‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 132 sur 206 · SON G · texte numérisé non relu

SON G

seaux contre vingt, il alla forcer la croisière anglaise de Cadix et se réfugia dans ce port, où il fut bientôt bloqué par les flottés réunies de CoKmgwood et de CatnYr(?l août 1805).

Nelson, qui n'avait pas quitté le iront de son vaisseau en trois ans, était rentré en Angleterre ponr prendre quelque repos (20 août). Il s'était rendu dans sa maison de campagne de Merton, et y avait même fait transporter tous ses meubles de la Yictory, n'aspirant plus qu'à jouir d'une vie paisible. Il y était à peine depuis quelques jours, quand un matin, à cinq heures, le capitaine Black wood, un de ses amis, entra avec des dépêches de l'amirauté. Le premier mot de Nelson fut caractéristique : « Je suis sûr, dit-il, que vous allez m'apprendre où sont les Français : je sens là que j'ai encore à les battre. >• Black wood lui raconta les derniers événements. « C'est bon, c'est bon, reprit Nelson deux ou trois fois ; comptez que je donnerai encore une leçon à M. Villeneuve. » Mais son ami parti, il songea à la douleur qu'il allait causer aux siens, à lady Hamilton, à à ses sœurs, en leur annonçant sc3 projets de guerre, et il resta tout soucieux et incertain. Lady Hamilton devina les pensées qui l'agitaient, et comme il essayait de lui douner le change : « Je ne m'y trompe pas, dit-elle; vous songez à ces flottes ennemies que vous avez cherchées si longtemps, aux droits que vous avez sur elles... Eh bien ! offrez vos services, ils seront acceptés. Une belle victoire vous attend sans doute encore Après l'avoir gagnée, vous pourrez non* revenir, et jouir ici du bonheur que nous nous y réservons. » Nelson fut vivement ému de ce langage, et ses yeux se mouillèrent de larmes. H partit donc cette fois au milieu d'un concours immense et des adieux enthousiastes du peuple anglais, qui avait mis en lui son espérance, qui attendait de lui son salut. Quelques-uns pteuraient, d'autres se mirent à genoux, et les soldats qui, pour obéir à la consigne, croisèrent imprudemment la baïonnette contre la plèbe furent obligés de battre brusquement en retraite. Nelson arriva devant Cadix le 29 septembre , anniversaire de son jour de naissance. Averti que Villeneuve y était encore, il croisa à une distance suffisante des terres pour que sa flotte ne fût pas aperçue des côtes d'Espagne, et pour encourager la sortie des flottes combinées. Villeneuve pour racheter sa faute résolut de livrer bataille, quand tout le désir de Napoléon était de conserver sa marine pour des temps meilleurs. Après diverses évolutions, les deux flottes se trouvèrent en présence le 21 octobre, à la hânteur du cap Trafalgar. Nelson avait sous ses ordres vingt - sept vaisseaux de ligne et quatre frégates ; Villeneuve , y compris les Espagnols , trente-trois vaisseaux et sept grosses frégates Ce dernier forma sa ligne de bataille en ordre parallèle, comme on combattait dans l'enfance de l'art, et sur une longueur d'une lieue. Nelson, au contraire, forma sa flotte en

NELSON

deux colonnes, ayant pour avant-garde les huit vaisseaux à deux ponts qui marchaient le mieux, dans le but de couper le centre et la gauche de la ligne ennemie. Il ne paraissait pas douter de la victoire : « Combien de ces vaisseaux rendus ou coulés vous paraltront-ils un témoignage suffisant pour nous d'unegrande victoire ? •> dit-il en plaisantant à son ami Blackwood. — « Douze ou quinze, - répondit celui-ci. — • Ce n'est pas assez, répliqua Nelson, je ne serai pas content à moins de vingt vaisseaux. •» Vers onze heures, les deux colonnes anglaises, s'avancant vent arrière, et toutes voiles dehors, joignirent la flotte française. A midi, Collingwood reçut le premier boulet de l'escadre ennemie, et s'engagea seul dans les rangs de cette formidable armée. Enveloppé tout aussitôt et perdu dans un tourbillon de boulets : « Nelson, disait-il à son capitaine de pavillon, donnerait beaucoup pour être ici ». Et de son côté, Nelson, qui avait vu ce mouvement : « Voyez, disait-il, comme Collingwood, ce noble frère, mène au feu son bâtiment. » Un peu avant que les flottes fussent à portée, il avait fait élever au sommet du mât de la Victory le mot d'ordre de la journée, attendu de tous les matelots. « L'Angleterre compte que chaque homme fera son devoir! » Et ce signal, passant de navire en navire, fut accueilli avec des cris d'enthousiasme par tous ces hommes que la présence du danger mettait un moment au niveau de leur illustre chef. Nelson portait ce jour-là son vieux frac d'amiral, orné des quatre brillantes décorations dont il avait été gratifié à l'étranger et dans sa patrie. Elles le signalaient au feu des tirailleurs dont les Français couvrent les hunes, dans les combats de mer, pour éclaircir les rangs de l'ennemi. Ses officiers, inquiets pour leur chef, voulaient charger le chirurgien ou le chapelain d'adresser quelques mots à l'amiral pour lui persuader de changer son habit ou couvrir ses éclatants insignes. Personne n'osa tenter la démarche : on le pria seulement de songer à son rang de général en chef, de ne pas s'engager le premier, comme un vaisseau d'avant-garde, avec la masse serrée des vaisseaux de la flotte combinée, et de permettre , en diminuant ses voiles, au vaisseau le Leviathan, qui suivait le sien, de le dépasser et de recevoir le premier feu des Français : — « Je le veux bien, répondit il en souriant; que le Leviathan passe le premier, s'il le peut. » — Puis il avait couvert la Victory de toutes ses voiles, et il était resté ainsi en tète de la colonne. Il jugea qu'il était temps de renvoyer à leur poste les capitaines de frégates qu'il avait encore à son boni, et reconduisit celui de VEuryatus, le capitaine Blackwood. Celui-ci lui ayant pris la main : « J'espère, lui dit-il, revenir bientôt, et vous trouver en possession île vingt vaisseaux ennemis. — « Dieu vous bénisse!... répliqua l'amiral... Mais je ne vous reverrai jamais.». Trois minutes après, les cinq ou six vaisseaux français qui entou-

raient Le Bncen taure, vaisseau monté par l'amiral Villeneuve , lançaient à la fois leurs bordées contre la Victory, dont les cent canons se taisaient encore. Cest ainsi que Nelson était entré au feu. Vers une heure , alors que partout, et en particulier autour de la Victory, le combat se continuait avec un acharnement furieux, une balle, partie du Redoutable ( vaisseau français), vint frapper Nelson à l'épaule gauche. Il tomba sous le coup, la face contre terre. Un sergent d'infanterie de marine et deux matelots se précipitent pour relever l'amiral. Le capitaine Hardy s'avance, et le fait porter au poste des malades. On lui ôta cet habit auquel , peut-être , il devait sa fatale blessure , et le chirurgien procéda à l'investigation de l'endroit où la balle avait frappé. Il s'assura bientôt qu'elle avait pénétré au-dessous de la clavicule gauche, et s'était logée, suivant tonte apparence, dans l'épine dorsale. Le blessé éprouvait de vives souffrances, qui s'aggravaient d'heure en heure, et pendant ce temps la bataille continuait avec furie, avec un acharnement sans exemple. De temps à autre un bruit de voix humaines arrivait par les écoutilles et les sabords : ■ Que signifient ces cris ? demandait Nelson d'une voix affaiblie- >• — « C'est un ennemi qui amène pavillon, - fut-il répondu. Déjà à trois heures la victoire était décidée. Les souffrances du blessé devinrent tellement atroces que plus d'une fois il souhaita la mort. Le capitaine Hardy étant venu lui dire pour le ranimer que déjà quatorze ou quinze vaisseaux s'étaient rendus : « C'est bien, répliqua-t-il; pourtant il m'en fallait aa moins vingt. » El, donnant à sa voix une force singulière: « Jetez l'ancre, Hardy, jetez l'ancre! » recommandation qui témoignait de sa profonde prévoyance -, car dès le matin même il avait prévu la tempête épouvantable qui éclata le soir, qui mit en danger la flotte victorieuse , et fit sombrer la plupart des vaisseaux de la flotte vaincue. Pendant ces heures d'agonie , allégées jwr la joie d'une immense victoire, il recommanda encore à sa patrie lady Hamilton et sa fille Horatia , et le nom de cette femme fut avec celûi de l'Angleterre le dernier murmure qui s'échappa de ses lèvres II expira à quatre heures trente minutes, et précisément à cette heure l'amiral Gravina envoyait à l'armée le signal de ralliement, répété par Le Neptune, et tous ceux des vaisseaux français ou espagnols qui n'étaient ni pris ni désemparés quittaient cette mer fatale, où les forces maritimes des deux nations venaient pour bien longtemps d'être anéanties. La victoire de Trafalgar rendit définitivement l'Angleterre maltresse unique de l'Océan Tous les honneurs, toutes les récompenses qu'une nation reconnaissante peut accorder furent décernés à la mémoire de Nelson. Le titre de comte fut conféré à son frère, avec une pension perpétuelle de 6,000 livres sterling (150,000 fr.)- Ciiacune «e ses deux sœurs reçut 10,000 liv. sterl. La femne

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qu'il avait si indignement outragée obtint une [ rente viagère de 1,000 liv. sterl. Le legs auda- j deux qu'il avait fait à sa maîtresse fut juste- ! ment répudié. On ordonna des funérailles pu- 1 biiques, et un monument s'éleva par souscription nationale. Des statues furent érigées dans j plusieurs des principales cités. Le cercueil de j plomb dans lequel ses restes avaient été rappor* ! tes en Angleterre, le pavillon de son vaisseau , qui devait figurer dans le cortège funèbre furent mis en pièces, et le peuple se les arracha comme des reliques sacrées.

On montre encore à l'hôpital des Invalides de Greenwich l'habit que Nelson portait au moment où il fut frappé mortellement , et l'on y voit le trou de la balle et les traces de l'hémorragie qu'elle avait déterminée. A Londres, une belle statue lui a été élevée dans Trafalgar-Square. Nelson fut alors , et il est en grande partie encore aujourd'hui, le héros par excellence de l'Angleterre. D'autres ont pu avoir autant de génie ; personne n'a su inspirer autant d'enthousiasme et se faire une place aussi grande dans les sympathies de ia nation. Personne n'a gravé son nom plus profondément et avec plus de gloire dans les annales de la Grande Bretagne. J. Chanot.

Churchill fl\ O ), Life of lord viseount Horatto Netton ; London, 1808 and lfliS. — Clarkc ( Samuel ), Life of admirai tord lior. Nelson; London, 1809, t vol in-v».

— Southey (Robert). t,i)e of Nelson; London. 181»; le mérite de l'ouvrage n'e^t pas au niveau de la réputaUon dont II a Joui -- Nicolas (»lr Marri*), lie s patch es und Letters of Nelson ; i8i*. 7 vol. — TucKer ( J -M. ), Memoirs ofthe lÀfe of lord Nelson; london, 18*7. - Pettigrew | Thomas l, .Vemoirs of tke bfe of vice- admirai lord Horatln Nrtson; London. 1849, t vol. ln-8°. — Taylor ( W. C ). National portrait ('.aller y, t. !«'. — Allen (Jiweph), fjfe of viseount Nelson, duke of Bronte, 1853 — Jaroex, Nural fiittory of Englnnd. — Tlitrrs, Histoire du Consulat et de V Empire — Kifrnon, Histoire de France sous N'tpniéon. — E. Korgue», Histoire de Nel' son 1M0 — Guertn, Histoire de la Marine française. - An» Irai Jurlen de la Gra vitre , Guerres maritimes, t vol.

- Lamartine ( Alphonse de), Nelson, 1788 18<H, an vol.

nbmbitz ( Joachim- Christophe), érudit allemand, né à Wismar.le 4 avril 1679, mort le «juin 1753 Après avoir exercé pendant quelque temps dans sa ville natale la profession d'avocat, il devint en 1707 précepteur des fils du comte de Stenbock ; il les accompagna à l'université de Lund, où il tit des cours publics d'histoire et de politique, et parcourut ensuite avec eux la Hollande, la France et l'Angleterre; plus lard il fut chargé de l'éducation de plusieurs princes, avec lesquels il visita la France et l'Italie. Depuis 1743 il vécut retiré a Strasbourg. On a de lui : De modestia historien in censuris principum observanda; Lauden, 1709, in-4°; — Séjour de Paris, oder Anleitung wie Reisende sich in Paris ztt verhalten haben (Séjour de Paris, ou Instructions pour les voyageurs qui visitent celte ville ) ; Leipzig, 1726. et Strasbourg, 1750, in-8°; une traduction française fut donnée à Leyde, 1727, 2 vol. [ in-8°; — Fa*ciculus inscription um singulahum in itinere Italico cotlectarum ; Leip- 1

NÉMÉSIEN 650

zig, 1726, in-8°; — Nachlese besonderer fiachrichten von Italien ( Regain de notices sur l'Italie); Leipzig, 1726; — Remarques nouvelles sur l'Histoire de Charles XII par M. de Voltaire; Francfort, 1738, in-84; — Vernûnjtige Gedanken von allerhand historischen , critischen und moralischen Materien ( Réflexions sur divers sujets d'histoire, de critique et de morale); Francfort, 1739- 1745, 6 vol. ln-8° ; ce recueil curieux fut augmenté de deux vol. par Scheibe. Nemeitz a édité les Mémoires du comte de Stenbock. O.

Hlrschlog, HandbucH - Meuscl, Urikon, - Slrodttnann. Neues geUhrtes Europa, t. IV cl XL

if embsien ( M.-Aurelius-Olympius Nemesianus), poète latin, né à Carlhage, en Afrique, vivait vers la fin du troisième siècle après J.-C. Il vécut à la cour de l'empereur Carus ( 283), et remporta tous les prix dans les concours poétiques ( omnibus coronis ( non coloniis ) illustrât us emicuit, dit Vopiscus ). H osa même lutter contre le jeune prince Numérien, et celuici ne lui en voulut pas d'avoir remporté la victoire. Vopiscus, à qui nous devons ces détails, ajoute que Némésien était l'auteur des poèmes Sur la Pêche, la Chasse, et la Navigation ( 'AXieurixd, xuvYjYextxâ , vavmxdt , peut-être au lieu de vocutixà faut-il lire Ideurtxâ, chasse aux oiseaux ). Tous ces poèmes ont péri , à l'exception d'un fragment des Cgnegetica comprenant 325 vers hexamètres qui, par la pureté et la clarté du style, ne sont pas indignes de l'admiration qu'ils obtinrent des contemporains. Ces vers, qui appartenaient sans doute au premier livre, ne contiennent que des préceptes sur l'éducation des chevaux et des chiens et sur les ustensiles de la chasse. Deux courts fragments De Aucupio ( De la Chasse aux oiseaux ) et une petite pièce intitulée Les Louanges d'Hercule ( Laudes Herculis ), œuvre d'un auteur inconnu, ont été attribués à Némésien sans motifs plausibles. C'est sans plus de raison qu'on lui attribue quatre des églogues de Calpurnius. Ange Ugoletli, le premier auteur de cette revendication, prétendait s'appuyer sur l'autorité d'un ancien manuscrit ; mais les meilleurs manuscrits connus portent seulement le nom de Calpurnius, et l'on ne trouve celui de Némésien que sur des manuscrits de récente date. Certains biographes ont établi des rapports entre Némésien et Calpurnius ; ils supposent que le poète favori de Carus et de Numérien fut le bienfaiteur de Calpurnius, son ami et son émule, réduit à un dénûinent affligeant. Cette conjecture est uniquement fondée sur une dédicace, Ad Nemesianum carthaginiensem, qu'offrent généralement les manuscrits et les éditions de Calpurnius. On a identifié ce Némésien avec le M. A. Olympius Némésien, et on a cru reconnaître Némésien sous le déguisement du berger Mélibéc de la quatrième églogue de Calpurnius ; mais ces suppositions hasardées n'ajoutent rien

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au peu que nous savons sur la vie des deux poètes ( voy. Calpi'kmus).

Le fragment des Cynegetica, découvert à Tours par le poète Sannazar, fut publié pour la première fois par les héritiers d'Aide, 1634, in-8% avec le poème de Grotius Faliscus Sur la Chasse et une bucolique attribuée à Némésien ; on le trouve avec les vers De Aucupio dans les Poetx latlni minores de Burmann , Leyde, 1731, vol. I, p. 317, 415, et dans les Poète latini minores de Wersndorf, Altenbourg, 1780, vol. I, p. 3, 123. La meilleure édition est celle de Stem : Grotti Falisci et Olympii bernes ta ni carmina venatica, aim duobus fragmenta De Aucupio; Halle, 1832,

Vopiseus, Ntmeriama. — Wernadorf, Prtfaee 6n son éditlou des Cfncgrtica rt des fragment* De Micupio. — Suillli, Dictionary of grtek and roman biographe.

KÉMÉSICS ( Nefiimoç ), tliéûlogien et philosophe grec, vivait vers la tin du quatrième siècle. On a très-peu de détails sur sa vie. Les manuscrits et Anastase de Nioée lui donnent le titre d'évéque d'Émèse en Syrie; c'était évidemment un chrétien et un homme pieux. La date 4e sa vie est fixée avec assez de précision, soit par les deux plus anciens écrivaiosqui le citent, Anastase et Moses Bar-Cepha, soit par Néméaius lui-même, qui dans son traité Sur la Nuiure de l'homme mentionne Apolliuaire et Lunomius. Némésius vivait donc à la fin du quatrième siècle ou an commencement du cinquième siècle. L'auteur du traité Le ta /Sature de C/iomme a été quelquefois identifié avec un ami de saint Grégoire de Nazianze, Némésius, homme de savoir, d'abord avocat, puis préfet de la Cappadocc. Ce Némésius était païen, et saint Grégoire lui adressa plusieurs lettres et même un poème pour l'engager à embrasser le christianisme. Il est possible que le préM de Cappadooe se soit converti, qu'il soit devenu évèque d'Lmèse et qu'il ait écrit un traité de philosophie chrétienne; mais ces possibilités ne sont pa6 une raison suffisante pour que l'on accorde sans aacune preuve le traité De ta Nature de l'homme à Tarai de saint Grégoire de Nazianze. Cet ouvrage a été attribué aussi à saint Grégoire de Nysse, mais avec moins de raison encore et uniquement peut-être parce que l'on a cou tondu le traité De la Nature de V homme (flepl çyot u; dvdpumou ) avec le traité Sur la Conformât ion de C homme ( flepî xaxaunuvfn àv&puncou ) composé par Grégoire de Nysse pour compléter V Emnéahémeron de son frère, saint Basile. L'ouvrage de Némésius est un traité de psychologie et de physiologie élégamment écrit pour le temps, et contenant des doctrines rarement originales, mais souvent judicieuses. « L'homme, selon Némésius, est un être double, composé d'un corps et d'une âme : le corps est comme un résumé des perfections de la nature organisée; rame se divise en deux parties, l'une

NKMISIUS çr,*

irraisonnahle, l'autre raisonnable. L'âme raisonnable comprend la pensée, la mémoire et surtout la volonté, dont le caractère libre et indépendant constitue la personnalité humaine. L'âme irraiBonnable est double elle même; elle contient des facultés qui. sans participer de In raison, lui sont du moins soumises, comme le désir et la répugnance ; elle contient des facultés à la fois étrangères à la nature de la raison, étrangères à son empire, comme la nutrition et les diverses fonctions qui appartiennent à la vie animale. Rien de plus simple ni de plus clair que cette théorie de l'homme ; mais il s'en faut que le texte de Némésius les présente avec netteté. A la première lecture, au contraire, ua esprit peu expérimenté trouve difficilement sa roule à travers de nombreux chapitres assez mal coordonnés. L'ordre est au fond des idées, mais à l'extérieur il est trop peu sensible. Si ce défaut pouvait être corrigé dans le traite De la Nature de l'homme par quelques tran&i>ositions qui peut-être même ne feraient qu'en rétablir le texte dans son intégrité primitive, on aurait là nn des abrégés les plus commodes pour

l'enseignement des éléments de la phie (1). » Au point de vue théologiqne, i'oovrage de Némésius n'eat pas irréprochable ; on le blâme d'avoir accepté quelques opinion erronées d'Origène, et de s'écarter, par exemple, touchant la préexistence des âmes, de l'opinion généralement admise par l'Église. Aux yeux des modernes le principal mérite de Némésius est d'avoir soupçonné la circulation du sang et les fonctions de la bile. Les passages de son traité qui se rapportent à ces deux grands faits physiologiques ne sont pi clairs ni pr<cts; mai» ils. sont curieux. « Le mouvement du pouls (appelé aussi le pouvoir vital, prend, dit-il, »on origine du cœur et principalement du ventricule gauche L'artère est avec une grande véhémence dilatée et contractée, par d'harmonie et d'ordre, le mouvement çant au cœur Tondis qu'elle est dilatée , elle attire avec force la partie la plus ténue du sang des veines voisines, et l'exhalaison ou vapeur de ce sang devient l'aliment de l'esprit vital. Maïs pendant qu'elle est contractée, elle extule toutes les fumées qu'elle contient à travers tout le corps et par de secrets passages, de inêmre que le cœur rejette tout ce qu'il contient de fuligineux à travers la bouche et le net par expiration. » Voici le passage sur la bile. ■ La btfe jaune est constituée à la fois pour elkv-wème et aussi pour d'autres propos ; car elle contribue à la digestion et active l'expulsion des excréments ; c'est pourquoi elle esl en qurique sorte un des organes nutritifs, outre qu'elle donne au corps une sorte de chaleur, comme le pouvoir vital. Pour ces raisons donc, elle semble faite pour elle-même ; mais en tant qu'elle

il) Bggcr, dans le Dictionnaire i

6 >3 -NfalKSIUS -

pnr^'e le sang, elle semble faite en quelque sorte p >ur le sang aussi. » Ces passages ne prouvent nullement que Némésiua ait devancé les découvres de Harvey sur la circula lion du sang, de Sylvios sur les fonctions de la bile; mais ils montrent que sur oes doux points si importants de la physiologie les anciens étaient allés plus loin qu'on ne le suppose ordinairement. Le traité de Nétnésius a été inséré dans plusieurs collections des Pères de l'Église. Georges Valla ai publia une traduction latine; Leyde, 1538, m-8°. La première édition séparée du texte grec parut par les soins de Nicasitis Ellebodins, aveç une traduction latine; Anvers, 1566, in-S°; puis vint l'édition du docteur Fell, Oxford, 1€71, in -8°. La meilleure édition est ceHe de F. Matllia'i ; Malle, 1802, in 8°. Le traité De la Nature de l'homme a été traduit en italien par Dornin. Pi ni menti ; en anglais par Georges Mrither, Londres, 1036, in 12; en allemand par Oster.hammer, Salzbourg, 1819, in-8°, et en français par J.-B. Thibault; Paris, 1844, in-8°. L. J.

Ann0.a*c, Çu.tU. in S. Script., dans la Hibliotheca Patrum. vol. VI, édtt. de Part*, irrs. — Fabricios. BiMiothtea grxca. - Brneker. Htitarta eritica philotophtte. — Ho lier, Bibtiotltcca anatumica. — Sprcnset, Histoire de ta vit&ecine. - Frrlnd. History of /'*y<ir. — Bsylc, Met. hut. rt erit. - Cbauffep*, Met. historique. - Fell, Prr/itce et liotes de hh édiL - Thibault, Préface et Note* de ton etllt.

nemivs (Jean), humaniste hollandais, né à Bois-le-Duc, au commencement du seizième siècle. 11 entra dans les ordres, et fut successivement recteur des écoles de Nimègue, d'Amsterdam et «le Bois-le-Duc. On a de lui : De imperio et servifute ludi mtujislrï poema ; Nirnégue, 1551, in-4°; — Parens et noverca, poema; Anvers, 1553, in-8u; — Epitome de conscribendts epistolis; Anvers, 1052, in-8"; — Annotationes in syntaxxm Et as mi ; Anvers, in-H". Neroius a le premier donné une traduction latine de l'histoire facétieuse de TiH Eulenspiegel, sous le litre de Ulularum spéculum, alias triumphus humante stultitix, vel Tylus Saxo; Anvers, lbG3, in-8° (voy. Freytag, Ap~ paratust t. II, p. 1017). O.

Foppens, Bibliotheca belgiea.

HEMOtifts ( Jacques rf'Aim acnac , dac nE), Dé vers 1437, décapité à Paris, le 4 août 1 Î77. Il était fds de Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac ( second fils du connétable d'Armagnac), et de ÉJéonore de Bourbon, comtesse de la Marche et de Castres, duchesse de Nemours (1). Son père avait été le gouverneur du dauphin (depuis Louis XI ) ; lui-même fut en grande faveur au commencement du règne de ce prince. Louis XI lui donna en avril 1462 le duché-pairie de Nemours, auquel il avait quelques droits par sa

fl) Charles VI érigea la terre de Nemoors en doebépalrtr, le* )uin iM4, et la donna a Charles III de Navarre en échange da comté d évreni A la mort de Chartes lit, en Un, 1r dvefcé de Ttemmirs ut retour à la couronne. Mais Rléooore de Bourbon prétendait * la possession de ee tfncM. comme petlte-fflle de Charles III, par sa merc , Bcalrti de Navarre.

- ISEMOURS 651 mère, Éléonore de Bourbon. La même année il le mit à la tête des sept cents lances françaises, qu'il envoyait au secours du roi d'Aragon contre les Catalans, soulevés. En échange de ce secours, le roi d'Aragon céda le Roussilloa à la France; mais il aurait bien voulu conserver cetteprovince, et il excita une sédition à Perpignan. Le duc de Nemours fut chargé d'aller réduire cette place, entreprise qui offrit peu de difficulté. Malgré les bienfaits dont il avait été comblé par le roi , Jacques d'Armagnac entra dans la li^ue du Bien public en 1465. Il fut un des premiers à négocier; mais il fit, en son nom et au nom des autres chefs de la ligue, des demandes si exorbitantes que Louis XI les rejeta, marcha contre les rebelles, enfermés dans Riom, et les força de consentir à un armistice. Cependant les circonstances devinrent bientôt si fâcheuses pour Louis XI que le duc de Nemours obtint le gouvernement de Paris et de i'Ile-de- France , avec une pension, la solde de deux cents lances et la nomination aux offices et bénéfices dans ses seigueu ries Peu après ce traité, lui et ses cousins, le comte d'Armagnac et le sire d'Albrct, prêtèrent serment an roi de le servir contre tous, même contre le duc Charles, son frère. Ce serment fut mal tenu. Si les deux d'Armagnac ne 6'iinirent pas ouvertement aux ducs de Bourgogne et de Guyenne, ils traitèrent avec le mi d'Angleterre et le pressèrent d'envoyer une armée dans la Guyenne ; en attendant ils se mirent en campagne avoc quelques bandes de pillards (1409). Le roi envoya conlre cox le comte de Dammartin en l'autorisant à traiter. Nemours n'essaya pas de résister. Par un accord conclu à Saint-Floirr, le 17 janvier 1 470, « il confessa que bien que le roi l'eût agrandi et lui eot fart de grands biens, il en avait été si méconnaissant, qu'il s'était soulevé centre lui , qu'il avait débauché ses sujets et ses serviteurs, avait machiné sa prise et la détention de sa personne, avait faussé ses serments, avait pris son argent, et au lieu d'apaiser les autres, comme il l'avait promisses avait animés contre le roi. Il s'engagea a perdre tons ses domaines et les privilèges de la pairie s'il manquait de nouveau à ses serments, et consentit à ce que tous ses serviteurs fissent on serment direct au roi. » En prêtant ce serment, Nemours était peut être sincère, et il mit dès lors une grande réserve dans sa conduite. 11 voyait avec effroi suspendue sor sa tête la colère de Louis XI, qui, devenant choque jour plus puissant, pensait à tirer vengeance des seigneurs qui l'avaient trahi en 1465. Par l'ordre du roi de France, le comte d 'Armagnac fut tué en 1473. Quelques lettres du duc de Nemours, trouvées dans les papiers du comte, comaùiquirent le roi que les deux cousins continuaient à agir de concert avec les princes mécontents. Cependant comme Jacques d'Armagnac n'avait pas fait de démarche ostensible, le roi le laissa pour le moment en repos. Mais dès que la défaite du duc de Bourgogne à Grand son l'c*t rassuré du

tM+ d-> vm principal adversaire, ii ne ménagea plu* ri*n et charge le «ire de Beaujeu d ai 1er a»»**gfT le dite de Nemours daos son château de Cariai Le doc fat fa/t prisonnier et coudait a Tienne en Dauphin*, «mi Louis XI était alors. Le foi, refusant de ie voir, le fit enfermer au chateau de Pierre- EncHe, d'où, le 4 août 1476, il fut transféré a la Bastille. Sa femme, Louise d'Anjou, filJe do comte du Maine et nièce du roi René, que le roi loi avait fait épouser en 1*62, mourut en couches de douleur et d'effroi pendant ie siège de Cariât. Nemours avait été coupable en 1465 et 1469; mais il était couvert par plusieurs traités, et depuis 1470 ii s'était tenu ' paisible. ■ f> ailleurs parmi le» grands seigneursdu ; myaurne, dit Arneigard , il n'y eo avait aucun de mœurs plus douces, d'un gouvernement plas :

lab&ait trois fiis. Un des cornât' >:«<ap*s «a avaient eo part an dépnuJkado duc Bo*axV dd Jod:ee, a6n de nwn s assurer la

<f Armagnac, rainé de ces entants. Ni fui Leraien eflet le tôt donna en garde, et le mal Iwirmi entant, enfcrm» dans ta dtadrâe de

Amelfard. De Betut pestu Iximncx SI. - SoaH, Hutmrt de Umu XII. - c mn, Memmm, L VI, les Pmmt par &»:efrç.» — EmaCr, HUt*n dm VII. II. T. \I -

L \UI et Xiv. -

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plu* honora We » L* sire de Beau jeu, en le prisonnier, lui avait promis debonnescondilions; mai» aucune de ces considérations ne toucha le roi, qui montra contre cet ancien favori qui l'avait trompé une férocité impitoyable. Il or ! donna de renfermer dans une cage de fer, et de le gehenner bien étroit pour le /aire parler i clair. La procédure s'instruisit, non devant le ! parlement, mats devant une commission présidée par le sire de Beaujeu. Pour être plus sûr des commissaires, Louis XI leur distribua les domaines de l'accusé. La torture n'arracha aucune révélation au duc de Nemours, et on ne put établir contre lui aucune charge |K>sitive. Enfin, sur quelque* bonnes paroles du roi, il s'imagina qu'il l'apaiserait par une franche confession. Il lui écrivit une longue et touchante lettre dans laquelle, après de* aveux explicites , mais qui n'établissaient pas cependant sa participation aux complots qu'il avait connus, il faisait appel à la clémence du roi et signait te pauvre Jacques. Une fois muni de c<tle lettre, Louis XI pensa qu'il obtiendrait facilement une condamnation du parlement , et il permit que Nemours fut jugé par cette cour, qui fut mandée à Noyon et présidée par Beaujeu, lieutenant et gendre du roi. Sous la pression de l'autorité royale , le parlement condiimna, le 10 juillet 1477, Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, à être décapité comme coupable de lèse-majesté. Ses biens furent confisqués. L'arrêt reçut non exécution, le 4 août, aux halle*. Une foule immense assista a ce triste spectacle et montra beaucoup de pitié pour cet Illustre seigneur, dont on oubliait les fautes, et qui paraissait sacrifié moins à la jus lice qu'a la vengeance (I). Le duc de Nemours

dua de

det f-ran;

France, l V i.

SEJaorms(£oiùs n'Ai* te* %c siéir.t- f:i s du pr noient, ne en I4"3, 1503, à Cérignole*. Il eut Louis XI pour parrain. Il n'avait que quatre an* lorsque son père fat eiecal* par I ordre de ce prince. Enferme avec sot frère Jean à la Ba Mille, il n'en sortit qu'après la mal de Louis XI, en 1483. Les deux jeunes pria» réclamèrent aux états de Tours les domaines de leur père; mais malgré les disposition* fatorables de cette assemblée, leur recUrottioa tt fut pas immédiatement accueillie. Aussitôt que Charles VIII eut la possession incontestée àa pouvoir royal, il en fit usage pour rétablir dam leurs biens et honneurs ses cousins Jean et Lomf d'Armagnac « abolissant , disait-il , autant qae métier serait, toute macule et incapacité qufo pourraient avoir encourue, au moyen (k certain prétendu arrêt, que Ton dit avoir été d«8t et exécuté à rencontre du feu dit Jacques d'Armagnac, leur père. * Jean d'Armagnac moonrf vers 1500, et Louis lui succéda dans le titre de duc de Nemours. Habile dans tous les exercices du corps, Louis de Nemours s'acqoit unegran«k réputation de valeur. Il accompagna Charles Mil dans l'expédition de Naples, et se distingua dan* la retraite. Lors de la seconde occupation de Naples par les Français, sous Loois XII, le «h* de Nemours fut nommé vice-roi de Naples et commandant en chef de l'armée d'occopalwi» en 1501. Le jeune général ne passait pas P°"r un habile militaire, et l'on s'étonna de le voir préféré à tant d'anciens capitaines qui avaient conquis Naples, et surtout à d'Auhigni. Ce mécontentement de l'armée eut bientôt de fun«t« effets. Par un traité conclu entre Louis *" " Ferdinand, le royaume de Naples avait été partagé entre les deux rois; Louis XII avait la le"*

de Labour et les Abruzzes avec Naples,

et Fer-

(I) D'après une tradition acceptée par de graves hlstofl'n» , Mtieral, Kossort, Garnlcr, 1rs jeunes enfanta du dur de Neuiours auraient eie conduit*, vélus de blanc, •ou* lecl.afaud de leur père, afin que son sang coulât aur leur lete. l.oui* XI était malheurcu*ctnrnl trop capable de ce raffinement de cruauté, mais II serait Injuste de le lui Imputer sans preuve*. . Aucun dt-s narrateurs contemporains, dit M. de llarantc. même de ceut qui se ••Bt le plus apitoyés et tadigués t Amclgard, seUsd)»ur

dinand avait la Calahre et la Pouille; mai* "'M impossible aux Français et aux Espagnols * s'entendre 6ur les limites de leurs provinces re> pectives. On se disputa surtout la perception**

ce supplice, ne fait mention de cette circonstance. L*»™" cat qui, au nom des malheureui orphelins , !•«*•** M* bien» rt sans secours, présenta requête aui rUU « royaume, assembles en IV», après la mort du roi « parla pas non plus de cette eruaoté ; pourtanl II rien de ce qui pouvait eicllcr une Juste pille <» fiUJ de ces pauvres enfants, et ne garda point de mtt*f*~^ ments pour la mémoire détestée de leur persecutt»* »

droits imposés sur les troupeaux à l'époque de leur émigration annuelle. Gonsalve de Cordoue, général de Ferdinand, ne voulant pas céder sur ce point . occupa la Capitanate dans l'hiver de i 502-1503. Nemours n'était pas capable détenir tête au grand capitaine. Mal servi par une armée rriécontente, il eut de plus le tort grave de ne pas suivre les conseils du plus habile de ses lieutenants, d'Aubigni. Il dispersa ses troupes, envoya d'Aubigni en Calabre avec des forces in-

suffisantes, ne laissa devant Barlettc qu'un faible , rent d'efforts dans l'hiver de 1511. Les Suisses,

corps de troupes sous les ordres de La Palisse, et marcha sur 0 trante. Gonsalve de Cordoue battit et lit prisonnier La Palisse. D'Aubigni, acca-

Louis XII, né en 1489, tué devant Ravcnne, le 11 avril 1512. Louis XII rétablit pour lui, en 1505, le docile-pairie de Nemours. Le jeune prince alla servir à l'armée d'Italie en 1510, et à la fin de 1511 il succéda au duc de Longueville dans le gouvernement du Milanais et le commandement de l'armée française en Italie. Les Français, faiblement soutenus par le vacillant Maxirnilien, avaient à combattre la ligue des Espagnols, du pape et des Vénitiens. Les confédérés redoublé -

rompant la neutralité, envahirent le Milanais et s'avancèrent jusqu'au faubourg de Milan. Nemours, qui n'avait à leur opposer que des forces

blé parle nombre à Seminara, le 21 avril 1503, , insuffisantes, s'en ferma dans Milan; et les Suisses,

se réfugia dans la citadelle d'Angitola, et fut contraint de se rendre. Nemours, accourant pour

réparer ces désastres, rencontra Gonsalve à Céri- > trefaites, l'armée hispano-pontificale, commandée

qui s'entendaient mal a rent le chemin de leurs

faire des sièges, reprimontagnes. Sur ces en-

gnoles.le vendredi 28 avril. « L'armée espagnole, dit M. Henri Martin, avait couvert son front

par le vice-roi de Naples, don Raymond de Cardone, le cardinal-légat Jean de Médicis ( depuis

d'un large fossé; le jour finissait, et la prudence Léon X ) et Pedro Navarro, le meilleur général commandait aux Français d'attendre au lende- ! de l'Espagne, mit le. siège devant Bologne,

main ; néanmoins l'attaque immédiate fut décidée, après une violente altercation entre le viceroi et deux de ses capitaines. Nemours, cette

place dont la conservation importait au plus haut point à l'honneur des armes françaises. A cette nouvelle Gaston prit une décision digne

fois, penchait pour le parti le plus sage; Yves | d'un grand capitaine. Quoique menacé par les

d'Allègre le piqua aa vif en paraissant douter de i Vénitiens, il résolut d'aller au secours de Bo-

sa valeur; Nemours, irrité, donna le signal, et j logne. Il se porta rapidement sur Finale à une

s'élança à la tète de l'avant-garde , sans même journée de cette place; puis, par une marche de

faire reconnaître la position de l'ennemi. Le sort nuit des plus audacieuses, au milieu d'affreux

d'un combat commencé sous de tels auspices . tourbillons de neige, il pénétra dans la ville as-

ne fut pas longtemps douteux : les Français, ar- siégée sans être aperçu de l'ennemi ( nuit du 4

rêtés court par le fossé qui protégeait les Espa- j au 5). S'il avait attaqué immédiatement les as-

gnols, tentèrent en vain de le franchir sous le i siégeants, il les aurait surpris et probablement

feu meurtrier d'une nombreuse artillerie; le , taillés en pièces *, mais ses soldats, épuisés par

désordre était déjà dans leurs rangs , lorsque leur marche rapide, avaient un besoin absolu de

deux charrettes qui renfermaient les poudres de , repos; il remit donc l'attaque, et Cardone, dé-

l'armée espagnole sautèrent avec un bruit épouvantable ; cet accident, qui semblait devoir être

campant dans la nuit du 6 au 7, se retira sur Imola. La veille du mouvement de Gaston sur Bologne,

fatal aux ennemis, décida leur victoire; l'arrière- I un corps d'armée vénitien était entré dans Bces-

garde française, saisie de ces paniques si ordinaires dans un assaut nocturne, prit la fuite au fracas de l'explosion, entraînant avec elle son commandant, Yves d'Allègre : la cavalerie de Gonsalve, s'élançant hors du camp, enfonça et culbuta le reste de l'armée ; le duc de Neinours fut tué et l'armée de France fut disper

cia,dont les habitants, soulevés contre les Français, lui avaient ouvert les portes. L'insurrection avait gagné tout le pays bressan et bergamasque, et menaçait d'atteindre Crème et Crémone. Les Français allaient se trouver enveloppés dans un cercle d'armées ennemies et d'insurgés. Déjà le général vénitien Baglioni se dirigeait sur Brescia

sée et presque détruite. « Cette défaite coûta aux pour renforcer le corps d'occupation. Nemours,

Français tout ce qu'ils possédaient dans le laissant dans Bologne trois cents lances et quatre

royaume de Naples. Avec le duc de Nemours mille fantassins, courut sur Baglioni avec une

finit la maison d'Armagnac, qui avait joué un rôle rapidité inouïe, le battit complètement à l'Isola

si grand et si tragique dans l'histoire de France,

et qui faisait remonter son origine jusqu'à Hari-

bert, frère du roi Dagobert. L. J.

Saim-Gclal». Histoire de Louis XII, a*ec de» Notes et d« hreuctt par Godcfrojr. — Jean d'tuton, Histoire de fouis XII avec de* N otet et Preuves. — Kleurange*, Mémoire*. — Suroonrll, Histoire des république* italiennes, c 101 ; Histoire des Français, t. XV. — Henri Martin, Histoire de I rance, t. VII

KEMoms (Gaston de Foix, duc de), célèbre généraj français, fils de Jean de FOix , vicomte de Narbonne et de Marie d'Orléans, sœur de

délia Scala, et arriva devant Brescia (le 17 février). La ville sommée de se rendre refusa, et l'armée française donna l'assaut le 19. Le sol glacé était si glissant que les gendarmes, qui sous les ordres de Bayart formaient la première colonne d'attaqne, marchaient avec peine. Gaston, en véritable montagnard des Pyrénées, leur donna l'exemple de quitter leurs souliers et courut avec eux pieds nus à l'assaut. La ville fut prise malgré l'héroïque résistance des Vénitiens et l'aide que leur prêtaient les habitants en jetant

de leurs fau t s. sur les Français « gros carreaux, pierres et eau chaude ». Les vainqueurs sacca gémit la ville et massacrèrent une partie de la population. Le comte Ludovic, Avogara et ses deux fils, nobles bressans qui avaient fomenté l'insurrection, furent décapités. Le pillage de Brescia porta malheur à l'armée française. « Il n'est rien <le si certain, dit le biographe de Bavart, que la prise de Bresse fut en Italie la ruine des Français; car ils avaient tant gagné dans celte ville de Dresse, que la plupart s'en retournèrent et laissèrent la guerre, desquels il eut été bon métier par après ». Avec une armée démoralisée par la victoire et composée en partie d'auxiliaires allemands suspects, Gaston fut hors d'état de rien tenter immédiatement ; mais au mois de mars des renforts lui arrivèrent de France, et Louis XII lui envoya l'ordred'atLaqucr l'armée pontificale et de marcher sur Rome sans être retenu par . ucun scrupule religieux. En même temps le concile de Pise l'autorisa à occuper les Etats de l'Élise jusqu'à ce que la chaire de Saint-Pierre fût remplie par un pape légitimement élu. Gaston entra aussitôt dans la Romagnc; don Raymond de Cardone refusa obstinément la bataille. Gaston pour l'y décider menaça Ravenne. Informé que Maximilicn avait fait la paix avec les Vénitiens et qu'il allait retirer les cinq mille lansquenets allemands de l'armée française, il résolut d'atttquer à tout hasard l'armée espagnole. Le. 9 avril il donna l'assaut, et fut repoussé. Le 11 avril s'engagea une terrible bataille, qui semblait devoir décider du sort de l'it die. L'armée espagnole et |>outiticale, fortement retranchée, eût été inexpugnable si l'artillerie d'Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, n'eût po: té le ravage dans ses rangs. Sous ce feu meurtrier, la cavalerie pontificale perdit patience et sortant des lignes, elle attaqua impétueusement le camp français ; l'infanterie espagnole s'avança alors pour soutenir la cavalerie, et la bataille devint générale. Après une courte lutte, la cavaleiie pontificale s'enfuit laissant aux mains des Français Fabrizio Colouna, Pescaire et le cardinal Jean de Médicis. L'infanterie espagnole, assaillie par les lansquenets et les fantassins français, repoussa toutes les attaques, et ne se mit en retraite que lorsqu'elle fut chargée en queue par la cavalerie française. Malgré d'énormes pertes, cette vaillante troupe se retirait eu bon ordre et il était dangereux de l'arrêter. Le jeune vainqueur périt en s'acharnant imprudemment à leur poursuite. Brantôme racoute ainsi sa mort : « Etant tout couvert de sang et de cervelle d'un de ses gendarmes, tue près de lui par une canonnade, Bayait, effrayé, vint à lui et lui demanda s'il était blessé? — Non, dit il, mais j'en ai blessé bien d'autres. — Dieu soit loué, dit Bayart, vous avez gagné la bataille et demeurez aujourd'hui le plus hoaoré prince du monde : mais ne tirez pas plus avant ; rassemblez votre gendarmene, et surtout qu'on ne se mette point an

ÎVEMOURS f60

pillage ; car il n'est pas encore temps : I<* capitaine d'Ars et moi allons après les fuyards, et, pour homme vivant, Monsieur, ne bougez d'iu que nous ne vous venions quérir ou nous vous mandions. M. de, Nemours promit de ne point avancer; mais il n'en tint rien : voyant que des gens de pied espagnols se retiroient le long d'en grand canal , il demanda à un Gascon , qui fuy oit, quels gensc'étoient ? — Monsieur, lui dit-il, ce sont deux enseignes espagnols qui nous ont défaits. Le jeune prince dépité dit : Qui m'aimera si me suive, je ne sçaurois souffrir cela ! et, sans regarder derrière lui, donna, suivi seulement d'une vingtaine de ses gens, et chargea dans un lieu si desavantageux, que sa petite troupe oe s'y pouvoit remuer ; car la cliaussée étoit étroite du coté du canal, où l'on ne pouvoit descendre, et de l'autre coté il y avoit un fossé ou l'on ne pouvoit passer ; de sorte que les Espagnols ayant déchargé leurs arquebuses et les piques baissées , eurent bientôt raison des nôtres. M. de Nemours, combattant constamment, eut les jarrets de son dieval coupés, tomba par terre, où il fut blessé de tant de coups, que depuis le menton jusqu'au front il en avoit quatorze, et puis laissé mort. » Ainsi mourut à moins de vingt-quatre ans Gaston de Foix « dont la «mémoire, dit l'Italien Guicciardiui, durera autant que le monde. Fort jeune, mais déjà couvert d'une gloire immortelle, on peut dire qu'il fut grand capitaine avant d'avoir été soldat »•. Par sa mort tout le fruit de la victoire fut perdu et deux plus tard il ae restait plus aux Français qu ques places fortes en Italie. Cependant sa carrière ne fut pas inutile; il révéla le premier la valeur de l'infanterie française, et apprit aux Français qu'ils pouvaient vaincre les terribles bandes espagnoles. • Gaston, dit M. Micbelet, trouva tout naturel d'exiger de l'infanterie une rapidité que jusque-là on n'osait demander aux cavaliers. Dans une course de deux mois qui fut toute sa vie et son immortalité, il révéla la France à elle-même, démontrant, par une incroyable célérité de mouvements, une chose qu'on ignorait, c'est que les Français étaient les premiers marcheurs de l'Europe, donc le peuple le plus militaire. > L. J.

M r noire i du bon r/uvalier Bayart. — Mèmnlrts àt ! Iriirangrs. — BrtniOnie, Pics des grands capitaines — (intccunlinl , Ittor.fk. X. — i'aoln G*ovHo, f- U& dt IjtOMc X; Fila Ai Jtfonso d'E*te; Fit» di J'esemrm. — SKmonJi, Histoire des républiques italiennes, t. XIV. m<t ire des rrançats, l. XV. - Mtchelet. Uutoir, Ar franc* ; Renaissance ), t. VU. — Henri Martin, Ns*i*re de hranee. t. V||.

ne.moi'rs ( Philippe ne Savoie, doc ne), troisième fils de Philippe duc de Savoie, et de Claudine de Brosse, né en (490, mort le 25 novembre 1533. Il eut pour frère Charles III, Arc de Savoie, et pour sœur Louise de Savoie, mire de François l,r. N'étant Agé que de cinq ans, d fut uorainé à l'évéclté de Genève ; ee<j*ri ne 1\b»>pécha pas d'accompagner Louis Xi J en Jtalk, «u U combattit à la journée d'Aignadel (lâ09). La

1510 il se démit de son évèché, et reçut en apanage fc comté de Genevois. Il s'attacha ensuite au service de Charles-Quint, puis à celui de François 1er; ce dernier prince lui donna en 1 6?8 le duebé de Nemours. A cette époque il se fixa à la cour, et épousa Charlotte d'Orléans, flllede Louis, duc de Longueville. Il fut Jechef de Ja seconde branche «les ducs de Nemours. P. L.

Goichenon, Hitt. de Sutoie. - Moréri, Grand Dict. hitt.. arL S&vots.

kemoues ( Jacques de Savoie, duc de), oélèbre capitaine français , fds du précédent , né le 12 octobre 1531, à l'abbaye de Vauluisant (Champagne), mort le là juin 1585, à Annecy (Savoie). Sa mère, Charlotte d'Orléans, prit un tel soin de son éducation qu'il devint, dit Guicbenon, un des princes les plus accomplis de son siècle, A l'âge de quinze ans, il fut présenté à François I", qui lui donna une compagnie de chevau-légers. Après avoir fait ses premières armes au siège de Lens, il se jeta l'un des premiers dans Metz (1552) , et assista au combat de Doullens ainsi qu'à la bataille de Renty (1554). En 1555 il commanda les gens de pied dans les guerres de Piémont, Condamné à l'inaction par la trêve qui suivit la prise de Pont de Sture, il envoya un jour défier le marquis dePescaire« luy et quatre contre autant , et davantage , à donner à coups de lance à fer esnaoulu, fust-on pour l'amour des daines ou pour la querelle gênerai le ». JLe combat eut lieu sous les mursd'Asti. Les deux champions rompirent chacun une lance, sans se blesser; mais des six seconds, qu'ils avaient trois furent tués, deux Français et un italien (l). Nemours servit encore sous le duc de Guise , et fut nommé à son retour colonel général de la cavalerie légère. Dans le tournoi où Henri II perdit la vie, il était un des tenants de ce priucc. Sous le règne suivant, il se montra entièrement dévoué au parti des Guise. Se truu- Tant à Am boise à ré|>o<|ue où éclata le complot de La Renaudic (1560), il s'empara , avec des forces supérieures, des capitaines Mazère et Raunay, et surprit, au château de Noizay, le baron de Ctutelnau, qui ne posa les armes qu'après avoir reçu la foi du duc et une promesse signée de sa main d'être sous peu de jours rendu à la liberté, Inî et ses compagnons. « Mais étant arrives à Amboise, dit Vieillevillc, ils furent incontinent resserrés en prison et tourmentés par

NEMOURS 662 les prisonniers furent pendus, roués, ou écartelés. L'année suivante, Nemours, prévoyant le moment prochain où les Guise seraient appelés à prendre les armes, voulut leur donner l'appui d'un frère du roi : il conseilla au jeune prince Henri, alors âgé de dix ans, de s'enfuir avec lui de Saint-Germain ; la tentative avorta, et il fut obligé de gagner au plus toi la Lorraine pour échapper au ressentiment de la reine. On eut la preuve, par une dépêche de l'ambassadeur français à Rome, que le pape n'était pas étranger à cette intrigue. Le besoin qu'on avait de ses talents militaires lit rappeler Nemours en 1562. Dès cette année il contribua, avec le maréchal de Saint-André, à la reprise de Bourges sur les protestants, passa ensuite en Dauphiné, occupa Vienne et battit le baron des Adrets , qui négociait sa rentrée en grâce, lorsqu'il fut arrête par Monrbrnn (janvier 1563). Après la mort du maréchal , il obtint le gouvernement du Lyonnais , Forez et Beaujolais. Vers cette époque il se retira à la cour de Savoie, non-seulement pour y régler les différends relatifs à son apanage, mais à cause do scandale que soulevait le procès intenté à sa première femme, Françoise de Roban. H lui avait engagé sa parole -, certains auteurs prétendent même qu'il l'avait séduite. Sous prétexte de religion et feignant des scrupules de conscience, il refusa de l'épouser et demanda le divorce. Le parlement de Paris, animé de sentiments hostiles envers les huguenots, déclara en 1566 le mariage nui, bien qu'il en fût né un fils qui continua à se faire appeler Henride Savoie, prince de Genevois (1). Le duc de Nemours épousa alors Anne d'Esté, veuve de François de Guise.

Lors de la seconde guerre civile , Nemours accompagna l'armée royale à M eaux. Averti du projet que les protestants avaient conçu d'enlever le roi, « il débattit fort et ferme, rapporte Brantôme, qu'il falloit gaigaer Paris, disant que sur sa vie il meneruit le roi sain et sauf. La charge luy en fust aussitost donnée. Il pria le rOY de se mettre au tnitan de ses Soysses et luy se mit à la teste, marctans si serrés et ea si bon ordre de battaille que les autres ne les osèrent jamais attaquer— Ce qui fit dire au poj qae, sans M. de Nemours et ses bons compères les JSuysses, sa vie ou sa liberté étaient en trèsgrand bransle ». Son zele pour la religion ca-

T^ST^'^^-n^^^t'T^ 1 th<*W P"« encore qu un sentiment d'ambirU^^ tiou personnelle, empMu le duc de souscrire à

poir du grand tort fait à son honneur, et poursuivit à toutes instances et sollicitations leur délivrance par l'entremise et intercession même de la reine régnante , de Mm« de Guise et autres

grandes dames de la cour ; mais en vain, car à lui et à elles toutes fut répondu par le chancelier Olivier que un roi n'est nullement tenu de sa parole â son sujet rebelle. >» En conséquence

(1) Les historiens ont donné dlTer»c* relations de ce ; nous avonu suivi ceUe de Brantôme.

tiou

la paix conclue avec les huguenots; le premier il refusa , dans les villes de Lyon et de Grenoble, d'en exécuter les conditions comme dérogatoires a la dignité royale, et il Teçut au sujet de ce de foi les félicitations du

ft) Ce Henri était, selon de Tbou, juvenls tteort et la*l9nomiM»imq*us. Il mena une vie dissipée. En l»n il fui ester né dans le otiatoaa d'ânnuuléme. Délivré par Mayeunc. il fit avec le prince de Coudé la campagne de 15*5. Il mourut en IBM, htannt un bâtard nomme Samutt de Nemours, lUur de ï'illcmaiu

Pic V. En 1567 il combattit avec sa valeur accoutumée à la bataille de Saint- Denis, et fut chargé , avec le duc d'Aumale , de s'opposer à l'invasion du duc de Deux-Ponts, qui amenait un puissant renfort aux protestants. L'opiniâtreté de d'Aumale fit échouer l'expédition. Dégoûté de la cour, tourmenté d'ailleurs de la goutte , Nemours se retira dans le duché de Genevois. En 1572 il reparut à la cour et adhéra, sans y prendre part, au massacre de la Saint- Barthélémy. En 1575 il vint saluer Henri III à son passage à Lyon , et accompagna ce prince jusqu'à Paris. Il ne tarda pas à retourner à Annecy,où il languit encore plusieurs années. Il mourut d'une attaque de goutte, à l'âge de cinquantequatre ans. Nemours avait beaucoup d'esprit et de savoir, parlait deux ou trois langues, et écrivait avec facilité en prose et en vers. L'historien de Thou rend également justice à ses talents. Brantôme , qui lui a consacré une longue notice, trace de lui un magnifique portrait. C'était, ditil, un très-beau prince et de très-bonne grâce, brave, vaillant, agréable, aimable et accostable, bien disant, bien écrivant autant en rime qu'en prose, s'habillant des mieux.... H étolt pourvu d'un grand sens et d'esprit , ses discours beaux, ses opinions en un conseil belles et reccvables; il aimoit toutes sortes d'exercices et > étoit si universel qu'il éloit parfaict en tous... sy bien que qui n'a veu M. de Nemours en ses années gayes il n'a rien veu , et qui l'a veu le peut baptiser par tout le monde la fleur de toute chevallerie ». Il avait commencé de rédiger sur les événements auxquels il avait pris part des mémoires qui n'ont pas vu le jour. P. L.

Hrantùine, Grands capitaines. — Vlellleviile , Ca<trlnau, Ta va fine*. Mémoires. - De Thou, Histarïa sui temporis. — c.hoher, Hist. du Dauphini, — Guichrnon, Hist. de la Savoie.

KEMOCE3 ( Charles-Emmanuel de Savoie, duc »e), fils du précédent, né en février 1567. mort en juillet 1595. Il eut d'abord le titre de prmee de Genevois. Tout dévoué à la maison de Lorraine, à laquelle il était allié, à raison du premier mariage de sa mère, il lit ses premières armes au combat de Vimaury ( 1587), et fut arrêtéaux états de Blois dans la même journée où son frère utérin, Henri de Guise, était massacré (23 décembre 1588). Trois semaines plus tard, il s'évada pendant qu'on le transférait à Amboise, gagna Paris et se joignit aux ligueurs; en février 1589, il fut confirmé dans la charge de gouverneur de Lyon, que le roi lui avait accordée à la mort de Mandelot. Vers la (in de cette année, il amena à Paris une forte division de cavalerie légère. Après avoir assisté à la bataille d'Ivry, il reçut du duc de Mayenne, son frère , le commandement de la capitale avec injonction d'y faire une résistance désespérée ( mars 1690) Il tint parole : d'accord avec le chevalier d'Aumale, qui lui avait été adjoint, et avec le comité des Seize, il prit toutes les mesures nécessaires pour ravitailler et renforcer la garnison ; quant aux habitants, que

la famine décima bientôt par milliers, il envoya au supplice ceux d'entre eux qui furent assez hardis pour demander la paix. La mésintelligence ne tarda pas à éclater entre les deux frères. Nemours, qui croyait Mayenne jaloax des services qu'il lui avait rendus pendant le siège de Paris, se retira , dans un moment de dépit , à Lyon. « Il se flattait, dit Sismondi, de se faire une souveraineté limitrophe de celle de la maison d'où il était sorti : elle devait se composer du Lyonnais, Forez, Beaujolais, Màconoais et du Dauphiné. Mais quoiqu'il eût fait à Paris la cour à la plus basse populace, il n'avail ni affection ni considération pour le peuple; il se donnait pour être disciple de Machiavel, dont fl étudiait sans cesse les écrits. 11 avait aboli à Lyon l'autorité des magistrats légitimes, et S les avait remplacés par un conseil d'hommes presque tous étrangers qui lui étaient vendus. Il avait refusé d'envoyer des députés aux états de Paris ou de s'y faire représenter en aucune manière, et il semblait se plaire à faire éclater son mépris pour l'autorité de son frère. » Ce derniir prit ombrage de ses empiétements, et consentit à le laisser enfermer en 1593 au château de Pierre- Encise , où le conduisit l'archevêque de Lyon, Pierre d'Espinac. Nemours s'échappa le 26 juillet 1594, sous les habits de son domestique, passa en Franche-Comté, et y chercha à entraîner le connétable de Castille contre les Lyonnais, dont il voulait tirer une éclatante vengeance. Ta mort qui le surprit l'année suivante ne lui en laissa pas le temps. 11 n'avait pas été marié. P. L.

Guichrnon , Hist. de Savoie. — Slinundi, Hist. des français, XXI - Polrson, Hist. de Henri IF, \.

nemours ( Henri de Sxvoie, duc de ), frère du précédent , né le 2 novembre 1 572, a Paris, où il est mort, le 10 juillet 1632. Jusqu'à la mort de Charles-Emmanuel , son frère afné , il porta le nom de marquis de Saint-Sorlin. Il eut |>our parrain le duc d'Anjou , qui fut depuis Henri III, et pour marraine la reine Marguerite de Navarre, et fut élevé à Annecy sous les yeux de son père. Le duc de Savoie , qui voyait avec impatience l'occupation du marquisat «le Saluées, mit à profit les troubles religieux pour expulser par la force les Français de ce pays, et donna à son jeune cousin le commandement d'une armée. Le i'r novembre 1588 celui-ci se rendit maître du bourg puis de la forteresse de Carmagnole, dont la prise lui livra quatre cenU pièces de canon et un prodigieux dépôt de munitions; cette conquête lut immédiatement suivie de celle de Saluées et de toutes les autres petite» placs du marquisat. Malgré les sages conseils qu'il avait reçus de son père, Nemours s'engagea avec les princes de Lorraine dans le parti de la Ligue, guerroya dans le Dauphiné, dont il devint gouverneur ( 1 591 ), commanda à Lyon au nom de son frère, et fit ensuite pour le faire évader de prison mainte tentative que la fermeté des bonr-

geois rendit inutile. Sa réconciliation avec Henri IV j présence., raconte M"* de Montpensier, M. de eut lieu en 1596 : par le crédit de sa mère, il obtint un édit, donné à Folembray, par lequel la mémoire de tout ce que lui et son frère avaient fait pendant les troubles était abolie, et toute recherche interdite pour les saisies de recettes générales et du trésor de Saiut-Denis ainsi que

pour les exécutions à mort. Après avoir assisté I fendre ; il tira, et le tua tout roide de~trois balles

Beaufort lui dit : « Ah ! mon frère, quelle honte! Oublions le passé, soyons bons amis. » M. de Nemours lui cria : « Ah ! coquin , il faut que tn me tues ou que je te tue ! » Il tira son pistolet, qui manqua, et vint à M. Beaufort l'épée à la main , de sorte que celui-ci fut obligé de se dé-

aux états de Rouen et au siège d'Amiens (1597), il se retira en 1600 dans son château d'Annecy pour ne pas prendre part à la guerre qui venait d'éclater au sujet du marquisat de Saluées. Vers cette époque il s'éprit vivement d'une des princesses de la maison de Savoie, et la demanda en

qui étaient dans le pistolet". C'était sa femme, Elisabeth de Vendôme, qu'il avait épousée en 1643, qui avait gagné à la Fronde son frère le duc de Beaufort; elle mourut en 1664. L'une de» filles du duc de Nemours, Marie- Françoise- Elisabeth ( voy. ce nom ), devint reine de Por-

mariage; le refus qu'il essuya Ini inspira autant , tugal, l'autre Marie- Jeanne- Baptiste, épousa le de douleur que de ressentiment. Plusieurs années ! duc de Savoie Charles-Emmanuel II. P. L. après , la guerre ayant éclaté entre la Savoie et [ De aeu. Mlle de Montpenskr, u Rochefoucauld, Mêle roi d'Espagne , Nemours prêta l'oreille aux | »»"•«*• - Moréri, Grand Met. hut. promesses de ce dernier souverain et consentit I ««©CM (Henri II de Savoie, dernier à prendre le commandement des troupes réu- duc de), frère du précédent, né à Paris, en nie.* en Franche-Comté pour franchir les Alpes. | 1625, mort dans la même ville, le 14 janvier Mais rien n'avait été préparé pour cette expé- j 1659.11 élait le troisième fils de Henri l" de Sadition . et se voyant abandooné de ceux qui lui avaient suggéré ce pernicieux conseil, il entra, par l'intermédiaire de la cour de France , en né- j goctation avec le duc de Savoie et fut rétabli i

dans tous ses biens, qni avaient été saisis (1616).

Il fixa dès lors sa résidence à Paris , et épousa

en ici 8 Anne de Lorraine , fille unique du duc

d'Aumale. Son goût pour les fêtes le porta à

faire représenter à la cour un grand nombre de

ballets de son invention , genre dans lequel, dit

l'abbé de Marolles, il avait des pensées rares,

comme il les avait en toutes autres choses. Ce

prince mourut h l'âge de soixante ans, et son

corps fut rapporté à Annecy. P. L.

Sully, Économie» royales. — Gutchenon, Hist. génial, de la maiton de Savoie.

nemotrs (Charles- Amédie de Savoie, duc de), fils du précèdent , né en avril 1624, mort le 30 juillet 1652, à Paris. Devenu duc de Nemours par la mort de son frère aîné, Louis de Savoie (1641), il fit en qualité de volontaire la campagne de 1645 en Flandre, et commanda en 1646 la cavalerie légère au siège de Courtrai et à celui de Mardyck, où il fut blessé. Pendant la Fronde il se laissa entraîner par la duchesse de Ch&tillon , dont il était l'amant favorisé , à suivre le

parti des princes ; malgré lui il se décida à tirer j elle acquit promptemeot des connaissances val'épée et à faire des enrôlements (1651). Déclaré ! riées. Elle avait à peine doute ans lorsqu'elle rebelle , il conduisit en 1652 au secours d'Angers perdit sa mère (9 septembre 1637). Son père épousa un corps de troupes espagnoles que le duc d'Or- i en secondes noces Anne-Geneviève de Bourbon (2), réans était allé chercher à la frontière de Picardie, le 2 juin 1642. L'harmonie n'exista pas longtemps protégea les approches d'Orléans, où Mllc de entre Marie d'Orléans et sa belle- mère. Six an- Montpenster s'était jetée , et prit part au combat nées les séparaient seulement ; mai» leurs goûts de Bléneau. De retour à Paris avec Condé, il et leurs caractères étaient fort opposés. Marie te-

voie. duc de Nemours, de Genevois, de Chartres et d'Aumale , marquis de Saint-Sorlin et de Saint-Rambert, comte de Gisors , etc. ; sa mère était Anne de Lorraine, duchesse d'Aumale. Il fut destiné à l'état ecclésiastique et nommé archevêque de Reims, en 1651. Après la mort de ses frères aînés, Louis ( 16 septembre 1641 ) et Charles- Amédée (30 juillet 1652), il rentra dans le monde, fut relevé de ses vœux, et se inaria, le 12 mai 1657, avec Marie d'Orléans, fille de Henri H d'Orléans, duc de Longueville et de Louise de Bourbon -Soissons. Henri de Nemours était atteint d'épilepsie : il véout toujours souffrant et mourut sans enfants. Ce prince était savant, doux et dévot. Selon sa volonté, son cœur fut déposé à Paris dans l'église Saint-Louis des Jésuites et son corps transporté à Annecy, lieu de sépulture de sa famille. A. d'E— p— c.

Mile de Montpriuler, Mémoire*. — Gulchenon , H ut. çtnealovique de ut maison de Savoy* - Moréri, U Grand Dict. hut., article Savoye. -Aride Vérifier les dates.

NBMOCftS ( Marie d'ORLEAifs, duchesse de), princesse de Neuchatel, femme du précédent, née le 5mars 1625. morte le 16 juin 1707 (1). Elle fut longtemps connue sous le nom de Mademoiselle de Longuevilk. Naturellement disposée à l'étude.

déploya une brillante valeur à l'attaque du faubourg Saint-Antoine, et reçut deux coups de mousquet. Un mois plus tard , il provoqua en duel son beau frère, le duc de Beaufort, pour ; lequel en toute occasion il n'avait cessé d'exhaler i son mépris ou sa haine. ■ Lorsqu'ils furent en 1

nait une conduite pleine de réserve et de sagesse. La duchesse.au contraire, séduisante, vive, légère, galante, emportée par un esprit de frivolité et do

(i) Saint-Simon fait donc erreur lor«]o'll lui donne quatrc-vlngt-4l> ans a «a mort (f| Saur des princes de Condé et de ContL

vertige, ae jeta, à tète perdue dans toutes les intri- , guea qui troublèrent la régence d'Anne oYAutri- I che, et y acquit une lâcheuse célébrité. Maried'Orluarra accompagna son père lorsqu il Tut envoyé aax conférences qai se terminèrent par le traite de Westplialîe (1648) ; elle ne tarda pas à s'appercevoir que le duc de Longueville était le jouet de Mezarin, qui avait réservé sa confiance povr Ltonue et Servien, diplomates en sous-ordre; entravant sans cesse les opérations du doc. Blessée du singulier rote (rue Mazavin faisait jouer à son père, die en conçut un instant de l'aversion pour le premier ministre, et rompant avec ses | habitudes paisibles , ne craignit pas de figurer à coté de sa belle-mère, devenue l'idole des frondeurs. Lorsque le duc de LongueviUe eut été arrêté et écroiié à Vincennes avec les princes de Coude etdeConti, ses beaux-frères (18 janvier 1650), Marie suivit en Normandie la duchesse de Longueville ; repoussées de Rouen, elles se réfutèrent à Dieppe; mais Marte d'Orléans, • qui n'étoit pas tout à fait si préoccupée que sa bellemère de sa grande puissance, et qui d'ailleurs ne trouvoit pas qu'il fût de la dignité d'une personne <le son rang de courir le monde, quand mime elle n'auroit'pas aimé son repos autant qu'elle Poimoit, et qui, par-dessus tont cela encore, étoit persuadée que sa présence ne pouvoit être d'aucune utilité à Monsieur son père, demanda permission à Madame sa belle-mère de s'en revenir à Paris; ce qu'elle ne lui accorda qu'à regret. Mais comme elle n'étoit pas en état de se servir de son autorité, elle n'osa lui refuser cetle permission ; et mademoiselle de Longuevitle la quitta de cette manière, assez médiocrement touchée de la peine que son départ lui eausoit ». On voit par ces lignes, tracées par elle-même (I), combien peu Marie aimait sa belle-mère, dont, d'ailleurs, elle blâmait fort l'intimité avec M. de Marxiltac (depuis duc de La Rocbefoucault). Cette aversion, cette jalousie la jeta dans le parti ma/a- " riniste; elle revint à la cour, puis « a^ec la permission de la reine, elle s'en alla à Coulomraiers pour y passer les premiers mois de la captivité du duc de Longuevitluj son père. Sa vertu et to tranquillité de sa vie la mirent à» couvert desorages de la cour ; et quoique cette princesse i ait porté le nom de frondeuse, la reine, qui sa» voit le peu de liaison qui était entre die et madame sa belle-mère, trouva qu'il étoit ju.*te de i la laisser en repos jouir de ses plus grand* plaisirs, qui étoient renfermes dans les Ihres et dans l'aise d'une innocente paresse. Par tontes ces raisons, sa retraite fut estimée de tous, et lui fut à elle fort commode (?.) ». Peu de temps après son père fut rerais en liberté (13 février 1 65 1 ) : la cour, dans la crainte que le prince de Condé n'entratnat de nouveau le duc de Longuevitle , chargea Marie d'enlever son père au parti des

(t) Mém. de la duchttse de Nemours (cdlt. Mlchaud et Pculoulat |, t. IX, p mi.

M»« de MoUcrlUe , MtmWrts.

i frondeurs ; clic y réussit malgré les menaces de sa bellc-n>ère ; « mais, écrit-elle , je ne eraignots guère ce que je n'aimois pas. »

Marie de Lougueville, quoique la pins riche héritière de France, paraissait décidée à ne point se marier; elle laissa sans regret la régente refuser peur elle, par des raisons politiques, James duc d'York, frère de Charles 11 roi d'Angleterre; par des raisons personnelles, elle îefusa la main du truc de Manloue. Aussi la vit -ou avec nne grande surprise s'unir à Henri H de Savoie, duc de Ne> mmrrs, prince maladif et peu fortuné (1657). Su> | vant les contemporains, la princesse pleura beaucoup pendant la. célébration- de son mariage ; mais cequi estincontestaWe, c'est qne, immédiatement après, Henri de Nemours fut saisi d'un si violent saisissement qu'il tomba malade pour ne plus se relever; De l'hymen, Marie de Nemours ne connut de ne que le nom ; cependant elle resta fidèle à la mémoire de son mari. Son' temps se partagea entre la culture des lettres et la gestion de son immense fortune. Sou ordre-, son économie, ta simplicité de ses vêtements l'ont (ait à tort accuser d'avarice.

Cette princesse' perdit en 1604 son frère l'abbé duc de Longuevitle, dernier maie de cette maison. H avait bit on testament en faveur du prince de Contir son cousin germain maternel, rprtl déclarait son héritier. M-" de Nemours contesta ces dispositions, et perdit son procès. Elle ne recueillit de la succession des Longueville que la principauté oV Meufcbàtel en Suisse, dont elle fnt reconnue souveraine par les états du> pays. L'électeur de Brandebourg, depuis roi de Prusse-, prétendait avoir un droit de réversion sur cette principauté; il tenait du moins à succéder à Mme de Nemours. Des parents de cette princesse élevaient aussi «les prétentions tant sur la principauté deNeulchàtel que sur ses biens en France. De là des discussions élevées de son vrvantTsnr sa succession, et qui lui causaient une indignation qu'elle témoignait fréquemment. Un jour, dit-on, que cette idée la tourmentait, elle alla se confesser a un ecclésiastique qui ne la connaissait pas : celui-ci, pour calmer I irritation quVHte maanVstait centre certains personnages, loi coni soi lia le pardon des injures. « Non, mon père, répondit-eMe, je ne pardonnerai jamais à unes trois ennemis! — Quels sont-ils? demanda le confiesi seur. — Le roi de France, le doc de Savoie et le roi de- Prusse. » — Coin me elle était tort simplement vêtue, le confesseur la prit pour une vieille folle et la renvoya du confessionnal ( l ) - On peut dire à sa louange qu'elle fit exception dans son

(1) Ce fait est rapporté par Sain t-S1roon.œat< arec quelque* variante*. La duciiesiie »e plaUatt a le raconter rtleinêine , nul* ne prononçait que Ira nom* de Conde et Contl ( Saint Simon, Mem., t. IV. p. ts). « Sri proct* loi avolrnl trllenfnt aigri l'esprit, rapport* Satnt-Sémon, qnVIle ne ponvott pardonner. Elle or flnia*ott point ladcsws; et quand quelquefois on lui demandent «I die éir soll le Pater, elle repondott que oui, mal* qu'elle pa*aoit l'article du pardon dm rnnrml*. On peut Juger que U< dévotion ne l Incommodolt pa*. -

SEMOURS

sied* : die ne fut ni dcbaueliée, ni prodigue, ni biuote. Elle mourut a quatre-vingt-deux ans. Saint-Simon, qui ne l'a connue qu'âgée, a tracé ainsi son portrait physique et moral : « MBe de J*emoon> , avec une figure fort singulière , une façon de se mettre en tourière qui ne l'étoit pas moins, de gros yeux qui ne voyoient goutte, et un tk qui lui faisoit toujours aHer une épaule, avec des cheveux blancs qui lui tralnoîent partout , avoit Pair du monde le plus imposant Aussi étoit-elle altière au dernier point , et avoit infiniment d'esprit avec une langue éloquente et animée, à qui elle ne refu&oit rien. Elle avoit la moitié de l'hùtel de Seissons et Mœc* de Carignan l'autre, arec qui elle avoit souvent des démêlés, quoique sœur de sa mère et princesse du sang. Elle joignoit à la haine maternelle de la branche de Condé celle qu'inspirent souvent les secondes femmes aux enfants du premier lit. Elle ne pardonnoit point à Mœe île Loogueville les mauvais traitements qu'elle préleadoit en avoir reçus et inoins encore aux deux princes de Condé de lui avoir emble la tutelle et le bien de son frère, et au prince de Conti d'en avoir gagné contre elle la succession et le testament fait en sa faveur. Ses propos les plue forts , les plu* salé» et souvent très-plaisants , ne tarissaient point sur ces chapitres, où elle ne» ménageoit point du tout la qualité de princes du sang. Elle n'aimoit pas mieux ses héritiers naturels , les Gondl et les Matignon. Elle vivoit pourtant honnêtement avec la duchesse douairière- «le Lesdiguières et avec le maréchal et la maréchale de ViHesoy ; mais pour les Matignon , elle n'en voulut pas ouïr parler. M1"* de Nemours était là-dessus si entière, que parlant au roi dans «ne fenêtre de son cabinet, avec ses yeux qui ne voyoient gnère, «-Ile ne laissa pas d'apercevoir Matignon qui passoit dans la cour. Aussitôt elle- se mit à craclier cinq ou six fois tout de suite , puis dit au roi' qu'elle lut en demandoit pardon , maiB qa'eite ne nouvoit voir tin Matignon sans craclier de la. sorte. » Quelques semaines avant sa mort elle envoya son confesseur demander pardon de sa part a M. le Prince, à M. le prince de Conti et a MM. de Matignon. Tous allèrent la voie et en furent bien reçus ; mais ce fut tout : [»as un u'en eut rien ; elle donna tout ce qu'elle put aux deux filles d'un vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons, frère de sa mère, et abbé de La Couture du Mans; Tune mourut jeune sans avoir été mariée; l'autre épousa le duc de Luynes. » Quant à Neufehatel, les états déclarèrent le roi de Prusse leur souverain.

La duchesse Marie de Nemours a laissé des Mé moires qui furent publiés pour la première fut* par M11' L'Héritier de Villaadoo, qui les publia en un vol. in- 12 .(Cologne, 1709). Depuis ils ont été réimprimés plusieurs fois séparément à la suite des Mmatre* du cardinal de Retz, et de ceux de Guy Joly ; Amsterdam, 1718, 1738, 6 vol. in- 12 ; Genève ( Paria;, 1 75 1, 7 vol. in-8°.

Les Mémoires de M™ de Nemours, écrils un style facile, sont intéressants, spirituels et piquants ; mais on ne peut guère y chercher la vérité sur les personnages de la Fronde et principalement sur la duchesse de Longuevilie, et sur les frères de sa lielle-roère , contre lesquels ils ne sont à vrai dire qu'un long factum. La malignité a souvent guidé sa plume, et elle a quelquefois abusé de la finesse et de la pénétration; dout elle était douée. A force de scruter les intentions, elle est tombée dans des conjectures hasardées; mais ce défaut est racheté par l'intérêt et la rapidité de la narration. De piquantes réflexions, «les peintures de mœurs et de caractères bien tracées rendent instructive et agréable la lecture de son livre. 11 ne comprend au reste que le récit des événements accomplis entre les années 16 *8 et 1633. A. oe L.

Gulchcnon. Hist. genèaUxtique de la maison de \avoye - iïoike en tetc de* Mémoires de la duchesse de Nemours (édtt. Mlchaud et l'oujoulat; Pari* ISOT1. — M»« de MotteriUe, Mtm. - Satat-Stmon . Mém-, t I, p t4i; I. IV, p. m et tl. — Le net, Menu sur la guerre civile de 1618. — la Chaire, Mém. sur la minorité de Louis Xiy. - Wontpensler. Me m — Le cardinal de Relr, Mrm. — La Rochefoucauld, NHm. — Vlllefare, Vie de M1** la aueJustt de LonçuecUle.

;xk.uours ( Louis-Charles-Philtppe-Raphael d'Orléans, duc oe), prince français, né à Paris, le 25 octobre 1814. Il n'avait pas encore cinq, mois quand le retour de Napoléon de Tile d'Elbe força ses parents, à peine de retour d'uu long exil, de chercher un asile en Angleterre. Rentré peu de temps après avec eux sur le sol natal , il passa sa jeunesse entre les douceurs de la vie de famille et les enseignements d'une éducation libérale, et comme le duc de Chartres, son frère aîné , il lit ses éludes au collège Henri 1Y, où il obtint môme quelques succès aux grands concours. Esprit réfléchi, il s'adonna plus spécialement aux sciences exactes, et y réussit d'une manière assez remarquable. Suivant un u$age de l'ancien régime, Charles X le nomma, le 17 septembre 1826, colonel du 1" régiment de chasseurs qui, par ordonnance royale du même jour, prit le nom de cfiasseurs de- Meuiours. Le 21 février 1830, il le fit chevalier dea ordres et reçut son serment en cette qualité, le 31 mai suivant. Deux mois après la révolution de 1830 éclata : le 3 août le jeune prince faisait son entrée à Paris, à la tète de son régiment. Ce même jour, son père, devenu lieutenant général du royaume, rendit une ordonnance qui le nommait grand croix de la. Légion d'honneur. Le 3 lévrier 1831, un congrès national l'appelait à ceindre la couronne de Belgique ; mais dans l'intérêt de la paix de l'Europe le roi Louis-Philippe, qui ne voyait pas les grandes puissances disposées à soutenir ce choix , refusa l'offre des Belges , le 17 du môme mois , et un peu après il ne se prêta pas davantage aux avances qui lui furent faites pour placer le due de Nemours sur le troue de Grèce. Lorsqu'il connut le projet adopté par le gouvernement de faire entrer des. troupes on

Belgique contre la Hollande , le jeune duc de- | sion de la colonne expéditionnaire d'Oran et ne manda à prendre part à cette expédition (août rentra en France que pour prendre le comman- 1831); il se trouva, en novembre 1832, au siège dément supérieur du camp de Compiègne, qui

d'Anvers, où ii partagea avec son frère atné les études du commandement et les périls de la tranchée, comme aux jours néfastes du choléra

lui fut donné, le 14 juillet suivant.

Un an après, et presque jour pour jour, la mort prématurée de son frère aîné , le duc d'Or*

il partagea, dans ses visites à l'hôtel Dieu, des : iéans, donna au prince une grande importance.

périls d'un autre genre, comme en avril 1834 il affronta dans Paris les* dangers de l'émeute. Le grade de maréchal de camp, conféré le 1er juillet 1834, fut la récompense de ses premiers services. Il fit ses débuts sur la terre d'Afrique dans la première expédition de Constantine (no-

Un voyage en Alsace, qu'il entreprit au mois d'août pour dissoudre le corps d'année d'opérations sur la Marne , lui fournit l'occasion de prendre la nouvelle attitude politique commandée par les événements; mais lorsque, contrairement aux traditions de, l'ancienne monarchie qui

yembre et décembre 1836), et pendant ces deux étaient en faveur de la mère de l'héritier prémois il supporta les fatigues et les vicissitudes somptif de la couronne, on présenta aux chamde l'attaque et de la retraite. De retour à Alger, bres (20 août 1842) un projet «le loi qui lui ataprès la malheureuse issue de cette campagne, il tribuait la régence, l'opinion publique ne parut refusa les fêtes qui lui furent offertes et promit pas ratifier cette loi, que le sentiment du danger de revenir bientôt aider à réparer l'insuccès de fit abandonner en 1848. Le roi son père lui rel'expédition. Il tint parole, et le f r octobre 1837 mit, le (8 octobre 1843, le collier de la Toi^jo il quittait le campement de Medjez-Ammar, à la d'or que lui avait envoyé la reine Isabelle. Detête de la brigade d'avant garde, et le 6 au soir il P"is, le duc de Nemours prit une part active aux

établissait avec elle son bivouac sous les murs de Constantine. Dès le lendemain, à neuf heures, il accompagnait le général en chef Danrémont dans la reconnaissance de la place. Nommé commandant des troupes du siège, il présida à ce titre à toutes les opérations qui suivirent, et les assiégés ayant dirigé une sortie vers le point qu'occupait sa brigade, le prince, à la tète du 2* régiment

travaux de la chambre des pairs, et voyagea avec la duchesse dans les départements et a l'étranger, mais il n'eut avec les populations ou le* autorités municipales que des rapports tout à fait officiels. Le 24 février 1848 il commandait un corps de troupes massé sur la place du Carrousel; mais sans essayer de se prévaloir des droiU que lui conférait la loi sur la régence, il s'effaça près»

d'infanterie légère et des zouaves, les repoussa vi- I que complètement, et accompagna la duchesse vement et leur fit essuyer des pertes considérables. ! d'Orléans au sein de la chambre des députés

Le 1 1 il prit part à l'établissement des batteries, dont une, construite sur le plateau de Coudiat- Aty, reçut le nom de batterie de Nemours. Ce fut là que le lendemain , en examinant les travaux de la nuit , un boulet de canon emporta à ses côtés le général Danrémont; ce fut là que, le 13 au matin , Combes , colonel du 47e, mortellement blessé , vint lui rendre compte du succès de nos colonnes, qui quelques heures après étaient maîtresses de la ville. Sa conduite lui valut le grade de lieutenant général (t t novembre 1837). Le 20 février 1840, M. Passy, ministre des finances, proposa aux chambres de lui faire une dotation de 500,000 francs; mais la chambre

Lorsque M. Sauzct, préaident de la chambre, à la demande de M. de Lamartine, suspendit la séance, par le motif du respect qu'inspirait ta présence au sein de la représentation nationale de la princesse et de ses enfants, M. le duc d« Nemours engagea lui-même la duchesse à se retirer, afin de laisser à la chambre toute liberté dans ses délibérations. M°* la duchesse d'Orléans parut céder d'abord aux invitations qui lui étaient adressées; cependant, arrivée aux derniers bancs du centre gauche , elle y prit place au milieu des acclamations de la chambre entière. Quelques mots de M. Dupin avaient déterminé la proclamation du comte de Paris

des députés repoussa la demande, et son vote comme roi, avec la régence de la duchesse

la chute du cabinet Soult et devint la cause du rappel de M. Thiers aux affaires (l*r mars). Le duc de Nemours épousa, le27 avril suivant, Victoire-Auguste- Antoinette , duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha, née le 14 février 1822, et héritière, du chef de sa mère, d'une partie de la grande fortune des princes de Kohary. Au

mois d'avril 1841, il retourna pour la troisième j acte de sa vie publique se rattache fois en Algérie pour prendre part à une campagne décisive contre Abdel Kader, sur les bords du ChéJiff. Il s'y distingua dans l'expédition pour le ravitaillement de Médéah et de Milianah , et le 3 mai, à la tète de deux bataillons, il chargea et mit en fuite les Kabyles. Peu de jours après , il reçut le commandement de la première divi-

; M. Marie opposa qu'une loi avait déjà nommé le duc de Nemours régent, et qu'on ne pouvait en ce jour établir une régence sans violer à ta loi , déjà promulguée. M. le duc de Nernours, présent à ce débat, n'intervint point dans la discussion; c'était une reconnaissance tacite des droits de son neveu A ce dernier

le

souvenir d'un devoir dignement rempli. Le 27 an soir le duc avait rejoint sa famille dans l'exil , et arrivait à Londres à l'ambassade de France; le 4 mars il établissait avec elle sa résidence à Clarcmont. C'e«t de là qu'il envoya, le 20 mai 1848, à l'Assemblée nationale, une protestation contre le projet de loi sur le

mont «le la famille d'Orléans. Cette lettre, lue dans la séance du 24, et renvoyée à la commission chargée d'examiner le projet de décret, ne Ait pas même prise en considération. Plusieurs fois le bruit a couru de son adhésion à la reconnaissance des droite au trône de M. le comte «Je Chambord, auquel il avait été le premier à faire visite. Veuf depuis le 10 novembre 1857, M. le duc de Nemours a quatre enfants, dont deux fils : Louis- Philippe-Marie- Ferdinand - Gaston d'Orléans, comte d'Eu, né le 28 avril 1842, et Ferdinand-Philippe-Marie d'Orléans, duc d'Alençon, né le 12 juillet 1844. H. Fisquet.

Encyclop. moderne. - Vipereau , Dlct.'dei Conttmp. - Moniteur untrertel, im, 18M, tM«.

NKXXirs, ancien chroniqueur anglais, vivait, suivant l'opinion la plus accréditée, dans le neuvième siècle. Vossius, on ne sait d'après quelle autorité, le place au septième siècle. Nennius nous apprend lui-même qu'il était Breton, et non pas Saxon, et qu'il eut pour mattre Elbodus ou Elvodug. Il écrivit une Histoire des Bretons ( Historia Britonum ) ou, comme on l'intitule quelquefois, un Éloge de la Bretagne (Elogium Britannix ). Il dit au début qu'il a compilé cet ouvrage d'après les annales romaines et les chroniques des Pères aussi bien que d'après les écrits des Scots et des Angles et les traditions des ancêtres. L'histoire commence par la généalogie fabuleuse de Brut us, petit- (ils d'Énée et souverain de Bretagne. L'auteur rapporte ensuite l'arrivée des Pietés dans le nord de la Bretagne, et celle des Scots en Irlande, et après un récit court et confus de la conquête de la Bretagne par les Romains et de leur domination dans ce pays, il vient à l'invasion des Saxons et à leur conquête graduelle de la Bretagne. Le manuscrit de Nennius fut mutilé par un transcripteur, qui signe Samuel, disciple du prêtre Beulan. Ce Samuel déclare avoir rejeté de l'œuvre de Nennius ce qui lui a semblé inutile, et y avoir ajouté des détails recueillis dans d'autres écrivains touchant les villes et les curiosités de la Bretagne Telle est la version généralement adoptée quant à Nennius et à son Histoire des Bretons ; mais quelques critiques modernes, en examinant ce point de l'histoire littéraire d'Angleterre, ont élevé des doutes sur l'existence de Nennius et ont pensé que son prétendu ouvrage a été fabriqué à une époque bien plus récente que la date qu'on lui assigne communément. Cette question a été discutée assez longuement par M. Stevenson et par M. Wright. D'après ce dernier critique, le récit accrédité sur Neunius est pris presque entièrement dans deux prologues apocryphes de son livre, qui selon toute probabilité ne sont pas plus anciens que le douzième siècle, et dans certains vers, peu intelligibles, ajoutés à V Historia Britonumdmn un manuscrit du commencement du treizième siècle. Dans les prologue*, Nennius se donne pour le disciple d'EIbod us, tandis que les vers sont adressés à Samuel,

KOCV. BIOCR. CÉBÉR. — T. XXXVII*

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