier leurs avances aux princes savoisiens. Mais le traité du 3 avril 1645, conclu entre la duchesse et la régente du France, vint confirmer les traités précédents, et la Savoie recouvra la possession des places de Piémont occupées encore par les Français. Christine fit proclamer à Ivrée, le 20 juin 1048, la majorité de Charies-Emmanuel, son fils, mais eUe garda l'autorité jusqu'à sa mort.
Bazin, Histoire de France sous Louis Xlll, t. I-IV. — Sismondi, Histoire des Français, XXII-XXV. — BoUa, Stor. d'italia.
CHKISTIJVE, reine de Suède, fille de Gustave- Adolphe et de Marie-Éléonore de Brandebourg, née le 9 décembre 1626, morte le 19 a-vTil 1689. Pour la distinguer d'une sœur aînée, morte avant la naissance delà cadette, celle-ci reçut le nom de Christine- Auguste. Les Suédois avaient manifesté le vœu de voir naître un prince , et les astrologues, dont la science était alors en grande vénération, avaient promis que le vœu de la na-
CHRISTIINE
lion serait réalisé. Cependant Gustave, qui attendait depuis longtemps le bonheur d'être père, prit son enfant entre ses bras, et, se tournant vers ceux qui l'entouraient : « J'espère, dit-il, qu'elle vaudra bien un garçon; elle sera sans doute fort habile , car elle nous a tous trompés. » C'est d'après cette idée qu'il fit donner à Christine une éducation mâle et énergique. Elle avait à peine deux ans lorsque, conduite par son père à Calmar, sa présence empêchant le commandant de la forteresse de faire les salves d'usage : « Tirez! dit Gustave; la fille d'un soldat doit s'accoutumer au bruit des armes. » Si quelque temps après la mort n'eût pas enlevé son père sur le champ de bataille de Lutzen (1632), on n'eût pas entendu plus tard Christine regretter de n'avoir jamais assisté à un combat. Avant de pai*tir pour l'Allemagne , d'où il ne devait plus revenir, Gustave Adolphe avait confié sa fille aux soins de son ministre Axel Oxenstiern , et lui avait donné pour précepteur l'aumônier Jean Matthiae, chargé de lui apprendre les sciences et les langues, et particulièrement le grec et le latin.
Christine avait six ans lorsqu'elle succéda à son père et fut proclamée reine avec l'assistance d'un conseil de régence, composé de cinq dignitaires de la couronne, tous hommes du plus grand mérite , et qui avaient à leur tête le chancelier Oxenstiern , dépositaire des plans et des secrets du roi défunt. La reine-mère , dont le caractère offriiit trop peu de garanties pour qu'on pût lui abandonner l'éducation de sa fille, dut céder cet honneur à la comtesse palatine Catherine , tante de la jeune reine. Les progrès de Christine étaient rapides , et la singularité de ses goûts et de ses manières se montrait en parfaite harmonie avec les instnictions laissées par son père à ses instituteurs. A peine âgée de dix ans, on la voyait presque toujours, vêtue en homme, faire de longues courses à pied et à cheval , et s'accoutumer aux dangers et aux fatigues de la chasse. Au mDieu de ces exercices virils, elle trouvait encore le moyen de consacrer beaucoup de temps à l'étude , et , outre les langues anciennes, elle apprenait en même temps l'histoire , la géographie , le français , l'allemand , l'itahen et l'espagnol. En 163C Oxtenstiem, de retour de l'Allemagne, qu'il avait visitée après la mort de Gustave-Adolphe , se saisit de la direction des affaires , reprit sa place au conseil de régence , et pour développer les heureuses dispositions de la jeune reine , il lui donna des leçons de politique et l'initia sans peine aux secrets les plus ardus de cette science difficile. Elle avait seize ans lorsque les états jugèrent à propos de l'engager h prendre les rênes du gouvernement ; mais elle allégua son extrême jeunesse pour s'excuser. Ce ne fut que deux ans plus tard , et lorsque la guerre venait d'être déclarée au Danemark, qu'elle se décida enfin à régner par elle-même (le 7 décembre 1644).
Les affaires étaient dans l'état le plus florissant. Le premier soin de Christine fut de confirmer l'administration aux mains des anciens membres du conseil de régence; seulement, elle tourna tous ses efforts vers la conclusion de la paix, en opposition avec le chancelier, qui voulail prolonger la guerre, afin d'en obtenir les avantages auxquels, après tant de sacrifices, la Suède devait s'attendre. L'année suivante , un traité fui conclu avec le Danemark , qui céda plusieurs provinces. La guerre d'Allemagne ne se termini pas aussi facilement, et il fallut que la reini elle-même fonnât une ligue secrète contre se; ministres pour l'obtenir. Le fils du chanceliei avait été envoyé à Osnabruck avec les instruc tions hostiles de son père ; Christine lui adjoigni un jeune diplomate nommé Adler Salvius, doni l'habileté l'emporta enfin. La paix de Westphalie signée le 27 juillet 1648, termina la guerre di trente ans, et assura à la Suède la possessioi de la Poméranie, de Wismar, de Bremen et d Verden , avec trois voix à la diète de l'Empin et une indemnité de plusieurs millions d'écu d'Allemagne. Après avoir assuré la tranquillil de son royaume , Christine continua de régne avec gloire, réforma des abus , enrichit le ti'ésoi et signa des édits avantageux au commerce et au institutions savantes. L'Europe entière avait le yeux sur elle, et son alliance était recherché par l'Espagne, la France, l'Angleterre, la Hol lande et le Danemark. Ses peuples la chéris saient ; mais on formait hautement le vœu qu la fille du grand Gustave- Adolphe ne laissât pa le trône sans héritier direct. Plusieurs princt aspiraient à sa main , et parmi eux on citait 1 fis du roi de Danemark et le fils de la palatin Catherine , le comte Charles-Gustave , cousin t la jeune reine. Mais ses goûts repoussaient mariage. « Il peut naître de moi aussi bien i Néron qu'un Auguste , « disait-eUe aux Suédoi. et pour s'affermir dans sa résolution, elle désigi son cousin Charles-Gustave pour son succe; seur, le présenta comme tel aux états de 164! et l'année suivante elle prit elle-même solennt lementle titre de roi.
A compter de cette époque de grands chang ments survinrent tout à» coup dans la condiii de Christine , et le nouveau mode introduit dai le gouvernement fit naître la division dans 1 différents ordres de l'État. Le règne des favoi était venu. La reine, égarée par les conseils d'i médecin finançais, nommé Bourdelot, intriga qu'elle disgracia plus tard, adopta les niaxiiii d'un épicuréisme dont sa vie privée conscv depuis l'empreinte. Le comte Magnus de la Gay die, son ambassadeur à la cour de France, Ij élevcaux plus hautes dignités, et la reine mit en il toute sa confiance. Dès ce moment le trésor 11 livré à d'énormes dilapidations ; les titres et 11 honneurs furent prodigués à des hommes sa[ talent; des partis et des factions se formèrent;/ le mécontentement éclata de toutes parts. t|