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arrivèrent à Sainte Hélène, «près bien des retards qui leur furent opposés,le 18 septembre 1819.
Le docteur Antoinmarchi trouva l'Empereur atteint des symptômes les plus alarmants. Le mal avait fait d'irréparables progrès. Toute l'année 1820 se passa dans des alternatives de rétablissement et de souffrances, celles-ci devenant chaque jour plus pressantes.
Le 17 mars 1821 Napoléon disait à Antommarchi : « Ce n'est pas la faiblesse, c'est la force qui m'étouffe, c est la vie qui me tue. » Et regardant le ciel limpide, sans nuages : « 11 y a six ans, a pareil jour, en France ( il était à Auxerre, revenant de l'Ile d'Elbe),. il y avait des nuages au ciel ; ah ! je serais guéri si je voyais ces nuages ! » Puis, posant la main du médecin sur son estomac : * C'est un couteau de bouclier qu'ils m'ont mis là; et ils ont brisé la lame dans la plaie.»
Le 2 avril, on annonça une comète apparue, la nuit, à l'orient : « Une comète, s'écria-t-il, ce fut le signe de la mort de César. »
Le 15 avril, la chambre de l'Empereur se ferma à tout le monde, excepté au général Montbolon et à Marchand. L'Empereur arrêta ses dernières volontés et fit son testament. Lorsqu'Antommarchi put entrer : « Voilà mes apprêts, » dit-il. Antoinmarchi voulut user des banales assurances habituelles aux médecins en pareille occasion ; Napoléon l'interrompit : « Pas d'illusion, je sais ce qu'il en est; je suis résigné. »
Le 19, il y eut une amélioration ; on en félicitait l'Empereur : « Vous ne vous trompez pas , dit-il, je me trouve mieux aujourd'hui; mais c'est que ma fin approche. » H ajouta : * Quand je serai mort, chacun de vous aura la douce satisfaction de retourner en Europe. Vous reverrez vos parents, vos amis, la France!... Moi je retrouverai mes braves aux Champs-Élysées... » Haussant la voix : « Kleber, Desaix, lîessières, Duroc, Ney, Murât, Masséna, Berthier, tous viendront a ma rencontre... Nous causerons de nos guerres avec les Scipioo, les An ni bal, les César, les Frédéric... à moins, dit-il en souriant, qu'on n'ait peur là -haut de voir tant de guerriers ensemble. >»
Arnott, médecin anglais qui avait donné des soins à Napoléon avant l'arrivée d'Antommarchi, entra en ce moment; il était appelé par l'Empereur. Napoléon paraissait ému, agité : « Approchez, dit-il à Bertrand eu se maîtrisant tout d'un coup ; traduisez à Monsieur ce que vous allez entendre; rendez tout, n'omettez pas un mot.
« J'étais venu m 'asseoir au foyer du peuple britannique. J'attendais une loyale hospitalité. Vous m'avez donné des fers... C'est votre ministère qui a choiai cet affreux rocher, où se consomme en moins de trois années la vie des
quslt à cette mission ecclésiastique un prêtre français. On atait refusé, dit-on. a l'abbé de Qucltu, depuis archevêque de Paris, l'autorisation, qu'il avait sollicitée, de se rendre a Salntc-Hélénc.
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447 (•) NAPOU Européens, pour y achever la mienne par un as- < sassinat... 1) n'y a pas une indignité, une horreur dont tous ne vous soyez Tait une joie de m'abreuver. Les plus simples communications de famille, celles même qu'on n'a jamais interdites à personne, vous me les avez refusées. Vous n'avez laissé arriver jusqu'à moi aucune nouvelle, ; aucun papier d'Europe; ma foin me, mon fils même, n'ont plus vécu pour inoi... Dans cette Ile inhospitalière, vous m'avez donné pour demeure l'endroit le moins fait pour être habit»', celui où le climat meurtrier du tropique se fait le plus sentir. Il m'a fallu me renfermer eutre quatre cloisons, dans un air malsain, moi qui parcourais à cheval toute l'Europe!.... » L'Empereur termina ainsi : « Mourant sur cet affreux rocher, privé des miens et manquant de tout, je lègue l'opprobre et l'horreur de ma mort à la famille régnante d'Angleterre (1). »
L'Empereur s'évanouit en prononçant ces mots. Ce furent km dernières paroles de haiue.
Le 21 avril, il demanda à l'abbe Vignali (2) : d'établir près de sa chambre une chapelle ar- , dente. Comme l'abbé Vignali n'en avait pas en- ! cure desservi, Napoléon entra dans de minutieux détails sur tout ce qu'il fallait faire. Antommarchi, présent, ne put dissimuler un sourire, en voyant l'Empereur si bien au courant des cérémonies de l'Eglise. L'Empereur surprit ce sou- ; rire et s'en montra offense : « Je ne suis m phi- | losopbe, ni médecin, dit-il; je suis chrétien, , catholique romain. » Puis, se tournant vers le ! prêtre, d'un ton radouci : « Oui, ajouta-t-il, je j suis né dans la religion catholique; je veux remplir les devoirs qu'elle impose, recevoir les secours qu'elle administre. Vous direz, tous les jours, la messe dans la chambre voisine; vous i exposerez le Saint-Sacrement pendant les quarante heures. Quand je serai mort, vous placerez l'autel à ma tète; vous continuerez à dire la messe ; vous ne cesserez que lorsque mon corps i sera en terre. » L'abbé se retira. Napoléon prit encore Antommarchi à partie et lui lit des remontrances sur son incrédulité.
Dans la nuit du 21 au 22 avril, Napoléon communia.
Ces pratiques religieuses déplaisaient aux compagnons de la captivité de l'Empereur. | Comme Antommarchi, ils ne craignaient pas de le troubler dans ce dernier acte de sa foi. Ils agissaient ainsi dans l'intérêt de sa gloire, disaient-ils. La chapelle ardente fut enlevée, malgré la volonté expresse de l'Empereur. Le mol de capucinade fut même prononcé à cette occasion par quelqu'un autour du mourant.
Le 28 avril, Napoléon recommanda à Antommarchi de faire l'autopsie de son cadavre, de
(i) Mémoires d' Antommarchi, ou les dernttrt moments de Napoléon, t. II. p. us-us, de l'édition de 1815.
(ii l.'abbé Buonaitta n'était i4us a Saintc-llélénc, dont M n'avait pat po supporter le climat ; Il était parti en Janvier charge d'une pieuse mission auprès de \ladamc-Mére.
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[•rendre son cœur et de le |>oiler à sa « chère Marie-Louise ».
Le 21), on Ht boire à Napoléon l'eau d'une source qui coulait à une lieue de Longwood. En sentant cette eau dans sa bouche, il poussa uue exclamation. - C'est le premier soulagement que j'éprouve depuis longtemps, dit-il ; si je me rétablis, j élèverai un monument à cette source bienfaisante ; et si je meurs , si l'on ne veut mon corps ni en Corse, dans la cathédrale d'Ajaccio, ni en France, sur les bords de la Seine, je demande qu'il lui soit permis de reposer là où coule celle eau si fraîche, si pure, si douce. «»
L'avant-veille, 27 avril, Napoléon avait dicté à Montholon la lettre par laquelle il voulait que sa mort fût annoncée a Hudson Lowc (t).
Le 3 mai, Napoléon reçut le saint viatique. Puis il donna à ses compagnons de captivité des instructions pour la conduite qu'ils devaient tenir en Europe : « .. J'ai sanctionné tous les principes, par mes lois, par mes actes. Il n'en est
pas un que je n'aie consacré Malheureusement
les circonstances étaient graves. J ai été obligé de sévir, d'ajourner. Les revers sont venus; je n'ai pu débander l'arc, et la France a été privée di s institutions libérales que je lui destinais... Soyez lidèles aux idées que nous avons défendues ; il n'y a hors de là que honte et confusion. »
Le délire, dont les accès devenaient , depuis quelques jours, de plus en plus fréquents, s'empara du mourant.
Le 4 mai, il s'éleva un orage. De noires nuées, amassées sur les sombres pitons de l'Ile, descendirent jusque dans les bas fonds. Le vent soufflait avec des cris stridents et les faisait tourbillonner. La pluie tombait, des torrents se précipitaient des flancs des montagnes. Longwood était inondé, ravagé. Un saule du jardin cultivé par Napoléon et sous lequel il Tenait s'asseoir avait cédé. Toutes les plantes étaient déracinées, éparses. Un seul arbre à gomme résistait; un tourbillon l'enleva dans une dernière torsion (2).
La violence de l'ouragan ne tira pas Napoléon de l'assoupissement où il était. 11 semblait avoir de douces visions- il souriait.
Le 5 mai , à cinq heures quarante-neuf minutes de l'après-midi, on l'entendit murmurer quelques mots à peine intelligibles : « Tête... Armée... Mon Dieu! » Une légère écume blanchit à ses lèvres.
Son âme était libre.
(t) Cette précaution , al caractéristique, est attrtlée par Montholon qui donne 1« Irttr* dictée par l'Empereur. Récits d« la Captivité, tome II, p. SU.
(t) Hudson Lowc. alors près de la, ému, effrayé, parle ainsi de cet ouragan, en empruntant le langage d'un poCte anglais : • Au milieu des fureurs et des hurlement* de la tempête, on eût dit que l'esprit des orage*, porte sur les ailes du vent, courait apprendre au monde qu'un être puissant venait de descendre dans les ambres abîmes de la nature morte ! »
A mlghty power had passed awjy To breaihles* oaturc's dark abysa.