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pour ne pas les avoir exécutées. Après cette audience, pendant laquelle 1/ ne baisa point la main du roi, comme on a voulu l'insinuer plus tard, le maréchal quitta le 8 mars Paris tout a Louis XVIII, suivant l'expression de Napoléon, et le to il arrivait à Besançon , où une dépêche ministérielle lui apprit que le comte d'Artois s'étant rendu à Lyon pour y prendre le commandement des troupes, il eût à correspondre atec ce prince et à établir des communications fréquentes entre lui et le maréchal Suchet, qui avait été dirigé sur l'Alsace. La dépêche indiquait en même temps a Ney quels étaient les régiments mis à sa disposition et lui exposait le système adopté pour résister à Bonaparte sur tons les jMjints où l'on supposait qu'il pourrait pénétrer. Le même jour il écrivit à Monsieur une lettre de dévouement, et le lendemain il manifesta les mêmes sentiments dans une autre lettre, au ministre de la guerre. Après une courte délibération avec leduc de Maillé, qui était venu lui annoncer les événements de Grenoble , il transporta son quartier général à Lons-le-Saulnier, 0(1 il arriva dans la nuit du 11 au 12 mars, qu'il passa tout entière à s'occuper de la concentra* tion de ses forces. Toutes les mesures qu'il prit alors, la harangue qu'il adressa aux troupes, les lettres aux maréchaux ses collègues attestent que le 13 au soir il était encore dans l'intention de soutenir la cause des Bourbons.
A la voix de celui à qui elle devait tant de gloire , la France cependant s'était réveillée ; l'armée avait couru avec transport au-devant de son ancien chef ; partout les populations électrisées se précipitaient à sa renc ontre. En vain les maréchaux investis de divers commandements osayèrent-ils, dans ce moment de bouleversement général, de lutter contre le torrent qui entraînait tout sur son passage, contre l'enthousiasme des soldats, contre leurs sympathies personnelles. De Grenoble jusqu'à Auxerre, où le maréchal, après avoir quitté Lons-le- Saulnier avec son année dans la nuit du 14 mars, se réunit le 17 à l'empereur, la marche de Napoléon n'avait été qu'un long triomphe. Il était évident que la France , arborant ses couleurs , allait encore une fois avoir sur les bras l'Europe coalisée : ce n'était pas trop du concours de tous ses enfants pour la défendre. Le bras de Ney ne pouvait lui manquer, et le maréchal mit sa glorieuse épée dans la balance du côté de l'empereur. Sans doute, il eut pu, lutla»t#avec les instincts nationaux, essayer le prestige de son nom populaire sur l'armée et sur le pays pour y organiser la guerre civile, ou, s'isolant dans un calcul timide et égoïste, quitter son commandement militaire et ne rejoindre l'empereur qu'aux Tuileries. Suivre Louis XVIII à Gand était encore une voie qui lui était offerte; mais tous ces partis répugnaient a son patriotisme, à sa franchise, à la vivacité de son caractère : il aima mieux, sans mesurer les chances de succès,
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embrasser ouvertement la cause de la France et de l'empereur. Plus tard, vaincu avec elle, il est tombé victime de son dévouement au pays, montrant en mourant pour sa patrie le même courage qu'il avait mis à la servir.
Arrivé à Paris, Ney reçut le 23 mars de l'empereur la mission d'inspecter les troupes sur toute la ligne des frontières depuis Lille jusqu'à Landau. Le 2 juin suivant, il fut nommé membre de la nouvelle chambre des pairs qui remplaçait le sénat impérial, et le 15 du même mois commandant en chef du premier et du deuxième corps de l'armée. Les opérations qui précédèrent la bataille de Waterloo ont été l'objet d'une controverse militaire qui a porté principalement sur les mouvements diriges par le prince de la Moskowa. On lui a reproché de n'avoir pas occupé le 15 juin la position des Quatre-Bras, comme il en aurait reçu l'ordre. En présence des documents inédits publiés en 1840 par le duc d'Elcbingen, (ils du maréchal, il nous paraît impossible de faire peser sur Ney la responsabilité de la perte de la bataille de Waterloo. « Dans cette occasion, dit un historien de cette sanglante journée, comme dans tontes les autres, on admire son sang- froid, son intrépidité... Son exemple animait les soldats , en faisait des héros.... Sept fois démonté, couvert de contusions et de boue, il combattait encore à la tête des régiments de la garde, lorsque les autres corps, épuisés, détruits, ou manquant de munitions , étaient réduits à l'inaction. » A Waterloo la fortune refusa tout à son courage, tout jusqu'à cette mort de soldat qui était due au brave des braves, et qu'il chercha vainement à travers la mitraille.
Le maréchal après la défaite revint à Paris , et ne craignit pas, avec sa franchise habituelle, de dire à la chambre des pairs : « Il ne nous reste plus, messieurs, qu'à entamer des négociations... Il faut rappeler les Bourbons, et moi je vais prendre le chemin des États-Unis. » Cet aveu sincère d'une position désespérée excita les murmures des ministres, qui au sortir de la séance lui adressèrent les plus violents reproches. « Eh ! messieurs, répondit-il, je ne suis pas de ceux qui mettent leur intérêt partout et avant tout. Que gagnerai-je à tout cela? Si Louis XV11I revient, il me fera fusiller ; mais j'ai du parler en faveur de mon pays. » La vérité que Ney venait d'articuler était si triste qu'on le blAma hautement d'avoir osé la prononcer dans ces conjonctures critiques : le parti dépositaire de la puissance et le peuple l'accusèrent d'être un alarmiste , et ces imputations prirent un tel caractère de gravité, que pour se justifier il crut devoir écrire an président du gouvernement provisoire une lettre qui fut répandue à profusion dans la capitale, et insérée dans les journaux du 30 juin 1815. Malgré ces explications , le gouvernement ne lui confia plus aucun commandement dans l'année qui s'organisait
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iiltour de Paris. Le 3 juillet la capitulation fut 1 lieutenants généraux Gazan, Claparède et Yi-
lignée, et maigre4 l'article 12 «le cet acte, qui le mettait légalement a l'abri de toute poursuite , il consentit, sur les instances de sa famille, à s'éloigner de Paris et à se réfugier en Suisse. 11 n'em|torta qu'un fort mince bagage, mais ne voulut point se séparer «lu sabre égyptien que le premier consul lui avait donné en juillet 1802. Le marécbal arriva à Lyon le 9 juillet, porteur d'un congé illimité et d'une feuille de route que
latte, juges, de l'ordonnateui Joiuville, commissaire du roi , et du marécbal de camp Grand* 1er, rapporteur. Le marécbal M on ce y, mis au nombre des juges , avait donué l'exemple de se récuser, et une ordonnance , en le déclarant décbu de ses dignités, l'avait condamné a un emprisonnement de trois mois. Ney eut le tort de décliner la compétence de ce tribunal militaire, et son défenseur, Me Berryer père, ao-
le prince d'Ki kmubl, ministre de la guerre, lui rad dû sentir qu'en politique un tribunal est avait donnée sous le nom de Reiset, major du ' toujours asseï compétent lorsqu'il ne doit pas
être passionné. Le conseil de guerre admit l ev ception proposée par le marécbal et line *k a qualité de pair de France. Le lendemain, 12 novembre, une ordonnance royale déferait a la cour des pairs le jugement du maréchal Ney, et M. Seguier, ebargé de recevoir les déclaration det témoins et de faire subir de nouveaux interrogatoires au maréchal, déploya dans ce ministère tant de zèle et d'activité que le 21 du même mois fut le jour indiqué pour la prcimeit séance. Comme «levant le conseil de guerre, le maréchal fut défendu par Me* Berryer père et Dupin aîné, assistés de M' Berryer fils. Nous ne raconterons pas toutes les péripéties de ce monstrueux proies, qui se termina le 6 décembre. Cent vingt-huit voix se prononcèrent pour la mort, dix-sept pour la déportation ; cinq membres ne voulurent pas voter. La t our décida que l'arrêt serait prononcé hors la présence de IVcusé. A onze beures et demie du soir, la séance fut rouverte, et le chancelier L'ambra), pre* dent, lut un arrêt qui condamnait le maréchal Ney à la peine de mort et aux frais do procès, et sur le réquisitoire du procureur gênerai Bd-
3* régiment de bussards. Il recul à son pas la visite de M. Teste, commissaire général de police, qui lui apprit que les routes de la Suisse étaient gardées par les Autrichiens, et lui conseilla de suivre une autre direction. Le maréchal se rendit alors aux eaux de Saint-Ail>an , près Roanne, où il demeura jusqu'au 25 juillet. Il ne cessa pas de correspondre avec la maréchale, qui, aveuglée sans doute par sa tendresse pour lui, 1'exhorlait a retarder sa sortie de France, à cause de la surveillance qu'elle présumait être active sur les frontières. File lui de|>éclia un homme de contiance pour lui apprendre la publication de la terrible ordonnance de proscription du 24 juillet, qui le désignait nominativement avec dix-neuf autres généraux comme traître au roi , et le renvoyait devant un conseil de guerre. Le château de madame de Bessonis, parente de la maréchale-, et situé près d'Aurillac, lui fut indiqué comme une. retraite sûre. Il s'j rendit, et y était cache avec soin depuis quelques jours, lorsqu'il commit l'imprudence de laisser son sabre egvptien sur un cana|»é, dans le salon du château. La richesse de cette arme excita
l'attention d'une oersonne venue en visite , et lart, à la dégradation de la Légion d'HontK-ui
qui le lendemain, dans une maison d'Aurillac, ne put s'eiiqWrcber d'en parler cl d'en faire la description. D'après les détails qu'elle donna, une autre personne assura que ce sabre ne pouvait appartenir qu'à Murât ou à Ney. Ces indices furent rapport' à M. Locard , préfet du Cantal, qui, après quelques informations, envoya quatorze gendarmes pour arrêter le maréchal. Quand ils ne présentèrent, Ney était dans l'une des cours du château , et ce fut à lui le premier qu'ils déclarèrent l'objet de leur mission. Arrêté le à août, il fut conduit à Aurillac, et dix jours ;>près à Paris, où le 19 il fut déposé a la prison «le l'Abbaye. A quelques lieues de la capitale, M'"1' la maréchale était venue à sa rencontre, et en l'apercevant il n'avait pu maîtriser son émotion. On vit alors ses yenx teignes de larmes. « Ne soyez, point surpris, dit-il alors à ses gardiens étonnés : je manque de courage quand il s'agit de ma femme et de mes enfants. » l^e maréchal fut bientôt après transféré à la Conciergerie, et le 8 novembre s'ouvrit au palais de justice, pour le juger, un conseil de guerre composé do marécbal J ou ni an, président,
Cette sentence ne fut point juste , car eJe fut rendue en présence et sous la pressa» de l'étranger : « C'est au nom de l'Europe, <âsait le duc de Richelieu, premier ministre , en déférant à la chambre des pairs l'accusa two du maréchal, c'est au nom de l'Lurope que je »i'0* vous conjurer et vous requérir à la fois de juger le marécbal Ney. • Cette condamnation ne fut point légale ; car elle fut prononcée au mepn» et en violation de l'article 12 «le la convention signée le 3 juillet, les armes à la main, sons Itf murs de Paris. L'un des plénipotentiaires & cette convention, appelé comme témoin et in* terrogé par le chancelier sur la part ou il aiait prise à cette négociation, le géuéral Guilletnùw» repondit en ces termes : « J'ai été ebargé, comme chef de l'état major de l'année, de sUpuler l'amnistie eu faveur des personnes , quelles. qu'«*sent été leurs opinions, leurs fonction», le* conduite. Ce poiut a été accordé sans coulesta lion. J'avais ordre «le rompre toute confen*** si I on m'eût fait éprouver un refus : 1'*™** était prête a attaquer ; c'est cet article qui l« 1 tait déposer les armes. » Enfin, cette condaimw
des maréchaux Masseno, Mortier, Augereau , des | tion ne fut pas réguUère; caria défense de 1'**
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cusé ne fat pas fibre, et sans la défense il n'y a < longtemps cette audience, retardée tous différents
pas de loyal jugement. Aussi au moment où les défenseurs furent interrompus à la suite d'une résolution préméditée dans la chambre du conseil, et où les voix furent recueillies mais ne furent pas comptées, le maréchal, prémuni contre cette interruption, protesta énergiquement contre l'iniquité d'un tel procédé. « Jusqu'ici, dit-il, ma
prétextes, lorsque le duc vint lui apprendre que tout était fini : » Madame, lui dit-il, l'audience que vous réclamez du roi serait maintenant sans objet » La marécbale ne comprit pas d'abord le M>ns de ces paroles. On le lui expliqua. Quelques instants après, on la reconduisit à demi-morte a son hôtd , et peu de jours plus lard elle fut
a paru libre, maintenant on l'entrave, obligée d'acquitter lcs.frais du
Je remercie mes défenseurs de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils sont prêts à faire encore; mais j'aime mieux ne pas être défendu du tout que de n'avoir qu'un simulacre de défense. Eh quoi ! je suis accusé contre la foi des traités, et Ton ne veut pas que je les invoque!.... J'en appelle à l'Europe et à la postérité!... •
M. Caucby, secrétaire-archiviste de la chambre des pairs, fut chargé de la douloureuse mission d'aller lire au maréchal l'arrêt qui le condamnait. Lorsqu'il en vint à rémunération de ses titres, le guerrier l'interrompit : * l>iles Michel Ney, s'éciia-t-il, et bientôt un peu de poussière. » Puis, il continua d'entendre la suite de cette lecture sans montrer la moindre émotion. Le maréchal se jeta tout habillé sur son lit, et dormît
plus de 25.000 francs. La veuve du maréchal Ney mourut à Paris, le 2 juillet 1854, à l'âge de soixante-douze ans.
Après la révolution de 1830, la statue du maréchal avait pris place au musée de Versailles. Mais la mort de Ney, « cet assassinat juridique, » exigeait une réparation plus éclatante. Le 18 mars 1848, le gouvernement provisoire décréta qu'un monument serait élevé au brave des braves sur le lieu même où il avait ete fusillé. En conséquence d'un nouveau décret du 28 mars 1852, l'exécution en fut confiée au sculpteur François Rude, et le 7 décembre 1853 ce monument lut inauguré solennellement. Le héros de la Moskowa est représenté en costume de maréchal, le sabre à la main , dans l'attitude énergique qu'il avait sur
avec beaucoup de calme jusqu'à cinq heures du les champs de bataille, quand il criait : « En matin. A ce moment, sa femme entra, et l'en- avant!»