‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 140 sur 206 · I) L. XIII, C XIX · texte numérisé non relu

I) L. XIII, C XIX

teurs .l'avancement de ses amis-, on lui accorda •es demandes.

Des lors commence cette période ^rtw* calme petxtant laquelle New» , «aidé par se» maîtres, et désormais sor du pouvoir, laissa sommeiller plita mauvais instincts, et sembla régner ver, éclat, du moins arec «ne certaine modération. Quelle part doit-il toi revenir dans celte phase comparativement feeurense pour l'empire romani? Nous craignons qu'elle ne soit bien petite. Si ses ministres (ment gouverner avec quelque justice , il n'avait pas même le merde de les avoir choisis : ils loi avaient été donnés par Agrippine. Dans 1rs rares occasions où il apparaît en publie pour s'y faire applaudir par quelque acte de clémence ou de libéralité, on voit trop qu'il n'est que l'écho de ses conseillers. Il est du reste fort diKicile de se Pair»' une idée un peu complète , même par la lecture attentive de Tacite , de la politique qui aurait été suivie à cette époque. Séuèqiie s'est montré sans aucun doute en avance de son siècle dam ses écrits : « La vertu , dit-il , appartient a tons : hommes libres , affranchis, esclaves, rois, bannis sont égaux «levant elle. .. Nous sommes nés pour nous partager un commun héritage; la nature nous a renrlns frères (1). > Il est évident que Sënèque est plus hardi comme philosophe qu'il ne l'était comme homme d*État ; cependant il semble que le sénat et quelques provinces aient eu à se louer de son administration. On prit de «âges mesures. Néron, par un Mit, défendit à tout magistrat ou procurateur, commandant une province , de donner des combats de gladiateurs ou d'animaux : l'abus de ces spectacles, destinés a capter lea applaudissements de ta foule , était devenu pour les peuples un Itéan, et la plupart des concussions se couvraient du prétexte de fournir aux dépenses de ces RM es. On n'instruisit phi s de ces terribles procès de lèse-majesté, qui sons les règnes précédents avaient fart tant de victimes ; jamais on ne vit plus de gouverneurs poursuivis pour abus de pouvoir; toutefois, 'Hexil ou t'amende avaient remplacé ta peine de mort, et c'est «tors que Néron , forcé de signer un arrêt capital, prononça cette célèbre parole : « Pttït aux dieux que je ne snsse pas écrire (2) ». Sénè<me ne l'a point oubliée dans son traité Sitr la Clémence. « Ce qui surtout m'a engagé à écrire mon livre, dit il, c'est une parole de loi, Néron César, que je n'ai pu sans admiration t'entendre prononcer, que je ne puis sans attendrissement raconter aux antres : parole faile pour devenir la formule du serment des princes et des rois. » Éloge bientôt démenti par les faits ; mais noua avons encore quelque répit avant d'entrer dans le récit d'une époque qui n'arrivera que trop tôt. Si Néron acceptait les louanges de Sénèqoe, il refusait alors les statues d'or et d'argent massif que voulait lui voter le sénat. On avait aussi proposé

(1 Dr flrnrf , I. III, xvill. - É pitres, ta, 9B. l»j Suétone, iVrr., X

que l'année commençât an mots de décembre , époque de la naissance de l'empereur; mais il conserva aux calendes de janvier l'anbqoe privilège qu'elles avaient d'ouvrir l'année. A son père adoptif, l'empereur Claude, il fit élever on temple dont les ruine* se voient encore aujourd'hui sur le mont Cœlius. Un collège de prêtre-» fut institué sous le nom de Claudiani ou Claud in les (l; pour adorer le nouveau dieu ad mt> danle panthéon romain, et , malgré le peu de droits que Claude avait à l'apothéose, le peuple sut gré à Néron de cette pieté envers soo prédécesseur. Claude, que l'histoire a jugé peut-être avec trop de sévérité, avait eu du tirants le •l'être un administrateur <

(1) Le collège de prêtres instUuC* par tveroo pour honorer la divinité iir Claude par un culte pnMtc w croate* ertul qui, a l'occasion de ta mort et de r«pod'Auguste, avait «té fondé dans t'a 767 en l'hoaneur de la famille des Jules. Ikans i tatkon sur le» ti>tc> sacerdotaut, Insérée dans le» Mémoires de l*lo«iltut arcbêotogtqae {MÊrmorw, etc. S' cahier, raem, VII , M. Bars beat a prouve que ce culte de* etnperrun , dont II est ai souvent question , soit dm les historien», soit dans les monument* epl graphique*, se divisait de telle manière que ta mémoire «tes priner* appartenant a une même famille etafct honorer par oa même collège. Ainsi, par exemple, les Âttijtutates ei 1rs Claudia/et ne formatent qu'un *eul sacerdoce ilevoué ao cotte des empereur* divinités de la t>rns Jsrfs-j , a I»quelle Claude appartenait par radopttnn. Ln et les TUiales composèrent plu» tard pour les prince* de la m>;i5 Hocia. Va i comprenait le* /fadrianates, les Jnioniani, les reriani, les Msrciani. les jturclium les i ommt^t^M . le% Helvlaui, les .Vereriani, les Alaxandriani, cciébrsoi par les mêmes liornu-ag •* 1rs différents souvcr-ilns que chacun de ces noms rappelait et que l'adoption avait iront» da&t une même UinlUe curouic Unns nn m&ne culte. Or)*,' l'époque où U composait son mémoire, .M. Jk>rghe4 avait pu citer, comme preuve de l'Identité des jvguilalcs et des ClattdUHe», Plauttu* ftooiavtn*, qiri dasunr snoertpar FahreMi |CL V, t. S*l; et . Sodatis MumutiUit CtaudUtlU. lacs entreprises t Tarquinte* nous ont tait connaître. Il y . quelques armées, on antre monument emvutcrr a PWrvnlus Mettor k>d«x( ave cuavoiau (Batte /mat. «ne*.. IU0, p. i»« ) ; puis une troisième Inscription, trouvée dernièrement a Rome, nous montre encore C. Saburlu* soda lis ats vsTAfsf cxaviu ALi», tnSn, nn fragment trouvé ao pied dcaacvllioe d'Aib.mo, prés de lioviUe,et maintenant conservé dan* les Jardins folonru a aUune contleut une partie des (ast<*s des Auçuitatet <'(aiàd*ti!r< Il est daté du quatrième consulat de Caracalta rt du second de Batbln, correspondant a l'asmée de Rome •*«. et nous indique pour date de la (ondaUon du collège le i CC Or deux cents ans retranchés de m n.>u» à l'année 7V7, c'est-à-dire précisément à celte das» laquelle lut fondé le collège des prêtres d'Anirosie. ftoos acquérons ainsi une preuve nouvelle que l'riuittuUw) de» Ctaudialet se confondit avec celle de* tMçusfa'et. \r même document qui nous éclaire -sur ce point nom apprend eneope qate la Mtaouteria xtdiilonn im-uitaHur ( Jaudtulium Ct.iU annuelle et composée de trois tri | voyer Mrmortr Romane d"sénttehttti,L II, p *OT ; — cr flenien, y volume dHireia. paar too et n. «©441. Le cuUe de Claude «e répandit dan* tes différente* villes <k leinpire; nous trouvons des flamloes clavHaits a Berlîamc (Orelll, 65), a Trleste (Cruler. 18*. S|, etc. Soss savons encore qu'en outre do temple qot lui avait ete élevé a Rome, et ''ont on vott encore tes soubassemrr t dan* le Jirdlo du couvent des Pa^slomstes sur le noot Cmlius, Il en avait un autre en Rretajrne don (parlent Tacite et Senèque ( Jnnalet. L XIV, c. xxxi — .-Spo/oAfWW. c. vin Cne inscription du musée de Vérone parte d*ua

Collège QTOD EST SVB TtMPI.O DIVI CUAVDt ,.V*S. ff

a Néron, avec l'em pire du monde, on trésor «en | rempli. Tant qoe ce prince ae teis.sa gouverner ! par iturrbus et Sénèqne. il ne se .livra ipoint à ces toMes prodigalité* qui devaient avoir plus lard un si triste retentissement. Ix« finance* >de J'Éfcst fureiW, au contraire, si bien ménagées qse, malgré les dons distribues aux solilats, él put

dégrever les -chante* qui incomiiaicnt au peuple romain. Nous savons même ju»r Tacite qull n»éde taire à ses sujets ce que cet historien un magnifique présent » : il s'agissait de supprimer les droits de douanes dans l'empire. Les sénateurs commencèrent par donner de grands éloges à la générosité du prince; mais on arrêta son zèle : la suppression des douanes, dit le sénat, autoriserait à demander celle des tributs Que devkndcait l'£tat, privé desressources nécessaires pour les services publics ? Malgré la pompeuse éptthète donnée par Tacite à cette mesure., pulcherrimum donum, on a peine à reconnaître, par son récit, s'il prend lui-même au sérieux la tentative d'une reforme aussi radicale. On ne se prive pas, en administration, d'nne source aussi iraj>ortante de revenu sans avoir constitue des ressources nouvelles pour la fortune publique. Avait-on préparé quelques projets à cet effet dans la chancellerie romaine , on n'avons-nous à voir dans cette proposition que l'enthousiasme d'un jeune prince voulant acquérir de la popularité à tout prix? C'est ce que Tacite ne dit pas.

li est remarquable, du reste, que nette période de cinq années , plus heureuse pour l'empire romain que les temps qui précédèrent ou que ceux qui suivirent, ait laissé 4es traces û peu f>rofondc*daa9 l'histoire. La ^siatioade Néron, l'administration de l'Italie., celle des provinces ne sont représentées dans les documents hiKtwriquea venus jusqu'à nous que par quelque* paragraphes écourtés, qui nous laissent une feule de doutes : le rideau ne se lève que sur ces scènes d'intérieur qui se passent au fond du palais, ces rivalités, ces intrigues dont le récit nous ramené bientôt aux crimes de Néron.

dierchons d'abord , cependant , à nous rendre compte des passions qui se sont agitées autour de lui. La lec ture de Tacite , notre meilleur guide, quoique ce grand écrivain se laisse parfois entraîner peut-être par l'esprit départi, nous prouve que des versions diverses sur certains faits avaient cours dans la société romaine, et luimême varie quelquefois, lorsqu'il revient sur Je même sujet dans ses Histoires ou dans ses Annales. Cela se conçoit, du reste; «es bruits de cour n avaient point de souroe oflîcielJe^ on les prenait «le toute main; oa tes écoutait de toute bouche : on historien auquel sa qualité d'étranger pouvait donner plus d'impartialité qu'on n'en trouvait chez des hommes que leur position rendait pour ainsi dire juges et partie, i ria vins Joséphe s'exprime ainsi : « Beaucoup d'é- [

-ont voûta nous donner la vie de Néron ; les vus , qui avaient été comblés de ses laveurs, nous ont «ouvent déguisé les traits blâmables de sa conduite; les antres, entraînés par leur haine, noua ont transmis de telles calomnies qu'on ne saurait trop les flétrir (I). » Après ce preamliule, twntefon, l'historien juif avoue le

C'est plus qull n'en faut pour nous forcera reconnaître, au moins pour la plus gronde part, la vérité du récit «le Tacite.

Depuis qu'Agrippme avait été éloignée de la oonr par Sénèque et Burrhns , dès les premiers mois dn nouveau 'lègue , elle semble avoir évité d'engager de nouveau la lutte , et peut-être sa prudente réserve lui avait-elle valu de reconquérir une partie de son influence. Lorsqu'elle reparaît de nouveau sur la scène, c'est encore pour s'opposera la volonté de son fils, c'est pour protéger Octavie, que menaçait une nouvelle rivale. Othon, l'un des jeunes débauchés le* plus élégants de la Rome patricienne , avait épousé Sabina Ponpœa, type brillant de la beauté romaine. Hors un cœur honnête , nous dit Tacite , Poppée avait tout. Grâce , talents , jeunesse, modestie apparente, tout était fait pour séduire «n elle. Un de «es bustes, conservé au musée du Capitole, nous permet encore de juger que Tacite n'a point apprécié d'une manière trop tavocable ces traits fins et charmants (2). Soit indiscrétion de l'amour, soit ambition effrénée, qui ne reculait pas devant le déshonneur pour se taire un mérite de aa complaisance, Othon vantait sans cesse à Néron les charmes de sa jeune épouse , et fit naître ainsi la convoitise dans un ccran* prompt à tout sacrifier à aes passions. O'accord avec son mari , on aaabitiense pour son propre compte , Poppée nui dans sa oond.iite la coquetterie qui devait faire réussir ses projets Tantôt elle feignait pour le prince un entraînement qu'elle ne ressentait pas, tantôt elle le repoussait -en se retranchant derrière le rempart de ses devoirs d'épouse. Son manège réussit, et elle comprit bientôt qu'dle prendrait comme impératrice la place d'Oc ta vie si cette place devenait libre. Quant ù Othon , il fut envoyé comme légat de l'empereur en Lu sitar te. Il ne s'agissait donc plus que de rompre les liens <)ui attachaient Néron à la femme légitime pour laquelle il n'avait plus depuis longtemps que des mépris Mais là se dressait, comme une gardienne vigilante, Agrippine, protectrice déclarée de la sœur de Britannicus.

(i) Antla. fud., \. XX. c. Tiff, S >. (U II n'nWe pu* 4e médaille* romaines de F-oppér. Quel (jura médaille* grecques, sur kesuueJJai on oc saurait

compter beaucoup tous le rapport rte la ressemblance, offrent toutefois ce caractère de délicatesse qui semble •voir été le tr*K particulier d« sa physionomie | voy. se* médaille* d'Ancyrc, d'KpItése, de Ma«né>le et le dessin de la médaille d'Alexandrie donné pir Cohen , Description des monnaies frappées sout l'empire romain, t. !•% pl. XII ).

Si Agrippine avait recouvré sur «on fils quelque i charmante qui se creuse, baignée par tu n-.er. partie de son ancien pouvoir, Tacite nous ap- i entre le cap Misène et Baïa. Le repas fut long; il prend qu'elle n'avait pas du moins reconquis fallait attendre que les ombres de la nuit pussa tendresse. Néron évitait maintenant de se sent cacher les circonstances du crime. Jamais trouver seul avec elle : quand elle partait pour les paroi» de Néron n'avaient été plus tendres, ses jardins de Tusculnm ou d'Antium , il la fé- 1 jamais les témoignages de son affection et de sa licitait de songer à la retraite et l'engageait à y confiance n'avaient été plus maïqués. Si Agripprolonger son séjour. Pop|>ée ne perdit pas une ; pine avait conçu des soopçons, ils se dissipèrent, occasion de ranimer dans le conur du prince les : Et quand son fils la reconduisit à bord de !a secrets ressentiments et la défiance qu il nour- trirème impériale, préparée par les soins d'Arissait contre sa mère. « Ce qu'on redoutait, nicetus, elle croyait avoir reconquis l'amour de disait-elle, c'est qu'une fois devenue la femme son fils. « Il semble, dit Tacite, que les dieux, •de Néron , elle ne lui fit connaître les plaintes pour rendre le forfait plus manifeste , eussent du sénat et du peuple ; qu'elle ne lui dévoilât ménagé à ceUe nuit tout l'éclat des feux célestes, l'indignation des Romains contre les crimes, tout le calme d'une mer paisible. » Pas un pti

l'orgueil et l'avarice d'Agrippine. Si la mère de l'empereur doit conserver son influence , si elle obtient de son fils qu'il garde cette Octavie qui le hait, qu'on rende donc Poppée à son époux : elle ira volontiers jusqu'aux extrémités du monde ; la du moins elle ne verra pas de ses propres yeux l'avilissement du maître auquel elle a donné son affection (1). » Des larmes artificieuses, des caresses, des scènes de désespoir achevèrent de décider un crime dont on chercha promptement les moyens d'exécution.

Recourir au poison , renouveler la scène de Uritannicus, c'était s'exposer à de tels soupçons qu'ils équivaudraient à une certitude. Cette raison suffit, sans que nous puissions supposer, avec Tacite, qu'Agrippine , dans la prévision du sort qui la menaçait, s'était prémunie par l'usage des contrepoisons contre toute tentative de ce genre. La science moderne a fait justice de cette croyance accréditée chez les anciens. Restait le poignard, qu'on n'osait employer. Comment cacher le crime, et qui oserait d'ailleurs frapper la fille de Germanicos? Un

ne faisait onduler les flots limpides qui baignent si mollement ces cotes fortunées. Quelles étaient alors les |>ensées de Néron ? Lorsqu'il revint a sa villa, alla-t-il cacher ses remords au fond de ses appartements les plus secrets, ou, du haut de ses jardins en terrasses, surveillait-il anxieusement cette nef où le plus odieux de ses crimes allait s'accomplir? Tacite suppose que ses larmes ont pu être sincères lorsqu'au moment de quitter Agrippine il s'était jeté en pleurant dans ses bras. N'a-t'on pas le droit de n'y voir que la dissimulation la plus perverse, lorsqu'on sait que quelques heures plus lard il allait envoyer un centurion pour achever l'œuvre que les flots n'avaient pas accomplie? Le vaisseau voguait depuis quelques instants à peine lorsqu'Agrippine, qui parlait avec émotion à Ses femmes do repentir de son fils , voit s'écrouler, sous les masses de plomb dont on l'avait chargé, le plafond qui recouvrait sa tête. Elle fut garantie toutefois par les saillies du dais sous lequel elle se trouvait placée. Des cris se font entendre : le plus grand désordre règne à bord. Ceux qui

affranchi, du nom d'Anicetus , devenu comman- n'étaient pas du secret gênent la manœuvre des

dant de la flotte prétorienne qui stationnait toujours à Misène, proposa de construire un vaisseau dont l'arrière, artistement disposé, s'ouvrirait en pleine mer. La mort de l'impératrice n'aurait ({'autre cause aux yeux du peuple romain que la perfidie des flots. Le prince, désolé, ferait élever a sa mère des temples, des autels, et le public applaudirait à son amour filial. Le projet est accepté. Toutes les circonstances,

complices du crime; le vaisseau ne s'entr'ouvrait ! pas assez vite. On ordonna aux rameurs de se porter tous du même coté pour faire le navire. L'ordre exécuté sans concert aux naufragés une chute plus douce. L'une des femmes d' Agrippine, dans l'espoir d'être sauvée, s'écrie qu'elle est l'impératrice ; on la frappe à coups d'avirons. Agrippine devine tout, garde le silence, et gagne la rive d'abord à la nage, pois

d'ailleurs, en favorisaient l'exécution; on était gurnnedes barques qui étaient venues au secours alors au mois de mars , temps d'équinoxe et de des naufragés. Plus de possibilité pour elle de

tempêtes. Néron était à Baia pour y célébrer les fêtes de Minerve.

se refuser à l'évidence. Le plan du perfide complot lui apparaît dans toute son horreur. Que

Il invite sa mère à venir l'y trouver, afin d'y ] faire, cependant, si ce n'est de dissimuler a son

sceller, à l'occasion des saintes cérémonies qui tour et, dès qu'on Ta transportée à sa villa,

vont s'accomplir, une réconciliation dont il fait d'envoyer dire à son fils qu'elle vient d'échapper

les premières avances. L'impératrice vint par j an péril d'un naufrage? L'affranchi Agerin»» est

mer d'Antium ; Néron était allé l'attendre au ri- 1 chargé de cette mission. Au moment où Néron

vage. Il la prend par la main , l'embrasse et la 1 croyait apprendre un succès , on lui annonce

conduit pour prendre place à sa table dans cette que le serviteur favori de sa mère est à la

villa, dont on voit encore les ruines sur la courbe porte de son palais. Blessée légèrement à l'é-

< panle, Agrippine fait dire à l'empereur que la

(0 Tac, ./»»., i. xiv, c. i. bonté des dieux et la fortune de César ont epar-

gné ses jours. Néron n'avait pas en de remords ; car nous le voyons cette fois frappé de consternation. Il nVsl pas dupe du message : sa mère a drt comprendre les causes de la catastrophe; il la volt armant ses nombreux esclaves , entraînant le peuple, les prétoriens, toujours attachés au nom de Germanicus, et venant renverser du trône le Ris indigne qu'elle seule y a fait monter. Sénèque et Burrhus sont appelés en conseil : ils étaient là , et leur présence ne permet guère de les absoudre d'avoir pris j»art au complot, ou tout au moins de l'avoir connu sans s*y opposer. Tacite les représente muets et im-

alors que, perdant tout espoir, Agrippine résume en un cri d'indignation le jugement de la postérité : « Ventrem feri, dit-elle : frappe ce flanc quia porté Néron (I). »

Ainsi mourut celte femme que l'intrigue et l'amour du pouvoir avaient conduite à tous les excès du crime. Nous avons son buste dans la salle des Empereurs au musée du Capitole ; nous avons ses médailles. Plus belle que sa mère (2), elle n'estimait sa beauté que comme un moyen de parvenir au but de ses aspirations ambitieuses : « Chaste, quand il n'y allait pas de sa domination », a dit Tacite; mais fallait il con-

mohiles, alors qu'un appel pressant de Néron va : quérir la main du vieil empereur dont elle était

faire peser sur eux la solidarité du forfait. Sénèque se décide le premier ; mais c'est son collègue qu'il voudrait charger du dénoûment. Burrhus va-t-il commander le meurtre aux soldats? Le préfet du prétoire refuse; il craint de

la nièce, elle se livrait à des affranchis, à Narcisse ou à Pallas. Devons-nous croire que cette ambition effrénée fut assez forte pour lui faire manifester à son fils les sentiments qui répugnent le plus à la nature? Tacite l'affirme, et ne nous

ne pas être obéi. Les soldats sont trop attachés laisse d'autre alternative en citant les témoignais

à la famille des Césars pour qu'on puisse compter sur eux. Qu'Anicefus achève, puisqu'il a commencé. Le chef de la (lotie accepte, et Néron s'écrie avec enthousiasme que de ce moment seul il croit régner, qu'il doit l'empire à un affranchi. On introduit alors Agerinus, l'envoyé d'Agrippine; et comme il fallait que chaque acte du drame fût une perfidie, Anicetus jette un poignard aux pieds de cet homme , le ramasse au même instant et feint de croire qu'Agerinus voulait assassiner l'empereur. Le malheureux est arrêté, chargé de chaînes. Anicetus, accompagné d'un centurion de la marine, d'un triérarque et des marins sur le dévouement desquels il peut compter, se rend à la villa dû lac Lucrin. On dira qu'Agrippine s'est donné la mort quand elle a vu son crime découvert.

Cependant toute la population de Haïa s'était éveillée au bruit de l'événement. Chacun voulait savoir la vérité. Malgré l'obscurité de la nuit, on avait couru au rivage, tout resplendissant de la lumière des torches ; on s'empresse , on s'interroge : qu'est-il arrive à la fille des Césars? Dès qu'on sait Agrippine sauvée , on accourt à son palais; mais déjà les soldats de marine qu'amène Anicelus en ont investi les approches : serviteurs, affranchis , esclaves sont dispersés par la frayeur. La pâle lueur d'une lampe éclaire seule la chambre au fond de laquelle Agrippine n'a plus pour compagne qu'une de ses femmes de service : cette solitude, le silence qui succède si rapidement aux bruits du dehors annoncent une catastrophe imminente. Anicetus parait au moment où la dernière compagne d'Agrippine fran< hit à son tour le seuil de la porte : « Si tu vien6 de la part de mon fils pour savoir de mes nouvelles, s'écrie la mère de l'empereur, dislui que je vais être bientôt rétablie. Si tu viens commettre un crime, ce n'est pas lui qui t'envoie ; je ne saurais le croire. » Pour tuute réponse, le centurion qui est entré avec Anicetus la frappe à la tête d'un coup de son cep de vigne. C'est

ROUV. BIOCR. céhéiu — T. XXXVII.

sur lesquels il s'appuie que de choisir entre elle et lui qui a fait les premières avances (3) t Fautil ajouter que Néron accourant vers le cadavre de sa mère l'avait contemplé avec une complaisance d'artiste, en louant les différentes beautés comme eût fait un connaisseur en face d'une statue de prix ? Tacite, qui prétend que tous les historiens étaient unanimes sur les autres circonstances du crime, avoue cependant qu'il a des doutes sur celle-ci (4). Malheureusement pour l'humanité, Dion et Suétone la confirment de leur témoignage. D'après le récit du premier, Néron aurait dit, en contemplant ce corps percé de coups (5) : « Je ne savais pas avoir une mère si belle. » Puis, ajoute Suétone, il se fit donner à boire (C).

Le crime était consommé; mais quels en seraient les résultats? A défaut de remords, Néron eut de vives inquiétudes. N'avait-il pas à craindre l'attitude de l'armée, les sentiments du peuple, l'avis du sénat? Il fut promptement rassuré. Dès le matin les centurions et les tribuns des gardes prétoriennes vinrent, conduits par Burrhus, féliciter le prince d'avoir échappé aux embûches de sa mère. L'exemple une fois donné, chacun s'empresse de le suivre. On court aux temples , on immole des victimes; les villes voisine? envoient des adresses; on feint l'enthousiasme et la joie : transports de commande, allégresse officielle, qui n'empêchent pas le trouble du cœur. Un voile funèbre semble s'être abaissé sur cette plage qui scintille sous les rayons du soleil. Les imaginations frapi>ées voient dans de prétendus prodiges des signes de la colère des dieux.

(l) T«c. Ànn.. t. XIV, e. in-vut Cf. Won, L LXf, c. xiii : « Date vavnjv, ôvi Ntpwva Itdccv. »

(1) (.a belle aUtue aulne qui «e trouve au milieu de cette même tulle des Empereur*, dans le um»ec do Opttolr, c»t celle de la mère d'Agrippine, femme de i

(*) Ann.. I. XIV, c, ii.

|4) Ibid., c. ix.

(S) Dion, II». LXI. Jtir.

(S) sueuine, torm. xxxiv.

Chaque nuit on croit entendre retentir des troin- ' cêtres étaient Sabins, disait-il aux séoaleui s : nettes lugubres sur les collines qui entourent le cependant, dès le premier jour ils furent admis

lac Lucrin el des cris lamentables s'élever près du tombeau que quelques esclaves lidt-lcs ont élevé a Agrippine sur le ri\age de la mer.

Importuné de. l'aspect des lieux (pu lui rappellent son attentai, Néron se retire à Naples : c'est la que Séuèque compose le plaidoyer que

au droit de cité et au rang de patriciens Albe nous a donne les Jules, Tusculum les Pon-ius. Regrettous-nons d'avoir pris »es lia bus à l'Espagne, et à la Gaule tant d'hommes illustres5... Ih'jà, par les moeurs, les arts, les alliances de famille, les Gaulois se confondent avec nous (t). •

le prince veut envoyer au sénat. La fable imagi- Lorsque le prince qui parlait ainsi présida comme née par Anieetus y est reprise et commentée : censeur, en l'an 800 de Rome, au dénombre- Agrippine est dépeinte sous les plus sombres ; ment des citoyens romains, ce nombre s'était ao couleurs; mais personne n'est la dupe du men- cru d'un tiers depuis le recensement fait sous songe, et une partie de l'horreur qui s'a Hachait Auguste; la proportion depuis lors avait (ouau forfait retombe sur Sénèque, dont la plume jours été en augmentant. Cette organisation vient ainsi au secours du parricide. Toutefois, toute récente, cette introduction de plébéien» et blâme, reproches, récriminations se murmurent de provinciaux «tans les grands corps de l'État à l'oreille; la rumeur, pour nous servir de furent récompensées par le dévouement absolu l'expression consacrée par l'antiquité quand elle que les hommes nouveaux montrèrent au pouveuf désigner l'opinion publique, la rumeur était voir qui les appelait à enregistrer ses actes. Ils contraire à Néron ; les actes officiels lui étaient étaient prêts à tout, et se vengeaient ainsi sur tous favorables. On décréta des jeux annuels Rome soumise de l'orgueil des proconsuls. Qoant qui devaient se célébrer tous les ans aux fêtes . aux anciennes familles qui rêvaient encore ta de Minerve, époque du crime ou, comme l'ap- ; résistance, elles ne trouvaient même plus de pelait le sénat, «lu salut de César. Une statue sympathie chez un peuple tout disposé à fc-ire d'or fut votée a la déesse, une autre statue d'or à l'empereur : on inscrivit parmi les jours néfastes l'anniversaire de la naissance d'Agrippine. Devant tant de bassesse, Thraséas, qui s'était coolenté jusqu'alors «le marquer par le silence «on mépris pour l'adulation des |>ère* conscrits, crut devoir sortir du sénat, ce qui exposa ses jours, ajoute Tacite, et ne corrigea personne (I).

On s'étonne de la servitude publique qui se manifestait alors de foutes parts, et on se demande plus d'une fois, en lisant l'histoire de ces temps, comment l'avilissement «les classes palriciennes avait pu faire de si rapides progrès. Ne pouvait-on pas espérer des anciennes traditions du Hénat, «le ses regrets pour le passé, de la conscience de son antique splendeur moins «l'abjecte soumission? La lutte engagée depuis Auguste entre le pouvoir impérial et les convictions républicaines, lutte si sanglante sous Tibère et sous Caligu'a, avait-elle modifié assez profondément l'cn-emble de la caste patricienne pour l'avoir ait enée, par le découragement el la lassitude, jusqu'à l'abaissement des plus honteuses complaisances? Oui, tout ce qui testait d'amis fidèles à la liberté se taisait. Le sénat de Rome n'était fias on séaat nouveau, sans doute, mais la plupart des noms anciens et vénérés avaient péri dans un duel impie entre le poignard et la bâche du bourreau. On lisait désormais dans les fastes consulaire bien des noms inconnus; car l'enfantement de l'unité sociale s'opérait au milieu de ces immenses douleurs. Les provinces avaient été appelées à remplir les vides du parti va ncu. Claude, né dans la Gaule, avait insisté pour l'admission des familles provinciales aux honneurs et aux plus grandes magistratures : « Mes an-

(I) A%n.. 1 xiv, c. iu.

bon marché d'une liberté qui n'avait pas ete tituée à son profit. La loi des confiscations , d'ailleurs, faisait redouter quelque chose au «ieia de la mort. On flattait son bourreau pour sauver le patrimoine de ses enfants, et sous les mauvais empereurs la bassesse devint d'autant plus ardente que le pouvoir se montrait plus tymnnique.

Si Néron avait eu quelques doutes sur la docilité du sénat, et si ce doute l'avait retenu quelque .temps, ainsi que le pense Tacite, dan-» les villes de la Campanie. sa rentrée dans R<<me dut le rassurer sur ce qu'il pouvait attendre désormais de l'adulation du premier corps de l'Etat. Jamais l'empressement n'avait été si grand ; le peuple, par tribus, était venu à sa rencontre sur la via Appia, et depuis les portes de la ville les sénateurs, en babils de fête, accompagnes <te leurs femmes et de leurs enfants, s'étaient ranges sur son passage. Néron monta au Capitule probablement pour y remercier les dieux d'avoir inspiré à son peuple tant de bassesse. Il n'avait plus rien a craindre désormais ; l'épreuve était faite: il pouvait avec sécurité s'abandonner à ses passions. Parmi les goûts dominants «if cet empereur histrion, l'un des plus constants, et qui s'était manifesté dès l'enfance, était criai des jeux du cirque. Caligula lui semblait tu admirable modèle, et les palmes que ce coctter impérial avait remportes dans l'arène IVmpècliaient de dormir. Deja , dans sa première jeunesse, Sénèque et Burrhus, ne pouvant s'opposer a ce désir .effréné, lui avaient fait construire un cirque dans les jardins part cuoers qu'il avait au bas de la colline du Vatican. L>, du moins, il n'avait pour spectateurs que *c*

(il Tactte, /.*!ia.r I. XI, uxxw.

«ourtisans; maintenant ce n'était plus assez pour lui d'un public restreint : ce fut en face du peuple romain qu'il voulut Aire oouronuë, non- «etilemeut comme vainqueur clans les jeux du cirque, mais comme comédien, comme poète, comme danseur. Peu s'en fallut qu'il ne convoitât aussi les succès du gladiateur : il avait imaginé de paraître dans l'arène et d'y étouffer un lion dans ses bras ; mais la réflexion lui ni comprendre que les lions ne sont pas bons courtisans : il se contenta de les voir combattre. Voulant avoir des compagnons et des rivaux dignes de lui, il avait institué de» jeux appelés ludt juvenules, daus lesquels il (il admettre tous les citoyens indistinctement. Ni la naissance, ni l'âge, ni les plus hautes dignités ne dispensaient de prendre un rôle et de venir, par ordre, exercer sur la scène le métier d'un bouffon. De nobles matrones étudiaient ledits parties et récitaient leur rôle sans rougir. Pies du bois qu'Auguste avait planté autour de sa naumachie, ou avait élevé des boutiques et de* salles publiques où les épargnes du peuple qui venait assister à ces spectacles se consumaient en débauches. « Ce fut, dit Tacite, une source de dérèglements et d'infamies. Le dernier coup fut porté aux mieurs par ces exemples venus d'en haut, et de ce réceptacle impur débordèrent tous les crimes (1) » Et cependant Néron, à «on grand désespoir, u'élait qu'un mauvais comédien Sa voix était rauque, mi respiration haletante (2) : l'étude n'avait pu corriger ces défauts Lorsqu'il apparaissait lalyreà la main, couronné de lauriers comme Apollon cylhaiède, l'empressement de la foule s'adressait au prince et non pas à l'acteur. Il avait pris cependant toutes ses précautions |jour le succès, et c'est lui qui lit usage le premier de ces applaudisseurs à gages dont la tradition ne s'est jamais per lue. Cinq mille chevaliers romains étaient chargés de le soutenir de leur enthousiasme dans |ps endroits faibles, et, comme menace aux mécontents, une cohorte prétorienne, commandée par son tribun et ses centurions, était toujours la sous les armes. Burrhus y était aussi , affligé mais applaudissant , selon l'expression de Tacite : « et mœrens Burrhus ne taudans (3) ».

Néron eût il été un tyran aussi sanguinaire s'il avait eu la voix juste ? Il semble qu'il y ail dans la conscience d'un vrai talent quelque chose qui apaise les passions mauvaises. Le fils d'Agrippine fut au contraire dominé toute sa vie par le sentiment de son impuissance, aigri pur la vanité et l'envie. Cette irritation secrète contre lui et les autres était bien <!angemise cliw un despote dont aucun frein ne réglait le pouvoir. N'avons- nous pas vu Collotd'Herbois, ce comédien slflle devenu proconsul, réduire eu cendres la ville de Lyon où il avait

<(1! Mnn. I XIV, o.xv.

(») Diuii, LXJ, t») L C.

3ÉR0N TTO échoué comme artiste ; et quand Marat, pnbliofete sans talent, écrivait «es («mphiet* sanguinaires, daus cette cave où il se dérobait aux regards, n'était-ce pas le fiel d'une rancune envieuse qu'il distillait au bout de sa plume?

Nous pouvons consulter sur cette époque surtout Dion et Suétone, qui sont entrés dans de grands détails »ur l'extravagance des représentations que Néron donnait au peuple. Jamais ce luxe n'avait été plus grand que lors de la célébration des ludi maxtmi en I donneur de l'éternité de l'empire romain. On y vit descendre sur la corde des hauteurs de l'amphithéâtre un éléphant portant un chevalier sur son dos : or, joyaux, tis»us précieux, tableaux de prix, animaux rares, terres, villas, ou palais formaient des lots qui furent distribués au peuple, et jamais on n'avait vu, même sous Caligula, une semblable prodigalité. On a dit que Néron n'aimait |ias les combats de gladiateurs et refusait de sacrifier ainai même la viu des criminels condamnés à mort ; iraais ce n'était chez lui qu'un scrupule d'artiste pour les jeux qu'il avait institues à l'imitation de la Grèce. Il n'était pas si réservé en ce qui concernait les amphithéâtres romains, et pendant la durée de son règne on compte cinq cents sénateurs, six cents chevaliers qui lurent obligea par ses ordres de combattre daus l ai ène. A cette occasion, Dion nous* révèle un des secrets de la* partialité du peuple en faveur de Néron : « Les Furius, les Fabius, les Porcius, les Valerius, dit-il, dont les trophées, le» a mples, les statues se toytueut par la ville, etaieut offerts en spectacle à la populace, qui du haut des gradias 6e îles montrait du doigt. Vojcx, s'écriaient les Macédoniens, celui ci est le petit-fils de Paul-Lmiie, et cet autre, disaient, les Grecs, c'est le descendaut de Mummius. Les Siciliens reconnaissaient un Claudius, lesÉpirotes un Appius, les Espagnols un Publius, les Carthaginois un Scipion l'Atri • cain (I). » Déjà, ainsi que nous l'avons dit, la proviuce avait envahi, Borne et la province, enivrée de l'abaissement du patricial qui lui semblait une réparation et une vengeance, applaudissait avec enthousiasme à cetbulocaustede la grandeur romaine.

Dans les temps d'avilissement et de despotisme, que ce despotisme soit celui de la plèbe ou celui d'un seul homme, c'est dans les camps qu il faut aller chercher ce qui reste encore de patriotisme et d'honneur. Quittons pour quelques instants le spectacle des jeux du cirque ou des sanglantes iutrigms du palais, et suivons les légions romaines à la conquête des Partîtes ou des Bretons. Deux grands généraux soutinrent, pendant le règne de Néron, la gloire militaire de Borne : Domitius Corbulon, vainqueur des Germains et des l'arlhcs , auquel nous reviendrons tout à l'heure, et Suetonius Pauiinus, légal île I»

il) L LXI.cxvii.

711 KÉRON W

Bretagne. Il avait été appelé à ce commande- r paralysées par ce spectacle étrange, semblaient ment dès les premières années du nouveau règne, clouées sur leurs radeaux , tandis que l« Brecomme à un poste de confiance qui demandait tons faisaient pleuvoir les traits du haut Je autant d'activité que de talent. Parmi les causes leurs rochers. Il fallut la voix des chefs ; il bide mécontentement qui agitaient le pays lors de lut le souvenir des prisonniers romains plo» l'arrivée du nouveau gouverneur, l'une des ■ d'une fois égorgés mit ces autels druidiques que plus actives était l'esprit religieux. Persécutés l'œil des légionnaires pouvait apercevoir, pur par Claude, les druides de la Gaule avaient été les faire triompher du sentiment de terreur qui chercher un refuge chez leurs frères de Bretagne, | avait glacé leur courage. Ranimés par le désir

où les poursuivirent les armes romaines. Les vallées profondes, les montagnes abruptes du pays des Silures et des Ordoriques, formant maintenant la- principauté de Galles, donnèrent asile aux proscrits , alors que les légions étendaient leur action sur toute la contrée méridionale de Plie. Retirés au fond des forêts et fuyant devant les Romains , les druides n'en étaient que plus redoutables. Leur empire, qui pendant la paix avait trouvé dans l'esprit de clan et

de la vengeance, honteux de s'arrêter devant des prêtres et des femmes, ils sautent sur le rivage, engagent le combat, renversent ceui qui résistent et enferment les Breton* au milieu des feux qu'eux-mêmes avaient allumés. Oo poursuivit au fond des forêts ceux qui étaient parvenus à fuir; on abattit ces chênes séculaire* au pied desquels avait ruisselé le sang humain ; on renversa ces pierres énormes, grossiers autels où I on cherchait à lire l'avenir dans la féodalité militaire de puissants adver- les entrailles des victimes, et cependant il en saires, recevait de la persécution un caractère ! reste encore aujourd'hui pour témoigner contre éminemment national et ralliait les amis de l'in- ces temps, heureusement loin de nous, où U dépendance bretonne par une haine commune barbarie la plus grossière et la civilisation U contre les étrangers. Aussi Suetonius Paulinus, plus raffinée se montraient ('gaiement cruelle» qui fut d'abord obligé de résister pendant deux ' envers l'humanité.

ans aux révoltes toujours imminentes, résolut-il ' Suetonius voulut ensuite s'assurer de *a cond'aller combattre le fanatisme druidique dans son S quête t et jeta les fondements d'une forteresse foyer le plus secret , dans cette Ile de Mona , destinée à garder le pays ; mais les événements maintenant l'Ile d'Anglesey, où les Romains n"a- les plus graves le rappelèrent en Bretagne avant vaient pa» encore pénétré et d'où les partisans qu'il eût eu le temps d'accomplir ses projets, du culte proscrit dirigeaient des menaces, des Tout l'est de la province était en feu, et non* promesses, des ordres, portés dans toute la pouvons, à ce propos, emprunter à Tacite, non province romaine par de fidèles émissaires, dont j plu? dans ses" Annales, mais dans la Vie d'AÇTila présence réveillait la religion des souvenirs j cola, un tableau qui nous fera comprendre si et l'amour de la patrie. l'on a eu raison quand on a supposé que les

Mona n'est séparée de la Bretagne que par un améliorations apportées dans l'administration étroit canal, et aujourd'hui un i>ont tubulaire, des provinces par certains empereurs, rentes jeté sur ce bras de mer en miniature, est franchi tristement célèbres, pouvaient expliquer que

par les convois du chemin de fer qui vont por ter à l'extrémité occidentale de l'Ile les dépêches et les voyageurs en destination de l'Irlande. Mais quand, vers la sixième année du règne de Néron , Suetonius arriva sur les côles de Carnarvon , il fallut pourvoir aux moyens de transporter les troupes : on construisit a cet effet un grand nombre de radeaux, sur lesquels passa l'infanterie, tandis que la cavalerie traversait à gué, les chevaux se mettant à la nage dans les endroits profonds. Réunis pendant ce temps sur les rochers du bord de l'Ile, les Bretons en armes offraient aux Romains un spectacle qui les glaça d'épouvante. Autour des guerriers à la haute stature, serrés les uns contre les autres , et formant comme une muraille hérissée de piques et d'épienx, s'agitaient des femmes aux vêlements funèbres, les cheveux épars, portant des torches enflammées, à la manière des Furies, dit Tacite, tandis que des druides immobiles, vêtus de blanc, couronnés de feuilles de rhéne, élevaient leurs bras tendus vers le ciel et prononçaient contre l'étranger d'horribles imprécations. Les légions hésitèrent, et,

leur mort ait laissé des regrets et qu'on ait «i par exemple , apparaître de faux Néroos poor revendiquer l'empire. Depuis longtemps on supportait avec peine en Bretagne les charges p<-

chesses métal-

es n

santés imposées par le lise .

liques du pays enlevées pour alimenter le lux* des fêtes données à Rome, la jeunesse bretonne forcée de quitter ses foyers pour aller servir d'autres climats. La guerre qu'on venait de déclarer aux croyances religieuses avait cornNéJi mesure : « Que gagnons-nous, di<aient le* Unions restés soumis, à supporter nosmau* »,ec patience? Notre longanimité ne sert q»*» ref « le joug plus pesant en laissant croire à o«* *f rans que nous le portons sans peine. Autre*» nous n'avions qu'un roi : aujourd'hui nous avons deux : un légat qui exige l'impôt du «"J un procurateur qui nous enlève nos biens. L™ concorde ou leurs divisions nous rendent ép ment m^érables. L'un a ses salelliies, lauW«» ses centurions, qui joignent la viulence titrage. Leur avarice, leurs débauches ne «y ^ lent plus rien. Sur un champ de bataille, e du moins le plus brave qui emporte le» (

pouilles ; dans nos contrées soumises, ce sont ' des lâches qui s'emparent de nos maisons, viennent ravir nos enfants , les entraînent dans les guerres lointaines, comme s'il n'y avait que sa patrie pour laquelle un Breton ne pût mourir; et cependant que les Bretons se comptent, qu'ils comptent leurs ennemis. Les Germains ont secoué le joug, eux qui n'avaient pas la mer pour

Sénèque en un mot , avait , à ce que nous apprend Dion, placé en Bretagne de grandes sommes d'argent à un haut intérêt, contre la volonté même des emprunteurs, dont on exigeait maintenant par des exactions de toutes sortes un remboursement Imprévu (1). Les vétérans, ré* cemment établis dans la colonie de Camelodunum, s'étaient de leur côté attiré la haine des

rempart. Combattons tous pour la patrie, pour : habitants, qu'ils traitaient en esclaves. Au milieu nos femmes, pour nos familles. Nos ennemis ne i de la ville s'élevait un temple que Néron avait

peuvent combattre que pour l'avarice et la débauche. Ils fuiraient bientôt , comme a fui leur dieu César, si les Bretoos avaient le courage de leurs ancêtres. Devons-nous succomber d'abord? Sachons supporter le premier revers : le malheur trera|>e les cœurs généreux. D'ailleurs, les dieux semblent prendre pitié de nous, en retenant dans une Ile éloignée le général romain à la tête de ses légionnaires. Nous pouvons nous entendre : c'était le plus difficile ; dans de pareilles entreprises, il est moins dangereux d'agir que de délibérer (i). ».

Telles sont les plaintes que Tacite place dans la bouche des Bretons ; tel est le tableau qu'il nous fait de l'administration romaine dans la Bretagne au temps de Néron, et non-seulement les sujets habitant la partie de l'Ile dès lors réduite en province avaient à énoncer de tels griefs, mais les peuplades alliées elles-mêmes se voyaient à cliaque instant menacées dans leurs biens et leur indépendance. Au nombre de ces peuplades se trouvaient les Icéniens, tribu puissante, dont le territoire forme aujourd'hui les comtés de Suffolk, Norfolk, Cambridge et Hurtingdon. Leur roi, célèbre par la longue prospérité de son règne, est nommé |»ar Tacite Prasutagus. Ce roi en mourant partagea son héritage entre ses deux filles et Néron, espérant par cet acte de déférence envers l'empereur désarmer l'avidité des Romains. Il se trompait. Ses États furent traités comme une conquête; les agents de César s'abattirent sur son palais; sa femme, Boadicée, fut battue de verges, ses filles livrées à la brutalité des conquérants, ses parents déclarés esclaves, les chefs de la nation dépouillés de leur patrimoine et l'État réduit en province. Quoi d'étonnant que cette conduite brutale, cet atroce mépris de toute justice aient armé tout un peuple? Les Trinobantes, habitants du territoire qui forme aujourd'hui le comté d'Essex, d'autres tribus encore, appartenant à la province depuis *a formation, furent entraînées dans ce soulèvement, qui prit bientôt les proportions les plus effrayantes. En effet, l'état de la province tout entière s'était profondément modifié depuis le noaveau règne : de toutes parts on avait vendu , par ordre du procurateur de Néron . Decianus Catus , les biens qui avaient été distribués par Claude aux Bretons. Puis le précepteur de l'empereur, ce stoïcien si peu ennemi des richesses,

tt) Tacite, jigricola, ch. XV.

consacré à son père adoptif, au divin Claude , et cet édifice, qui dominait la cité, semblait {e sanctuaire d'une éternelle domination. Les prêtres bretons, ruinés par les frais d'un culte ridicule, auquel on les obligeait de pourvoir, donnèrent le signal de la révolte par un prétendu prodige qui frappa les esprits : une statue de la Victoire se trouva renversée de son piédestal sans cause apparente, et tomba en arrière, mais cependant la face contre terre, comme si elle eût fui devant l'ennemi. Puis on n'entendit parler que d'apparitions surnaturelles et menaçantes pour la puissance romaine : des femmes saisies d'accès de fureur prophétique parcouraient le pays en annonçant la prochaine défaite des conquérants. Dans la curie de Camelodunum on avait entendu des lamentations pendant la nuit ; on avait vu dans la Tamise l'image d'une ville détruite, l'Océan avait pris une teinte sanglante et la marée en se retirant avait laissé voir sur le sable l'empreinte de cadavres étendus. Cependant, l'absence de Sueionios se prolongeait Camelodunum était une ville ouverte, car les légats de Rome s'étaient plutôt occupés de leurs plaisirs que de leurs devoirs , et dans leur imprudente sécurité avaient mieux aimé construire des palais que des remparts. Dans la prévision d'une attaque imminente, les vétérans rirent demander du secours au procurateur de Néron, Decianus Catus, dont l'avarice et les exactions avaient tant contribué à la révolte, li ne put envoyer au secours de la colonie que deux cents soldats mal armés, tandis que, se groupant autour de Boadicée, la veuve de Prasutagus, les clans des Bretons accouraient maintenant que sonnait l'heure de la vengeance. Dion Cassius nous a légué un portrait animé de cette héroïne qui mit la province romaine à deux doigts de sa perte. « C'était, dit-il, une Bretonne de sang royal, et son courage était au-dessus de son sexe. Ayant rassemblé ses troupes, au nombre de cent vingt mille hommes, elle leur adressa la parole du haut d'un tertre en gazon qui lui servait de tribune : sa taille élevée, ses traits d'une beauté sauvage, sa voix puissante, son air fier, ses cheveux blonds tombant jusqu'à la ceinture, tout en elle commandait l'attention. Elle portait un collier d'or; une tunique flottante de deux couleurs se croisait sur sa poitrine; un riche manteau était retenu sur son épaule par

il] Dion, L. LXI1, e. il.

715* , NÊROIS

une agrafe. A ce costume, qoi lui était habituel, elle avait ajouté un baudrier soutenant une époe; car le jour était venu où les femmes elles-mêmes devaient combattre, non pas seulement pour la liberté, mais pour le salut de la famille. Dion lui

et de l'Italie qui voulaient profiter des relations nouvelles ouverte» avec la Brelagnei Sueloiih» eut un instant la pensée de fortifier cette cité commerçante et d'en former la base de ** operations ; mais la faiblesse de .son* armée,

a prêté à ce propos des paroles énergiques, dans l'exempleiiu sort de la neuvième légion I mua

lesquelles elle expose tous ses griefs et dans les- gèrent à sacrifier la ville pour sauver la pn>

quelles aussi il semble qu'on aurait tort de ne vince. Insensible aux gémissements de teste

voir qu'un exercice oratoire sans valeur histo- une population, qoi le suppliait de la protéger, il

rique (!). Sans doute, les Bretons n'ont guère donna le signal du départ, emmenant ceux de»

pen*é à enregistrer les paroles de leur vaillante habitants qui voulurent le suivre. A peine l'ir-

rejne, et il est peu probable que quelque espion mée romaine avait elle fait retraite que les Bn-

romain, instruit dans l'art- des notes tironiennes, se soit trouvé dans le camp ennemi ; mai* eu fin Dion, cent ans plus tard, connaissait l'état des provinces; ses longs travaux, les charges qu'il avait remplies, ses voyages lui avaient lait connaître les excès de l'administration dan» les pays nouvellement conquis, et ses impressions se sont traduites en on discours on l'on peut voir, comme dans le passage de Tacite que nous avons cité un tableau fidèle de ce que les provinces avaient quelquefois souffert de l'insolence des agents de l'empereur.

La prise de Camelodumrov par cette foule d'hommes avide de vengeances n'éprouva pas» pour ainsi dire, d'obstacles. Le temple lui-même, où s'était retirée toute la garnison et qu'on avait entouré d'un fossé, fut emporté an bout de deux jours, victoire rapide malheureusement souillée , d'après» Dion , par les plu* terriblfs représailles (î). Un second succès suivit de près ce premier avantage Les Bretons défirent la neuvième lésion, campée dans le pays des Trinobautes, et qui marchait, mais trop lard, au secours de la ville sous les ordres du légat Petilius Cerialis. L'infanterie fut taillée en pièces; tout ce que put faire Cerialis , excellent officier du reste . qui joua depuis un rrtle important dans les guerres civiles , ce fut d'échapper au massacre avec la cavalerie, qu'il mit à l'abri dans l'enceinte du camp; les Bretons n'osèrent l'y forcer. Effrayé du désastre causé par son imprévoyance et son avarice, comprenant l'immense responsabilité qui pesait sur lui, car en l'absence du légat propréteur le procurateur de l'empereur gouvernait la province, Calus Decianus s'enfuit en Gaule pour y cacher sa honte.

Cependant Suetonios, qui venait de soumettre Mona , se hâta de repasser en Bretagne , et, traversant les province» révoltées, arriva sans désastre jusqu'il la ville que les Romains appelaient \ pline triompha Londinum et les Bretons IJun-lin f ta ctté des vat s^aux). Cette ville, qui n'avait pas encore le titre de colonie, n'en était pas moins déjà le plus riche emporium de la Rretngne. Les bâtiments remontant la Tamise y trouvaient un abri sur et des voies faciles pour communiquer avec l'intérieur de l'Ile. Aussi la place était-elle devenue le rendez vous des riches marchands de la Gaule

II) ro». Jllon, !.. I.XII.C. l-VI.

lt) L. XL11, c VIL

tons arrivèrent, mettant tout à feu et à sang. Yerulamium ( Saint-Aibans), municipe rowam, éprouva le même swt ; d'antres cités tombèrent à leur tonr. Soixante-dix mille Romains ou alliés périrent ainsi sous les coups des Breton* « Ils ne voulaient dit Tacite, ni faire de pr> sonniers, ni en vendre, ni en échanger; ils» hâtaient de tuer, de brûler, d'anéantir. Trop son que les Romains leur rendraient bientôt supplices pour supplices, ils se hâtaient de prendre l'avance, de peur de perdre leur vengeante en la différant (I). »

Suefonius, cependant, avait avec lui la qui* torzième légion, les vtnillaires de la vingtième, et il avait rappelé des garnisons voisines quelques cohortes d'auxiliaires de manière a former en fout un corps d'environ dix miMe1 hommes. C'est avec cette faible armée qu'il dot affront* les révoltés, dont le nombre, grossissant cJiaqoe jour par le succès, ne montait pas, d'après Dion Cassius, à moins de deux cent trente mille combattants, de telle sorte, ajoute l'historien gftC que si le général avait voulu ranger m phalange en face de ces troupes innombrables, se» soldat* auraient élé débordés, quand même il les eût dispose» sur une seule ligne (?). Mais il avait su choisir son champ de bataille. Sa pftfte armée se trouvait à l'entrée d une gorge étroite fermée sur les derrières par un bois épi*, <• sorte qu'il n'avait d'ennemis qu'en face et »** vait aucune surprise à craindre dans la pi<"uc découverte qui s'étendait devant lui. Lt»leg'l>«naires, serrés en masse compacte, étaient pbtt* au centre ; les troupes légères défendaient !• front d'attaque ; la cavalerie protégeait les aile». Quant aux Breton"!, ils s'avançaient en désordre; confiants en leur nombre , ils marchaient a combat comme à la victoire. Mais cette f*** encore la supériorité des armes et de la décima de la multitude des soWtls, comme c'est presque toujours le cas quand des troupes aguerries et bien commarulef* lutter contre des hordes mal armées» mal * tues, oh chaque clan a son chef . ou ca*q"« chef veut commander et refuse d'obéir. l& Bretons prirent la mite et, arrêtés dans le* course par les chariots qui se trouvaici* rm# â l'arrière-garde, ils tombèrent

Ml Tscltr, JnnnUt. lit. XIV, XXXIII- (i) Dlon.Uv. LX1I,SL

sous Tépée 'les légionnaires. On n'épargna pas même les femme»; on tua jusqu'aux clievaux, qui vinrent grossir les monceaux «le cadavres : quatre-vingt mille Breton* étaient étendus sur le champ de bataille, tandis que les Romains n'<maient à regretter que quatre cent» morts et autant de blessés. Boadicée s'empoisonna , dit T-'cite. Dion dit qu'elle mourut peu après, de maladie, et que ses sujets, qui la pleurèrent amèrement, lui firent des obsèques magnifiques. Quoi qu'il en soit, sa mort swnWa le signal de la dispersion des tribus; toute l'année romaine avait élé réunie depuis que la campagne était libre. Po<l humus, préfet de lu seconde légion, en apprenant la glorieuse victoire remportée par la quatorzième et la vingtième, se perça de son épée pour se punir d'avoir privé ses soldats d'un si grand triomphe. Quant à Soetonius, il retint lougtemps les troupes sous la tente, voulant en finir une bonne foin avec la révolte. Néron lui avait fait envoyer quelques renforts de la Germanie, c'est-à-dire deux mille légionnaires, une cohorte d'auxiliaires et mille chevaux. Les légionnaires avaient servi à recruter momentanément la neuvième légion Quant aux cohortes auxiliaires et à la cavalerie, on en reforma de nouvelles garnison* et- les rantons ennemis ou snspects furent soumis à de sanglantes réactions. Au terrible fléau de la guerre était vernie se joindre la disetle; les Bretons, pour courir aux armes, avaient négligé d'ensemencer les terres; il n'y avait donc point eu de récoltes. Ht cependant la Bretagne tardnil à se soumettre. Les dissensions qui existaient entre le nouveau procurateur impérial, Julius Classicianus, successeur de Catu«, et le légat Suetonius, entretenaient chez les tribus l'espoir d'une occasion favorable pour une nouvelle prise d'arme*. Il semble, d'après les paroles de Tacite, que Classicianus ait été d'un tout autre caractère que son prédécesseur. Si le nouveau procurateur se trouvait en désacord avec le chef militaire, c'est qu'il l'accu?ait d'abuser de la victoire. Il disait partout qu'il fallait à la Bretagne un autre légat qui, n'ayant ni la haine d'un ennemi, ni l'insolence d'un vainqueur, calmerait par la clémence les esprits irrité» et ramènerait dans l'Ile une |mix durable. Nous avons dit déjà que le procurateur du prince était la seconde autorité1 dans toute province romaine. Néron, en apprenant le dissentiment qui venait d'éclater entre ses deux principaux agents, envoya dans le pays son affranchi Polyclitès, espérant que l'ascendant de eet homme, favori de son maître, suffirait pour faite renaître la concordn. Ce n'est pas que l'empereur eût un grand souci de cette province- éloignée, dont il avait même voulu, a ce que dit Suétone (l) retirer ses troupes. Nous savons que pendant les laborieuses campagnes de Suetonius il ne

(1) Pie de Néron, ch.xviti.

rêvait que courses du cirque ou combats dn chant : toutes ses pensées étaient tournées vers l'Orient ; commander à de sauvages insulaires ne lui offrait aucun charme, et il n'était pas homme à préférer les riches trésors métalliques, l'étain, le fer, le plomb, ces agents puissants de l'industrie, aux bon (Ton s ou aux danseurs qui lui venaient de la Gtèce. Mais cette fois l'opinion publique s'était complètement déclarée en faveur de la possession de la Bretagne. L'île n'était pas conquise : elle ne le fut jamais entièrement; mais cette nouvelle annexe à l'immense empire de Rome, ne fut-elle que nominale, a flatté plus qu'aucune autre victoire peut être l'orgueil des Romains. L'Océan n'était plus cette limite redoutable qui depuis la géographie du vieil Homère semblait l i barrière du monde habité : la barrière était franc hie. Le triomphe de Claude avait été célébré à Rome par des transports unanimes d'enthousiasme; et son fils adoptif n'osait plus répudier celte gloire, quelque chèrement qu'il fallut l'acheter. Il donna donc à la mission de Polyclitès tout l'éclat qui pouvait lui prêter plus de solennité; l'affranchi parvenu elfraya l'Italie et la Gaule de son pompeux cortège; les légionnaires de Bretagne eux-mêmes virent son approche avec terreur, dit Tacite (0- Mais quant aux Bretons, ils avaient trop la passion de la liberté pour comprendre qu'un esclave affranchi fit ainsi trembler un gênerai et une armée au lendemain de la victoire -. ils ne savaient et nu pouvaient savoir ce qu étaient alors ces hommes à la cour des Césars.

Quels que soient les excès commis en d'antres circonstances par Polyclitès. il parait avoir rempli en Bretagne une mission de conc liât ion. Les rapports envoyés à l'empereur adoucissaient les griefs reprochés à Suetonius l'aulinus, qui conserve quelque temps encore les fonctions dp légat. Mais probablement la gloire milihvre qui s'attachait au nom du vainqueur de Boadicée troublait Néron , ennemi naturel de toute* les supériorités, dussent elles contribuer & la splendeur fie son règne. Un événement de mer, btan difficile à éviter dans ces parages orageux, servit de prétexte à la disgrâce de Suetonius. Plusieurs bâtiments s'étaient brisés à la cote et avaient péri ainsi que leurs équipages. On rendit le légat responsable de la force des vents; il dot quitter la province, dont il remit le commandement entre les mains de Petronins Turpilianus , qui devint ainsi le sixième légat de' la Bretagne.

Tandis que ces événements s'accomplissaient en Bretagne, des faits non moins glorienx pour les arme* romaines assurai -nt en Orient les limites de l'empire. Là encore N-ron , qui n'avait jamais porté que répé© inoffensive d'un hSros de tragédie, trouvait pour soutenir l'honneur de son

(t) 4nnaUt, «v. Xiv,

>ÉRON

nom un général non moins habile que Suetonius , la tête nue, partageait les marches, les travaux, Paulinus. Cneius Domitius Corbulon , après de donnant des éloges aux braves, de* consola-

grands succès remportés en Germanie, avait été rappelé des bords du Rhin pour être envoyé dans l'Arménie , depuis longtemps habituée à recevoir des rois de la main des Romains. Les Parthes l'avaint envahie, et semblaient vouloir en faire une conquête permanente, depuis l'expulsion de Rhadamiste , qui , après avoir plusieurs fois recouvré et perdu ce royaume, avait enfin renoncé même à le disputer. Cette invasion avait suivi de près la mort de Claude, et ce début guerrier d'un nouveau règne occupait Rome, toujours avide de nouvelles. Qu'allait Taire le jeune empereur, alors Agé de dix-sept ans ? Continuerait-il à être gouverné par une femme ou se montrerait-il digne de Pompée, de César, d'Octavien, qui au même âge avaient su se faire un rôle dans les guerres civiles ? Si Néron ne réalisa pas en sa personne les espérances qu'avaient conçues ses partisans, il fil choix d'un des meilleurs généraux que puisse revendiquer la gloire des armes romaines.

Corbulon en arrivant en Orient y trouva déjà Quadratus, légat de Syrie. Les forces que l'empire avait de ce cùté furent partagées également entre ces deux généraux. Quadratus eut deux légions avec leurs auxiliaires, c'est-à-dire environ vingt-quatre mille hommes; les deux autres furent données au nouveau chef. C'est avec cette faible armée qu'il soutint, dit Frontin, tout l'effort des Parthes (1). Il avait déjà dû cependant vaincre d'abord ses propres soldais avant de vaincre l'ennemi. « Toutes ces légions de Syrie, dit Tacite, amollies par une longue paix,

tions aux faibles, l'exemple à tous. La lâcheté seule le trouvait sans merci. y£miiius Rufus, préfet de cavalerie, ayant lâché pied devant l'ennemi, il lui fit déchirer ses vêtements par un licteur, et le fit rester ainsi en présence de l'armée jusqu'à ce qu'on eût relevé les gardes. Une autre fois trois cohortes et deux escadrons qui avaient faibli dans l'attaque d'une forteresse (urent condamnées à camper seules hors des retranchements jusqu'à ce qu'elles eussent racheté leur faute par des expéditions heureoses et des travaux assidus (1). C'est à ce prix que la discipline, condition première de la victoire, se trouva rétablie. Les Parthes furent chassés des gorges de l'Ararat, qui leur offraient tant de positions favorables. Le frère de l'Arsacide Vologèse, Tiridate, combattit en vain par les armes ou la trahison pour soutenir ses prétentions au trône d'Arménie. Les Romains s'avancèrent jusqu'aux remparts d'Artaxate, qu'ils assaillirent, et cette grande cité tomba sous leurs armes. Néron, à cliaque victoire que remportait Corbulon, était proclamé imperator ; le sénat lui vota des actions de grâce , des statues, des arcs de triomphe, plusieurs consulats successifs. Chacun voulait ap|K>rter son offrande dans cette explosion d'enthousiasme: l'un demandait que l'on déclarât fête solennelle pour l'avenir l'anniversaire du jour où l'on avait remporté chaque victoire; l'autre réclamait aussi pour le jour où Ton en avait reçu la nouvelle ; un troisième pour celui où l'on en avait fait le rapport. Ce genre d'adulation prit des proportions si outrées qu'il se

enduraient impatiemment les travaux exigés du trouva enfin un sénateur ( c'était un Cassius )

légionnaire. On voyait là des vétérans qui n'avaient jamais monté une garde, pour qui des fossés ou des retranchements étaient un spectacle nouveau; sans casque, sans cuirasse, ils avaient vieilli dans les villes, fréquentant les théâtres et les lieux de débauches (1). » Corbulon se préparait à les conduire sous un rude climat, au milieu des plus hautes montagnes de l'Arménie ; il renvoya tous ceux que l'âge ou leur santé rendait impropres au service ; des levées furent faites dans la Galatie et la Cappadoce ; on y ajouta une légion qu'on fij venir de Germanie , où les soldats n'avaient jamais eu le temps de s'affaiblir dans l'oisiveté. Parvenue dans ces âpres contrées, où désormais il fallait combattre, l'armée resta sous la teute, quoique l'hiver fût si rigoureux qu'on était obligé de creuser à grande peine la terre glacée profondément pour y faire entrer les piquets destinés à la défense du camp. Des soldats eurent des membres gelés, et il arriva plusieurs fois qu'on trouva le matin des sentinelles mortes de froid à leur poste. Corbulon, cependant, légèrement vêtu,

(Il Frootin. Stratagtmtt. Ut. IV, cb. n, § J. (t) stnn.A. XIII, c. xxxv

qui fit observer aux pères conscrits qu'au milieu de tant de faveurs du ciel, si le sénat voulait manifester sa reconnaissance pour chacune d'elles par une vacance, l'année entière ne suffirait pas à célébrer tant d'actions de grâces. Il était bon d'honorer les dieux et l'empereur, ajoutait-il, mais encore fallait-il faire ses affaires.

Tacite nous a transmis les glorieux bulletins des victoire» de Corbulon pendant la rude guerre des Parthes (2). On peut suivre dans ses Annales l'histoire détaillée des exploits qu'accomplirent alors en Orient les légions romaines ; mais il se tait sur d'autres expéditions, non moins heureuses, ou du moins nous avons perdu les pages qu'il leur avait probablement consacrées. Les monuments épigraphiques viennent dans ce cas à notre secours, et il nous faut recourir aux documents secs et concis qu'ils nous offrent pour compléter cette histoire militaire du règne de Néron, dont les brillants épisodes contrastent avec le sombre tableau de son gouvernement

(t) Frootin, Strataç., II*. IV. ch. i.et Tacite. .

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