‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 63 sur 206 · ÉON V · texte numérisé non relu

ÉON V

chai Augercau; dans la Gironde, le docd'Angoulèmc ; le duc de Berry avec le général Dessoles avait dû défendre Paris à la tête d'un corps d'armée placé en avant d'Essonne k Fontaine- ; hleau ; la mission d'arrêter la marche de Napoléon avait été confiée au prince de la Moskowa; celui-ci, dans un moment de délire et de terreur, ' s'élait écrié, disait-on : « Je ramènerai Bona* |>artc mort ou vif dans une cage de 1er. » — « Je [ n'en demande pas tant, » avait retondu Louis XVII f. Ncy occupait, avec son armée, Lons-le-Saulnier. Mais partout les populations, prises d'enthousiasme ou indifférentes ou intimidées, avaient fait défaut aux royalistes et suivi les soldats, qui, eux, ne résistaient pas à la tuf, au nom de Napoléon. A Lyon, l'Empereur avait donné la croix au seul garde national qui n'eût pas abandonné le comte d'Artois. A Lons-le- Saulnier, Ney n'avait pas tenu au premier appel de celui dont il redoutait la vengeance. Louis XVIII, en apprenant coup sur coup toutes ces défections qui le laissaient sans défense, eut l'idée de rester à Paris et d'y attendre «on vainqueur. Mais les peureux et les insensés avaient combattu l'héroïque et sage résolut*» du vieux roi.

Le 21 mars au matin, on lisait dans le Moniteur :

« Le roi et les princes sont partis dans la nuit.

a S. M. l'Empereur est arrivé ce soir à hait heures dans son palais des Tuileries (1). •

xvi :

LES CEXT-J01RS.

(20 mars — 22 juin 1815).

t! bis. Difficuttrsde la situation ; rétot des rspriù ; idée» sur ta constitution. Napoléon rrfme dftre U ni d une Jacquerie. — 6S. Préparâtes de rfe/mie mi- Maire. — t\. Iji coalition européenne ; décret à* congrès de f'hnne mettant Napoléon hors l« M Nouveau traite u'athanceoffensin* coutre la tra*ct- — f». faines tentotii es de négociation arec IRuropt; effet désastreux de la conduite d* Hurat en l'alie - M. Début et /in des opérations militaires r Uçnt, »'* Urloo. — 61 Hetour de Napoléon à Paris, hgmt éei partis contr* V Empereur. Abdication.

62 bis. A Paris Napoléon se trouva en présence des réalités de la situation. Jusque-là il n'avait triomphé que de vains fantômes : la fidélité et la constance des fonctionnaires, le respect des généraux pour leurs nouveaux serments, I attschement des populations aux légalités établies ft tons ces autres principes de stabilité dont les révolutions font une poussière toujours près de s'envoler au souffle des événements. Mais il lui restait à vaincre les véritables difficultés. Or ces

(Il On aratt remarqué et lté gradation daw le ton 6n Journaux de Part :

« 1* Huonaparie eil débarqué au golfe Juan.

t» Gre noble a ouvert *e» parles au (relierai Bonaparte-

S* Napoléon a (ail Mtn entrée a l.von.

*• S. M. l'Kmrerrnr rit descendue au tah»« dr« Tuilerie». » — Baudouin, Anecdotes hutoriques du tei»P* ** la ReslauruUon, Pari», MM, In-ta.

433 NAPOLÉON 1er 481

difficultés se montraient à lui presque insur- ment à se rendre aux mairies pour confirmer inoniables. C'était avant tout la grande instabilité de leurs votes le nouveau pacte constitutionnel.

des esprits, profondément troublés , échappant à toute direction, et tels qu'on ne voyait pas commuât il serait possible de reprendre sur eux

L'assemblée du Champ de Mai se tint le 1" juin pour la proclamation rie ee suffrage national ; on y remarqua plus de pompe que d'enthousiasme.

quelque empire. Les partisans qui venaient à Ma- i Toutefois la députation des collèges électoraux

poléon avec le plus de sincérité parlaient naïvement « des leçons du malheur » ; ils ne songeaient même pas à cacher ce qui faisait leur confiance; ils croyaient le génie de l'Empereur désormais « corrigé ». Dès le 22 mars. Napoléon rétablit le conseil d'État. A sa première séance, cette assemblée, si peu politique qu'elle fût, crut devoir roter à l'unanimité un programme de ses principes, programme plein de déclamations sur le despotisme, la souveraineté du peuple, les libertés promises par la révolution. Dominé par ces préoccupations du moment, on eut l'imprudence de procéder à la rédaction d'une constitution nouvelle. Chacun fut admis à proposer les idées qu'il croyait avoir sur ce sujet : toutes les folies qu'avaient mises dans les esprits vingt -cinq ans d'e&sais, d'anarchie, de querelles, de despotisme firent alors explosion. On revit ainsi la république du 18*0. la république de 1793, toutes les variétés de république. 11 y eut toutefois des partisans du régime monarchique, et, ce qui était fort significatif, c'est que personne n'omit de réclamer en faveur de la liberté politique. Le conseil d'État fut divisé : quelques-uns demandèrent le rétablissement de la constitution de 1791, avec des modifications à soumettre préalablement au vote populaire, en même temps qu'on soumettrait aussi au peuple cette très- radicale question : L'Empereur seratil réélu empereur héréditaire? Cependant ce ne fut (tas là l'avis de la majorité, qui se prononça pour une monarchie constitutionnelle semblable à celle de la Charte de 1814, mais plus libérale et non plus indépendante delà souveraineté du peuple. Napoléon eut grand' peine à obtenir que la nouvelle constitution ne contint pas un désaveu formel des constitutions impériales : •» Vous m'oie* mon passé, disait-il ; je veux le conserver ; que faitesvous donc de mes onze années de règne?... Il faut que la nouvelle constitution se rattache à l'ancienne... » Cette exigence parut exorbitante et fut mal prise. Napoléon voulut couper court à ces dangereuses dissidences par l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire, publié, le 22 avril, de molu proprio; mais cet Acte fut froidement accueilli , malgré les libertés qu'il contenait, pour cette raison surtout qu'il émanait <i< l'initiative de l'Empereur et non des délibérations des assemblées. ■ Encore un octroi, encore une charte octroyée I » s'écriaiton tout haut avec impatience. Il est pourtant de l'essence de l'autorité héréditaire d'avoir en soi le pouvoir constituant ; mais on était républicain sans le savoir, et l'on attendait de l'Empire rétabli qu'il ne sérail qu'une république déguisée. Les citoyens montrèrent peu d'empresse-

prononça un fott beau discours, bien que les commissaires de l'adresse eussent tente d'y introduire,, au lieu du langage de la raison et du patriotisme , celui de la méfiance et d'une intempestive opposition. Les nouvelles chambres s'ouvrirent le 7 juin. Le 11 elles répondirent au discours d'ouverture de l'Empereur. La chambre des pairs dit que « les nouvelles institutions de la France garantissaient à l'Europe que jamais le gouvernement français ne saurait être entraîné, par les séductions de la victoire, au delà des bornes de la prudence ». L'Empereur fit remarquer avec un sourire d'une tristesse, a mère que « l'entraînement de la prospérité n'était pas le danger qui menaçait le plus la France ». La chambre des représentants, plus agressive encore, parla de son intention de refaire la nouvelle constitution, parce qu'elle procédait de l'Empereur et non «Celle même ; elle demanda « à travailler sans relâche au pacte dont le perfectionnement devait cimenter encore l'union du peuple et du trône ». Napoléon rappela à ces politiques aveugles et fourvoyés « l'exemple du Bas-Empire, qui, pressé de toutes parts par les barbares, se rendit la risée de la postérité en s'occupant de discussions abstraites au moment où le bélier ennemi brisait les portes de la ville ». Les députés à qui s'adressaient ces paroles n'en furent qu'olTensés; ils le furent surtout de ce que l'Empereur, dans sa réponse, s'était lui-même appelé le premier représentant du peuple. Napoléon avait vainement entrepris de ramener les esprits égarés; ce qu'il essaya surtout avec un des chefs du parti libéral, Benjamin Constant, qu'il avait fait venir aux Tuileries dès» le mois de mars; il uc réussit qu'à étonner, éblouir ce personnage et à le gagner pour quelques jours à sa cause ( I). On assure que Napoléon eut aussi une conversation avec Ieschefs du parti révolutionnaire, conversation dont quelques mots seulement, assez suspects, ont été conservés. Avec Benjamin Constant Napoléon avait été ingénieux, spirituel, plein d'idées imprévues, et il s'était plu à ravir son interlocuteur par sa raison supérieure , par les aspects inattendus sous lesquels il se montrait à lui ; avec les révolutionnaires il eut l'indignation d'un grand complice méconnu et la majesté sombre d'un m Itre outragé. « Comme des hommes prêts à mourir, dit-il , nous n'avons rien à nous déguiser. Si je tombe, les patriotes tomberont avec moi. Vous joueriez mal votre jeu si vous me trahissiez. Après moi, vous tous, révolulion-

(0 Les parolra étrange» et nTagntaqaes de Napoléon à Benjamin constant ont rte rapportera par ce poblicl*tp dan* un ouvrage qui a paru rn ttot» aous ce titre : Mémoires tvr 1er Cent Jours, par Benjamin Constant.

43* NAPOLÉON Ier 4 JG

oaires, \ons serez perdu*. Je suis votre der- , rations n'eût été gagné par ces entraînements nier dictateur. Médite/ sur cola. » qui sont les méprises et les défaillance*, tou- Dans sa conversation avec Benjamin Constant, jours possihlrs, des masses populaires. Le gé- Napoléon avait dit en parlant des institutions li- nie de Naiioléon avait eu pour mission de cotnbérales : -< Ce n'est que la minorité qui les veut, primer ces passions anti-sociales, de les ramené vous y trompez pas. Le peuple, ou si vous ner à Tordre, et non pas de leur donner des l'aime? mieux, la multitude ne veut que moi... » armes contre la civilisation ; de là l'arrêt mis On ne pouvait pas constater avec plus de vérité par lui à l'organisation des fédérations pol'etat des choses. L'Empire se trouvait dans cette polaires tout d'abord encouragées. La chute d'un position étrange d'avoir à sa portée une force trône était préférable pour Napoléon a la ebote immense, l'adhésion populaire; mais pour mettre et à la décomposition delà société moderne, cette force en mouvement il n'avait que des in- C'est à cette décision sans doute qu'il faut raptermédiaires suspects au peuple et rebelles à lui- porter ces mots dits par lui à Benjamin Consméme; il succombait à une grave erreur de sa tant : « Je n'ai qu'à faire un signe, ou plutôt k |ioiitique : certes, il n'avait jamais méconnu l'im- détourner les yeux, les nobles seront massacres portanec des classes moyennes; il n'avait jamais dans toutes les provinces... Mais je ne veux pas cru pouvoir s'en passer; mais il avait cru pou- être le roi d'une Jacquerie ». voir les constituer, ou les remplacer artilicieile- , C3. Napoléon demanda le salut de la France à ment par ses fonctionnaires, par ses collèges une rapide reconstitution de son armée. L'état

électoraux, par sa Lésion d'honneur, par sa noblesse nouvelle, par les groupes divers de ses dolataires; en attendant, il avait privé les classes moyennes de la liberté, du seul apprentissage (jui put les former à la vie politique; en 1815 il dut subir les fatales conséquences de ce système : il se trouva en présence de beaueoup de méfiances, de beaucoup de rancunes, d'intraitables prévention.» et surtout d'une inexpérience générale qui ne permettait à personne de s'élever au-dessus de ses ressentiments particuliers. Ce ne fut pas a ors le patriotisme qui manqua à la bourgeoisie : ce fut l'intelligence de ce que le patriotisme commamlait dans un suprême péril national.

dans lequel étaient tombées les forces militaires est à peine croyable. En voici un aperçu. Infanterie, effectif 9.>,000 hommes; dis|>onibles, seulement 05 à "0,000. Cavalerie, effectif 2.»,000 hommes et 16,000 chevaux ; disponibles , seulement 11,000 cavaliers montés. Personnel d'artillerie, du génie, des équipages, à peu près des cadres seulement. Des pièces d'artillerie en a<sez grand nombre, quelles que fussent les quantités qui en avaient été livrées aux étrangers; mais peu ou point de munitions de guerre , d objets d'équipement, de fusils surtout. Les places fortes désemparées ; les côtes sans défense , les escadres désarmées, les équipages de marine coa-

Un moment il parut que Na|>oleon eût pu gédiés, ainsi l'avait roulu l'Angleterre; la

dominer et entraîner toutes ces résistances. Le 2i mai, la cour des Tuileries s'emplit d'une foule d'hommes , la plupart sans armes et en habits de travail : c'étaient les fédérés des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau ; on n'en avait laissé entrer qu'une partie, 12,000 à peu près. Us venaient demander des armes dans un digne et mâle langage, «les armes pour eux et pour les autres lédérés qui se levaient dans la Bretagne, la Lorraine, l'Alsace, la Bourgogne,

France en était réduite à faire garder ses ports par la troupe de ligne En moins de trois mois, du 20 mars au t'r juin, Napoléon avait ainsi relevé l'état militaire : infanterie et cavalerie, 214.000 hommes et 64,000 chevaux ; 2l>0 l»ataitlonsdc garde nationale mobilisés, 1 1 2,000 hommes; marins enrégimentés, canonniers de marine, gardes-côtes, 44.0CO hommes; gendarmerie, 12.000 hommes; vétérans employés à la sûreté intérieure, 10,000; anciens militaires

1* Lyonnais, ailleurs encore dans toute la France, apiielés à la défense des places. 32,000 Toutes

Napoléon repondit, comme il le savait (aire, à la , ces forces étaient disponibles au 1er juin. Il y

liaianzue de la députalion; l'offre du patriotisme avait en outre en armement dans les dépôts

populaire fut acceptée, et «les armes furent pro- , 146,000 hommes de troupes diverses. Ce total

mises. Mais dès le début l'administration prit de de 570,600 hommes devait être porté à la lin

telles mesures, que l'enthousiasme des fédérés | de juin à 750,000 hommes et à la fin de juillet à

tomlta. La fédération, |>ourtant , avait d<j;i fait ses preuves. Elle avait été pour la révolution, à ses premiers jours, une force et non l'anarchie; elle eût pu sauver l'Empire en 1815 Or, il est certain, à la manière dont ce mouvement fut en quelque sorte éconduit , que Napoléon n'en voulut pas. Pourquoi ? On ne peut répondre a cette question que par une conjecture. Napoléon, dans sa route de Cannes à Paris, avait entendu sur son passage des cris sinistres : « A bas les piètres: à bas les nobles! » Il y avait lieu de craindre que déjà le mouvement des fede-

900,000. Pour les munitions de guerre, les objets d'équipement, les fusils surtout qui manquaient, Napoléon avait fait partout établir des ateliers; on lui rendait compte chaque jour du travail de ces manufactures. Tout était payé comptant ou par avance. En 1792 et 1793 on était parvenu à fabriquer 1,000 fusils par jour. En 1815, dès le mois de mai, on en fabriquait 1,500 par jour, en juin 3,0n0; en juillet on devait en fabriquer 4,000 par jour. Los plaoes fortes ainsi que les côtes avaient été réarmées ; Ie6 défilés des Voiles et de la Lorraine retranches; Paris, Lyon, etc.,

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N APOLÉON Ier 433

Hessc-Darmstadf, 28,000; l'Espagne, 36,000; le Portugal, 20,000; la Hollande, 15,000; la Saxe, 14,000; total, 9)3 000 hommes. Des ordres furent expédiés pour que ce qu'il y avait de disponible de cette masse d'hommes se dirigeât sur la France , et que le reste «'apprêtât à suivre. Le 31 mars, le plan de la coalition était arrêté -. sur le haut Rhin , une armée de 338,000 Autrichiens, Bavarois, etc., sous le commande-

garnis de munitions, rouverts d'ouvrages de campagne, pourvus d'une nombreuse garde nationale, de compagnies de canonniers, de bataillons de tirailleurs. Partout une force de résistance; partout, sons les noms les plus divers, des tioupes de partisans appropriées à la nature et au génie de ciiaque lieu. La France se hérissait de défenseurs.

II n'en fallait pas moins pour résister à la monstrueuse cnalition qui, déjà de toutes parts, ment du prince de Schwaraenberg ; sur le bas

s'ébranlait contre un seul pays.

Gî . A la nouvelle de l'évasion de l'Ile d'Elbe, la commotion, la stupeur, l'effroi, avaient été immenses et proronds en Europe. Mais au congrès de Vienne, où cette nouvelle arriva le 7 mars, il y avait un homme dont la claire et Ferme raison ne se trompait pas sur les difficultés presque insurmontables de l'entreprise tentée par Napoléon. Talleyrand rassura ses collègues et leur communiqua son intrépide résolution. La paix seule pouvait permettre à Napoléon de reprendre sa force : il ne fallait point lui laisser de répit. Parmi les princes coalisés, il y en avait que le mécontentement des partages faits, et d'autres motifs, pouvaient détacher de l'alliance et ramener a Napoléon : il fallait sans tarder lier de nouveau tous ces princes et les engager tous ensemble dans la guerre. Dès le 13 mars, le congrès de Vienne faisait une déclaration qui mettait Napoléon hors la loi (t). Cette mesure, qu'on dirait empruntée aux temps barbares, rendait d'avance nul et non avenu tout traité, tout arrangement. La déclaration se terminait par la promesse faite en commun de recourir de nouveau aux armes contre « Pennemi et le perturbateur du repos du monde.»

En conséquence, le 25 mars était signé à Vienne le traité otfensif et défensif par lequel les quatre grandes puissances s'obligeaieut h reprendre immédiaiement les armes et à ne les poser que d'un commun accord et seulement quand Napoléon serait mis hors d'état d'exciter encore des troubles. Toutes les puissances signataires de la déclaration du 13 mars adhérèrent successivement à cette nouvelle coalition,

Rhin, une année de 153,000 Prussiens, commandés par Blucher, en ontre une armée de 1 50,000 Anglais, Hanovriens, Hollandais, etc., sous le commandement de Wellington. Les Russes devaient suivre et appuyer l'armée prussienne.

65. Napoléon essaya de traiter, sans espoir d*y réussir et seulement dans l'intention de laisser voir à l'opinion publique de quel coté se trouvaient réellement les agresseurs.

Le 4 avril, il notifia aux cours étrangères son nouvel avènement au trône de France; cette notification, faite avec habileté et grandeur, était à la fois une justification de l'événement accompli, une démonstration de ta nécessité «le l'Empire pour la sûreté même de l'Europe, enfin une protestation de la volonté de l'Empereur de ne plus ambitionner d'autre gloire que celle de la paix.

Le 5 avril, le Moniteur publiait, 1° des observations sur la déclaration du 13 mars ; 2* un rapport d'une commission du conseil d'État sur le même sujet, contenant une exposition des causes qui avaient déterminé le retour de l'Ile d'Elbe; 3* enfin un rapport do ministre des affaires étrangères encore sur la déclaration du 13 mars et sur les questions de droit national que cet acte soulevait.

Ces publications, ces appels au jugement des peuples ne pouvaient être que des préludes de guerre et rendaient vaines les négociations. Cependant des négociations s'engagèrent, du moins de la part de la France. Les agents français à l'étranger reçurent ordre de développer ce thème, à savoir que * le rétablissement des Bourbons ne

la Suède exceptée. La Russie offrit pour la pro- | pouvait manquer de donner lieu à des réactions chaioe campagne 300,000 hommes; la Prusse, j ayant pour résultat inévitable d'amener des ré-

200,000 ; l'Autriche, 1 50,000, plus une seconde armée pour opérer en Italie ; l'Angleterre, 80,000 hommes; la Bavière, 60,000; le Wurtemberg, 40,000; le grand-duché de Bade et la

(1) Dana celte déclaration cm trouve l'Idée Aie de Tallevraod, à ce momi nt, de supprimer Napoléon pour cao- Ciller tontes 1rs difficulté. On y remarque un visible encouragement a l'a«*a*sinat : ■ En rompant la convention qui l'avait établi à l'île d'Elbe, Bonaparte détruit le terni. Utre leçut au^uei t»n exutence tr trouvait mtttche*. . Il acm pm« lui-même de la protection de» lot* ... Il a'rat placé bora de» relations cMIrscl *r»clalea... Ennemi el perturbateur du nvindc, Il fett livré à la vm<t%ete pnbliquc. m On ne pouvait pas dire plus clairement qui- Napoléon était mk» hors de la souveraineté , bors de l'humanité mime, et qu'il ctalt licite et raéri-

volutions nouvelles et de favoriser par toute l'Europe les tendances au républicanisme et aux bouleversements (I) ». On ne s'en tint pas au langage de la raison ; on s'adressa aux passions secrètes des princes, et il ne parait pas que, dans cette voie, on ait reculé devant les procédés les moins scrupuleux, ainsi qu'on en peut juger par le trait suivant que l'on regrette d'avoir à rapporter : des papiers que Louis XVIII avait laissés lors de sa luite précipitée des Tuileries furent remis à un ministre russe; c'était un traite secret d'alliance contre la Prusse et la Russie conclu le 3 janvier 1815 entre la France,

(l) M. Bignon, Hiitoir* de la France tout Napoléon, tome XIV, p. tn.

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l'Autriche et l'Angleterre; plus des lettre* de * Talleyrand au roi pendant le congrès, lettres où j le spirituel et caustique diplomate écrivant à un souverain de son humeur s'était complu à tout raconter, les choses publiques et des galanteries t privées, avec la verve de sa critique mali- ! rieuse (1). On ne sait ce qui serait résulté de 1 ces révélations, si elles étaient arrivées à temps aux intéressés. Elles furent prol>ablement retenues par quelques-uns de ces ministres, ennemis implacables de Napoléon, qui gouvernaient alors les rois absolus de la coalition. Les négociations < n'aboutirent nulle part C'est ce dont rendit , compte le ministre des affaires étrangères dans I un rapport qui fut publié au dernier moment dans le Moniteur du 16 juin. Mais l'on doit rappeler ! ici l'événement qui frappa le plus d'impuissance les efforts de la diplomatie française.

Murât avait gravement contribué aux désastres j de 1814 par son alliance avec les ennemis de l'Empereur; en 1815 il fut pour la France une [ cause non moins fatale de revers , par son ardeur intempestive à prendre les armes contre l'Autriche.

En quittant l'Ile d'Elbe , Napoléon avait renvoyé à Murât le chevalier Colonna, chargé de lui '< dire : l°quc l'Empereur revenait en France, ré- ; solu à maintenir le traité de Paris du 30 mai ■ 1814; 2° qu'il désirait que Murât fit connaître j à Vienne cette pacifique résolution, impliquant j formellement la renonciation par Napoléon à [ toute prétention sur l'Italie. Le chevalier Colouna devait insister de plus pour bien recommander à Murât de ne pas se presser d'agir quoi qu'il arrivât, et surtout de «s'abstenir de toute hostilité envers le saint-si^ge. L'Empereur changeait de politique envers Rome ; il était décidé à se réconcilier avec le pape, à qui il allait envoyer un ambassadeur, son oncle le cardinal Fesch(2).

Des lettres postérieures, écrites de Paris à Murât, vinrent confirmer ces intentions de l'Empereur.

Mais déjà il était trop tard. Murât ne s'appartenait plus. Ce prince savait, d'une part, que la coalition avait résolu de le détrôner; il pressentait, d'autre part, qu'il pourrait être sacrifié à quelque combinaison de l'Empereur pour faire la paix avec l'Autriche; il craignait que, si l'Italie était reprise par la France, le prince Eugène, resté fidèle, ne lui fût préféré; il comptait austd qu'il serait victorieux, qu'il pourrait venir au secours de son beau frère et «le la France, et par là réparer les fautes passées. Poussé par tous ces sentiments à la fois, obsédé d'ailleurs par les sociétés secrètes dont il s'était cru faire le chef, Murât, dès qu'il avait eu vent du départ de l'Ile d'Elbe, avant même qu'il eût reçu le message porté par le chevalier Colonna, s'était hâté d'envoyer à Vienne une note pour signifier son inten-

(1) M. Bi*non, I. XIV, p. jts.

' (t) M. Uignun, t. XIV, p. j99.

ON Ier 440 tion de reprendre la ligne de position qu'il occupait sur le Pô dans la campagne précédente. Cette note, qui était une déclaration de guerre, tomba a Vienne, le 8 mars, le lendemain du jour qu'on y apprenait, par un avis du grand-duc de Toscane, que Napoléon venait de s'échapper de l'Ile d'Elbe.

Plus de doute : Napoléon et son beau-frère s'entendaient; le premier acte de Napoléon en regagnant le continent était de provoquer toute l'Europe, et cela par une déclaration de guerre faite à l'Autriche, la seule puissance qu'il eût intérêt à ménager, la seule qu'il eût quelque espoir de détacher de la coalition. Le fugitif de l'Ile d'Elbe avait perdu le scnsl

Cependant Murât faisait suivre de près les menaces et la guerre. Dès le 12 mars, il se jetait en avant, culbutait tout d'abord l'Etat pontifical qu'on lui avait recommandé de ne pas inquiéter, mettait en fuite le pape au milieu des cérémonies de la semaine sainte, circonstance qui fut remarquée, et venait chercher les Autrichiens sur le Pô. Or, toute cette agression était imputée a Napoléon; Murât n'était, disait-on, que son lieutenant ; dès *on apparition sur le continent, Napoléon revenait à ses fureurs contre le chef de l'Eglise catholique I

On sait le sort qui attendait Murât. Après une courte campagne commencée avec quelque éclat et terminée misérablement, ce malheureux prince rentra presque seul à Naples, dans la nuit du 19 au 20 mai, disant à sa femme : « Madame, je n'ai pas pu mourir ». Le lendemain, il fuyait encore, laissant derrière lui son royaume au prince royal de Sicile, depuis Ferdinand IV, que ramenaient les Autrichiens victorieux.

Dans des notes fournies au ministre des affaires étrangères pour son rapport du 7 juin, publié au Moniteur du t6, notes dictées par Napoléon ou écrites de sa main, on lil au sujet des événements de Naples : « Insister pour dire qu'il (l'Empereur) n'est pour rien dans ce qui a été fait (I) ». Il était trop tard pour dissiper les préventions de l'Europe. Personne ne doutait que Murât n'eût agi d'après l'inspiration et l'ordre de Napoléon.

Le vertige régnait. Napoléon voulait conjurer les tempêtes que son génie prévoyait dans un prochain avenir ; mais les rois ne voulaient pas être sauvés par lui. Il avait compris la nécessité de rendre au peuple la liberté; mais la liberté se révoltait contre son tardif initiateur. Il n'y avait de sagace que l'instinct des révolutionnaires ; ceux-ci pressentaient sûrement que le fondateur de la révolution de 89 ne serait pas l'homme d'une révolution nouvelle et qu'il ne se prêterait pas a ce que lui-même appelait déia Us réclamations vagues, absolues, immodérées. Pour ceux qui tendaient à remanier l'ordre social, Napoléon était un obstacle , le seul qu'ils

(DM. Bignon.UXIV, p. su.

Missent à redouter. Les révolutionnaires comme les conservateurs, les absolutistes comme les libéraux, tous poussés par les mobiles les plus divers, aspiraient également a une catastrophe.

C6. La France, bien que surprise dans un désarroi «ans nom, avait pu subvenir eu moins de trois mois à la levée d'une force militaire suffisante pour résister à toute l'Europe. Mais cette année reformée à la bâte manquait de cobésion ; les soldats méprisaient la plupart de leurs chefs que chacun avait vu passer, de défection en défection, de l'Empire à la royauté et de la royauté â l'Empire, on se souvenait des trahisonsde 1814; on se croyait encore enveloppé de trahisons; d'ailleurs l'esprit de dénigrement, d'opposition et de révolte était dans les nouveaux régiments comme dans le reste de la France. Pour maintenir cette armée , ou mieux pour lui donner ce qo'clle n'avait pas, de l'union, de la discipline, de la confiance en elle même, une série continue de succès était indispensable; un seul échec, survenant au début, devait la décomposer et la disperser.

Les opérations militaires commencèrent avec la sûreté habituelle au vainqueur de tant d'autres coalitions. Déjà 120,000 hommes et 330 bouches à feu étaient arrivés, le 14 juin, sur la Sambre, sans être attendus, près des armées de Wellington et de Blûcher. Ces deux armées ennemies faisaient le double de l'année française ; toutefois attaquées avant d'avoir pu se joindre, elles allaient être séparées l'une de l'autre, puis battues tour à tour, suivant une tactique dont Napoléon avait souvent fait usage. Mais la veille, pendant la nuit, un général chef d'état-major s'échappa de l'armée française et porta à l'ennemi le plan de cette opération. Un autre général, dont l'impétuosité avait été jusque-là irrésistible, manqua à occuper une position, celle des Quatr«-Bras, nécessaire pour écraser l'armée prussienne et empêcher la jonction des deux armées de Wellington et de Blûcher. La bataille de Ligny, chèrement gagnée (15 16 juin), ne décida

dans cette mêlée du Mont- Saint- Jean ou de Waterloo, nul ne peut le dire, nul ne le sait; il y a eu des démentis pour toutes les accusations, des réfutations pour toutes les apologies; tout est contesté, rien n'est prouvé; les juges compé-

campagne (le départ de Dourmont). Je les écrasais à Ligny, si ma gauche eût fait son devoir {si ÎS'ey avait occupé les Quatre- Bras). Je les écrasais encore à Waterloo, si ma droite ne m'eût pas manqué (inertie de Grouchy laissant passer les Prussiens et ne se repliant pas sur l'armée française)... » Jamais le soldat français n'avait été plus brave; mais il se méfiait de tous ses chefs, hormis un seul «Tout mouvement qu'il ne comprenait pas, l'inquiétait; il se croyait trahi. Au moment où les premiers coups de canon se tiraient près de Saint-Amand, un vieux caporal s'approcha de l'Empereur : — ■ Sire, méfiez-vous du maréchal Soult ; soyez certain qu'il nous trahit..* » — Au milieu de la bataille, un officier fit le rapport au maréchal Soult que le général Vandamme était passé à l'ennemi, que ses soldats demandaient à grands cris qu'on en informât l'Empereur (il n'en était rien). Sur la fin delà bataille, un dragon , le sabre tout dégouttant de sang, accourut criant : ■ Sire, venez vite à la division ; le général Dhénin harangue les dragons pour passer à l'ennemi. — L'as- tu entendu ? — Non, Sire ; mais un olficier qui vous cherche l'a vu et m'a chargé de vous le dire. » Pendant ce temps , le brave général Dhénin repoussait une charge ennemie tout en recevant un boulet qui lui emportait une cuisse (i).

Il est certain que plusieurs soldats furent vus se tuant entre eux pour ne pas survivre à la défaite de la France (2). Na|>oléon céda luimême à ce désespoir. Il chercha la mort au plus épais du carnage; mais la mort ne voulut pas encore de lui.

67. Le l(J juin, à Philippeville, Napoléon prenait des mesures pour rallier à Laon les débris de l'armée. A Laon, il eût dû rester là où étaient pour lui la sûreté, pour la France l'action nécessaire, à la tête de l'armée; mais trompé par une lettre qu'il avait reçue du président de la chambre des représentants, Napotéon se laissa entraîner à Paris dans les misérables querelles

rien. Quant à ce qui se passa le surlendemain 18, : d'un parlement déjà révolté contre sa défaite. II

arriva à Paris le 20 juin. Il n'osa pas aller occuper le siège de la puissance souveraine, les Tuileries ; il se rendit au petit palais de l'Élysée-Bourhon. « Vont-ils me déclarer la guerre à présent ? » dit-il à quelques intimes,

tenta ne s'accordent pas et discutent encore. La I en parlant des libéraux des deux chambres. —

victoire était assurée, dit-on, lorsqu'il survint un corps prussien que l'oncroyatt être un corps français, et tout fut remis en question. •* Journée incompréhensible, disait Napoléon à Sainte- Hélène, concours de fatalités inouies!... Et pourtant tout ce qui tenait à l'habileté avait été accompli .. Tout n'a manqué que quand tout avait réu>si.„. Singulière campagne! reprenait-il , dans moins d'une semaine, j'ai vu trois fois échapper de mes mains le triomphe assuré de la France.... Sans la désertion d'un traître, j'anéantissais les ennemis en ouvrant la

Ils vont parier d'économiser l'eau et les pompes quand la maison est en (eu, » lui fut-il répondu. Et l'on ajouta quelques mots sut la nécessité d'un coup d'Etat, de la dictature. Napolë«m reprit d'une voii altérée : « J'ai commencé la monarchie constitutionnelle; convoquez les ministres. »

Alors s'ouvrit une seconde et dernière campagne de Waterloo où les ennemis se nommaient, non plus Wellington et Blûcher, mais Lafayette,

(I) Observations tur la rampaone de Jraltrloa. ,ï) Klcurj-Oiaboulun, Mémoires sur 181», t. Il, p. 180

Lanjuinais , Fouché, Manuel, Jay, Lacoste, et quelques autres que l'on pourrait encore citer. A ces révolutionnaire», à cor républicains en qui le patriotisme parlait moins haut que l'esprit de ; si de, se joignaient de* partisans du duc d'Orléans, des royalistes en grand nombre, entin des ' hommes excités par un désir per>onnel de ven- 1 geance. Au reste , ce qui poussa toutes ces hosti- : lites diverses à se coaliser pour renverser Napoléon dans un moment où seul il pouvait encore défendre l'indépendance nationale, ce fut la crainte que l'on eut de le voir s'emparer de la dictature, comme le bruit en courait. Les chambres congédiées, plus de liberté, encore le despotisme, encore le règne des militaires, des courtisans, des hommes de police, plus d'avenues pour les nobles ambitions l Quelques-uns craignaient aussi pour eux l'exil, la confiscation , les prisons d'État. II n'y avait que l'humiliation et l'asservissement de la France que l'on ne craignait pas. A ceux qui exprimaient des doutes à cet égard , on répondait que l'Empereur était seul l'obstacle à la paix et que, Napoléon écarté, tout s'arrangerait. On oubliait l'abus que l'Europe avait déjà fait de sa victoire en 1814 dès qu'elle avait cessé de redouter la présence de l'Empereur.

Le conseil des ministres délibérait encore auprès de Na|K>léon, lorsqu'on reçut à l'Elysée un message «le la chambre des représentants convoquée à la hâte : la chambre signifiait à l'Empereur qu'elle venait de se déclarer en permanence pour prévenir sa dissolution ; les ministres étaient sommés de comparaître devant elle, pour donner des explications et recevoir des ordres. La chambre s'emparait du gouvernement (séance du 21 juin). Lucien se rendit à l'assemblée au nom de l'Empereur. A la vue de l'Itoratue du 18 brumaire, on s'irrita beaucoup. Lucien fut menacé; l'Empereur, insulté. •« Je ue vois qu'un homme entre la paix et nous », criait le républicain Lacoste; « qu'il parte, et la paix sera assurée, h Lafayelte demanda compte de trois millions de Français sacrifiés a l'ambition de Napoléon. « Nous avons assez fait pour lui, ajoutait-il, maintenant notre devoir est de sauver la patrie. » C'étaient là les sophismes de la peur et de l'esprit de parti. De tous cotés on entendait ces cris : « Qu'il abdique, ou nous le déposons. «

L'assemblée se sépara à huit heures du soir, en nommant une commission à laquelle devaient s'adjoindre d'autres commissaires de la chambre des pairs, le tout pour examiner l'état des choses et proposer des mesures en conséquence. Ou voulut bien admettre dans celte réunion cinq ministres de l'Empereur.

Le lendemain , 22 juin, les commissaires, à la majorité de 16 voix contre à, proposaient, comme moyen de salut, de remettre aux deux chambres tout le gouvernement. Tour ménager le peuple , on déguisait cette usurpation sous des formes diverses : il s'agissait de négocier

directement la paix, de préparer la défense nationale, de lever des troupes , etc.

Cependant la chambre des représentants, effrayée des nouvelles qui lui arrivaient de l'armée où l'Empereur était incessamment invoqué, sentait de plus en plus que Napoléon pouvait reprendre son autorité; c'était le seul péril qu'elle redoutât. Une motion sortit des conciliabules des meneurs; elle circula de banc en banc; elle se trouva tumultueusement accueillie avant même qu'elle fût faite. Celait une demande d'abdication. « Qu'il abdique ! — Nous attendons une heure. — Une heure et pas davontage. » — « Si dan» une heure il n'a pas abdiqué, ajoutait Lafayelte, je propose In déchéance. »

La députnlion chargée de cette demande arriva à l'Elysée oii l'on s'entretenait toujours autour de l'Empereur de la nécessité de s'emparer de la dictature , vain murmure dont l'écho porté | au dehors {lotissait les fiartis an furieux paroxysme de la peur.

Napoléon, resté eeul avec quelques amis, dicta la déclaration suivante :

c Français,

« En commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous les elTorU. «le toutes les volonté», et sur le concours de toutes les autorités nationales. J'étais fondé a en espérer le succès, et J'avais bravé les déclarations des puisMiices contre moi.

• Les circonstance* me paraissent changées. Je m'offre en sacrifice a la haine des ennemis de la France. Puissent 41s être sincères et n'en vouloir réellement qu'il ma personne! Ma vie politique est | termiii'C. Je proclame mon Gis, sous le titre de Napoléon II. empereur des Français. Les ministres ' actuels formeront provisoirement le conseil du gou- ' vernemeut. L'intérêt que je |»rtc à mon fils m'engage à inviter les chambres à organiser sans délai , la régence par une loi.

I « Uinssei-vom tons pour le salut public et pour ; rester une nation indépendante. •

Napolêo.x.

Palais de l'Elysée Bourbon, le S3 juin I8I&.

Les deux chambres, en recevant, le 22 juin vers le milieu du jour, l'abdication de l'Empereur, manifestèrent une approbation hypocrite. Il fallait épargner le sentiment populaire inquiet, irrite, paraître louer l'Empereur quand on venait de l'outrager, et faire dire dans le public . tout est sauvé, quand tout était perdu. Les assemblées proclamèrent même, le 23 juin, Napoléon II emjierenr des Français, mais tout en prenant des mesures qui annulaient en fait cette reconnaissance du nouveau souverain.

Nous n'avons pas à nous occuper de la suite des événements qui ne sont plus l'histoire de Napoléon. ,e8 Partis sétaient coalisés pour ! abattre l'Empereur vaincu. L'obstacle commun écarté, ils se précipitèrent dans les diversités j et les contrariétés de leurs intrigues, ceux-ci i pour la république, ceux-là pour un d'Orléans, ! plusieurs pour une cxlension, quoi qu'il arrivât,

M-' NAPOI

du pouvoir parlementaire, le plus grand nombre pour les Bourbons. Mais les hommes qui comptaient avec les étrangers et la force de leurs armes furent seuls à n'être pas trompés. Les révolutionnaires jouèrent encore un rôle sinistre aulour des Bourbons. En 1814, la France avait perdu sa grandeur politique. En 1815, après les Cent-Jours, elle perdit quelque chose de plus. Hy a eu en vain, jusqu'ici, des gouvernements sages, habiles, soigneux du bien public et même glorieux : ce qui fut fait alors pèse encore sur la France et, pour mieux dire, t>ur toute l'Europe ; car, s'il manque toujours a l'Europe des garanties d'indépendance, de liberté, de progrès pacifique et régulier, c'est que la France ne s'est pas encore relevée de ses déchéances de 1815.

Sa int e-Hé LàrcE.

(25 juin 1815 — 5 mai 1821.)

«8. Napoléon à la MabmuUtm — il demande à comte* tre l'ennemi comme simple général. — Il est dirigé sur Rochefort. — Propositions qui lui sont faUts pour le transporter en Amérique en trompant ta surveillance de l escadre anglais*. — napoléon se cou/Le an prince rtgent d'Angleterre - U gouvernement anglais décide qu'il sera traité comme prisonnier de guerre, et déporté à Sainte- Hélène. — 6ff. Arrivé* à Satntt-Méùne. — Aspect et climat de cette Me. - Longwood. — Occupations de Napoléon. — Ses dictées. — Cènes, rigueurs, persécutions. — fludson Lowe. - Us commissaires de la sainte alliance. - Expulsion de S an tint, de Ims Cases, d'O' Me ara. — Effet vroémtt en Europe par Je* révélations du supplice de Sainte-Hélène. — Agonie et mort de Napoléon. - Ses restes sont transportes en France.

68. — Cependant la nouvelle de l'abdication s'était répandue dans Paris. Des gens du peuple, toujours plus nombreux, s'ameutaient autour des grille* de l'Élysée-Bourbon. Le 24 juin, les démonstrations populaires étaient devenues tout à fait menaçantes. On demandait l'Empereur, on criait : A bas les traîtres! Le gouvernement provisoire, inquiet, exigea que Napoléon quittât Paris. On eut recours à un subterfuge pour le faire partir. Des voilures s'avancèrent à la porte principale du palais sur la rue du faubourg Saint- Honoré. La foule s'y porta. On attendait l'Empereur; on parlait de l'enlever. Pendant ce temps une autre voiture stationnait, inaperçue, devant l'avenue Marbeuf , et Napoléon y montait. Le 25, » il était à la Malmaison auprès de la reine Hortense et de ses deux enfants (1). Le même jour, 25 juin, Napoléon avait fait de nouveau ses adieux à l'année, par une proclamation écrite; mais le gouvernement provisoire, qui craignait le peuple, craignait encore plus l'armée; il arrêta cette proclamation et ne la laissa pas publier.

Grand était rembarras des politiques insensés qui , sans trop savoir les difficultés de leur attentat , avaient entrepris de dérober à la France l'unique dynastie qui fût encore possible dans l'état dis choses et des esprits! Ils voulaient éloigner

(l) Monlhuloo, Récits de la captivité de l'Empereur JiafoUon. elc, 1 vol. in •* ; Pari», 1147 (loue I", p.**).

.ÉON Ier 44G

; immédiatement l'Empereur ; ils n'osaient pas le contraindre à partir; on acte apparent de violence I eût peut-être provoqué nne explosion de ces sen- I timents populaires qu'ils redoutaient et avec lesquels ils Disaient. Mais l'Empereur, à qui ces j hésitations et eet effroi rendaient de secrètes espérances, cédait mal aux instances qui lui étaient faites; il ne précipitait pas, comme on le désirait, ses préparatifs de départ; il semblait attendre un retour des partis, de meilleures inspirations i dans les assemblées, une inspiration sortant | tout à coup de l'extrémité du péril national.

Les Autrichiens franchissaient le Rhin et le* I Alpes. L'armée de Wellington occupait Cambrai, I Péronne et, dépassant déjà Roye, poursuivait sa marche sur Paris. L'armée de Blùcher, pins rapide encore, était arrivée, le 28 juiu, à Senlis. Le 29, on apprit que ses coureurs se montraient à Anbervilliers, à Saint-Germain. Les corps de de l'année française, ralliés mais sans direction, battaient en retraite et ne s'opposaient pas à ces progrès menaçanUi.

Napoléon écrivit à Paris pour demander son | épée de général, le droit de combattre encore l'ennemi, puis l'exil. « Il nous prend donc pour des imbéciles », répondit Fonché en recevant l'héroïque message. Carnot pro|)osa eh vain d'accepter l'offre de l'Empereur et de le remettre comme général à la tête de l'armée ; il fut décidé par la commission de gouvernement que Napoléon partirait , sans pins de délai , de la Malmaison poar Rochefort où deux frégates l'attendaient, prêtes à l'emporter en Amérique.

Depuis le 25 juin , Napoléon était sous la garde d'un membre de la chambre des représentants , le général Becker. Le gouvernement provisoire, en faisant ce choix , avait cru mettre la main sur un ennemi de l'Empereur; mais il s'était trompé; le général Becker, homme de coeur, n'avait trouvé dans sa mission de surveillant que l'obligation d'entourer de sécurité, de sympathie et de respect les derniers moments que l'Empereur devait encore passer sur la terre de France.

Le 29 juin, à six heures du soir, Napoléon partit de la Malmaison se dirigeant vers Rochefort. Il voyagea lentement a travers des populations étonnées, fortement émues, manifestant partout d'énergiques regrets. A Niort, on voulut l'enlever et le placer à la tète de troupes cantonnées dans le voisinage. A Rochefort , où il arriva le 4 juillet , Napoléon trouva les deux frégates mises à sa disposition, la Saale et la Méduse. Il aurait pu, dit-on, se rendre tout aussitôt à bord des navires et partir; il ne le lit pas ; le lendemain des bâtiments anglais qui tenaient la mer observaient de plus près les deux frégates avec des forces supérieures. On accusa tonr à tour de ce contre-temps l'irrésolution de l'Empereur et un avis secret de Fouché au commandant de l'escadre britannique. Il fallait désormais tromper la surveillance ennemie, passer invisible a travers une croisière aux

d by ^£Og{(

aguets, se dérober aux poursuites. Napoléon vit alors venir a lui des dévouements empressés à lui offrir des moyens de salut. Un lieutenant de la marine impériale, nommé Besson, se faisait fort, avec un petit navire marchand mouillé en rade, le brick danois la Magdeleine, de transporter l'Empereur, seul de sa personne, à travers l'Atlantique. La proposition du lieutenant Besson Tut, un moment, acceptée (t). Des aspirants de la marine impériale tenaient prête une chaloupe , avec laquelle ils étaient assurés de gagner les cotes d'Espagne et du Portugal ; là on ne pouvait pas manquer de trouver d'autres amis, moins de surveillance, des ressources pour reprendre la route de l'A* mérique. A l'embouchure de la Gironde, il y avait une corvette, la Bayadère, dont le commandant, le capitaine Baudin, tout son équipage consulté, promettait de traverser la croisière anglaise ou de périr. Un autre commandant, le capitaine Ponet, de la Méduse, offrit, en sou nom et au nom de son équipage, de surprendre, la nuit, le Bellérophon à l'ancre, de l'attaquer bord à bord , de s'attacher à ses flancs et d'arrêter au moins lous ses mouvements; la Méduse, de 60 seulement, ne pouvait manquer d'être désemparée par le Bellérophon, qui était de 74 ; mais pendant la lutte, la Snale, profilant de la brise qui , tous les soirs, s'élevait de terre, pouvait passer avec l'Empereur sans avoir à craindre le reste de la croisière anglaise qui n'était pas en état de lui résister. Ce plan était fort praticable, et Napoléon en jugeait ainsi , lorsque le capitaine Philibert , de la Saale , qui avait le commandement de la station française, déclara qu'il le regardait comme un acte de rébellion et que , loin de s'y prêter, il s'y opposait. On soupçonna dans cette détermination inattendue du capitaine Philibert un ordre secret envoyé de Paris par Fouché (2). Un temps inappréciable avait été perdu. La mer semblait interdite. Louis XVIII rentrait en ce moment dans Paris. Joseph, venu à l'Ile d'Aix pour faire ses adieux à l'Empereur, lui offrit de se livrer à sa place et sous son nom aux Anglais ; des étrangers pouvaient se tromper à la ressemblance des deux fi ères. Il y avait à Bordeaux un navire qui devait transporter Joseph en Amérique ; Napoléon pouvait se rendre à Bordeaux et prendre pour lui-même le navire, tout prêt, qui attendait Joseph. Napoléon ne voulut pas profiter de ce dévouement. Les gens du peuple avaient, eux aussi, leur moyen de salut qu'ils proposaient à l'Empereur; quand ils

II) Monlholon rapporte le traité pa«sé, le 6 juillet, cotre le lieutenant Besson et le comte de La* Cases stipulant pour une personne non nommée dans l'acte ( Récit t de ta captivité , tome I". p. 81-M |.

!*) Dan» une dictée de .Napoléon au général Gourgaud, contenant le récit drs événements du séjour de Roclirfort et de I Ile d'AU, on Ht ce« mou : « Il e»t probable que cet orflcler (le capitaine l'hllibert) avait reçu de» Instructions directes de Ko «rite, qui déjà trahissait ouvertement et voulait me livrer aui Bourbons. . ■ Montholoo, Récits de ta capthUé, tome l«', p. 100.

EON 1er 446

le voyaient passer, ils lui criaient : A l'armée de la Lolrel

Ayant ainsi hésité entre toutes les offres qui lui étaient faites, Napoléon se décida à é. rire la lettre suivante :

Au prince régent d'Angleterre.

Bochefort, 13 Juillet 1815.

c Altesse Royale, en butle aux factions qui divii sent mon pays el à l'inimitié des grandes puissances de l'Europe, J'ai consommé ma carrière politique, et je viens, comme TUémislocle , nf asseoir au foyer du peuple britannique ; Je me mets sous la protection de ses lois , que Je réclame de votre j Altesse Royale comme du plus puissant , du plus constant et du plus généreux de mes ennemis, a

Napoléon.

Le général Gourgaud fut chargé de porter cette lettre en Angleterre, et le comte de Las Cases d'en remettre nne copie au capitaine > Maitland, du Bellérophon. Le capitaine Maitland ' prit sur lui de rerevoir Napoléon à son bord. Le 15 juillet, Napoléon traversait une foule accourue pour le voir une dernière fois et qui éclatait en sanglots; il quittait l'Ile d'Aix sur le brick VÈpervier, le seul bâtiment français qui eût conservé le drapeau aux trois couleurs, et il moutatt h bord du Bellérophon, qui bientôt après levait l'anoe et faisait voile vers l'Angleterre.

Aux Iles d'Ouessant, dans la rade deTorbny, j où le Bellérophon s'arrêta le 24 juillet, on ap- | prit que Gourgaud, porteur de la lettre au prince régent, y avait été retenu, et que h lettre seule j avait continué sa route entre les mains d'un messager anglais ; le capitaine Maitland recevait en même temps l'ordre de se rendre à Plymouth.

A Plymouth, où l'on jeta l'ancre le 2ft, le Bellérophon se vit entouré de canots aimés qui l'attendaient. Toute communication avec la terre lui était interdite.

En recevant la lettre au prince régent, le gouvernement anglais n'avait ressenti qu'un embarras, et c'était de choisir entre les diverses manières qui s'offraient à lui d'abuser de la confiance de l'Empereur dans la générosité de la Grande-Bretagne. Le conseil privé fut convoqué, et ce conseil, se référant à la déclaration de Vienne du 13 mars 1 8 1 o qui mettait Napoléon hors la loi et hors l'humanité , eut beaucoup de peine à se décider entre les propositions suivantes qui furent soumises à ses délibérations : Une prison dans le château de Durbanton, une prison dans la tour de Londres; la remise de Napoléon à Louis XVIII pour être procédé à un arrêt criminel, à une exécution capitale; la déportation à Sainte-Hélène. L'opposition énergique du comte de Su>sex fit seule écarter, dit on , les résolu - ! tions les plus barbares (t). Ce fut la déportation à Siinte-llélène qui prévalut.

La justice de l'histoire veut que l'on ne rende

ft) Montliolon, tome 1% p. îos.

4470) WA.POLEON Ier 448(«)

pas le gouvernement anglais seul responsable de Le 31 juillet, un sous- secrétaire d'État, sir cette extrême déloyauté. A ce moment, l'opi- Henry Bunbury, vint signifier à Napoléon la nion publique en Europe subissait d'étranges décision prise à son égard par le gouvernement ^parements ; elle ne voyait en Napoléon que le anglais. Cette signification lui fut faite par écrit perturbateur de la paix des nations, l'ennemi sous forme d'une instruction adressée à l'acommun des peuples et des rois. En France, un mirai lord Keitb, et dont copie devait être laisdes journaux les plus importants justifiait d'à- : sée au général Bonaparte.' vance , dans un article , la décision du conseil privé d'Angleterre qui devait livrer l'Empereur Napoléon à une cour martiale pour le (aire condamner à mort (I). Brocher avait hautemeut annoncé Tinlention de faire fusiller Bonaparte dans le fossé de Vincennes où le duc d'Enghien était tombé, et, ?ur le refus du duc de Wellington de se prêter à celte exécution , il avait déclaré qu'il laissait à l'Angleterre la responsabilité de sa faiblesse (2). Un contemporain dont les passions si vives qu'elles fussent étaient d'ordinaire réglées par les habitudes d'une haute moralité, Joseph de Maistre, écrivait de Saint- Pétersbourg : « On parle diversement de la résolution prise par les souverains d'épargner la vie de Bonaparte. Prenons la chose par le ton coté, et admirons la philosophique humanité oui épargne ce féroce enuemi du genre humain. Avant le traité de Paris, je n'aurais pas voulu le juger, car il n'y avait point de loi , et celui qui condamne sans loi tue au lieu de faire mourir ; mais maintenant, où serait le doute? Bonaparte est un révolté comme un autre ; il est entré à main armée dans les États d'un prince légitime, reconnu par l'Europe entière; c'est un criminel de lèse-majesté, purement et simplement, et tout le reste do son dossier pourrait être examiné par occasion. L'idée mise en avant, surtout en Angleterre, de le faire juger par des députés de tous les souverains d'Europe, a quelque chose de séduisant ; ce serait le plus grand et le plus imposant des jugements qu'on eût jamais vus dans le monde; on pourrait y développer les plus beaux principes du droit des gens, et de quelque façon que la chose tournât, ce serait un grand monument dans l'histoire (3) Un autre écrivain, un moraliste protestant dont on a fait un des chefs de la nouvelle école libérale, Channing, a hésité à dire combien il trouvait juste et môme insuffisant le châtiment inuïgé à Bonaparte (4).

(I) Monlholon, tome Ier, p. tW, cite le Journal des Dcbats du 80 Juillet ISIS.

ni Biulson l.owr, tome p. I, de V Histoire de la ea,Mrtti de yapolion ci Sainte- Hélène, etc., 4 vol. ln-8"; Pari», IW Hudson Lowe cite a l'appui de son assertion les Mémoires du baron de Mûffling. -.

p) Joseph de Malstre. Correspondance diplomatique. 1911-1817, tome II, p. «0-91, lettre au comte de Front, j-atot-Petersbourp, « Juillet [ S août ) 1813.

(I) m A l'égard des scrupules qu'un au» grand nombre d« personne ont exprime» »ur le droit qu'on avait de l'exiler a Sainte-llêlênc, nom nous bornerons à dire qnc notre conscience n'est pas encore raffinée Jusqu'à

cette excessive délicatesse Rien ne non* étonne plus

dans Bonaparte que l'effronterie avec laquelle 11 invoeua la protection do droit des gens. Qu'un homme qui avait fouie aoi pieds les lois des nations se aolt placé i leur prolecUon, que l'oppresseur du tuoude ait pu

Rnrv. moen. cfont. — t. xxwn

Napoléon protesta

4 août 1815.

En mer. à bord du Bellèrophon.

« Je proteste solennellement ici, à la face du c.cl el des hommes , contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits le* plus sacrés, eu disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Bellèrophon; je ne suis pas prisonnier, je suis litote de 1* Angleterre... Si le gouvernement, en donnant de» ordres au capitaine du Bellèrophon de me rerevoir ainsi que ma suite, n'a voulu que me tendre un piège, une embûche, il a forfait à l'honneur et flétri son pavillon .... J'en appelle à l'histoire. Elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais vint librement , dans son infortune, chercher un asile sons ses lois; et quelle plus éclatante preuve pouvait-il donner de son estime, de sa confiance? Mais comment répondit l'Angleterre à une telle magnanimité ? Elle feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi ; et quand il se fut livré de bonne foi , elle l'immola, a

Napoléon.

Cette protestation resta sans réponse comme deux autres protestations qui l'avaient précédée.

Napoléon devait être transporté à Sainte-Hélène sur te ISorthumberland.

69. — Le 8 août, le vaisseau le iïcrlhumberland, capitaine Ross, deux frégates et sept bricks ou corvettes, ayant à bord le 53e régiment d'infanterie destiné à former la garnison de Sainte-Hélène, mirent à la voile de la rade de Start Bay, sous le commandement de l'amiral Georges Cockburn. La navigation fut tourmeutée et pénible. Soixante-dix jours après son départ, le ISorthumberland s'arrêtait devant une masse

réclamer ses sympathies comme opprimé, et que ses prétcotlons aient trouvé des avocats, ce sont la des choses qui doivent être rangées parmi les. événements extraordinaires de ces temps si extraordinaires euxmêmes. Il faut en convenir, la raee humaine est digne de pitié; eile peut être foulée aux pieds, dépouillée, chargée comme une béie de somme, livrée comme une proie a la rapacité, a l'insolence, au glaive; mais il ne faut pas toucher à un cheveu de ses oppresseurs , a moins qu'il ne »e trouve un chapitre ou une disposition au code du droit de* gens, qui autoriae cette rudesse vls-a-vIs de l'olfen*eur privilégie. Pour nous nous nous réjouirions de voir tout tvran. usurpateur ou héréditaire, conllnc sur un rocher solitaire au milieu de l'Océan. Quiconque offre la preuve claire, même douteuse, qu'il est prêt et fermement résolu a faire de la terre le théâtre du meurtre, a briser toute volonté contraire a la sienne, devrait êlre enfermé comme une tête féroce. . » Nous pourrions emprunter d'autres Impréralions au philosophe libéral; nous non « en tiendrons a l'apologie qui précède <iu martyre de Sainte- Hélène. Channlnir, Notice sur Napoléon , dans le recueil publié par Charles de Rémusat sous le titre de Channing, sa vie et ses œuvres, Ie édition, 1881, p. 371 -t.

447 (*) NAPOLÉON 1er 448 (»)

énorme de rochers noirs, escarpés et nus. C'é- r essais de culture; on avait été contraint de les

abandonner, à cause du vent, des pluies torren-

tait Sainte-Hélène, le cachot réservé à Napoléon. Le vaisseau s'engagea dans an étroit espace et comme sous une voûte entre des rochers qui se menaçaient , sombre avenue qui menait à un groupe de maisons, James-Town, le cherlieu, l'ouverture principale de ce bagne dont l'Angleterre et la sainte alliance avaient lait choix (l).

tiellvs, du défaut d'abri , du grand nombre d'insectes qui, à Sainte-Hélène, germent partout dans le sol.

11 y avait dans l'Ile , au nord-est, un plateau d'une assez grande étendue (l), situé à 532 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le lieutenant gouverneur y Taisait sa résidence pen-

A Plymouth, à Start-Bay, Napoléon avait pu | dant les quelques mois de l'année que ce plateau

pressentir le traitement qui l'attendait. A la était habitable (2). On y avait aussi établi une

vérité ses appréhensions les plus sinistres s'é- ferme pour des essais de culture, depuis inler-

taient dissipées au milieu des rudes marins du j rompus. C'était là le lieu destiné à Napoléon ,

IS'orlhumbcrland; ces braves gens s'étaient montrés d'abord étonnés et curieux, bientôt après naïvement sympathiques, et toujours respectueux. Mais les marins du Northumberland représentaient le grand peuple d'Angleterre et non pas son oligarchie ; leur générosité naturelle avait involontairement trompé l'auguste captif. A Sainte-Hélène Napoléon ne devait plus trouver que l'oligarchie anglaise et ses implacables desseins.

L'Ile, à l'intérieur, n'était pas tout à fait ce que l'annonçait son aspect du dehors. Après avoir encore contemplé d'énormes masses de rochers, l'œil s'arrêtait, non sans quelque surprise, sur des vallées tapissées de verdure; une partie, au nord-ouest , offrait de» sites agréables , des arbres, d'élégantes constructions ; c'était Plantatwn-house, adossée à des hauteurs qui l'abritaient contre les vents du sud-est. Des nuages, presque toujours amoncelés autour des pics élevés de l'Ile, interceptaient les rayons brûlants du soleil et entretenaient au-dessous d'eux, dans cette région presque tropicale, un climat des zones tempérées. Mais on ne tardait pas à remarquer que ces nuages sans cesse agités qui voilaient le ciel, s'ils rafraîchissaient l'atmosphère, la faisaient aussi extrêmement variable ; on avait dans la même journée des brouillards, la pluie, le soleil, la sécheresse, puis encore des brouillards, «t toujours le vent. Les vents continus qui souillaient du sud-est rendaient arides les lieux sur lesquels ils passaient. Peu ou point de terre végétale, si ce n'est dans les ravins et le fond des vallées. L'Ile n'avait point de productions suffisantes pour ses habitants si peu nombreux qu'ils fussent, et ceux-ci recevaient du dehors leurs moyens d'alimentation. Les denrées nécessaires étaient à des prix exorbitants. On avait fait plusieurs fois des

Il est lœpoiilblé, dit une relation moderne, de rencontrer de* rl*agc« d'un aspect plui Inhospitalier. • ( Mauelln, Sainte-Hélène ; Parti, mt. \ - Madson Ixme lut-mêmr n en disconvient pas : « t.'a«pcct de cette «le, du rôté de la mer, e»t, dit II, tomber et menaçant. Un masteg ite rocher* volcaniques atu cunes algues et denteler* »'elevenl autour de» côte» et forment un rempart naturel de pierre qui «emble fermer l'iiccé* de l'intérieur de 111e... Ses bord* arides et «teille», dépourvu» d'arbres et de verdure, ont nn air de désolation qui glace rime.. » lludioo Lowe , Captivité de Napoléon, 1. 1", p. Si. i

non pis à cause de ses conditions insalubres , mais parce qu'il n'y avait pas dans l'Ile un autre lieu d'une garde plus assurée. Longwood , • entouré de tous cotés par des ravins abruptes et profonds , et des murailles de rochers sibles au pied de l'homme (3), » formait un cachot naturel.

Quand Napoléon arriva à James-Town, on n'avait pas encore eu le temps d'approprier Longwood à sa nouvelle destination. L'amiral fit aussitôt commencer les travaux. Napoléon, qui ne voulut |>as rester à bord du iïorthumberland, demeura le premier jour, le 17 octobre, chez un habitant de l'Ile nommé Porteus, et les jours suivants aux Jihars (les Ronces), dans le cottage d'un négociant anglais, M. Balcombe, dont l'bonnêle et charmante famille offrit à l'auguste captif les seules distractions agréables qu'il devait trouver à Sainte -Hélène (4).

Les travaux ordonnés à Longwood forent terminés le 8 décembre; le 10, Napoléon s'y installa avec sa suite (&) . Le lendemain, tout avait été réglé

(1) D'ane circonférence de prés de sept kilomètres, d'après lludson Lowe, Histoire de la captivité , etc. tome Ie', p. 60.

(î) • A LoiiRWood, dit un écrivain angUU, »ur le* dôme mois de l'année, Il y en a un pendant lequel tl fait beau, pendant deux autres on est exposé S l'ardeur du soleil vertical des tropiques; pendant les neuf autres, c>*t une alternative de brauliUrds et de beau temps avec des •verbes subite*. « Documents pour ter rir a l'khloire de la eaptivtté de Napoléon Bonaparte à Sainte - /ir- Une, etc.; Paris. ISS). — Il ne faul point que ce nom de Ijongwood | Long bols) donne des Idées d'ombrage ; Il n'y avait que des arbres a gomme, au maigre et plie feuillage, que le* venta alises a« aient tous courbés du même côté sous un angle de 41 degrés.'

(S) c'est Hud'ott Lov»e qui « exprime ainsi, tome 1" p. «i de «on Histoire de la captivité-,

(q Une des deux filles de M. Balcorobe a écrit, »ur le séjour de l'Empereur aux Rrlam, un récit Intéressant qui n'a pas encore été traduit en français : BecoUecliont <tf tke Emperor Napoleon,bj Mr» Abell formerly mit» ëliubeth Balcombc.

(I) CeUe mite se composait dn comte et de la comtesse Bertrand et de leurs trois enfanta. Mme Bertrand mit bientôt au monde un quatrième enfant, qu'elle p retenu ainsi a l'Empereur : ■ Sire, voici le premier Français arrivé dans l'Ile sans la permission de M. le gouverneur • — Le comte et la eomtes<e de Montholon et leur enfant; MM de Montholon donna aussi bientôt le Jour a un »cc«>ud enfant. — Le comte de Las Cases et son fil< — Le général Gonrgaud. — Quatre valets de chambre . Marchand, Saint- D'-nls, Noverrax et Sauttnl; les deux frère» Archambault, plqaeurs, Gentklinl, valet do pied, Clprtanl, mMlrc d'hôtel-, l-epage. cuisinier; Plerron,

suivant les usages des Tuileries. Bertrand, Mon- < entre son enfance et son avènement a la souve-

tholon, Gourgaud, Las Cases étaient décorés de 1 raineté; sur le reste, il s'en tint à des notes

litres de cour. « Dès le premier jour, un valet pour rectifier ou compléter les outrages les plus

de chambre «le service se tint dans la pièce qui ! récents publiés sur son histoire, comme VAm-

précédait la salle de bain, et qui servait de pe- bassade de Varsovie , de l'abbé de Pradt, les

tile entrée à l'appartement de l'Empereur. Deux Mémoires sur les Cent-Jours, de Fleur y-Cha-

valets de pied furent placés dans le passage ser- , boulon, le prétendu Manuscrit venu de Sainte-

vant d'entrée à la salle à manger, où se tenait un Hélène, etc. Nulle part, il ne dit le mot de sa

valet de chambre pour le service du salon et du : politique; partout il dit le mot qui pouvait le

cabinet topograpliique, dès que l'Empereur était , mieux convenir aux idées et même aux préjugés

babillé... Enfin, le service de table fut fait avec de son temps. Parfois il échappait à ce soin de l'argenterie cl la porcelaine apportées de Paris, gloire personnelle pour juger des politiques , des

Le maitre d'hôtel, In chef d'oflice portaient l'habit vert brodé en argent, le gilet blanc, la culotte de soie noire , les bas de soie blancs et les souliers a boucles. Les deux valets de chambre, Saint-Denis et Noverraz , portaient le même costume, à la seule différence de la broderie en or. 11 y avait en outre six valets de pied en livrée. Les valets de chambre seuls servaient l'Empe-

guerriers des temps passés; il s'occupa notamment ainsi des campagnes de César. Dans ces diverses dictées, on trouve une vigueur de conception, un mouvement et une vie de pensée, un calme de raison, une sérénité d'esprit, une beauté naturelle d'expression qu'on n'a pas encore assez admirés. Napoléon est en liltéralure comme en politique un chef d'école et un modèle incompa-

reur, lorsqu'il mangeait dans ce qu'il appelait ! rablc.Sacliantcombienladiscipline des actes dans intérieur.... L'Empereur prit l'habitude de i ja société lient à la discipline des id«*cs et des sentiments, il aimait les œuvres littéraires où l'art s'inspire régulièrement des lois de la logique, du beau et du grand ; il ne tolérait pas plus la fantaisie et les caprices qu'il ne permettait la licence et la révolte; de là le goût exclusif qu'il avait et qu'il professait pour les écrivains du 17e siècle de la France; il voulait que la littérature fût pour l'Ame un régime fortifiant d'idéal héroïque ; la tragédie le ravissait ; c'était le lyrisme de la passion, de la volonté, de la vertu humaine. Il avait horreur des genres mêlés, indéterminés, bourgeois. Mais tout en s'asservissant aux règles, Napoléon réclamait pour l'art une liberté indéfinie d'invention ; la sagesse médiocre des écrivains imitateurs le rebutait; c'était là un trait original de son génie : il pressentait pour la littérature un mode d'inspiration nouveau, plus étendu et plus complexe; poussé par ce besoin, il faillit se plaire à Ossian , il comprit Goethe , mais il s'arrêta à Homère, à la Bible. Les compagnons de sa captivité avaient peine h suivre Napoléon dans ces développements ; ils n'en ont saisi que des aperçus. Ce qu'ils comprenaient mieux , c'étaient ses jugements sur les hommes de l'ère impériale ; à cet égard ils s'étonnaient surtout de l'impartialité avec laquelle Napoléon parlait de ses ennemis , même de ceux qui l'avaient le plus bassement trahi. Mais dans cette impartialité, dont ils s'émerveillaient à tort, il y avait autre chose qu'une indulgence souveraine; les temps de révolution affectent l'esprit d'un vice mortel, vice dont Napoléon a trop souvent montré que son génie n'était pas exempt : c'est le dédain des principes moraux, c'est surtout le mépris de l'espèce humaine ; on ne ressent point de colère contre ceux de qui l'on n'a jamais rien attendu de bon, de grand et de fort. L'Empereur, qui se méfiait, sinon de l'intelligence, du moins des préjugés de ses interlocuteurs, demandait à voir tout ce qu'ils écrivaient à son sujet même

passer sa soirée à table ; au dessert, il se faisait apporter Racine , Corneille ou Molière, et, choisissant, pour lire à haute voix , l'un des chefsd'œuvre de ces grands hommes , il nous disait : «A quel spectacle irons-nous ce soir? Enten-* drons-nous Talma ou Fleury ? » Cette lecture le menait jusqu'à dix ou onze heures.... (I) ». Quand les lectures n'avaient point lieu, on apportait des tables pour jouer, et Ton vit plus d'une fois Napoléou, dont cet amusement ne retenait plus la pensée, prendre un air distrait, demeurer immobile et l'œil fixe , puis se lever pour se rendre dans sa chambre à coucher, en repoussant devant lui le jeu.

Le jour était donné à des lectures, à des dictées, à des promenades en voiture ou à cheval, plus tard aussi à des travaux de jardinage. Sur ! le Northumberland on avait vu l'Empereur se tenir enfermé pendant plusieurs heures avec quelqu'un de sa suite pour s'occuper de ce que l'on appelait autour de lui ses Mémoires. Ce travail fut repris à Longvvood. Napoléon ne parait pas avoir eu l'intention, qu'on lui a prêtée, d'écrire son histoire; il s'attacha à quelques points seulement, à ceux surtout dont sepréoccu** pait l'opinion de ses contemporains ; il raconta les campagnes d'Italie, celles - d'Egypte et de S) rie; quelques épisodes des événements qui se placent

sommelier, Rousseau, Intendant; quatre domestiques, attaches au service «les deux familles Uertr;nd et Montholoo. — Plontowki , officier polonais, de l'Ile d'Elbe, obtint la fasrur de suivre Napoléon et arriva à «jinlc-Uélene dans l'anntc ISI6. — M. Barry-Bdward O' Meiira, Chirurgien du Belitfrophon, faisait au*»i partie de l'établissement de l.ongwood, en qualité de médecin. — Ce personnel s'augmenta d'un asset grand nombre de gens de service, pris dans l'Ile, dans la garnison et parmi les équipages des navires. Kn tan, on comptait, outre 1rs domestiques ci-dessus. 10 soldats anglais, 7 servaules augUUes. s aides dont S Chinois, employés a la culline, clc. Il y avait de plus le service de l'écurie.

(t) Montholon, RtciU de la CaptlviU, tome l«', p. tw.

cil leur nom personnel. Il soumettait à une révision ses propres dictées. Les jours se passaient ainsi dans les souvenirs de gloire, dans la préoccupation des passions de l'Europe, dans un soin assidu à prévenir l'opinion de la postérité.

NAFOLKON 1

injures et les nouvelles du triomphe de ses ennemis. On en vint encore à interdire à Napoléon de recevoir des visites, sans que les personnes, le but de l'entretien, les paroles à dire eussent été preablement l'objet d'un interrogatoire, d'une en-

Cependant l'horrible lutte des vengeances <lr* quête, d'une permission de la part du gouver-

la politique contre l'homme que protégeaient en neur. N ipoléon, dans ses promenades, aimait à

vain les grandeurs de son histoire, l'auréole de se laisser saluer des passants; il s'ai rétait à la

son génie et la majesté du malheur n'avait pas ■ porte des maisons , questionnant avec bienveil-

tardé à commencer. Nous n'en raconterons pas ; lance, faisant des dons aux bonnes gens , cares-

tous les épisodes; nous en relèverons quelques sant les enfants qui lui rappelaient son fils. Ces

traits seulement.. communications turent défendues, et comme

Les sujétions auxquelles Napoléon se trouva rien ne pouvait contraindre Napoléon à s'en

condamné avaient été, presque toutes , imagi- ( abstenir, les habitants reçurent l'ordre, sous des

nées par la crainte d'une nouvelle évasion comme peines diverses , de s'écarter de son passage, de

celle de l'Ile d'Elbe. En Europe, en Amérique ne point s'offrir à sa vue, de s'en éloigner, et

on parlait tout haut d'expéditions pour délivrer même, chose incroyable, il leur fut fait in-

le captif de Sainte-Hélène. Chaque jour voyait naître un projet. On savait combien les esprits révolutionnaires revenaient tumultueusement à l'homme de la souveraineté moderne. Le danger paraissait immense. La peur des rois ne recula devant rien pour empêcher une nouvelle apparition de Napoléon sur le continent.

jonction de ne point parler entre eux du « général français ». Les habitants de Sainte-Hélène inventèrent un sobriquet pour désigner l'Empereur et se donner de ses nouvelles à l'insu de la police : ils l'appelaient Boney ou Bony (t).

Ce qui n'était pas moins malaisé, c'était d'enlever à Napoléon des moyens d'acquérir ou de

De là, toutd'abord, le camp établi au-devant payer des agents ; on avait saisi et inventorié ses

de Longwood, sur le plateau voisin de Dead- effet»; on ne lui avait trouvé qu'une somme de

wood; les postes placés à toutes les avenues peu d'importance (2) ; on lui supposait, non sans possibles, postes dont les sentinelles se rap- ; quelque raison, d'autres ressources, qui avaient

prochaient la nuit jusqu'à toucher la maison été dissimulées ; on entreprit de s'en assurer ;

pour empêcher d'en sortir ; de là l'officier qui pour cela on fit sur les dépenses de la maison de

levait suivre Napoléon dans ses promenades et Longwood des difficultés qui paraissaient inspt-

ne jamais le perdre de vue; un télégraphe trans mettait d'heure en heure, de Longwood à Plantation-house, des observations sur la présence de Napoléon et ses moindres mouvements.

On ne s'en tenait pas à cette garde et à cette surveillance. Pour que les moyens d'évasion manquassent au captif, pour que l'idée même de s'en procurer s'éloignât de lui, il fallait que

rées par Je désir d'indignes économies ; en réalité, on espérait que l'Empereur, impatienté, déclarerait qu'il subviendrait lui-même à «a nourriture et à celle des personnes de fa suite; et l'on verrait par là s'il avait de l'argent caché. On fut trompé dans ce calcul; Napoléon ne manqua pas de s'impatienter, de repousser |>our lui et les siens la parcimonie de ses geôliers ;

Napoléon ne pût ni s'entendre avec des agents , mais il déclara en même temps qu il n avait de ni avoir des ressources pécuniaires pour en ga

gner, ni recevoir du reste du monde des propositions , des confidences, des avis propres a l'entretenir dans l'espoir de son rétablissement en Europe. On en vint ainsi , et cela dès les premiers jours, à lui interdire de recevoir ou d'envoyer des lettres dans l'Ile autrement que décachetées et sous le couvert du gouverneur. Les lettres adressées hors de l'Ile et celles qui venaient du dehors devaient en outre passer, pour y être examinées, à Londres, dans le cabinet du foreign office. Napoléon fut privé de toute correspondance avec les membres de sa famille, aucun d'eux n'ayant voulu se soumettre aux gênes et aux tolérances d'une pareille inquisition. Quant aux lettres des partisans, de* amis enthousiastes, il ne pouvait même pas en être question; elles étaient toutes retenues, ainsi que les publications imprimées où l'on aurait pu voir les mouvements de l'opinion publique d'Europe en faveur de la cause de l'Empire ; on ne laissait arriver an captif de Longwood que les pamphlets, les

[\)«U cause de ce sobriquet tient de la défense qoi a été faite aux habitant* de l'Ile de s'entretenir sur Bonaparte et les gens de sa suite. Voici la déclaration ou cette défense est mentionnée : - Personne ne doit faire mention du nom de Bonaparte nu en faire le sujet de sa conversation , encore moins s'occuper des restrictions qu'il a plo ou qu'il plairait à Son Excellence de lui Imposer, parre que Bonaparte a été mis hors la loi commune par le congrès (de Vienne. UIS). Personne ne doit parler non plus aux gens de sa suite, attendu qu'ils ont consenti volontairement à se soumettre aux mêmes restrictions que celles qui lui étalent Imposées. ■ Pages 11-5» des Docwmenfi pour servir à Fht'toire d« la cap* tinté de Napoléon Bonaparte à Sainte ■ H iltne ; Parla, lin.

(t) 10,000 franc*. Mal* on avait mal cherché. « l-a visite des effets, dit Montholon, ne fut opérée qu'a bord du îtorthumbtrland par le secrétaire de l'amiral GkKborn. et seulement pour la forme. Chacun de noos donna ce qnM voulut de l'arxcnt qu'il emportait. U grandmaréchal remit 4.000 napoléons, comme étant la cassette de 1'Mropercur. Non* conservâmes en secret environ 400,000 francs en or, S à 4u ,000 francs de valeurs de diamants , et des lettres de crédit pour plus de 4 millions. ■ Month'.lon. liteitt dt la Captint*. rte tome I*'. p. 114. - On se doutait â Sulntr-Urlrnc que cette vlstle des elfets avait été illusoire, et I on voulait forcer l'Empereur à montrer le fond de sa cassette.

447 (*) NAPOLÉON Ier 448 (») ressources qu'en Europe et en Amérique, auprès t renient audience. Le leodemain, 13, à l'heure de sa famille et de ses amis, à qui il ne lui était dite, il débouchait au triple galop sur la route de lias permis d'écrire; que, s'il pouvait leur faire Longwood, suivi, avec grand fracas, de son étalappel, il n'aurait rien à imposer au trésor an- major. L'Empereur refusa de se laisser voir et niais. <i Pour moi, disait-il; je n'ai besoin de fixa la réception au jour suivant, 1G avril, à rien; j'irai demander la soupe au camp de deux heures. Le lendemain la réception eut lieu; Deadwood ; ces braves gens ne refuseront pas elle ne calma aucune prévention. L'Empereur le plus vieux soldat de l'Europe. Mais j'ai avec dit de son visiteur qu'il lui trouvait un aspect si

moi des femmes, des enfants; c'est pour eux que je veux écrire en Europe , et avoir le secours des miens ». En attendant, il ordonna qu'on fit fondre, à James-Town, les belles et précieuses pièces d'argent de son service de table. Le gouverneur fut atterré quand il eut vu

uistre, les regards et l'attitude inquiète d'un animal qui voudrait mordre et qui se dérobe, une Ogure de hyène. Dès ce moment la guerre était déclarée.

Le nouveau gouverneur n'eut point de représailles contre cette subite hostilité. Il resta impassible dans ses devoirs de gardien, mais il

qu'il n'avait abouti qu'à procurer à Napoléon

l'occasion démontrer la détresse à laquelle il commença d'en développer, d'en mettre en praétait réduit par l'avarice de l'Angleterre. On , tique toutes les prescriptions avec une imperturavait alloué à la captivité de Longwood 1 2,000 bable ténacité.

Le 17 juin 1817, on vit débarquera Sainte- Hélène trois personnages pompeusement annoncés; c'étaient les commissaires de la sainte alliance venant s'assurer, aux termes du traité du 2 août 181 ô entre les puissances européennes, si l'Angleterre gardait bien le prisonnier que les événements lui avaient livré. Ces commissaires étaient, de la part de la Russie, le conile Balmain, de la part de l'Autriche, le baron Sturmer, de la part de la France, le marquis de Montchenu. Un moment, on espéra que ces trois envoyés avaient des instructions d'une politique moins implacable, et qu'ils mettraient fin au cruel formalisme de Hudson Lowe. 11 n'en était rien. Les trois commissaires montrèrent de telles prétentions que Napoléon refusa de les reconnaître et de les recevoir. Dans 111e, où ils continuèrent à demeurer, ils eurent bientôt acquis, par leurs manières polies, le renom de personnes qui s'intéressaient au sort de l'auguste prisonnier sans rien pouvoir faire en sa faveur. En réalité, ces hommes aimables représentaient des peurs et des haines égales au moins à celles de l'Angleterre, et Hudson Lowe écrivait à lord Bathurst qu'il était gène par eux dans les concessions qu'il aurait voulu faire aux réclamations de Napoléon et de ses compagnons de captivité (I).

Il est certain que des projets d'évasion se sont souvent présentés à Napoléon et surtout aux personnes de sa suite ; les détails précis manquent ; mais on en trouve des mentions nombreuses dans les récits qui nous sont venus

(0 a ...Volrc Seigneurie Jugera de* obstacle» réel* qui empêchent d'accorder au général Bonaparte plus de liberté personnelle et de liberté de communication qu'il n'en a actuellement, et je ne puis mYœpêcher de rcgarder comme le principal de ces obstacles la résidence A Sainte-Hélène des commissaires... ■ Lettre de Hudson Lowe à lord Bathurst, du 3 décembre 1816. — Le 13 du même mois, Hudsnn Lowe. revenant sur cette observation, écrivait encore à lord Bathurst : « ...Je pense qu'on pourrait lui montrer beaucoup d Indulgence sans augmenter beaucoup le risque d'une évasion , «I les commissaires n'étaient pas Ici... » — Hudsnn Lowe , Histoire de ta captivité de Napoléon à Sainte Hélène, tome II , p. J47-8.

livres sterling (300,000 francs) par an; on ne voulait plus fournir que 8,000 livres ( 200,000 fr. ). Le gouverneur prit sur lui, dit- il, de ne pas faire cette économie et de maintenir le chiffre de 12,000 livres.

Toutes ces vexations n'avaient qu'un but, prévenir, rendre impossible un projet d'évasion. Mais il y en eut encore une , et celle-ci rien ne semblait l'expliquer : Napoléon, en montant sur le JSorlhumberland, apprit que le gouvernement anglais lui refusait le titre d'Empereur et qu'il défendait qu'on le lui donnât dans toutes les relations, publiques et privées, qu'on aurait avec lui. Cette défense fut maintenue jusqu'au dernier jour avec une obstination et des sévérités inconcevables.

L'amiral Georges Cockburn, si rude qu'il fût, avait su toutefois rendre tolérables ces excessives rigueurs ; tant qu'il eut le gouvernement provisoire de l'Ile, il fit observer sa consigne avec une inflexibilité qui n'avait rien de trop provoquant. Mais il vint un homme à qui manquaient la franchise et la simplicité nécessaires pour une aussi cruelle mission ; le général lludson Lowe avait de l'esprit ; sa probité était reconnue, et l'on trouve dans ses lettres des témoignages de sentiments élevés; seulement il voyait eu Napoléon , avec bien des hommes de son temps, une sorte de phénomène plus redoutable qu'il n'était à respecter, le génie de la révolution et du mal un moment abattu mais uon vaincu encore ; il était de plus attaché à la lettre de ses instructions; il ne jugeait pas l'autorité ministérielle dont il était fier d'être l'agent, et il mit dans l'exécution de son mandat un mélange de hauteur servile et d'obséquiosité sans sympathie dont le contraste choqua toujours les captifs de Longwood.

Hudson Lowe arriva à Sainte-Hélène, pour remplacer l'amiral Cockburn dans le gouvernement de l'l!e, le 14 avril 1810. Le soir même il fit prévenir, à Longwood, que le lendemain, à neuf houres, il s'y présenterait pour voir le « général Bonaparte » ; et cela sans demander au-

de Sainte- Hélène. Ce qui est plus certain encore, c'est que Napoléon n'a point voulu se prêter a ces projets. On ne peut nier qu'il n'ait quelque temps entretenu l'espoir d'un retour en Europe; mais ce retour, il l'attendait d'une révolution, qui ne pouvait manquer d'éclater et qui devait le rappeler. Son esprit voyait clairement dans l'avenir. Seulement il en était de cette révolution comme de ces montagnes que l'on aperçoit en voyageant; on se croit près de les atteindre, et elles sont encore éloignées. Napoléon se douta enfin du mirage qui se jouait de sa clairvoyance; alors sa pensée, sondant par d'autres voies les profondeurs de l'avenir, vit dans le martyre qui lui était infligé le gage des destinées assurées à son nom et à sa dynastie. Dans ce drame ««ombre de la vie où le bien et le mal sont en lutte, point de grandeur réelle sans l'épreuve et la consécration du malheur. Un jour il disait : « Mieux vaut pour mon ûls que je sois ici; s'il vit, mon martyre lui rendra sa couronne (1). » Un autre jour il lui échappa cette parole : « Jésus-Christ ne serait pas Dieu s'il n'était pas mort sur la croix (2). >• Ces deux expressions de sa pensée revinrent plusieurs fois dans les entretiens de Napoléon en des termes équivalents. L'idée de l'irrésistible puissance de son martyre s'étant ofTertc à lui, Napoléon cessa de réagir contre son supplice; il repoussa la proposition de s'évader comme une lâcheté et une défaillance ; il aima sa souffrance; il He complut en quelque sorte à l'aggraver et sembla provoquer les rigoeurs de son geôlier; on eût dit qu'il s'attachait à donner plus d'éclat à l'excès des persécutions.

lludson Lowe, qui ne comprit jamais ce calcul de son prisonnier, ne sut préserver son odieuse mission d'aucun scandale. Dès son arrivée, il avait exigé une diminution du personnel de Longwood. Napoléon désigna les quatre serviteurs dont il était contraint de se séparer; il en profita pour éloigner de l'Ile le Corse Santini, en qui il avait démêlé le projet arrêté de tuer le gouverneur (18 octobre 1816) (3).

A la fin de la même année, Hudson Lowe fit enlever le comte de Las Cases et son jeune fils, qui l'uu et l'autre étaient agréables et nécessaires à (Empereur pour ses travaux de lecture et de composition. Les deux Las Cases furent déportés au Cap de Bonne- Espérance sans qu'il leur eût été permis de faire leurs adieux à l'Empereur et à leurs compagnons de captivité (30 décembre 18 16).

Il y avait, depuis le Bellérophon, près de l'Empereur, un médecin anglais, O' Meara, qui s'était attaché à sa |>ersonnc et lui donnait des «oins de plus en plus nécessaires. Homme d'es-

(!) Montholoo , Récits de la Captivité, etc., tome I'»,

(1) Monlholon, ibidem, tome II, p. is». |>: l'iontowskt. Rousseiu, Archambault Jeune quittèrent l-ongwood en racine temps que Santini.

NAPOLÉON ltr 448 C8)

prit, d'instruction, parla ut avec facilité l'italien, O' Meara était plus qu'un médecin pour l'auguste captif; l'Empereur trouvait en lui un in- . terlocuteur dont il appréciait l'intelligence vive, ouverte, sympathique. Mais O' Meara, gagné par l'admiration et l'affection , refusa d'être un observateur au service de Hudson Lowe, et celui-ci l'expulsa de l'Ile (18 juillet 1818). L'Empereur resta sans médecin dans un moment où sa santé commençait à réclamer une attention assidue. Ce fut là peut-être l'acte le plus cruel que l'on puisse reprocher au gouverneur de Sainte-Hélène.

Mais Hudson Lowe avait donné dans un piège; il croyait avoir éloigné d'incommodes prisonniers : il avait envoyé en Europe des témoins pour déposer contre lui et contre l'Angleterre. On ne saurait exprimer en termes suffisant* l'impression qui fut ressentie sur le continent au récit et aux dénonciations de Santini, de Las Cases et d'O' Meara. On avait voulu douter des premières révélations faites à Londres par Santini. Ces révélations avaient été bientôt confirmées par les lettres de Las Cases échappé du Cap de Bonne-Espérance. Le mémoire publié par O' Meara sur la santé de l'Empereur dissipa les dernières incrédulités. Il était donc vrai que Napoléon mourait à Saint-Hélène abreuvé d'outrages sous la main d'un geôlier anglais!

Etrange et providentiel égarement de l'esprit d'injustice et de haine! La coalition des rois eût pu, tout en privant Napoléon de l'empire et de la liberté, lui accorder un exil sur une terre clémente, et, dans la peine elle-même, les respects que réclamait pour lui l'indéh-bile caractère de la souveraineté. Napoléon avait laissé une œuvre iuachevee, interrompue ; des peuples en courroux contre ses oppressions ou ses vaines promesses d'affranchissement; en France, des humiliations, des déchéances, des ruines qui semblaient irréparables, et dans les institutions administratives et politiques d'immenses atteintes à la liberté qui les faisaient toutes pencher vers le despotisme. Qu'eût- il été fait de sa gloire jugée tout d'abord par tant de ressentiments? Cette gloire fût restée sans nul doute retentissante à travers les siècles , mais telle peut-être qu'elle eût moins rapproché Napoléon des grands fondateurs du genre humain que de ses fléaux et de ses destructeurs. Il manquait une faveur à cette gloire qui en avait déjà tant reçu de la fortune : c'est qu'elle ne pût pas être jugée par les témoins et par les victimes ; c'est qu'entre elle et le jugement des contemporains il vint à se lever la pitié des peuples émus au récit des vengeances des rois contre leur malheureux et sublime captif. La poésie , pas plus que la pitié , ne résista au contraste de tant de prospérités et de tant de misères. Napoléon tout-puissant avait entretenu et payé des poètes pour qu'on le chantât; il n'en avait eu que de compromettantes flatteries; dépouillé de tout, en proie à d'infâmes traitements, il vit venir à lui la vraie poésie, évoquée avant

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l'heare par l'extrême persécution. Déjà les imaginations populaires lui avaient attribué une incomparable gramteur ; l'auréole de cet idéal où son nom rayonnait s'agrandit encore, s'épura, s'illumina de célestes reflets. Il était le plus grand parmi les hommes; il devint plus qu'uu homme sur cet autre Golgotha de Sainte-Hélène. Ce furent l'Angleterre et la sainte alliance qui se chargèrent de procurer a Napoléon cette absolution et cette apothéose.

Pendant les cinq années que dura sa souffrance, Napoléon eut le temps de revenir sur son histoire, d'en établir les points décisifs, de prévenir les interprétations erronées ou sévères, d'expliquer comme il l'entendait ce qu'il avait (ait, d'indiquer ce qu'il aurait voulu faire, d'élever ses intentions à la hauteur d'actes accomplis, de s'associer aux nouvelles aspirations dû inonde, d'ajouter à l'admiration toutes les illusions des regrets et des désirs impatients, de se poser enlin devant la postérité comme le demandait sa science profonde du cœur des hommes. Quelle incrédulité, quelles contradictions n'eût pas rencontrées un aussi habile plaidoyer, s'il fût parvenu en Europe de quelque paisible et douce retraite, entourée de bien-être, de respects et de soins généreux î Mais ses dernières paroles s'échappèrent d'un cachot tourmenté et terrible où nul attentat ne lui était épargné; elles eurent l'autorité irrésistible et sacrée du martyre; toute conviction contraire céda et fit silence.

En recevant le mémoire d'O' Mcara, la famille Bonaparte avait demandé d'envoyer à Sainte- Hélène un médecin et un prêtre. Le prêtre, c'était Napoléon qui l'avait Tait réclamer. Seul parmi les princes de la sainte alliance. Pie VII avait intercédé à Londres pour l'Empereur captif (1). 11 s'empressa d'accorder à deux ecclésiastiques les pouvoirs nécessaires à l'exercice, de leur ministère dans des lieux éloignés de toute juridiction religieuse. Le médecin choisi, Autommarchi, professeur de l'école de médecine à Fisc, et les deux prêtres, les abbés Buonavita et Vignali (2)*

(l) Dans une lettre du cardinal Consalvt, du 8 Juin tais, oo trouve rapportée* ces paroles du pape Pie VII : « Napoléon est malheureux, Irés-malbenreux. Nous avons oublie ses torts. L'Eglise ne doit Jamais oublier ses services. Il a fait en faveur <Jc ce siège ce que nul autre, peut-être, dans sa position, n'aurait eu le courage d'entreprendre. Nous ne lui serons pas Ingrat... Savoir que cet Infortuné sourfrtralt par nous est deja presque un supplice, surtout au moment où II nous demande un prêtre pour te réconcilier avec Uleu. Nous ne voulons, nous ne pouvons, nous ne devons participer en rien au* maux qu'il ~ endure; nous désirons, au contraire, du plus profond de notre cceur, qu'on les allège et qu'on lut reoile la vie plus

douce Demandes-lul (au prince régent d'Angleterre,'

cette grâce en notre nom... « Ces paroles ont été prononcées par le pape pour motiver le refus de laisser publier un livre contre Napoléon au sujet de ses démêlés avec le saint-slége. Voir tome I", p. *W, 2* édition de L'Église romaine en face de ta lietotution, par M. Crétlneau-Jolv.

(S) L'abbé Buonaiita% vieux et Infirme, avait été, a me d'Elbr, chapelain de Madame-Mérc. L'abbé fignaii, trop Jeune, non encore Agé de trente ans, avait f.lt le voyage de l'Ile d'Elbe pour voir l'Empereur. - Il man-

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