‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 35 sur 206 · NAI · texte numérisé non relu

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sens à peu près du libre arbitre : « Libre arbitre, ?ans lequel les prêtres ne pourraient pas nous damner, et à l'aide duquel nous jouissons, par-dessus les autres animaux et les plantes, du pouvoir de nous perdre nous-mêmes. » On s'attend bien que les vertus chrétiennes ne seront pas plus révérencieusement traitées. S'agit-il, par exemple, de la charité? « C'est (dit Naigeon ) la plus importante des vertus , qui consiste à aimer par-dessus tontes choses un Dieu que nous ne connaissons guère , ou ses prêtres, que nous connaissons très-bien; de plus, elle veut que nous aimions notre prochain comme nous-même, pourvu néanmoins qu'il aime Dieu et ses prêtres et qu'il en soit aimé ; sans cela , il est convenable de le tuer par charité. » Quant au prochain, envers qui le devoir de la charité doit s'exercer, voici ce qu'en dit Naigeon : « Un bon chrétien doit aimer son prochain comme lui-même. Or, un bon chrétien doit se haïr soimême. D'où il suit qu'un bon chrétien doit faire enrager son prochain pour gagner à frais communs le paradis. » Ces extraits donnent une idée de la manière aussi légère qu'inconvenante dont Naigeon parle des plus aimables vertus et des croyances tout à la fois les plus respectables et les plus nécessaires à l'homme. Quand vint la révolution française, Naigeon, qui apparemment regardait la croyance en Dieu comme l'un des abus de l'ancien régime, s'imagina qu'elle allait disparaître avec les parchemins nobiliaires, avec les privilèges féodaux, avec la dîme cléricale ; et pour hâter cet heureux moment, il fit une adresse à l'Assemblée nationale, dans laquelle était traitée celte question : « Doit-on parler de Dieu, et en général d'une reliRi'on, dans une déclaration des droits de l'homme? » Mais, nonobstant l'adresse de Naigeon , l'Assemblée écrivit en toutes lettres le nom «le Dieu dans sa déclaration des droits de l'homme, et l'un de ses organes les plus accrédités , celui de tous en qui s'est personnifié le plus fidèlement l'esprit de 89, Mirabeau, vint prononcer à la tribune ces belles paroles, que «• Dieu est aussi nécessaire à l'homme que la liberté ». Quelques années plus tard, la Convention elle-même, sur la proposition de Robespierre, qui avait accusé l'athéisme d'être aristocratique, proclamait que le peuple français reconnaissait l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme; ce qui arrachait à Naigeon cette exclamation : « Ce monstre de Robespierre! « Ayant perdu sa cause, ou , ce qui est la même chose , la cause de l'athéisme devant la Constituante et devant fa Convention, Naigeon, qui ne pouvait comprendre qu'une révolution se fût faite sans supprimer Dieu , essaya de prendre sa revanche dans ses livres. Chargé de la parlie philosophique dans l' Encyclopédie méthodique, il y prêcha le fatalisme, le matérialisme, l'athéisme, notamment dans les articles consacrés à Collins , à Campanella, à Vanini, et à ce bon curé Mcslier, dont Voltaire avait si complaisammeut

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proné et commenté le testament. Et cependant, qui le croirait? l'homme qui avait passé toute sa vie à écrire sous toutes les formes qu'il n'y a pas de Dieu , et à faire de l'impiété pour son propre compte après en avoir fait si longtemps pour le compte de son trop célèbre patron , le baron d'Holbach, trouva mauvais, à un certain jour, que Sylvain Maréchal et Lalande lui eussent donné place dans leur Dictionnaire des Athées. Il est vrai qu'à cette époque ( on était alors en 1804) Naigeon voulait devenir membre du Corps législatif, et le titre d'athée était une assez pauvre recommandation pour y parvenir. A défaut du Corps législatif, Naigeon devint membre de l'Institut national, section de morale de la classe des sciences morales et politiques. Le rôle qu'il y joua fut entièrement passif. Naigeon mourut à l'âge de soixante-douze ans, « laissant ( dit un historien moderne de la philosophie) (1), comme philosophe, la réputation que l'on sait, mais en même temps, comme homme, des souvenirs de probité, de droiture, de franchise, non sans grande rudesse, de simplicité de mœurs, de goûts sérieux et studieux, dont il faut lui tenir compte, afin de décharger sa mémoire, au moins pour une part, de la fâcheuse célébrité qui pèse, pour une autre part, sur elle. » Ses dernières années avaient été tristes et sombres. Il voyait successivement se relever en France tout ce qu'il avait combattu autrefois. Avec l'âge étaient venues la solitude, la maladie, et sinon le dénûment, au moins la gêne, qui le força à se séparer de sa belle et riche bibliothèque, formée par lui avec tant d'amour et de soin.

Kn ce qui concerne les écrits de Naigeon , il convient d'abord d'écarter ceux qui lui ont à I tort été attribués, tels que l'article Ame dans Y Encyclopédie, et les paroles de l'opéra intitulé Les Chemins, représenté aux Italiens en 1751 (2). Il faut également écarter de la liste des ouvrages de Naigeon V Examen critique, où sont invoqués le spiritualisme et le déisme des païens , et qui parait devoir être attribué a Fréret. Ces éliminations faites, on peut diviser en trois catégories les publications de Naigeon, à savoir : ses œuvres originales, ses traductions, enfin les éditions qu'il a données des ouvrages d'autres écrivains. Dans la première catégorie se rangent les ouvrages suivants : Le Militaire philosophe, in- 12 (Londres et Amsterdam), publié sous le pseudonyme du colonel Saint- Hyacinthe. Il est possible que Naigeon n'ait pas composé seul la totalité de cet ouvrage, et il parait à peu près certain que le dernier chapitre a été écrit par d'Hol-

(l) M- Oamlron.

(»i \rs biographe* qui Inl attribuent ce dernier onrragc ne font pa« alteiiilon qne Nalgton, né en 17*8, aurait compote les p >rolc» de cet opéra a l'a«e de trelxr an*. Quant a l'article Ame de fF.Heychpfdie , Il est de l'abbe Yvon, Itrencx* en. Sorbonne. «'.et artlclr. trop spiritualité pour pouvoir être de Naigeon , iVtalt peut être bien peu pour iMrc sorti de la plume d'un ahbe. Mais nor.* somme» ici au rtli-huillcmc siècle, et l'on anlt qu« les abbés de celte époque étalent awex auJeU a caution.

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