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canton de Thurgovie. Initié par le général Dufour à l'art militaire, il servit comme officier dans l'armée fédérale, ce qui lui donnait le droit de cité.
A la nouvelle de la révolution de juillet 1830, Louis-Napoléon et son frère atné , espérant voir abrogée la loi qui bannissait leur famille, demandèrent à rentrer en France. Le nouveau gouvernement répondit par un relus. Les princes tournèrent alors leurs regards vers l'Italie, se rendirent en Toscane, et prirent une part active au mouvement qui venait d'éclater dans la Rornagne. On connaît l'issue de cette lutte inégale pour l'indépendance de l'Italie. : les Autrichiens écrasèrent les patriotes. Le prince Charles expira a Forli, par suite de ses blessures. Son frère se réfugia a A ncône, occupée par les troupes françaises; il y tomba lui-même gravement malade, et ne dut son salut qu'au dévouement de sa mère. Tous deux quittèrent en fugitifs les États du pape, et parvinrent, a travers mille dangers, à gagner la France. A peine arrivés à Paris, la reine Hortcnse et sou fils encore souffrant furent obligés, par ordre dn gouvernement, d'en partir; ils s'embarquèrent pour l'Angleterre, d'où ils revinrent bientôt en Suisse reprendre leur résidence au château d'Arenenberg.
Vers la fin de 1S3I, les chefs de l'insurrection polonaise, anciens soldats de l'empire, offrirent au neveu du grand capitaine le commandement de leurs légion» : ils lui montraient même, dit-on, en perspective la couronne du royaume de Pologne. Le prince ne voulut servir que comme simple volontaire, et il s'était déjà mis en route pour le théâtre de la guerre lorsqu'il apprit la chute de Varsovie. Toujours attiré vers cette patrie où le nom de Napoléon avait laissé de si grands souvenirs, il sollicita de nouveau du roi Louis- Philippe la faveur de rentrer en France comme citoyen, s'il devait en être exclu comme prioce. Pour toute ré|M>nse, on renouvela contre lui et sa famille la loi de bannissement. Cet acte trahissait autant de faiblesse que de crainte; et si la mort du duc de Reichstadt (22 juillet 1832), n'eût rappelé ses droits au prince Louis, la manière dont la diplomatie se conduisait à son eçanl aurait seule pu suffire à faire naître en lui rambit'on d'un prétendant.
Le frémissement que la révolution de Juillet avait produit parmi les nations de l'Europe, s'étant calmé , le prince reporta son activité vers ses études de prédilection, l'artillerie et le génie, tout en continuant de demeurer attentif aux événements politiques de son temps. Plusieurs écrits, fort remarqués dès leur apparition, furent le fruit de ses loisirs: ils ont pour titre : Rêveries politiques, suivies d'un Projet de Constitution ; Deux mots à M. de Chateaubriand sur la duchesse de Bcrri; Considérations politiques et militaires sur la Suisse. Ce dernier ouvrage, daté d'Arenenberg, 6 juillet 1833, est une belle page de l'histoire contemporaine où l'auteur manifeste toutes
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i ses syrapalhies pour le libre développement des nations : « Heureux, dit il, le peuple qui, par son énergie a su secouer le joug étranger ! Heu- , reux le peuple qui peut lui-même se donner des lois! (I) » Quant aux systèmes qui violent le principe des nationalités et prétendent enchaîner l'avenir, il les rejette en ces termes : « Non-seulement un même système ne peut («as convenir à tous les peuples, mais les lois doivent se modifier avec les générations». Puis, reportant ses regards vers la France, il ajoute :« Ce qu'il nous faut en France, c'est un gouvernement qui soit en rapport avec nos besoins, noire nature, et notre condition d'existence. Nos besoins sont l'égalité et la liberté; notre nature, c'est d'être les ardents promoteurs de la civilisation; notre condition d'existence, c'est d'èhv forts , afin de défendre notre indépendance (2). » | — En 1836, l'illustre proscrit lit paraître un Ma~ miel d'artillerie, qui reçut l'approbation des ' juges compétents. « Les ouvrages de Louis Na- 1 poléon, disait a celte occasion Armand Carrel dans le National, annoncent une bonne tête et un noble caractère ; il y a de profonds aperçus qui dénotent de sérieuses éludes et une grande * intelligence des temps nouveaux. »
Cependant la branche cadette des Bourbons parvenait avec peine à inaugurer son règne. Deçu dans ses espérances , le parti républicain, i vainqueur dans les journées de juillet, ensanglan- I tait les rues de Paris et de Lyon; dans l'ouest, le parti légitimiste relevait la tête; le nouveau roi, but d'iucessanles attaques de la part des journaux dissidents, devenait le point de mire de toute 1 une série de régicides , pendant que sa dynastie, élevée sur le pavois de la chambre des députés, était un objet de défiance ou d'alarme pour tous les souverains de droit divin. Afin d'eutourer son : trône d'une auréole de popularité, Louis-Philippe avait repris le drapeau tricolore, instinctif hommage rendu à une grandeur passée, i Ce roi ne négligeait rien pour flatter l'armée et gagner les impérialistes. Prenant pour ministres d'anciens lieutenants de l'empereur, il rétablit, en 1831, la statue de Napoléon 1" sur la colonne de la place Vendôme, lui éleva, en 1833, un monument à Ajaccio, replaça, en 1835, son portrait ! au Palais de Justice, et fit, en 1836, surmonter ; de son buste en marbre la colonne du cours Bo- I na parte à Marseille. C'est ainsi que Louis-Phii lippe invoquait les glorieux souvenirs du chef de ; 4a famille cpntre laquelle il venait de renouveler j la loi de bannissement ! En présence de ces actes, j dont l'intention était manifeste, quoi de plus j simple que l'entreprise d'un prince napoléonien cherchant à reprendre l'héritage d'un nom prestigieux ? La tentative de Strasbourg fut en grande partie le résultat de la conduite du gouvernement de Juillet. Louis-Napoléon en a lui-même raconté les principales péripéties dans une lettre adressée
(0 OE ucra de Napoléon IV, t. Il, p. 9» (Paris, 1»54|. l*:/Md.,t.ll, p. SVOet 3U.
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à 5a lucre, qui l'avait surnommé « le <lou\ entêté ».
Le prince avait quitté Arenenberg le 2à octobre 1836. Arrivé à Laltr le 27, il eut une roue rie sa calèche brisée, ce qui devait être d'un mauvais augure pour celui qui croyait obéir à l'appel d'une voix secrète. Après un jour «le retard, il entra le 28 a .Strasbourg, à onze heures du soir. Selon le plan «l'opération, concerté avec le colonel Y'audrey,il se porta, suivi d'une dou/ai ne d'officiers, le 30 à six heures du matin, vers la caserne d'artillerie, où il fut vivement acclamé, et d'où, après uue allocution chaleureuse, il se dirigea, musique eu léte, chez le général Voirol, pour l'entraîner dans le mouvement. On sait que ce général se refusa à l'invitation du prince de le suivre, et parvint à s'échapper de son hôtel. Ce premier échec fut suivi d'un second à la caserne de Kinkmatt : des ordres et contre-ordres y amenèrent une confusion générale qui se termina par l'arrestation du prince. Dans l'interrogatoire qu'il subit , il se montra calme et résigné. On lui fit les questions suivantes : • Qu'est-ce qui vous a poussé à agir comme vous l'avez fait ? — Mes opinions politiques et mon désir de revoir ma patrie, dont l'iuvasion étrangère m'avait prive. Eu 1830, j'ai demandé à être traité en simple citoyen; on m'a traité en prétendant; eh bien, je me suis conduit en prétendant! — Vous vouliez établir un gouvernement militaire? — Je voulais établir un gouvernement fondé sur l'élection po|*ilaire. — Qu'auriez vous fait vainqueur? — J'aurais assemblé un congrès national. • Le prince déclara en même temps que lui seul ayant tout organisé, il voulait assumer sur sa tète toute responsabilité, comme le plus coupable et le seul à craindre. Il fut ensuite conduit à Paris, où il arriva dans la soirée du 1 1 novembre à l'holcl de la préfecture de police. Deux heures après il fut dirigé sur Lorient; il y resta enfermé à la citadelle de Port-Louis jusqu'au 21, jour où appareillait la frégate I* Andromède , qui le transporta en Amérique.
Ce dénomment inattendu devint le texte de nombreux et v ifs commentaires. Louis- Phi lippe avait-il cédé anx iustautes prières de la reine Hortense, accourue de sa retraite pour implorer la clémence royale t Ce fut la version la plus accréditée. Mais cet acte de clémence était probablement dicté par l'intérêt même du roi, qui craignait de blesser l'armée en livrant à la justice celui qu'il pouvait qualifier d'héritier de l'ein|>ereur. Après le renvoi du principal coupable, l'acquittement des autres accusés était pour le jury de Strasbourg un acte de conscience.
La traversée sur l'Andromède dura sept semaines. Pour occuper ses loi-sirs et tromper ses chagrins, le prince relisait Chateaubriand et J.-J. Rousseau. Les lettres qu'il adressait à sa mère sont remplies de beaux sentiments et de belles pensées. Entré en rade de Hio de Janeiro, le 10 janvier 1837, il y lesta quinze jours consigné à bord du bâtiment, et fut de là ton-