‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources a consulter; (volume 4)Chapitre 95 sur 200 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

grand étonnement de l'Europe. On chercha vainement les motifs de cette résolution , et l'impiété dont Christine faisait parade donna môme lieu à un libelle ; mais en voyant cet ouvrage , écrit par Campuzano, et intitulé : Conversion de la reine de Suède, elle mit en souriant cette remarque en marge de la première page : « Celui qui en a écrit n'en savait rien , celle qui « en savait quelque chose n'en a rien écrit. »

D'Inspruck, Christine se rendit en Italie ; elle fit son entrée à Rome à cheval , et reçut la confirmation du pape Alexandre VII, qui la baptisa en outre du nom d'Alessandra. Logée au palais Farnèse , entourée de savants , et surtout , il faut bien le dire , d'alchimistes , elle passait tout son temps dans des occupations et des plaisirs qui l'empêchèrent d'abord de regretter son trône. Elle visitait un jour un monument célèbre , et s'arrêtait avec tomplaisance devant une statue de la Vérité, ouvragé de Fhabile sculpteur Bernini : « Dieu soit loué , s'écria un cardinal , que « Votre Majesté fasse tant de cas de la vérité , « qui n'est pas toujours agréable aux personnes « de son rang ! — Je le cross bien , répondit-eUe : « c'est que toutes les vérités ne sont pas de « marbre. »

Elle fit un premier voyage en France en 1656, y fut reçue avec honneur et excita la curiosité générale. « La reine de Suède » , écrivait ime dame de la cour, « m'aparu un fortjoli petit garçon (1). « Elle alla voir le roi à Compiègue , visita Fontai-; nebleau , et fit un assez long séjour à Paris. Ménage se chargea de lui présenter les savants français; et comme il les annonçait tous par ces mots : C'est un homme de mérite ! « Il faut convenir » , dit enfin (iliristine , fatiguée de la cérémonie, « que ce monsieur Ménage connaît « bien des gens de mérite, w Ce fut pendant ce voyage qu'elle voulut se mêler de réconcilier la France et l'Espagne et de marier le roi à une des nièces de Mazarin; maisle cardinal trouva moyen de s'en débarrasser et de l'éloigner honnêtement. Elle revint l'année suivante, et, par les soins de Mazarin , ne put dépasser Fontainebleau. De là elle envoya , dit-on , sa couronne à Cromweli , avec des lettres pour se faire appeler en Angleterre. Le protecteur vit avec dédain les flatteries d'une reine qui avait autrefois hésité à recevoir son ambassadeur Whiteîock, et y répondit par une lettre pleine d'ironie. Ce second séjour à Fontainebleau fut marqué par la mort de son

(1) Il existe à la Bibliothèque Impériale de Paris, au département des es,tarrapes, un curieux monument qui justifie parfaitement cette appréciation. Il était alors d'usage de graver avec le plus grand luxe de vastes almanaclis ou calendriers synoptiques qui se plaçaient, en guise de glaces, au-dessus des ctieminées pour la décoration des appartements. On y représentait les personnages et les évciîcments les plus Intéressants de l'année. L'une de ces curiosités historiques nous a conservé le portrait de Christine , vêtue en amazone, d'une allure leste et militaire : son large feutre incliné est orné d'une touffe de rubans, qui devint à la mode, et qui, en se transformant, fut l'origine de la cocarde d'uniforme. (V )

CHRISTINE — CHRISTMAN

grand-écuyer Moaaldeschi. La cause de cet événement est restée ensevelie dans les ténèbres ; tout ce que l'on a pu eu savoir , c'est que Christine, ayant à se plaindre de cet homrne, qui était alors son favori déclaré , prononça contre lui une sentence de mort : elle fit appeler un confesseur, et, malgré les prières et les larmes du condamné , elle ordonna à Santinelli , le capitaine de ses gardes, d'exécuter son arrêt. Monaldéschi était cuirassé pour une partie de chasse : il fallut le frapper de plusieurs coups, et la galerie des Cerfs fut t«inte de sou sang presque sous les yeux de la reine. Ce meurtre de cabinet excita le mécontentement de la cour de France , et pendant longtemps Christine n'osa se montrer en public ; mais elle se dédommagea de cette contrainte par la liaison qu'elle contracta alors avec la comtesse de la Suze , dont le caractère offrait beaucoup de sympathie avec le sien. A son exemple , elle avait abjuré le protestantisme , et donnait pour raison de ce changement qu'étant séparée de son mari, qui était protestant, elle ne voulait le revoir ni dans cette vie ni dans l'autre.

De retour à Rome, en 1658, Christine reçut de mauvaises nouvelles de la Suède.. Sonjevenu ne pouvait plus lui parvenir, à cause d'une guerre entreprise par ses anciens sujets contre le Danemark et la Pologne. Alexandre VH eut pitié de sa situation, et lui assigna une pension de 12,000 écus, avec le cardinal AzzoHni pour intendant de ses finances. La fierté de Christine souffrait de cet état de choses, et, dans son dépit, elle alla jusqu'à demander des troupes à l'empereur pour marcher contre les Suédois. Elle saisit le prétexte de la mort de Charles-Gustave , arrivée en 1660, pour reparaîti'e à Stckholm , et l'on dit même qu'elle fit des tentatives pour remonter sur le trône ; mais elle s'était aliéné le clergé et lepeuple par son changement de religion , et la noblesse redoutait son ambition. Par toutes sortes de tracasseries on la força de s'éloigner , et l'on trouva même moyen de lui faire signer une renonciation formelle à la couronne. De semblables motifs la ramenèrent encore en Suède plusieurs années après ; mais ayant appris qu'on avait l'intention de lui refuser le libre exercice de sa religion, elle retourna à Hambourg, abandonnant pour jamais sa patrie et ses prétentions à une couronne qu'elle ne cessa jamais de regretter amèrement. Elle essaya d'obtenir en dédommagement celle de Pologne, que le roi Jean-Casimir venait d'abdiquer ( 1668); mais repoussée parles Polonais, elle alla se fixer à Rome, où elle resta jusqu'à la fin de ses jours, cultivant les lettres, cherchant des consolations dans la société des savants , et fondant l'académie des Arcades. Poursuivie par l'inquiétude et les regi'ets , elle ne cessait pas pourtant de s'occuper de politique, et voulait paraître exercer de l'influence sur les destinées de l'Europe. Dans une lettre qu'elle écrivit à l'ambassadeur de France en Suède, après la révocalion de l'édit

de Nantes, elle désapprouva hautement les mesures prises contre les protestants. Enfin , çtle était depuis quelques années en contestation avec le saint-siége pour le payement de sa pension, lorsqu'une maladie négligée lui pointa le dernier coup : elle mourut avec courage et résignation, le 19 avril 1689, à l'âge de soixantetrois ans. Son corps fut enterré dans l'église de Saint-Pierre, et son tombeau estorné d'une longue inscription, malgré le désir formel qu'elle avait manifesté de n'avoir pour toute épitaphe que ces mots : Vixit Christina annos lxiii.|

Elle laissa peu d'argent , mais en revanche une magnifique bibUothèque et une célèbre collection d'objets rares et précieux, de tableaux cl d'antiques, qui allèvent grossir les trésors du Vatican. En 1722 le régent de France acheta, poui une somme de 90,000 écus, une partie de cetableaux, que des volumes entiers avaient éfi employés à décrire. On a aussi conservé quelques ouvrages écrits par Christine; on y remarque des réllexions sur la vie et les opéi-ations d'Alexandre , qui était son héros, un recueil de maximes et de seu teuces, dont quelquesunes ne manquent pas d'originalité. Elle avait encore commencé des Mémoires concernant le; premières années de sa vie : la sincérité qu y règne l'a sans doute empêchée de continuel cette confession si curieuse. Les différents ouvrages écrits sur la vie de Christine ont été empruntés ou à Y Histoire de la vie de la reini Christine, traduite en latin par Meiboni,oi aux Mémoires d'Archenholz, puWiés en 1751, ; Stockholm, 4 vol. in-4".

Christine a été l'objet de plusieurs autres ou vrages : en France elle a été mise en scène dans Une reine de seize ans; dans Christine é Suède, drame par Brault, Paris, 1829; dans le drame historique de M. Soulié , Christine i Fontainebleau (1830); et dans Stockholm, Fontainebleau et Rome, trilogie historiques^ la vie de Christine, en cinq actes et en vers avec prologue et épilogue, par M. Alex. Div mas; Paris, 1830, pièce représentée pour l première fois à l'Odéon , le 30 mars 1830, [M. DÉA.DDÉ, dans VEnc. des g. dura.]

Lacombe, Histoire de Christine. — D'AIerabci't, Mt moires et réflexions sur Christine, reine de Suède. Geyer, Histoire de la Suède. — Suède, dans l'I7nln

pitt.

CHSSSTMAN (Jacob), savant allemand, néei 1554, à Johannisberg, ville de l'ancien élector* de Mayence, mort le 16 juin 1613. Outres) langue maternelle, il savait l'arabe, le syriaque l'hébreu, le chaldéen, le grec, le latin, le fran çais, l'italien, l'espagnol. 11 voyagea longtemps et s'arrêta enfin à Heidelberg, où il mourut, aprèi avoir enseigné pendant trente ans, d'abord l'héJ breu, puis la logique et enfin l'arabe. Christmai composa de nombi'cux traités de chronologiei Comme il n'était pas d'accord avec Scaliger^ ï se trouva exposé aux injures de ce savant. CB a de Christman : Alphabetum arabicum, cm

CHRISTMAN — CHRISTOPHE

isagoge scribendi legendique arabice; Neustadt, 1582, in-4°; — Muhamedis Alfragani arabis Chrolonogica et astronomica elementa,

e Palut. Bibl. veteribus libris versa, expleta, etscholiis exposita ; udditus est commentarius qui rationem calendarii l'omani , asgyptiaci, arab.,pers., syriaci et hebr. explicat; Francfort, 1590 et 1618, m-8° ; — Kalendarhim Palestinorum et univers. Judseorum ad annos XL supput.;auct. R. Ori,fil. Simeonis,ex hebr. in lat.versum, cumscholiis; — Epistola chronologica ad J. Llpsium de ann. hebr'. connexione; — Disputatio de anno, mense, et die Passionis Dominicse; Francfort, 1594, in-4°; — Observationum solarium librilll ;Bà\e, 1601, 10-4° ; — Theoria lunée, ex novis hypothesibus et observât, demonstrata; Heidelberg, 1611, in-fol.; — Nodus Gordius ex doctrina slnuum expUcatus; accedit appendix observ.

quw per radium artificiose habitœ sunt circa Saturn., Jov., etc.; ibid., 1612, in-4'' ; — Is. Argirii computus Grœcorum de solemni Paschalis celebratione; grsece, cum lat. vers, et scholiis; Heidelberg, 1611, m-i° ; — de Kalendario romano , dans le tome VIII du Thésaurus Antiq. Rom. de Graevius; — Epistola de litterïs arabicis , dans le Sylloge Epistolarum de P. Burmann; Leyde, 1727.

Vnssius, de Mathematicis. — Melchior Adam, f^ita philosopkorum germanoriim.

* CMiissTMANN [Jean-Frédéric) , musicien allemand, né à Louisbourg, le 10 septembre 1752, mort à Heutingsheim , le 21 mai 1817. Il était ministre luthérien, et s'adonna avec succès à la musique. Il écrivit sur cet art plusieurs ouvrages, dont le plus comui est intitulé : Elementarbuch der Ton-Kunst zum Unterricht beim Clavier fiir Lehrende und Lernende (Éléments de musique, etc. ) ; Spire, 1782, in-8°.

Fétis, Biographie universelle des musiciens.

*CHRiSTODORE, poète grec de laThébaïde, né à Thèbes même ou à Coptos, florissait sous le règne d'Anastase Dicore, de 491 à 518 de J.-C, comme le constate l'inscription où il célèbre la victoire l'emportée par cet empereur, en 493, sur les Isauriens. Le plus pi'écieux reste de ses poésies est une description , en 416 vers, des statues qui ornaient le Zeuxippe , thermes magnifiques de Constantinople, élevés près de l'église de Sainte- Sophie et de l'Hippodrome, qui furent détruits par un incendie, en 532, sous Justinien. Cette description, curieuse pour l'histoire de l'art, est intitulée : "Exçpaatç xwv àyaXfxdcTwv tûv eîç xo [ ÊTnjiôatov yufjivàaiov to £7tixa),ou[j.£vov tou Zeu- ?Î7t7tou. Imprimée dans les Antiquit. Constanti- \ nop. d'Anselme Banduri, elle forme tout le cinjquième livre de l'Anthologie dePlanude, et la I deuxième section de Y Anthologie palatine. On cite encore de Christodore les ouvrages suivants : 'Icraypixd, poëme eu six livides sur la prise de l'Isaurie par Anastase ; — Trois livres d'épigrammvs. Il ne reste de cet ouvrage que deux épi-

grammes (insérées dans l'Anthologie ) ; — Quatre livres de lettres ; — nàxçia, poëme sur l'histoire et les antiquités de plusieurs villes, entre autres Constantinople, Thessalonique , Nacle près d'Héliopolis , Milet , Tralles , Aphrodisie. Suidas etEudocia citent un autre poète du même nom , né à Thèbes, et auteur des ouvrages suivants : 'I^euTtxà 5t' sTrwv et 0au(iai:a xwv àYi'wv àvapYÙptov Koafjià y.ai AapMavoO.

Suidas, aux mots XpiatoSwpoç et ZeuliTiTTOÇ. — Eudocia, p. 436. — Fabricius, Jiiblioth. gnec., IV, p. 468. — JacoBs, Jntk. grsec, XIII.

CHRISTOPHE, Xptffxoipopo; (Saint), martyr chrétien, vivait probablement au troisième siècle de J.-C. Au rapport des uns il naquit eu Syrie, et en Palestine selon d'autres. Il eut, dit-on, douze pieds de hauteur. Baptisé par saint Bab5'las,évêque d'Antioche, il aurait subi le martyre sous le règne de l'empereur Dèce. L'Église orientale célèbre son anniversaire le 9 mai, et celle d'Occident le 25 juillet. On avaii recours à ce saint dans les temps de {leste et quand on voulait conjurer les esprits gardiens des trésors cachés ; on nommait prière de saint Christophe la formule d'invocation. En 1517 saint Christophe fut choisi pour patron de l'ordre de la Tempérance, fondé à cette époque en Autriche, et l'on montre encore des reliques de ce saint en Espagne. Selon la légende, Christopiie n'aurait voulu servir que le plus puissant de tous les monarques. Il visita la cour d'un grand prince qui avait peur du diable : il en conclut que le diable était le plus puissant ; mais il remarqua que ce dernier, auquel il offrit ses services , témoignait de la crainte en voyant l'image du Christ. C'est alors que Christophe se mit, d'abord sans succès, à la recherche de celui dont la puissance était supérieure à celle du diable. Dans son embarras, il prit conseil d'un solitaire qui lui suggéra l'idée de porter les pèlerins de l'autre côté d'un torrent qui manquait de pont. Telle avait été pendant longtemps l'occupation journalière de Christophe, lorsqu'un jour un enfant se présenta sur les rives du torrent. Christophe chargea sur ses épaules ce fardeau, qu'il croyait léger, mais qui manqua de l'écraser. Cet enfant était le Christ en personne, et pour se faire connaître à Christophe, il lui ordonna d'enfoncer son grand bâton dans la terre : Christophe obéit, et vit avec étonnement le lendemain matin ce bâton métamorphosé en dattier garni de feuillage et de fruits. Des milliers d'hommes, entraînés par ce miracle, adoptèrent avec lui le christianisme. Alors le gouverneur païen de la province le fit jeter en prison ; mais les plus cruelles épreuves n'ébranlèrent pas la foi du saint homme. Il fut frappé de verges rougies au feu, on mit sur sa tête un casque ardent, on le lia sur une chaise embrasée; mais on le trouva invuhiérable. EnHn, 3,000 soldats eurent ordre de tirer sur lui avec des flèches empoisonnées : aucun de ces traits ne le blessa , tous se tournèrent , au contraire ,

CHRISTOPHE

contre 'es soldats qui les avaient décochés ; le gouverneur en personne en fut atteint à l'œil. Christophe lui indiqua un remède pour ce mal ; c'était de l'.ii faire trancher la tête et de laver avec son sang la blessure. Christophe fut donc décapité ; et le gouverneur, entièrement guéri par le sang du martyr, se fit baptiser avec toute sa famille. Le saint est ordinairement représenté sous la forme d'un géant portant le Christ sur ses épaules, appuyé sur un grand bâton et faisant tous ses efforts pour ne pas succomber sous le fardeau. La croyance populaire au moyen âge identifiait l'image et le nom du Christ avec ceux de saint Christophe, et l'on disait que « quiconque voit saint Christophe est assuré de ne pas mourir Aq maie mort » :

Christophori faciem die qaaciimque tueris, Illa nempe die morte mala non morieris (i).

Il était donc d'usage de multiplier l'image de ce saint, que l'on plaçait dans les livres d'Heures ou que l'on exposait sur les routes, sur des monticules, dans les églises, etc. La statue colossale de saint Christophe qui existait autrefois dans l'église métropolitaine de Paris a été démolie eu 1784. On donne son nom à la statue d'Hercule qui s'élève au-dessus de la cascade artificielle de Wilhelmshœhe , près de Cassel , à une hauteur considérable, et dont la massue est assez grande pour que trois personnes aient pu trouver place daa& son intérieur. [Enc, des g. du m., avec addit.]

Bollaiidus, Âctasanct.—M. Alfred Maury, Essai sur les légendes pieuses,- Paris, 1848, in-8=.

CHRISTOPHE , le César, fils de Constantin V Copronyme. Il publia en 775, avec son frère Nicéphore, contre le culte des images, un édit qui a été inséré dans le Impérial. Décret, de Cuit. Jmag. de Goldast; Francfort, 1608, in-4°. On ne sait presque rien sur la vie de ce prince. Voy. Nicéphore.

Fabricius, Bibloth. grsec.,Xïl. — Smith, Dictionary of greck and roman biography.

CHRISTOPHE, primicier romain au huitième siècle, joua un rôle important au milieu de l'anarchie qui désolait alors la capitale du monde chrétien. Après la mort de Paul I^"', Toto, duc de Wepi, voulant empêcher l'élection d'un prêtre qui dévint plus tard le pape Etienne III, entra clans Rome à la tête de ses vassaux, et fit élire pape son frère Constantin. Cette élection , supportée impatiemment par la nol)lesse romaine, excita sintout l'indignation de Christophe et de son fils Sergius. Tous deux pai-vinrent à quitter Rorne, et se lendirent aussitôt près de Théodic, duc de Spolète. Celui-ci, ne voulant pas agir contre le nouveau pape sous sa propre responsabilité , les fit conduire à Pavie près de Didier, roi des Lombards. Ils obtinrent l'assentiment de

(1) Celte légende se voit sur la célèhre estampe datée de 1423, et représentant saint Christophe, estampe trouvée par Heinecken , en 1769, dans l'intérieur de la couverture d'un ancien livre ayant appartenu aux Chartreux de Biicheiin, près Memminijen, en Souabe. (V.)

ce prince, et Théodic leur donna une nombreuse escorte, avec laquelle ils pénétrèrent dans Rome. Au milieu du combat qui s'engagea, Toto fut tué par trahison , et ses soldats prirent la fuite. Constantin fut enfermé dans un cloître , et Passivus, le plus jeune frère du duc de Nepi, eut les yeux crevés. Christophe et son parti placèrent Étierme El sur le trône pontifical, le 26 mars 752, rompirent avec les Lombards, pour ne pas être obligés de leur payer les frais de la guerre, et s'unirent aux Francs aussi étroitement que possible. Didier, sous prétexte de visiter le tombeau de saint Pierre, marcha sur Rome avec une armée , et exigea qu'on lui livrât Christophe et Sergius. Le pape ne put laisser à ceux-ci d'autre alternative que de se rendre aux Lombards ou de se faire prêtres et de rentrer dans un cloître. Christophe et Sergius ne voulurent adopter ni l'un ni l'autre de ces partis ; mais parmi leurs troupes il y avait beaucoup de gens qui respectaient plus l'ordre du pape que le leur, et qui les abandonnèrent. Sergius voulut alors aller trouver le pape à Saint-Pierre pendant la nuit ; niais il tomba, ainsi que son père, au pouvoir de Didier. Celui-ci les livra aux nobles romains, qui leur crevèrent les yeux. Christophe mourut trois jours après; Sergius languit encore quelque temps dans les fers.

Léo et Botta, Histoire de l'Italie.

CHRISTOPHE, anti-pape en 903. II était prêtrecardinal de Saint-Laurent in Bamaso, lorsque Léon V fut élu pape. Voyant que ce pontife, à qui il devait tout, était peu habile à gouverner et incapable de prendre aucun soin de son autorité, il le jeta en prison, l'obligea de renoncer au pontificat , et lui fit promettre qu'il rentrerait dans son couvent. Mais six mois après il fut empri- ; sonné lui-même par Sergius IH, et forcé de se retirer dans un monastère, où il mourut misérable- j ment, en juin 904. H fut enterré au Vatican, et n'est pas compté par quelques écrivains au nombre des anti-papes.

Platina, Historia de vitis pontiflcum.

CHRISTOPHE, empereur de Constantinople, mort en 931. Fils aîné de Romain Lecapène, il fut associé par son père à l'empire, le 17 aoiU 920, et eut le bonheur de mourir avant la ruine de sa famille. Il épousa Sophie, fille du rhéteur Nicétas , et en eut deux enfants : Marie , qui fut mariée à Pierre, roi de Bulgarie, et Michel , qur; Constantin Porphyrogénète , délivré de Romafn Lecapène, fit enfermer dans un couvent en 945. Sophie fut aussi forcée d'embrasser l'état monastique.

Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. XIIL— Banduri, Numismata imperat. rom.

CHRISTOPHE, nom de trois rois de Danemark , dont voici l'histoire :

CHRISTOPHE i^*", roi de Danemark, mort le 29 mai 1259. Il était le troisième fils de Valdemar le Victorieux , et frère du roi Abel , auquel il succéda, en 1252, par l'élection du

CHRISTOPHE

peuple. Son père avait déjà de son vivant par- j tagé entre ses fils les provinces du royaume : les îles de Lolland et' de Falster échurent à Christophe. Abel s'était allié par mariage à la maison des comtes de Holsteiu , ce qui fut cause de longues guerres. Les fils d'Abel ayant été exclus^du trône par l'élection de Christophe, les comtes de Ilolstein réclamèrent pour eux la possession indépendante du Slesvig; etraiTangementdel253, qui reconnut Christophe pour tuteur des jeunes princes et le Slesvig pour fief de la couronne, devint la source de grands embarras ajoutés à ceux de la lutte de l'ÉgUse contre la royauté, lutte qui amena la guerre avec la Norvège et entretint m Danemark pendant soixante-dix ans des troubles funestes. L'Église l'emporta : la puissance du clergé s'atfermit, l'archevêque de Lund et l'évêque de Roskilde disposaient de domaines considérables , do nombreux vassaux et même de places fortes, lorsque Jacques Erlandsen, savant prélat, de l'illustre famille des Hvide, à laquelle appartenait l'archevêque Absalon , entreprit d'élever l'Église danoise au niveau de celles des autres pays. Après avoir étudié à l'étranger le droit canonique, et ami du pape Innocent IV, qu'il avait fléfendu au concile de Lyon, il prit possession de son siège archiépiscopal sans avoir obtenu la sanction royale, et exerça son autorité dans toute sa plénitude. C'est ainsi qu'il établit une cour de justice, qu'il leva des impôts et modifia le code ecclésiastique de la Scanie. Lorsque le roi s'y opposa, Erlandsen l'accusa auprès du pape, fit enlever le trône de Christophe de la cathédrale, se ligua avec Hakon , roi de Norvège et engagea Kirgerjarl, régent de Suède, à épouser Mathilde, veuve d'Abel, pour appuyer ainsi les fils de celuici dans leurs prétentions. Le roi convoqua alors une diète nationale à Nyborg, le 5 mars 1256 , et de son côté l'archevêque convoqua pour le même jour un concile à Veile, où il promulgua la constitution dite Cum Ecclesia danica, qui favorisait les empiétements du clergé et lui donnait par exemple le di-oit de mettre le royaume en interdit dans le cas où un évêque aurait été l'objet d'une violence quelconque. La guerre se trouva ainsi déclarée entre Christophe et Erlandsen; le roi convoqua de nouveau une diète nationale , devant laquelle il exposa ses griefs contre l'archevêque, qu'il accusait de pousser les populations à la révolte. Erlandsen déclara qu'il n'avait de compte à rendre qu'au pape ; le roi voulut reprendre les fiefs antérieurement donnés au diocèse de Lund , pendant que l'archevêque menaçait d'excommunication ceux qui se prêteraient au désir du roi de faire sacrer son fils Erik comme successeur au trône. Christophe résolut de faire arrêter le prélat. li'oidrc fut exécuté par le frère de l'archevêque , Niels Erlandsen, resté fidèle au roi. On infligea à l'archevêque un traitement barbare : il dut traverser la Fionie attaché à un cheval et la tête coiffée d'une queue de renard. Seuls , deux évêques ,

neveux d'Erlandsen , tentèrent de lancer l'interdit autorisé par la bulle, et l'un d'eux se rendit à l'île de Rugen pour exciter le prince Jarimar à une invasion de la Sélande. Sur ces entrefaites , Christophe \" mourut subitement, à Ripe ( 1259), empoisonné, dit-on, par \& chanoine Arnfast. Son fils Erik VU, surnommé Glipping, lui succéda au trône. P. L. M.

CHRISTOPHE II, roi de Danemark, né en 1276, mort le 15 juillet 1333. Fils d'Erik Vn, il succéda à son frère Erik VIII, surnommé Menved, en 1319. D'un caractère violent et peu loyal, il s'était mis, du vivant de son frère, à la tête d'une insurrection, et, associé aux ennemis d'Erik, aux Allemands, aux Suédois et aux Norvégiens, il avait dévasté les côtes du Danemark. Aussi , avant sa mort , le roi Erik avait solUcité les états du royaume de refuser leurs suffrages à Christophe. Néanmoins, grâce à l'influence de son frère Johau de Holstein et à celle des familles puissantes dont il avait été le chef durant l'msurrection qu'il avait fait éclater, Christophe réussit à se faire élire. Mais le clergé et la noblesse s'unirent contre Christophe, et il fut le premier roi danois qui i)0ur monter sur le trône dut signer une honteuse capitulation, qui, ne lui laissant qu'une ombre de pouvoir, assurait à la noblesse et au clergé des privilèges excessifs. Une des clauses de cette capitulation portait que les forteresses royales seraient démohes, moins trois. Une autre clause, plus juste, rappelant les antiques franchises du Nord , prescrivait qu'un individu , quelle que fût sa condition , ne pourrait jamais être incarcéré avant un jugement public et sauf appel au parlement. Christophe n, qui dans l'intérêt de son ambition avait consenti à cette mutilation de son pouvoir, fit de vains efforts pour le recouvrer. Il provoqua l'opposition en imposant les nobles et le clergé , et en essayant d'attirer à lui les fiefs. Déjà du temps de son frère il y avait eu une contestation au sujet de me de Bornhokn, léclamée par le diocèse de Lund. A Avignon, où l'archevêque Esger Juel s'était rendu pour y soutenir la prétention du diocèse, le pape s'était prononcé en faveur de cet établissement; mais plus tard l'île en litige fut reprise par le roi. Cependant la noblesse, ayant à sa tête trois puissants seigneurs, leva l'étendard de la révolte; et lorsqu'à la mort d'Erik, duc de Slesvig, en 1325, le roi prit la tutelle du jeune duc Valdemar, le comte de Holstein, Geert (Gerhard) le Grand, qui la réclamait de son côté, s'associa aux insui'gés danois. Christo])he, contraint d'abandonner le royaume, se réfugia à Rostock, où il vécut misérablement pendant quelques années. Le jeune Valdemar fut élu roi, et une partie des provinces furent partagées entre les chefs de la révolte ; le comte Geert se réserva la régence du royaume et le Slesvig à titre de fief héréditaire. Mais en 1330 Christophe, soutenu par son frère Johan, remonta sur ie trône ; Valdemar dut retourner

CHRISTOPHE

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