‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 143 sur 206 · ION · texte numérisé non relu

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, dans les provinces, quoi qu'aient pu dire Sulpice Sévère (1) et Orose (2), Nous n'y voyons, que l'extermination brulalc et sauvage de quelques sectaires isolés, sans appui dans les rangs de la société romaine (3), sans ramifications dans le pays, appartenant aux classes les plut humbles et envers lesquels on agissait comme envers des hommes placés en dehors de la loi et de l'humanité. Une fois que Néron eut ainsi l détourné sur eux, pour les besoins de sa cause, : le terrible soupçon qui pesait sur lui, tout s'apaisa. Quelques malheureux avaient été mis en croix, d'autres revêlus de peaux de bêtes et dévorés par les chiens, d'autres couverts de poix et brûlés dans le cirque, seulement parce qu'on voulait les faire croire coupables d'avoir allumé l'incendie qui avait dévoré la ville ; mais on était loin de supposer qu'on frappait ainsi les premiers disciples d'une religion nouvelle, dont les progrès rapides allaient bientôt détruire les superstitions païennes, modifier profondément l'État et transformer le monde ancien.

Cependant, pour la reconstruction de la ville, pour les embellissements de celle Maison d'Or qui dépassaient en luxe jusqu'aux folies de Caligula, ou épuisait l'Italie, on ruinait les provinces (4); les peuples alliés, les cités libres «•tait ut rançonnés sans merci ; les dieux mêmes n'elaient pas épargnés dans ce pillage, et l'or qui avait été consacré dans les temples après les triomphes de la Rome républicaine, servait 1 dorer la paroi des murailles de ces salles dont parle Suétone et dont les lambris d'ivoire s'ouvraient pour laisser tomber sur les convives des fleurs et des parfums. La mesure des iniquités m comblait ainsi rapidement ; bientôt la répression, : d'une vaste conspiration vint augmenter ces haines, et en faisant trembler chacun pour sa vie hata le jour de la vengeance.

Parmi les grandes familles qui avaient été atteintes déjà par les proscriptions impériales et qui, n'ayant aucune alliance avec les Jules ou les Claude, n'étaient entachées d'aucun reproche de tyrannie et ne rappelaient à l'esprit des Romains que les gloires de la république, on comptait celle des Calpuruius Pisoti. Déjà un CneusPison s'était posé en antagoniste de Tibère, el sa disgrâce, celle de ses fils n'avaient peutêtre fait que répandre sur ce nom un éclat nouveau. Banni par Caligula, Caius Calpuruius Ptsoo ' avait été rappelé par Claude, qui désirait plaire j au sénat en lui rendant une de ses illustration*. | Ses talents, ses richesses, sa libéralité nous «ont 1 attestés par Ju vénal et Tacite. On nous le repre-

. (i) Hitt. sac.. II.

(r Histor. adv. Paçtsn., 1. VU, 7.

(3> h'upres Jo-cphe, tt semble que le nombre total de» Juif « qui *e trouvaient alors établis à Rome ne dépassait pan huit millet Intiq.Jud., I XVI», c. ix, éd. Wdot • G lui des chrétien», que l'on confondait avec ert, devait être moln» coiiMdéraole.

(t) Pilne non» apprend que Néron altéra profonde""' la monnaie I or en diminuant le poids de Taureau i/f. tf* LXXXIU, c. XUtJ.

«ente comme libéral envers ses amis, affable pour ceux avec lesquels il se trouvait en rapport, employant volontiers son éloquence pour la défende des citoyens, réunissant une figure Imposante i uue taille avantageuse ; mais ce n'était point un homme d'action, et sa prédilection pour les habitudes d'une vie luxueuse, son entraînement vers les plaisirs semblaient lui interdire toutepensée sérieuse d'opposition. Ce fut lui cependant qui devint le chef nominal d'un vaste complot, soit qu'il fût las de la tyrannie, soit que ses amis, plus actifs et plus résolus, eussent besoin de son nom et aient su l'entraîner dans leurs projets. Les plus entreprenants parmi eux étaient le tribun d'une cohorte prétorienne, Subrius Flavius, et un centurion nommé Sulpitius Asper. Le poète Lucain, neveu de Sénèque, et Plautius Lateranus, consul désigné, furent aussi des premiers à s'inscrire au nombre des conjurés. Lucain, qui, malheureusement pour sa gloire, se montra dansles premiers chants de la Pharsale adulateur trop servile, était animé, dit-on, par une cause personnelle. Néron l'avait blessé dans sa gloire en lui interdisant, par une vanité jalouse, de dire ses vers en public. A Plautius Lateranus, illustre représentant d'une grande famille, possesseurdu vaste palais qui, à l'extrémité du Cœlius, a donné son nom à la basilique de Saiut- Jean-de-Latran, on ne prête d'autre motif que l'ardeur du bien public. Des chevaliers, des sénateurs venaient chaque jour prendre part au complot, qui semblait prêt à éclater comme une vengeance publique. Mais c'était l'un des préfets du prétoire , Fenius Rufus, qu'on regardait comme l'âme des conjurés. Le tribun Subrius Flavius, placé sous ses ordres, avait d'abord voulu prendre sur lui l'exécution. Tantôt il s'arrêtait à l'idée de poignarder Néron en face du peuple, alors qu'il venait chanter sur la scène et avilir aux yeux des Romains la majesté impériale, tantôt il rêvait l'incendie de la Maison dorée et voulait attendre l'empereur s'enfuyant au milieu de la nuit par les galeries désertes de son palais. Mais Flavius voolait autre chose encore : il voulait sauver sa vie, dont il n'avait pas su faire le sacrifice. Aussi abandonna t-il ses plans l'un après l'autre. Au milieu de cestiTlsolutionsune femme nommé Epicharis, que sans doute s.i liaison avec quelqu'un des conjurés avait instruite du complot, s'ouvrit à l'un des chefs de la flotte du cap Misène, Volusius Proculus, qui semblait mécontent et ne se croyait pas assez pavé, par le commandement de quelques galères, de la part qu'il avait prise au meurtre d'Agrippine. C'eût été une acquisition décisive; car Néron, pendant ses longs séjours à Baïa, faisait de fréquentes promenades en mer et se confiait, sans gardes, aux marins de sa flotte. Epicharis, toutefois, en livrant à cet homme le secret de ses desseins, ne lui dévoila pas le nom •les conjurés. Aussi Proculus, qui se hâta de la trahir, ne put donner à l'empereur que de va-

M>UV. BIOCR. CÉNÉR. — T. XXXVII.

goes indications. Epicharis fut arrêtée; mais elle n'avoua rien, et Néron ne savait encore sur qui faire tomber ses soupçons.

Cependant les conjurés, avertis du péril, comprirent que l'hésitation les perdrait, et comme l'empereur se trouvait alors à Baïa, où Pison avait une villa sur les bords de la mer, on résolut d'accomplir le meurtre dans cette maison que Néron visitait quelquefois pour y prendre les plaisirs du bain. Pison refusa. Quelle que fôt la haine qu'il portait au tyran, disait-il, l'hospitalité devait être sa sauve-garde et la table où s'asseyait son hôte ne serait jamais soufflée de son sang. Il y eut donc un nouveau délai. On fixa le meurtre au 19 d'avril, jour consacré à Cérès et que l'on célébrait par les jeux du cirque. L'empereur venait souvent à ces fêtes, où il était facile de l'approcher. Lateranus, sous le prétexte d'une grâce à obtenir, devait sé jeter aux genoux du prince, puis le renverser brusquement. C'est alors que le sénateur Scevinus, qui en avait réclamé l'honneur, devait porter le premier coup. 11 avait fait venir à cet effet un poignard consacré dans le temple de la Fortune en Êtrurie, comme pour donner un caractère religieux à l'expiation de tant de crimes. Pison, cependant, devait attendre l'accomplissement du complot dans le temple de Cérès, et de là le préfet du prétoire Fenius le conduirait au camp des prétoriens, accompagné d'Antonia, la fille de Claude. On voit qu'il ne s'agissait plus d'aucun retour vers la liberté : l'idée républicaine était bien morte dans le coeur des Romains. Ce qu'on voulait, c'était substituer un maître à un autre, et l'idée de légitimité avait déjà dans Rome de si profondes racines que Pisou était prêt à répudier une femme qu'il aimait et à s'allier à la sœur adoplive de Néron pour s'assurer des droits à la couronne de celui qu'il se proposait d'assassiner.

Parmi tant de personnes de conditions, d'Ages et de sexes si différents, le secret avait été gardé sur les auteurs de la conjuration. La trahison partit de la maison de Scevinus. Un esclave au* quel il avait ordonné d'affiler ce poignard toscan dont il voulait se servir comprit à quel usage il était destiné. Séduit par l'espoir de la récompense, dès le point du jour il était aux portes des jardins de Servilius, par lesquels on entrait dans le palais impérial. Il s'annonce comme porteur d'une nouvelle importante : les gardes lui refusent lout accès ; puis, sur des instances nouvelles, le conduisent à Épaphrodite, affranchi de Néron. Introduit chez l'empereur, il parle d'un complot redoutable, montre le poignard qu'on lui a confié et accuse son maître, auquel il demande à être confronté. Scevinus est enlevé de sa maison par des soldats; Anlonius Natalis, chevalier romain, avait eu avec lui la veille un entretien secret ; on l'arrête aussi» Leurs réponses ne s'accordant pas, on les menace de la torture. Ils n'en peuvent supporter

739 NÉRON 740 les apprêts; le nom dp quelques-uns des con- > du moins la franchise de son opinion. Néron jnrés est livré par eux. Néron se rappelle alors loi demandait pourquoi il avait trahi ce serment la première délation de Proculus. F.picharis militaire dont l'observance faisait l'honneur du était restée en prison; on croit obtenir d'elle soldat : « Jamais, répondit le tribun, tu n'as une plus ample révélation du complot: elle est été plus fidèlement servi que par moi lorsque déchirée par le fouet, brûlée par le feu, soumise tu nous commandais selon la justice; mais j'ai à tous les tourments, qu'elle brave sans que les détesté en toi le parricide, l'assassin, le bâtebourreaux puissent vaincre sa résolution. Rejeté*; leur, l'incentiaire (1). » dans son cachot, elle est apportée le lendemain Nérou, cependant, se sentait comme entouré sur une chaise, car ses membres sont brisés ; de vengeurs invisibles, prêts à lui demander mai< pendant le trajet, craignant que la nature compte du sang que ses terreur? mêmes lui faiaffaiWie ne triomphe cette fois de son courage, saient verser à profusion. Des conspirateurs dont elle s'étrangle avec son lacet. Tant de constance les noms lui avaient été dévoilés, se» soupçons redouble la terreur de Néron. Les cohortes pré- s'étaient portés sur tous ceux qui n'avaient pas torienne* , la garde particulière des Germains flatté ses vices. Il lui semblait qu'il fallait ou sont en armes et prêtes comme pour le combat; l'aduler ou le combattre, et que quiconque ne se les murailles sont garnies * on dirait que Rome faisait pas le courtisan du prince voulait devecraint un assaut. Des détachements parcourent nir son assassin Sénèque s'était retiré de la la campagne et les municipes voisins : à chaque cour, ainsi que nous l'avons vu, sous pretextr heure du jour, ces détachements reviennent en de sa santé détruite par l'excès du travail. Dioo ville, traînant aux jardins de Servilius des assure qu'il eut connaissance du complot , Tacilf troupes d'accusés chargés de chaînes Si quel- • ne croit pas pouvoir émettre de certitude à cet qu'un s'est montré affable pour un conjuré, s'il égard. Un des conjurés déclara que Pison lai lui a parlé par hasard, s'il l'a rencontré sur la avait envoyé demander de le recevoir. C'en (ai voie publique, c'en est assez pour être déclaré assez pour Néron. Le tribun d'une cohorte précoupable. Pison, cependant, qui n'avait pas d'à- torienne, Grauius Silvanus, eut ordre d'aller bord été nommé, se trouvait encore libre; un savoir si Sénèque confirmait la déposition. L* coup hardi pouvait le sauver, et tous ceux qui philosophe revenait alors de Campanie et s'était se trouvaient compromis le lui conseillaient avec arrêté dans la villa qu'il avait sur la voie Ap|«t. instances on lui rappelait que de nombreux à quatre milles de Rome, vaste résidence dont complices se trouvaient parmi les gardes du { les fouilles opérées dans ces dernières années prince. On pouvait encore entraîner le peuple; ont fait découvrir les anciennes sub^tructtons. car si le nombre des conjurés était borné, Rome Nous connaissons donc maintenant le lieu précfc entière conspirait de cœur, dit Tacite. Incapable j où se passa l'une des scènes dramatiques de ce de résolution, Pison attend lâchement les soldats 1 long drame qu'on ap|ielle le règne de Néron, qui viennent l'arrêter, et se fait ouvrir les veines Sénèque avoua le fait des relations de société après avoir prodigue à Néron dans son testa- qu'il avait avec Pison, mais nia toute participament les flatteries les plus honteuses. Le consul tiou au complot. De retour à Rome, le tribun désigné, Lateranus, n'obtint même pas la grâce | rend compte a Pemp -reur de ce qu'il vient d'an» d'embrasser sa femme et ses enfants; il fut prendre: « Et Sénèque, se sachant sou^ont»*, frappé dans le lieu destiné à l'exécution des es- reprend Néron, songe- 1 il à se donner la mort? »

claves par le tribun Statius, qui était son corn- j Grauius Silvanus repond que Senèquç a plicc et qui croyait échapper aux poursuites en servé son calme, qu'il est à table avec Pauline se faisant bourreau. De tous les conspirateurs sa femme et deux amis, ne paraissant concevoir qui se montrèrent ainsi traîtres a leur parti, ! aucune appréhension sur son sort. Le tribun Fenius Rufus est peut être celui qui mérite le reçoit l'ordre de repartir et d'annoncer au pr-~ Oujius de pitié. Comme préfet du prétoire, il cepleur de l'empereur qu'il faut inouri. Oc vint s'asseoir impudemment aux cotés de Ti- , croit que Silva-aus hésita, «joute T.*-fte; car il gellinus détournant les soupçons par la rigueur était lui-même de la conjuration, et il > eut tilde ses jugements Soit ignorance, soit lâcheté core là un de ces moments où les é»vn«*meat> delà part des accusés, cette tactique lui réussi! peuvent changer par la résolution d'un h-ntiir* d'abord; mais Scevinus, qu'il pressait de ques- de co'iir; mais c'était le en ur qui manquait. Li tions et de menaces, lui répondit enfin que per- lâcheté s'cUit emparée «le ces bonum-s qw sonne n'en savait plus que lui sur un complot avaient tous trempé dans la conspiration, et qui dont il était le chel. et qu'il l'exhortait, au nom maintenant se hâtaient de se fruppr-r les un» les de l'amour qu'il semblait |iorter maintenant à autre-, ur songeant qu'a faire di*f>araiire !e* të- Neron, à ne plus rien cacher a un si lion prince, moins qui pouvaient déposer contre eux. Gra- A ces mots Fenius est fiap|>e de terreur; il vent nius Silvanus ne se sentit pourtant pas la fore» répondre et balbutie; sa confusion le babil: on d'affronter les regards de Sénèque et chat^-a l'arrête mit le siège même du tribunal; il est l'un de ses centurious de lui porter la jeté dans lesc*chots, d'où on ne sortait que pour

mourir. Quant au tribun Subrius Flavius , il eut 1 <t) Tacite, j*n.t l XV, c. livu.

nouvelle. Le vieux stoïcien devait avoir depuis longtemps prévu son sort. Il demanda son testament, qu'on refusa de lui confier, et rappelant ses amis à la fermeté qu'il leur avait enseignée tant de fois, il leur demandait s'il ne fallait pas mieux mourir que de vivre sous un tel prmee. Pauline s'attache à lui, embrasse se? genoux ; elle ne saurait lui survit re. Sénèque combat d'abord 6a résolution, puis cède à ses prières, ne voulant pas, dit Tacite, lui ravir une telle gloire. Tous deux se font ouvrir les veines. Sénèque, affaibli par la vieillesse et par un régime austère, ne perd «on sang qu'avec lenteur et dicle à ses secrétaires un discoure que Tacite s'est abstenu de rapporter, parce que de son temps, dit-il, chacun l'avait entre les mains. Quant à Pauline, elle, fut sauvée par l'ordre de Néron qui fit fonder se* plaies; mais la pâleur qui couvrit depuis lors son visage témoignait de sa tendresse conjugale et des calamités de ces temps odieux. Le neveu de Sénèque, Lucain, partagea bientôt son sort ; mais il n'eut ni sa force morale ni sa dignité. On l'accuse d'avoir trahi ses amis par crainte des tourments et d'avoir nommé jusqu'à sa mère, innocente du complot. Bientôt ce fut le tour de Pétrone, ce peintre satirique qui avait su si bien frapper de ridicule dans son poème l'orgueil et l'msolence des enrichis. Néron se trouvait en Campanie lorsqu'il le lit arrêter, alors que Pétrone venait lui faire visite, et te poète ne songea plus qu'à mourir.

Nous ne voyons rien à cette époque des débats qui s'élèvent sous le règne de Tibère entre les délateurs et les accusés; on n'avait plus même la ressource de laisser à la postérité le retentissement d'une défense éloquente et de sentiments noblement exprimés. Il fallait mourir en silence et souvent même flntler le tyran dans un acte de dernière volonté, où pour conserver à ses enfants une part de sa fortune on laissait l'autre à celui dont le caprice vous envoyait à la mort. Pétrone du moins n'eut pas cette lâche complaisance, et les détails de ses derniers instants sont tout particuliers, à cet épicurien, qid s'était fait un nom par la mollesse de ses habitudes comme d'autres par leur activité 11 apporta dans sa mort, dont on lui avait du moins laissé u» choix et l'heure, ces soins minutieux qu'il mettait à Res plaisirs. Entouré de ses amis, à table, il se fit ouvrir les veines, puis les referma, nuis les ouvrit de nouveiu, causant avec simplicité, non de l'immortalité de l'âme et des hautes questions de la philosophie, mais de poésie légère et des nouvelles du jour. Il récompensa quelques esclaves, en fit châtier d'autres, dormit, causa encore, laissant peu à peu couler la vie avec son sang, de manière à être surpris comme sans s'en douter par le dernier sommeil. Son testament, contre l'habiiude, loin de contenir quelques flatteries pour Néron, Tfgellinus ou les puissants du jour, était un récit des dissolutions du prince où, sous des noms d'hommes (

et de femmes perdues, if entrait dans le détail des raffinements de chaque infamie. Il l'envoya cacheté à Néron, après avoir brisé son cachet , ainsi qu'une coupe murrhyne, de la plus grande valeur, dont il ne voulait pas que l'empereur pût parer sa table. Nous n'entrerons pas ici dans ia question si controversée de savoir si ce Pétrone est le Petronius Arbiter auteur du Satyricon. Ceux qui le soutiennent ont cru voir dans le personnage grotesque de Trimalcion une parodie de Claude ou de Néron. Quant à Néron, il semble impossible que Pétrone ait pensé au jeune empereur en peignant le vieux débauché. Du reste, nous pouvons renvoyer le lecteur aux travaux les plus récents insérés par Siuder à ce sujet dans le Rhrimsches Muséum.

Les meurtres se multipliaient dans Rome; chaque maison, pour ainsi dire, comptait une victime; l'un avait perdu uu^ fils, l'autre un frère, ou un parent, ou un ami, et tous rendaient grâces aux dieux, ornant leurs portes de guirlandes de lauriers, comme au lendemain d'une victoire, pour remercier le ciel d'avoir sauvé Néron. C'est un des problèmes les plus difficiles à résoudre dans l'histoire de l'antiquité, que cette flatterie des grands , cette patience do peuple, cette cruauté des despotes. Pour le comprendre, il faut nous isoler complètement des idées que nous concevons de la société moderne, et nous reporter, par la pensée, au milieu des habitudes et des conditions d'une civilisation toute différente de la nôtre. On ne saurait nier que les Romains n'aient été préparés à la tyrannie par le spectacle qu'ils avaient sous les yeux dans l'intérieur de la famille. Dès" le seuil de leur maison l'esclave enchaîné qui gardait la porte leur rappelait l'abus de la puissance, et les instruments de torture pendus dans l'atrium indiquaient le châtiment terrible du moindre oubli dans le service. Sans rappeler ici Veddius Pot lion engraissant ses murènes de la chair des esclaves qu'il faisait jeter vivants dans son vivier, nous sommes éclairés à ce sujet par le procès instruit au sénat, sous le règne même de Néron, à l'occasion du meurtre de Pedanius Sccundus, préfet de Rome, par l'un de ses servi leurs On al ait envoyer au supplice, selon les termes de la loi, les quatre cents esclaves de tout âge et de tout sexe qui composaient sa maison, lorsque le peuple ameuté voulut prendre parti pour tant d'innocents. On craignait une sédition Le sénat s'assembla. Catus Cassius, le descendant du fougueux républicain assassin «le César, prit la parole. Nous ne connaissons pus de plaidoyer plus éloquent contre l'état de la société romaine, que celui qu'il prononça pour entraîner ses collègues à insister, malgré la rumeur publique, sur l'exécution des malheureuses victimes. «Si vous faites grâce, disait-il, qui sera jamais en snrelé parmi nous, puisque la haute dignité de Pcdniius n'a pu le protéger? Vous osez dire qu'il avait commis une injustice; et

depuis quand est-il permis à un esclave de venger l'mjus ice commise par sou maître? Nos ancêtres redoutaient des hommes qui, nés dans leurs maisons, y recevaient avec la vie un sentiment d'affection pour leur maître; et nous, aujourd'hui, nous admettons dans nos foyers toutes les nations ensemble : mœurs opposées, religions bizarres, font de ces barbares des ennemis qui ne peuvent être contenus que par la crainte. Des innocents vont périr, dit-on! Quand on décime une armée vaincue, le sort respecte-t-il les plus braves? Pas de grands exemples sans injustices particulières; elles disparaissent devant le bien public. » Pour Cassius, le bien public c'était la vie des sénateurs et le droit de la défendre à tout prix , fallût-il faire périr quatre cents victimes innocentes. Pour Néron, le bien public ce fut le droit de disposer, selon son caprice et dans l'intérêt de sa conservation, de la vie des sénateurs! Si nous nous reportons maintenant sur les gradins des amphithéâtres, n'y verrons nous pas le peuple applaudissant, à chaque jour de fête, ces combattants déchirés par les animaux sauvages ou ces gladiateurs étendus mourants sur le sable, attendant le signal que donnent les dames romaines en renversant leur pouce pour indiquer au vainqueur qu'il doit plonger son épée dans la gorge du vaincu? Leur râle d'agonie, l'odeur du sang mêlée à celle du safran enivrent ce peuple aux plaisirs duquel on sacrifie tant d'existences et qui n'a plus guère le droit de se plaindre de supplices dont l'exécution lui rappelle ses divertissements. Ajoutons que pendant le règne de Néron la plupart des assassinats légaux ordonnés par l'empereur furent accomplis loin des regards du public, qui ne les connaissait que par les décisions du sénat, toujours prêt à flétrir les victimes comme ayant conspire contre la paix du peuple ou la sûreté de l'empire. La plupart des suspects, dans ces temps de terreur, prévinrent le supplice par une mort volontaire. Il est permis de croire que ce courage du suicide, si estimé chez les anciens, fut d'un mauvais exemple aux époques de tyrannie : les Caton, les Thraséas dérobèrent ainsi aux peuples le dernier et le plus haut enseignement qu'ils étaient appelés à leur donner : l'exemple d'un supplice injuste supporté avec courage et appelant la vengeance. Les anciens eux-mêmes l'ont quelquefois senti. Tacite, dans la vie, d'Agricola, vante les grands hommes qui savent Rouffrir l'injustice plutôt que de vouloir s'illustrer, sans profit pour la république, par la gloire d'une mort ambitieuse (1). « J'estime peu l'homme, dit Martial, qui achète la renommée au prix d'un sang facile à répandre (2). »

II nous faut joindre aux causes qui expliquent la longanimité des Romains celte prodigalité

(1) Àçrlcola, Xl.lt.

(t; U»re 1", IX. *

sans bornes qui, aux yeux des classes pauvres, faisait plus que racheter les terribles décrets dont les classes privilégiées avaient presque seules à souffrir. Pendant les jeux célèbres en l'honneur de l'éternité de l'empire, on distribua chaque jour au peuple, dit Suétone, des oiseaux par milliers, des mets à profusion, des bons payables en blé, des vêlements, de l'or, de l'argent, des esclaves, des bêtes de somme et enfin jusqu'à des vaisseaux, des champs, des habitations (I). Néron admirait Caligula, dit le même auteur, surtout pour avoir su dissiper en peu de temps les richesses amassées par Tibère. C'est ainsi qu'il dissipait à son tour au profit d'une popularité de bas étage celles que Claude lui avait léguées. Quelque grandes que furent les ressources de l'État romain, maître de presque toutes les parties civilisées du monde connu, elles n'étaient pas inépuisables. Aussi vit-on Néron, dans son désir d'acquérir de nouvelles richesses, devenir, ainsi que toute sa cour, la victime d'une sotte crédulité pour les songes d'un visionnaire. Un habitant de Carihage, nommé Cesellius Bassus, annonça qu'il avait trouvé dans son champ une caverne d'une immense profondeur renfermant le trésor apporté par Didon, de la Phénicie. D'un côté étaient entassés d'énormes lingots, de l'autre s'élevaient des colonnes d'or massif enfouies depuis des siècles au profit de la génération présente. Ce rapport devint on événement public; on ne parlait plus d'autre chose à Rome. Carihage, si longtemps rivale des Romains , semblait destinée à les enrichir deux fois de ses dépouilles. Néron donna ses vaisseaux les plus rapides, ses meilleurs rameurs pour apporter en Italie tout ce que promettait ce rêve doré. C'était le temps où on célébrait les quinquennales, et les poètes comme les orateurs firent de la révélation de Bassus le sujet principal de leurs panégyriques. Tout devenait alors une occasioo de flatterie ; ce n'était plus seulement des moissons que la terre offrait à l'homme, disait-on ; elle déployait une fécondité nouvelle et prodiguait l'or au prince qui faisait la gloire de son siècle. Tel était l'enivrement qui s'était emparé des esprits qu'on épuisait les richesses acquises dans l'attente de ces trésors imaginaires. Néron faisait même des largesses hypothé<7o«^s sur le champ de Bassus, qu'on bouleversa dans toute son étendue sans y trouver autre chose qu'une certitude complète de la folie qu'inspirait à Rome le désir insatiable de satisfaire un faste sans exemple.

Cependant, à ces mêmes jeux quinquennaux, le sénat avait cherché à concilier, jusqu'à un certain point avec ladignitéde l'empereur, sa folle passion pour les succès du théâtre, en lui sauvant la honte de ces représentations publiques où il venait remplir le rôle d'un histrion On lui décerna, en dehors du. concours, le prix du

;i} Fie de Seron, XI.

chant et la couronne de l'éloquence. Mais Néron , de la société, sa propre famille» ses amis, sénaprétendit qu'il n'avait besoin ni de la brigue ni j teurs , chevaliers , philosophes , citoyens de de l'autorité du sénat. C'était, disait-il , de la Rome, habitants des provinces, sont décimés conscience des juges et non de la faveur qu'il ; comme au hasard. Le sénat, toutefois, nons voulait obtenir le prix. Il monta donc sur la fournit parmi tant de victimes la liste la plus scène, se soumettant à tontes les lois prescrites | longue, par cela même que chaque jour il apdans les combats du chant, et quand il eut plaudit aux volontés du prince, qui le prend à achevé de s'accompagner de la lyre, il fléchit le j la fois pour complice et victime de ses sanguigenou, tendit les mains vers les spectateurs , j naires instincts : « Quand même j'aurais à raattendanl avec une feinte humilité leur sentence, j conter des guerres contre les barbare*, dit Ta- La populace de Rome trépignait en cadence et ; cite, tant de meurtres me lasseraient, et je crainfrappait des mains en marquant la mesure. Elle «Irais de lasser aussi mes lecteurs, rebutés par semblait se réjouir de ce spectacle et peut-être | le lamentable récit de tant de sang versé, quelse réjouissait-elle, ajoute Tacite, sans s'inquiéter que noble qu'en fût le motif; mais ici cette réde l'infamie publique. Remarquons à ce sujet | signatjon servile qui courbe les citoyens sous que la dégradation du pouvoir impérial semble les coups du tyran fatigue l'âme et l'opprime. Il avoir été l'une des causes les plus profondes de ; nous faut encore ajouter cependant qu'après le la désaffection des classes élevées pour la per- ; massacre de tant d'hommes illustres, soit par sonne des empereurs. Us étaient aux yeux des leur propre valeur, soit par le souvenir de leurs Romains la personnification de l'Etat, dont l'ac- aïeux, l'empereur voulut frapper la vertu ellecroissement, la dignité, la grandeur avaient tou- j même dans la personne de Pœlus Thraséas et jours été la plus noble passion du palriciat. La j de Baréa Soranus ((). » vue d'un césar, représentant de cette gloire, 1 Quels étaient leurs crimes ? D'avoir résisté à jouant le rôle d'un bouffon, blessait le Romain la corruption universelle; d'avoir conservé les dans son amour-propre national, et il aimait souvenirs de la liberté; d'appartenir à cette secte mieux souffrir dans sa personne que dans la [ des stoïciens qui, au milieu de l'asservissement renommée de son pays. Aussi c'était la populace général , se rendaient indépendants par le sende Rome, mendiant la sportule et les distribu- , liment et par la pensée. Thraséas, homme contions gratuites, qui soutenait seule de ses an- [ sulaire , influent par son caractère et son talent, plaudissemenls frénétiques les prétentions de , devint le chef de l'opposition peu nombreuse Néron baladin. Les citoyens des villes éloi- [ gnées, où se conservaient encore les mœurs et

l'austérité de la vieille Italie, ne savaient pas se prêter à d'aussi honteuses complaisances. Leurs mains mal exercées se fatiguaient , nous dit Tacite; ils troublaient les habitués et s'attiraient ainsi le châtiment que leur infligeaient les soldats dont on avait garni les gradins pour empêcher les acclamations de se ralentir. De nombreux accidents furent causés par la foule, qui se pressait dans les galeries étroites conduisant aux vomitoires. Il fallait rester à sa place pendant ces représentations, qui duraient des journées entières. Quiconque serait sorti avait a craindre les délateurs. Et non-seulement on

qui osa combattre quelquefois, dans le sénat, la volonté du prince. Ce ne fut d'abord qu'une résistance modeste, qui n'avait rien d'agressif. « Je ne parlerais pas, dit Tacite, d'un sénatusconsulte qui (dans l'année de Rome 811 ) permettait aux Syracusains d'admettre dans les jeux plus de gladiateurs que le nombre fixé, si Thraséas, en votant contre ce décret, n'eût donné à ses détracteurs l'occasion de censurer sa conduite. N'y avait-il donc rien à reprendre dans l'État, disait-on, que le luxe inusité des spectacles de Syracuse? Pourquoi parler sur de telles bagatelles quand on garde sur les grandes affaires un silence profond ! L'orateur ainsi attaqué répondit que s'il s'élevait contre un abus

devait rester immobile, mais il fallait paraître insignifiant, ce n'était pas parce qu'il ignorait les joyeux, car les espions du prince épiaient chaque autres, mais pour faire honneur au sénat en

physionomie. Vespasien, qui s'était endormi, eut la plus grande peine à obtenir sa grâce, et sans l'ascendant de sa destinée, dit Tacite, une prompte mort l'aurait puni de son sommeil.

A la fin des jenx, Poppée mourut, victime, dit-on, de l'emportement de Néron, qui la frappa brutalement pendant une grossesse. En perdant ainsi la seule affection véritable que l'on puisse lui reconnaître, Néron, dans sa haine insensée, devient plus cruel encore contre ceux qui l'entourent. Il ne connaît plus de frein pendant les dernières années de son règne , et n'est guidé que par son caprice. A la cruauté de Tibère on peut souvent assigner pour cause sa terrible politique • Néron n'en a aucune. Toutes les classes

montrant que ceux qui apportaient tant de zèle à de petits détails, ne se tairaient pas quand il s'agirait de grands intérêts (2). » Ce n'était encore qu'un avertissement, et Néron l'avait compris ainsi. La valeur de Thraséas ne lui avait pas échappé, et il semble avoir fait quelques efforts pour le gagner à sa cause : « Je voudrais, répondait-il à quelqu'un qui l'accusait devant lui d'avoir prononcé une sentence injuste, être aussi sûr de l'affection de cet homme que je suis 3ûr qu'il est bon juge (3). » Mais un rapprochement entre eux était devenu chaque jour

(1) Ànn., I. XV|, c. xvi et {t)lbid., 1. XIII. c XLIX.

(3) PluUrque, /rjrwpla Cer. lleipub., c. XUV.

plus'impossiblc. Des passions d'une jeunesse dissolue Néron en était arrivé promptement à une frénésie barbare : Tliraséas sauva quelques-unes de ses victimes 11 |«rla ru faveur d'Antistius,

ISÉaON 748 gné pour que la pompe d'un spectacle vint distraire le peuple du triste drame qui allait s'accomplir : on disposa à cet ellèt le lh»-aire de Pompée; c'était un théâtre qu'un avait choisi

accusé d'avoir écrit des veis contre l'empereur, L pour célébrer le triomphe delà Home iuiperi.de; Ct, combattant la servilité de ses collègues, tit le sénat n'était plus dé>ormai^ qu'un tribunal

écarter la peine de mort que demandaient ceux qui parlaient an nom de César. Il était sorti du sénat le jour où on y avait fait la lecture du panégyrique écrit par Sénèque jour justifier le meurtre d'Agrippine. Tliraséas était donc condamné d'avance Ta< it#* apporte au récit de ce dernier meurtre juridique, qui clôt pour nous ce qui nous est reste de ses Annalfs, une sorte de solennité , et jamais il n'a flétri d'un langage plus énergique la conduite de ces complaisants

ou s assemblaient des juges, des victintrs et des bourreaux. « Non-seulement la scène, au dire de Dion Cassius, mais encore tout I intérieur de l'enceinte avaient été dorés pour le couronnement du prince arménien. Les voiles trndus pour abriter les spectateurs étaient teints en pourpre; on yavaitbrofle l'image de Nt>roo conduisant un quadrige. » Pendant que l'empereur s'attirait en jouant de la lyre les inépris du roi barbare, le sénat condamnait Thraséas. Ajoutons

que la lâcheté ou l'ambition rendent solidaires cependant en l'honneur de ce corps , u falale-

de tous les crimes des tyrans par cela même qu'ils applaudissent à la tyrannie. Nul exemple peut être n'atteste mieux la dégradation des mœurs publiques que les reproches burlesques qui se mêlent aux plus perfides calomuies dans l'accusation portée contre Thraséas. « Quoique membre du collège religieux des quindécemvirs, disait on, il n'avait jamais fait de sacrilice aux immortels pour en obtenir que l'empereur conservât sa voix divine. Lorsqu'on accourait en foule pour condamner les coupables de lèse-majesté, lui seul se tenait à l'écart. Il niait les talents du prince; il niait la divinité de Poppéc , c'était insultera la religion et anéantir les lois. Pourquoi lisait-on avec tant d'empressement les actes diurnaux du peuple romain dans les provinces et dans les armées? Pour y apprendre ce que Thraséas n'avait pas fait. Si ion approuve son opposition, qu'on adopte ses principes; mais s'il est bien reconnu que cette opposition est subversive, qu'on enlève enlia aux séditieux leur chef et leur modèle : cette secte de mécontents n'a déjà produit que trop de

meut servile, qu'on avait cru nécessaire, celte fois, de faire occuper un temple, voisin du lira des séances, par deux cohorte» prétoriennes, et que sous la toge des curieux, qui se pressaient aux abords de la curie, on apeicevait des cpcea, Il était aisé de reconnaître en eux -de* soldats déguisés prêts à combattre toute mauilvstatioQ contraire aux desseins «le l'empereur. Pui- on avait donné le mot d'ordre aux plus violents orateurs. Thraséas et Soranus, condamne», eurent le choix du genre de mort. Helvidius, gendre de Thraséas, fut banni de Italie. Tout le jour avait été employé, nous ne dirons pa» par les plaidoiries, on ne plaidait pas en faveur dec suspects, mais par les actes d'accusation. 11 avait fallu aux délateurs, malgré l'appareil militaire, plus de temps qu'a l'ordinaire pour emporter cette condamnation Le soir était venu lorsque le questeur du consul vint frapper à ta porte des jardins cù Thra»éas avait rassemblé quelques amis et s'entretenait avec Se philosophe cynique Démétrius. On jugeait à leur gravité pensive , à quelques mots qu'on entendait

troubles dans l'État. Pour renverser l'empire, ils quand ils élevaient la voix, qu'ils parlaient de la

invoquent la liberté. S'ils pouvaient réussir, ils attaqueraient bientôt la liberté elle même (I). • Néron, comprenant combien le procès intenté à Thraséas était impopulaire, en ûxa l'époque au moment où Tiridate venait recev oir la couronne d'Arménie : c'était un événement glorieux pour les armes romaines. A la suite d'une campagne malheureuse «ians laquelle Ceseoius Pctus avait compromis les succès de Cornu Ion. Tigrane, qui gouvernait les Arménien* sous la protection de l'empire romain, avait été chassé de son rovaume, et Tiridate., frère du roi de* Par* tue*, s'était emparé de la couronne d'Arménie. Mais un rHour offensif du grand général, qui s'était fait en Orient une réputation si brillante, venait de convaincre l'Arsacidc de son impuissance à se maintenir sur le trône s'il n'en recevait pas l'investiture des mains de Néron. Il s'était donc rendu à Rome, où rien ne fut épar-

U) TacUc, Jm*., 1. XVI, c.

nature de l'âme et du sort qui l'attend lorsqu'elle a quitté son enveloppe mortelle. L'un des intimes amis du proscrit, Donutius CeciUanus, vint lui apprendre le décret du sénat. Aussitôt éclatent les plaintes et les sanglots des assistants. Thraséas les fait retirer à la hate, de peur qu'une pitié imprudente ne les expoae a partager son sort. Sa femme. Aria, lille de la célèbre épouse de Pelus, veut suivre l'exemple de sa mère; mais il la supplie de vivre, pour ne pas priver leur fille du seul appui qui lui re»te. U se rend ensuite suus le Portique, où l'attend le questeur, qui voit la joie peinte sur sa lïunre, car il vient d'apprendre que son gendre Helvidi» ccliappc fi la mort et n'est condamné qu'a i'eviL Ayant reçu le sénatus-consulte , il se fait ouvrir les veines, et, répandant à terre quelque* gouttes de son sang : « Faisons, dit il, une libnitoo à Jupiter Libérateur. » — « Regarde, jeune Iioumbc, ajouU-t-H en «adressant à son gendre, et que les dieux détournent de toi ce présage! Mais tu et

Diaitized bv CjOOqIc

né dans un temps où le courage même a besoin de grands exemples (l). »> Ici tinil ce qui nous reste des Annales de Tacite. Il semble que le sort jaloux qui nous a ravi une si grande part de se* awvres ait du moins voulu nous laisser les dernière» paroles du seul homme qui dans ces temps de défaillance générale console l'humanité du spectacle de tant de bassesse.

Dans l'année 820 de Rome (67 de notre ère), Néron se décida enfin à exécuter un voyage en Grèce depuis longtemps projeté par lui. Fut-il guidé dans ce dessein par quelque vue politique ; voulait-il a la fui* jouir de la patiticatjon des provinces les plus orientales de son empire et «viser aux premiers symptômes de révolte qui se manifestaient en Palestine ? Nous ne le croyons pas; ou du moins, si quelque autre mobT que sa vanité d'artiste l'avait engagé à quitter Rome, c'était la jalousie que lui inspirait la gloire de Corindon. Il emmena dans ce voyage tous les compagnons de ses débauches , son cortège de musiciens se* joueurs de Hûle, ses applaudis- j senrs à gages. On auiait dit la marche triomphale du Bacchus Indien avec ses silènes, ses satyres avinés et ses ménades faisant résonner les crotales. Ce n'était pas, en effet, comme Mununius j ou Paul-Émile, ou Flaminius, ou môme Auguste . «t Agrippa, qu'il allait en Grèce : il n'avait d'autres palmes à y conquérir que celles qu'on distribue dans les cirques, d'autres combats à noutenir que ceux du chant et de la lyre. Acteur ambulant , il allait de ville en ville faisant exécuter en une seule année les jeux dont la célébration successive demandait l'espace de quatre ans; de telle sorte que l'époque de &on voyage a fait confusion dans In chronologie des olympiades. A Olympie, à Némée, à Delphes, a Corinthe, il se présenta dans la lice, demandant à l'adulation des Grecs non- seulement la couronne du vainqueur, mais encore «les concours contraires aux usages les plus respectés. A Olympie, par exemple , il voulut un combat de musique et des luttes tragiques aux jeux isthmiques. Puis après avoir joué et chanté il guida son quadrige dans le cirque, et n'ent pas honte d'accepter la couronne , bien qu'il eût été renversé de son char. C'était un consulaire qui lui ■errait de héraut et qui proclamait devant la Grèce étonnée que l'empereur Néron, vainqueur, offrait sa couronne au peuple romain et à l'univers, qui lui appartenait.

Tant de palmes remportées dans la véritable pairie des arts méritaient bien une récnin pense pour ce peuple docile qui flattait si bien les goûts du prince. Néron changea la province de Sardaigne, qui lui appartenait, pour l'Achaïe, qui relevait du sénat, et proclama du tout de la tribune , sur le forum de Corinthe , qu'il rendait 5 la Grèce sa liberté. Il la lui fit payer cher, toutefois, et de nouvelles dépouilles, enlevées aux

CD Tacite, Jm., I. XVI, chapitre dernier.

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