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mais il s'embarquait plein d'espoir : il avait consulté l'oracle de Delphes, et l'oracle lui avait répondu qu'il eût à se défier de la soixante-treizième année. Néron avait (rente ans alors : il se voyait assuré par les dieux d'un long avenir. Pins tard on comprit le sens de l'oracle , car Galba avait soixante-treize ans. Par une merorageuse, et dans les premiers jours du printemps, il débarqua dans la baie de Pouzzoles. A Naples , à Anlium , à Albe, il entra sur un char traîné par quatre chevaux blancs et, comme c'est la règle pour tout vainqueur aux jeux olympique» , par une brèche faite à. dessein dans les murailles.
A Rome on avait préparé pour lui le char qui avait servi au triomphe d'Auguste. Il y monta, revêtu d'une robe de pourpre , d'une chlamyde parsemée d'étoiles d'or, perlant sur la tête la couronne olympique et dan» la main droite celle des jeux pythiens. Quant aux autres couronnes, on les portait devant lui avec des inscriptions qui apprenaient aux Romains où il les avait gagnées, dans quelles pièces, dans quels rôles et quels avaient été les noms de ses rivaux. Ses cinq mille applaudisseurs à gages , digne armée d'un tel triomphateur, se pressaient derrière le char, criant, comme dans les ovations, qu'ils étaient les compagnons de sa gloire et les soldats de son triomphe. On avait démoli une arcade du cirque Maxime qu'il traversa pour se rendre par le Yélabre et le Forum au temple d'Apollon sur le mont Palatin. Partout sur son passage on immolait des victimes; on parfumait l'air avec la poudre de safran ; toutes les statues de l'empereur avaient été couronnées et portaient une lyre à la main : on l'acclamait comme Néron-Apollon ou Néron-Hercule; on invoquait sa voix divine; on frappa des médailles bien dignes d'un pareil triomphateur : il y était représenté en joueur de flûte ou de cithare (1).
Celte ivresse publique n'était pourtant qu'apparente. Néron lui-même, depuis qu'il avait mis le pied en Italie , avait reçu de mauvaises nouvelles des provinces et se sentait troublé par lies murmures étouffés qui, malgré les éclats de la joie officielle, parvenaient jusqu'à son oreille. Un mécontentement général s'était manifesté à la suite des exactions qu'avait rendues nécessaires tant de prodigalités, et les légats, menacés par la condamnation récente de leurs collègues les plus éminents, se croyaient assurés désormais d'être défendus par leurs troupes et soutenus par l'opinion publique. Parmi les hommes de guerre tes plus distingués qui se trouvaient alors à la tête des provinces, Servius Sulpicius Galba avait réussi plus que tout autre , pendant une longue carrière, à s'attirer l'affection de ses subordonnés. Allié aux plus grandes familles de Rome, descendant lui-même d'une race illustrée par une longue série de guerriers ou d'orateurs , il avait dû en outre à ses talents , à son courage ,
(M rov. Ecklirl, D. N. f., t. V|, p. J7M16.
à l'austérité de ses mœurs , une haute considération personnelle. Sous Calcula il avait rétabli la discipline dans les armées de Germanie; à la mort de ce prince il avait refusé l'empire que lui offraient ses soldats. Gouverneur d'Aquitaine, 0 avait été' ensuite proconsul en Afrique : les ornements triomphaux , tiois sacerdoces avaient récompensé ses mérites. Retiré des emplois publics, pendant les premières années du règne de Néron , il avait été ensuite appelé au gouvernement de la Tarraconnaise, et résidait dciwis plusieurs années en Espagne. Dès l'hiver de 82 1, pendant le séjour de Néron en Grèce, V index, préfet des Gaules , fit à Galba les premières ouvertures par lesquelles il l'engageait à s'unir à lui pour marcher contre Rome. Vindex, Gallo- Romain, appartenant à la maison royale d'Aquitaine, ayant à un haut degré le courage et l'ardeur de sa race, sentait cependant qu'il avait besoin d'un des noms illustres du patrictat pour rallier le sénat à sa cause , et voulant entraîner son collègue par l'exemple, il avait levé l'étendard de la révolte. C'est À Naples, dit Suétone r que la nouvelle en parvint a Néron , alors qu'il rentrait en vainqueur olympique, et le jour même où quelques années plus tôt le parricide avait fait assassiner sa mère. Cette première atteinte à son pouvoir ne troubla pas chez le comédien couronné la joie de se* triomphes ; il semblait, dit son biographe , qu'il y prévit une nouvelle occasion de dépouiller les provinces. Pendant huit jours il ne répondit à aucune lettre, ne donna aucun ordre, aucune instruction; il fallut pour le tirer de son apathie une proclamation du rebelle où l'empereur était traité de mauvais chanteur. Alors il se réveille, écrit au sénat, l'exhorte à venger son prince et demande quelle foi on peut ajouter aux autres reproches que loi fait Vindex, quand cet homme est assez fou pour nier le talent «l'un si grand artiste. Cependant les courriers arrivaient chaque jour apportant des nouvelles de plus en plus alarmantes. D'abord le gouverneur de la Germanie inférieure, Virginius Rufus , avait marché contre Vindex ; les deux armées s'étaient rencontrées à Besançon, et là Virginius et Vindex, dans une entrevue particulière, étaient convenus de réunir leurs forces dans une commune entreprise. Mais les troupes, qui n'avaient pas été prévenues à temps, engagèrent le combat. Les soldats de Vindex furent vaincus par les légions de la Germanie ; le Gallo-Romain, désespérant trop tôt de la fortune , se jeta sur son épée. Ce fut le dernier répit dans la chute de Néron. Il parut encore en public, joua de la lyre , conduisit son cliar dans le cirque. Pendant ce temps Galba, compromis par de premières démarches , comprit qu'il n'y avait plus de salut pour lui que sur le trône. Ses soldat» le pressaient de se faire proclamer empereur. Il déclara qu'il ne voulait être que le lieutenant do sénat et du peuple romain. On savait, depuis Auguste, ce que valait cette modestie.