‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 200 sur 206 · USA · texte numérisé non relu

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et de son talent. Enfin, après avoir commis de nombreuses fourberies, il sortit de Clairvaux en 1 151, et l'illustre abbé fut obligé de le dénoncer au pape Eugène comme un voleur de livres, d'argent, comme un faussaire. Son principal artifice était, suivant ce qu'il rapporte, d'écrire des lettres dans l'intérêt des personnes qui payaient ses honteux services , et d'apposer à ces lettres des faux cachets. On croit qu'il se relira en Angleterre. Cependant on le voit plus tard rentré à Moulier-Ramey, y jouissant de la meilleure réputation , patroné, recommandé, remercié dans les termes les plus honorables par les papes Adrien IV, Alexandre III, et devenu secrétaire ou chancelier du comte de Champagne, Henri le Libéral. Avait-il donc été mal à propos accusé par saint Bernard, dont la vivacité habituelle peut bien êlrc soupçonnée de quelque emportement, et conséquemment de quelque injustice ? C'est ce qu'on n'est pas en mesure de vérifier. Nous avons de Nicolas des Lettres, au nombre de cinquante-cinq , qui ont été publiées dans le t. XXI de la Bibliothèque des Pères. Ses Sermons, au nombre de dix-neuf, se trouvent dans la Biblioth. de Cîteaux, t. III. B. H.

S. Berna rdl Epittolx, passim. — Ilist. litt. de la France, t. XIII. p. Ml.

xicolas Casabé, proclamé empereur de Constant inople en 1204, et mort au bout de quelques jours d'un règne nominal. Lorsque les Latins eurent rétabli sur le trône Isaac l'Ange et son fils Alexis, la population grecque supporta avec impatience les maîtres que les étrangers lui avaient imposés. Des conspirations se formèrent ouvertement contre les deux princes; mais s'il était facile de les renverser, il n'ttait pas aussi facile de leur trouver un successeur qui bravât les dangers d'une lutte contre les La» tins. Le 25 janvier 120 » le clergé, le sénat et le peuple se rendirent à Sainte-Sophie et délibérèrent sur le choix «l'un empereur. On jeta successivement les yeux sur plusieurs sénateurs ; mais aucun n'accepta le trône. Il fallut remettre la délibération , et trois jours plus tard un jeune homme de famille noble, plus faible ou plus hardi que les autres, consentit à recevoir la pourpre impériale. Nicolas Canabé avait, dit-on, de l'esprit, de la douceur et ne manquait pas de courage ; mais il ne lit que traverser la scène politique comme une apparition fugitive. A peine avait-il reçu le vain titre d'empereur, qu'Alexis Ducas Murzuphle, renversant le vieil Isaac, qui mourut de frayeur, et le jeune Alexis, qui fut jeté dans un cachot, se saisit de l'autorité suprême et envoya Canabé rejoindre Alexis dans le môme cachot. Quelqus jours après (8 février) Alexis périt égorgé, et Nicolas Canabé disparut. On pensequ'il fut mis à mort par l'ordre de Murauphle. L. J.

Nlcetaj. Isaacius et Alexis filius. - Le Beau, Mist, du Hat- Empire, l. XC1V.

Nicolas, philosophe scolastique , naquit probablement à Amiens*, d'où sa dénomination

de Nicolas d'Amiens, et mourut après 1204. M. Petit'Radel démontre parfaitement qu'on ne doit pas confondre Nicolas d'Amiens avec un cardinal Nicolas qui vivait en 114.». Mais il s'agit, en outre, de savoir si notre docteur ne serait pas la môme personne qu'un disciple de Gilbert de La Porréc , découvert par Martène et Durand dans leur second Voyagr littéraire , et désigné par une note manuscrite comme ayant exposé plus clairement les opinions de son maître. M. Petit-Radel admet plus volontiers cette identité. Elle lui semble toutefois douteuse. Un disciple de Gilbert de La Porrée n'eût pas manqué, suivant ce critique, de parler dans ses livre* la langue sophistique de l'école, et les écrits de Nicolas d'Amiens lui paraissent purs de tout sophisme. Assurément M. Petit-Radel ne les a pas lus. Dans le seul opuscule de Nicolas d'Amiens que possèdent nos bibliothèques publiques, nous retrouvons , en effet, l'idiome scolastique du douzième siècle, avec tous ses néologismes et toute son audace : il y a plus; nous y remarquons même la fréquence de certaines locutions dont Gilbert de La Porree a particulièrement fait usage. Il n'est donc pas invraisemblable qu'il ait été , comme on l'a supposé, un des disciples de cet illustre maître. Oa a peu d'autres renseignements sur la vie de Nicolas d'Amiens. Une lettre d'Alexandre 111 nous apprend que vers l'année 1165 il ne possédait encore aucun bénéfice. Une prébende avait été promise à Nicolas par Thierry, évèque d'Amiens. Thierry étant mort, le pape ordonne que son successeur Robert remplisse au plus tôt cette promesse. Nicolas jouissait donc à Rome d'un : grand crédit. Mais par quels services s'êtait-il concilié le puissant patronage d'Alexandre? C'est ce que nous ignorons.

Ses écrits aujourd'hui connus sont une Chronique, signalée par Montfaucon dans la t»il4u>thèque du Vatican , et un traité que possède U môme bibliothèque ainsi que la Bibliothèque impériale, à Paris, sous le titre de Ars jidei eatholicx. Ce traité n'ayant jamais été publié, il nou> importe de le faire connaître. Il est contenu dans le manuscrit du Roi inscrit sous le n° 6à06. Il commence par ces mots : « Incipit prolognà in Artem fidei catholic* editam a Nicolao Andranensi (1). » Dans le prologue l'auteur s'adresse au pape Clément III, qui tint le siège pontifical du 20 décembre 1 1 87 au 27 mars 1191. ce qui nous apprend à quelle date Nicolas d'Amiens composa son livre. L'objet de cet ouvrage est d'opposer une barrière à l'envahissement des hérésies, et l'auteur déclare qu'il n'emploiera pour les combattre que des arguments de l'ordre logique. Autrefois, il est vrai, 00 les confondait par l'autorité des Écritures. Mais les

i\) Pour Amblanensi. \x manuscrit est souvent rect Au Heu de Andranensi, M. Petlt-Radel a Andratium. i.e traite d'Alain de LUte qui porto le titre est un (but autre ouvrage.

Écritures sont tombées dans le mépris', il faut ] la personne môme de son madré, Gilbert de La

désormais tout prouver suivant les principes d'Aristote, et mettre la foi d'accord avec la raison. C'est une entreprise devant laquelle l'auteur ne reculera pas. II divise donc son traité eu cinq livres : le premier sur la cause su-

Porrée. Aussi avec quelle prudence s'exprime- , t-il sur le tbéorème des attributs divins : « Deux j est potentia qua dicitur potens , sapientia i qua dicitur sapiens, cari tas qua diligens ; \ exteraque nomina qux divinx naturx dl-

prème; le second, sur le monde, les anges, la | cuntut\ competere, de Deo Itcet improprie

création de l'iiomme et le libre arbitre; le troisième, sur le Fils de Dieu; le quatrième, sur les sacrements; le cinquième, sur la résurrection. Au commencement de i liaque livre, suivant un procédé qui lui est particulier, il place plusieurs séries de définitions (descriptions), de thèses ( petitiones), de propositions univer

sellement

iiones >, qui devront servir de fondements à ses théorèmes. Ensuite, voici comment il raisonne. La définition de la cause est ainsi conçue : ■« La cause est ce qui donne l'être à une autre chose nommée le causé. » La première proposition

prxdicant divinam essentiam. « Ce sont les

termes exprès de saint Dernard argumentant

contre Gilbert de La Port ée devant le concile de

Reims. B. ILviuéxl.

Mit. litt. de la France, t. XVII, p. r.

mcolas de Brai, poète latin moderne, né

vers 1160, mort vers. 1230. On ne sait rien sur

(communes animi concep- i sa vie. Cependant on admet volontiers, sur une

conjecture de dom Brial, qu'il était doyen du chapitre collégial de Brai, en Champagne. II est auteur d'un poëmc historique intitulé : G esta Ludovici Mil, qu'André Duchesne avait le premier tiré des manuscrits, et dont le tome XVII

universellement admise est celle-ci : « Toute I des Historiens de France nous offre une édi-

clmse tient son être du principe générateur de sa cause. » Maintenant voici le premier théorème : « Tout ce qui est la cause de la cause C6t la cause du causé. Soit, en effet, le causé A, sa cause B, et la cause de B C. » Il argumente en énonçant d'abord la définition de la cause, l'hypothèse, la première proposition deux fois reproduite, et de nouveau la définition de la cause. Ainsi le théorème est démontré. Cela dit, l'auteur passe au théorème suivant, qu'il démontre en des termes encore plus brefs. M. Petit-Radel

tion plus complète. M. Petit-Radel a analysé ce poème. B. H.

Hïst. lit:, de la France, ». XVIII, p. fo.

Nicolas, surnommé de Flavigny (1), prélat français, mort le 7 septembre 1233. Nous le trouvons d'abord doyen de l'église de Langres, et il occupait encore cette charge au commencement de l'année 1229. Il s'y était concilié sans doute une grande renommée par son savoir et par son caractère , car en cette année , le 20 février, l'église de Besançon étant agitée depuis

s'est donc manifestement trompé : Nicolas d'A- (,eux ans par de graves discordes, Grégoire IX

miens est un logicien ; disons même que sa loiiiquc est d'une apreté choquante , et qu'on ne rencontre pas au douzième siècle un autre docteur qui soit tombé dans le même excès.

La méthode de .Nicolas d'Amiens nous est donc connue; mais il nous est moins facile de qualifier «a doctrine. Est-elle nominalisle? Est-elle réaliste? tllo est réaliste par inclination; mais 1 auteur évite avec tant de soin de déclarer son propre sentiment sur les questions conlrover-

choisit lui-même pour y mettre fin Nicolas de Flavigny, et de simple doyen le fit archevêque. Ce choix eut en effet pour résultat d'éloigner la multitude des compétiteurs, dont les ambitieuses menées avaient causé beaucoup de scandale et de rendre la paix à l'église «le Besançon. Mais à peine Nicolas ful-il établi dans sa chaire métropolitaine, qu'il s'y vil assiégé par de plus turbulents agitateurs. C'étaient les citoyens de Besançon, ses sujets et vassaux , suivant la loi

séi-% qu'on ne sait trop dans quelle secte on doit féodale, qui de- nouveau s'étaient insurgés, I* ranger. Son quatrième théorème ( livre premier) est ainsi conçu : « iSeque subjectam viaterinm sine forma, ne que formant sine subjecta materia aclu posse esse, u C'est une proposition téméraire. Elle est, il est vrai, conforme aux principes d'Aristote ; Aristote n'ad

met pas l'actualité de la première des formes, l ame, à Petat de substance séparée : mais Nicolas d'Amiens est-il du même avis ? Non sans doute. Ici done il énonce une proposition dont

" ne soupçonne pas toutes les conséquences. H j alors très-jaloux de conquérir leur indépen

avaient prononcé la déchéance de son autorité temporelle, et avaient institué pour y suppléer une commune, une administration civile. Nicolas, dans celte redoutable conjoncture, se rendit auprès de l'empereur, lit valoir ses titres, ses droits, et obtint de Frédéric II, au mois de décembre 1231, un diplôme plein de menaces contre lea citoyens confédérés. Ils se soumirent, mais avec la ferme résolution de recommencer leur entreprise. Les citoyens de Besançon étaient

«*t, toutefois, certain qu'il repousse la tl»èse de la matière informe, considérée comme antérieure en ordre de génération à la matière informée : ee qui est la thèse des platoniciens, reproduite plus tard par Duns Scott. Nicolas d'Amiens est •'«ne un réaliste très-modéré. C'est que le réalisme vient d'être condamné par l'Eglise dans

dance : ils avaient exilé déjà dans ce but un de leurs archevêques, et ils devaient encore en persécuter d'autres; de tous les adversaires qui pouvaient s'offrir à Nicolas, c'étaient les plus dangereux. Aussi ne put-il les réduire sans avoir

(0 On ignore M c'était le celui de sa famille.

de son pay« natal ou

$87 NICOLAS recours à l'empereur. Thibauld de Rougemont, vicomte de Besançon, eut aussi de grands débats avec notre archevêque. Ce vicomte s'était attribué dans la ville divers droits, autrefois exercés par l'autorité métropolitaine. Nicolas l'assigna devant son tribunal, et lui demanda compte de ses abus. Le vicomte résista d'abord : cependant comme sa puissance n'était pas aussi formidable que celle des citoyens, Nicolas l'amena bientôt lui-même, et sans invoquer le bras de l'empereur, à signer un désaveu formel de ses prétentions. Cet événement est de 1232. Vers le môme temps , Nicolas ayant affaire au comte deMontbéliard, qui s'était permis quelque usurpation sur les domaines des moines de Lure, n'hésitait pas à l'excommunier. C'était , on le voit, un prélat vigilant et ferme. Au mois d'août 1235, il était à Mayence, où il siégeait, •comme prince de l'Empire, dans les conseils de . Frédéric U. C'est en revenant de cette ville ■qu'il mourut. Dans le siècle dernier, on conservait à Citeaux un ouvrage manuscrit de Nicolas de Flavigny, intitulé : Concordia Evangeliorum Nicolai Crisopolitani. On ignore où se trouve aujourd'hui cet ouvrage, dont les différents fonds de la Bibliothèque impériale «t le catalogue de M. Gust. Hacnel n'offrent aucun exemplaire. Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France ont omis le nom de cet écrivain. B. H.

Duood de Cbaroage, Hltt. de l'Église de Besançon, t. I. p. iw. - Hulllard-BreboUc*. llist. Diplom. Fredcriei II, t. IV. - GalUa Christiana velus, t I.

Nicolas de Narbonne, supérieur général des Carmes, né à Narbonne, ou, suivant d'autres auteurs, a Toulouse, mort vers 1270. II fut élu vicaire général de l'ordre dans les contrées orientales en l'année 1250, supérieur ou prieur général de toute la congrégation , après la mort de Simon Stock, en 1265. Presque toutes les autres circonstances de sa vie sont inconnues , ou racontées en des termes qui les rendent douteuses. Ainsi quelques écrivains de l'ordre, recueillant d'obscures traditions , ont été jusqu'à lui attribuer des miracles. Son titre principal, et le plus authentique à la célébrité, est un ouvrage encore inédit que les bibliographes nomment Sagilta ignea (la Flèche de feu). Comme il y raconte, en des termes pleins d'amertume , les fautes, les désordres des carmes orientaux et les malheurs qui en ont été le juste châtiment, cet ouvrage a été plusieurs fois cité par les ennemis de l'institution monastique. B. H.

Catal. blbl. Cotton., p. 90. - Histoire litlèr. de la Irance, t. XIX, p. m.

Nicolas de Bdlè, chef do l'association des Amis de Dieu (Godes Freunde), répandue au quatorzième siècle en Suisse et sur les bords du Rhin. Il habitait l'Oberland, et parait avoir exercé une grande influence sur l'esprit de Tailler. On ne sait guère autre chose de ce personnage, qui, comme tous les membres de cette association, s'entourait a dessein des voiles du

mystère. M. le professeur Schmidt de Str». bourg a publié dans son J>ie Goltesjreunde in XIV Jahrhund (léna, 1354, in-8°) un écrit jusqu'alors inconnu de Nicolas de Bàle. M. N.

Cb. Schmidt; Tauler. Hambourg, lui, Jo-8». tt EtmLs sur le mysticisme allemand au XlFe siècle: Parti it*T p. ili et sulv. — Literarische CeniraJbiatt ,

NICOLAS {Henri), hérésiarque hollandais,

né à Leyde, vers la fin du quinzième siècle. On n'a presque aucun détail sur sa vie. Il se crut appelé à fonder une nouvelle religion, qa'U allait la maison cTamour. Il se déclara supérieur à Moïse, qui n'avait enseigné que l'espérance, ainsi qu'au Christ , qui n'avait, disait-it, prêché que la foi, tandis que lui , Nicolas, apportait aux hommes la doctrine de la charité. Cela ne Tealâchait pas d'exclure de la félicité éternelle tous ceux qui ne croyaient pas en lui. Ses principes, exposés par lui dans quelques écrits, tels que Y Evangelmm regni,Sententix documentait*.

Prophctia spiritus amoris , Parts super terrant publicatio, etc., trouvèrent qu^lqu-s adhérents dans le bas peuple de Hollande. En 1540, il engagea une discussion avec T.-H. Vc4kard Kornheert, qui voulait aussi établir de nouvelles croyances. Dans le dernier quart du seizième siècle, la secte des Nicolaitcs, qui était restée peu nombreuse, essaya de faire des prosélytes en Angleterre; mais les édits sévères prononcés contre eux par la reine Élisabeth rendirent vainc cette tentative. o.

Ifoornbeck, Summa controversiarum. — AJUng, Tantoçla historica. — Camdeo. Annales ( année is*o),

Nicolas d'Bgmond, théologien hollandais, né dans le comté d'Egmond, mort en 1527. U entra dans l'ordre des Carmes, prit ses degrés a Louvain , et y fut reçu docteur en théologie. U se signala par l'amertume de ses paroles dm> ses disputes avec Érasme. La chaire était soc arène; et quand le pape Adrien VI lui eut mposé silence, Egmond exhala sa bile dans d« libelles anonymes. Érasme, qui en parle fréquenment dans ses lettres, ne semble pas beaucoup plus modéré à son égard et le peint ainsi : ifoov natura /atuus, nec adtnodum doc fus, nter* bus immanis, prxfracti animi impotent* mpetu, etc. On fit contre Nicolas le distique suivafit en forme d'épitaphe : a. L.

Illc Jjcet Egtnondus tcllurt* Inutile pondus ; Diletlt rabiem, non tubeat requiem.

Érasme. Epistolx. — Paquot, Mémoires.

Nicolas (Le P.). prédicateur français, or k Dijon, mort eu 1649, à Lyon. Son nom o> famille était Peltret. 11 appartenait à l'onlir A* Capucins, et y remplit les charges «te deitattnr et de provincial. On a de lui: L'Esprit du chrétien ecclésiastique et religieux; Lyon. ÎCJS. 3 vol. in-8°; — Panégyriques sur les mpslèrcs de .Xotre-Seigneur et de lasainte Vter^e; ibid., 1G88, 2 vol. in-S°; — Panégyriques d*s saints, ibid., 16U3, 2 vol. in-fol.^ — Sermons sous différents titres; ibid., 1685 a \C9C, U*oi-

l'a-S*. Son Carême a été trad.cn italien (Venise, 1730, 2 vol. in-4°). P. L.

Denis de Uène*. JWW. det Capucin*. — Papillon, Bibl. des auteur* de Bourgogne.

NICOLAS (Augustin), littérateur français, né en 1622, à Besançon, où il est mort, le 2 ô avril 1695. D'un famille ancienne mais pauvre, il lit ses études dans sa ville natale, travailla quelque temps chez un notaire, et embrassa le métier des armes ; il fit plusieurs caïupagues en Italie, et faillit perdre la vie à Naples, dans la sédition de Masaniello. Après avoir servi de secrétaire au cardinal Trivulce, il passa en Espagne, et plaida avec tant de zèle la cause de Charles IV, duc de Lorraine, alors prisonnier à Tolède, que ce prince, en recouvrant la liberté (1661), le choisit pour

résident à Madrid avec le titre de conseiller d'État. Le premier ministre Louis de Haro lui confia plusieurs négociations politiques dont il s'acquitta honorablement. En 1666, il devint maître des requêtes au parlement de Dote, L'un des premiers à faire *a soumission à Louis XIV en 1668, il fut forcé, en 1669, quand la Franche- Comté retomba au pouvoir des Espagnols, de chercher refuge en Lorraine, puis à Paris. Après la paix de Nimègue U678), il fut nommé conseiller d'État , et reprit sa place de maître des requêtes au parlement de Besançon. Au milieu d'une existence agitée, Nicolas consacra tous ses loisirs à la culture des lettres. Il parlait et écrivait avec facilité le latin, l'italien et l'espagnol, avait des connaissances variées, et entretenait un commerce de lettres avec La Chambre, F rémont d'Ablancourt, Sinibaldi, Magri, etc. Mais il avait de ses talents une opinion excessive, comme le témoigne le quatrain suivant :

SI merttam quserls, toto ctrcum»ptce maodo

Ingenll tapèrent qoot monimeata meL Mille met* passkm sudarunl pnrla UbellU t, et toto

Cette variété intempestive lui attira maintes épigrammes; La Monnoye, qui ne l'aimait pas, en a recueilli quelques-unes, entre autres, celle-ci en forme d'épitaphe :

Cl-Rtt Augustin Nicolas, Auteur de la première classe, Réformateur de v»nfrelas , Rital de Virgile et d'Horace.

Instruit des aUalres d'État, Au conseil et dans le sénat II méritait !e rang suprême , C'était un nomme enfin. — Nota!

De qui teoez-voas tout cela De qui Je le sais?... de lui-même.

Nous citerons de Nicolas : Buropa lugens, sive de universa Europx clade carmen ele~ giacum, cui accesserunt elegiarum lib. Il; Naples, 1647, in-4»; 2e édit., augmentée; Besançon, 1692, in-4°; — Historia delV ultima rivoluzione del regno di Napoli; Amsterdam, 1660, in-8° : relation estimée, même des Italiens; — Panégyrique au roi Louis XI V, en vers ; Besançon, 1668; in-4°; — Parthenopt furens; Lyon, 1668, Paris, 1670, in-4° : c'est un poème

en cinq livres, dont l'insurrection de Naples est le sujet; — Lyricorum lib. III; Dijon, 1670, in-4° : il y a quatre livres d'odes, au lieu de trois qu'annonce le titre ; —Discours et Relation véritable sur le succès des armes delà France dans lecomté de Bourgogne en 1668;s.l., 1673,in-4°; Amsterdam, 1677, in-4* ; — Paradoxes moraux et politiques; Besançon, 1675, h>4°;— Dissertation morale et juridique si la torture est un moyen sûr de vérifier les crimes secrets f Amsterdam, 1 68 1 ,in- 8°; trad. en latin, Strasbourg, 1697, in-8* : ce livre, difficile à trouver, est le meilleur de ceux qu'a produits Nicolas. Dans son epltre dédicatoire à Louis XIV, il conseille à ce prince d'abolir la torture. ■ C'est, dit-il, à un un monarque de France d'extirper dans son royaume , par son pouvoir absolu , et d'inviter, par un exemple aussi noble que le sien, les autres princes chrétiens à corriger tant d'injustes moyens de venir à la connaissance et an châtiment des crimes. » — Saggi in poesia toscana, burlesca, séria e lirica, Besançon, s. d. (1686), in-4°; — Gioiello composto di quattro gloie pellegrine; ibid., 1687, in-4° ; — Raccolta délie opère galant i in lingua e poesia toscana; ibid., 1687-1689, 2 part. in-4°; — Dissertation sur le génie poétique; ibid., 1693, in-4° ;— Forêt de rondeaux, ibid., 1694, in-4*. P. L.

Dunod, Hlst. du comté de Bourgogne. III. — Jules Chlfflet, JUemoiret mamtte. — La Monnoye, MenagUma, I. — Morérl, Grand Dict. h Ut.

icigolas (Le P. Pierre ), mathématicien français, né à Toulouse, en 1663, mort dans la même ville, en 1708. Il appartenait à la Société des Jésuites, et fut l'élève en géométrie du P. Antoine de La Loubère, son confrère. Après avoir rempli divers emplois dans son ordre, où il professa les mathématiques, il devint recteur du collège de Béziers et mourut provincial du Languedoc. Sa vie fut studieuse et consacrée au progrès de là science. Mairan , qui avait connu particulièrement le P. Pierre Nicolas, dit de ce savant : « C'était une des plus excellentes têtes qu'il y eût en ces temps-là pour les mathématiques, il n'était véritablement exercé que dans la synthétique des anciens et surtout dans cette géométrie d'Apollonius de Perga , dont on dit que Newton faisait tant de cas et qu'il regrettait de ne pas avoir assez cultivée; mais je ne fais nul doute qu'il ne se fût également distingué dans les nouveaux calculs, s'il était venu au monde un peu plus tard. » On a de lui quelques ouvrages qui prouveutses profondes connaissances en géométrie; tels sent : De novis spiralibus exercitatio geometrica ; Toulouse, 1693, in-4° ; — De lineis spiralibus logarithmicis , hyperbolicis, etc.; Toulouse, 1695, in-4°; — De conchoidibus et cissoidtbus; Toulouse, 1697, in-4°. - Tous ces morceaux, selon Mon tucla, sont doués d'une élégance charmante pour ceux qui ont encore quelque goût pour le style de la géométrie ancienne,

991 NICOLAS et qui n'en sont pas venus au point de désirer qu'on pnt démontrer les premières propositions des éléments par des équations algébriques. » Une Lettre qu'il écrivait en 1698, à Ozanam, qui s'était trompé en parlant de la quadratrice de Tschirnbausen, nous apprend qu'il avait considéré cette courbe sous les mêmes aspects , et qu'il en avait formé un petit Traité en vingthuit propositions, où il déterminait son aire, son centre de gravité, ses solides de révolution cl leurs surfaces; il y démontrait enfin ce que Tscbirnbausen avait avancé sur quelques-uns de ces objets. Ces spéculations prouvent qu'il aurait pu figurer lui-môme parmi les géomètres qui s'occupèrent de la cycloide. Il constate que cette courbe a un cours infini, tant d'un coté que de l'autre de «on axe, et qu'elle rampe entre deux parallèles éloignées l'une de l'autre de la quantité du diamètre du cercle générateur, en le touchant alternativement. » Cette courbe n'est que la projection de l'hélice décrite autour d'un cylindre sur un plan passant par l'axe. L — i-- e.

Malran, Jrerlissitment stir le Problème de la roue d'jristote, a la »uUc des lettres au P. Parennin. — Monlucla, Histoire des xnathemattques, t II, p. "8.

NICOLAS (Jean), chirurgien français , né à Nîmes, vivait dans la seconde moitié du dixhuitième siècle. Il introduisit dans sa ville natale l'inoculation. En 1756 il se rendit à Genève pour entendre Tromhin. Les préjugés, la routine et l'ignorance ne tardèrent pas à se liguer coulre

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lui. Pour faire taire leurs clameurs, il on appela a l'expérience, et publia la relation détaillée de quatre-vingts inoculations qu'il avait pratiquées. On a de lui : Journal des inoculations ; Avignon, 1766, in-12; — Manuel du jeune chirurgien en faveur des élèves en chirurgie ; Paris, 1770, 2 vol. in-8"; trad. en allein., Augsbourg, 1777, in-8°. M. N.

Michel Nicolas, Uitt. littèr. de Mmrj, t II, J!2-m. mcoi.as ( Pierre- François) , médecin et chimiste français, né le 26 décembre 1743, à Sm'nt-Miliiel , mort le 18 avril tslfi, à Caen. Il prit ses degrés au Collège des Médecins de Nancy. Après avoir enseigné la philosophie à Grenoble, il revint à Nancv comme professeur de chimie , et passa de là , en la même qualité, à l'École centrale de Caen. Depuis 180D il fut chargé de l'enseignement «le la chimie et de la physique dans l'académie de cette ville. Il était correspondant de l'Académie des Sciences. On a de lui : Nosologie méthodique suivant le système méthodique de Sydenhnm ; Paris, 1771, 3 vol. in-8°; trad. du latin de Sauvage* — Le Cri de la nature en faveur des enfants nouveau-nés; Grenoble, 1775, in-12; Paris, 1793, iii-8", avec un précis sur l'inoculation ; — Cours de chimie théonco- pratique; 1777, in- 12; — Dissertation chimique sur les eaux minérales de la Lorraine; Nancy, 1779, in-8°; — Sur les eaux minérales de Saint-Diez; 2e édit., 1784, in-8*; — Avis sur l'électricité

considérée comme remède; Nancy, 1780, in-8- ;

— Histoire des maladies épidémiques qut ont régné dans le Dauphiné depuis 1776; Grenoble, 1781, in-8'; il y a donné une suite en 1787 pour les épidémies qui depuis 1780 avaient régné dans cette province ; — Précis des leçons publiques de chimie et d'histoire naturelle qui se font toutes les années aux écoles de médecine de l'université de Nancy ; Nancy. 1787, 2 vol. in-S%; — Manuel du distillateur d'eau-de-vie ; Nancy, 1787, in-12; — Mémoire sur les salines de la république ; 1796, in-s°;

— Méthode de préparer et conserver les animaux pour les cabinets d'histoire naturelle; Paris, 1800, in-8', pl.; — Cours de chimie théorico-pratique ; Caen, 1802, in-8«>; on n'a que la première partie de cet ouvrage ; — i;avec Victor Gueudeville), Recherches et Expériences médicales et chimiques sur le diabetès sucré; Paris, 1803, 1805, in-8°; — plusieurs dissertations, dont trois ont été couronnées par l'Académie de Nancy. Nicolas a été le principal rédacteur du Nouveau Dictionnaire universel et raisonné de médecine ( Paris, 1772, 6 vol. in-8°); recueil sévèrement critiqué par Haller, qui lui déniait toute portée scientifique.

Rolsanl, Notice sur la vit et les ouvrages de P.-f \.ectas; Caen. 1816, ln-8».

NICOLAS paiîlovitch, empereur de Russie, naquit au château deGastchin, pr« s de Saint- Pétersbourg, le 7 juillet 1790, l'année même de là mort de Catherine II, son aïeule, et tnoumt le ? mars (18 février du calendrier grec) 1855. Il était lils de l'empereur Paul Ier et de Marie, princes .v de Wurtemberg. Il avait deux frères aînés. Alexandre, né en 1777, et Constantin, né en 1779. Ce? deux princes avaient été élevés sous la direetn-o de leur grand'-mère, qui avait podr eux, et surtout pour le grand-duc Alexandre, une atiectioo qu'elle n'accordait point à son lils. On soupçonnait même qu'elle avait le projet d'avoir w petit-hls pour successeur immédiat.

Catherine avait voulu, comme on I? *ait, mettre la Russie en communication ave<- l'Europe, non point seulement par le commerce rt la politique, mais aussi |>ar les mu'iirs, les idée?, les opinions. Elle était en correspondance av. l Voltaire ; elh? avait attiré Diderot ; sa cour pelait le français , peut-être mieux que le ru>^. C'est dans cet esprit qu'elle veilla à l'éducatif, du grand-duc Alexandre. Il eut pour directeur de ses études le colonel Laharpe ; sa jeune** fut imbue des doctrines philosophiques et dis opi nions libérales du dix-huitième sièrle.

L'éducation du grand -duc Nicolas lut tout autre. Ce fut l'impératrice Marie qui veilla aver un soin maternel à l'éducation de ses deux jounes (ils, Nicolas, et Michel, qui était né en îTSS. Elle était pieuse, austère, pénétrée de IV.ee dtdevoir et de la règle; sa tendresse pour ses enfants gardait un caractère de sévérité.

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Lorsque le grand-duc Alexandre succéda, en 1801, à son père Paol Ier, victime d'un régicide, son frère Niqolas n'avait que cinq ans. L'impératrice Marie continua de diriger l'éducation de ses deux derniers fils, encore enfants; l'empereur Alexandre ne s'en occupa nullement; lorsqu'ils furent parvenus à l'adolescence, il ne chercha pas à leur donner la connaissance des affaires, ne les associa à aucun conseil, ne les entretint jamais du gouvernement ni de la politique. Ils étaient de jeunes officiers, élevés avec soin, accoutumés par leur mère à une conduite sage et régulière et surtout à une obéissance respectueuse aux volontés de l'empereur. Lorsque les armées de la coalition entrèrent une seconde fois à Paris, en 1815, les deux jeunes grands-ducs avaient accompagné l'empereur.Pendant le séjour des vainqueurs, l'empereur Alexandre se montra, comme l'année précédente, bienveillant pour la France. Ses deux frères jouirent beaucoup de leur séjour a Paris. Tout leur plaisait dans la vie qu'ils y menaient. La belle et noble ligure du grand-duc Nicolas et ses manières nobles et polies lui valurent un grand succès dans les salons où il se présenta.

En 1817, il épousa la princesse Louise-Charlotte de Prusse, qui, en recevant le baptême de l'Église grecque, prit le nom d'Alexandra. Elle avait alors dix-neuf ans. Fille aînée de la belle et malheureuse reine Louise, elle avait hérité de son charme et de la noblesse de son caractère. Cette union resserra encore l'alliance et la mu* tuelle confiance des cours de Pétersbourg et de Berlin ; jamais mariage de prince ne fut suivi d'un bonheur aussi constant.

La position du grand-duc Nicolas resta la même ; il ne prit aucune part au gouvernement de son frère Alexandre : il n'était associé à aucun conseil , n'avait à dire son avis sur aucune affaire, et continuait seulement à s'occuper de ses devoirs militaires, qui semblaient absorber son attention et son goût.

L'empereur Alexandre mourut à Taganrog, le 1er décembre 1825 ; il ne laissait point d'enfants. Un acte solennel de Paul Ier avait rétabli l'ancien ordre de succession suivi depuis I avènement des Romanof et qu'avait aboli un ukase de Pierre le Grand, en vertu duquel chaque souverain avait le droit de désigner son successeur. Ainsi la couronne devait être déférée au grandduc Constantin, alors âgé de quarante-six ans. Le grand-duc Nicolas n'avait que trente ans et son frère Michel vingt-neuf. Ce n'était pas 3ans effroi que la noblesse russe, seule classe qui pouvait avoir une opinion , voyait le pouvoir absolu près d'échoir'à un prince qui depuis longtemps, et dès sa première jeunesse, était universellement détesté et méprisé. Semblable de visage et de physionomie à son père Paul 1", il avait été le fléau de tout ce qui l'entourait. Colère, brutal, sans pitié, ne connaissant d'autre loi que la discipline militaire , il avait, depuis le

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moment où il était devenu l'héritier présomptif de la couronne, mérité que la voix publique répétât : * Il sera impossible de le laisser régner. » Toutefois, il avait toujours montré un attachement sincère et une déférence obéissante à l'empereur son frère ; jamais il n'avait eu un tort envers lui. Le congrès de Vienne avait donné à l'empereur Alexandre un royaume de Pologne distinct de l'empire de Russie; il en avait conféré la vice-royauté à son frère Constantin, qui était plutôt chef de l'armée polonaise que viceroi d'une monarchie constitutionnelle.

Lorsque la nouvelle de la mort d'Alexandre fut arrivée à Pétersbourg, le grand-duc Nicolas, après avoir consulté sa mère , réunit le conseil de l'empire pour prêter le serment d'obéissance et de fidélité a son frère aîné, l'empereur Constantin. Mais le conseil de l'empire avait k se conformer à un ordre qu'avait laissé l'empereur Alexandre. Un papier, scellé du sceau impérial, avait été, depuis le 28 août 1823, remis au conseil. Sur l'enveloppe était écrit de la main d'Alexandre la note suivante : « Garder au conseil de l'empire jusqu'à ce que j'en ordonne autrement; mais dans le cas où je viendrais à mourir, ouvrir ce paquet en séance extraordinaire , avant de procéder à tout autre acte. »

L'enveloppe renfermait une lettre du grandduc Constantin , datée du 26 janvier 1822, ainsi conçue : « Ne reconnaissant en moi ni le génie, ni les talents, ni la force nécessaires pour être jamais élevé à la dignité souveraine , je supplie Votre Majesté Impériale de transférer ce droit à celui à qui il appartient après moi... Daignez , Sire, agréer avec bonté ma prière et contribuer à ce que notre auguste mère y adhère. »

A cette lettre était jointe la réponse de l'empereur, où il acceptait la renonciation. Un acte solennel devait promulguer, sous les formes officielles, celte volonté de l'empereur défunt.

Le grand-duc Nicolas n'hésita pas un moment ; il proclama son frère Constantin empereur de toutes tes Russie*. Lorsque le conseil de l'empire se présenta pour lui faire connaître les volontés de l'empereur défunt , il répondit : « Je ne suis point empereur et ne veux point l'être, k moins que le grand-duc Constantin persiste à abdiquer ses droits. » — Le conseil insista , en représentant les dangers de la situation et rappela qu'en Russie un interrègne avait presque toujours été une révolution. Le grand-duc fut inflexible, et ordonna que le conseil prélat serment à l'empereur Constantin, ainsi que tontes les autorités civiles et militaires. Sa mère et les conseillers lui firent remarquer qu'en ce moment même il faisait acte de souveraineté en exerçant un pouvoir absolu. Aucun motif politique, aucune prudence, aucune crainte des troubles, que pourrait susciter un avènement irrégulier, n'inspirèrent la résolution inébranlable du grandduc Nicolas. Il a toujours regardé cette détermination comme l'acte le plus honorable de sa

vie;' il en parlait souvent, et se félicitait d'avoir observé scrupuleusement la seule loi constitutionnelle de l'empire, la seule qu'il croyait être au-dessus de la volonté des souverains. Il avait toujours professé on grand respect pour la mémoire de son père, et il protestait contre le jugement de l'histoire. « La Russie, disait-il, doit à Paul Ier la pragmatique qui la préser ve des révolutions. » — La légitimité lui semblait inséparable de la monarchie.

Ce qui advint de son refus aurait pu lui montrer qu'il eût mieux fait d'obéir à la volonté de son frère et d'accepter, sans hésitation, la mission que lui destinait la Providence.

Le conseil de l'empire se constitua en conseil de régence.

Le grand-duc Constantin, en apprenant la mort de l'empereur, avait écrit a l'impératrice sa mére, en confirmant la promesse qu'il avait officiellement faite à son frère; il adressa aussi une lettre et son serment de sujétion et de fidélité a l'empereur Nicolas, qui ne jugea point que le désistement fût asser. officiellement solennel. Les conseillers qu'il envoya offrir la couronne à son frère n'avaient pas un doute sur la réponse qui leur serait faite, et cette mission leur paraissait une vaine formalité. Ils aperçurent quelque impatience , mais nulle hésitation dans la réponse officielle, qui leur fut faite par le grand duc Constantin.

Les scrupules de l'empereur Nicolas avaient laissé le gouvernement en interrègne pendant quinze jours. Ce lut le 24 décembre 1825 qu'il vint habiter le palais impérial et qu'il signa le manifeste de son avènement. Les grands corps de l'État avaient la veille prêté le serment de fidélité. Depuis plusieurs jours, des révélations avaient appris à l'empereur qu'une conspiration était tramée dans la garnison de la capitale et même dans sa garde. On n'ignorait pas qu'avant la mort de l'empereur les armées du midi étaient travaillées par les sociétés secrètes ; les derniers moments d'Alexandre avaient été troublés par la certitude qu'une vaste conspiration se préparait. Les communications des officiers rosses avec les patriotiques sociétés allemandes, un séjour de deux années en France, où s'agitaient le* partis affranchis, par une constitution libérale, avaient répandu dans l'armée russe un esprit révolutionnaire, tin comité, composé d'hommes «l'un patriotisme chimérique, appartenant à la plus haute aristocratie . donnait le mouvement a la conspiration que favorisaient l'incertitude de la souveraineté et l'immobilité du gouvernement.

Lorsque fut connue la réponse du grand-duc Constantin , et à la veille du jour où les troupes devaient prêter serment , les conspirateurs imaginèrent de persuader à la troupe qu'il fallait crier : « Vive l'empereur Constantin », et proclamer que c'était lui qui devait ré-ner. Les premiers officiers qui se présentèrent poor recevoir Je serment furent frappés à coups de sabre ou

blessés par des balles. Cette première émeute fut réprimée; mais bientôt la révolte se propagea, des régimentsdout entiers étaient en révolte ouverte. Alors l'empereur, après avoir confié son fils aux gardes qui défendaient le palais, marcha à la rencontre des rebelles avec un bataillon dont la fidélité était assurée; ils criaient : « Houra Constantin ! » Sans se troubler il leur dit, en leur indiquant une masse d'insurgés qui occupait plus loin une partie de l'immense place où le palais est situé : « Hé bien, allez rejoindre les traîtres ». Sans livrer aucun combat, les deux |>artis étaient en présence. L'empereur, entouré de généraux et de régiments fidèles , restait avec sang-froid sur te champ de bataille et refusait de rentrer au palais. Le général Miloradovitch, gouverneur de Pétersbourg, celui qui avait gagné la bataille de Malo-laroslavetz , le plus illustre des généraux russes, avança seul pour parler aux soldats, qui l'avaient toujours aimé et respecté; a peine leur avait-il adressé quelques paroles, qu'il tomba percé d'un coup de baïonnette et d'une balle tirée à bout portant. Le grand -duc Michel était allé à la caserne du régiment qnll commandait; il lui fit prêter serment, l'amena a l'em|>ercur, et demanda à cliaruer sur les rebelles. L'empereur hésita d'abord à commencer ce combat. Il essaya de les faire haranguer par le métropolitain ; mais le peuple rosse, quoique pieux et fidèle aux pratiques religieuses, lespecte peu les prêtres : le prélat ne fut pas écouté; il se retira au milieu des menaces et des insultes. Enfin l'empereur se décida à réprimer par les armes une insurrection qui de moment en moment devenait plus menaçante; car la populace, gagnée par l'argent et Peau-d**vie, commença t à se joindre aux soldats. Une charge de cavalerie ne réussit pas d'abord à rompre les raogs pressés du principal groope des insurges ; »lor> on fit feu sur eux, et le combat s'engagea sans obtenir un résultat décisif. Cependant le joui baissait; l'empereur fit annoncer qu'on allait recourir à l'artillerie; les premières décharges eurent peu d'effet; mais bientôt la mit rai de fit un tel ravage que les révoltés se dispersèrent Ils avaient perdu environ deux cents hommes, et on en arrêta cent cinquante. Alors l'empereur, après avoir passé de longues et cruelles heures, en face de la révolte, sans trouble, sans agitation, avec une courageuse patience, rentra au palais, accompagné de M. de La Ferronaya. ambassadeur de France, qui ne l'avait point quitte. L'impératrice n'avait pas cessé de pleurer et de prier, et lui-même, ému et attendri, ne put retenir ses larmes. « Ah ! quel commencement de règne! • disait-il. Les troupes restèrent sous les armes, des précautions furent prises: mai* il n'y avait plus rien a craindre. La foule des insurgés était dispersée; les chefs du complot furent arrêtés Un des plus importants, le prince Troubetxkoi, le fut chez son beau-frère, le romtf dr L*-breltern, ambassadeur d'Autriche, et amené de~

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vant l'empereur; ses papiers avaient été saisis; il ne pouvait nier son crime ; il se jeta aux pieds de l'empereur, et demanda grâce de sa vie. — « Asseyez-vous, répondit l'empereur, et écrivez à votre femme, je vais vous dicter. — J'aurai la vie sauve ». Et comme Troubetzkoï, troublé, ne pouvait continuer à écrire. — Cachetez votre lettre. Si vous vous sentez le courage de supporter une vie déshonorée et vouée aux remords, vous l'aurez ; c'est tout ce que je puis vous promettre. »

Presque tous les auteurs de la conspiration furent arrêtés ; ils appartenaient pour la plupart aux grandes familles de Russie ; l'empereur assista aux premiers interrogatoires qu'ils subirent ; une commission fut instituée pour instruire le procès. Deux jours après parut un manifeste qui distinguait deux classes de coupables : « Les uns, pauvres, égarés, ne savaient pas ce qu'ils faisaient; les autres voulaient abattre le trône, supprimer les lois, bouleverser l'empire, amener l'anarchie. Les soldats n'ont point participé à ces attentats. Je regarde comme un premier <)cte de justice, comme ma première consolation, de les déclarer innocents ; mais celte même justice défend d'épargner les coupables. »

Ainsi , lorsque, l'empereur Nicolas, se conformant à l'usage de ses prédécesseurs, signala soa avènement par un acte général d'amnistie, il n'y comprit pas les accusés de la conspiration ; la procédure continua; la commission fit son rapport ; tes prévenus furent divisés en deux classes ; les militaires ne furent pas mis en jugement. L'empereur, comme chef de l'armée, prononça la peine qui leur fut infligée ; aucun ne fut condamné à mort. L'emprisonnement, l'exil ou la dégradation furent prononcés arbitrairement, mais avec démence.

Le? autres prévenus furent renvoyés devant une haute cour, c'est-à-dire devant une commission dont les membres étaient nommés par l'empereur, pour le jugement spécial de ce procès. L s lois existantes avaient conservé toutes les tortures et les atroces supplices qui ont si longtemps souillé les codes de tous les États européens. Mais les arrêts étaient presque toujours commués par le souverain. La haute cour avait été autorisée à graduer la culpabilité, et par conséquent à modifier les peines , sans même en référer au souverain pour les commuer. L'arrêt définitif prononça la peine de mort contre cinq accusés, qui furent attachés à une potence le 24 juillet 1826 Un très-grand nombre furent exilés pour la vie en Sibérie, et la plupart n'ont obtenu aucun adoucissement à leur peine pendant tout le règne de Nicolas. 11 resta inflexible et impitoyable aux instances des familles les plus dintinguées. Le souvenir de la conspiration ne s'effaça jamais de sa mémoire, «>t conserva toujours une influence prépondérante sur ses opinion* et sur la direction de son gouvernement. Il se fit pour toute sa vie le ebarn-

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