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et le caressa beaucoup. Peu de jours après, Mme de Bcauharnais alla faire au général une visite de remcrclmcnls, et produisit sur lui, dès cette première entrevue, une grande impression par la douceur et la grâce de ses manières. Il lui rendit sa visite. Joséphine n'habitait plus dans la rue de l'Université; elle venait d'acheter, rue Chantereine, la maison de Talma, et y avait ouvert son salon , qui fut bientôt le rendez-vous d'une société choisie. Agée aîors de trente-deux ans, à peine paraissait-elle en avoir vingt-six ; sa distinction était parfaite, sa conversation aimable et fine, son regard expressif, son sourire gracieux; dans ses paroles, dans ses attitudes, l'élégance s'unissait à l'abandon; si les traits de son visage n'offraient pas le type de la beauté, l'expression de sa physionomie, la* souplesse de sa taille, l'harmonieux ensemble Je toute sa personne réalisaient l'idéal de la jolie femme; enfin, comme on disait de son temps, elle avait la séduction, et, pour nous servir d'une expression plus moderne, elle avait le charme. Bonaparte, de plus en plus entraîné vers elle, passa bientôt toutes ses soirées dans le salon de la rue Chantereine. L'union, qu'il avait désiré contracter avec Mlle Clary, belle -sœur de son frère Joseph, n'ayant pu se réaliser, il porta ses vues sur M"" de Bcauharnais, et lui demanda sa main. Celle-ci, peu disposée a un second mariage, consulta ses parents et ses amis, qui tons lui conseillèrent d'écouter les propositions du général ; Mme de Renaudin surtout insista pour qu'elle donnât un protecteur à ses enfants , en leur donnant un nouveau père ; son notaire seul, M. Raguideau, s'opposa à ce projet, disant que Bonaparte n'avait que la cape et l'épée, qu'elle possédait 25,000 francs de rente, et pouvait espérer un parti bien plus avantageux. Après quelques hésitations, Joséphine se rendit aux vœux du général (1). . <' •
(l) Barras n'cut-ll aucunes relations arec Joséphine, avant qu'elle devint M"* Bonaparte, et ne prlt-tl point de part a son mariage ? A en croire les pamphle ts . c'est lui qui mena toote la négociation, et qui, pour obtenir l'appui de Bonaparte . Jeta sa maîtresse rfaos «et bras, à la condition qu'il en ferait sa femme légitime, otte atiépaUon s'appuie sur deux, faits que l'histoire repousse d un côté. Je rôle brillant que l'on fait Jouer a Joséphine dès sa sortie de prison ; de l'autre, l'influence de Barrai pour faire donner a Bonaparte, comme pris de son mariage , le commandement de l'armée d'Italie. Nous avons tu combien le premier est contraire aux documents authentiques : dans la géne et dans la misère, pendant plus d'un an, Joséphine reparaît avec quelque éclat , seulement vers les premiers Jours de 179«. Sans douté, elle a vu Barras chez MnC Tallieo ; elle a pu lui demander de seconder, auprès du gouvernement , ses démarches pour recouvrer 1rs biens de son premier mari; mal» nous ne pouvons, par aucune preuve, établir le dreré d'intimité où altèrent ces relations, et, en tout cas, nous savons d'une manière certaine, que lorsque Joséphine reprit son rang dans le monde, ce fut avec sa propre fortune et non avec les secours d'un amant. Quant à l'influence que s'attribua Barras dans la nomination de Bonaparte au commandement en chef de l'armée d'IUIle, nous avons une preuve irrécusable qu'elle fut nulle; c'est la réponse de Carnot au rapport fait «or la conjuration du it fructidor. « Il n'est point vrai, dit il,
Le mariage eut lieu à Paris, le 9 mars 1796. La production ries actes de naissance n'étant pas exigée, l'acte de l'état civil put rajeunir Joséphine de quatre ans et la Taire natlre le 23 juin 1767, tandis qu'il vieillissait Bouaparte de dixhuit moi6, et donnait ainsi à peu près le même âge aux deux époux. Nommé, le 22 février précédent, général en chef de l'armée d'Italie., Bonaparte quitta sa femme douze jours après son mariage. A peine a-t-il pris possession de son commandement , qu'il lui écrit de venir le rejoindre. Mais une maladie, une apparence de grossesse, l'empêche de partir. Les lettres de son mari se succèdent , ardentes , passionuées , fiévreuses. « Tu es malade, lui écrit-il le 1 S juin, tu m'aimes, je t'ai affligée, lu es grosse et je ne te vois pas. Cette idée me confond... Je l'accuse de rester à Paris, et tu y étais malade. Panlonne moi, ma bonne amie; l'amour que t'i m'as inspiré m'ote la raison; je ne la retrouverai jamais. L'on ne guérit pas de ce mal-là (I). » A la fin du mois de juin, Joséphine arrivait à Milan, et passait quelques jours avec son mari dans le palais Serbellonî; le 22 juillet, elle le suivait à Brescia, et de là au quartier général. A l'approche de l'ennemi, on voulut la reconduire à Brescia, mais ia route était barrée; elle vit les uniformes autrichiens , elle entendit la fusillade , et , toujours femme, elle rentra au quartier général tremblante et pleurant. Bonaparte ne lui reprocha fias son manque de courage, et ému lui-même : « Wurmser, lui dit-il, va me payer cher les larmes qu'il te cause. » Une escorte la conduisit, par une roule détournée, à Lucques, d'où elle gagna Florence, puis Milan. Nous n'avons pas à suivre les mouvements et les victoires de l'armée. Ce qui intéresse directement notre sujet, c'est l'amour du général en chef pour sa femme, amour dont nous avons des preuves palpitantes dans sa correspondance, et dont nous regrettons de n'avoir pas la contrepartie dans les lettres de Joséphine qui , pour cette époque, manquent entièrement. Bonaparte écrit de Modène , à la fin de septembre : « Tes lettres sont froides comme cinquante ans ; elles ressemblent à quinze ans de ménage. On y voit Pamitié et les sentiments de cet hiver de la vie. Fi ! Joséphine !.. C'est bien méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste- t-il pour me rendre bien à plaindre? Ne plus m'airaer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr? Eh bien!., je le souhaite; tout avilit hors la haine... Mille, mille baisers bien tendres comme mon cœur. » Le 13 novembre, quelques jours avant la bataille d'Arcole, il écrit de Vérone : « Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine, bien gauche, bien bêle, bien cendrillon.
4M ce soit Barras qui ait proposé Bonaparte pour le commandement de l'armer d'ItaUe; e'ttt moi mime. Mal* sur cela un a laissé Hier le temps pour savoir comment U letustrskt . et ce nV*t que parmi les InUmea «le Barras qui! se vanta d'avoir etc l'auteur de la proposition faite au htr<-tt..ir«v * (i| Uilret de flfmpoleon à Joséphine, Didot, 1SS3.
HOUV. BlOCR. CÉNEK. — T. JkXXVll.
cr (Joséphine) 448(i9)
r Tu ne m'écris pas du tout, tu n'aimes pas ton ! mari... Que faites-vous donc loutn la journée, i Madame? Quelle affaire si importante vous ôtc ! le temps d'écrire à votre bien bon amant?... \ Écris-moi vite quatre pages , et de ces aimables • choses qui remplissent mon < oeur de sentiment et de plaisir. J'espère qu'avant peu je le serrerai | dans mes bras, et je te couvrirai d'un million de baisers brùlauts comme sous l'équateur (1). » j Tels étaient les accents du mari de Joséphine dans la première ferveur de sou amour. Au mi j heu des fatiguts de la guerre et «les plans de ba- ; taille dont il méditait les savantes combinaisons, il s'abandonnait tout entier à la passion qu'elle i lui inspirait.
Les préliminaires de la paix signés à Léoben, le 18 avril 17U7, ils allèrent résider tous deux à Montebello près de Milan, où s'ouvrirent les négociations avec l'Autriche. Montebeilo devint une véritable cour : les diplomates et les personnages i du plus haut rang y conféraient avec le général ; i les dames distinguées par la naissance, l'esprit ! ou la beauté, y rendaient leurs hommages à Jo- | séphine, qui les charmait par son goht et sa ! grâce. Vers le milieu de septembre, elle suivit Bonaparte à Passeriano, maison de campagne près d'Udinc, où devaient se tei miner les conférences, et, le traité de Campo Formio ayant été signé, le 17 octobre, elle alla à Home embrasser sou fils , qui remplissait une mission auprès de notre ambassadeur, et arriva à Paris, huit jours après son mari. Elle rentra dans l'hôtel de la rue Chanlereinc qui, par allusion aux triomphes de Bonaparte, avait pris le nom «le rue de la Victoire, et y ouvrit son salon, où se pressèrent les généraux, les savants, 'les écrivains et les artistes. Le 3 mai 1798, Bonaparte, chargé de diriger l'expédition d'Egypte, quitta Paris avec Eugène et Joséphine; celle-ci l'accompagna jusqu'à Toulon, d'où elle écrivit, le 15 mai, à Horlense : « Ma chère tille, Bonaparte ne veut pas que je m'embarque avec lui; il désire que j'aille aux eaux avant que d'entreprendre le voyage d'Egypte. Il m'enverra chercher dans deux mois. » Elle alla donc à Plombières, où elle resta jusqu'à la On de septembre. C'est alors qu'elle acheta de M. Lecouteux la Malmaison, au prix de 160,000 francs. 11 ne fut plus question de son départ pour l'Egypte; elle passa l'hiver à Paris, reçut et vit beaucoup de monde, alla quelquefois visiter les membres du Directoire, n'évita point Barras, et se lia particuièrement avec la femme de l'un des Directeurs, M"« Collier. Cette conduite , dont on peut lui faire un mérite, en lui attribuant la pensée de vouloir pénétrer les intentions du gouvernement au sujet de son mari, mais qui du moins était fort naturelle chez une femme portée au luxe et à la vie extérieure, mariée à un persounage presque tout-puissant , fut rapportée en Egypte même à
11) Uttra de napoléon à Jotéphint, IMdot, tl».
447(») NAPOLÉON Ier (Joséphine) 4I8(»)
Bonaparte, 'avec, ries commentaires malveillants ' bonnes œuvres, il ne lui était pas permis de tou-
qui changèrent en toits quelques imprudences, cher à la politique.
Lorsqu'il rentra à Paris, le 10 octobre 1799, Cette première année du consulat et celles qui Joséphine était absente. Si l'on en croit le prince la suivirent jusqu'au divorce sont les plus bril- Eugène, elle avait voulu aller au-devant de »on lantes et les moins tourmentées de la vie de Jomari jusqu'à Lyon, et avait pris la route de In séphine. C'est l'époque de fa gloire aux Tuile- Bourgogne, tan<lis qu'il passait par le Bourbon- ries et de ses beaux jours de fêle à la Malmainais; elle ne bit de retour a Paris que quarante* , son. La tradition, les témoins oculaires, Phisbuit heures après son arrivée. Ce relard, e\- toire, qui attestent la bonté de son conir et son ploité contre elle par quelques-tins des amis et exquise sensibilité, sont unanimes aussi à vanter des parents de Bonaparte qui la baissaient, m t la grâce et l'élégance de sa tournure, le charme le comble à l'irritation du général ; il s'emporta, de sa physionomie, l'éclat et la fraîcheur de son lorsqu'il la revit, en reproches violents Cepen- teint : on croirait entendre parler d'une toute dant, elle sut l'apaiser, lui rendre la confiance, jeune femme, et pourtant son Age, dans cotte et, de ce jour jusqu'à celui de. leur séparation, période, va de trente-sept à quarante-sept ans(l). il n'y eut plus dans leur union aucun trouble Le nombre des personnes qu'elle attirait anx grave. Tuileries grandit peu à peu, et, maigre la noble Après le 13 brumaire, Bonaparte, consul pro- aisance de ses paroles et de ses manières, le» visoire, habita pendant quelques mois avec, sa réceptions devinrent plus froides, plus conformes femme le Luxembourg, et, le 9 février 1RO0, il à une cérémonieuse étiquette. Comme elle se alla résider aux Tuileries. Devenu premier con- couchait fort tard .c'était le soir, après le specsul, il voulut alors autour de lui les apparences tacle, qu'elle recevait les personnes de Pinde la royauté, et chargea Joséphine d'organiser timité. Son laisser-aller revenait alors tout en* une cour et des réceptions d'apparat. Aucune tier ; elle causait en brodant, faisant de la femme peut-être ne possédait à un égal degré tapisserie, elle jouait au tric-trac, au reversi, au les qualités nécessaires pour réaliser ce projet, whist, d'autres fois au billard. Le premier consul Cependant, elle ne se tint pas pour assez éclairée venait assez souvent à la fin de la soirée et faisait sur certaines questions d'étiquette et de goût, une partie avec elle; mais c'était avant le dîner et, s'efforçant de revenir aux traditions, elle ; qu'il préférait la voir, seule chez elle, au moment demanda les conseils de Mmc de Montesson et de sa toilette; il la reprenait sur le goût de ses de M«>" Campan. L'influence de ces deux femmes coiffures, sur la couleur et la coupe de ses robes, dans les rangs de la noblesse, le caraclère même ; taquinant en même temps et faisant lire Joséde Joséphine, sa naissance, sa prison, la vé- phine, qui possédait en perfection l'art de se nération qu'elle professait pour la mémoire de bien mettre; il touchait à tout, déplaçait tout, Louis XVI rt de Marie-Antoinette, attirèrent aux ; savait trouver le* mousselines anglaises, dont il Tuileries des membres des plus hautes familles; avait défendu l'importation en France, et le» déla politesse revint avec le bon goût, le titre de chirait sans pitié. Joséphine aimait cette vied'in- Jladame reparut sur les lettres d'invitation, et terieur; la représentation l'ennuyait. Plus l'élite salon des Tuileries eut bientôt, comme le vou- quelle devint "sévère, moins elle se plut aux Tuilait le premier consul, la physionomie d'une leries, et, lorsque Bonaparte devenu consul à vie petite cour. Joséphine put déployer alors et lui donna des dames du palais, et l'entoura de la mettre dans tout son jour sa bonté, son désir de pompe et de» embarras de la souveraineté, on faire des heureux, désir si grand qu'on a pu dire („ Nou5 nc potlfons nous iHvetuer de nvroAuirc ,c d'elle avec vérité qu'elle avait la passion d o- portrait que «tonnent délie in Memotretûc coûtant, bliger. A toute heure, des parents d'émigrés ve- 1 i>rcrolcr ?>,ct <-« chambre de l'empereur:* i/imperatrice
,;„» ^«lUwiè ,i\>n- - .,„ éliilt il'unc taille moyenne , modelrt avre une r.ir«- ner-
naient solliciter auprès d elle une radiation, un rectlon. clle ,„u dJD, ,„' m00Teme0„ aM -0Mp( '
secours^ une réintégration dans des biens non une léirtreté, qui donnaient a u démarche quelque
vendus. Souvent elle obtenait la faveur deman- ch<*c d'aérien... Sa phy-JoncmleeiprcMlTe suivait toutes
**. ,ors1u'e"* n- ^«H^^ par l %^rXZZ%V% iiïlTZSl'Z
un refus , elle savait en adoucir 1 e\ pression. Son : <run bleu foncé, étaient presque toujours s demi fermés
dévouement aux viclimesde la révolution fut connu I par se* longues paupières, légèrement arquées et b#r-
du comte dé Lille f Louis XVIII) et du romted'Ar- d,f* f" p,u,s bra,u cM\d" m?ndei et- <«ua"d f!,e «-
..... . „ . gardait aln«l, on se sentait entraîne vers elle par une
tois, qui espérèrent amener, par son influence, le p„t„anee irrésistible... Ses chevem éiaient fort beaux ,
premier consul à jouer le rôle de Monk et à rétablir l«n«* et soyeux ; leur teint châuin clair *e mariait idmi-
lamonarchie des Bourbons; laduchessedeC.uirhe, l?*'."""1 * peau' eblo»u"nlr dr ûnew *
. • . . „. . . . . ' de fraîcheur. Au comme neement de sa Mipréme puis-
ebargee par le comte d Artois de tenter une pre- Mnec . nropérairiee aimait encore a se coiffer, le matin,
mière démarche auprès de Joséplrine, fut reçue a>fc un m^dra» ronge, qui lui donnait i\ur de errofc ic
avec bienveillance et de façon à emporter quelque pl"9. ïlT^ 4 !°'r Ma.U c.e S™': *oe imt ,e r™,#%
contribuait au charme dont cHe était entourée, c'était le
son ravissant de «a vnlu. . On ne pouTalt peut-être pas
espoir; mais la brusquerie hautaine, avec la-
quelle Bonaparte répondit aux premiers mots dire que l'Imperatrlre était une belle femme, mais «a
dits au sujet de cette entrevue, fit comprendre à fl*"rc toat* p,plne d* ",nUn-CBt rt
„„ . . . . . ! ., . grAce ane/liquc répandue sur toule »;
sa femme que, si on lut confiait le ministère des s»ient ta femme la plus attrayante. •
l'entendit répéter souvent : ■ Que t< ut ceci me fatigue et in 'ennuie! » Son lieu de repos était la Mahnaison. Située seulement à trois lieues «le Paris, entourée de paysages magnifiques, la Malmaison semblait choisie a souhait |>our lui faire oublier les ennuis de la politique , les sourdes menées de ses envieux et les rigueurs de l'étiquette. Elle l'avait Tait restaurer par Alexandre Lenoir. Un jardin anglais, une serre chaude, un cabinet d'histoire naturelle et une galerie de tableaux embellirent ce séjour déjà si favorisé par la nature. Joséphine, qui avait la passion des fleurs, y introduisit de* plantes jusqu'alors inconnues en France : l'hibiscus, le phlox, le catalpa, le camellia et plusieurs bruyères. Elle étudia la botanique sous la direction du célèbre Ventenat et le chargea de rédiger le Jardin de la Malmaison, publication sptendide, dont Redouté ht le» dessins. Bonaparte allait souvent à la Malmaison. L'après-midi, on jouait aux barres, an colin -maillard , ou bien l'on allait se promener à Bongival, aux bois «le la Celle et do Butard ; le soir, il y avait concert, bal ou comédie.
Le 1 S mai 1804, le sénat apporta à Saint-Cloud le sénatns-consulte qui proclamait Napoléon empereur des Français et Joséphine impératrice. Celle-ci arrivait donc an plus haut sommet de ce rang suprême, que lui avait prédit la négresse de la Martinique. Tout lui souriait : Ri file n'avait pas d'enfants de son second mariage, son fils Eugène avait toutes les bonnes grâces de l'empereur qui ne paraissait pas éloigné du dessein de l'adopter, et sa fille avait épousé Louis Bonaparte (l). Cependant une question bieu grave pour Joséphine s'agitait aux Tuileries : serait-elle couronnée et sacrée? Plusieurs membres de la famille Bonaparte, qui lui étaient lièshosliles, faisaient des efforts incessants auprès de Napoléon, afin qu'il ne donnât pas ce nouveau gage d'union à une femme dont il ne pouvait espérer de postérité. Joséphine, de son coté, désirait d'autant plus s'agenouiller avec son époux devant l'autel du sacre, qu'elle voyait dans cette cérémonie une garantie contre un divorce, dont la menace encore lointaine était déjà venue à ses oreilles par la touche de ses amis ou de ses adversaires dissimulés. Le trouble que jetaient dans son âme ses appréhensions cl ses désirs ne l'empêcha pas de déployer son active et persévérante bonté , lors de la condamnation a mort de MM. Armand de Polignac, de Rivière, etc. Quelques mois auparavant, elle avait, en versant des larmes, reproché vivement à son mari de lui avoir caché le jugement du duc d'Enghien jusqu'au moment ofi lui arriva la nouvelle de sa mort. Cette fois, avertie à temps,
(J) Il ne lui restait a désirer que la présence de s* aère. K plusieurs reprises, elle l'avait Mippllée dr venir en France ; mai» M»« de J-a Pagrrlc r.e pu». *e résoudre à quitter le lieu de sa naluaocs et l'habita Jusqu'à sa aort, nul arriva le i juin 1807V
" (Joséphine) 448 (m)
' elle mit fout son dévouement h sauver la vie des condamnés.
Les débats continuaient aux Tuileries relativement au sacre, et les ennemis de Joséphine faisaient des progrès inquiétants pour die. Voici comment M. Thiers raconte la scène qui mit fin aux contestations. « Témoin des instances, dont Napoléon était l'objet de la part de l'une de ses sauirs, Joséphine, troublée, dévorée de jalousie, laissa voir des soupçons outrageants pour cette sœur et (tour Napoléon lui-même, soupçons conformes aux atroces calomnies des émigrés. Napoléon fut saisi tout a coup d'une véhémente colère... Il dit à Joséphine qu'il allait se séparer d'elle; que d'ailleurs il le faudrait plus tard, et que mieux valait s'y résigner sur-le-champ... Joséphine, bieu conseillée, montra une douleur résignée et soumise. Le contraste de son chagrin avei: la satisfaction qui éclatait dans le reste de la famille impériale déchira le cœur de Napoléon... Il saisit Joséphine dans ses bras, lui dit, dans son effusion, qu'il n'aurait jamais la force de se séparer d'elle, bien que la politique le commandât peut-être, et puis il lui promit qu'elle serait couronnée avec lui, et recevrait à ses cotés, de la main du pape, la consécration divine. » La volonté de l'empereur fit taire les oppositions; il décida que ses sœurs, malgré leur résistance, porteraient les pans du manteau de l'impératrice. Le pape arriva , le 25 novembre 1804, et, le 1er décembre, Joséphine lui avoua qu'elle avait été mariée seulement à l'état civil. Aussitôt l'em|>ereur fut averti par le pape qu'il ne pourrait être couronné , avant d'avoir cousacré son mariage par le sacrement de l'Eglise. Napoléon , irrité de l'aveu fait par Joséphine, fut cependant obligé de céder, et, la nuit même qui précéda le couronnement, la cérémonie du mariage fut célébrée dans la chapelle, des Tuileries par le cardinal Fesch ; M. de Tallcyraud et le maréchal Uerthicr, seuls témoins, en gardèrent le secret jusqu'à l'époque du divorce. Le 2 décembre, à dix heures et demie du matin, l'impératrice quitta les Tuileries et monta avec l'empereur dans la voiture qui a gardé le nom de voiture du sacre; elle portait une robe traînante de brocard d'argent semé d'abeilles d'or, «le longues manches à broderie d'or, une fraise en dentelle lamée d'or. Arrivée à Notre- Dame, elle prit le manteau impérial , en velours rouge, doublé d'hermine, attaché sur Pé|>aiile par une agrafe en diamants, et soutenu par les princesses Joseph, Louis, Élisa, Pauline et Caroline. Ensuite, elle s'avança vers le sanctuaire sous un dais que portaient les chanoines du chapitre de la métropole. Après le chant du feni Creator, elle reçut avec l'empereur, au pied de l'autel , la triple onction de la main du souverain pontife, et, après le graduel de la
• messe, l'emjwmir plaça sur sa tête la couronne fermée surmontée de la croix en diamants, qu'il avait déjà posée sur la sienne.
447 n NAPOLÉON I*
Sacrée et couronnée , Joséphine semblait être I au comble de ses vœux; elle eut, en effet, en- | core quelques années de bonheur. Son fils nommé vice-roi d'Italie, et marié avec la fille do roi de Bavière, sa fille devenue reine de Hollande, lui firent oublier la blessure qu'avait causée à son amour-propre Napoléon, lorsqu'au commencement de 1805, il fut couronné à Milan roi d'Italie, et ne l'appela point à partager cette couronne. Mais des douleurs plus incessantes et plus durables pénétrèrent peu à peu dans son cœur, causées par la rareté de ses entrevues avec l'empereur, que préoccupaient de plus en plus les affaires politiques, et qui ne cherchait des distractions que dans des caprices passagers poulies femmes qu'il distinguait. Depuis longtemps elle sentait vaguement s'avancer un malheur, lorsque l'empereur, après la bataille de Wagram et les négociations de Schœnbrunn, revint à Fontainebleau, le 26 octobre 1809. Soit proposition de l'Autriche, soit nécessité d'avoir un héritier, il arrivait avec la résolution de divorcer. Après s'en être ouvert à Camhacérès, il attendit le prince Eugène, auquel il voulait confier la mission de tout dire à Joséphine. Celle-ci, voyant son époux tout à Tait change à son égard, fit entendre des plaintes que Napoléon ne put soutenir, et le redoutable secret s'échappa comme malgré lui. Ici, nous citons M. Thiers qui écrit d'après des Mémoires encore inédits : « Fatigué, il coupa court à ses reproches, en lui disant qu'il fallait du reste songer a d'autres nœuds que ceux qui les unissaient , que le salut de l'empire voulait enfin une grande résolution de leur part, qu'il comptait sur son courage et son dévouement pour consentir à un divorce, auquel il avait lui-même la plus grande difficulté à se résoudre. A peine ces terribles mots étaient-ils prononcés, que Joséphine fondit en larmes et tomba presque évanouie. L'empereur appela sur-le-champ le chambellan de service, M. de Bausset, lui dit de l'aider à relever l'impératrice qui était en proie à des convulsions violentes, et tous deux la soutenant dans leurs bras, la transportèrent dans ses appartements. On avertit la reine Hortense, qui accourut auprès de l'empereur, qu'elle trouva tout à la fois ému et irrité des obstacles opposés à ses desseins. Il dit brusquement , presque durement a la jeune reine , que son parti était pris , que les larmes, les cris ne changeraient rien à une résolution devenue inévitable , et nécessaire au salut ! de l'empire... La reine Hortense, qui aimait ten- ' d rement sa mère, courut auprès d'elle pour essayer de la consoler, ou du moins d'atténuer sa douleur. Elle eut d'abondantes larmes à voir couler et à verser elle-même. Pourtant Joséphine se montra plus calme les jours suivants. ».
Le 15 décembre, à neuf heures du soir, se trouvèrent réunis, dans le cabinet de cérémonie des Tuileries, l'empereur, l'impératrice, Madame-mère, le roi et la reine de Hollande, le 1
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roi et la reine de West phalic , le roi et la reine deNaples, le prince Eugène, l'arrhichancelier et secrétaire de l'état civil de la famille impériale. Napoléon lut d'une voix assez ferme un discours dans lequel il exposait les raisons pour lesquelles il avait résolu de dissoudre son mariage; Joséphine essaya de lire à son tour la déclaration qui lui avait été préparée en réponse à ce discours ; mais à peine eut-elle prononcé quelques mots , que les sanglots étouffèrent sa voix, et elle tendit le papier au comte Regnaud de Saint-Jean d'Angely, qui en acheva la lecture. Puis Napoléon embrassant Joséphine, la conduisit chez elle, et l'y laissa inanimée entre les bras de ses enfants. Le lendemain 16, jour fixé pour la séparation des deux époux, l'empereur se rendit chez Joséphine avec le baron Meneval; en le voyant entrer, eile se leva vivemeut et se jeta en sanglotant à son cou ; il la serra contre sa poitrine et l'embrassa à plusieurs reprises. Dans l'excès de son émotion elle s'était évanouie ; l'empereur voulant éviter le renouvellement du spectacle d'une douleur qu'il ne pouvait calmer, la remit entre les mains de M. Meneval , et il se relira rapidement. A deux heures , Joséphine monta en voiture avec sa fille et partit pour la Malmaison. Le même jour ( 16 décembre 1S09), un sénatus - consulte décidait que le marine contracté entre Napoléon et Joséphine était dissous, que néanmoins Joséphine conserverait les titre et rang d'impératrice-reine couronnée, et que son douaire était fixé à une rente annuelle de deux millions de francs sur le trésor de l'Etat. Le 17 décembre, l'empereur alla rendre visite à Joséphine, et se promena longtemps seul avec elle dans le jardin de la Malmaison; il lui serra la main, mais ne l'embrassa pas. Chaque jour, pendant un mois, Joséphine reçut une visite ou one lettre de celui qui avait été son époux et qui n'était plus que son ami. Elle eut la force de comprimer la douleur qu'elle garda jusqu'à la fin au fond de son âme; «a douceur et sa bonté trouvèrent à s'exercer sur hi petite cour qui l'entourait, et même le sourire revint parfois errer sur ses lèvres. A l'époque du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, elle obtint d'aller habiter le château de Navarre en Normandie, et ne s'établit définitivement à la Malmaison que vers la fiu de 1811. Elle y eut, par ordre de l'empereur, un premier aumônier archevêque, une dame d'honneur, six dames du palais, un chevalier d'honneur, quatre chambellans, quatre écuyers, une lectrice et un intendant général ; il ne tint qu'à elle de se croire encore aux Tuileries. Mais ce qu'elle regrettait, ce n'était pas la puissance, c'était l'empereur; elle s'intéressait à sa fortune et à son bonheur avec autant d'affection qu'avant îe divorce. Cédant à ses instances, Napoléon, peu de joues avant son départ pour la Russie, lui amena le roi de Rome à Bagatelle, dans le bois de Boulogne : elle l'embrassa, et l'on rapporte qu'elle
lui «lit en pleurant : « Ah! cher enfant, tu sauras peut-être un jour tout ce que tu m'as conté! »
Elle passa 6es dernières années occupée des objets qui avaient toujours attiré son esprit, l'art, la botanique, l'histoire naturelle. A la fin de mars 1814, apprenant que les alliés approchaient de Paris, elle partit pour Navarre. C'est là qu'elle apprit l'abdication de l'empereur et le dessein qu'avaient les ennemis de l'envoyer à l'Ile d'Elbe : « Ah! Hortcnse, s'écria t-elle en se jetant toute en larmes sur son lit, ce pauvre Napoléon qu'on envoie à l'Ile d'Elbe!... Sans sa femme j'irais m'enfermer avec lui. » Revenue à la Malmaison, vers la fin d'avril, elle reçut la visite de l'empereur de Russie, qui l'assura de son respect et de sa protection. Le 15 mai, elle alla passer «Jeux jours au château de Saint Leu avec la reine Hortense, et y vit encore l'empereur Alexandre. Au retour, elle éprouva un grand abattement mêlé de lièvre; elle se domina cependant, et crut ou parut croire que c'était seulement l'eflet de la fatigue. Le 23 mai, elle reçut à dîner à la Malmaison le roi de Prusse et ses deux fils; le lendemain, elle eut la visite des grands-ducs de Russie, Nicolas et Michel. On lui trouva la figure altérée, et l'on remarqua une toux sèche qui ne semblait pas provenir d'un rhume. Le 20 , la toux devint plus forte, et , le 27, plusieurs rnAlecins réunis en consultation reconnurent les symptômes d'une esquinancie «le la plus dangereuse espèce. Le 28, l'empereur de Russie se présenta pour la voir, mais on ne le laissa pas entrer auprès d'elle, et il passa sa journée avec le prince Eugène; le soir elle eut un peu de délire, répétant il voix basse : « Bonaparte!.. L'iled Elbe!.. Mario- Louise!.. » Le 29, on la laissa seule avec son confesseur; lorsque le prince Eugène et la reine Hortense reprirent leur place auprès «le son lit, M s virent que ses traits étaient entièrement décomposés; elle voulut parler et ne put articuler un seul mot. A celle vue, Hortense s'évanouit et on l'emporta ans connaissance. Joséphine vécut encore quelques instants et expira entre les bras de son fils. Elle fut inhumée , le 2 juin , dans l'église de Rueil, où ses enfants lui firent élever un tombeau en marbre; on lit sur le socle : A.Josépiiise. EutitxK et Hortense, 1825.
Joséphine fut universellement regrettée : tous les partis l'aimaient Son souvenir est resté cher à la France, et son nom rappellera toujours l'idéal de la bonté et de la grâce. Ses exquises qualités, placées en face de la gloire et du génie impérieux de Napoléon, forment un contraste séduisant et qu'on ne peut oublier. Ses défauts no furent pas de ceux qui causent le malheur des autres et ne blessèrent qu'elle-même; ils tenaient à sa nature; ceux qui l'ètudieront avec soin reconnaîtront qu'ils en étaient le complément inévitable. Le plus grave fut un gonl excessif du luxe et de la dépense. On ne pouvait jamais fixer ses comptes; elle devait toujours. Napo-
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b on , qui avait la passion de l'ordre et de la régularité, s'emportait contre son gaspillage, et, pour éviter sa colère, Joséphine doublait ses torts, en dissimulant ses dettes, et en priant ses fournisseurs de n'en déclarer que la moitié. Tout en blâmant cette conduite, il faut, comme le dit le duc de Rovigu, lui tenir compte «le tous les 1 bienfaits qu'elle, répandait autour d'elle, des aumoncs qu'elle faNait porter à domicile, et «les éducations qu'elle payait pour les enfants de parents indigents* On lui a reproché aussi «l'avoir été bonne sans discernement et sans mesure, «le n'avoir pas assez sagement choisi ceux quVîii: obligeait. Ce reproche, ju«te sans doute, implique peut-être qu'elle recherchait l'affection «le tous, petits et grands, comme d'autres recherchent la gloire; il atteste surtout qu'elle écoutait son cœur \ plus que la raison, et restait toujours souverai- '■ ncmrnt femme, sensible, aimante et désireuse d'être aimée. S«>n penchant au merveilleux , sa croyance aux prophéties, ce qu'on a appelé sa superstition , ne peut non plus être nié : elle alla plus d'une fois consulter M"> Lenoi mand. Fcrat-on un crime ii l'imagination vive ei mobile d'une créole, frappée, dès la première jeunesse, par une prédiction réalisée, «l'avoir cru à la possibilité d'une science donnant la connaissance de l'avenir, à une époque où Cagliostro et Mesmer venaient de préparer cet amour «le l'inconnu et du mer vcfl- ' Ieu\,qui s'est si largement développé de nos jours?
Joséphine fut quelquefois imprudente «lans ses dé- ' marches et dans ses relations. Poussa -t elle ses ! légèretés jusqu'à commettre des fautes? Cette question reste sans ré|>orise, et le doute subsiste. Le Mémorial de Sainte- Hélène a élevé contre elle une accusation plus grave ; voici, à ce sujet, ce qu'on lit dans les Mémoires du comte Thibaiideau : > Las Cases fait dire à N ipoléon que , lorsque Joséphine «lut renoncer à l'espoir d'avoir un enfant, elle le mil souvent sur la voie d'une gran«le supercherie politique; qu'elle finit même par oser la lui proposer directement. Il résulte des conversations de Joséphine, que cette supercherie lui fut au contraire proposée à elle même, et qu'elle la repoussa avec indignation. >» En présence de ces allégations contradictoires, l'historien ne peut se prononcer ; seulement, il s'étorjne, à juste droit , qu'une accusation si inutile contre une femme délaissée par ambition, soit partie de Sainte Hélène, et il vomirait reconnaître «lans ce passage non la main de Napoléon, mais celle de son secrétaire. Jean Mon kl.
Le meilleur guide à suivre pour étudier celte vie , si longtemps t m vent le par l'Ignorance ou la mauvaise fol, est, comme nous l'avons dit, i* Histoire de t imperatrtec Joiephtne par M. Josrph Aubenai; Part», US7-1859, » vol. in-»». L'auteur a rrrufle l» « fait* eu comparant avre soin les histoire» et les mémoires antérieurs, et surtout en les contrôlant par des documents authentique» Jusqu'alon Inédit* et tires pour la plupart des Archives privées «l<î la famille de Tasrher. — Les Lettres de \apoleon a Joséphine, de Joséphine a yapolëan et de In mime à sa fille (lUdol, 1*39} nonl nu*>l des pièces authenlLjMcs ; rellrs qui avaient été publiée* chu l'I.meher, a Tari», en 1819, sous le litre de Mémoires et correspotuUince de
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l'impératrice Joséphine, sont apocryphes, et ont < te démenties, en IBM, par le prince Eugène. — Tour la Tic ofticlellc de Joséphine, l*s ouvrages à consulter sont • Hist. du Consulat et de f Empire, p«r M Thlers; leCon- SUlat tt l' Empire, par Tlilbaudeau; Fu de Napoléon Bonaparte, par Waltrr Scott; Mémoires et correspondance du prince Eugène; Mémoires du duc de lUguse, Mémoires du duc de Uosïgo. — Pour sa vie privée, on a : Souvenirs historiques du barun Meneval ; mémoires et souvenirs du comte de Lovalette; Souvenirs d'un stxaoénaire, par Arnault ; Mémoires et souvenirs de Bouilly ; Mémoires de Stanislas de Glrardln; Mémoires de M. de Bausscl; fragments extraits des Mémoires inéJUt de la duchesse de salnt-l.ru ; Mémoires attribues à Constant ; Mémoires attribues a M':« *»rlllon; Mémoires de M»« Ochelet, et ccui de »lm« llucrrst. en *e gardaut toutefois de la vérité de» choses, dont elle n'a pas été elle-même témoin, et -urtoutde* letlr- s qu'elle donne, et qui ne sont qu'une reproduction de la fausse correspondance de 1819. — l.e Mémorial de .Sainte- Hélène n'est pas nempl d'erreurs; ell**s aboo.lcnt dans les .Souvenirs du docteur O" Mrara. — Il faut lire avec prudence les Mémoires de la duehe»*c d'A branles, et contrôler sévèrement cm de Bourrlenne, surtout par louvrapr que le roi Joseph fit paraître, en uso, sous le titre de lionrrienne tt sm erreurs. - On doit, comme nous l avons tu, rejrter absolument les prétendus Mémoires historiques de M"« Lenormand et 17/fsf >fr« senète de Lewis Gotdsrotlh.
marir-louisr (Léopoldine- Françoise - Thérèse-Joséphine- Lucie ), archiduchesse d'Autriche, impératrice des Français, puis duchesse de Parme, Plaisance et Guastalla, née à Vienne, le 12 décembre 1791, morte dans la même ville, le 18 décembre 1847. Elle était la fille aînée de l'empereur François 1er et de sa seconde femme, Marie-Thérèse, fille de Ferdinand IV, roi ;le Naplcs Suivant le baron Meneval, l'histoire des premières année» de Marie-Louise rut celle de toutes les archiduchesses autrichiennes, dont l'éducation est soumise à des règles presque invariables. « Élevées, dit-il, sous les yeux de Icars parents jusqu'au moment de leur mariage, ces princesses vivent dans une retraite absolue, loin de la cour, avec leurs femmes et leurs domestiques, qu'elles traitent avec une bienveillante familiarité, et qu'elles admettent même à leurs jeux. Des gouvernantes dirigent leur éducation et président aux leçons données par les maîtres. L'archiduchesse Marie Louise a eu pour grande -mat tresse la comtesse Colloredo, et pour gouvernante la comtesse Lazanski, femme de mérite, fort attachée à son élève, qui, de son coté, l'affectionnait beaucoup. L'éducation de Marie-Louise a été très-soignée. Elle savait plusieurs langues; elle a même appris le latin, langue familière aux Hongrois ; elle avait fait , étant encore très-jeune, des progrès d,ins les arts de la musique et du dessin ; elle était bonne musicienne et dessinait avec goût; elle peignait même à l'huile, et à son arrivée en France elle reçut des leçons de Prud'hon : elle a été obligée de renoncer à la peinture parce que l'odeur de l'huile et des couleurs l'incommodait. >• Pour préserver l'enfancede Marie- Louise et des jeunes archiduchesses ses sœurs des impressions qui auraient pu effleurer leur innocence, on avait imaginé d'enlever avec des ciseaux aux livres qu'on leur laissait lire, des pages, des Signes et
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même des mots dont le sens pouvait paraître équivoque ou suspect. Il en était résulté une certaine fermentation dans l'esprit des petites élèves, et Marie-Louise avouait plus tard que l'absence de ces passages avait excité toute sa curiosité. Le même esprit de bigoterie avait fait écarter de l'intérit-ur des appartements des priacesses tous les animaux mâles. Arrivées à l'adolescence, les archiduchesses reçurent une éducation distinguée; et elles eurent pour maîtres des professeurs choisis parmi les littérateurs et les savants les plus éclairés. L'archiduchesse Marie- Louise avait été élevée, cela se conçoit, dan * la haine de la France et de l'homme extraordinaire qui la gouvernait. « Aux premières paroles qui lui furent portées de son union projetée avec Napoléon, dit M. Meneval, elle se regarda presque comme une victime dévouée au Minotaure... Les jeux habituels de son frère et de ses s-eurs consistaient à ranger en ligne une troupe de petites statuettes, en bois ou en cire, qui représentaient l'armée française, à la tête de laquelle ils avaient soin de mettre la figure la plus noire et la plus rébarbative. Ils la lardaient à coups d'épingle et l'accablaient d'oui rages, se vengeant ainsi sur ce chef inoffensif des tourments que faisait éprouver a leur famille le chef redouté contre lequel les efforts des armées autrichiennes et les foudres du cabinet de Vienne étaient impuissants. » C'est ainsi que Marie- Louise préludait à son mariage avec le vainqueur d'Austerlitz et de Wagram. On a dit à tort, selon M. Meneval, que l'archiduchesse Marie-Louise était restée malade an plais impérial de Vienne lorsque les Français bombardèrent cette ville en 1809, et que Napoléon, l'apprenant, avait ordonné de changer la direction des batteries pour épargner ce palais.
La paix fut signée avec l'Autriche. Peu de mois après, Napoléon ayant fait rompre par le divorce son union avec Joséphine, qui était restée stérile, songea à un nouveau mariage. Les offres des grandes maisons ne lui manquaient pas. Il avait le choix entre une princesse russe, une princesse de Saxe et une archiduchesse. Il fit écrire à l'empereur Alexandre, qui lui avait fait autrefois des offres à Tilsit, et se fatigua de réponses évasives. Dès lors il s'arrêta a l'archiduchesse qui, avec ses dix-huit ans, une taille élevée, une fraîcheur éblouissante, avait bien pu le séduire. Il demanda donc la main de Marie Louise, qui lui fut accordée. Le maréchal Dcrthier avait été chargé de négocier ce mariage. Napoléon se montra magnifique, et sembla vouloir relever la gloire de celte vieille maison dont il recherchait l'alliance. Marie- Louise fut mariée par procuration à l'emjwreur des Français, le 11 mars 1810; l'archiduc Charles représentait l'époux à celte cérémonie. « Élevée dans les habitudes d'une obéissance passive, ajoute M. Meneval, elle dut se resigner. Instruite à regarder les princesses autrichiennes
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comme des instrumenta de la grandeur de leur maison, ei comme destinées à conjurer les orages qui les menacent, la considération du rôle qu'elle était appelée à jouer changea le cours «le se» pensées. Toute idée de sacrifice disparut. Elle chercha à connaître l'homme auquel elle avait évité même de penser, parce qu'il n'éveillait en elle que des idées importunes. Ce qu'elle apprit de ses qualités privées, du honheur dont il avait entouré Joséphine, de l'amour que lui portaient les Français, dissipa ses préventions. Elle partit de Vienne avec le désir de plaire n l'empereur. La connaissance personnelle qu'elle prit de son caractère acheva de la suhjuKuer. » Marie- Louise quitta sa famille le 13 mars, après trois jours de fêtes. Elle lit son entrée a Strasbourg le 24 et se trouva réunie à Napoléon le 28, à quelques lieues de Soissons. Quoique l'em|>ereur eût réglé lui-même le cérémonial de sa première entrevue avec sa nouvelle é|>ouset il ne put résister à son impatiente et s'elança, suivi d'un seul officier, au-devant de la jeune impératrice. Il revint avec elle au palais de Compiègne, à di\ heures du soir. Les autorites de la ville lui furent présentées. Des jeunes tilles lui offrirent un compliment et des fleurs. L'ambassadeur d'Autriche se trouvait à Compiègne Marie- Louisre se relira dans son apparlement où l'empereur la conduisit; il soupa avec elle et la reine de Naple* qui I avait accompagnée dans son voyage. « Marie- Louise était dans tout l'éclat de la jeunesse, dit M. Meneval; sa taille était d'une régularité parfaite; son teint était animé par le mouvement du voyage et par la timidité; des cheveux châtain clair, lins et abondants, encadraient un visage frais et plein, sur leqnel des yeux pleins de douceur répandaient une expression charmante ; ses lèvres , un peu grosses , rappelaient le type de la famille régnante d'Autriche, toute sa personne respirait la candeur et l'innocence, et un embonpoint, qu elle ne conserva pas après ses couches, annonçait sa bonne santé » Agissant en cela à la façon de Henri IV, Napoléon ne quitta point la nuit, comme il l'avait projeté, la résidence de Coinpiègne. Le surlendemain, lacour partit pour Sainl- Cloud, où le mariage civil eut lieu, le rr avril. Le lendemain, la cour vint en grand apparat au palais des Tuileries, en passant par la barrière «le l'Étoile, dont l'arc de triomphe avait éle figuré en toile comme il «levait être après son achèvement. Une population immense saluait la nouvelle impératrice. Le même jour, le cardinal Fesch célébra le mariage religieux dans le gran«l salon du Louvre. Les cardinaux, sauf deux, se dispensèrent d'assister à la cérémonie religieuse, alléguant la non intervention du pape dans la dissolution du premier mariage. L'empereur n'admit point leur excuse, et les exila «lans différents départements, avec défense de porter la couleur rouge, ce qui les fit appeler cardinaux noirs. Marie- Louise porta pour la cérémonie de son mariage la couronne du sacre. Le soir, la capilale
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fut illuminée d une manière splendide. La ville de Paris offrit à l'impératrice une toilette en vermeil, cLef-d'ivuvre d'art que M;» rie- Louise réclama en 1814 et qui fut fondu en 1X32 pour les victimes «lu choléra. Napoléon verser au trésor publie les 200,000 florins payé* par l'Autriche pour la dot de Marie-Louise. Les poètes chantèrent cet événement sur tous les tons. L'empereur leur accorda une gratification de cent mille francs. Il plaça la duchesse «le Monlehello comme dame d'honneur auprès de l'impératrice, qui ne devait pas jouir d'autant de liberté qu'en avait eu Joséphine.
Les nouveaux époux tirent un eourt séjour à Compiègne, visitèrent la Belgique et à leur retour les fêles recommencèrent; ehVs furent très- brillantes, mais attristées par l'incendie qui dévora, le 2 juillet, l'hôtel du prince de Schwarzenberg , ambassadeur d'Autru lie, au milieu «l'un bal donné à celte occasion. L'empereur enleva, «lit-on, luimême l'impératrice «le la salle embrasée Si l'on en croit le Mémorial de Sainte- Hélène, Napoléon avait demandé confidentiellement à Marie-Louise quelles instructions elle avait reçues «le ses pa- ! rents relativement à sa comluite envers lui : « n'être à vous tout à fait, et «le vous obéir en toutes choses », fut sa rejwnse. « Les premiers temps de ce mariage furent assex heureux, dit •Vf me dp Bra«li : l'empereur, très amoureux, négligeait tout |H>ur sa nouvelle épouse; l'impératrice, toujours réservée, fut d'abord sensible à ce tendre sentiment ; mais les mmurs françaises n'étaient point failes pour lui plaire, et elle inspira bientôt à ceux qui l'entouraient et à la nation entière l'indifférence qu'elle-même ressentait. Marie- L«>uise avait le goût de. la lecture, un fort beau talent de piano , des habitu«les de simplicité et d'économie ; mais «lans la conversation, sa reserve allait jusqu'à la froideur, et elle avaii un air constamment ennuyé. Elle ne pouvait faire oublier Joséphine. Napoléon entoura Marie L«>uise d'une cliquette pleine de contrainte : il avait dit qu'il ne voulait point qu'un homme pût se vanter d'être demeuré deux secondes seul avec l'impératrice. L'empereur irrita aussi sa famille en immolant la vanité des uouvelles princesses aux privilèges «le sa femme. » La cassette de l'impératrice était «le 50,000 fr. par mois'; 10,000 fr. étaient distribués chaque mois aux pauvres, après information. Le reste passait en toilette. Marie-Louise était économe et veillait à ce que son budget ne fût |>oint dépassé; elle «tonnait beaucoup eu présents, et gardait toujours en réserve une bourse «le 25 ooo fr. «lans son secrétaire. L'empereur lui apprit luimême à monler à cheval, et s'amusait beaucoup de la peur qu elle avait de tomber. II fit avec fcile de nombreux voyages , et se plaisait à lui faire de galants cadeaux. Pendant sa grossesse, on le vit la soutenir et lui inspirer du courage. La timidité «le Marie Louise, son goût pour la vie intérieure, ses préventions contre
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l'esprit «le moquerie des Français , tout contribuait à l'isoler au milieu «le la cour.
Le 20 mars 1811, Marie Louise mit au jour, après «les couches laborieuses, un fils auquel Napoléon donna le litre de rot de Rome. L'empereur montra beaucoup d'affection et de tendresse pour son fils; Marie-Louise semblait beaucoup plus froide. Au mois de mai 1812, elle accompagna Napoléon à Dresde. L'empereur déploya dans ce voyage une magnificence extraordinaire. Tous les souverains de l'Allemagne s'étaient réunis dans cette ville, où Napoléon avait fait venir Talrna et les meilleurs acteurs de Paris : ce n'était que parties «le chasse, concerts, bals, etc. Marie-Louise en eut tous Im donneurs, ce qui blessa surtout sa belle-mère, la troisième épouse de François Bientôt Napoléon partit pour sa malheureuse campagne de Russie. Marie- Louise alla passer quinze jours a Prague et revint à paris. La conspiration du général Malet fut réprimée sans que l'impératrice eût eu à faire preuve de courage ou de prudence. Les désastres de Kussie, accom|Mgm;s de revers en Espagne, ramenèrent Napoléon en France, le 20 décembre 1812. Il envoya M. de Narbonne à Vienne dans l'espoir de retenir son beau-père dans la politique française; mais l'Autriche se sépara de la France au mois d'août «813. Napoléon avait rejoint son année le 15 avril. Il avait nommé Marie-Louise imperatricc-regente et lui avait adjoint un conseil. Suivant M. Meneval, •< l'ordre établi par l'empereur |»our l'expédition des affaires élait si bien réglé que l'intervention de la régente s'y faisait peu sentir. »» D'après M . de Bausset, Marie-Louise, que les affaires sérieuses n'amusaient guère, et qui par dessus tout avait une exhême défiance d'elle même, adoptait toujours l'avis des membres du conseil; elle ne décidait jamais rien , et en affaires d'administration n'avait d'autre opinion que celle qui lui élait inspirée par les personnes qu'elle savait être les dépositaires de la confiance de l'empereur. Après la bataille de Leipzig , Napoléon revint à Paris. Le 23 janvier 1814, il convoqua les officiers de la garde nationale de Paris aux Tuileries et leur dit : « Messieurs, je pars; je vais combattre l'ennemi; je vous confie ce que j'ai de plus cher, l'impératrice, ma femme, et le roi de Rome, mon fils. » Des acclamations accueillirent ces paroles. Il confirma par de nouvelles lettres patentes la régence de l'impératrice, cl partit le lendemain, laissant à Paris ses frères Joseph, Louis et Jérôme. Le 28 janvier Joseph fut nommé lieutenant général «le l'empereur par un décret signé à Saint-Dizier. Une lettre que l'empereur adressait à sa femme fut saisie par l'ennemi, et renvoyée avec honneur à son adresse; mais l'ennemi en avait fait son profit et se décida à marcher sur Paris. Napoléon avait écrit le 16 mars à son frère : <« Si l'ennemi s'avançait sur Paris avec «les farces telles que toute résis lauce devint impossible, faites partir dans la
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direction «h4 la Loire, la régente, mon (ils, les grands dignitaires, les ministres, et le trésor. Ne quittez, pas mon fils, et rappelez vous que je préférerais le savoir dans la Seine plutôt que dans les mains des ennemis «le la France. » L'ennemi «'approchant de Paris, le cas prévu par Napoléon semblait arrivé. Un conseil (ut assemblé dins la soirée du 28 mars La majorité du conseil n'était pas d'avis que l'impératrice quittât la capitale. La lettre de l'empereur avant été communiquée, le départ de l'impératrice fut résolu. Le roi Joseph et Cambacérès se hasardèrent bien à dire qu'il convenait à l'impératrice «le pren«lre une résolution. Elle déclara qu'elle ne pouvait pas désobéir aux ordres «le l'empereur sans un avis -igné de ses conseillers : ils refusèrent «le le donner. Elle resta longtemps hésitante. La gante nationale de service au palais la suppliait «le rester ; mais le minisire de la guerre lui fit dire qu'elle n'avait plus de temps à perdre. Elle partit le 29 vers midi pour Rambouillet. Le lendemain elle était à Chartres où, «lans la nuit, elle fut rejointe par les rois Joseph et Jérôme, les reines, les ministres de la guerre et de la marine. Elle se dirigea sur Tours par Vendôme, où elle reçut des nouvelles de l'armée et de l'empereur. De là elle marcha sur Blois où elle arriva le 2 avril au soir. Le lendemain, tous les ministres se trouvèrent réunis auprès d'elle ; un premier conseil fui tenu sans résultat. Les rois Joseph et Jérôme Napoléon tentèrent de se rapprocher du théâtre des événements ; ils durent rentrer à Blois le 5. Enfin, le 8, les deux princes soumirent à Marie Louise un plan qui consistait à faire sauter les ponts de la Loire, se jeter dans le Berry, cl de là, suivant les circonstances, dans l'Auvergne ou le Limousin. L'impératrice ne voulut pas quitter Blois. « Est-ce un ordre de l'empere«ir ? demanda t-ellc. — Non, répondirent les deux princes. — Alors, je resterai, » reprit Marie-Louise, et elle s'informa aussitôt si elle pouvait compter sur l'obéissance «les troupes qui l'avaient suivie. Le général Caffarelli lui affirma que sa garde s'opposerait à tout acte de violence qu'on voudrait exercer contre elle. Joseph et Jérôme durent abandonner le projet qu'ils avaient conçu.
Pendant ce tempç, Napoléon avait abdiqué. Le comte Schouvalof arriva à Blois le 8 à deux heures. Il fit connaître les ordres des alliés. Marie- Louise se rendit à Orléans, avec son fils, décidée à rejoindre l'empereur François, son père, à qui elle n'avait cessé d'écrire, en restant toutefois attachée aux intérêts de l'empereur et de la France. On l'empêcha bientôt de correspondre avec son mari. Elle se laissa persuader que sa santé ne s'accommoderait pas du climat de l'Ile d'Elbe que l'on venait d'assigner pour souveraineté à Napoléon. Le surlendemain de son arrivée à Orléans, Marie- Louise, accompagnée du prince Esterhazy, s'achemina vers Rambouillet,
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sous l'escorte de quoique* Conques commandés par le comte Paul Schouvalof, chargé de s'opposer à ce qu'elle rejoignit Napoléon qui l'attendait à Fontainebleau. Son sort avait été décidé par le traité du il. Elle conservait son titre et son rang de Majesté impériale pour en jouir pendant sa vie ; les duchés rte Parme, de Plaisance et de Guastalla lui étaient donnés en toute sou* veraineté et propriété, et devaient passer à son fils et à ses descendants en ligne directe ( disposition qui fut abrogée l'année suivante). L'empereur François Irr vint voir Marie-Louise à Rambouillet. On dit que ce prince s'étant avancé pour l'embrasser, ce fut son fils que, par un mouvement rapide, elle offrit à ses premières caresses, sans proférer une seule parole. L'empereur parut ému ; mais la politique est inexorable. Les souverains alliés vinrent à leur tour rendre visite à l'impératrice , qui partit pour Vienne, le 25 avril. Elle arriva le 21 mat à Schrenbrunn. Les Autrichiens célébrèrent son retour comme un triomphe, et la princesse n'y parut pas indifférente. Revenu à Vienne, l'empereur d'Autriche lut dit un jour : « Comme ma fille, tout ce que j'ai est à toi, même mon sang et rna vie ; comme souveraine, je ne te connais pas. » Napoléon lui faisait dire par tous les moyens de venir le retrouver à l'Ile d'Elbe. Sa grand' mère, la reine des Deux-Siciles, qui avait fui «on pays parce que les Anglais y faisaient les maîtres , et qui disait n'avoir pas à se louer de Napoléon, donnait à Marie-Louise le conseil d'attacher ses draps les uns au bout des antres pour s'échapper et de rejoindre son mari, parce que, disait-elle, quand on est marié c'est pour la vie. Cet avis n'allait pas au caractère de Marie- Louise. Elle obtint seulement la faveur de se rendre aux eaux d'Aix, où elle trouva le comte de Neipperg, chargé de la surveiller, et pour qui elle s'éprit bien vite d'un singulier attachement. Elle revint à Vienne par la Suisse où elle Ht un court séjour. Le 19 février 1815, elle protesta cependant par un acte adressé au congrès de Vienne contre la restauration des Bourbons en France et réclama le Irône de ce pays en faveur de son fils.
Lorsque Napoléon fut revenu de l'Ile d'Elbe, elle se déclara étrangère à cet acte et se plaça sous la protection de son père et des alliés; on la sépara de son (ils, que l'on priva de tous ses serviteurs français, même de la gouvernante qui l'avait élevé. Marie Louise déclara vers cette époque à M. Meneval que tout retour avec Napoléon était impossible; qu'elle n'oublierait jamais les bontés de l'empereur et faisait des vœux pour son bonheur ; mais qu'elle ne se prêterait jamais à un divorce. Napoléon partit pour Sainte-Hélène; Marie- Louise resta insensible à celte haute infortune et ne prit bientôt aucun soin de dissimuler son attachement au comte de Neipperg (voyez re nom ), à qui elle parait avoir donné plus tard le titre d'époux , par suite d'un mariage secret con-
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tracté après la mort de Napoléon. En 1815, un trailé signé à Paris laissa à l'archiduchesse Marie- Louise les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla; mais l'héritage en fut retiré à son lils pour passer à l'infante d'Espagne, Marie-Louise (voy. ce nom), ancienne reine d'Etrurie dépossédée par Napoléon, puis créée duchesse de Lucques, et qui devait le laisser à son propre fils Charles» Louis. On ne se contenta pas d'oter cette petite souveraineté au lils de l'empereur. Une patente du 18 juillet 1818 lui retira son nom de Napoléon, et le créa duc de Reichstadt. Marie Louise, laissant son lils à Vienne, alla prendre possession de ses trois duchés en compagnie du comte de Neipperg, devenu son principal ministre. En 1822, elle assista au congrès île Vérone, en qualité de duchesse de Parme. « L'inconstance, tes impatiences, la brusquerie de Na|>o!éon lui avaient sans doute, dit Mm* de Kradi , aliéné l'esprit de sa femme ; elle ne l'aimait déjà plus quand les alliés les séparèrent. Le comte de Neipperg avait peidu un n-il à la guerre, ce qui ne l'empêchait pas d'êlre beau, spirituel, aimable. On ne saurait pourtant justifier l'empressement que mil Marie-Louise à le traiter en époux lorsque Napoléon vivait encore, non plus que l'insouciance pour son fils et le peu «le larmes qu'elle lui donna lorsqu'il mourut , le 11 juillet 1832, à Scho'nhrunn où elle « tait depuis un mois. » Elle avait perdu en 182'J le comte de Neipperg. Plusieurs enfants étaient ne» de leur mariage morganatique. Quand, en 1831, l'agitation révolutionnaire se répandit en Italie depuis Reg;n'o jusqu'à Parme, Marie-Louise se retira à Plaisance, et attendit qu'un corps d'armée autrichien eût rétabli son pouvoir dans les duchés. Son gouvernement, tonl dévoué à l'Autriche, ne manquait pas pourtant d'une certaine modération; mais il était aussi arriéré que tous les autres gouvernements «le l'Italie et négligea surtout de répandre l'instruction dans les masses. Lorsque, en 1847, le mouvement révolutionnaire gagna Parme, la duchesse voyageait en Allemagne. Des troubles éclatèrent. Elle ne rentra plus dans ses États.
Napoléon avait ignoré jusqu'à sa mort la conduite de sa femme. « Soyez bien peisuades, disait-il quelque temps avant de mourir à ceux qui partageaient volontairement sa captivité, que si l'impératrice ne fait aucun grand effort pour alléger mes maux, c'est qu'en la tient environnée d'espions qui l'empêchent de rien savoir de toul ce qu'on me (ait souffrir; car Marie- Louise est la vertu même. » Douce erreur qui rendit la fin du héros moins cruelle Ses dernières pensées furent encore pour la France, pour sa femme et pour son fils. Il se plut toujours à faire l'éloge de Marie-Louise. « J'ai été occupé en ma vie, disait-il à Sainte Hélène , de deux femmes bien différentes : l'une ( Joséphine ) élait l'art et les grâces ; l'autre (Marie-Louise) l'innocence el la simple nature. » M. de Lamartine a fait de Marie-
Louise ce portrait : « C'était une belle fille du Tyrol, les yeux biens, les cheveux blonds, le visage nuancé de In blancheur de ses neiges et des ros» s de ses vallées, la taille souple et svelte, l'attitude affaissée et langoureuse de ce* Germaines qui semblent avoir besoin de s'appuyer sur le co'ur d'un homme;... les lèvres un peu fortes, la poitrine pleine de soupir* et de fécondité, les bras longs, blancs, admirablement sculpté» et retombant avec une gracieuse langueur,... nature simple, touchante, renfermée en soimême, muette au dehors, pleine d'échos au dedans, faite pour l'amour domestique dans une destinée obscure. »
M. Rarlhclemi de Las Cases possède un portrait du roi de Rome peint par Marie-Lonise sous la direction d'Isabey. L. Lotmvr.
Baron Mrneval, Napoléon et Marie- luntise, souvenirs historiques. — l>e Baimct. Mémoires anealotiques sur Ituterievr du palais et sur quelques événements île l'empire depuis nos jusqu'au i" mal tSU, pour servir à l'htst. de Napoléon. - l-a» Giirs, Mémorial de Sainte- Hetène. \\e l.am.irtlnr, Histoire de la Restauration. — Sa r rut et Suint-Mine. Biogr. des hommes du jour, tome III, I* pjrllt. p. lit. — M"» de Bradl, dans l'Encuclop. des gens du univ et portât, des Conteu»p.
bords de la Moskowa, faisait ses dispositions pour la bataille du lendemain, lorsque M. de Hausset, préfet du palais, arriva de Paris pour lui remettre le portrait du roi de Rome peint par Gérard, et représenté à demi couché dans son berceau, ayant pour hochets le sceptre et le globedu monde. Lorsque, le 2lJ mars 1H14, l'impératrice Marie Louise quitta les Tuileries pour se rendre au château de Rambouillet, on raconte que le jeune prince se désolait en criant « qu'il ne voulait point quitter le palais, et qu'il était chez lui. » De Rambouillet, Pi mpératrice, son fils et le conseil de régence se rendirent à Blots. Pendant ce temps, le sénat prononçait la déchéance de l'empereur, et sans teniraurun compte de aon abdication en faveur de son fils , sous le nom de IS'apoléon //, il appelait Louis XVIII au tronc de France. En vertu de I article 5 du traité de Fontainebleau, les duchés de Parme, de Plai sauce et de Guastalla furent donnés en toute propriété et souveraineté à l'impératrice Marie- Louise ; ils devaient passer à son fils et à sa descendance en ligne directe.
Le 2 mai 1814, Marie-Louise et son fils traversaient le Rhin près d'Huningue, sans avoir nu
napoléon il, duc deRf.ichstadt (François- revoir, l'une, son époux, l'autre, son père. Quel-
Char les- Jour ph), fils de Napoléon Ier et de lïm pératrice Marie-Louised'Autriche, ué a Paris, le 20 mars 1811, mort à Schrrnhrunn, près de Vienne (Autriche), le 22 juillet 1832. Napoléon I,r était à l'apogée de sa gloire. La naissance d'un fils vint mettre le comble à ses prospérités. L'accouchement de la jeune impératrice fut très- laborieux : le chirurgien Dubois craignit de ne pouvoir sauver la mère et l'enfant à la fois. « Ne pensez qu'à la mère, lui dit l'empereur, et traitez-la comme vous feriez d'une bourgeoise de la rue Saint-Denis. » A huit heures du matin, cent et un coups de canon annonçaient à la capitale inquiète qu'un héritier venaitdeualtrc au maître de l'Europe. Transporté de joie, l'empereur l'annonça lui-même à la foule qui se pressait dans ses appartements, en s'écriant : « C'est un roi de Rome! » Le jeune prince fut baptisé, le 9 juin suivant, à Notre-Dame par le cardinal Fesch, et tenu sur les fonts par Ferdinand, archiduc d'Autriche, au nom de l'empereur François l' f, et par Madame, mère de Napoléon. Les poètes célébrèrent à l'envi ce grand événement. La ville de Paris, par une allusion à ses armoiries, allusion qu'elle devait renouveler trois fois encore en moins de quarante années , offrit au nouveau roi un berceau en vermeil, de la forme d'un vaisseau, entouré de figures allégoriques, et couvert dt riches ornements, chef-d'owivre des talents réunis de Prnd'hon, Rognet , Thomire et Odiot.
La première éducation du prince fut confiée à Mœe la .comtesse de Montesquiou, qui justifia ce choix par des soins tendres et éclairés, et qui, peu d'années après, s'en montra bien plus digne encore en s'expatriant pour se consacrer à son
i ques jours après, tous deux arrivaient au château de Scbrrabrunn , situé 6ur la rive droite de la Wien, à une demi- lieue de la capitale de l'Autriche. Depuis un an environ^ la rie de la mère et de l'enfant s'écoulait dans cette résidence avec une froide monotonie, quand arriva, le 7 mars 1815, à la cour d Autriche, la nouvelle de l'évasion de l'empereur de llle d'Elbe. Vainement, à son arrivée à Paris, Napoléon I" réclarna-t il le retour en France de Marie-Louise et de son (ils ; ses lettres restèrent sans réponse. La défaite de Waterloo les tint |x>ur jamais éloignés de sa personne. Quelques membres delà chambre des Cent- Jours défendirent IcsdroitsdeNapoléon 11, en faveur de qui son père avait abdiqué une seconde fois, et qui, ainsi que le fit observer Manuel, était empereur des Français par le fait seul de cette abdication et par la force des constitutions de l'Empire. Cependant, par une contradiction étrange avec les résolutions qu'ils venaient de prendre, les représentants refusèrent de s'occuper de l'organisation de la régence, et les deux chambres créèrent une commission provisoire de gouvernement, dont Fouché fut nommé président. Ce nouveau pouvoir s'annonça par une proclamation qui renfermait ces paroles : « Na|K>léon a abdiqué la pourpre impériale; son abdication est le terme de sa vie politique; son fils est proclamé empereur. » Les droits de Napoléon II étaient donc reconnus , et les souverains alliés ne les eussent peut-être pas contestés alors , si Fouché n'avait pas intrigué auprès du due de Wellington pour rétablir Louis XVIII sur le trône
Le fils de Napoléon f n'avait point quitté Schcrahrunn, et le moment était arrivé où son tn-
elève. Le 5 septembre 1812, Napoléon 1er, sur les j telbgence déjà active réclamait une éducation plus
forte. A la demande de Marie-Louise, François Jrr confia la direction de cette éducation délicate au comte Maurice de Dietrichslein. Les dispositions du traité conclu à Fontainebleau, le 1 1 avril 1814, ayant été attaquées par le congrès de Vienne , il inteiTint, le 10 juin 1817, à Paris, une convention
L'audience qu'il demandait ne lui fut pas accordée, et l'on sait comment il s'en vengea dans un nouveau poème intitulé le Fils de l'homme.
Leduc de Reichstadt venait, en juin 1830, de parcourir avec François t,r et sa mère l'impératrice Marie-Louise les pittoresques contrées
par laquelle les puissances alliées maintinrent, à | de laStyrie, lorsque la révolution de juillet éclata
l'égard de l'impératrice Marie-Louise, le> dispositions relatives au duché de Parme; mais, après son décès , la réversion devait avoir lieu en faveur, non point de son Ois, mais de l'infant Charles- Louis et de ses descendants. Le filsde l'empereur Napoléon se trouva ainsi sans nom, sans titre et sans héritage. Ce fut alors que François I*r, par une patente impériale du 21 juillet 1818, lui conféra le titre de duc de Reichstadt et le rang de prince autrichien.
Marie- Louise s'étant rendue dans ses nouveaux États, le jeune prince resta seul auprès de son grand-père, dont il était très aimé. Il lui dci, dit-on, un jour, en s'appuyant sur ses a Mon grand papa, n'est-il pas vrai , quand j'étais a Paris, j'avais des pages? — Oui, répondit le monarque, je crois que vous aviez des pages. — N'est-il pas vrai aussi qu'on m'appelait le roi de Rome? — Oui. — Mais, mon grand papa, qu'est-ce donc être roi de Rome? — Mon enfant, quand vous serez plus âgé, il me sera plus facile de vous expliquer ce que vous me demande/; pour le moment, je vous dirai qu'a mon titre d'empereur d'Autriche, je joins celui de roi de Jérusalem sans avoir aucune sot te de pouvoir sur cette ville... Eh bien! vous étiez roi de Rome comme je suis roi de Jérusalem. »
Les études du duc de Reichstadt furent dirigées d'après le mode adopté pour les princes de la lamille initiale, et qui ne diffère pas «lu système prescrit par l'université. M. Collin, connu par de brillants succès littéraires, lui enseigna les premiers éléments des langues anciennes; M. Obenaus, ex-gouverneur de l'archiduc François-ChaTles, lui lit un cours de philologie latine, appliquée particulièrement aux grands écrivains. A ces études succédèrent celles de la philosophie et du droit naturel, politique et administratif. Frauçois (cr avait ordoonéà M.Obenaus d'enseigner encore au jeuneduc [ histoire contemporaine, ainsi que les mathématiques. Le major Wews lui Ct plus tard un cours complet de fortification. Sur toutes ces matières, il subit avec succès plusieurs examens en présence des membres de la famille impériale. Les littératures frauçaise, allemande et italienne lui étaient également familières, et, dès que le prince eut atteint sa quinzième année, le comte de Dietrichslein se fit, dit-on, un devoir de mettre sous ses yeux les principaux ouvrages publiés sur l'histoire de Napoléon et sur la révolution française. C'est le prince de Mctternich qui dirigeait les études du jr une prince, en même temps qu'il l'avait entouré d'une active surveillance. En 1828, M. Barthélémy fit un voyage à Vienne, pour lui offrir son poème de Napoléon en Egypte.
à Paris. Son nom fut alors prononcé, et des démarches eurent lieu afiu d'engager l'Autriche à se prêter à des combinaisons nouvelles. Pour prix du rétablissement de Napoléon II, la France devait offrir eux puissances européennes tontes les garanties désirables d'union et de paix, et le prince de Talleyrand fut chargé, dit-on, dans les premiers jours d'août, sous le voile d'une toute autre mission , de faire à la cour de Vienne des propositions en faveur du duc de Reichstadt; la froideur avec laquelle ses communications furent accueillies déconcerta le diplomate qui s'éloigna promptement. Quelques autres démarches moins officielles n'eurent pas un meilleur succès, et la comtesse Napoléone Camerata dut quitter Vienne avec la persuasion que toute tentative en faveur du prince serait désonnais inutile* Vers la fin de 1830, le maréchal Marmont. proscrit par la révolution, arriva à Vienne, et, le 25 janvier 1831, le duc de Reichstadt le rencontra pour la première fois dans une grande réunion chez l'ambassadeur d'Angleterre, lord Cowley, réunion où se trouvaient, en même temps, deux princes de la maison de Bourbon, le maréchal Maison, ambassadeur de Louis- Philippe, le prince Gustave Wasa, héritier naturel du trône de Suède, et le comte de Loevenhielm , ministre du roi Charles Jean. Le jeune prince exprima toute sa satisfaction au maréchal, et manifesta à ce lieutenant de l'empereur Napoléon le désir de l'interroger sur quelques points de l'histoire contemporaine Marmont, après avoir consulté le prince de, Metternich , ainsi que le duc de Reichstadt le lui avait recommandé, prit rendezavec lui pour le lendemain. On conçoit
vous
combien les récits du maréchal firent impression sur le prince qui, pour la première fois, entendait raconter les hauts faits de son père par la bouche d'un de ses lieutenants. Pour donner à ces entretiens une direction méthodique, le maréchal adopta la forme de leçons de théorie militaire sur ditférentes campagnes de Napoléon, et ces leçons se succédèrent sans interruption tous les jours pendant trois mois, de onze heures du matin à deux heures. Le prince y prêtait une vive attention ; ses yeux brillaient d'intelligence, et, dans son profond regard, le maréchal crut plus d'une fois retrouver les yeux et l'âme de l'empereur.
Vers celte époque, le contre-coup de la révolution de France avait retenti en Italie, et des troubles avaient éclaté dans le duché de Parme. Marie-Louise avait élé obligée d'abandonner ses Etals. Effrayé pour sa mère, le duc de Reichstadt sollicita vainement de François 1er la
permission d'aller à son secours. Déjà, suivant l'usage, il avait passé par tous les grades inférieurs, cl en avait successivement rempli les fonctions. Capitaine au régiment des chasseurs de l'empereur d'Autriche au mois d'août 1828, il avait assisté, daus l'été de 1829, au camp de Traiskirclien, près de Vienne; depuis le 7 juillet 1830, il était major du régiment d infanterie de Salis; nommé, le 15 juin 1831, lieutenantcolonel , il avait pris le commandement d'un bataillon du régiment d'infauterie hongroise de Giulay, alors en garni- ou à Vienne.
Cependant sa santé commençait à donner de sérieuses inquiétudes. De légers maux de gorge le faisaient souffrir de temps en temps ; il était sujet à une sorte de toux sèche et à des crachements sanguinolents. Les médecins attachés à sa personne crurent remarquer une prédisposition à la phthisie laryngée, et jugèrent prudent de le mettre à l'abri de toutes les influences atmosphériques et de tous les efforts de voix auxquels l'exposait le service militaire (Je fut malgré lui , sur l'ordre formel de l'empereur François, qu'il dut quitter Vienne après l'invasion du choléra, et se rendre à Schipnbrunn. Deux mois de repos absolu ranimèrent sa santé délabrée. De retour à Vienne, le 16 novembre 1831 , il pressait son aïeul de lui laisser reprendre son service militaire. L'empereur n'y consentit pas immédiatement; car, de l'avis des médecins, le prince était encore dans une situation inquiétante, et il se dérobait à toutes les prescriptions «le la médecine qu'il avait en horreur. L'équinoxe du printemps devint ponr lui une époque funeste. Les pluies, que bravait le prince, lui occasionnèrent des refroidissements, réveillèrent ses maux chroniques et provoquèrent des engorgements aux poumons et au foie. Dans le mois d'avril, ce pénible état empira. Après une course à cheval, et une promenade le soir, au Prater, eu voiture découverte, survint une lluxion de poitrine qui détermina les plus graves accidents. Il fut alors décidé que le mata le serait conduit en Italie; mais il était trop tard. L'impératrice Marie-Louise arriva à Schu-nbrunu dans la soirée du 24 juin, et le retour désiré de sa mère parut, pendant quelques jours, suspendre les maux dont il était accablé. Le 21 juillet, les douleurs du prince devinrent si vives que, pour la première fois, il avoua a son médecin qu'il souffrait. Le baron de Moll, l'un de ses officiers, passa la nuit dans sa chambre. Après être quelque temps resté assoupi, vers trois heures et demie du matin, le prince se leva tout à coup sur son séant et s'écria : « Je succombe! (fchge/te unler /...). Ma mère ! .. ma mère!... >• Ce furent ses dernières paroles. A cinq heures huit minutes, il s'éteignit sansconvulsions, dans celte même chambre qu'avait occupée l'empereur Napoléon dictant la paix à l'Autriche. C'était le V). juillet, anniversaire du jour où il avait appris, onze ans aupa-
NAPOLÉON III 44S(") i avant, à Scho>nbrunn , la mort de soit père.
Le lundi 23 juillet, on procéda à l'autopsie cadavérique du prince : l'élat squirreux de ses poumons, l'atrophie du sternum et la faible construction «le sa poitrine resserrée, semblaient indiquer qu'aucun secours n'aurait pu prolonger son existence. De magnifiques funérailles lui fureut faites à Vienne, où le corps avait été trans|>orlr pour être déposé dans les tombeaux de la famille impériale. Son cu-ur fut déposé dans la cathédrale, et ses entrailles, dans l'église des Augustins.
Monlbel (de), duc de Iteichitadt, Taris. 183}, 1SSJ, ln-s». — Frane. l.ecomte (delà Marne |, lint.de !\'apolei>n II ,• Pari», 18»», ln-8». - fitoor unie, et portât, des Coutemp. - .Moniteur universel. Kit à ttu. — n<rthelemy. I* Fils de r Homme Pari*. H», in s*. - Guy (de l'Hérault ). tlttt. de Napoléon II, roi dt Home; Paru, iS»«. in-8». - J. de Salnt-Felu, Mtt. dt H'apoléon II ; Paris, !§»*, Iq-8».
; xAPOLÉoji m ( Charles - Louis - Xapo- Iran Bonaparte), empereur des Français, fils de Louis, roi de Hollande, et d'Hortense de Beauharnais, né à Paris, au château des Tuileries, le 20 avril 1808. Inscrit en tête du registre de famille de la dynastie napoléonienne, déposé aux archives du sénat, il fut baptisé le 10 novembre 1810, au palais de Fontainebleau , par le cardinal Fesch ; il eut pour parrain Napoléon lrr et pour marraine la nouvelle impératrice, Marie-Louise. Dès son enfance il aimait l'empereur, et on eut, dit-on, beaucoup de peine à l'arracher de ses bras, loisque, pendant les Cent-Jours, il le vit pour la dernière fois à la Malmaison.
Après le rétablissement des Bourbons fur le trône «le France, commença pour le prince Louis un long et rude enseignement à l'école du malheur. A l'Age de sept ans, il accompagna sa mère dans les différents lieux «l'exil où elle s'était retirée, à Genève , à Aix ( aujourd'hui département de la Savoie), à Carlsruhe, à Augshourg. La reine Hortense concentra tous les soins maternels sur l'éducation de son fils : elle lui avait donné pour gouverneur l'abbé Bertrand, et pour précepteurs Ph. Lebas et le colonel Armaudi. Le jeune prince suivit tes cours du gymnase d'Augsbourg (l), fit de Schiller une de ses lectures favorites, et se passionna pour l'histoire et les sciences exactes aussi bien que pour l'escrime et l'équitation. En 1824, il passa en Suisse et vint, avec sa mère, habiter le château d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance, dans le
(I) l.e prince, aujourd'hui empereur, s'est souvenu de ses anciens condit-ciples. A locea»ton d'une /été cotnménioratlve, célébrée le * septembre tW» por le gvnina»e d' Augftbourg, Napoléon III a adressé au président du banquet une lettre autographe où te trouvent, entre autres, ces simples et belles parole* : • . . . L'exil fournit «les expérience* triste», mais utiles ; Il apprend a connaître les peuples étrangers , a apprécier sans préjugé* leur» bonne» qualités el leur valeur, et M 1 on est .-msrz heure m plu* tard pour rentrer sur le sol de U patrie, on Kardc néanmoins pour les r outrées «tans le»quelle* on a pa«e sa Jeunesse, le» souvenirs les plut agréable*, qui restent vivants malgré le tempe et la politique. >