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pour faire la loi au continent? Napoléon en était f — Joséphine, qui avait écouté en silence, rélà de ses doutes, lorsque, le 13 octobre 1809, à pondit enfin .- « Que veux-tu que je te dise, si tes une revue, on remarqua un jeune homme qui j frères, tes ministres, tout le monde est contre faisait effort pour arriver jusqu'à l'empereur. On j moi , et si je n'ai que toi pour me défendre? » l'arrêta; on lui trouva un couteau sous ses ha- — « Tu n'as que moi pour te défendre? s'écria bits, on lui demanda ce qu'il voulait en faire : le , Napoléon avec impétuosité, eh bien! tu l'cmpor-
jeune homme répondit sans hésiter qu'il voulait tuer l'empereur, l'ennemi de la paix. Interrogé
teras ». Cette scène se passait dans le cabinet de l'empereur, en 1805, aux premiers jours de
par Napoléon lui-même, Frédéric Staap3, à peine ) l'Empire. A quelque temps de là, le statut du 30
un adolescent, persista dans ses aveux et se montra d'une obstination intraitable. Napoléon eût désiré lui faire grâce; il l'abandonna à la justice. Le même jour, 13 octobre, Frédéric Staaps était condamné à être fusillé. Au moment de l'exécution, des coups de canon se tirent entendre.— «Qu'est-ce .'demanda Staaps. « — « La paix qui est conclue et que l'on annonce «, lui fut-il répondu. — Slaaps tomba à genoux et remercia Dieu. Le malheureux s'imaginait que Dieu avait accordé la paix à son horrible sacrifice.
La paix fut signée, en effet, le I • octobre 1809. Par le traité de Vienne , de nouveaux amoindrissements, il est vrai, furent imposés à la maison de Habsbourg : mais à quelques mois de là Napoléon lui demandait une alliance de famille. Cet événement, qui fut en France fort impopulaire, produisit le plus favorable effet dans les cours et sur les aristocraties d'Europe. Napoléon mêlait son sang à celui des vieilles races; son admission dans la souveraineté parut désormais consacrée. Les politiques officiels doutèrent qu'il fût légitime de continuer à s'opposer à l'introduction d'un nouveau membre dans la famille des rois (I). Ils n'avaient plus d'objections à faire qu'à l'excès de la prépotenec française; que celte prépotence s'arrêtât et se réduisit elle-même, et ils étaient près de conseiller aux princes , leurs maîtres , de transiger sincèrement avec les nécessités du temps.
Mais cet événement, dans une notice biographique comme celle qui nous occupe, demande à Otrc traité à part. Nous consacrerons ici quelques
mars 1806 interdisait spécialement le divorce aux membres de la famille impériale. Les bruits dont s'alarmait Joséphine tombèrent. Mais quelques années après ils s'élevèrent de nouveau, toujours de plus en plus menaçants. Vers la fin de 1809, une politique inexorable l'avait décrété, le divorce fut prononcé. Joséphine dut lire elle-même une déclaration dans laquelle on lui faisait dire qu'elle se sacrifiait volontairement aux convenances dynastiques de son glorieux époux. Elle commença, elle ne put pas achever cette lecture (séance du conseil de ramilledu 15 décembre 1809). Le prince Eugène, à son tour, dut aller au sénat, le lendemain, pour y déclarer qu'il consentait au sacrifice de sa mère, à la perte de ses droits éventuels comme fils adoptif de l'empereur. On assure qu'en sortant du sénat le prince Eugène s'était jeté dan> les bras d'un ami en s'écriant qu'il venait de se déshonorer. Ce malheureux prince se trompait; les personnes souveraines ne s'appartiennent pas; elles sont à l'Etat, et rien en elles ne doit se révolter contre les exigences de l'intérêt public. Mais le peuple, étranger à cet héroïsme impitoyable, plaignait tout haut ces victimes delà politique, et ce n'est pas sans un pressentiment douloureux qu'il vit sortir des Tuileries l'impératrice Joséphine. Elle était secourable aux malheureux; seule, elle savait parfois arrêter les emportements de son époux ; la vérité, toujours proscrite des cours, prenait souvent sa voix pour arriver jusqu'à l'empereur ; initiée par les premières infortunes de sa vie à la connaissance des passions et des partis politiques, cachant sous les dehors d'une frivolité
mots à cet imiwrlant épisode de l'ère impériale. I charmante un esprit sérieux et pénétrant, habile
«. Le divorce' — U mariage avec Marie- Louitr. — Ia uaistanee du Roi dk Romk.
4 j. Napoléon avait dit, un jour, à Joséphine, que sa famille, ses ministres, son conseil, enfin tout le monde lui représentait la nécessité d'un mariage qui lui donnât des héritier», et il avait répété plusieurs fois dans une extrême agitation : «Qu'en dis-tu? Cela sera-t-il? Qu'en dis-tu?
(Il - La vieille noblesse, occupât à médire dan» Je faubourg Saint-Germain, s emut elle-même, e t une nouvelle portion sembla prête a s'en détacher pour îe rendre a l'époux d'une archiduchesse d'Autriche. II y eut des ralliements nouveaux, car on pouvait bien servir celui qne b plus grande famille régnante de l'univers consentait à adopter pour gendre .. » M. Thiers, lilst. du Consvbit et de l'Empire, XI, M3.
aux ménagements nécessaires, irrésistible en son insinuante faiblesse , Joséphine était en quelque sorte pour le peuple une institution : à côté de l'homme qui seul était tout, elle représentait l'unique modération que comportât le caractère de l'empereur. — Le divorce prononcé, on hésita, pour le choix d'une nouvelle épouse, entre trois maisons souveraines , la Saxe, la Russie, l'Autriche. On se décida d'abord pour une grandeduchesse de Russie. La maison de Romanof tardant à répondre à la demande qui lui fut faite, Napoléon porta lui-même son choix sur une archjduchesse d'Autriche (7 février 1810). M. trie- Louise, dont les fiançailles eurent lieu à Vienne le 1 1 mars, partit pour la France le surlendemain, 1 3. Près de Paris , à Courcclles , sur la route de Compiègne, elle vit entrer dans sa voiture un inconnu dont la brusque apparition l'élira) a.
(Tétait l'empereur, déjà impatient, Tenu incognito à sa rencontre, et qui, à un relai de poste, ouvrait lui-même la portière de la voiture et s'asseyait à coté de sa fiancée. Le nouveau mariage fut célébré à Saint-Cloud le 1", à Paris le '..avril 1810, avec une pompe extraordinaire, 11 Tut toutefois marqué par deux événements. L'olûcialité de Paris avait déclaré nulle la précédente union (7 janvier 1810); mais les cardinaux de la cour romaine, retenus en France a ce moment, refusèrent pour la plupart d'assister à la bénédiction nouvelle, ne voulant pas paraître approuver par leur présence un divorce qu'ils considéraient comme illégitime. Le peuple, tout en se plaisant au spectacle des fêtes , sut gré à ces représentants de l'Église, alors captive, de rester fidèles à l'épouse délaissée. Quelques mois après, le l*t juillet 1810, l'ambassade d'Autriche donna un bal à l'occasion du nouveau mariage ; un incendie éclata à ce bal ; il y eut des blessés, des morts.
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de dictature et de conquête qui devait partout le faire heurter à l'impossible.
La Suisse avait dû jusque-là à l'acte de Médiation l'indépendance et la neutralité. En 1809, Napoléon prit parmi ses titres celui de Médiateur de la confédération helvétique. C'était faire sortir d'un service rendu un droit permanent d'ingérence et remplacer la reconnaissance par la suzeraineté. Le Valais avait été détaché de la Suisse, mais pour former un État à part, et la Suisse s'était félicitée de cette garantie de sûreté élevée sur sa frontière française et italienne. En 1810, le Valais fut réuni à la France (1).
La Hollande associée aux destinées de la France les suivait péniblement ; elle s'était transformée en république , puis en monarchie, comme sa puissante voisine, et elle venait de recevoir un roi français de la main de l'empereur (en juin 1806). Flessingue lui avait été enlevé en 1807 ; le Brabant hollandais, la Zélande, une partie de la
drame déchirant: une mère, la belle-sœur de I Gucldre lui furent enlevés en 1810 (2) ; dans la
l'ambassadeur, périt en cherchant sa fille à travers les flammes. Le peuple vit là un présage funeste; il se rappela que des malheurs étaient aussi survenus pendant une fête lors du mariage de Louis XVI avec une autre archiduchesse d'Autriche.
Le 20 mars 1811, une multitude tumultueuse envahit le jardin et les abords des Tuileries, dès six heures du matin. Le bruit s'était répandu que la nouvelle impératrice ressentait les premières douleurs de l'accouchement. Vingt et un coups de canon devaient annoncer la naissance d'une princesse et cent un la naissance d'un prince. Entre neuf et dix heures du matin, on entendit tonner le canon. Au premier coup, il se lit un profond silence, et l'on compta jusqu'au vingt et unième coup ; au vingt-deuxième une clameur immense s'éleva. Napoléon, placé à une fenêtre, écoutait et regardait la foule. Des témoins oculaires ont rapporté qu'il pleurait. — Un héritier était né à l'Empire ! L'adulation avait fait bien des progrès depuis la révolution. LÎmpérial héritier fut l'objet d'une sorte d'adoration idolâtrique , et l'on vit s'incliner, après les régi» cides, les représentants de tous les princes d'Europe autour du berceau de cet enfant qui reçut, en naissant, le litre de Roi de Roue.
M. État de l'Empire de 1800 à tstl ; us dernUret
46. En ce moment Napoléon montait au faite de ses prospérités, et sans aspirer à descendre, il pouvait apaiser le monde et se le réconcilier par le spectacle d'un retour subit à la modération. D'après l'opinion commune, on s'attendait à le voir détendre les ressorts de la rigoureuse domination sous laquelle il tenait la France et le continent européen. Mais il n'en fut pas ainsi , et bien loin de se restreindre aux conditions d'une suprématie normale et durable, Napoléon donnait en ce moment à son empire une extension
même année elle fut elle-même tout entière réunie à la France (3ï.
Les États Romains avaient été pris par la France en 1809 (4), ainsi que, en vertu du traité de Yienne, les pays illy riens sur la rive droite delà Save jusqu'aux frontières de la Turquie.
L'Allemagne, courroucée des accroissements que chaque année apportait à la confédération du Rhin et à la domination française, vit, en 1810, se former un nouvel État, le grand-duché de Francfort érigé en faveur du prince primat et du prince Eugène Napoléon , déclaré son successeur (5) ; elle vit de plus le Hanovre se joindre au royaume de Westphalie, et le Tyrol italien au royaume d'Italie (6). Un plus grand changement devait pousser à bout les irritations patriotiques de l'Allemagne: par un sénatus consulte, tous les pays entre le Weser et l'Elbe. Hambourg, les villes hanséatiques, le Lawenburg, furent déclarés parties intégrantes de l'Empire français et formèrent, avec la Hollande, onze nouveaux départements (7;. L'Empire français s'étendit de
(1) Décret du it novembre 1810.
I» Traité du 1« mars isio.
(9) Décret du 9 juillet 1*10.
(4i Décret du 17 mal iso», suivi do sénalua-consulte organique du 17 février I8»0.
(S) Convention «Ignée à Paris le 10 février 1810. Quelques Jours après, le !•» mars, Napoléon Instituait le prince Eugène grand-duc de Francfort, au décès du prince primat. Cet ancien archevêque - électeur de Mayence avait cru devoir se donner pour successeur le cardinal Frsch, comme arcblchancrlktr et président de la eontédératlon du Rhin et pour tous droits attaches à celte double dignité. l.'érrctton du grand-duché de Francfort avec réversibilité au prince Eugène eut pour but d'annuler celte Institution d'héreJllé en faveur du cardinal Krseh. On Ht a ce «ujet dans le message de l'empereur au sénat : « Les principes de l'empire s'opposant à ce que le sacerdoce soit réuni â aucune souveraineté temporelle, non* avons dû regarder comme non avenue la nomination que le prince primat avait faite du cardinal Fcsch pour son successeur. »
(6| le Hanovre. U Janvier 1810. — le Tyrol Itali-n, S8 février 1810.
(?) sena lus -consulte du 13 décembre isio.
331 NAP01 la Baltique à la Catalogne, du royaume de Naplcs aux Bouches de Cattaro et des extrémités de l'Adriatique à la mer du Nord. Il se divisait en eent trente départements, et plus de quarantedeux millions d'habitant*, divers par le langage, les croyances et les mœurs, en composaient la population. Autour de cet empire se mouvaient des groupes de nations alliées, vassales ou près de l'être et comprenant déjà la plus grande partie du continent européen.
Napoléon allait réaliser le rêve de sa politique extérieure : constituer en une fédération tous les États d'Europe. Mais il manquait à son œuvre la liberté, qui seule pouvait la fonder dans !a conscience et le consent' ïinent des peuples, et il manquait à la liberté un système de gouvernement qui ne la rendit pas impossible.
Bien des contemporains, a cette phase prodigieuse de l'Empire, ont osé prononcer un mot : le vertige. Vaine accusation de la médiocrité! Le vertige n'atteignait pas cette raison si ferme et si haute , toujours d'autant pius maîtresse d'elle-même qu'elle était en présence de plus grands événements. L'extrême prospérité l'apaisait, comme l'extrême adversité. La lutte seule pouvait, sans la troubler, la provoquer aux excès et aux emportements. Or ce qui a fait sortir le génie de Napoléon de la mesure des choses humaines, ce fut précisément ce contraste de la toute- puissance et de l'instabilité, dans lequel il se trouva au moment de ses triomphes en apparence les plus décisifs. En mo, pour des yeux vulgaires, tout cédait à sa volonté, à sa loi; en réalité, tout s'agitait et se levait pour d'implacables résistances. Au midi, les insurrections du Portugal et de l'Espagne et le* sourds mécontentements des populations catholiques; au nord, des conspiration» qui prenaient toutes les formes. L'esprit révolutionnaire ^éloignant avec méfiance de l'Empire,et l'esprit de l'ancien régime ne désarmant pas, d'étranges malentendus entraînaient pêle-mêle dans la même hostilité les passions aux tendances les pins divergentes. Napo'éon qui ne s'y trompait pas pendant que ses flatteurs, sa police et ses journaux donnaient le change à l'opinion publique. Napoléon se sentait dans un cercle d'inimitiés et de défaillances qui s'accroissaient sans cesse autour de lut. Il n'avait jamais beaucoup compté sur la raison des rois; il commençait à désespérer de l'instinct des peuples ; et toutefois , sachant combien le spectacle de la force et celui de l'audace ont d'ascendant sur les âmes humaines , il résolut, au lieu de traiter avec ses ennemis et ses amis de plus en plus douteux, de leur opposer à tous le formidable développement d'une puissance que rien désormais ne semblait arrêter ou borner.
Ce n'est pas le vertige de l'orgueil, c'est un calcul de politique hautaine qui, vers l'année 1810, accumula les violations de nationalités, les déplacements arbitraires de limites territoriales ,
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t les complications des problèmes religieux et , tant d'abus de gouvernement; et ce calcul , ap- , pliqué avec une décision qui même dans ses excès affectait la régularité, eut , en effet, pour résultat d'interdire l'hostilité autour de Napoléon I et de tout suspendre dans l'admiration et la ter- I reur.
Mais en dehors des résistances que sa main I pouvait atteindre, il y en avait deux qui échsp» 1 paient à son action, l'une sur les mers, l'autre i aux contins asiatiques de l'Europe. De là, les | incertitudes, les menaces qui pesaient sur l'Em- ! pire; de là, les excitations qui le poussaient à ! outrance à tout exagérer. Il nous reste à parler t de la lutte de Napoléon contre la Russie et j contre l'Angleterre.