‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 130 sur 206 · SON · texte numérisé non relu

SON

1 porter des dépêches à la cour de Naples. Il y rencontra sir William Hamillon , envoyé d'Angleterre, et sa femme, lady Emma , dont la beauté et les charmes irrésistibles lui avaient fait une sorte de renommée dans toute l'Europe. Née dans la misère, élevée dans l'abandon, tour à tour la maltresse de deux ou trois protecteurs , elle était devenue, grâce à sa beauté , la femme légitime de sir Willliam au commencement de 1791, et l'amie adorée de la reine Caroline (voir l'art, lady Hamilton ). Alors commença, sous les auspices de l'ambassadeur, cette liaison qui ne finit qu'avec la mort, et qui devait être si fatale à la gloire de Nelson. A cette époque, rien ne fit pressentir cet attachement passionné et romanesque qu'il montra plus tard. De Naples il partit pour Tunis, et sur sa route il attaqua une frégate française. Il s'attira quantité de boulets qui endommagèrent le gréement de VAgamemnon, ce qui ne lui permit pas de suivre la frégate. Sa mission à Tunis était de détacher le dey de l'alliance de la France. Mais il y trouva un prince qui connaissait ses intérêts et la politique de l'Europe, et sa diplomatie échoua. De retour, il demanda à être envoyé avec la petite escadre qui allait en Corse porter secours à Paoli. Il montra à Bastia et à Calvi cette opiniâtreté audacieuse qui était le trait saillant de son courage. Au siège de Calvi , les débris enlevés par un boulet le frappèrent à la figure, et un œil fut gravement atteint et perdu (1794). L'année suivante , une flotte française eut ordre de disputer aux Anglais l'empire de la Méditerranée. L'escadre anglaise, commandée par l'amiral Hotham, successeur de lord Hood, comptait quatorze vaisseaux de ligne , outre un vaisseau napolitain de 74; mais le cadre de ses équipages n'était pas complet. Les Français étaient supérieurs en nombre. L'amiral anglais n'hésita pas à engager l'action. Nelson y donna des preuves d'une extrême bravoure autant que d'habileté. VAgamemnon eut ses voiles et soo gréement haches , après plusieurs engagements, et il avait tellement souffert, qu'il fut renvoyé en Angleterre (avril 1795). L'amiral était content du résultat de l'action : on avait fait beaucoup de mal à l'ennemi. fougueux Nelson n'était pas de cet avis : « Sur onze voiles, dît-il , nous en aurions pris dix éi nous avions fait notre devoir jusqu'au bout ». C'est à propos de cet incident qu'il écrivait peu après ces lignes caractéristiques : « Je voudrais être amiral et commander la flotte anglaise; en bien peu de temps j'aurais beaucoup fait, ou je me serais perdu Ma nature ne se prête pas aux lenteurs, aux demi mesures; je suis sûr que si j'avais

I commandé le 14 a la place de l'amiral Hotham, ou bien la flotte française tout entière eût illustré mon triomphe , ou bien je me serais mis dans les plus damnés embarras ». Le reste de la campagne, Nelson fut chargé de commander l'escadre qui devait , d'accord avec l'armée austro-sarde,

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chasser les Français de la rivière de Gènes ; puis il présida à évacuation de la Corse qui avait été décidée par le gouvernement anglais. Il mit un certain amour-propre à s'embarquer le dernier : « J'ai vu , disait-il . le commencement et la tin de la conquête. » La paix conclue entre Naples et la république française rendant la présence de la flotte anglaise sans objet dans la Méditerranée, sir John Jervis, qui depuis peu avait remplacé Hotham , la conduisit sur les côtes de Portugal, pour surveiller la flotte espagnole. Nelson avait été chargé de conduire un* convoi de Plie d'Elbe à Gibraltar. Pendant la traversée, son grand souci était la crainte d'arriver trop tard , après quelque grande bataille. A l'embouchure du détroit , il rencontra les vaisseaux espagnols , et ayant rejoint sir John Jervis à la hauteur du cap Saint- Vincent , il prit aussitôt le commandement du Capiain , de 74 canons, et l'amiral donna le signal à toute la flotte « de se préparer au combat ». La flotte espagnole , forte de vingt-sept vaisseaux de guerrre et de douze frégates, avait quitté le port de Cadix dans les premiers jours de février (1797), et naviguait vers Brest, afin d'en rompre le blocus eî-r ralliée à la flotte hollandaise, de balayer ensuite l'escadre que l'Angleterre avait dans la Manette. Sir John Jervis n'avait que quinze vaisseaux de ligne et six frégates ; mais il résolut , malgré cette infériorité, d'empêcher à tout prix la. jonction des escadres. L'action s'engagpa le 14 février. Sir John Jervis s'y montra habile marin r en profitant des fautes de l'amiral espagnol, et Nelson s'y couvrit de gloire par l'audace et la rapidité de ses attaques. Il aborda le San-Wcola*, et y planta le pavillon anglais; puis Le San-José , de 112 canons , qui commençait à faire feu sur le vaisseau capturé. Il s'était élancé avec ses marins, en s'écriaat plusieurs fois ; « Westminster Abbey ou la victoire! » Son audace impétueuse- renversa tous les obstacles, et en arrivant sur le gaillard d'arrière, il y trouva le capitaine du San-José prêt à lui remettre son épée ; le reste des officiers en flt autant» et le Commodore, embarrassé de toutes ce* armes qu'on lui présentait , les passait l'une après fautr#à un matelot. La victoire, du reste, était chèrement achetée : le Captuin avait en vingt-trois hommes tués et cinquante-six blessés ; son mât de hune avait été brisé \. pas une voile entière, ni un hauban, ni un cordage. D'autres navires anglais avaient été aussi fort mal tuai tés. L i flotte espagnole était encore assez forte pour recommencer le combat Mais l'amiral espagnol ouvrit un conseil de guerre, où un nouvel engaaement fui combattu par la majorité. La Santtssima-Trinviad, colosse maritime de 136 canons , successivement aux prises avec Jervis et Collingwood, s'était rendue a VOrion., capitaine Saumarei. Le vaisseau chargé d'assurer la prise ne vit pas, à cau*e de la fumée, le signal de la défaite,, et USa*tiS4ima Triaidad

profita de l'erreur pour s'éloigner. Le résultat de cette bataille fut la prise de quatre gros vaisseaux L'effet moral de cette victoire fut immense. L'Europe, saisie d'étonnement, apprit par là que le nombre n'était rien contre l'habileté maritime et le courage des Anglais, et le bombardement de Cadix, qui suivit de près, y ajouta un sentiment de terreur (février 1797). Cette viclo re valut à Jervis le titre de comte de Saint- Vincent ; elle commença la renommée de Nelson, qui fut nommé contre-amiral et chevalier de l'ordre du Bain. Sir Jervis l'ayant autorisé à garder IVpéc du contre-amiral espagnol, il en fît hommage an maire el à la corporation de Norwich, qui lui accorda les franchises municipales. Mais de tous ces témoignages de reconnaissance, aucun ne le toucha plus vivement qu'une lettre écrite par son père. Elle est trop remarquable pour être omise : « Je bénis Dieu, lui disait le vieillard , de toutes les forces d'une Ame reconnaissante, pour m'avoir conservé unûts< vous. Non-seulement les rares \ j'ai ici, mais tous mes autres concitoyens, m'a bordaient dans la rue avec des paroles si flatteuses, que j'ai du renoncer à paraître en public. Bien peu deûls, mon cher enfant, sont pan enu> à la hauteur glorieuse où vous ont porté vos talents et votre bravoure avec l'aide de la Providence. La joie que j'en ai ressentie, et que je contenais en vain, a mouillé de larmes mes joues sillonnées de rides. Qui donc à ma place eût accueilli d'un ceil sec des félicitations aussi unanimes? Partout, dans les rues de Batb , retentissent le nom et les exploits de Nelson , aussi bien sur les lèvres du chanteur des rues que dans l'enceinte du théâtre public. -

Nelson à cette époque comptait trente-huit ans et cent vingt combats; mais la gloire du passé, même celle de cette grande journée, qu'il appelait lui-môme Le « très-glorieux jour de saint Valenrin, » devait pâlir devant ce qu'il était destiné à accomplir avant de quitter ce monde. Cette bataille du cap Saint-Vinceni fait époque. C'est lâ qu'il introduisit ces manœuvres hardies au moyen desquelles une escadre bien commandée et montée par de» marins expérimentés, peut avec assurance attaquer et battre des forces trèssupérieures, ar elles ne savent pas manoeuvrer avec une grande célérité , et surtout avec un intelligent ensemble. Cette tactique demande avant tout pour réussir un amiral habile et audacieux, des marins très-exercés et animés de son esprit. Au mois de juillet sui vant, Nelson partit à la tète d'une expédition dirigée contre TéneruTe. C'était Ini qui l'avait conçue et proposée, pour s'emparer des gn lions mexicains que l'on d isuit arrêtés prè* de cette Ile. On lui donna quatre vaisseaux de ligne, trois frégates et un cutter ; mais une partie des troupes retirée» de l'Ile d'Elbe lui fuirWWe. Les calmes et les courant» contraires ayant fait manquer une entreprise de nuit contre le tort SanturCnix, if fallut se décider à une

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toque. A onze heures ifu soir, les chaloupes, con- 1 s'achevait dans le port de Toulon, et lui donna tenant environ mille hommes, se dirigèrent vers le une escadre de trois vaisseaux de ligne, quatre

mâle. Favorisées par la nuit, elles arrivèrent à une demi-portée dccanon de la jette où l'on voulait

frétâtes et un sloop. Parti de Gibraltar, le 9- mai 1798, Nelson Tut assailli le 19 dans le

premier signal qui en partit, ordre fut aux ehaloupes de s'éparpiller et de ramer vers

débarquer. Mais la place était sur le qui-vive , et golfe de Lyon d'une tempête qui maRraita et

dfcpersa ses vaisseaux, er TobKgea de relâcher dans le port de San Pfetro (Sardaigne) le rivage. Les Espagnols avaient fait d'excellents pour se radouber. Pendant ce temps, la< flotte préparatifs. Aux sons du tocsin, quarante pièces , française avait quitté Toulon et cinglait vers de canon , braquées sur la mer, ouvrirent leurs ! l'Egypte Est ce fente de frégates, comme Nelson feux, la>mousqneterie éclata te long des murailles. [ l'a souvent répété, ou par suite de la violente La plupart des ehaloupes manquèrent la jetée, tempête qui faillit le faire périr, ou par quelque ou arrivèrent an rivage à travers beaucoup de secret de la Providence, que Bonaparte et

Cependant Nelson, accompagné de trois de ses capitaines et de deux cent hommes d'é-

arroée échappèrent à l'ardent amiral ? C'est ce qui serait impossible de décider. On passa à

lite, arriva an mole et remporta d'assaut, malgré i quelques lieues les uns des autres ; on> conflit une vigoureuse défense. Alors la fusillade devint . quel qu'en eiU été le résultat, aurait singulière-

très» vive, tant- de la citadelle que ries maisons de la jetée, et les assaillants, en partie tués ou Messes, ne purent s'avancer. Au moment on l'amiral sautait hors de sa barque, il avait été atteint d'une balle au bras droit. Son beau -fil s, le lieutenant Nîsbett, qui heureusement avait voulu l'accompagner, lui donna les premiers soins, et serra fortement sa cravatle de soie autour du bras, pour arrêter l'effusion du sang qui contait en abondance. Sans ce secours, Nelson eût probablement péri. Il eut beaucoup de peine à arriver a bord d'un vaisseau. Le désastre de l'expédition fut complet. Un capitaine anglais parvint par sa présence d'esprit à obtenir du gouverneur l'embarquement libre de ses troupes. Quelques centaines d'hommes avaient été tues ou blessés , particulièrement parmi les officiers de marine La blessure de Nelson était si grave, qne l'amputation devint nécessaire hlle fut mal faite, et les suites en furent longues et douloureuses. Bien qu'il affectât de supporter froidement le revers qu'il avait essuyé, son âme en fut profondément afieclée. Dans une lettre qu'il écrivit, de la main gauche, à lord Saint- Vincent : « Je suis devenu , iuf dit-il, un fardeau pour mes amis, on être inutile peur mon pays.... Je m'en vais d'ici pour nç pi us fins montrer itiilîo part. » Mais au lieu de l'abandon- qu"rf craignait, le roi et l'amirauté lui adressèrent des félicitations, et le gouvernement lui accorda une pension- de 1,000 Kv sterling ( 75,000 IV. ).

Nelson passa plusieurs mois en Angleterre pour sa guérison complète, et dès qu'if lut en état de reprendre du service, il plaça son pavillon sur le VangxMtrd , et alla rejoindre tord Saint-Vincent dans h Méditerranée, (décembre t797 >.

Toute l'Europe était alors vivement préoccupée de cette expédition1 mystérieuse que Bonaparte avait obtenue* du. Directoire, et dont les immenses préparatifs armonratent Pun|>ort:mce. On se demandait sur quelle partie de l'univers allait tomber la foudre. Lord Saint Vincent, ayant jugé nécessaire de rester devant Cadix, chargea Nelson d'aller surveiller l'armement qui

ment changé la destinée de l'Europe. Désespéré j de ce contre-temps, Nelson, après avoir reçu ' dix vaisseaux de renfort, parcourut la Médi- ' terrauée à la poursuite de l'expédition française. Il tomba à Messine, longea les cotes de la M orée, parut devant Alexandrie ; partout des indices de I* flotte; mais cette flotte, si ardemment cherchée, elle semblait insaisissable. Lorsqu'on apprit en Angleterre que les Français étaient déjà en Egypte, il n'y eut qu'un cri contre l'imprudence de l'amiral anglais , pour avoir confié à un si jeune officier une mission aussi importante. Il fut môme question de traduire Nelson devant un conseil de guerre. Cependant Nelson , plein d'irritation et de douleur, toucha à Candie, visita les côtes de Syrie, et revint en toute hâte vers te Sicile pour se ravitailler. Le gouvernement de Naples, alors en paix avec la République, ne voulait accorder, par crainte de guerre, aucun secours à l'escadre anglaise. Mais, grâce à l'influence de Sir Hamilton, et surtout de lady Emma, des ordres secrets expédiés aux gouverneurs lui' firent obtenir les secours nécessaires. En quittant le port de Syracuse où il était resté cinq jours, Nelson écrivait à lord Suint- Vincenfj, dans les termes les plue énergiques, » qu'il saurai! bien trouver les Français , fussent-ils frétés pou» les antipodes et au-dessus des fiels », et le 25 juillet il se dirigea- ve» la Morée, de là vers l'Egypte; et le I" août les vaisseaux anglais arrivèrent en> vue d'Alexandrie. Ce fut avec un indicible transport de joie qu'enfin il aperçut la forêt de mât* de la flotte française, à> l'ancre dans la rade d'Aboukir, à six lieues d! Alexandrie, près de l'embouchure du Nik L'amiral Brueys travail eirilxv-see en demi-cercle, parallèlement au rivapt éf Aboutir ; sa gauche était protégée par l'Ilot de ce nom, „ «» l'on croyait h fiante im|waficahle ; sa droite, beaucoup plus accessible, était défendue- par ses vaisseaux les plus forts et lés mieux commandés. H avait en tout trente- vaisseatiK de ligne et quatre frégates* La cote, n'avait pas de batteries ; un tiers des équipages- était à terre. Nelson, après- avoir examiné ces dispositions,

résolut sur-le-champ de pénétrer entre la ligne française et le rivage, de prendre ainsi entre deux feux, en agissant avec tonte sa flotte, une partie des vaisseaux français, et de les écraser ■avant qu'ils pussent être secourus. Toute la question pour lui se bornait à vérifier si le passage était praticable; un pilote grec qu'il avait à son bord l'assurait qu'il l'était, et se chargea de conduire le vaisseau de 50 qui devait mon* Ircrle chemin aux autres. Le capitaine du Vanfjuard ( vaisseau amiral ), M. Berry, mis au courant de ce plan d'attaque, l'accueillit avec transport : « Si nous réussissons, s'écria- t-il, que dira le monde? * — « H n'y a pas de si, lui répliqua Nelson , nous réussirons très-certainement ; mais qui de nous vivra pour raconter la victoire, ceci est autre une question. » Depuis plusieurs jours, dévoré d'anxiété et d'impatience, il mangeait et dormait à peine. Il se fit servir à dîner, tandis qu'à son bord tout se préparait pour le combat. Le repas fini, il renvoya ses officiers à leur poste, et leur dit : « Adieu, Messieurs, demain avant qu'il soit tard , j'aurai gagné une pairie ou une place à Westminster.» Vers six heures du soir, il s'avança hardiment en ordre de bataille. Le Culloden , qui était le chef de file anglais , échoua sur un bas-fonds, et servit en quelque sorte de balise à d'autres bâtiments. A mesure que les vaisseaux franchissaient la passe, ils s'embossaient chacun derrière un des vaisseaux <Je Brueys. Nelson, avec l'autre moitié de ses forces, se rangea du coté delà mer, et par cette manœuvre mit la flotte française entre deux feux. A six heures et demie, l'action devint générale, et, malgré l'obscurité qui croissait, elle continua des deux côtés avec une ardeur extraordinaire. Cette bataille fut effroyable. Deux mille bouches à feu, servies avec une grande activité, vomissaient à la fois la mort et le désastre, et leurs flammes rouges, se projetant sur les flots obscurs, donnaient aux vaisseaux l'aspect d'un volcan en éruption. Les Français firent tout ce que le. courage le plus héroïque pouvait accomplir dans une position aussi désavantageuse. L'infortuné Brueys avait été blessé deux fois. Vers huit heures, il est renversé par un boulet Gantheaume, son ami, veut le faire emporter au poste des blessés : « Non, lui ditil, en lui serrant la main, un amiral français doit mourir sur son banc de quart. » Il expira au bout d'un quart d'heure. Son vaisseau amiral, L'Orient, de 120 canons, attaqué, foudroyé par quatre navires anglais, continue sa résistance héroïque; mais vers dix heures, l'incendie y éclate. Comprimé sur un point, il reparaît bientôt sur un autre. Les progrès sont rapides , désespérants , et pourtant il continue toujours à tirer. Bientôt ce n'est plus qu'une masse embrasée, vomissant des torrents de flamme et de fumée. Plusieurs officiers et matelots, prévoyant la catastrophe prochaine, se précipitent dans la mer du haut des bastingages.

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De ceux qui se sauvaient ainsi, la plupart furent recueillis par des chaloupes anglaises ; d'autres arrivèrent en nageant jusqu'aux sabords des canons du Swtftsure, et l'on suspendit le feu pour les recevoir. Vers onze heures, le feu atteignit les poudres à bord de UOrient, et le vaisseau sauta avec une explosion épouvantable, et, au milieu d'une clarté éblouissante, il lance dans les airs ses mâts, ses vergues, ses membrures, ses canons. Il y avait encore a bord cinq cents hommes. Les deux escadres fureut criblées de ses débris, retombant du ciel. Pendant im quart d'heure, elles restèrent dans la stupeur et un silence de mort; puis la canonnade recommença aussi vive que jamais. Elle faiblit un peu après minuit. Les premières clartés du jour permirent de voir combien la victoire avait été complète, combien horrible était le désastre de notre flotte. « Ce n'est pas une victoire, c'est une conquête I » s'écria Nelson, quand il put apprécier l'étendue de son triomphe. Sur treize vaisseaux de haut bord qu'il avait trouvés dans la baie d'Aboukir. neuf étaient pris et deux brûlés; sur quatre frégates, une avait coulé bas, l'autre était incendiée. La perte des Français se montait à cinq mille deux cent vingt-cinq hommes; trois mille cent cinq étaient prisonniers, et furent renvoyés à terre, y compris les blessés. Les Anglais n'avaient perdu qu'un de leurs capitaines , et huit cent quatre-vingt-quinze hommes, dont deux cent dix-huit tués. Nelson fut blessé à la tête d'un éclat de mitraille. On craignit d'abord que la blessure ne fût mortelle, car la peau de son front avait été détachée de l'os, et le sang avait coulé en aboodance. Il n'en continua pas moins à donner ses ordres avec un admirable sang-froid. D'après l'examen du chirurgien, on fut bientôt rassuré, et un repos absolu fut prescrit à l'amiral , repos impossible dans un pareil moment d'exaltation et de joie, et qu'il n'observa point. De grands cris lai ayant appris que le feu gagnait à bord de V Orient , il remonta comme il put à travers les escaliers obscurs sur le tillac, au grand étonnement de tous la tête enveloppée de bandages, pourdonner ordre qu'on envoyât des chaloupes au secours. Pour l'honneur de l'humanité et de la vérité, déparais traits ne doivent pas être passés sous silence. La bataille d'Aboukir produisit en Europe, en Angleterre surtout, la plus vive sensation. Plus l'anxiété avait été grande au sujet de l'expédition d Égtpte, plus ce desastre , si imprévu, qui semblait condamner l'armée française à une destruction certaine, causa une immense joie. Tous les souverains ennemis de la France, le sultan, leczar Paul, le roi de Naples, etc., s'empressAreat fie prodiguer à Nelson de magniliqoes présent». En Angleterre l'enthousiasme national fut au comble. Le roi créa Nelson baron du Nil et de Burnham-Thorpe, avec une pension viagère de 2,000 liv. st. ( 50,000 fr. ) réversible sur la

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tête Je ses deux successeurs immédiats. L'opi- f mon publique trouva que ce titre n'était pas au niveau du service rendu , après ce que le ministère avait fait pour le vainqueur du cap Saint-Vincent. Pitt se justifia par de pauvres raisons, et Nelson Tut très-blessé de ce qu'il regardait comme une ingratitude de la part des ministres. Ses concitoyens s'efforcèrent de l'en consoler. La Compagnie des Indes orientales lui vota un don de 10,000 Uv. st. (250,000 fr.); ! la compagnie turque, un vase d'argent ; la Cité ' de Londres, une épce pour lui et pour chacun de ses capitaines, lesquels en outre reçurent des médailles d'or.

Rallié peu de jours après la bataille par les frégates qu'il avait tant regrettées , Nelson partit i pour Naples, qui devait être si fatale à sa gloire. Jusqu'à Aboukir. la cour avait été tremblante i devant la puissance d'opinion du parti démocratique. Aussi à la nouvelle du triomphe éprouvat-elle une joie délirante, et Nelson fut reçu comme un dieu par la famille royale , la cour et une ' foule immense. La belle Emma Hamilton, l'am- ! bassadrice, s'évanouit d'émotion et se laissa tomber entre ses bras. Le glorieux vainqueur fut enivré d'adulations, de fêtes, de plaisirs et d'honneurs. Alors commencèrent avec la séduisante Emma ces liaisons intimes qui tirent de Nelson entre les mains de cette femme, aussi adroite qu'ambitieuse, un instrument docile des intrigues et de l'ignoble despotisme de la reine Caroline. Cependant les événements se précipitaient en Italie. Les Français étaient aux portes de Naples. Le roi et la reine n'eurent bientôt d'autre parti à prendre que de se réfugier e# Sicile. Lady Hamilton avait en secret pourvu à tous les préparatifs du départ , et embarqué de nuit sur les vaisseaux de Nelson les trésors , les diamants de la couronne , les objets d'art el de luxe, s'élevant à une valeur de 80 millions ( décembre 1798 ). Nelson reçut à bord du V^nguard la famille royale, les ministres, sir William et lady Hamilton, et malgré une mer furieuse il parvint à les transporter à Palerme. La république fut proclamée dans tout le royaume. Peu de mois après , le cardinal Ruffo commença une guerre de réaction dans ta Calabre. L'occupation française, de toutes parts restreinte, fut bientôt limitée à la capitale même, bloquée par terre et par mer. Les Napolitains appartenant au parti de là révolution occupaient les deux forts intérieurs. Ils firent avec le cardinal Ruffo une capitulation qui leur assurait la vie et la liberté de quitter le royaume. Elle fut signée par le capitaine anglais Foote, qui commandait le blocus en attendant Nelson (juin 1799). Mais la reine Ca. roline et la cour avaient soif de vengeances. A l'arrivée de Nelson avec dix-huit vaisseaux de guerre, lady Hamilton, lui montrant du geste les pavillons de capitulation sur les forts : « Bronte, lui dit-elle avec un accent de fureur, faites abattre ce pavillon de trêve!... On n'accorde

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ION 642 pas de trêve à des rebelles. » En vain le cardinal Ruffo, bien que prêtre sans mœurs et sans foi , se refusa à violer la parole donnée. Asservi par l'amour, Nelson laissa déchirer et jeter à la mer par lady Hamilton la capitulation signée par le capitaine Foote. Les chefs républicains, qui appartenaient presque tous à la jeune noblesse de Naples, à la partie éclairée du clergé, du barreau et des lettres , furent livrés aux commissions militaires ou aux poignards de la populace. L'amiral napolitain Carracioli, vieillard illustre de soixante-dix ans, coupable seulelement d'avoir servi pendant l'interrègne, fut condamné à être pendu , et l'exécution se fit sous ses yeux, sur un navire anglais ; et pendant les dernières convulsions de l'agonie la barque de lady Hamilton en fit plusieurs fois le tour! C'est ainsi que pour une femme méprisable Nelsou flétrissait son honneur et couvrait d'opprobre le gouvernement qu'il représentait. Le Foreign Office ayant destitué sir William Hamilton, qui avait cessé de le représenter convenablement, Nelson épousa chaudement la querelle de ses amis, et, sous prétexte de santé , demanda à revenir en Angleterre. Il voyagea avec eux en Allemagne, recevant des fêtes , des dîners, des présents , et s'enivrant de la popularité qui entourait son nom. En Angleterre , les démonstrations furent pleines d'enthousiasme, et peu de mois après son retour, toujonrs dominé par sa folle passion, il rompit tous les liens qui l'unissaient à sa femme, dont le mérite lui était plus connu qu'à tout autre. Les dernières paroles qu'il lui adressa étaient un témoignage positif de son propre aveuglement : « Je prends Dieu à témoin, lui dit-il , qu'il n'y a rien en vous et rien dans votre conduite que je puisse vouloir changer. » Au commencement de 1800, lady Hamilton avait mis au monde, d'une manière mystérieuse, une fille à laquelle il donna le nom d'Horatia.

Le gouvernement anglais, voulant dissoudre l'alliance qui avait été conclue entre la Russie, la Suède et le Danemark, et qui menaçait sérieusement la domination maritime de l'Angleterre, envoya dans la Baltique une flotte de cinquante-deux voiles, dont le commandement en chef était confié à sir Hyde Parker. Nelson, qui venait d'être élevé au rang de vice amiral, commandait en second ( mars 1801). C'était à Copenhague qu'était le cœur de l'alliance. La mer libre ou la mort! était le cri des ouvrier» et des matelots volontaires qui accouraient en foule dans les chantiers et sur les vaisseaux. C'était aussi à Copenhague que l'Angleterre avait décidé de détruire l'alliance. La flotte franchit le Sund par la trahison ou la faiblesse des Suédois, qui ne défendaient point le passage. Dès le début sir Hyde Parker, dont l'habileté flegmatique contrastait avec la fougue et les inspirations audacieuses de Nelson, fut bientôt réduit, malgré sa position officielle, à se contenter d'un rôle secondaire. Nelson fit prévaloir son plan de campagne, et se porta

devant Copenhague , qui était protégée par dix vaisseaux , onze batteries flottantes et <Iea\ citadelles. Ces défenses combinées étaient formidables. Les feux des batteries et des citadelles étaient liés ensemble. Parker hésitait à tenter une entreprise qui pouvait tourner en désastre. L'ardent .Nelson , désespéré de ces irrésolutions, offrit de forcer la ligne danoise si on lui donnait seulement dix vaisseaux. L'amiral céda , et en lui en couliant douze remit entre se* mains la direction de l'attaque. Quand on vit le danger approcher, toute la ville courat aux armes avec le plus grand enthousiasme ; une terrible bataille s'engagea (2 avril ). Malgré les forces triples dos Anglais, les Danois firent la plus glorieuse résistance- L'amiral Parker, découragé par cette vi« gueur et la grande effusion du sang, hissa |M>ur toute la Hotte le signal de la retraite. Mais Nelson, dominé par cet acharnement inouï qu'il |>ortait partout a la guerre, refusa d'obéir : » Cesser le combat!... Que je sois damné «j'obéis!... Vous savez, dit-il en s'adressait à son capitaine, que je suis borgne?... Eh bien! admettons que je sois aveuglé!... » Et au milieu d'un feu terrible, plaçant sa lunette sur l'œil qu'il avait perdu : « Je vous assure, dit-il, avec un amer sourire , que je ne voN pas le signal ! » Saillie héroïque, qui ne pou* vait échapper qu'à un tel homme. Enlin la ligne de défense qui couvrait le rivage baissa pavillon. Nelson était maître de plusieurs vaisseaux, et proposa un armistice, menaçant de brider les vaisseaux si le feu de la ville continuait. L'armistice tut accepté, et des négociations suivirent Le prince régent de Danemark venait de recevoi r secrètement la nouvelle d'un événement tragique qui complétait la victoire des Anglais : Paul Ier avait été assassiné par ses courtisans dans la nuit du 25 mars. Le but que s'était proposé l'Angleterre fut atteint; le Danemark conclut un traité par lequel il renonçait à la coalition ( mai 1801). La France s» trouva seule à lutter pour la liberté des mers. Ce brillant coup de main valut à Nelson les remerctments du parlement et le titre de vicomte. Il parait certaiu qu'il dut son succès déinitif plus à la négociation qoa son audace extrême. Il se serait trouvé dans un grand danger si le gouvernement danois avait, d'après l'avis des officiers de sa marine, continué l'action. Le vaisseau que montait l'amiral avait touché , et en touchant il obstruait la passe, de manière que les autres vaisseaux ne pouvaient plus avancer. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peino que, le lendemain de l'armistice, on parvint a mettre à flot le vaisseau amiral, après en avoir retiré une partie de sa batterie basse.

Les préparatifs de flottille faits par le premier consul sur les cotes de la Manche avaient jeté une terreor générale en Angleterre Le gouvernement, bien qu'il les tbornât en ridicule, était sérieusement inquiet. Pour calmer les esprits, il donna ordre à Nelson de se rendre dans la

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