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qui l'accompagnait: c'était son meilleur argu- ! ment du Corps législatif à trois mois; 5° la créa-
mcnt. Toutefois, il finit comme il avait débuté, assez malencontreusement, par un de ces mots qui visent au sublime et passent tout à coté : • Que l'on songe, dit-il, que je marche accompagné du dieu «le la fortune et ilu dieu de la guerre! » En somme, l'allocution aux Anciens était manquée. Avait elle fait peur, au moins? C'était douteux.
Bonaparte passa dans l'Orangerie avec son escorte, de grenadiers, qui ne le quittait plus. Mais la, à peine eut-on vu apparaître à la porte le général et ses baïonnettes , qu'on ne poussa qu'un cri : « Des armes dans le temple des lois ! «• On parlait ainsi dans ce temps. Tout aussitôt le
tion, par chaque Conseil , île deux commissions temporaires , chacune de vingt-cinq membres, chargées de réviser la constitution et de faire avec les consuls les lois et décrets nécessaires à la république; 0" la déclaration que Bonaparte, le* généraux et les troupes avaient bien mérité de la pairie.
Le 18 brumaire était accompli. Bonaparte tenait enfin le gouvernement de la France. La nation l'apprit avec l'explosion d'une immense
joie.
.'{1 . Le lendemain les consuls provisoires s'installaient au Luxembourg. « Qui présidera ? dit Sieyès. — Ne voyez-vous pas que c'est le géné-
géuéral fut entouré d'un groupe de furieux qui ral ? répondit Roger-Ducos. » On discuta, on
le menaçaient et l'injuriaient. Lefebvre, eraignant pour la vie de Bonaparte, accourut avec les grenadiers, le dégagea et l'enleva hors de la salle. L'assemblée ne s'en tint pas à celte démonstration; elle accueillit avec transport la proposition qui fut faite démettre Bonaparte et ses adhérents hors la loi : c'était un arrêt de mort; d'autres mesures se proposaient en même temps : le retour du corps législatif à Paris, l'appel du général Bernadette, ennemi du général Bonaparte et ca-
toucha a tous les sujets. Bonaparte , sans beaucoup parler, posait les questions et cooeluait. Lo .soir, Sieyès dit aux personnes qui se réunissaient chez lui : « Messieurs, nous avons un maître: il sait tout , il peut tout , il veut tout. »
Bonaparte n'attendit pas que le nouveau gouvernement NU régulièrement institué pour faire face aux grandes difficultés de la situation. Pa- ■ cilîer les esprits, concilier les partis, n'en laisser subsister qu'un, celui du gouvernement, sur-
veiller les ressources et l'activité, prendre connaissance exacte de l'état de désordre dans lequel étaient tombées toutes les branches de l'administrai ion, définir et arrêter les bases de ta nouvelle organisation de la France, signifier à l'Europe, toujours coalisée, qu'elle avait désormais à faire à un pays désireux de la paix, mais en possession de toutes ses forces , ce furent là les buts divers simultanément poursuivis dès le lendemain du 18 brumaire. Une loi rendait res«
pahle de diviser l'armée, etc. Ces proposi lions | voir à la pénurie extrême du trésor public, réallaient évidemment être adoptées, lorsque Lucien, pour rendre te vote impossible, jeta sur la tribune les insignes de sa dignité, quitta son fauteuil, et laissa l'assemblée sans président. Au dehors, Lucien rencontra son frère au milieu des troupes, qui lui faisaient des protestations de dévouement. « Ils veulent le mettre hors la loi ! m'ait Lucien! — Mettez-les hors de la salle », répliquait tout bas Sieyès. B n'y avait pas un instant à perdre. Les troupes furent haranguées par
Lucien , et appelées par lui au secours de la re- j ponsables des mouvements des émigrés à Texte.
I rieur leurs parents restés en France : cette loi fut ' rapportée, et Bonaparte se rendit au Temple pour délivrer lui-même les prisonniers détenus en vertu de cette loi, dite des otages. Des prêtres avaient été déportés à la Guyane, d'autres se trouvaient encore à l'Ile de Ré, ou s'étaient réfugiés à l'étranger; il y avait aussi les déportés du coup d'Ét.it du 18 fructidor : il fut publié que tous ces proscrits de la révolution étaient libres et qu'ils pouvaient rentrer dans leur patria. Dci émigrés jetés par un naufrage sur la côte de
présentation nationale, qu'opprimait, disait-il, une minorité factieuse armée de poignards. Une colonne de grenadiers, commandée par Murât, entra dans la salle. Les députés voulurent parlementer. Un roulement de tambours étouffa leurs cris. Les grenadiers s'avancèrent, baïonnette en canne, au pas de charge, dans toute la largeur de la salle, refoulant les députés vers les fenêtres, qui a l'Orangerie de Saint-Cloud étaient peu élevées an-dessus du sol. Les députés gagnèrent la campagne, laissant ch et là leurs toques , leurs manteaux,
leurs écharpes et tout le bizarre costume officiel [ Calais étaient détenus en prison, et I on s'intéqu'ils avaient par-dessus leurs habits de ville. ! rossait beaucoup à leur sort : Bonaparte dit qu'il Des membres du Corps législatif, qui étaient \ ne voulait fias être plus implacable que la tem- Jans la conspiration ou qui se soumirent à l'évé- pête, et il les déclara libres, aux applaudissc-
nement, membres peu nombreux dans le Conseil i nient» de la France. Pie VI, enlevé de Rome par
des cinq cents, plus nombreux dans celui des anciens, on composa un simulacre de nouveau corps législatif, lequel décréta, le 10 novembre f 19 brumaire) a dix heures du soir: t°lasuppresmou du Directoire ; V IVxpulsionde soixante membre* du Corps législatif; 3° la création d'un gouvernement provisoire, composé de trois consuls, Sieyès. Rogw-Ducos et Bonaparte; 4° l'ajourne-
le Directoire, était venu s'éteindre à Valence, où ses restes demeuraient depuis six mois sans sépulture : Bonaparte les fit inhumer avec les honneurs dus au rang souverain (30 décembre). En même temps, il abrogea les lois qui privaient les nobles et les parents des émigré* des droits politiques et les excluaient des fonctions publiques; il raya de la liste des émigrés les révolu-
■NAPOLÊOH Ier
lionnaîre*, comme La Fayette, qui avaient appartenu aux anciennes assemblées, et il accorda une pension a Ja veuve de Bailly. Mais dès le premier jour un arrête du nouveau gouvernement avait condamné à la prison, à l'exil, cinquante-six citoyens signalés pour leurs ardeurs démocratiques. On remarqua le contraste de cette rigueur contre les révolutionnaires à côté de la clémence dont on usait envers le» hommes d'un antre parti, et l'on y vit une tendance de réaction vers l'ancien régime. On se trompait. C'était la révolution qui triomphait; sévère pour les intempérances des siens , elle se montrait pleine de mansuétude pour ceux dont elle allait consommer la défaite, et qu'elle entendait désarmer par son apparente douceur. Bonaparte ne trouva dans le trésor, pour tout numéraire, qu'une somme de 177,000 francs. Les armées étaient sans solde, les fonctionnaires sans trailement ; depuis dix mois les employés des mmi stères n'avaient rien reçu. On avait aboli les contributions indirectes pour plaire aux villes ; les campagnes, sur qui pesaient les contributions directes, supportaient presque seules tout le fardeau des dépenses publiques. Mais la perception des contributions directes était arriérée au point que les rôles mêmes n'en élaient pas faits; les administrations locales, pour ne pas déplaire, imposaient mal , imposaient peu, et surtout elles ne pressaient pas les recouvrements. L'immense ressource des biens nationaux avait été gaspillée. Le crédit public n'existait plus ; il avait été détruit parles banqueroutes successives qui avaient signalé les finances de la révolution. Bonaparte, s'assistant d'un comptable de grande expérience qu'il avait découvert, Gaudin, apporta dans cette matière des finance* une habileté de combinaison qui suffirait à elle seule à constituer devant l'histoire la puissance de son génie. Il frappa d'abord les imagiuations en instituant la caisse d'amortissement et abolissant un emprunt forcé et progressif établi par le Directoire, signifiant par là que l'État avait des ressources, qu'il n'avait besoin de contraindre personne à lui en prêter et qu'il allait commencer à éteindre la dette publique. Mais du même coup il substituait à l'emprunt forcé aboli une taxe de 25 centimes par franc sur la contribution foncière: c'était une autre forme d'emprunt forcé, moins la promesse d'une restitution ; mai* l'opinion ne vit qoe l'abolition de l'odieuse mesure imaginée par une loi du 10 messidor. Bonaparte ne s'en tint pas là: pour faire les rôles des contributions directes, pour en activer la perception arriérée, il créa une agenre spéciale chargée de suppléer lesadministrations locales qui ne fonctionnaient pas; et comme il lui fallait de l'argent sans plus de retard, une autre institution vint mettre tout d'abord à sa disposition les revenus qui n'existaient pas encore, mais qui allaient être perçus : ce fut l'institution de* receveurs généraux, livrant des cautionnements et souscrivant des obligations im-
médiatement réalisables. La richesse de quelques particuliers vint ainsi en aide aux premiers besoins. Bonaparte demanda plus encore à la richesse privée : il convoqua les principaux capitalistes de Paris , et dans une de ces conversations auxquelles personne ne résistait, il les engagea à prendre confiance dans la situation, à faire preuve de civisme, de prévoyance, à se, réunir |>our offrir des facilités d'escompte, à relever le crédit commercial. La Banque de France sortit quelque* jours après de cette association. Le soin d'élaborer les nouvelles institutions politiques de la France avait été laissé à Sieyès, grand théoricien de mécanique constitutionnelle. Mais Bonaparte se reservait de surveiller celte oeuvre, et au besoin de la corriger au moment opportun. Une commission de jurisconsultes fut aussi chargée de préparer un projet de code civil. En attendant, Bonaparte semblait n'avoir d'attention que pour l'action même et l'exercice du gouvernement. Des officier* couraient aux armée», avec des instructions précises, pour tout voir, toùt constater, faire prendre patience : au ministère de la guerre il n'y avait pas d'états de situation, et les généraux n'écrivaient plus. D'autres messagers, dits délégué* des consuls, se rendaient, chargés de missions analogues, dans les départements ; là tout s'agitait confusément dans le désordre, le malaise : avant tout il fallait connaître l'étendue du mal et les ressources possibles. La nouvelle constitution, terminée en décembre 1799, fut proposée dès le 14 de ce moi* à l'acceptation du peuple français. Bonaparte avait hàle de changer et de faire confirmer l'origine de son pouvoir, surgi jusque-là d'une initiative nécessaire, mais sans droit. Dans cette constitution, Sieyès avait fait une position énorme pour un magistrat, doté de six millions de revenu, qui , sans diriger le gouvernement, devait le dominer ; cette position , toute civile, était telle qu'un autre que le général Bonaparte pouvait seul l'occuper. Bonaparte comprit : il y avait là une ambition extrême à éconduire brusquement, pour éviter des dissensions, toujours dangereuses dans les circonstances incertaines encore et provisoires; c'est ce qu'il fit avec un mot d'une vulgarité terrible : « Qu'est-ce que cela? dit-il en parlant du grand électeur imaginé par Sieyès : l'ombre d'un roi, un roi fainéant , un cochon à l'engrais de quelques millions î » Sieyès, frappé dans son amour- propre d'auteur et dans son naïf orgueil de constituant, garda le silence, et rentra pour n'en plus sortir dans cette indifférence sceptiquequi avait été son attitude sou* le régime de la terreur. On le dédommagea avec une belle terre près de Paris et une bonne dotation : il aimait la richesse et le bien-être. La nouvelle constitution fut acceptée par 3,01 1,007 oui, contre 1,562 non. Jamais constitution révolutionnaire n'avait suscité un si grand nombre «le votant* et réuni une pareille majorité. La France acceptait le t8 brumaire, l'absolvait et le consacrait. Bona-
parte était premier consul pour dix ans, avec deux collègues qui n'avaient que voix consultatative, Cambacérès second consul, Lebrun troisième consul. La proclamation du vole d'acceptation par le peuple français et l'installation du nouveau gouvernement inaugurèrent le nouveau siècle. Le premier consul quitta le palais du Luxembourg, et alla s'établir aux Tuileries, le 19 février 1800. Sur un des murs de cette antique résidence royale on lisait encore : « Le 10 août le trône fut renversé ; il ne se relèvera jamais. »
OliCANISATION ET POL1TIQIF. ItSTKMF.inE.
3t. Caractères des nourrîtes institutions administrant** : centralisât Un, puissance, régularité. — 83. Garanties de liberté .- «ri»? lot civile certaine, une magistrature indépendante et inamovible. — 31. Maintien du divorce , tiuge donne à la révolution. — Zi. La révolution rcconctlire arec la catholicisme; te concordat. -58. Nécessite de l'hérédité dans la comtitutton du pouvoir; ïeu.vire. — 57. f.e sacre. — »R. Constitution nationale de rarme*.- Institutions auxiliaires de la monarchie et delà liberté; la Ixgion d'honneur, la nouvelle noblesse, la Banque, /*unirersitc. — 39. Lutte de napoléon cintre les préjuges de ses contemporains. Contradictions entre set maximes et ses procédés de gouvernement, lices dit temps. Conspirations. Police. Preste. Caractère moral de l empire.
Le nouveau gouvernement s'était dégagé des luttes et des crises de ce grand mouvement, devenu irrésistible, qut depuis dix ans agitait la France et l'Lurope; il en avait été le sauveur à la fin de l'année 1795; il devait en rester l'organe et le régulateur : c'était là sa loi, sa mission, sa raison d'être et sa spéciale légitimité. Mais en France et en Europe il y avait une autre puissance que celle de la révolution. Tout n'était pas abus dans l'ancienne société; on y trouvait l'ordre social, où s'était formée la civilisation moderne. Or la révolution ne s'était pas bornée à réagir contre des abus : elle avait fait la guerre à cet ordre social lui même ; religion , essence de la souveraineté, droit, propriété, famille, elle avait tout mis en question ; elle se disait la promotrice d'un nouveau mode de sociabilité bumaine. L'ancienne société, ainsi menacée et attaquée, se défendait et résistait. C'était là l'autre puissance qui se partageait la France et l'Lurope, et qui tenait en arrêt la révolution, au dedans par des conspirations incessantes, au dehors par des coalitions que rien ne semblait pouvoir épuiser. Il fallait mettre un terme à cet antagonisme qui rendait tout impossible. Les esprits extrêmes avaient proposé, les uns de supprimer la révolution , les autres de supprimer l'ancien régime. Les premiers avaient abouti à l'émigration, et faisaient cause commune avec les hostilités et les ambitions étrangères : leur triomphe ne pouvait plus être que l'humiliation et la destruction de la France. Les seconds avaient abouti à la terreur, et ih avaient succombé à l'excès et à l'horreur de leur
NAPOLÉON 1er 564 principe. Ce n'était pas là des solutions. Sous peine de mort pour la France , il en fallait une autre : c'était une transaction entre l'ancien régime et la révolution ; transaction, à la vérité, bien diflicile, car des deux côtés les tendances se montraient inconciliables, difficile surtout parce qu'au fond on y rencontrait , dans l'incompatibilité même des choses , la nécessité de tromper réciproquement chacun des deux partis opposés, et de faire sortir, en somme, de cette commune illusion, ou l'ancien régime réformé et transformé , ou la révolution désonnais régularisée et seule assurée d'uu triomphe définitif. Que Napoléon ait entrepris une transaction, c'est ce qui n'est point douteux; qu'il ait réussi à l'opérer, c'est ce qu'affirment ses apologistes; qu'il ait seulement fait avorter ta révolution, ou corrompu l'ancien régime, c'est ce que prétendent ses détracteurs. Mais ses détracteurs comme ses apologistes, lotit en admettant qu'un des deux principes a été plus particulièrement favorisé, ne s'accordent pas sur la détermination de celui des deux principes rivaux auquel la préférence aurait été accordée. Nous n'entrerons pa> à cet égard dans une discussion trop ardue, il y a plus, non encore susceptible d'être sûrement décidée; car aujourd'hui même, après soixante ans, on ne peut pas encore juger des virtualités de la politique instituée par Napoléon. Nous nous bornerons à laisser parler les faits.
On sera peut-être étonné, dans la partie qui va suivre, rie voir s'interrompre l'ordre chronologique des narrations. L'ordre chronologique nous eut obligé, à comprendre dans notre sujet toute l'histoire du consulat et de l'empire, et à laisser épars, dans le cours général des événements, les traits constitutifs de l'unique figure dont il nous appartienne de nous occuper ici.
32. On a dit de Napoléon qu'il a su seulement retrouver le despotisme administratif Ul que l'ancienne monarchie l'avait laissé en tombant. La centralisation était faite en France depuis longtemps. Les franchises de lieux et de classes n'opposaient plus que des barrières apparentes ou nominales à l'action directe, unique, de la royauté. Les états généraux étaient indéfiniment ajournés, les états provinciaux suspendus, les parlements soumis, toutes assemblée» délibérantes réduites au silence. La royauté n a- Tait plus que des conseils où tout se décidait en secret ; des agents à sa nomination régisM>f°l tout, n'ayant à répondre de leurs faits qu'envers les ministres de la royauté. TJn pouvoir qui absorbait en lui toute initiative et toute direction, la nation exclue de toute participation à son gouvernement, des agents irresponsables : ce fut là, dit on, tout le régime inventé par le consulat, avec cette aggravation qu'il y avait depuis J789 fie nouveaux principes, et que ces principes servirent seulement à masquer le despotisme installé à leur place : une déception de plus pour les esprits; le mensonge de U l'Ww
au-dessos de cette triste réalité de l'asservissement universel ! Mais pour mettre quelque équité en cette appréciation, d'ailleurs excessive, il importe, avant tout, de remarquer que le consulat fut une dictature évoquée par les vœux ardents, les lassitudes, les épouvantes, l'instinct do conservation d'une société près de périr. Plus de finances, plus d'administration; l'armée désorganisée; des troubles au dedans, drs défaites au dehors, et la présence d'une coalition européenne de plus en plus menaçante. Il n'y avait pas à délibérer. 11 était nécessaire d'improviser un gouvernement, et nécessaire de l'improviser de telle sorte qu'il n'y eût à son action ni délai ni obstacle. Le consulat n'hésita pas : cette arme
NAPOLÉON Ier