‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 73 sur 206 · ÉON II · texte numérisé non relu

ÉON II

et le 9 octobre suivant il prononça à Bordeaux, à l'occasion du banquet offert par la chambre et le tribunal de commerce, le discours suivant : « Désabusé d'absurdes théories, le peuple a acquis la conviction que les réformateurs prétendus n'étaient que des rêveurs, car il > avait toujours inconséquence, disproportion , entre leurs moyens et les résultats promis. Aujourd'hui la France m'entoure de ses sympathies, parce que je ne suis pas de la famille des idéologues. Pour faire le bien du pays, il n'est pas besoin d'appliquer de nouveaux systèmes, mais de donner, avant tout, confiance dans le présent, sécurité dans l'avenir. Voilà pourquoi la France semble vouloir revenir à l 'Empire. Il est néanmoins unecrainte à laquelle je dois répondre. Par esprit de défiance, certaines personnes se disent : l'Empire, c'est la guerre. Moi , je dis : Y Empire, c'est la paix. C'est la paix, car la France la désire, et lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. La gloire se lègue bien à titre d'héritage, mais non la guerre. Est ce que les princes, qui s'honoraient justement d'être les (>etits-fils de Louis XIV, ont recommencé ses luttes? La guerre ne se fait pas par plaisir, elle se fait par nécessité ; et, à ces époques de transition, où partout, à coté de tant d'éléments de prospérité, germent tant de causes de mort, on peut dire avec vérité : Malheur à celui qui lepremier donnerait en Europe le signal d'une collision dont les conséquences seraient incalculables ! J'en conviens cependant, j'ai, comme l'empereur bien des conquêtes a faire. Je veux, comme lui, conquérir la conciliation des partis dissidents et ramener dans le courant du grand fleuve populaire les dérivations hostiles qui vont se perdre sans profit pour personne » Le discours de Bordeaux semblait la véritable expression de la pensée du chef de l'Etat. Cette pensée, encouragée d'ailleurs par le désir même de la nation, se dessina nettement dans le message adressé le 4 novembre au Sénat. Ce corps y répondit le 7 novembre en votant à l'unanimité moins une voix ( 86 sur 87 votants ) le rétablissement de l'Empire. Le sénatus-consuite fut ratifié par le peuple français, convoqué dans ses comices les 21 et 22 novembre. Près de huit millions (7,824,189 ) de bulletins, portant le mot omî, formulèrent le plébiscite suivant : « Le peuple français veut le rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte , avec hérédité dans sa descendance directe, légitime ou adoplive, et lui donne le droit de régler l'ordre de succession au trône dans la famille Bonaparte, ainsi qu'il est dit dans le sénatus-consuite du 7 novembre. »

L'Empire fut solennellement proclamé le 1e* décembre 1852 au palais de Saint-Cloud, en présence du Sénat et du Corps législatif. Le prince Louis-Napoléon s'appellera désormais Napoléon 111, par la grâce de Dieu et la vo-

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lonté nationale, empereur des Français.

« Je prends dès aujourd'hui avec la couronne, dit-il dans sa répouse au\ di>cours «les chambres, le nom de Napoléon III, parce que la logique du peuple me l'a déjà donné dans ses acclamations, parce que le Sénat Ta propose légalement, et parce que la nation entière l'a ratifié. 1M ce à dire cependant qu'eu acceptant ce titre je tombe dan» l'erreur reprochée au prince qui, revenant de l'exil, déclara nul et non avenu tout ce qui s'était Tait en son absence? Loin de moi un semblable égarement! Non-seulement je reconnais les gouvernements qui m'ont précédé, mais j'hérite en quelque sorte de ce qu'ils ont fait de bien ou de mal ; car les gouvernements qui se succèdent sont, malgré leurs origines, solidaires de leurs devanciers, y

Par un décret du 18 décembre, l'empereur régla l'ordre de succession au trône et célébra, le Î9 janvier 1853, sou mariage avec Eugénie- Marie de Guzman , comtesse de Téba , née le 5 mai 1856. Ce fut en annonçant, le 22, le projet de ce mariage au Sénat et au Corps législatif qu'il prononça ces parole tant remarquées : « Quand, en face de la vieille Europe, on est porté par la force d'un nouveau principe à la hauteur des anciennes dynasties, ce n'est pas en vieillissant son blason et en cherchant à s'introduire à tout prix dans la famille des rois, qu'on se fait accepter. C'est plutôt en se souvenant toujours de son origine, en conservant son caractère propre et en prenant franchement vis-àvis de l'Europe la position de parvenu, titre glorieux lorsqu'on parvient par le libre suffrage d'un grand peuple. » Paroles diversement appréciées, mais qui montrent que l'Empire représente au moins l une des grandes faces de la Révolution, l'égalité.

Toutes les puissances, l'Angleterre en tétc, s'empressèrent de reconnaître le nouveau gouvernement. L'empereur reçut même, le 28 mars, une députation du haut commerce de la cité de Londres, présidée par sir James Duke. Le reste de l'année 1853 se passa sans d'autres événements remarquables.

L'année 185) s'ouvrit sous de tristes auspices: te disette et la guerre d'Orient. L'empereur fit tous sos efforts |K>ur adoucir le premier de ces deux fléaux et prévenir l'autre. L'insuffisance de la ié<olte ayant été estimée au chargement d'environ quatre mille navires (dix millions d'hectolitres), il encouragea la liberté des transactions, en délivrant le commerce des grains de toute entrave, et fit adopter par la ville de Paris un système destiné à prévenir, pour la valeur des céréales, ces variations extrêmes qui, dans l'abondance, font languir l'agriculture par le vil prix du blé, et, dans la disette, font souffrir les fiasses nécessiteuses par sa cherté excessive (1).

ON 111 ils («)

Quant à la guerre d'Orient, elle ne pouvait, pas plus que la disette , entrer dans les prévisions de l'avenir. On sait comment l'empereur Nicolas voulait brusquer l'agouie du grand malade , qui se nomme l'empire Ottoman. Après avoir vainement tenté d'associer au partage de cet empire l'Angleterre et la France, il s'abaudonna au courant de son ambition : il lit approcher une armée des frontières de la Turquie et vint occuper les Principautés danubiennes. La protection des chrétiens d'Orient et le patronage des lieux saints servirent de prétexte. L'empereur des Français essaya de tous les moyens de conciliation pour conserver la paix. Après s'être concerté avec l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse, il fit parvenir à l'empereur de Russie une note destinée à donner une satisfaction commune. Mais le gouvernement russe, par ses commentaires restrictifs, en détruisit tout l'effet, et empêcha ainsi l'Angleterre et la France d'insister à Cons- Unlinnple sur l'adoption pure et simple de cette note conciliatrice. De son côté, la Porte avait proposé des modifications que les quatre puissances représentées à Vienne trouvèrent acceptables; mais elles ne furent point agréées par la Russie. Dès lors la Porte, blessée dans sa dignité, menacée dans son indépendance, ot>érée déjà par ses efforts pour opposer une armée à l'invasion des Russes, aima mieux déclarer la guerre que rester dans cctétald'incertitudeet d'abaissement. Elle avait réclamé l'appui de la France; sa cause paraissait juste : les escadres anglaise et française reçurent l'ordre de mouiller dans le Bosphore. L'attitude de la France vis-à-vis delà Turquie était protectrice, mais passive; Napoléon III ne l'encourageait pas à la guerre : il ne discontinuait pas de faire parvenir aux oreilles du sultan des conseils de paix et de modération, persuadé que c'était le seul moyen d'arriver à un accord; et les quatre puissances s'entendirent de nouveau pour soumettre à l'empereur Nicolas d'autres propositions. En attendant , l'armée russe s'était bornée à repousser, sur la rive gauche du Danube, comme en Asie, les attaques des Turcs, La France et l'Angleterre n'avaient été jusque-là que spectatrices intéressées , lorsque l'incendie de la flotte ottomane par les Russes dans le poi t de Sino|»c vint tout à coup les forcer à prendre une position plus tranchée. Il y avait, à l'entrée du Rosphore, trois mille bouches à feu, dout la présence disait assez haut que, si les deux premières puissances maritimes n'avaient pas en- Kagé leur draiwau dans les conflits, qui avaient lieu sur terre entre la Russie et la Turquie, elles se déclareraient immédiatement contre celle qui commencerait l'attaque sur mer. L'événement de Sinope fut donc pour la France et l'Angleterre une provocation inattendue. Peu importe

boulangerie ne réall«alt qo'lncomplt'lnarnt . a été ronronne par la suppression de l'échelle mobile {Janvier ISsi), et par le décret récent du « Juin l»6ï, qui proclame, en principe, la liberté de U boulangerie.

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que les Turcs aient voulu on non faire passer des munitions de guerre sur le territoire russe, il n'en reste pas moins établi que des vaisseaux russes sont venus attaquer des bâtiments turcs dans les eaux de la Turquie et mouillés tranquillement dans un port turc; ils les ont détruits, malgré l'assurance de ne pas faire une guerre agressive, malgré le voisinage des escadres française et anglaise. « Les coups de canon de Sinope, dit Napoléon III dans sa, lettre à Nicolas ( 29 janvier 1854), ont retenti douloureusement dans le cœur de tous ceux qui, en Angleterre et en France , ont un vif sentiment de la dignité nationale. On s'est écrié d'un commun accord : Partout où nos canons peuvent atteindre, nos alliés doivent être respectés. De là, l'ordre donné à nos escadres d'entrer dans la mer Noire et d'empêcher par la force, s'il le fallait, le retour d'un semblable événement. De là, la notification collective, envoyée au cabinet de Saint-Pétersbourg pour lui annoncer que si nous empêchions les Turcs de porter une guerre agressive sur les eûtes appartenant à la Russie, nous protégerions le ravitaillement de leurs troupes sur leur propre territoire. Quant à la flotte russe, en lui interdisant la navigation sur la mer Noire , nous la placerions dans des conditions différentes, parce qu'il importait, pendant la durée delà guerre, de conserver un gage qui put être l'équivalent des parties occupées du territoire turc, et faciliter la conclusion delà paix en devenant le titre d'un

NAPOLÉON 111 448(") sur les mêmes intentions , maintien de l'ordre,

amour de la paix, respect aux traités < l bienveillance réciproque », l'empereur des Français donnait clairement à entendre combien son impérial correspondant était resté peu fidèle à ce beau programme.

Dans son discours d'ouverture de la session législative, prononcé le 2 mars 1854, Napoléon III signala tous les efforts qu'il avait faits pour maintenir la paix et rassurer l'Europe. « Si la France, dit-il, tire l'épée, c'est qu'elle y aura été contrainte... J'aime à le proclamer hautement, le temps des conquêtes est passé sans retour; car, ce n'est pas en reculant les limites de son territoire qu'une nation peut désormais être honorée et puissante, c'est en se mettant à la tête des idées généreuses, en faisant prévaloir partout l'empire du droit et de la justice. » En même temps, l'empereur s'attachait à faire voir combien il importait de protéger le faible contre le fort et de sauvegarder à la fois l'intérêt de la France, qui s'oppose à une extension indéfinie de l'influence russe à Constantinople. Le cabinet de Saint-Pétersbourg ayant refusé de répondre à l'ultimatum de la France et de l'Angleterre, qui demandaient l'évacuation des Principautés dans un délai donné, et de replacer le démêlé avec la Porte dans des termes purement diplomatiques, la guerre fut résolue d'un commun accord.

Un des plus beaux résultats de la civilisation

échange désirable. » L'empereur termina sa lettre c'est que le souverain, qui voudrait aujourd'hui

par une proposition qui, si elle eût été acceptée, aurait prévenu la guerre. « Si , dit il, Yotic Majesté désire autant que moi une conclusion pacifique, quoi de plus simple que de déclarer qu'un armistice sera signé aujourd'hui ; que les choses reprendront leur cours diplomatique; que toute hostilité cessera, et que toutes les forces belligérantes se retireront des lieux où des motifs de guerre les ont appelées ? Ainsi, les troupes russes abandonneraient les Principautés, e» nos escadres la mer Noire. Votre Majesté préférant traiter directement avec la Turquie, elle nommerait un ambassadeur qui négocierait avec un plénipotentiaire du Sultan une convention, qui serait soumise à la conférence des quatre puissances. Que Votre Majesté adopte ce plan sur lequel la reine d'Angleterre et moi sommes parfaitement d'accord, et la tranquillité sera rétablie et le monde satisfait. Rien, en effet, dans ce plan, qui ne soit digne de Votre Majesté, rien qui pu Use blesser son honneur. Mais si, par un motif difficile à comprendre, Votre Majesté opposait un refus, alors la France, comme l'Angleterre, serait obligée de laisser au sort des armes et au hasard de la guerre ce qui pourrait être décidé aujourd'hui par la raison et la justice. > Rappelant enfin la lettre que l'empereur de Russie lui avait écrite, le 17 janvier 1K53, et ou se trouvait ce passage : « Nos relations doivent être sincèrement amicales, reposer

l tenter le sort des armes , devra d'abord avoir pour lui la justice, sentiment instinctif des nations éclairées. Dans la guerre qui allait s'ouvrir les torts étaient évidemment du côté de la Russie.

L'empereur aurait voulu se mettre lui-même à la tête de l'armée, comme il le fit plus lard dans la guerre d'Italie, Mais, à ce moment, une absence prolongée du chef de l'État aurait pu présenter de graves dangers pour la paix de l'intérieur. Il dut donc se borner à suivre attentivement les diverses phases de la guerre d'Orient, et il veilla, avec une extrême sollicitude, à l'approvisionnement, a la santé et au bien-être des troupes.

Le traité d'alliance, conclu le 10 avril 1854, à Londres entre l'Angleterre et la France , n'était que le corollaire de la convention arrêtée, le 12 mars, à Constantinople entre la reine d'Angleterre, l'empereur des Français et le sultan. Les parties contractantes s'engageaient, 1° à faire ce qui dépendrait d'elles pour opérer le rétablissement de la paix entre la Russie et la Sublime Porte sur des bases solides, et pour garantir l'Europe conlre le retour d'aussi regrettables complications; 2* à entretenir des forces de terre et de mer suffisantes pour atteindre le plus promptement le but indiqué; 3° à n'accueillir aucune ouverture, ni aucune proposition tendant à la cessation des hostilités, et à

n'entrer dans aucun arrangement arec la cour de Russie, sans en avoir préalablement délibéré en commun ; 4° à renoncer d'avance h ne retirer aucun avantage particulier des événements qui ï to ! i r raient se produire. A cette généreuse al* lience, dont Napoléon III était l'âme, vinrent, le 26 janvier 1855, se joindre le roi de Sardaigne, et le 21 novembre le roi r*e Suède et de Norwége. Quant à l'empereur d'Aulriche, oubliant ce qu'il devait à l'épée de Nicolas, il adhéra au traité dès le 2 décembre 1854 ; mais son intervention, si elle lui attirait la haine de la Russie, n'était pas non plus propre, par ses hésitations calculées, à lui concilier les sympathies de la France et de l'Angleterre.

Pour resserrer davantage les liens de la nouvelle alliance, l'empereur fit une visite à la reine de la Grande-Bretagne. Accompagné de l'impératrice, il partit de Paris le 15 avril et arriva dans la soirée du 16 au palais de Windsor. Les villes let plus considérables de l'Angleterre lui envoyèrent des adresses de félicitations, et ce fut au banquet offert { 19 avril ) par la cité de Londres que l'empereur prononça ces paroles qui, dans toutes les conjonctures difficiles, mériteraient dêlre mises à l'ordre du jour : « L'An-

instructions de l'amiral français portaient : « S'assurer de la force militaire deCronstadt, de Swcalwre, de Revel, d'Hango et de Bomarsund; atteindre la Russie dans sa flotte; détruire ses forts , intercepter ses convois , mais s'abstenir autant que possible d'Attaquer des villes ouvertes, des places sans défense; épargner aux propriétés privées tout dommage qui n'aurait pas pour objet direct de rédm'rc les ressources navales et militaires de l'ennemi, et respecter partout les devoirs 6acrés de l'humanité. » La dernière de ces instructions de l'empereur fut ponctuellement exécutée. A la première répondirent la reconnaissance exacte des moyens de fortification de Cronstadt, le blocus rigoureux du golfe de Finlande et de la Baltique, enfin, après l'envoi d'un renfort rie dix mille hommes sous les ordres du général Raragney d'Hilliers , la prise de Bomarsund le 16 août, suivie de l'occupation des l!es d'Aaland. Cette prise termina la première campagne de- la Baltique (1). Le 26 avril 1855, une nouvelle division navale partit de Brest, et joignit, le 1" juin, dans le voisinage de Cronstadt , l'escadre anglaise commandée par l'amiral Dundas. La flotte combinée, après avoir reconnu l'impossibilité de rien tenter

gletcrre et la France se trouvent naturellement ! contre cette place , causa des dommages réels d'accord sur les grandes questions de |>oliliqtie | aiu Russes parle bombardement de Sweaborg ou d'humanité qui agitent le monde. Depuis les i et de Helsingfors (du 7 au il août), rivages de l'Atlantique jusqu'à ceux de la Mé- j Pendant que l'empire du tsar était ainsi attaqué diterranée, depuis la Baltique jusqu'à la mer au nord, l'armée alliée, forte de 120,000 hommes, Noire, depuis l'abolition de l'esclavage jusqu'aux I sous les ordres du maréchal de Saint-Arnaud et

vonix pour l'amélioration du sort des contrées de l'Europe , je ne vois dans le monde moral comme dans le monde politique, pour nos deux nations, qu'une même route à suivre, qu'un même but à atteindre. Il n'y a donc que des in-

de lord Raglan, lui porta de rudes coups au sud. Apres avoir vainement essayé d'atteindre les Russes sur les bords du Danube, elle se transporta en Crimée. Quatre jours après la prise de Bomarsund eut lieu la bataille de l'Aima

téréts secondaires ou des rivalités mesquines J (20 septembre 1854). « Le canon de Votre Ma-

qui pourraient les diviser. Le bon sens à lui seul ] jf*>té a parlé , >. dit le maréchal de Saint-Ar-

nous répond de l'avenir.» L'empereur et Pim- ; naud dans son rapport à l'empereur. « Nous

pératrice étaient de retour à Paris dans la I avons remporté une victoire complète. C'est

soirée du 22 avril. Quelques jours après, le 2s, ! une belle journée, sire, a ajouter aux fastes mî-

nne tentative d'assassinat causa dans toute la i litaires de la France... Les Russes (sous les

France «ne pénible émolion : un Italien ( Pia- ! ordres de Mentchikoff) ont perdu environ

nori ), qui avait habité Londres, tira presque à bout portant, dans l'avenue des Champs-Elysées , deux coups de pistolet sur l'empereur ; heureusement personne ne fut atteint. Lorsque le lendemain le président du Sénat vint le féliciter d'avoir échappe aux coups d'un lâche assassin, l'empereur lui répondit : « Je ne crains

5,00.) hommes. Le champ de bataille est jonché de h'urs morts, nos ambulances sont pleines de leurs blessés. L'artillerie russe nous a fait du mal, mais la nôtre lui est bien supérieure. Je regretterai toute ma vie de ne pas avoir eu seulement mes deux régiments de chasseurs d'Afrique. Les zouaves se sont fait admirer des

pas des tentatives d'assassin. I! est des exis- j deux armées : ce sont les premiers soldats du tences qui sonl les instruments des décrets de la Providence. Tant que je n'aurai pas accompli ma mission, j<* ne cours aucun danger. »

Pour terminer promptemenf la guerre d'Orient la France et l'Angleterre avaient résolu d'attaquer la Russie à la fois au nord et au midi. Le 20 avril 1854, une escadre, sous les ordres du vice-amiral Parseval-De3chènes, partit de Brest et vint joindre dans la Baltique l'escadre anglaise, commandée par sir Ch. Napier. Les ! France.

Hctv. biocr. cr.Nfa. — t. xxxvn. 14 e

monde. " Le prince Napoléon et le duc de Cambridge combattaient dans les rangs de l'armée franco-anglaise. Après la mort du maréchal de Saint-Arnaud, le général Canrobcrt prit le commandemant en chrf des troupes françaises. L'armée victorieuse traversa la vallée de la Tchernaîa, et vint s'établir entre Ralaclava et

il) Après ta pr tf de Boitur^und, le commandant en chef Baraguey d'HIllIcn (ut eleve o la dignité de maréchal de

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Sébastopol dont elle entreprit le siège. Los es- 1 la première impression est un désir de paix. La

cadres se réunirent dans la haie de Kamiesch. Après les combats de Balada va (25 octobre) et d'inkermann ( 5 novembre ) , où se distingua le général, depuis marécbal Bosquet, tous les efforts furent concentrés sur la réduction de Sébastopol. L'Europe suivait avec inquiétude les scènes émouvantes de ce long siège, ainsi que les expéditions de Kertcb et de Kiuburu, lorsque l'empereur adressa, le 28 avril 1855, au général Canrobert un nouveau plan d'opérations. Il exprimait en môme temps le plus vif regret de n'avoir pu, à cause des intérêts plus graves qui le retenaient en France, exécuter lui-même ce plan à la tête de ses braves troupes. Le 16 mai, le général Pélissier remplaça le général Canrobert dans le commandement en chef. Dès ce moment, les travaux du siège furent poursuivis avec une extrême vigueur. Les troupes alliées avancèrent d'un grand pas en enlevant, le 7 juin, la redoute du Mamelon vert et la position, dite des Carrières, en avant du grand redan où les Russes avaient établi leur ligne de défense. La journée du 1C août fut signalée par la Iwdaille de la Tchernaia, qui valut au général Pélissier une lettre de félicitations île Napoléon III « La nouvelle victoire, y dit l'empereur, remportée sur la Tchernaia, éprouve pour la troisième fois la supériorité des armées alliées sur l'ennemi, lorsqu'il est en rase campagne... Dites à vos braves soldats, qui depuis plus d'un an ont supporté des fatigues inouïes, que le terme de leurs épreuves n'est pas éloigné. Sébastopol, je l'espère, tombera bientôt sous leurs coups. » Eu effet, moins d'un mois après, le général en chef publia l'ordre du jour suivant : « Sébastopol est tombé; la prise de Malakoff en a détermine la chute. De sa propre main l'ennemi a fait sauter ses formidables défenses, a incendié la ville, ses magasins, ses établissements militaires et coulé le reste de ses vaisseaux dans le port. Le boulevard de la puissance russe dans la mer Noire n'existe plus. » Ce fut le 8 septembre 1 855 que ce boulevard tomba après uu siège, de trois cent trente jours, commencé cl terminé dans îles conditions vraiment exceptionnelles. Le général Pélissier reçut à cette occasion le bâton de maréchal et le titre de duc de Malakoff.

Ce fut au milieu de la guerre d'Orient que s'ouvrit à Paris l'Exposition universelle. Pendant que l'art « de tuer le plus de monde dans le moins de temps » déployait toutes ses res« sources à l'extrémité, de l'Europe, les aits de la paix luttaient à qui étaleraient le plus de merveilles au centre de la civilisation. Ce contraste n'échappa point à l'empereur; car, en distribuant, le 15 novembre, les récompenses, décernées aux exposants de tous les pays, moins la Russie, H fit entendre ces nobles paroles: « A la vue de tant de merveilles étalées à nos yeux

paix seule, en effet, peut développer encore ces remarquables produits de l'intelligence humaine. Vous devez donc tous souhaiter comme moi que cette paix soit prompte et durable. Mais, pour être durable , elle doit résoudre nettement la question qui a fait entreprendre la guerre. Pour être prompte, il faut que l'Europe se prononce; car, sans la pression de l'opinion générale, les luttes entre les grandes puissances menacent de se prolonger, tandis que, au contraire, si l'Europe se décide à déclarer qui a toit ou qui a raison, ce sera un grand pas vers la solution. A l'époque de la civilisation ou nous sommes, les succès des armées, quelque brillauts qu'ils soient, ne sont que passagers ; c'est en définitive l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire. Vous tous donc qui pensez que les progrès de l'agriculture, de l'industrie, du commerce d'une nation, contribuent au bien-être de toutes les autres, et que plus les rapports réciproques se multiplient, plus les préjugés nationaux tendent à s'effacer, dites à vos concitoyens, en retournant dans votre patrie, que la France n'a de haine contre aucun peuple, qu'elle a de la sympathie pour tous ceux qui veulent comme, elle le triomphe du droit et de la justice; dites-leur que, s'ils désirent la paix, il faut qu'ouvertement ils fassent au moins des vœux pour ou contre nous ; car, au milieu d'un grave conflit européen, l'indifférence est un mauvais calcul, et le silence une erreur. »

Le 25 février 1856 s'ouvrit à Paris un congrès composé des plénipotentiaires de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Autriche, de la Sardaigne, de la Turquie et de la Russie ; après dix-huit séances, ils s'entendirent pour signer, le 30 mars, un traité, où la Prusse, qui avait gardé la neutralité, ne fut admise à figurer qu à litre de signataire des traités de 1841 touchant les Dardanelles. Aux termes du traité de Paris, l'empereur de Russie rendit au sultan la ville et la citadelle de Kars, ainsi que les autres parties du territoire ottoman, occupé par les troupes russes. En retour, les alliés restituèrent a l'empereur de Russie les villes et ports de Sébastopol, Balaclava, Kamiesch, Eupatoria, Kcrtch , Ieni-Kaleh, Kinburn, ainsi que tous les autres territoires occupés par eux. La mer Noire fut neutralisée : ouverts à la marine marchande de toutes les nations, ses eaux et ses |>orts devaient être formellement et à perpétuité interdits aux pavillons de guerre de toute puissance. La liberté de la navigation du Danube fut assurée : une commission mixte, dans laquelle les signataires du traité avaient chacun un délégué, était chargée de désigner et de faire exécuter les travaux nécessaires depuis Isatcha, pour dégager les emlxmchures du Danube des sables et d'autres obstacles qui les obstruent. Pour mieux assurer la liberté de la

447 C67) NAPOLÉON III 448 C87

navigation du Danube , l'empereur de Russie i taU de ces excitations. L'empereur se joignit à consentit à la rectification de sa frontière en l'Angleterre pour se concerter sur les moyens de Bessarabie : des délégués des puissances con- , réprimer tant d'insolence. Si les intérêts de la tractantes devaient en ûxer les détails. Mais, France dans les mers de la Chine sont moins l'article le plus important ( article 9 ) est relatif considérables que ceux de son alliée, l'empereur aux chrétiens qui forment l'immense majorité avait de justes griefs à faire redresser. Le refus des habitants de la Turquie d'Europe. Cet ar- opiniâtre des autorités chinoises de lui accorder ticle est ainsi conçu : « Le Sultan ayant octroyé satisfaction pour le meurtre du P. Chappcdelaine, un firman qui, en améliorant leur sort, sans indignement mis à mort par le magistrat de Sidistinction de religion et de race, consacre ses lin -bien, l'attitude arrogante du vice-roi des généreuses intentions envers les populations deux Kwangs vis-à-vis de son représentant à chrétiennes de son empire, et voulant donner Macao, les pertes éprouvées par des Français un nouveau témoignage de ses sentiments à cet dans lïucendie des factoreries, devaient être des égard , a résolu de communiquer aux puis- , raisons suffisantes pour prendre part à la lutte sar.ces contractantes le dit firman, spontané- qui se préparait. Le 14 octobre 1857, la frégate ment émané de sa volonté souveraine. Les nuis- l'Audacieuse vint mouiller en rade de Castlesances contractantes constatent la haute valeur Peak-Bay, petit port situé entre Macao et Hongde cette communication. Il est bien entendu Kong, au milieu de l'escadre de I amiral Rigault qu'elle ne saurait, en aucun cas, donner le droit de Genouilly. Elle transportait l'amlxassadeur aux dites puissances de s'immiscer, soit collccti- extraordinaire de France, le bâton Gros, qui se veinent, soit séparément, dans les rapports de mit immédiatement en rapport avec son collègue, S. M. le Sultan avec ses sujets, ni dans l'admi- lord Elgin et l'amiral anglais, sir M. Seytnour. nistration intérieure de son empire. » — Les évé- Les forces alliées se concentrent devant Canton, nements montreront bientôt quelle était la vraie Les deux ambassadeur» font, auprès du vice-roi valeur de ce batti-ebérif, si libéralement oc- , Yeh, une dernière tentative pour obtenir, sans le troyé par le Sultan; on verra en même temps recours aux armes, une juste satisfaction aux si ceux qui avaient proposé la dernière clause griefs de la France et de la Grande-Bretagne, étaient bien au courant de la situation Ultérieure « .Nous uc demandons, dit le représentant de l'emde la Turquie. pereur, rien qui ne soit équitable, rien qui ne

Les préoccupations de la guerre d'Orient avaient soit fondé en droit, et lorsqu'd eu est ainsi , loin fait oublier qu'un nouveau domaine venait d'être d'humilier celui qui la donne, celte réparation ajouté aux colonies de la France. Le 2i sep- loyalement faite, l'élève, au contraire, et le rend tembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Des- grand aux yeux de ses concitoyens. » Cet ultimapointes avait pris, au nom de l'empereur, pos- tum fut remis le 12 décembre. Le surlendemain le session de la Nouvelle-Calédonie et de ses dé- vice-roi y répondit par un refus formel, accompendances. Cette lie de l'océan Pacifique, à pagné d'un inconvenant persiflage. « La paix, dittrois mille lieues de la métropole , est plus grande il, est signée pour dix mille ans; pourquoi voulezque la Corse et l'Ile de Sardaigue réunies. Le vous renouveler le traité? Vous n'avez pu jussol et le climat la rendent propre à la culture qu'ici établir de magasins dans l'Ile d'Honan, de presque toutes les plantes intertropicales, et devant Canton; comment croyez-vous pouvoir y bien des bras irïoccupés pourront y trouver de installer des troupes? » Yeh fut sommé d'évacuer l'emploi, dès que la sécurité de la colonie aura Canton et de remettre cette vilh? aux alliés qui la été assurée par la civilisation de la race indigène garderaient en gage jusqu'à ce qu'il plut au encore anthropophage, civilisation à laquelle con- gouvernement chinois de traiter. Après IVxpiracoureut avec zèle les missionnaires. La prise de lion de deux délais, l'ordre de commencer le possession de la Nouvelle-Calédonie produisit bombardement est donné le 28 décembre à six une vive émotion dans les colonies anglaises de heures et demie du matin. Une pluie de boulets, l'Océan et porta ombrage au gouvernement de de fusées, d'obus, tombe sur Canton. Les la Nouvelle-Galles du Sud. soldats débarquent et mettent promptement en

Les relations de la France avec l'extrême orient fuite les troupes tartares. Le 29, à deux heures de l'ancien monde ont particulièrement fixé l'at- après-midi, tout est fini : les alliés sont tention de Napoléon III. La Chine, pareille à l'an- maîtres de toutes les positions qui dominent la tienne Égypte,avàit de tout temps essayé d'exclure ; ville; les fameux bravi des quatre-vingt-seize de son commerce toutes les autres nations du villages, si longtemps l'effroi de l'Europe et globe; mais, depuis quelques années, celle haine l'espoir du Céleste Empire, ont disparu, et de l'étranger avait dépassé toutes les bornes : [ dans la plaine, hors de la portée du canon, on les Chinois, dans leurs proclamations, traitaient aperçoit les débris dispersés de l'armée chinoise, ouvertement les Européens de « barbares dégoû- environ quinze mille hommes campés le long «les tants qu'il fallait exterminer ». L'incendie des chaussées des rivières : armés comme les coinfactoreries européennes par la populace de Can- pagnons de Timour et de Gengisklian , ils sont ton, la mise à prix de la tête des Occidentaux, loin d'être redoutables comme l'étaient les guer* de nombreux assassinats, tels furent les résul- 1 riers de ces conquérants.. La prise de Canton ne

447 (w) NAPOLÉON III 448 («*

coûta aux Anglais que cent hommes hiés ou populace de Canton, deux millions de taèls (co blessés; les Français n'eurent que trente hommes viron seize millions de fr.) devaient être payés hors de combat, dont trois morts. Le vice-roi à la France pour frais de guerre. Le cours di» Yeb, le général tartare, le gouverneur de Canton ; Vang-tzé Kiang ou fleuve Bleu cessait d'être et une multitude de mandarins lurent arrêtés fermé au commerce étranger. Six nouveaux dans leurs palais et amenés au camp à travers ports étaient ouverts. Les Français devaient la population attérée. On trouva dans les ar- pouvoir circuler librement dans l'intérieur de chives d« Yeh des documents curieux, qui mettent l'empire à la seule condition d'êlre munis d'un en lumière l'astuce et la duplicité des Chinois passe-port délivré par le consul et visé par Tauenvers les Européens. A la suite de cette victoire, torité locale. Le représentant de la France avait les plénipotentiaires de Russie et des États- le droit de se rendre à Peking, à certaines Unis se joignirent au représentant de l'empereur époques de l'année, pour y traiter lui-même des Français et à lord Elgin pour inviter, dans des affaires avec les premiers personnages de une note collective, la cour de Peking à envoyer l'empire sur le pied de l'égalité. Enfin, ou article à Shang-hai, le 31 mars 1858 au plus tard, des stipulait expressément que « les membres de commissaires dûment autorisés pour traiter; toutes les communions chrétiennes jouiraient faute de quoi , les ambassadeurs des puissances d'une entière sécurité pour leurs personnes, alliées remonteraient au nord et se rappro- leurs propriétés et le libre exercice de leurs citeraient de la capitale avec toutes leurs for- pratiques, et qu'une protection efficace seces , pour peser d'un plus grand poids sur les rait donnée aux missionnaire* qui se rendraient résolutions de la cour de Peking. La cour de dans l'intérieur du pays ». Le premier acte de Peking accueillit ces ouvertures d'une manière l'ambassadeur français fut d'exiger l'élargisseaussi hautaine qu'évasive. Sans daigner y ré- : ment immédiat des chrétiens, détenus depuis pondre lui-même, le premier ministre Yu allègue longtemps dans l'intérieur de l'empire. Le baroo les coutumes de l'Empire pour se délivrer de ce Gros et lord Elgin profitèrent du nouveau pressoin et charge le vice-roi de Sou-tchou-fou de tige que les puissances occidentales venaient faire connaître « aux barbares » les volontés «l'acquérir dans l'extrême Orient pour visiter le suprêmes du Fils du Ciel. « Les Russes devront Japon et signer, à Yeddo même, des traités de se rendre à l'embouchure du fleuve du Dragon commerce, favorables à toutes les nations. Noir (l'Amour), où un grand mandarin tartare Pendant que ces choses se passaient dans sera envoyé pour négocier avec eux. Quant aux l'orient de l'Asie, de graves événements se préreprésentants des trois autres puissances, ils ; paraient aux portes mêmes de la France, n'ont qu'à retournera Canton, où le nouveau Depuis les traités de 1815, l'Italie était dans roi doit bientôt arriver, muni de pleins pouvoirs une situation anormale. Les gouvernements s'en pour traiter. >• Aussitôt après cette réponse, la étaient alarmés et avaient, à diverses reprise*, flotte alliée reçut ordre de faire voile pour le essayé d'y porter remède. Ainsi, immédiatement golfe de IVtcheli. Les ambassadeurs français et après la révolution de 1848, le chef du cabinet anglais refusèrent de recevoir les commissaires ! anglais conseillait à l'Autriche d'affranchir sponchinois qui, pour entrer en négociation, venaient tanément les populations impatientes du joug se présenter avec une simple mis-ion verbale de qu'on lui avait imposé. Dans une dé|>êcl»eadresleur empereur. D'ailleurs, ces commissaires re- sée à l'ambassadeur britannique à Vienne, lord) jetaient d'avance les points sur l'obtention des- Palmerston déclarait « qu'il n'y avait aucune quels les ambassadeurs alliés devaient le plus chance pour l'Autriche de pouvoir conserver insister. Il fut donc résolu, d'un commun accord, | d'une manière utile et permanente la haute Itade se rapprocher encore davantage de Peking. lie, dont tous les habitants sont animés d'une Le 20 mai 1868, la barre du Pei ho est franchie, haine invincible contre l'armée autrichienne «. les forts de l'embouchure de ce cours d'eau sont Entrevoyant les complications d'une guerre eudétruits ou enlevés, et, après avoir mitraillé les ropéenne. il ajoutait : « Toutes disposées que pour batteries de Takou, les canonnière* anglo-Iran- raient l'être les puissances alliées et amies de l'Aut-aises continuent leur marche vers Tien -Tsin, à triche à lui porter secours si elle était menacée une joui né" environ de la capitale. Rendu plus dan* son existence propre et légitime en Alletraitablc, le Fils du Ciel dépêcha deux hauts di magne, il régne, au sujet de ses prétentions à imgnitaires, chargés de pleins pouvoirs. Enfin, le poser son joug aux Italiens, un sentiment si 27 juin, après quinze jours de. discussions, fut j universel de leur injustice, que ce sentiment signé à Tien-Tsin un traite de paix et de coin- j pourrait bien avoir pour effet de la laisser avec ïr.eicc, que l'empereur Hieng-Foung ratifia le ; bien peu d'aide dans le cas d'une guerre comme 3 juillet suivant. La Chine devait sortir de son celle dont je viens de parler. « Les conseils du isolement séculaire et entrer en relation avec le ministre anglais n'étaient pas écouté*. Les défenreste du monde civilisé. Outre la punition du geurs de l'indépendance italienne furent vainmagistrat coupable du meurtre du P. Chappedc- queurs sur l'Adige et se rendirent maltiesde

laine et les indemnités accordées aux Français

presque toute la Lombardic. Menacée d'un sou-

dont les magasins avaient été incendiés par la I ièvement général de ses peuples, l'Autriche fit

entendre des paroles de paix : elle proposa l'indépendance pour la Lombardie , et un gouvernement séparé pour la Vénélie. Malheureusement Milan refusa ces ouvertures, et la journée de Novare vint trancher la question sur le champ de bataille dans un sens contraire aux aspirations de l'Italie. L'Autriche respira, et sa diplomatie mit tout en oeuvre pour prévenir la réussite des négociations entamées.

Cependant l'étincelle, qui couvait sous les cendres, devait tôt ou tard rallumer l'incendie. Le fils du royal héros de l'indépendance de l'Italie, le roi Victor- Emmanuel dont les troupes avaient combattu, sous les murs de Sébastopol, à côté de la France et de l'Angleterre, avait été représenté au congrès de Paris : ses plénipotentiaires venaient de s'asseoir à côté de ceux des premières puissances île l'Europe. Le président du cabinet sarde, comte de Cavour, en prit occasion pour protester de nouveau contre l'extension de l'influence autrichienne dans la péninsule en dehors des stipulations des traités, et il annonçait que « si l'on n'y remédiait point, il pourrait en résulter de graves dangers pour la paix et la tranquillité du monde .» Le président du congrès, comte Walewski, prenant en considération les protestations de la Sardaigne, crut devoir appeler sur l'état intérieur de l'Italie la sollicitude et l'attention des plénipotentiaires réunis. Lord Clarendon appuya énergiqueinent les vœux du ministre de l'empereur des Français.

La France, d'accord avec l'Angleterre, ne cessa depuis lors de s'employer en faveur de l'Italie; mais leurs démarches échouèrent contre une résistance opiniâtre à toute concession. Cet état des choses fut tout à coup dévoilé par les paroles que Napoléon III adressait, le 1er janvier 1859, au représentant de l'Autriche : « Je regrette, disait l'empereur au baron de Ilùbner, que nos relations avec votre gouvernement ne soient pas aussi bonnes que par le passé; mais, je vous prie de dire à l'empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changés. » Ces paroles eurent un grand retentissement : elles semblaient annoncer un orage, près d'éclater. Le 7, une note, insérée au Moniteur, démentit les bruits alarmants qu'on cherchait à répandre; mais déjà on pouvait pressentir que toutes les tentatives d'une solution pacifique échoueraient. Le 10, le discours que le roi de Sardaigne avait prononcé à l'ouverture des chambres vint renouveler les inquiétudes; on y remarquait surtout ce passage significatif : « L'horizon au milieu duquel s'élève la nouvelle année n'est pas parfaitement serein... Notre pays, petit oar son territoire, a grandi en crédit dans les consei's de l'Europe, parce qu'il est grand par les idées qu'il représente, par les sympathies qu'il inspire. » Déjà avant le discours du roi Victor- Emmanuel, le journal officiel de Vienne avait annoncé l envoi d'un corps de 30,000 hommes en Italie; ce nouveau corps portait l'armée au-

KAPOLÉON III 448 («;

tt ichienne à un chiffre hors de proportion avec ce que pouvait exiger le maintien de l'ordre à l'intérieur. Dans une note adressée aux agents diplomatiques de la Sai daigne, le comte de Cavour

signalait le danger des traités spéciaux, qui avaient fait des duchés de Parme, de Modène et de Toscane, de véritables fiefs de l'empire d'Autriche, et il repoussait hautement les prétentions de cette puissance à cequele Piémont modifiât ses institutions libérales.» La rive gauche du Tessin présente, dit-il, l'aspect d'un pays où la guerre va éclater. Les villages ont été occupés par des corps détachés ; partout on a préparé des logements et pris des mesures pour former des magasins; des vedettes ont été placées jusque sur le pont de Ruffalora qui marque la limite des deux pays, etc. » Le gouvernement autrichien répondit à cette note par des récriminations et déguisait mal son penchant |K>ur une guerre dans laquelle il espérait entraîner la Prusse et la Confédération ger manique. 11 ne pouvait pas songer à y intéresser la Russie, profondément irritée des irrésolu tioiis qu'il avait montrées pendant la guerre d'Orienl.

Au milieu de ces graves débats, toutes les sympathies de l'opinion publique étaient pour le peuple qui cherchait à reconquérir sa nationalité. Le 7 février, en ouvrant la session législative, l'empereur traçait en ces termes sa ligne de conduite : « Que les uns appellent la guerre de tous \ leurs vœux sans raisons légitimes ; que les autres, dans leurs craintes exagérées, se plaisent à montrer à la France les périls d'une nouvelle coalition, je resterai inébranlable dans la voie du droit, do la justice, de l'honneur national, et mon gouvernement ne se laissera ni entraîner ni intimider, parce que ma politique ne sera jamais ni provocatrice ni pusillanime. » Avec la double conscience de sa force et de sa modération, la France écouta tranquillement toutes les propositions qui lui étaient faites. L'Angleterre, tout en ne cachant pas ses sympathies pour l'Italie, repoussait énergiquement la guerre. Pendant que lord Cowley s'ingéniait à Vienne pour trouver une solution acceptable, la Russie, s'appuyant sur le congrès de Paris, demandait une réunion nouvelle des cinq grandes puissances de l'Europe pour terminer ces graves débals par une sorte «l'arbitrage souverain. Les cabinets de Paris, de Londres et de Rerlin acceptèrent la proposition de la Russie. Le cabinet de Vienne n'y adhéra, après quelque hésitation, que conditionnellement ; l'une de ces conditions était le désarmement préalable de la Sardaigne. Or, désarmer en Sardaigne, pendant que l'Autriche conservait sur les frontières des corps d'armée prêts à fon.lre sur le Piémont, c'était livrer le plus faible à la merci du plus fort. La condition était donc inadmissible. Tant d'attermoiements, tant d'exigences suivies de refus, puis le.a enrôlements des volontaires excités par un élan patriotique, rien de tout cela n'était de nature à

calmer les inquiétudes. On sentait l'approche du Dieu des batailles.

Taudis que la France accédait à toutes les propositions destinées à mainteuir la paix, elle protestait contre des inculpations qui tendaient à la représenter, devant la Confédération germanique, comme ayant deux poids et deux mesures, en voulant attaquer en Allemagne ce qu'elle cherchait à sauvegarder en Italie. Accusé de fomenter la guerre , l'empereur des Français répondit, au milieu des irritations et des divergeances qui l'entouraient, avec l'inaltérable placidité d'un esprit conciliateur. Enfin, an désarmement de la Sardaigne, l'Autriche proposa elle-même le désarmement général, dont les détails devaient être réglés avant ou dès l'ouverture do nouveau congrès. Mais il n'était pas question d'y admettre un plénipotentiaire sarde. Sur les instances du cabinet de Londres., l'empereur consentit à engager le cabinet de Turin à acquiescer au désarmement général proposé; mais il voulut en même temps que la Sardaigne et les antres États italiens fussent invités à faire partie du congrès. C'était certes faire la part de l'Autriche encore assez belle, puisque son influence était prépondérante dans ces États. Sans attendre la réponse de la Sardaigne, l'Angleterre, vivement alarmée, résuma, pour frapper un coup décisif, le dernier acte de sa médiation dans ces quatre profitions: « l° on eftectuerait au préalable un désarmement général et simultané; 1* ce désarmement serait réglé par une commission militaire ou civile indépendante du congrès, commission qui serait composée de six commissaires, un pour chacune des cinq puissances, et le sixième pour la Sardaigne ; 3° aussitôt que cette commission serait réunie et qu'elle aurait commencé sa tâche, le congrès se réunirait à son tour et procéderait à la discussion des questions politiques; 4° les représentants des États italiens seraient invités par le congrès à siéger avec les représentants des cinq grandes puissances absolument de la même manière qu'au congrès de La \ bac h en 1821. »

La France, la Russie et la Prusse s'empressèrent d'adhérer à ces propositions; elles le firent avant même que les observations du cabinet sarde au sujet du licenciement des volontaires hissent arrivées. Cet effort suprême de la diplomatie était combiné de manière à vaincre les dernières irrésolutions de l'Autriche et à la mettre oour ainsi dire en demeure de s'exécuter en déclarant si elle voulait, oui ou non, sérieusement d'une médiation appuyée sur l'accord unanime des quatre grandes puissances. Jetant alors le masque, l'Autriche envoya à Turin, en dehors des négociations régulières, un ultimatum que la Sardaigne dut repousser comme un outrage: Cet ultimatum demandait la réduction de l'armée sarde et le licenciement immédiat des corps de volontaires italiens; le cabinet de Vienne ajootait que « ai dans trois jours, son envoyé,

NAPOLKOK III

baron de Kellersberg, ne recevait pas de répense ou si la réponse n'était pas complètement satisfaisante, l'empereur d'Autriche était décidé à recourir aux armes pour imposer, par la force, les mesures indiquées . » Évidemment l'Autriche, enflée par le souvenir encore récent de sa victoire, voulait tenter le sort des armes (t). Enfin le langage du ministre Buol, tour à tour embarrassé et provoquant, devait, dès l'origine, trahir aux yeux des moins clairvoyants les véritables intentions de son gouvernement.

La conduite de l'Autriche excita une indignation universelle. Les grandes puissances médiatrices en furent avec raison vivement blessées. A la nouvelle que le cabinet de Vienne avait, de son chef, adressé directement une note impérative au gouvernement sarde pour exiger le désarmement préalable. Napoléon Ht ordonna la concentration de plusieurs divisions sur les frontières du Piémont. Le 26 avril le fatal délai expira : l'armée autrichienne allait envahir le Piémont. Dès ce moment tout espoir de conserver la paix était évanoui : il fallait se préparer à une guerre prompte et décisive, en ne perdant jamais de vue qu'il s'agissait moins de défendre le trône d'un roi allié que de secourir une nation combattant pour son indépendance. Sous l'impulsion énergique de l'empereur, l'armée fut immédiatement mise sur le pied de guerre et reçut l'ordre de se tenir prêle pour entrer en campagne.

Quel contraste avec l'attentat qui fut dirigé, quinze mois auparavant, contre la viedugénéreux défenseur de la cause italienne 1 Un réfugié italien, Orsini, s'était concerté avec quelques autres réfugiés de Londres, pour assassinei l'empereur, qu'il considérait comme le principal obstacle à l'affranchissement de l'Italie. Les détails de ce crime (14 jauvier 1858 ) sont connus. Des éclats de projectiles , lancés jusque sous la voiture de l'empereur qui se rendait avec l'Impératrice à l'Opéra, blessèrent ou tuèrent plusieurs soldats de l'escorte et de la garde de Paris, ainsi qu'un certain nombre de curieux ou de passants. Les blessés et les parents des victimes devinrent l'objet de la sollicitude particulière de l'empereur, qui eut lui-même son chapeau traversé par un éclat de projectile. L'indignation univer-

(1) La prorbmatlon du général Glulay.

rn chef de l'armée autrichienne en Italie , le prouve surabondamment. Cette proclamation . datée de Milan le v avril, c'est-à-dlrr antérieurement aux quatre propositions Ce l'Angleterre, disait : « S- M l'Empereur tons appelle sous 1rs drapeaui pour rabaisser une troHirroc (où la vanité do Piémont et vider le repaire des fanatiques et des destructeurs de la pal» générale de l'Europe. Soldats de tous grades, marches contre un ennemi que vous avei constamment mis en fuite; rappelrz-voos seulement Voila, Somma Campagna, Curtatone, Montanara, Rivoli, Santa-Lucla ; et une anné plus tard, a la Cava, a Vigevano, a Mortara, enûn a Novarc, vous l'avez dispersé et anéanti. Il est Inutile de vous recommander la discipline et le courage : pour la première, vous êtes uniques rn Europe, et pour le aecoud, vous ne le cédez à aucune armée. Que votre mot d'ordre sott Vive l'empereur, et vivent nos droits ! -

447 Ç*) NAPOLÉON III 448

selle, produit par cet odieux attentat, montra ! fcste, la guerre comme un fléau, François-Joseph

une fois de plu» que les nations repousseut ajoutait : « Lorsque Ie3 ombres d'une révolution

arec horreur toute solidarité avec ce genre de , qui met en péril les biens les plus précieux (les

crime. ) droits des souverains légitimes) de l'humanité,

Le 3 mai, Napoléon III exposait au peuple i menaçaient de s'étendre en Europe, la Provi-

français les causes et le but de la guerre d'Italie j dence s'est servie de l'épée de l'Autriche pour

dans cette mémorable proclamation : « L'Autriche, j dissiper ces ombres. Nous sommes de nouveau à

en faisant entrer son année sur le territoire du la veille d'une des ces époques où des doctrines

roi de Sardaigne, notre allié, nous déclare la I subversives de tout ordre ne sont plus précitées

guerre. Elle viole ainsi les traités, la justice, et seulement par des sectes, mais lancées sur le

menace nos frontières. Toutes les grandes puis- monde du haut des trônes. » — Voilà qui est

sauces ont protesté contre celte agression. Le sans équivoque : il y a de ces moments solen- Piemont ayant accepté les conditions qui devaient • nels où les monarques sont conduits , en quelque assurer la paix, on se demande quelle peut être I sorte malgré eux, à dire ce qu'ils ont dans l'âme,

la raison de cette iuvasion soudaine : c'est que Les champions de ces contestables droits hislori-

V Autriche a amené tes choses à cette extré- ques, que résume le mot impropre de légitimité,

mite qu'il faut qu'elle domine jusqu'aux seront toujours les ennemis naturels , irréconci-

Âlpes ou que V Italie soit libre jusqu'à l'A- liahles, des conquêtes de la grande révolution de

driatique; car, dans ce pays, tout coin de terre 1789, ainsi que du prince qui les représente et

demeuré indépendant est un danger pour son qui régne par la volonté de la nation,

pouvoir. Jusqu'ici la modération a éle la règle L'armée française, au moment d'entrer en

de ma conduite; maintenant l'énergie devient campagne, se composait, outre la garde impé-

mon premier devoir. Que la France s'arme et riale, de cinq corps commandés, le 1er par -le

dise résolument à l'Europe : Je ne veux pas de maréchal Uaragoey d'Ililliers, le 2* par le général

conquête, mais je veux maintenir sans faiblesse de Mac-Mahon, le 3e par le maréchal Canrobert,

ma politique nationale et traditionnelle; j'observe le 4e par le général Niel, le f»e par le prince

les traités à condition qu'on ne les violera pas Natwléon. Le maréchal Vaillant remplaça plus

contre moi ; je respecte le territoire et les droits tard, dans le poste de major général de l'armée,

des puissances neutres ; mais j'avoue hautement le maréchal Randon, appelé au ministère de la

ma sympathie pour un peuple dont l'histoire se guerre. L'empereur prit le commandement gé-

confond avec la nôtre et qui gémit sous l'oppres- néral de toutes les troupes. Après avoir confié

sion étrangère. La France a montré sa haine à l'impératrice et au prince Jérôme le poids du

contre l'anarchie; elle a voulu me donner un gouvernement, il quitta le 10 mai, à cinq heures

pouvoir assez fort pour réduire à l'impuissance du soir, le palais des Tuileries. Toute la popu-

îes fauteurs de désordre et les hommes iocorri- lation parisienne se pressait autour de la voiture

gibles de ces anciens partis qu'on voit sans cesse impériale, et acclamait avec des transports d'en-

pactiser avec nos ennemis; mais elle n'a pas thousia&me le souverain qui allait en personne

pour cela abdiqué son rôle civilisateur. Ses alliés combattre pour l'indépendance d'un peuple,

naturels ont toujours été ceux qui veulent l'aîné- Prudent et modéré dans les conseils de la

lioration de l'humanité, et quand elle tire l'épée, paix, Napoléon III va montrer, sur les champs

ce n'est point pour dominer, mais pour affian- de bataille, ce calme de la bravoure qui enchaîne

chir. Le but de cette guerre est donc de rendre la victoire. La campagne d'Italie de 1859 est

l'Italie a elle-même, non de la faire changer de une des plus belles pages de l'histoire : elle

maître; et nous aurons a nos frontières un peuple montre qu'une guerre acltarnée peut se terminer

ami, qui nous devra son indépendance. Nous promptement, lorsque le vainqueur est assez

n'allons pas en Italie fomenter le désordre, ni grand pour se vaincre lui-même en s'arrêtant au

ébranler le pouvoir du Saint- Père, que nous milieu de ses triomphes sanglants ! avons replacé sur son trône, mais le soustraire , Nous ne retracerons ici que les principales

à cette pression étrangère qui s'appesantit sur phases de cette lutte dont nous avons cru de-

toute ta péninsule, et contribuer à y fonder Tordre voir surtout exposer les causes. Le 12 mai,

sur des intérêts légitimes satisfaits. Nous allons l'empereur débarqua à Gènes. C'est la modé-

enfin sur cette terre classique, illustrée par faut ration unie au vrai courage qu'il recommande

de victoires, retrouver les traces de nos pères; dans son premier ordre du jour à l'armée Dieu fasse que nous soyons dignes d'eux! » \ d'Italie. « Conservez, dit-il à ses soldats, cette

C'est ainsi que la France fut amenée à jeter discipline sévère qui est l'honneur de l'année.

son épée dans la balance des destinées de l'Italie. Ici, ne l'oubliez pas, il n'y a d'ennemis que

Son intervention était une nécessité ; car l'ennemi I qui se battent contre nous. Dans la bataille, de-

qu'elle allait combattre, en atteignant la Sar- ! meurez compactes et n'abandonnez pas vos rangs

daigne, cherchait à viser plus haut. Ce n'est pas t pour courir en avant. Défiez-vous d'un trop

nous , simple historien , qui le supposons , c'est \ grand élan ; c'est la seule chose que je redoute. »

l'empereur d'Autriche lui-même qui le proclamait Puis, il ajoute, avec une connaissance appio-

à la face du monde. Déplorant, dans son mani- i fondie du métier : « Les nouvelles armes do

précision ne sont dangereuses que de loin : elles n'empêcheront pas la baïonnette d'être, comme autrefois , l'arme terrible de l'infanterie française. » Le succès devait ratifier ces paroles.

Les Autrichiens, que I on craignait d'abord, après leur invasion des État-» sardes, voir se diriger immédiatement sur Turin , restèrent plu-

NAPOLÉOiN 111 USf*)

fut remportée la victoire de Magenta, où le général Mac-Mahon gagna le titre de duc et le I àton de maréchal. Tel est le mouvement stratégique qui, aussi bien exécuté que conçu, lit en quelques heures, perdre à l'Autriche tout le Milanais.

L'empereur et le roi de Sardaigne tirent le 9 juin leur eutrée solennelle à Milan , après

sieurs jours dans l'inaction. Napoléon lit profita avoir délogé les Autrichiens de Melegnnno où

•le celte faute de l'ennemi, pour concentrer rapidement ses corps d'armée; omnia m céleritaie sunt posifa, a dit César, dont l'empereur connaît si bien l'histoire. Les ttr e t 2' corps entrèrent en Piémont par le mont Cenis et le col de Gcnèvre, tandis que les 3'- et 4«coips, composés d'éléments divers, s'embarquèrent de Marseille, de Toulon et d'Alger pour Gènes. La garde impériale, transportée par la voie ferrée de Paris à Marseille, s'était embarquée à Toulon. Le 14 mai, l'empereur qui avait reçu à Gènes la \isite du roi de Sardaigne, vint établir son quartiergénéral à Alexandrie. Cette place formait avec Gènes et Casalc le front defensif de l'armée

ils comptaient se fortifier. Accueilli dans la capitale de la Lombardie par des acclamations unanimes, Napoléon III disait aux Milanais . <« Vos ennemis, qui sont les miens, ont tenté de diminuer les sympathies universelles qu'il y avait en Europe pour votre cause, en taisant croire que je ne faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir le territoire de la France. S'il y a des hommes qui ne comprennent pas leur époque, je ne suis pas du nombre. Dans l'état éclairé de l'opinion publique, on est plus grand aujourd'hui par l'inlluence morale qu'on exerce que par des conquêtes stériles, et celte influence morale je la

franco-sarde. La riche vallée du Po, que les Alpes cherche avec orgueil en contribuant à rendre libre

et l'Apennin ceignent «le toutes parts, excepté à l'ouest où elle confine à l'Adriatique, est une arène naturelle, un champ clos où, depuis Annibal jusqu'à Bonaparte, les plus grands capitaines avaient fait mainruvrer leurs bataillons. L'empereur occupe hardiment toute la ligne du Pô, pa-

une des plus belles parties de l'Europe. » A son armée il disait : « Tout n'est pas termine , nous aurons encore «les luttes à soutenir, des obstacle-, à vaincre. » En effet, les deux armées, franco sarde et autrichienne, se trouvaient bientôt marcher, sans le savoir, à rencontre l'une de l'autre.

ralUlement a l'ennemi, sans laisser deviner le point j Ce fut cette rencontre inopinée qui amena la ha-

qu'il va choisir pour franchir ce lleuve. Les 1er et 2' corps ont devant eux l'ennemi massé on arrière de Casteggio, sur la route de Pavie. Le 20 mai, la division du général Forey et iesescadrons du colonel Sonnaz rencontrent les colonnes autrichiennes et les repoussent vigoureusement : le combat de Montebello marque la première étape dans la marche victorieuse de l'armée francosarde.

Le général Giulay s'attendait à être attaqué à Pavie et à Plaisance, deux positions très- fortes, qui auraient coûté beaucoup d'hommes et de temps. Pour éviter une attaque directe dans ces deux positions ( la gauche de l'année ennemie ), l'empereur imagina un mouvement hardi qui porta toute son armée sur le haut Tessin et sur l'extrême droite ennemie. Ce mouvement était très-bien conçu, puisqu'il faisait abandonner aux Autrichiens leurc positions et les forçait d'accepter la bataille sur un terrain qu'ils n'avaient pas choisi ; mais il était dangereux, parce qu'il s'effectuait à peu de distance de l'ennemi qui , s'il en avait été averti, aurait pu surprendre Parmée française en marche et la détruire en détail. L'empereur prévint ce danger par le secret, la rapidité et la facilité que lui offrait pour le transport des troupes le réseau des chemins de fer piémontais. Le mouvement commença le 28 mai, fut favorisé par le combat des Piémontais à Palestro , et le 2 juin l'armée française atteignit le Tessin à la hauteur de Buffalora et de Turbigo; elle le franchit le 3, et le i juin

taille de Solferino. Les deux armées vinrent se heurter de front sur quatre points à la fois : un peu en avant de Castiglione ( corps des maréchaux Baraguey d lliltiers et Mac-Mahon), à la hauteur de Medola (corps du général Niel), en avant de Rivoltella (troupes du roi de Sardaigne), et à Castel-Goffredo (corps du maréchal Canrobett). Comme ces corps d'armée marchaient alors à une certaine distance les uns des autres, l'empereur donna immédiatement les ordres nécessaires pour les rallier. Ces dispositions prises, il se rendit sur les hauteurs, au centre de la ligne de bataille, où le maréchal Baraguey d'Ilillicrs avait à lutter, dans un terraiu difficile, contre des troupes qui se renouvelaient sans cesse. Le maréchal parvint néanmoins jusqu'au pied de la colline abrupte au sommet de laquelle est bati le village de Solferino , que défendaient des forces considérables, retranchées dans un vieux château et dans un cimetière, en* tourés l'un et l'autre de murs épais et crénelés. Les troupes du maréchal, exténuées de fatigues et exposées à une vive fusillade, ne gagnaent du terrain qu'avec beaucoup de difficultés. « En ce moment , l'empereur donna l'ordre à la division Forey de s'avancer, une brigade du coté de la plaine, l'autre sur la hauteur, contre le village de Solferino , et la fit soutenir par la division Camou, des voltigeurs de la garde qui, sous la conduite du général Sévelinges et du général Lebo'iif, alla prendre position a découvert, à trois cents mètres de l'ennemi. Cette manœuvre

44: C78) NAPOl décida du succès au centre (1). » Les mamelons des collines qui avoisinent Solferino Turent successivement enlevés : à trois heures et demie les Autrichiens évacuèrent leurs positions en laissant quinze cents prisonniers , quatorze canons et deux drapeaux. Pendant que le corps d'armée du maréchal Baraguey (milliers soutenait vaillamment la lutte à Solferino, celui du duc de Magenta s'empara, après plusieurs charges vigoureuses, des positions de San-Cassiano. Vers cinq heures du soir les voltigeurs de la garde et les tirailleurs algériens entraient en même temps à Cavriaoa d'oii ils étaient parvenus à déloger les Autrichiens. A ce moment une effroyable tempête éclata et suspendit le choc des deux armées. Dès que l'orage eut cessé, la lutte recommença et l'ennemi fut chassé de toutes les hauteurs qui dominent le village. Bientôt après, le feu de l'artillerie changea la retraite des Autrichiens en une fuite précipitée. Pendant cette action, les chasseurs à cheval de la garde, qui flanquaient la droite du maréchal de Mac- Mahon, repoussaient avec succès la cavalerie autrichienne, qui menaçait de la tourner. A six heures et demie la bataille était gagnée au centre. Mais la droite et la gauche restaient encore en arrière; la première, composée du quatrième corps, avait occupé, à sept heures du malin, Medola. Le plan du général Nicl était de se porter vers Guiddizolo, dès que le duc de Magenta se serait emparé de Cavriana, espérant ainsi couper à l'ennemi la route de Volta et de Goito; mais, pour exécuter 'ce plan , il fallait que les troupes du troisième corps, commandé par le maréchal Canrobert , vinssent remplacer à Rebecco Tune des divisions (général de Lucy) du corps d'armée du général Miel. Le troisième corps qui , sur sa gauche, se reliait au deuxième, parla division Renault, faisait, sur sa droite, face à Castel-Goffredo , afin de surveiller les mouvements du corps détaché dont le départ de Mantoue avait été annoncé. Cette appréhension paralysa, pendant la plus grande partie du jour, le troisième corps d'armée : le maréchal Canrobert ne jugea pas prudent de prêter tout d'abord au quatrième corps l'appui que lui demandait avec instance le général Miel. Ce ne fut que vers trois heures de l'après-midi qu'un renfort de troupes fraîches permit au général Niel de pénétrer victorieusement jusqu'à Guiddizolo. L'orage mit fin à la lutte, que les 3* et 4e corps menaçaient de rendre si funeste à l'ennemi. A l'extrême gauche, occupée par l'armée du roi, l'action avait été également très-vive : après de rudes combats, elle s'était emparée de San-Martino et de Pozzolengo.

La bataille de Solferino dura seize heures ; c'est une des plus sanglantes de nos jours. Les pertes de l'ennemi étaient très-considérables

{1} Bulletin de h bataille de Solferino. Ccit ce moment qu'n cboUI M. Yron pour représenter la Bataille de Solferino. magnifique totlc qui fleura a l'exposition de peinture de lwo.

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