‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 202 sur 206 · NIC · texte numérisé non relu

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lions en Sibérie, les dégradations de noblesse et tout un régime de terreur pesèrent sur lu Pologne.

Pendant les derniers mois de 1830 le choléra se répandit en Russie ; Moscou fut envahi par le fléau. Au mois de juin 1831 il sévit avec fureur à Pétersbourg; il y eut des jours où succombèrent plus de deux cents malades. La populace, se voyant en proie à un mal qui atteignait beaucoup moins les riches que les pauvres, n'imagina qoe la classe supérieure empoisonnait les vivres; les esprits s'exaltèrent; une foule séditieuse se livra à d'affreux désordres; des malades furent arrachés de leurs lits , des médecins massacrés. Toutefois, au milieu de leur fureur, ils invoquaient l'empereur, qu'ils regardaient comme leur père. Il se rendit sur la place du marché, parmi les séditieux ; et, du haut de sa calèche, il leur parla avec cette éloquence naturelle dont il était doué, leur montra plu6 de douleur et de pitié que de courroux, leur disant de se mettre à genoux pour implorer la bonté de Dieu. Ces paroles firent une vive impression, et l'ordre fut rétabli.

Quelle que fût l'idée que l'empereur Nicolas s'était faite de la révolution qui avait appelé au trône le roi Louis-Philippe, et la malveillance qu'il avait conçue contre ce prince, .il ne cessa point de se maintenir en relations convenables et faciles avec la France. Aucune difficulté ne s'éleva entre les deux puissances ; mais il continua de croire que cette révolution était destinée à troubler l'Europe, et qu'il convenait de maintenir une coalition des grandes puissances de l'Europe, qui encore une fois seraient appelées a envahir la France. Mais il ne pouvait persuader l'Autriche ni la Prusse, et encore moins l'Angleterre. On entrevoyait dans les conseils qu'il donnait le désir de devenir, comme son frère Alexandre, le chef d'une croisade contré la France. D'ailleurs ses conseils ne témoignaient pas même qu'il eut un véritable désir de la guerre. Il connaissait mat l'état de la France et de l'Europe, et ses inquiétudes étaient plu* imaginaires que réelles. C'était seulement matière de conversation dans les voyages assez fréquents qu'il faisait en Allemagne et pendant les grandes revues où il conviait les princes étrangers. 11 leur parlait des craintes que devait inspirer la France, des dangers qui menaçaient l'Europe, de la nécessité île se tenir prêt à la guerre ; il avait, disait-il , « moins que tout autre à s'en inquiéter. Mais on pouvait compter sur lui ; il était le corps de réserve de la bonne cause ».

Sans avoir aucun projet arrêté, prévoyant plutôt une guerre dans l'Orient qu'une guerre européenne, la principale occupation de l'empereur Nicolas était d'avoir une armée nombreuse et redoutable. C'était sa pensée dominante ; il en augmentait sans cesse le nombre ; il veillait avec soin à la discipline et à l'exercice de ses troupes. Il avait renoncé au système des colo-

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nies militaires, dont son prédécesseur avait (ait on essai malheureux. Dès la première année du nouveau règne une révolte terrible avait cdalé dans une de ces colonies; l'empereur avait même couru un grand danger, lorsqu'il s'était présenté, pour rappeler les soldats à leur devoir. Elles avaient donc élé supprimées, hormis pour la cavalerie. — Chaque année, pendant deux à trois mois, la plus grande partie de l'armée était rassemblée non loin de Pétersbourg, et l'empereur ordonnait lui même les manœuvres, les mouvements, les plans de bataille ; c'était l'emploi de son temps qui lui plaisait le plus ; il excellait dans ce commandement, sans toutefois montrer aucune prétention à être un grand général. Il avait voulu avoir aussi une belle armée navale, et faisait construire un grand nombre de vaisseaux dans les ports de Cronttadt et de Sébastopol. C'était surtout vers la mer Noire et la Turquie qu'il portait son attention, sachant bien que c'était de ce cote qu'il lui convenait d'être fort et puissant. — Ce n'était pas la Porte Ottomane qui pouvait l'inquiéter, il avait éprouvé qu'elle n'était plus de force à lui résister ; mais les puissances de l'Europe se tenaient en garde contre les conquêtes ou la domination de la Russie. C'est ce qui fut évident en 1833. Mébémet-Ali, pacha d'Egypte, s'était rendu indépendant ; il s'était mis en rapports habituels avec l'Europe et surtout avec la France. Il avait emprunté à la civilisation l'art militaire et le mécanisme de l'administration; il avait une flotte et une armée. Pour étendre sa puissance, il s'était emparé de la Syrie, sous prétexte d'y réprimer des désordres. U voulait qoe ces vastes provinces fussent réunies à son pachalik d'Egypte, et il exigeait que sa vassalité fût aussi indépendante que l'avait été la régence d'Alger. Pendant cette négociation, l'armée égyptien ne, commandée par Ibrahim, 61s du pacha, s'avançait dans l'Asie Mineure, menaçant d'arriver devant Constantinople; car la Porte n'avait plus d'armée à lui opposer. La France s'employait d'une part à arrêter cette invasion et d'autre part à obtenir du divan de larges concessions en faveur de Méhémet-Ali. Le divan espérait plus d'aopui dans la protection des Russes ; il implorait des secours on plutôt acceptait ceux qui lui étaient offerts. Cependaat une escadre française s'était montrée. Ibrahim avait évacué l'Asie Mineure et la Porte Ottomane avait consenti à presque toutes les prétentions de Méhémet-Ali. Mais pendant ces négociations le divan avait accepté les offres de i» Russie, et au moment où il consentait aux conditions proposées par la France, une escadre, sortie de Sébastopol, entrait dans le Bo-phore et débarquait un corps de cinq mille hommes. Le comte Orloff, qui les commandait, était muni de pouvoirs pour négocier un traité, par lequel l'empereur de Russie s'engageait à une alliance défensive contre toute attaque extérieure on

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intérieure , qui menacerait l'Empire Ottoman. Par un autre article, la Porte s'engageait à fermer le détroit des Dardanelles à tout vaisseau étranger quand elle en serait requise par la Russie. — Ce traité d'Unkiar Skellessi ne tut pas rendu public ; la France et l'Angleterre adressèrent des représentations au gouvernement russe ; elles n'eurent aucun effet , mais la France déclara qu'elle ne reconnaissait point l'existence de ce traité. Les efforts sincères des puissances européennes pour raffermir l'Empire Ottoman n'eurent pas de résultats. L'ordre dans l'administration, la justice dans l'exercice du pouvoir, la sécurité assurée aux populations chrétiennes, furent vaioement promises, et le mal ne cessa d'empirer. La paix ne fut point établie entre le Orand-Seigneur elle pacha d'Egypte. En 1838 la guerre recommença en Syrie ; on pouvait prévoir que l'armée égyptienne , commandée par Ibrahim-Pacha, menacerait bientôt Constantinople et mettrait en danger l'existence de l'Empire Ottoman. L'Angleterre et la France étaient encore d'accord pour le préserver; mais il y avait dissentiment dans les concessions qui devaient être accordées à Méhémet-Ali. L'opinion française s'éUit prise d'une bienveillance passionnée poor le pacha d'Egypte; on voyait en lui le conservateur de l'islamisme, et en même temps on regardait son pouvoir comme compatible avec l'esprit européen , comme des» tiné à civiliser l'Orient. Il y avait aussi beaucoup d'illusions sur la force de son armée et sur l'habileté de son fils. En Angleterre on en jugeait autrement, et on ne voulait pas le rendre si puissant. Le prince de Metternich proposa de traiter la question d'Orient dans une conférence a Vienne. Il fut difficile de décider l'empereur Nicolas k prendre part à cette négociation ; car il avait toujours voulu traiter seul à seul avec la Turquie et ne pas mêler les autres puissances <lans la décision du sort de Constantinople ; toutefois il consentit à envoyer un plénipotentiaire à Vienne. Mais le lendemain du jour où il avait annoncé cette intention on apprit que le sultan Mahmoud venait de mourir. Dès lors il fallait absolument savoir si son fils Abdul-Mejid lui succéderait tranquillement et se trouverait en position de continuer sans trouble le gouvernement de son père. Ainsi il ne fut plus question de la conférence de Vienne. Quelques mois après, une nouvelle conférence fut ouverte à Londres. Il s'agissait seulement de savoir quelle portion de la Syrie serait ajoutée a la souveraineté de l'Egypte , qui deviendrait vassale héréditaire du Grand -Seigneur. La France voulait que la Syrie ne fût point partagée et fut attribuée tout entière au pacha d'Egypte. L'Angleterre faisait la part du pacha beaucoup moins grande. C'était une question très-indifferente à l'empereur Nicolas, et il le disait luimême ; mais complaire à l'Angleterre, qu'il ménageait beaucoup, et procurer un échec à la po-

Nl COLAS 1006 litique française était une satisfaction pour lui. Ainsi la convention fut signée par les plénipotentiaires d'Angleterre, d'Autriche , de Russie et de Prusse sans que le plénipotentiaire de France y prit part. L'Europe put craindre que ce dissentiment entre la France et l'Angleterre ne troublât la paix ; mais l'événement montra bientôt que le pacha d'Egypte n'avait pas autant de puissance qu'on l'avait supposé en France. Ses armées furent obligées de revenir en Egypte et avec l'aide d'une escadre anglaise la Syrie rentra sous l'obéissance de la Porte Ottomane. Alors les négociations de la conférence de Londres recommencèrent. Lorsque le sort du pacha eut été fixé par la Porte Ottomane, l'empereur de Russie, qui ne souhaitait pas encore la guerre, ne fit aucune difficulté à consentir la nouvelle convention, qui Tut signée en t8'il, et cette fois avec le concours de la France.

Cet acte plaçait l'empire turc sons la protection commune des grandes puissances; il était donc contraire à la politique et aux desseins de l'empereur Nicolas , qui avait toujours voulu que personne n'eut à se mêler des relations et des différends qu'il pouvait avoir avec la Porte

Ottomane ; c'était sa malveillance envers la France qui l'avait conduit à signer la première convention qui semblait l'isoler et la mettre en opposition avec l'Europe entière. L'entente cordiale de la France et de l'Angleterre était pour lui un mécompte affligeant. Le roi Louis-Philippe avait fait une visite a la reine d'Angleterre et avait été accueilli avec amitié et empressement. L'empereur Nicolas fit aussi en 1844 un voyage à Londres. Une note du comte de Nesselrode, qui plusjard fut rendue publique, a fait connaître dans quelles vues il était alors venu en Angleterre. Ce mémorandum se rapporte à l'état où se trouvait alors la Turquie. Après avoir insisté sur la nécessité de conserver l'existence de l'Empire Ottoman, le comte de Nesselrode ajoutait : — « On ne peut se dissimuler combien cet empire renferme d'éléments de dissolution. Des circonstances imprévues peuvent hâter sa chute. » — Aucun engagement positif n'était résulté de celte communication. Mais l'empereur Nicolas retourna à Pétersbourg persuadé que s'il survenait quelque circonstance extraordinaire, la Russie et l'Angleterre se concerteraient sur ce qu'il conviendrait de faire.

Pendant les quatre années qui suivirent ce voyage en Angleterre, l'empereur continua de s'occuper avec le même soin de la formation de son armée; mais l'administration du département de la guerre n'était pas l'unique objet de ses soins. 11 savait que le devoir d on souverain consiste surtout à veiller aux intérêts de son peuple, à l'administration de la justice, à la sécurité de ses sujets, au développement de l'industrie et du commerce, à l'instruction publique. Son attention s'était toujours portée sur toutes les obligations que lui imposait la royauté ; d autant plu»

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qu'ayant un pouvoir absolu, aucune institution ne venait à son aide, puisque tout fonctionnaire public n'avait d'autre devoir que d'obéir à l'autorité suprême. L'empereur Alexandre avait plus qu'aucun souverain pris à cœur le bonheur de ses sujets. Il avait voulu leur donner des garanties et renoncer à une large part du pouvoir absolu. 11 était monté sur le trône lorsque, jeune encore, il venait de recevoir les enseignements philosophiques et libéraux du colonel La Harpe. Il songeait à donner une constitution, à réformer les codes, à octroyer des garanties et des libertés ; mais les événements de la guerre et la politique intérieure l'avaient détourné de la tâche qu'il s'était donnée. Ses idées avaient changé ; les révolutions qui troublaient l'Europe lui avaient inspiré des doutes sur les idées de son jeune âge ; à ses opinions philosophiques avaient succédé des pensées religieuses mêlées des rêveries del illuminisme. Son gouvernement s'était ressenti de ces variations, et les règles de l'administration avaient souvent changé. Les Russes se félicitèrent d'abord de la disposition d'esprit de leur nouvel empereur, dont les décisions étaient absolues et les opinions invariables. — Au lien de rédiger un nouveau code, il fit rassembler tous les ukases qui étaient en usage et qui avaient force de loi. Le conseil de l'empire semblait être d'avis qu'il convenait de réformer les dispositions reconnues pour défectueuses et de donner à ce travail un caractère d'ensemble, de manière à former un code. L'empereur, qui assistait rarement au conseil , prit la parole pour motiver un avis contraire. Il croyait qu'après avoir porte remède à la confusion séculaire des ukases et classé ceux qui avaient réellement autorité, il était sage de mettre à l'épreuve cette législation et d'apprendre par l'expérience quelles réformes et quels changements étaient nécessaires. Cet avis prévalut et fut généralement approuvé.

Personne n'était plus persuadé que l'empereur de la nécessité d'une réforme efficace dans l'administration de la justice, de la police et des finances; la vénalité des juges et Pimprobité des employés de tontes les administrations étaient pour lui un continuel chagrin ; il eût bien voulu, et il le disait quelquefois, nettoyer les étables d'Augias. Mais son système de gouvernement, sa conviction de la nécessité du pouvoir absolu l'arrêtaient dans tous les projets de réforme. 11 ne \oulait pas voir que la surveillance la plus clairvoyante des fonctionnaires et des employés, c'est la liberté île l'opinion et de la presse , et que l'administration doit être soumise au contrôle et h l'examen de corps délibérants et indépendants. L'idée que le pouvoir absolu est insuffisant et impuissant à maintenir l'ordre dans la gestion des intérêts publics était bien loin de sa pensée.

Il n'ignorait pas que le servage des paysans devait nécessairement être réformé et que de

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cette question fondamentale dépendait l'avenir de la Russie; il aurait voulu la résoudre , le sort des cultivateurs l'intéressait ; il songeait à amé-

! liorer leur situation , à les protéger contre les propriétaires , mais prononcer leur afTranchisse-

, ment était une pensée qui n'entrait pas dans son esprit.

L'empereur Nicolas avait aussi ta volonté de donner uu grand développement au commerce i et à l'industrie, qui firent en effet de grands progrès sous son règne. Il témoignait beaucoup de bienveillance et de considération aux riches : négociants de Moscou ; mais il ne songeait pas à I changer leur situation civile, à lever l'interdiction | qui leur défendait de posséder des pa> sans cul- ; tivateurs, de sorte qu'ils ne pouvaient pas être j propriétaires , et formaient une classe complètement distincte de la noblesse. Il n'aurait pas aimé à les voir quitter leurs robes et couper leurs longues barbes. Si leurs affaires de commerce ou le désir d'étudier, pour les imiter, les établissements et les fabriques de France ou d'Angleterre, les engageait à quitter la Russie, ces voyages déplaisaient à l'empereur. 11 aurait voulu que la Russie rivalisât par l'industrie, ! par la richesse , par les arts , par le développement de l'esprit, avec les États de l'Europe occidentale ; son amour-propre en eût été flatté. En même temps il cherchait à se garantir des ! influences extérieures, et parfois il lui venait dans la pensée de regretter que la grande muraille de la Chine ne séparât pas la Russie de I l'Europe. Pendant plusieurs années il fut interdit aux Russes de venir en France, et plus tard les passe-ports furent soumis à une taxe onéreuse.

L'empereur Nicolas s'occupa aussi de l'instruction publique; les universités établies par sou prédécesseur furent l'objet de ses soins. 11 y eut des professeurs français ou allemande. Le ministère de l'instruction publique fut confié à des hommes distingués, entre autres à M. Ouvarof. A la cour de Catherine, on parlait peu la langue russe ; il n'en fut pas ainsi sons le règne d*A-

; lexandre et encore moins sous celui de son successeur. Ils favorisèrent les écrivains et les

: poètes qui honoraient la langue nationale. L'empereur appela à sa cour Pouschkin , qui avait

! été presque compromis dans la conspiration de

: 1826, et après sa mort il ordonna des obsèques solennelles. Les collèges fondés par l'empereur Nicolas étaient tenus sous une discipline militaire. Dans sa peusée, tout noble russe devait suivre la carrière des armes. 11 ne concevait pas

! qu'il en fût autrement. C'était le fond de l'édnca-

1 lion. Un jeune homme placé dans un emploi civil était un officier à qui on donnait une

- mission.

Dans un pays ainsi réglementé la police devait avoir un grand rôle, et devenait d'autant plus i redoutable qu'elle agissait avec un arbitraire 1 tout puissant. Aussi l'empereur était plutôt craint

et admiré , qu'aimé et apprécié. Contrairement à lesprit de la société russe, la conversation était devenue très-prudente.

En somme, le règne de l'empereur Nicolas avait rendu la Russie puissante et formidable ; elle avait un premier rôle en Europe ; passé le premier moment, l'ordre et le calme avaient donné à l'empire une prospérité croissante, et la civilisation européenne y avait fait des progrès. Mais de tristes revers étaient réservés à ses derniers jours.

La révolution de 1848, qui avait accompli les présages malveillants de l'empereur Nicolas , ne changea pas d'abord ses relations avec la France. Seulement il put alors reconnaître que l'Europe avait été pendant dix-sept ans garantie de la guerre et des révolutions par le règne de Louis- Philippe. L'Allemagne et l'Italie se ressentirent cruellement de sa chute, mais elle n'eut aucune inlluence directe sur la Russie. L'empereur vint en aide à l'Autriche, pour réprimer à main armée la révolution de Hongrie, qui aurait pu se propager en Pologne; et lorsque l'avéncment de l'empereur Napoléon lit lui fut notifiée, il n'hesilapasà le reconnaître, en continuant toutefois à ne pas employer la formule, « Monsieur mon frère», dont il ne s'était pas servi en écrivant au roi Louis-Philippe. F.n ce moment, l'Empire Ottoman était dans l'état critique , qui avait été prévu depuis plusieurs années, et dont l'Empereur Nicolas avait entretenu le cabinet anglais en 1844. Des révoltes avaient éclaté dans plusieurs provinces ; les chrétiens grecs réclamaient hautement la protection de la Russie; les finances étaient dans un tel désordre que les services publics ne pouvaient être payés. La Porte Ottomane venait de donner satisfaction aux plaintes de la France, qui avait réclamé pour les Pères de Terre Sainte les privilèges et les usages qui leur étaient assurés par les anciens traités. La Russie avait réclamé en même temps, et le divan lui accordait une satisfaction inconciliable avec ce qui venait d'être accordé aux catholiques. L'Autriche avait aussi des plaintes à adresser au gouvernement turc. Le moment prévu et annoncé par l'empereur Nicolas dans les conversations du voyage de 1844 en Angleterre semblait arriver. Il voulut s'assurer la coopération ou du moins le consentement de l'Angleterre , pour les projets qu'il avait conçus. Sans aucune communication officielle et diplomatique, il eut plusieurs conversations avec l'ambassadeur d'Angleterre, sir Hamilton Seymour. Il désavoua les réves de l'impératrice Catherine ; il ne voulait pas agrandir le territoire, déjà trop vaste, de la Russie.— « Mais dans cet empire turc, dont je ne veux, disait-il ni la conquête ni la destruction, il y a plusieurs millions de chrétiens. Mon devoir est de les protéger. Je ne saurais perdre de vue cette obligation . la Turquie est tombée dans un tel état de décrépitude, que le malade, malgré nos

soins et nos ménagements, peut mourir subitement et nous rester sur les bras; nous ne pourrions pas ressusciter le mort. Si nous ne sommes pas préparés à cet événement , nous serons exposés au chaos et à une guerre européenne. Il faut donc convenir d'avance d'un projet. Je vous parle en ami et eu geutleman. Si nous arrivons à nous entendre sur cette affaire , l'Angleterre et moi, le reste ne m'importe guère; je tiens pour indifférent ce (pie fout et pensent les

autres Si l'Angleterre songe à s'établir à Cons-

tantinople, je ne le permettrai point. De mon coté je m'engage à ne pas l'occuper : du moins comme propriétaire. Comme dépositaire , je ne dis pas. »

Lord John Russell était alors ministre. Il répondit à sir Ilamilton qu'il y avait lieu, non pas à partager la succession du malade, mais à tacher de le faire vivre. L'empereur persista a dire que la catastrophe était imminente, et il annonça d'avance qu il n'accorderait jamais que Constantinople fût occupa par les Français ni les Anglais. — « Je ne permettrai point la reconstruction d'un empire byzantin , moins encore le partage de la Turquie en petites républiques , asiles ouverts aux Mazrini et aux Kossuth. Plutôt que de me soumettre à aucune de ces éventualités , je ferais la guerre et je la continuerais tant qu'il me resterait un homme et un fusil. > — Il parla de la France, qu'il soupçonnait de vouloir profiter de l'occasion pour brouiller les grandes puissances , ajoutant qu'il avait déjà offert ses secours au sultan contre la France. Conformément à ses instructions , sir Ilamilton indiqua, dans toutes ces conversations, que son gouvernement ne se laisserait pas tenter par la part qu'on pourrait lui offrir dans la distribution du territoire turc. « Je ne demande pas un engagement, disait l'empereur; c'est un libre échange d'idées ; j'ai confiance dans le gouvernement anglais. »«

Le ministère anglais fut changé , et lord Clarendon insista plus encore que lord John Russell pour qu'on s'occupât non pas de partager l'Empire Ottoman , mais de le préserver de sa ruine. Une note russe déclara que l'empereur adoptait le même plan de conduite que l'Angleterre.

Cependant l'empereur avait envoyé une ambassade extraordinaire à Constantinople. Le prince Mentchikoff y arriva avec une suite nombreuse ; et tout aussitôt son langage impérieux , son attitude hautaine et impolie, contraire à tous les usages diplomatiques, témoignèrent du caractère que l'empereur de Russie avait voulu donner à cette mission. Cependant la France et l'Angleterre vinrent en aille an sultan ; les ambassadeurs , qui étaient en congé, se hâtèrent de revenir à Constantinople; les escadres s approchèrent. Le prince Mentchikoff ne parla d'abord que «le la question des lieux saints , qui fut réglée à la satisfaction de la France, mais | sans priver les Grecs des garanties qu'ils avaient

obtenues. Puis il adressa un ultimatum, par lequel il demandait que le divan s'engageât à maintenir intacts et à perpétuité les immunité» doul jouissait l'Église orientale dans tout l'Empire Ottoman. C'était, en d'autres termes, accorder a l'empereur de Russie le protectorat de toutes les populations qui professaient la religion grecque, et qui deviendraient sujettes de l'empereur de Russie. Ces propositions furent repoussées par le divan. Le prince Mentcliikoff , selon sa menace, déclara que toute relation était rompue entre l'empereur de Russie et la Porte Ottomane, et il quitta Constantinople. Les cabinets de Paris et de Londres, voyant que cette rupture allait amener lu guerre, promirent au divan I appui des deux puissances.

L'empereur Nicolas ne voulut pas désavouer son ambassadeur ni subir docilement le refus du divan. Une note fut adressée pour inviter le gouvernement ottoman à souscrire, sans réserve aucune, aux propositions du prince Mentcliikoff, sinon l'empereur se verrait obligé de faire occuper par ses troupes les principautés danubiennes, et de les y maintenir jusqu'à ce que la Porte Ottomane fit droit à ses demandes. La réponse fut négative, et le 3 juillet 1853 l'armée russe entra en Moldavie.

Les alliés de la Porte Ottomane engagèrent le divan à ne point commencer la guerre et à confier ses intérêts aux deux puissances, qui espéraient encore réussir par voie de négociation.

Cette modération acheva de persuader à l'empereur Nicolas qu'on ne lui ferait pas la guerre et qu'il était maître de soumettre la Turquie a ses volontés. Les représentants de l'Autriche et de la Prusse, réunis à Vienne, proposèrent il 'a bord un projet, qui, sans confirmer les refus du divan , ne satisfaisait pas les exigences de la Russie. Celte transaction fut d'abord consentie par la France et l'Angleterre : on espéra que la guerre pourrait être évitée; mais le divan répondit que les modifications apportées aux injonctions de la Russie étaient vaines et insuffisantes. Oe son coté le cabinet de Pétersbourg persistait dans les conditions que le prince Meutdiikoff avait signifiées au divan. En conséquence l'armée ottomane reçut l'ordre de se porter en avant. A la fin d octobre la guerre était commencée ; c'était malgré les conseils de ses servi* teurs les plus dévoués que l'empereur se refusait k toute transaction. 11 n'avait pas cru que la Turquie osât lui déclarer la guerre. Après une entrevue avec l'empereur d'Autriche, il consentit à quelques modifications ; mais les cabinets de Paris et de Londres se refusèrent à ces arrangements. Il était trop tard ; les deux puissances étaient engagées avec la Porte Ottomane.

Eu occupant les principautés, l'empereur Nico las n'avait pas cru commencer une guerre. Dans sa pensée cette invasion ne devait être qu'une menace ; et quand les armées se rencontrèrent , les Turcs se trouvaient plus en force

que les Russes. Mais dès le commencement des hostilités l'escadre russe sortie de Sébastopol surprit une division de la Botte turque, qui n'etaft nullement préparée à cette attaque et I écrasa do feu de ses batteries; car les bâtiments turcs n'étaient pas armés en guerre. Cette agression détermina l'entrée des escadres française et anglaise dans la mer Noire. Ces deux puissances déclarèrent la guerre à la Russie. C'était le plus grave mécompte de l'empereur Nicolas; il n'avait jamais prévu que la France et l'Angleterre pourraient s'allier contre lui. Six mois après, l'Autriche stipulait une coopération ar-» mé/e avec la Turquie, pour l'affranchissement des principautés occupées par l'armée russe.

Aussitôt que la guerre fut déclarée, une année française de cinquante mille hommes avait débarqué à Gallipoli; puis elle s'était établie à Varna, avant de passer en Crimée pour assiéger Sébastopol. Ses opérations étaient combinées avec une armée anglaise de vingt -cinq mille hommes. Les Autrichiens occupaient les principautés et l'armée turque non-seulement résistait aux troupes russes, mais obtenait de glorieux succès.

Cette guerre, qu'avait suscitée l'orgueilleux aveuglement de l'empereur Nicolas , ne fui donna pas nn jour de satisfaction ni d'espérance. Il n'avait rien prévu ; son armée n'était pas prête; les grandes distances qu'elle avait à parcourir, le désordre et l'improbrté de l'administration militaire augmentaient les chances de succès des années alliées, composées de troupes d'élite commandées par d'habiles généraux et de vaillants officiers. L'empereur Nicolas n'avait pas eu la pensée de prendre le commandement de son armée, ou de s'établir à une moindre distance du théâtre de la guerre. Cependant il envoyait parfois des ordres qu'il était difficile et dangereux d'exécuter. Après le débarquement des Français et des Anglais en Crimée , après la bataille de l'Aima, la résistance de Sébastopol lui rendit que Iqur espoir. Il avait envoyé deux de ses fils à l'année; sachant d'avance l'attaque d'Inkerroan, il comptait sur le succès. Pendant plusieurs heures on put croire que l'armée anglaise serait écrase* par l'immense supériorité du nombre. La bataille semblait gagnée, lorsqu'une division française , commandée par le général Bosquet, vint au secours des Anglais : cette journée, où les Russes se tenaient pour assurés de la victoire, fut ose complète et terrible défaite.

La déplorable nouvelle de la bataille do 5 novembre 185i arriva à l'empereur lorsqu'il était déjà depuis plusieurs mois en mauvais état de sanlé. Il avait senti s'aggraver de jour en jour le mal qui le minait; mais il ne cessait pas m seul instant de s'occuper du soin de son armée, de la renforcer et de ne la laisser manquer ni de munitions ni de vivres. Les tristes nouvelles qu'il recevait, et surtout le fatal mécompte dlnkerman lalïligèreut sensiblement,

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