ÉON
Itère qui se déguisait mal sous une couronne. Une armée française qui campait dans le royaume de Naples sur la foi des traités mit à exécution au profit de Joseph , frère de Napoléon , le décret de dépossession «les Bourbons de Naples. La Sicile, grâce aux vaissaux anglais, échappa à cet envahissement, et la famille royale proscrite y trouva un refuge.
L'Italie ainsi enlevée à elle-même se trouva complètement associée aux destinées du nouvel empire français ; mais elle n'eut à partager avec lui que des travaux, des périls et des sacritices. Une grande faute, d'ailleurs, dont les événements étaient seuls coupables, pesait sur elle tout particulièrement.
Malte est une de ces positions dont l'extrême importance exige qu'elles soient neutralisées ou du moins qu'elles n'appartiennent pas à une puissance entreprenante et forte. Celte position avait appartenu à Naples sans danger pour la liberté tle la Méditerranée; un hasard avait même mieux arrangé les choses : elle était devenue le siège d'un ordre militaire et religieux qui se bornait à faire la police de la mer contre les Barbaresques. Napoléon , en se rendant en Egypte, avaiterti pouvoir déposséder l'ordre de Saint-Jeande-Jérasalem et s'emparer de l'Ile de Malte |>our la France, sans trop prévoir qu'il n'aurait peutêtre pas la force de se maintenir dans cette occupation. Un seul désastre dans la rade d'Ahoukir suffit à détruire la manne du général en chef de l'armée d'Egypte. L'Angleterre, épouvantée d'une conquête qui pouvait on jour annuler Gibraltar et lui fermer la Méditerranée, s'était empressée de reprendre pour son compte Malte et ses dépendances. Depuis, nonobstant les stipulations les plus formelles, elle ne voulut plus se dessaisir de cette position ; ce fut même là principalement la cause de la rupture de la paix d'Amiens et celle aussi de l'occupation par la France du royaume des Deux-fiiciles. Les excès s'appelaient dans cette politique a outrance. Ma<s en attendant, l'Angleterre tenait en interdit tout le commerce tle l'Italie le long de ses côtes depuis Sarone jusqu'à Venise , et , sans rien craindre du haut de ses vaisseaux, elle jetait ses intrigues, ses fanx avis, ses promesses, ses provocations aux souffrances, aux irritations, aux secrètes révoltes qui tourmentaient la Péninsule.
L'impuissance où se trouvait l'empire français de protéger ses alliés sur les mers mettait à une plus rude épreuve encore la fidélité du Portugal et de l'Espagne. Ces deux pays ne pouvaient pas se passer d'une communication continue et sure avec leurs importantes colonies ; ils en tiraient leurs principaux éléments de richesse; leur marine, leur production continentale, leurs échanges, la fortune de leurs grandes familles et l'aisance de leurs populations , tout dépendait |M>ur eux de la liberté des mers : et celte liberté, l'Angleterre l'interceptait pour les alliés de la France et même pour les neutres, afin de sou-
NAPOLÉON Ier
lever le monde entier contre ce qu'elle appelait ; l'Angleterre (1). Mais celle victoire contre la
déjà l'ambition et la pre*potence d'un seul homme. De plus, le Portugal depuis la fin du siècle dernier était dans les liens de la politique anglaise. L'Espagne, moins engagée, ressentait plus vivement l'humiliation que lui infligeait le mallieur des temps, en l'obligeant à rester l'alliée de l'homme que la révolution avait mis en France à la place des Bourbons. La noblesse «les deux pays, quand elle avait des velléités d'ambition , songeait à la constitution aristocratique de l'Angleterre. En Portugal et surtout en Espagne la royauté était tombée en une sorte d'adoration d'elle-même ; pleine de superstitions et d'orgueil, indolenle, impuissante, elle n'était roue [que par des passions étrangères à la politique et par les intrigues des favoris qui se disputaient sous elle, non le pouvoir de gouverner, mais les richesses et les honneurs attachés au pouvoir. Des alliances pareilles avaient besoin d'être traitées avec d'extrêmes ménagements; il y fallait delà violence et de l'indulgence comme en veut la faiblesse , en même temps les déférences et les respects que réclame l'orgueil. Cet art des ménagements était d'autant plus ngeessaire qu'il ne s'agissait pas seulement de gagner quelques hommes, corrompus et vains, en possession d'une inutile puissance : par delà ces maisons souveraines, si infirmes et si indécises, il y avait, pour les soutenir, une force d'une incalculable profondeur; c'était d'admirables populations, patientes et superbes, ne reconnaissant qu'à Dieu et à elles-mêmes le droit de corriger leurs maîtres, pouvant oublier leurs intérêts, mais non leur dignité, et conservant toujours dans l'état d'abaissement politique où les avaient réduites les défaillances de leurs princes l'attitude, le caractère et l'humeur des grandes dominations qu'elles avaient exercées.
Napoléon , sans nul doute, vit toutes ces difficultés ; mais en son génie il y avait encore plus de volonté que de raison, et il eut le malheur de croire que toutes ces difficultés il devait les surmonter de haute lutte. Il se mit donc à l'œuvre, et demanda au Portugal et à l'Espagne, au lieu d'une parfaite neutralité, une active coopération dans les conflits de la France contre l'Angleterre. Or, dans l'état des choses, la neutralité était possible, la coopération ne l'était pas. Toutefois, Napoléon traita les maisons de Portugal et d'Espagne avec tant d'instance passionnée qu'il fut près de réussir ; l'Espagne élait entraînée (l ) ; le Portugal se montrait mieux qu'incertain entre la France et
|l| En annonçant an Corp» législatif et an Trlbnnat la conclusion de la paix de Lunévllle, do » février IS01, le premier consul dan» ton routage louait beaucoup la constance de l'amitié de l'R«pagne enter* la France ; c'est en récompense de cette Odélilc qoe Ut Toacane était érigée en royaume et donnée au fil» du duc de Parme. En mat 1801 l'Espagne taisait pour le compte de la France une expédition contre le Portugal; lor* de la coalition de 180J , elle prenait ouvertement parti pour la France.
force des choses ne pouvait durer. Sentant des défaillances, de secrètes trahisons et beaucoup trop de réserves sous les promesses et les adhésions qui lui étaient faites , Napoléon perdit patience et se résolut à prendre lui-même, par des lieutenants, la direelion des deux gouvernements d'Espagne et de Portugal. Ces deux pays depuis les premiers temps de l'histoire moderne n'avaient pas subi de conquête. Pour les réduire , la violence et la ruse n'étaient pas de trop. La ruse fut d'abord employée, et malheureusement avec des procédés inusités dans les annales de la politique française.
Le 12 août 1807, Napoléon ,' d'accord avec l'Espagne, signifia au Portugal d'avoir à se déclarer contre l'Angleterre. Le prince régent répondit, le 21 septembre, qu'il se soumettait, mettant à son obéissance une seule condition , c'est qu'il n'arrêterait pas , comme on le lui commandait, les Anglais venus et demeurant en Portugal sur la foi de son amitié. Cette simple réserve qu'exigeait la loyauté devint le prétexte d'une expédition concertée d'avance avec le projet de partager le Portugal (2). Un corps de 20,000 hommes partit de Bayonne, sous la conduite de Junot, pour envahir ce pays. L'Europe avait appris par une proclamât on adressée à la grande armée qu'il n'y avait plus de Bourbons sur le trône de Naples ; elle apprit par un petit article sans signature inséré dans Le Moniteur que la maison de Bragance cessait de régner a Lisbonne. Junot arriva devant cette ville a la fin de novembre 1807. Troisjours auparavant le prince régent avait lu le numéro du journal qui portait son arrêt de déchéance (3) ; à l'approche des troupes qui venaient mettre cet arrêt a exécution, il n'avait pas même songé à lutter; il s'était embarqué avec la famille royale et sa suite sur dos navires qui étaient dans le Tage et qui em porto Le Portugal, contraint par PEspagne, avait accordé dés t>01 que ses port» seraient fermés aux Anglais, traité du 6 juin 1801; le premier consul ne voulut pa« ratillrr ce traité, bien qu'il eut été signé par son frère Lucien de la part de la France; le Portugal, envahi par nne armé* française, signa, le » neplruibre flot, un autre traité, qui accordait de nouveau a la France la fermeture de» port» portugais aux Anglais, plus la ces&lou d'une partie de la Guyane portugaise, et, par un article secret, le payement d'une Indemnité de M millions. En 1803. le Portugal, par un traite signé le 30 novembre de celle année, s'obligeait enver* l'Kspagne et la France a se tenir neutre entre ces deux Etats et la Grande-Bretagne.
(t) Traite secret signé à Fontainebleau entre l'F.*pagne et la France, le i" octobre ii«7, stipulant qo'll *er.,|t fuit du Portugal trois paris : une pour Indemniser le roi d'B trurle de la perte de son royaume en Italie; une autre pour récompenser les services de Godoy; la troisième devait re»ter en dépôt entre les mains de la France pour en être dt<po«é suivant des combinaisons qu'il conviendrait de faire au moment de la paix générale. Le traité contenait d'autres stipulations.
(3) L'article du Moniteur était ainsi conçu : « Le prince régent de Portugal perd »on trône ; Il le perd Influencé par les Intrigues des Anglal» qui sont a Lisbonne. La chute de la maUon de Bragance restera une nouvelle preuve que la perte de quiconque s'attache aux Anglais est inévitable. » Moniteur, 1807, n» 317.
tèrent vers le Brésil la maison de Bragance.
La chute des Bourbons de Madrid ne (arda pas à suivre. Napoléon avait exigé de l'Espagne qu'elle lui cédât la Louisiane, qu'elle ne se prévalût pas des conditions auxquelles cette cession avait été faite; qu'elle acquiesçât a l'abandon de La Trinité aux Anglais lors de la paix d'Amiens; qu'elle lui payât un tribut annuel de 50 millions ; qu'elle joignit sa marine à la marine française contre l'Angleterre; qu'elle subit le désastre de Trafalgar sans réclamer de dédommagements; qu'elle supportât sans protestation la déchéance des Bourbons de Naples, la perte de ses droite éventuels sur le trône des Deux-Sicile* ; enfin qnVJIe ne reculât devant aucune des bontés de sa coopération à la politique de la France contre le Portugal. Napoléen ne s'en tint pas là; il voulut encore punir l'Espagne de ce qu'elle ne faisait pas tons ces sacrifices avec assez de patience. Pendant la guerre de Prusse, dans l'automne de 1800, elle avait fait mine de s'allier aux ennemis de la France : il exigea d'elle qu'elle enverrait une armée dans la Baltique contre ceux avec qui die avait eu la velléité de se coaliser, qu'elle tiendrait une flotte à Toulon et qu'elle adhérerait au blocus continental. L'Espagne perdait du coup toutes ses colonies à la fois; elle obéit. Cette extrême docilité ne fléchit pas le conquérant qui avait arrêté d'assujettir à une dynastie française l'Espagne comme le Portugal, comme l'Italie. Il y avait à la cour de Madrid deux partis : l'un, celui do roi Charles IV, mené par le favori de sa femme, cédant tout à la France ; l'autre, celui de l'héritier présomptif, le prince des Asturies, Ferdinand, assisté de quelques amis qui souffraient des humiliations du trône et du pays espagnol, et qui eussent voulu pour le moins la chute du favori. Les intrigues de ces deux partis étaient sorties des mystères du palais, et agitaient au dehors le peuple. La récente expédition française contre le Portugal devint l'occasion et le moyen d'un événement décisif. Murât entra en Espagne, en janvier 1808, avec une armée de près de cent mille hommes, destinée, disait-on, à renforcer Junot en Portugal contre les Anglais. L'importance de cette armée dépassant le chiffre convenu ; sa marche, qui ne la rapprochait pas du but annoncé ; ses premières opérations : elle s'emparait des places espagnoles ; tout excita les soupçons, les alarmes. Il y eut une timide demande d'explications; on n'obtint paR de réponse. Des révélations se produisirent. La cour, épouvantée, forma le projet de s'enfuir en Amérique. Le peuple s'y opposa ; il y eut une émeute. Charles IV abdiqua en faveur de son fils Ferdinand, le 19 mars 1808. Murât entra à Madrid quatre ' jours après. Il était nécessaire de prolonger les ' dissensions de la famille royale pour que la ' royauté restât sans représentant certain et le gouvernement sans direction. Murât se com- j porta en conséquence. Charles IV, qui se ! croyait soutenu depuis l'arrivée de Murât, ré- i
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tracta son abdication et réclama contre elle, pendant que. Ferdinand, de son côté, faisait des protestations d'attachement à la France. Napoléon se rendit à Bayonnc, le 14 avril 1808. Là se termina la tragi-comédie commencée à Madrid. La famille royale vint auprès de Napoléon pour y trouver un juge, un conciliateur de ses différends; elle y trouva un commun arrêt de déchéance et de captivité. Après des scènes ignobles, où toute majesté souveraine fut abaissée et dont la dignité même de l'empereur eut à souffrir, Charles IV et Ferdinand remirent tous les deux à Napoléon , du 5 au 10 mai 1808 , leur renonciation au trône d'Espagne, et gagnèrent l'un et l'autre les lieux d'exil assignés à chacun d'eux en France. Le 6 juin 1808, Joseph était proclamé roi des Espagnes et des ludes avec une nouvelle constitution.
Les maisons royales, écartées, il restait les peuples, soulevés par l'outrage fait à leurs princes et à leur indépendance nationale.
Le Portugal et l'Espagne se hérissèrent de bandes insurgées, et s'ouvrirent aux armées de l'Angleterre. Napoléon, pour avoir l'effective coopération des deux pays, avait repoussé leur neutralité ; il eut leur hostililécombinécavec celle de son plus puissant ennemi. Alors commença une lutte où furent dévorées plusieurs des plus vaillantes années de l'empire; vétérans et nouvelles recrues, tout s'y abîma; et cette lutte, dont le signe avant- coureur fut le sinistre événement de Baylen (1), eut ses péripéties de plus en plus menaçantes sur une des frontières de la France. Elle ne se termina qu'en 1813, le 21 juin, à la bataille de Villoria, par la chute de la domination française en Espagne. Le Porttigal avait été perdu plus tôt, dès les premiers mois de 181 1, après trois grandes expéditions faites en vain pour le reprendre aux Anglais.
Un grave événement avait d'ailleurs achevé de compliquer et de mettre en péril tout le système de la politique de l'empire dans le midi de l'Europe.
Napoléon n'avait nullement pour les questions religieuses le scepticisme léger de ses contemporains, encore moins les antipathies de ces philosophes qu'il nommait avec dédain et colère des idéologues et des métaphysiciens. Il n'était pas contraire au catholicisme, en particulier; il adhérait à celte organisation du christianisme par toutes ses habitudes d'esprit, de sentiment et d'imagination; il admirait en elle la religion de l'autorité, du respect et de la discipline (2); par là sa raison lui donnait la préférence sur toutes les autres religions, et il tenait à lui assurer une domination à peu près exclusive. Mais en même
(1) Le** juillet ISO», le surlendemain de l'entrée de Joteph * Madrid.
;»)" Napoléon ne toyalt pin dan* U religion le mystère de l'Incarnation, mat» te mjmtèrcdc l'ordre social, u Parole! de l'empereur au conseil d'KIat en mal 1808. Thlbaudeau, Consulat et Empire, tome V, p. su
temps il avait de la souveraineté on concept | constamment ainsi (1). Cette menaçante profes-
qui ne lui permet lait pas de reconnaître en dehors d'elle une autorité qui n'en relevât pas. La souveraineté était une pour lui et ne pouvait *e partager ; or, par le fait, die se trouvait partagée , ear le pouvoir spirituel appartenait à l'Église, et non à l'État. Napoléon ne croyait pas pouvoir laisser en dehors de l'État cette haute prééminence de la domination spirituelle. Cliarlemagne avait résolu le problème de la coexistence de l'empire et dn sacerdoce par l'alliance et l'indépendance réciproque des deux pouvoirs. Telle avait été l'économie du vieux monde catholique. Napoléon en avait conçu une autre, et c'était la soumission du sacerdoce à l'empire. Pour cela il lui était avant tout nécessaire de supprimer ce qu'il restait encore des derniers vestiges de ce pouvoir temporel par lequel Tindépendance du sacerdoce se défendait depuis Charlemagne. Sa hardiesse était d'autant plus grande dans cette vo*e d'innovation qu'en descendant an fond de ses plus secrètes pensées il n'y trouvait que des intentions de respect et d'attachement, aucun appel de l'hérésie ou du schisme, rien de réellement contraire aux intérêts religieux. Il n'oubliait que l'intérêt de la liberté de l'esprit.
Nous n'avons pas à juger ici cette conception de la souveraineté ; plus orientale qu'européenne, elle destituait, il est vrai, le saint-siége de son pouvoir théocratique , mais pour introduire la théocratie dans l'État lui-même. Nous nous bornerons à remarquer que les conditions d'existence de la papauté et de l'Église ne pouvaient pas changer sans que les sociétés catholiques et latines ne tussent jetées dans une perturbation infinie. I.a papauté était comme l'âme de ces nations; pour elles la décomposition allait commencer.
Napoléon, en Italie, avait déjà détruit diverses institutions auxiliaires de la puissance ecclésiastique, des privilège;;, des couvents, des amas de possessions de main - morte , l'ordre de Malte, etc En Allemagne, il avait supprimé les principautés ecclésiastiques, où la puissance civile et religieuse se trouvait mêlée comme au saint-siége de Rome. Survinrent les négociations relatives au concordat, au sacre ; le travail d'agression s'arrêta , mais il reprit dès les premiers jours de 1806; en ce moment les triomphes d'Ulm, d'AusterliU, de Presbourg avaient produit dans l'esprit de Napoléon une exaltation où semblait s'effacer la notion des difficultés et des obstacles.
En janvier 1806, l'empereur écrivait de Munich, qu'il avait fait occuper Ancone (sans la permission du pape ) parce qu'il était le protecteur du saint-siége; qu'il avait seul Cépée, comme ses prédécesseurs de la deuxième et de la troisième race, pour protéger l'Église et la mettre à l'abri d'être souillée par les grecs et les musulmans; ajoutant qu'il la protégerait
a un empire de Russie. Je fats pape mes intentions en peu de
sion d intentions protectrices accompagnait la demande laite au pape d'avoir à expulser de Rome le ministre de Russie et celui du roi de lyUe de Sardaigne (2), bientôt après, tous les sujets russes, sardes, anglais, suédois : « Je ne ton* cherai en rien à l'indépendance du saint-sié^... mais nos conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi dans le temporel les mêmes égards que je loi porte pour le spirituel... Votre Sainteté est souveraine de Rome; mais j'en suis l'empereur. Tous mes ennemis doivent être les siens... (3) ». Et cependant Napoléon n "entendait pas « que la cour de Rome se mêlât de politique ». « Dites bien », ajoutait-il en écrivant à ce sujet au cardinal Fesc.li, « que je suis Charlemagne, IVpée de l'Église, leur empereur; que je dois être traité de même; qu'ils ne doivent pas savoir s'il y connaître au mots. S'il n'y acquiesce pas , je le réduirai à la même condition qu'il était avant Charlemagne (4) ». 11 n'y avait rien d'étrange comme cette invocation répétée du nom de Charlemagne à l'appui d'une politique qui ne se prônait rien moins que de supprimer I «puvre de Charlemagne.
Après les manifestes alarmants, vinrent les actes d'hostilité. En mai 1806, toutes les cotes de l'État pontifical furent occupées par des troupes françaises. Après avoir ordonné cette occupation, Napoléon écrivit au prince Joseph, devenu roi de Naple* : « .. La cour de Rome se conduit assez mal ; au pis aller mon intention est de ganter Ancone et C-ivita-Vecchia; mais il est inutile de s'expliquer la dessus (5). » Cette idée de s'emparer des cotes de l'État pontifical faisait des progrés dans l'esprit de Napoléon : « Comme prince temporel, disait-il , le pape fait partie de fait de ma confédération, qu'il le veuille ou non. S'il fait des arrangements avec moi, je lui laisserai la souveraineté de les Étals actuels; s'il Ti'eu fait pas, je m'emparerai de lotîtes ses cMes... (6) ». Le pape résistant a se prêter aux arrangements demandés, Napoléou ajoute, quelques jours après : « Je m'emparerai de tontes sesc&tes, / comme je viens de le (aire, hormis que je ne les occupe que provisoirement, et que j'en prendrai possession définitivement (7) ».
Le pape consentait bien à fermer ses ports aux marchandises de tel ou tel peuple ; mais il
(1) Lettre an pape , Mtmleti, 7 Janvier ta».
(I Même dote, lettre au cardinal Feaeh.
(S) Lettre au pape, ParU. ta février laoc
(M Uttre au cardinal Fe»ch , l*arl«, 13 février tSot, — Napoléon écrivait encore au prince Joseph : « Je ne toai point que U cour de nome entretienne aucun mtal»tre de* puiauncei avec lesquelles je «al* en pue» re. le ne U bksrral jouir de »on Indépendance et de m souveraineté qu'a en condition»... w Uttre au prince Joseph. l*Mt», tt m*r* Itos.
(S) lettre au roi de ttaptea, Satnt-Cloud, « mai MO*. (6> Lettre à Talleyrand , mlntttre des relation» fleure». &tlnt-Cloud, idjoin iios.
p) Lettre à Talleyrand, Saknl-Cloud, t Juillet îfto*
NAPOLÉON Ier
entendait rester neutre* entre les amis et les en- Demis de l'Empire. 11 y avait d'ailleurs d'autres griefs : les relards que mettait le pape à instituer des évêques qu'il trouvait trop avant dans les projets de son impérial adversaire, un refus précèdent d'annuler le mariage contracté en Amérique* par le plus jeune frère de l'empereur, etc. La guerre éclata.
Les pays de Benéveat et de Ponte Corvo dépendaient de l'État pontifical : Napoléon s'en empara, en fit des fiefs et les donna, l'un à Talleyrandy l'autre à Bemadotte. Des troupes françaises ne cessaient pas de traverser les terres da sainl-père , faisant des réquisitions qui n'é- Uient pas toujours payées (t). Le cardinal Fesch avait été remplacé, à Rome, comme ministre de France, par un ancien conventionnel, Alquier, et celui-ci semblait avoir reçu la mission de susciter des querelles. Un parti hostile au gouvernement des prêtres se forma et s'agita. La cour de Rome voyait s'avancer le péril ; mais eJJe ne pouvait que protester et attendre son secours du temps. Elle s'efforçait , par sa patience, d'éviter une collision définitive. Enfin, en 1808, un de ces corps d'armée qui passaient et repassaient a travers l'Etat pontifical , Sri présenta à la frontière, la franchit, annoncé par de sourdes rumeurs, puis, au lieu de poursuivre sa route, comme d'habitude, vint droit à Rome et l'occupa militairement, le 2 février, sous la conduite du général Miollis. Le pape et les cardinaux furent traités en prisonniers de guerre, pendant un an.
Un décret impérial du 2 avril 1808 avait détaché de l'Etat ecclésiastique les provinces d'AncsVne, d'Urbin, de Macerala et de Camerino et les avait annexées au royaume d'Italie (2). Le 17 mai 1809, un décret daté de Schccnbrunn ad leva cette suppression de la puissance temporelle du saint-siége dont les États se trouvèrent réunis à l'Empire français.
Le 11 juin 1809, le pape lança contre Napoléon et ses adhérents pour la spoliation du domaine de l'Eglise une bulle d'excommunication.
Le 6 juillet, pendant que se livrait la bataille de Wagrain, un général de gendarmerie, Radet, enlevait nuitamment du Quirinal le pape et les cardinaux réputés les plus dangereux.
Il est affirmé par les historiens que Napoléon n'avait pas ordonné cet enlèvement. On cite de lui une lettre où se lisent ces mots : « Je suis fâché qu'on ait arrêté le pape : c'est une grande folie. Il fallait arrêter le cardinal Pacca et laisser le pape tranquille à Rome; mais enfin il n'y
(i) En 1R0S, d'après an bref comminatoire du lï mars
de celle année . il cuit dû au trésor romain . pour ces réquisitions . une tomme de pré* de cinq millions d'écus.
i*J 11 ét»U dit, dan» le préambule de ce décret, que : • Le souverain actuel de Rome n constamment refusé de faire la guerre aui Anjshis... . Que : « la dona'lon de Cbarlcmanne . notre Illustre prédécesseur, des pays composant I État du p>pe, fut faite au profit de La rhré- Uent* , cl non a l'avantage des ennemis de notre sainte religion... »
a poiut de remède, ce qui est fait est fait... Je ne m'oppose point, si sa démence finit, à ce qu'il soit renvoyé a Rome... (1) ».
Le pape, avec le cardinal Pacca, fut transporté a travers l'Italie étonnée. Les populations s'ameutaient : le général Radet leur criait : à genoux ! et pendant que les rassemblements s'agenouillaient pour recevoir la bénédiction , la voiture s'échappait an galop. « Cela m'a réussi partout » , dit le général Radet qui nous a luimême donné ce détail (2). La voiture poursuivit sa course éperdue, touchant à Florence, Pise, Suze, Turin , jusqu'au pied du mont Cents, puis elle entra en France et traversa Grenoble, Avignon, Aix, Nice; en août 1809 elle arrivait à Savone, lieu provisoirement fixé pour la résidence du captif. A Savone où Pie VU demeura jusqu'en juin 1812, la police eut vent d'un projet formé par les Anglais pour délivrer le pape et le remettre , outragé et libre, à l'Espagne soulevée (3). 11 fut alors transporté à Fon< tainebleau. A partir de cet enlèvement et de cette captivité de Pie VII , un trouble profond envahit le monde catholique. La foi n'était pas assez forte pour donner lieu à des résistances ouvertes; d'ailleurs le catholicisme qui est avant tout une religion d'obéissance s'emporte malaisément aux révoltes. Mais, l'Espagne et le Portugal exceptés, où les ressentiments religieux s'ajoutèrent aux fureurs du patriotisme, l'hostilité, partout ailleurs, au lieu de se montrer, se cacha ; elle n'en fut que plus dangereuse; elle se mêla à tous les griefs, à tous les mécontentements, pour les envenimer; elle prit tous les masques, même celui de la fidélité enthousiaste; la trahison se glissa à travers tous les événements ; elle hâtait et attendait l'heure des revers (4).
(1» Lettre au ministre de la police , Schrnbrunn, 18 Juillet IM». - Oo peut voir dans la fMtce sur la r't« et tes lrai>aux de bigot de l'reameneu, par M. Nougaréde de Fjvct, son petit 11 1s ( Paris . ln-8°, lli3J le rapport Inédit du général Radet sur l enlétt-oient du pape ; il résulte bien <lc ce rapport que l'empereur avait donné l'ordre d'arrêter le cardinal Pacca, mais que la mesure parut Insuffisante pour rmpéchrr une émeute prés d'éclater dans le but de d* livrer le pape, et que la décision d'enlever le sainl-pére fut prtse.cn l'absence de tout ordre y relatif de l'empereur, dans un conseil tenu entre les généraux Radet, M loi Us et Lematol*. 11 existe sur l'événement un aatre rapport du général Radet , publié en ISI7 et qui présente quelques différences.
(>} Rapport inévllt du général Radet au ministre de la guerre, en date de Rome, 13 juillet 1809, dans la Notice, précitée, de la ne et det travaux de lligot de l'rt&me&eu»
(S) Cretineao-Joly. L Êotite romaine en /ace de la BttolHtlon, V édlnun .« vol. In-S«, t. I, p. m.
14) Nous ne citerons qu'une preuve de cet état de conspiration, et nous l'emprunterons au trés-r» ronrcriuble Mémoire de M. le comte Frédéric ScJopi* sur La domination françaite en Italie, de iSOOa jSl V ; Paris, lBfil, tn-a». • Il s'était établi , dit M. Sclopls, entre Savone et Rome, une correspondance secrète fort active, qui allait pt.is vite que le télégraphe;... le gouvernement en connaissait l'eilslencr , mais il ne parvint Jamais a en Interrompre le fil. » Page 4t. — Le même écrivain rapporte un mot d'un grand patriote de la Péninsule , César Balbu, parlant des agents secrets de la fol fiu>
31 1 NAPOLÉON Ier 312
A côté de ces fautes qui s'accumulaient au ; en Suisse qu'il donna le spectacle de ce qu'était midi de l'Europe, éloignant de l'Empire les na- la puissance bienfaisante de son action quand tions qui en formaient la vraie force et la base : elle savait se restreindre et se mesurer. Il ne
>as supprimer cette grande barrière élevée
u opérations, il serait juste de dresser un autre tableau, celui des réformes utiles dont Napoléon assurait partout avec lui le triomphe, celui des bienfaits si prompts et sensibles de son administration, de l'activité qu'il imprimait aux esprits, des espérances, des ambitions dans lesquelles il les emportait : il y avait là d'immenses compensations, il fout le reconnaître. Le génie et la victoire, d'ailleurs, ont pour les hommes d'irrésistibles séductions. Les erreurs commises n'étaient pas encore irréparables. Tout s'agitait pour un prodigieux avenir. En même temps que des grandeurs nouvelles il n'était pas interdit d'espérer des adoucissements et des corrections. Un retour des hommes et des choses à la soumission, à la réconciliation n'était pas impossible , toutefois à une condition , c'est que le système de la politique extérieure de Napoléon obtint au nord «le l'Europe la consolidation et la force qui lui manquaient déjà au midi.
44. Politique de Napoléon envers les nations germaniques, la Suisse, l'Allemagne , V Autriche, la Prusse, la Hollande. — C'est le traité de Lunévillc (1) qui a inauguré la politique do Na|K>l<on en Allemagne. Ce traité remettait en vigueur les stipulations de Campo- Forrnio, rendait à la France la frontière du Rhin, obligeait l'Autriche à reconnallre les républiques batave, helvétique, cisalpine, ligurienne, etc., et réservait, pour les régler ultérieurement , un certain nombre de questions. Ce lut parce règlement, en apparence secondaire, que Napoléon s'introduisit dans l'Allemagne et en changea toute la constitution. Mais avant d'exposer cette phase si importante de sa politique, il est nécessaire d'indiquer à part en quelques mots comment fut traitée la Suisse , ce qui s'est fait en ce pays ne ressemblant en rien à ce qui s'est lait ailleurs au delà du Rhin.
La Suisse, par sa situation limitrophe de l'Allemagne, de la France et de l'Italie, participait aux passions et aux difficultés de chacun des trois Etats ses voisins. L'Autriche y avait eu la suzeraineté et y conservait, comme en Italie, de profondes influences; l'aristocratie y dominait comme en Allemagne, et la démocratie, venue de France, y était en travail. Pour les trois Etats ses voisins, la Suisse était, de plus, une question de frontière et de sûreté. Rien n'était aisé comme de se tromper envers ce pays où un parti énergique et nombreux appelait la France, où l'ordre ne paraissait pas pouvoir rentrer et dont l'occupation offrâil tant d'avantages. Mais Napoléon ne céda pas aux illusions; ce fut
glrusc contre IVmpIrc français : « U r<SI<tmec de ce» prêtre* mtprlics, dit Dalbo, ■ M merveilleuse; ce fut U seule résistance italienne du temps. » Md, p. 41. (!) 9 février 1801.
voulut
par la nature entre des États qui n'avaient déjà que trop d'occasions de conflits. Au lieu de fomenter les dissensions pour en profiter, il se servit de son ascendant pour les pacifier. Les esprits se montraient rebelles à ses efforts de conciliation ; il fit venir à Paris des représentants des deux partis, eut avec eux une conférence qui dura sept heures (I), et les i envoya éblouis, terrifiés, convertis en messagers de concorde et de paix. Il brisa im-méme les choquantes inégalités existant entre les divers cautons, cenx-ci souverains, ceux-là alliés ei sujets; il répartit équitableinent la souveraineté cantonale; il la groupa dans les liens d'une fédération suffisante pour le maintien de l'accord commun; il abaissa les privilèges d'une aristocratie querelleuse et tyrannique, et, ptr son acte de médiation , qui fut un des chefs d'rruvre de son génie (2), il procura à la Suisse l'unique constitution que réclamât et comportât sa situation , comme la contrariété de ses éléments ; il lui donna la liberté et l'ordre au dedans, il la rendit sans action possible au dehors , et par là, chose bien précieuse pour l'Europe et pour la Suisse elle-même, il lit plus que de lui garantir sa neutralité, il l'assura dans son indé|*ndance.
La nécessité d'une communication entre la France et la République italienne exigeait que la route du Simplon fût libre et le Valais soumis à un régime spécial. Ce pays ne fut pourtant rattaché ni à la France ni à l'Italie : il forma un État à part (3), et pour dédommager la Suisse de ce démembrement, Napoléon lui céda le Frickthal que l'Autriche lui avait accordé par l'article 2 du traité de Lunéville.
Napoléon n'ajouta que plus tard, en 1809, à ses autres titres souverains le titre de Médiateur de la Suisse.
Mais la constitution des cantons helvétiques ns fut qu'un épisode dans la politique du premier consul. Comme nous l'avons dit plus haut , un certain nombre de questions avaient été réservées par le traité de Lunéville pour être réglées ultérieurement. Ces questions concernaient les indemnités territoriales et autres à procurer aux princes allemands qui se trouvaient dépossédés par la cession à la France de la rive gauche du Rhin. Un autre prince, dépossédé en Italie, le grand-duc de Toscane , était aussi à pourvoir en Allemagne. Ce fut à l'occasion de cette recherche d'indemnités que Napoléon
Moniteur,
(l) Ttiibaudrau. Mémoire* Consulat et Empire, III, 1M.
(tj ao pluviôse an xi ( 19 février 1803 ) an xi. n» tSl.
(si 19 juillet ssot. M octobre même année. Il est Just* de dire, comme on le verra plu bas, que le Valut fut plus tard réuni à la France sou» le nom de département du Siinploo, le IS novembre itlO.
trouva, sinon des compensations pour tous les princes frappés par les derniers événements , du inoins des combinaisons qui aggravèrent les pertes subies par les vaincus et donnèrent aux Liais germaniques une autre constitution.
En 1801, le Corps germanique, alors dominé par la maison d'Autriche, avait pour organes un empereur d'abord, puis une diète, composée de trois collèges , dont deux seulement en puissance , relui des électeurs et celui des princes, le troisième, celui des villes libres, étant à peu près nominal. L'Autriche, à qui l'empire appartenait presque sans interruption depuis le quinzième siècle, avait, de plus, la majorité dans les deux collèges. Dans le collège des électeurs où siégeaient huit princes, cinq laïques, trois ecclésiastiques , le parti catholique et autrichien comptait au moins cinq voix (I). Le parti prussien et protestant n'avait dans le collège des électeurs que deux ou trois voix (2). Daus le collège des princes, plus nombreux , la majorité du parti catholique et de l'Autriche était de cinquante-quatre voix contre quarante-trois formant d'ordinaire le parti protestant ou prussien. Outre cette prépondérance à la dièle, l'Autriche avait le commandement des forces fédérales ; les princes •Hxlèsiastiques la laissaient recruter dans leurs Etats, et elle disposait encore, même pour ses affaires particulières, des divers contingents de la noblesse immédiate. Le parti protestant, dans cette organisation, élait partout réduit à une condition secondaire, bien que très- importai! te; il avait toutes les garanties nécessaires à sa défense, au maintien de sa liberté, si elle eût
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de la liberté menacée avait fait sentir de bonne heure, depuis le christianisme, la nécessité de séparer les deux pouvoirs et de sauvegarder l'indépendance de l'autorité religieuse contre les envahissements du pouvoir politique et civil. De là l'origine première du saint-siège; à la vérité, les deux pouvoirs v avaient été confondus par une de ces anomalies que les faits imposent souvent à la raison humaine : mais c'était atiû que l'autorité religieuse ne dépendit que d'ellemême à son centre et que, partout ailleurs, elle pût défendre son action et sa milice contre les absorptions et les entreprises des souverainetés civiles. Or, ce fait anormal de la coexistence des deux pouvoirs au centre de l'Église eût été incessammeut menacé, s'il fût resté unique et sans institutions analogues au milieu de la chrétienté. Il lui fallait, pour se maintenir, n'être pas isolé. C'était en Allemagne où ne vivaient pas les traditions de l'omnipotence civile de l'État latin, où la liberté était naturellement assurée d'elle-même, où la logique ne tyrannisait pas les esprits, que s'étaient le mieux rencontrées les conditions favorables à des constitutions pareilles à celle de l'État pontifical. Partout ailleurs avant la révolution, le clergé formait un ordre dans l'État, participant à la souveraineté et ne l'ayant pas eu son propre nom; en Allemagne il avait immédiatement la souveraineté. Dans la pontificale Italie ou ne comptait qu'un prêtre-roi ; en Allemagne on en comptait trente-trois dont les possessions comprenaient le sixième du territoire de ia confédération; et de ces trente-trois abbés souverains trois concouraient à l'élection de ce
pu être attaquée, ce qui n'était pas, les passions Saint-Empire qui conservait de mystiques pré-
reiigieuses étant tombées en désuétude des deux cotés ; mai* il n'était pas en état de prévaloir ; la domination était assurée au parti catholique.
On doit de plus remarquer que l'Église avait établi, en Allemagne surtout, les assises de ce système où sont alliés l'autorité religieuse et le pemeir politique. Chez les nations de race latine < ù dominait la tradition de l'omnipotence et de l'unité absorbante de l'État romain, l'instinct
(l) 1rs t'o!» de» prince* ecclésiastiques , c'est-adire celle de l'archevêque électeur rte Majeure, rhaocelier de i'empirc, présideot de U Diète germanique ; cdle de l'arche«èqne électeur de Trêve», chancelier du royaume de» Uauk* , celle de l'archevêque électeur de Cologne, chancelier du royaume d'Italie; en outre, ta v»U du roi de Bohême, pul< tantôt la volt de l'électeur palatin de Bavière et tantôt celle de l'étecteur duc de Saxe. La Bavière, catholique fervente, mats alarmée des vues de l'Autriche *ur aon territoire', votait ordinairement avec la Prusse. Ia Saie, protestante intolérante, mat» gouvernée par une maison catholique et d'ailleurs opposée à la Prusse par défiance de voisinage , volait souvent avec l'Ao triche; mais les von catholiques ne se divisaient que sur les questions particulières; elles étalent unies et votaient avec l'Autriche, toutes les foi* qu'il s'agissait de déférer l'empire ou de décider des aff tires d'un loterél fcn irai pour rtitemaffn;*
fli Celle dn Brandebourg d'ubord, qui était la sienne propre, ensuite celle du tlimovrc appartenant a l'Angleterre; elle pouvait compter, parfois sur une divergence d'intérêt venant a lui apporter éventuellement nue des deui voli de ia Bavière ou de la Saxe.
tentions de suzeraineté sur l'Italie, la France, le reste du monde chrétien.
C'était la l'état de choses que Napoléon prit à lâche de renverser et de changer. Ne fut-il déterminé à cette résolution que par le désir ''abaisser l'empire d'Allemagne et la maison d'Autriche? N'avait-il pas dès lors en vue un. autre pouvoir qu'il se proposait, non d'abaisser, mais de supprimer, le pouvoir temporel de Rome? Ne songeait-il pas, dès 1802, à priver le saint-siége de l'argument de défense qu'il pouvait tirer de ce qu'il y avait, dans la chrétienté, d'autres sièges ecclésiastiques , d'une moindre dignité, réunissant les deux autorités civile et religieuse? Les politiques ordinaires vivent au jour le jour et d'expédients; mais les hommes à grandes pensées considèrent de plus loin les événements et s'y préparent. Il n'est certainement pas interdit d'attribuer cette prévoyance à Napoléon.
Quoi qu'il en soit de celte question historique, Napoléon se proposait de déplacer en Allemagne la prépondérance et la majorité. Il faut nécessairement ne pas s'adresser à la liberté et recourir à la contrainte pour changer le cours des choses contre l'état des forces établies. Si l'Allemagne eût été mise en demeure de se réorga-
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