Pendant qu'a Taris lant de causes, et tant
on, arrêté l'Empereur dans son mouvement de Saint-Dizier, et ils ne savaient encore comment s'y prendre pour le faire renoncer à une plus longue résistance et surtout à son nouveau projet, car on no parlait de rien moins que de marcher sur Paris occupé par les alliés.
Les pensées de défection germent et mûrissent vite dans les jours de malheur. D'ailleurs, les conspirateurs de Paris avaient des intelligences dans le camp impérial , et ils tourmentaient de leurs confidences, de leurs appels, de leurs messages, un des maréchaux surtout, celui que le 30 mars ils avaient convaincu de la nécessité de signer au plus tôt la capitulation de Paris. Par une inconcevable inadvertance, Napoléon avait placé cet homme sur l'Essonne, à Tavant-garde de son armée (2).
Le 3 avril, les différents corps reçurent des ordres et l'armée se rapprocha de l'Essonne; la garde seule resta à Fontainebleau.
Ce mouvement élait significatif; il annonçait l'intention de marcher sur Paris.
Les étrangers, au milieu des ovations qu'ils recevaient, ne se faisaient pas d'illusion. Ils étaient séparés de leurs parcs, de leurs magasins, sans munitions, dans une grande ville, un dédale «le rues inconnues; autour d'eux une population dont une partie seulement leur semblait sure, mais la partie qui ne manie pas ellemême les pavés; et ils allaient avoir à faire à une armée que les rumeurs publiques portaient à plus de 100,000 hommes, que l'on disait furieuse, et qui était dirigée par l'homme dont le génie ne s'éveillait jamais plus terrible que
(1) les historiens varient snr le nombre des troupes de l'Fiiiprreur a Foutainrhleau. Us te portent tour ;i tmir • 5*,0oo, à ISjfOO, cl à tO.ooo hommes. F.iin, témoin ncu- Litre, ot pour ce dernier ehiffre, il.in* «on Manuscrit de 181 V. p. fr. M. Thtcrs. d'ordinaire si evact. dit que - Napoléon n'avait pas moin* de *o,«io tmntoe* ». Histoire du Camulat et de VEinptrr, tome XVII, p «*t.
(i) Napoléon, oui premiers Jours, était mal Informé de ce qui «était pa«»C a Taris et II ne cherchait pi* a bien connaître d'1» événement» dans lesqnet» llcr.ti«nalt de rencontrer d'autre» fautes que celles de ses généraux , se» propres fautes et celles de son frère Joseph.
pliquait la réserve du maintien de l'Empire dans la personne de Napoléon 11. Caulaincourt, duc de Vicence, le maréchal Ney, prince de la Moskowa, le maréchal Macdonald, duc de Tarente, furent chargés de la porter à Paris, munis de
de* sou-
dans les positions en apparence désespérées. Les alliés délibérèrent s'ils ne devaient pas sortir de Paris et rétrograder sur Mcaux ; déjà même quelques préparatifs de départ se faisaient, lorsqu'on reçut du prince de Sclmarzenberg un avis : il
ne fallait |>as se hâter ; le généralissime était en pleins pouvoirs pour la faire accepter négociation avec quelqu'un ; il traitait; s'il n'é- verains alliés.
tait pas trompé dans son attente, on n'avait plus à craindre une attaque de l'armée de Napoléon.
Cependant l'Empereur, tout entier à son hé* rotque projet, achevait de donner ses ordres. Tout annonçait l'ordre délinilif de marcher sur Paris. Le 4 avril , dans la matinée, la garde fut réunie dans la cour du Cheval- Blanc. Elle revit l'Empereur portant sur son visage calme et lier l'assurance d'une prochaine victoire. C'était là l'homme que le sénat commandait d'abandonner! Jamais la sympathie qui unissait Napoléon à son armée n'éclata par des signes plus émouvants. Après la revue, Napoléon ht ranger la garde autour de lui, en cercle, et d'une voix forte, les yeux étincelants, il lui adressa sa célèbre allocution : « L'ennemi nous a dérobé trois marches et il est arrivé à Paris avant nous... » Tout ce que les soldats avaient dans l'ame, Napoléon le dit. Ils se sentaient penser et vouloir en lui. Son génie était l'épanouissement de leur héroïsme. L'allocution se terminait par ces mots : « J'ai compté sur vous ; ai-je eu raison ? » Les bras étaient tendus, les yeux en feu, et des poitrines haletantes il ne
Napoléon avait d'abord pensé à mettre dans cette députation le duc de Raguse, homme d'esprit, de belles manières, capable à tous égards de bien remplir une mission, d'ailleurs son plus ancien compagnon d'armes parmi tous ceux qui s'étaient élevés avec lui, et comme lui ayant en ses commencements dans l'artillerie. Mais sur quelques observations qui lui furent faites , qu'un général moins avancé dans sa faveur au* rait peut-être plus de crédit auprès des souverains étrangers, l'Empereur avait substitué au duc de Raguse, à son premier frère d'armes dont la voix pouvait être suspecte de trop de partialité, le duc de Tarenle, homme' droit, à la parole libre et véridique, pour cela rangé depuis plusieurs années parmi les mécontents et les disgraciés. Napoléon insista seulement pour que les plénipotentiaire?, en passant à Essonne, y vissent le duc de Raguse et l'emmenassent avec eux s'il lui convenait de les suivre et de s'adjoindre à leur mission.
Les trois plénipotentiaires quittèrent Fontainebleau dans l'après-midi du 4 avril, à une heure assez avancée du jour. A Essonne, ils allèrent
s'échappait, avec des cris inarticulés, que le ser- \ voir le duc de Raguse et lui firent part du désir
ment de vaincre ou de mourir pour l'Empereur.
Lestroupes regagnèrent leur quartier avec cette alacrité terrible des soldats français à l'approche du combat.
Napoléon, suivi de son état-major, remonta dans son cabinet.
Là commença une tout autre scène. On n'a i pas encore su avec certitude quels hommes étaient présents, qui parla, ce qui fut dit, si ; l'on s'en tint à des considérations politiques et militaires, si les regards et l'attitude des personnes ne trahirent pas des sentiments et des résolutions que les bouches n'osaient pas exprimer (1). Ce que l'on sait seulement , c'est que cette con-
de l'Empereur. Le maréchal se troubla, dit qu'if était flatté, touché, parut contrarié, ajouta qu'il voulait être franc, qu'il y avait une négociation entamée par lui avec le généralissime des armées alliées, que cette négociation, au reste, n'avait pas encore abouti, qu'il était libre encore; qu'à la vérité il ne lui convenait plus de se charger ofliciellement de pouvoirs au nom de l'Empereur, mais qu'il était en état de se joindre officieusement à leur mission, et qu'il allait le faire. Les trois plénipotentiaires auraient dû s'inquiéter de ce langage d'un chef d'avantgarde qui négociait en secret avec l'ennemi ; ils n'en firent rien; la prudence, l'esprit d'à-pro-
versation mystérieuse se termina par un acte ! nos, la décision avaient passé dans le parti con
bien inattendu, une abdication.
Mais l'abdication était conditionnelle ; elle im-
(I ' M. Thleri croit savoir, d'âpre» des témoignage» digne» de fot, qu'il ne se pa»»a rien de violent et de menaçant. Cependant 11 affirme que dans une sorte d'émeute dVlat-ma)or, avant la scène dans le cabinet de l'empereur, « quelques officiers avaient été assez égaré» pour s'écrier qu'au besoin II fallait se débarrasser de la personne de Napoléon >. Faisant allusion aui brulla de violence* et de menaces qui coururent au sujet de la scène du 4 avril dan» le cabinet de l'empereur, le même historien a|oute que ce* brut!» ont eu pour origine ■ le» vantcrlr* de certains personnages militaire», qui, voulant *e faire valoir quelques jour» après, se représentèrent comme plus coupables envers Napoléon qu'il» ne l'avaient été «érltableinent. > M. Tiiicrs, Histoire du Consulat tt de l'Empire, tome XVII, p. 70» cl 70».
traire à l'Empire. Ils se remirent en route vers Paris emmenant avec eux leur étrange auxiliaire officieux.
On arriva à Paris dans la nuit du 4 avril. Les trois plénipotentiaires furent admis presque aussitôt dans l'hôtel Saint-Florentin , où se trouvaient l'empereur de Russie et le roi de Prusse. L'empereur d'Autriche n'était pas encore à Paris ; il se tenait, par pudeur, à l'écart des événements, dans une ville de province, et il laissait faire ses alliés. Caulaiocourt, Ney, Macdonald furent seuls introduits. Marmont, qui les \ accompagnait, n'ayant pas de pouvoirs officiels.
les attendit non loin de la salle où la conférence i avait lieu.
NAPOLÉON Ier
Il n'y a pas de relation authentique des discours qui furent teuus par les trois plénipotentiaires de Napoléon. On croit savoir seulement que Macdonald exposa des considérations politiques en faveur de la régence et de Napoléon II ; que Ney demanda vigoureusement Napoléon 11 au nom de Tannée ; et que Caulaincourt rappela et fit valoir, dans le même but, les rapports d'amitié qui, même avant Tilsit, avaient autrefois lié les deux empereurs de France et de Russie. On remarqua qu'Alexandre avait écouté les orateurs avec une très-gracieuse attention, et même avec une évidente déférence. 11 avait donné des signes de manifeste approbation aux paroles de Macdonald ; Ney l'avait ému. et il ne s'en était point caché. 11 s'était troublé pendant le discours du duc de Vicence, à un mot surtout touchant à la déclaration des souverains du 31 mars, grand obstacle à la négociation : » Cette déclaration publiée si précipitamment, arrachée à la bonne foi de l'empereur Alexandre », avait dit Caulaincourt ; à ces mots, Alexandre avait paru très-animé, préoccupé, mais sans irritation contre l'orateur. A la suite de ces diverses allocutions, l'empereur de Russie avait demandé à se consulter avec le roi de Prusse, et l'audience s'était interrompue*
Cette hésitation à se prononcer, quelques détails de l'entretien qui transpirèrent et furent rapidement colportés, jetaient déjà l'alarme parmi les royalistes anciens et nouveaux. Quelques-uns d'entre eux faisaient même des préparatifs pour partir au premier signal.
On était à une heure fort avancée de la nuit, dans la matinée déjà du 5 avril. La délibération durait encore, lorsqu'un officier étranger arrivant en toute hâte demanda à être introduit auprès des souverains alliés pour un message pressé. Un moment après les trois plénipotentiaires qui attendaient chez l'un d'eux la reprise de lJaudience, une décision , une réponse, recevaient l'invitation de ne pas attendre davantage le résultat de la délibération. 11 n'y avaitplus lieu de délivrer.
D'où venait ce brusque changement? Quel étaif ce message qui avait mis fin tout d'un coup à l'indécision d'Alexandre? Ce qui faisait la force et le droit de Napoléon, c'était la fidélité assurée de l'armée. Or, on venait d'apprendre que l'armée n'était plus unanime. Le 6e coips commandé par le duc de Raguse et formant Pavant-garde de l'armée de Fontainebleau passait, en ce moment même, d'Essonne à Versailles, dans les lignes des troupes ennemies.
Quand les trois plénipotentiaires de Napoléon avaient touché à Essonne, le 4, pour y prendre le maréchal Marmont, celui-ci, depuis la veille, 3, avait conclu avec le prince de Schwarzenberg une convention, aux termes de laquelle il s'obligeait à quitter, avec son corps d'armée, le parti de Napoléon; et cette convention, communiquée à la plupart des généraux du 0e corps
qui en avaient accepté la complicité, devait s'exécuter dans la nuit du 4 au 5 avril. Marmont était parti avec les plénipotentiaires, en laissant ou ne laissant pas des ordres pour surseoir à la défection, la tête perdue, abandonnant tout au hasard. Mais, pendant l'absence de Marmont , les généraux complices avaient vu arriver de Fontainebleau des officiers effarés qui demandaient Marmont; ils s'étaient cru découverts; ils avaient eu peur d'être enlevés; trompant les soldats qui pensaient marcher à une prochaine bataille, ils les avaient précipités en avant dans les lignes ennemies , qui, au reste , se tenaient déjà prêtes à les recevoir et, selon ce qu'il avait été convenu, s'étaient échelonnées, pendant la nuit, attendant leur passage.
C'était là le mouvement dont l'annonce subite avait mis fin à la déiil>ération sur le maintien de la régence et de Napoléon M.
L'Empereur, à la nouvelle de la défection de l'avant-garde de son armée, mit à l'ordre du jour, le 5, une proclamation contenant la seule plainte qu'il eût encore fait entendre contre le sénat et contre tous ceux qui le trahissaient. Un mo- I ment, il fut tenté de se retirer sur la Loire, d'aller rejoindre le prince Eugène en Italie, de prolonger la guerre à l'aide des forces qu'il pouvait encore rallier; mais vaincu par la faiblesse de ceux-là même qui lui restaient fidèles, vaincu par le dégoût surtout, il se décida, le lendemain, 6 avril, à une abdication telle qu'on la lui demandait, c'est-à-dire définitive et absolue :
« Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu'il 1 renonce pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d'Italie , parce qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France.
« Fait en notre palais de Fontainebleau, le 6 avril
Napoléon.
57. On pouvait croire que c'an était fait de l'Empire. Il n'en était rien encore. Depuis les premiers entraînements du 31 mars, du 2 et du 3 avril, uueidée, d'abord aperçue des seuls politiques, avait fait, depuis, de singuliers progrèsdans tous les esprits; c'était l'idée de la régence, ou du maintien de Napoléon IL Tout avait concouru à faire prévaloir cette idée : l'orgueil des souverains étrangers secrètement jaloux de l'antique illustration et de la prééminence morale attai chées à la maison des Bourbons; la crainte que i ces vénérables Bourbons, les premiers-nés de la \ royauté européenne, n'eussent pas la force de ; maîtriser en France la révolution; le danger pour l'ordre européen de laisser en ce pays dont i toutes les commotions sont contagieuses une cause d'incerlitudc , de malaise et d'irritation ; i le besoin de ne pas faire trop violence aux pré-
férences natnrellesde l'Autriche pour une régente tt un enfant de son sang ; la nécessité «te ne pas pousser à bout les sympathies des nombreux partisans de la dynastie napoléonienne; le désir des hommes politiques d'avoir, pour former la France à l'habitude de la liberté et de son propre gouvernement, l'interrègne d'une régence ; pardessus tout, l'impression ressentie par chacun à l'apparition des revenants de l'émigration ; jusquedà on n'avait connu que des royalistes conspirateurs, intrigants, conciliants, rompus aux façons de la société nouvelle, acceptant, accordant tout , faisant bon marché de toutes leurs idées, hormis une seule, celle de la légitimité : mais les royalistes, tout d'un coup évoqués par ie triomphe des Bourbons, les émigrés obstinés qui n'avaient voulu profiter, pour rentrer dans leur patrie, d'aucune clémence des loi» sur l'émigration, les soldats vétérans de l'armée de Condé, leurs enfants grandis dans l'exil, tous ceux la se montraient en France, à la génération nouvelle, comme les demeurants d'un monde depuis longtemps enseveli ; on riait de leurs habits surannés; on eut peur de leurs idées plus surannées encore, de leurs prétentions hautaines, de leur humeur intraitable, de leurs rancunes; on les savait forts de l'appui d'un des princes, celui qu'on appelait Monsieur, le comte d'Artois ; c'étaient là les hommes auxquels la France allait appartenir sons les Bourbons! Ils n'avaient rien appris et rien oublié.
La régence, un moment supprimée, le 31 mars, par la déclaration des souverains étrangers, se représenta confusément et violemment aux esprits comme le seul parti compatible avec les conditions d»; la France nouvelle ; ce parti rallia de plus en plus les prudents, les hésiiants, les résignés, 1rs inquiets, c'est à-dire tous ceux qui n'étaient pas déjà trop compromis dans les événements ou qui savaieut s'en dégager.
Mais à la régence il y avait une autre objection que la déclaration du 31 mars : c'étail la vie de l'Empereur. Point de régence possible tant que l'on pourrait voir derrière elle l'Empereur, avec ses projets vaincus à reprendre, ses représailles à exercer, sa profonde et minutieuse connaissance des hommes et des diodes, et les incomparables ressources de son génie. Comment soustraire a l'autorité, à l'ascendant, à l'action d'un pareil maître une épouse régente, un enfant souverain, tout un personne! politique, administratif militaire, accoutumé à l'obéissance, de nombreux et fanatiques partisans partout répandus?
L'idée des avantages de la régence s'étaut offerte aux esprits, cette autre idée, qui en était inséparable, la nécessité de la mort de l'Empereur, n'avait pas tardé à la sui\re. De là, les fails, bien étranges, que nous avons à raconter.
C'est dans des lettres de Talleyrand , intimes et jusqu'iei inédites, que l'on voit poindre pour
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la première fois peut-être cette double idée de la régence et de la mort de l'Empereur.
Talleyrand écrivait à la date du 17 mars 1814 : « Si l'Empereur était tué, nous aurions le roi de Rome et la régence de sa mère (i) ». Et le 21 mars : « On parlait aujourd'hui d'une conspiration contre l'Empereur et l'on nommait des généraux parmi les conjurés ; tout cela vaguement. Si l'Empereur était tué, sa mort assurerait les droits de son (ils, aujouid'hui aussi compromis que les siens... Tant qu'il vil, tout reste incertain... L'Empereur mort, la régence satisferait tout le monde, parce que l'on nommerait un conseil qui plairait à toutes les opinions (2) »
t'n autre contemporain, en position d'être bien informe, le due. de Rovigo, alors ministre de la police, a parlé dans ses Mémoires d'une conspiration militaire contre la vie de l'Empereur, dè* le mois de février 181 i ; est-ce la même conspiration mentionnée dans les premières lignes de la lettre qui précède? On peut le croire, car ces sortes d'événements sebruilent lentement et sourdement. Rovigo s'exprime ainsi au sujet d'une autre conspirai ion formée depuis : « Ou avait même reproduit dans cette réunion le projet conçu avant la bataille de Champaubert (10 février 1814) et qui n'allait à rien moins qu'à en user avec l'Empereur comme on avait fait autrefois avec Romulos , et de traiter après avec, les ennemis (3). «
Vers la même époque Alexandre avait dit à un général français : « Je fais si |>eu la guerre à la France que, s'il (Napoléon) était tué, je m'arrêterais sur de-champ (4). »
On ne comprit pas cette insinuation tout d'abord , ou si du moins on la comprit , ce fut sans oser en concevoir une résolution bien arrêtée. Mais il en fut autrement un mois après : aux premiers jours d'avril, les esprits étant revenus brusquement au parti de la régence, on désira, on voulut presque ouvertement la mort de l'Empereur.
La police, sans la permission de laquelle rien ne s imprimait en ce moment, laissu publier et débiter un opuscule portant ce titre singulier : Réflexions sur la nécessité de la mort de Buonaparlc, par M. B., in 8°. — C'était une provocation à l'assassinat jetée dans les rues en même temps que, par toutes sortes d'abominables pamphlets, on ameutait contre Napoléon la haine, la vengeance, loutcs les fureurs des guerres civiles. On espérait peut-être qu'il sortirait quelque chose de ces excitations populaires ; mais pour l'honneur de la France il n'en sortit aucune tentative d'assassinat.
Cela étonna fort un ministre étranger, un périr UUre publiée dans VJmateur d autographes , \Oiu- i«. |i 4*.
|f) Mdrw.v. »3.
,1. Msmmrcs du duc de Rwigo, lotn. VII. p. 1Î5. \;\ m. Tliicr- , Histoire du Consulat et de TEmptr* , tome XVII, p. 3::.
NAPOLEON 1er
sonnage russe nommé dans le s mémoires du «lue de Rovigo : « Quoi peuple! disait ce personnage, quelle nation! Si peu de chose voua arrête! Il n'en serait pas ainsi citez nous; tout serait fini en moin* d'un quart d'heure. Tant pis pour le sourerain qui se met en opposition avec l'intérêt général. C'est la chose du monde que Ton trouve le plus aisément qu'un souverain (1). »
11 y eut pourtant quelques hommes qui ne méritèrent pas ce reproche du ministre russe, qui osèrent concevoir le projet du crime et s'y arrêter. Si l'on en croit Rovigo, dans la nuit du 4 au 5 avril, alors que les plénipotentiaires de l'Empereur, ayant en main l'abdication conditionnelle, parlaient devant les souverains étrangers en faveur de la régence, un avis précédant la conférence avait fait savoir à l'empereur Alexandre que, si la régence était admise, •« on était décidé à prendre un parti contre Napoléon , de manière à prévenir tout retour ». C'était là une réponse, continue Rovigo, à « la demande de garantie , que répétait sans cesse l'empereur Alexandre, contre le retour de l'empereur Napoléon ». Et Rovigo ajoute : « On ne prononçait pas le mot propre; mais l'affectation avec laquelle on réclamait des garanties ne permettait pas de -ce méprendre sur ce que l'on voulait (2). »
La régence ne fut pas admise le 5 avril, comme nous l'avons raconté plus haut; mais on ne cessa pa* de penser à la nécessité de « la garantie contre le retour », car, un historien royaliste et peu suspect nous l'atteste, « le 7 avril, la régence pouvait encore prévaloir (3| ■>.
C'est à ce moment surtout que se placent tes arrangements secrets pour la mission de Maubreuil. Un assassin ne se levait pas de luimême (4); on en chercha un que l'on arma. On pensa l'avoir trouvé dans la personne d'un gentilbomme, qui avait combattu tout enfant prés de* siens dans les guerres de la Vendée, qui, depuis, s'était rallié à l'Empire, mais qui, croyant avoir des griefs contre l'administration impériale, venait de se signaler par des audaces insensées à la tête de l'émeute roy aliste du 31 mars au-devant des étrangers entrant dans Paris. Maubreuif tut appelé chez, un confident du gouvernement provisoire, dès le 2 avril. Cet homme prétend n'avoir accepté la mission d'assassinat que pour tromper ceux qui avaient l'infamie do la
(1) Mémoire» du duc de itovlqo, tome VII, p. i!0.
fil Mémoires du due de Rovigo, tome V||, p. 119.
(Si Alphonse de Ueauchamp, Histoire de la campagne de fronce en 18U.
O 11 «t'en prrsjn'a un, si l'on en croit de* fragment* pot» 1 tel de» Mémoires de M. de Sémallé. qui a joué un rôle secret et Important dans le* menée* royalbtrs de 1S14. Ver* le k ou le S avril, un des officier* des maroelouck* âc l'F.mpercur offrit û M. de Sein.illé de lut apporter la téle de Napoléon dm» un sac. a la façon de l'Orient contre ceux qu'abandonne la main d Allah Mafcs ce iumutm.m n'entendait nen a la politique, et venant à un ruyalUlc, Il s'«dr"s*atl mal; re n'étalent p.i* les royaliste* qui avalent Intérêt à supprimer Popoleyn pour rendre possible la rt-penee. L'offre «lu mainclouck fat tout naturtUeœcnt repoussée avec Jiorrcur.
lui proposer, et dans la crainte que, s'il la refusait, cette proposition ne fût tout d'abord mortelle pour lui-même. Quoi qu'il en soit , Maubreuil accepta, recruta la bande d'hommes nécessaires, lit totis ses préparatifs., jusqu'à ce point de se donner un remplaçant pour le cas où lui même périrait dans l'entreprise, et il partit muni de commissions secrètes qui mettaient à sa disposition, en toute circonstance ou il viendrait à les requérir, les hommes de police, les chevaux «les po3tes et relais, les forces militaires françaises, russes et prussienne?. Maubreuil, d'après les déclarations depuis faites par lui devant les tribunaux, se promettait de ne pas rencontrer l'Empereur, et s'il le rencontrait contrairement à ses précautions, de l'enlever seulement et de le remettre, sain et sauf, à l'Autriche, au premier détachement autrichien qu'il pourrait trouver. Il manqua ainsi tout d'abord sa mission, continua à tenir ta ci m pagne avec sa bande, et, pour dérouter les soupçons que pouvait faire naître sou premier insuccès, il se rabattit sur un intermède de vol : il pilla ou laissa piller les fourgons qui suivaient l'ex-reine de Westphalie, qu'il ne cherchait pas et qu'un hasard vint mettre sur son passage. Cet exploit donna lieu à des plaintes; la Irande ainsi signalée dut se dissiper. Maubreuil fut arrêté. Traîné longtemps de cachot en cachot, il n'en sorlit que |>our faire entendre d'obscures et terribles révélations et ponr entreprendre des vengeances sans nom contre ceux qui Pavaient armé, disait-il, puis désavoué, calomnié. En 1S27, le 20 janvier, il souffletait, publiquement, le prince de Talley ratul devant toute la cour réunie à Saint-Denis pour une cérémonie commémorative de la mort de Louis XVI (1).
Cependant la pensée d'assurer par ta mort de l'Empereur le maintien de la régence et de Napoléon II n'a\ait pas cessé d'exercer ses malsainesexcitations parmi ceux qui n'ét aient pas des ennemis du troue impérial. Des bruits d'assassinat, d'empoisonnement se répétaient à tout propos. L'impératrice Marie-Louise, à lîlois, vivait dans des transes continuelles;,'! chaque courrier, elle tremblait de recevoir la nouvelle de la mort de l'Empereur. Mais à Rlois, tous les co urs n'étaient pas dans cette anxiété de l'affection; là aussi l'impitoy able politique avait des adoptes et
[!) Tous les fults qui précédent, relatifs à la mission de Maubreuil, et bleu d'autre» fatl» que nous n'avons pas rapportés, se trouvent exposes d.m« divers écrits de Maubreuil prévue tous supprimes dés leur publication; 11* se trouvent surtout exposés dans un opuscule qu'on peut rr^rarder comme !e dernier érrit de ce personnage : Histoire du toufflrt donné d M. de T ulieftrand l'értoord, prince de Benecrnt , çrttnd chambellan de Lauit Xl III , par M. Mari*- Armand, comte lie Cucrr y- Maubreuil, marqua d'Drsvautt , in-s- de 16V pages, chez les principaux libraires; Paris, JSGl. - Ccl optivcnlen été rellré du commerce, mais J'en possède un cxi-niphirc. Maubrruil v.t encore. J .ii. ju-ou'lcl, fait eu vain îles elTort* pour Hier de ses inrttns les lémoipn.'i^e» authentique*, *i|s existent, île n'ttc mysierieuse mission de tSl«. ))'.i|irè* les dires de MaubrcuU, ce» témoignages s-int disperses et caches.