‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 80 sur 206 · AP0LÉON (Josbph · texte numérisé non relu

AP0LÉON (Josbph

crit do continuer à correspondre directement avec le maréchal Berlhier, major général de l'empereur. Un pareil arrangement devait produire une déplorable confusion. Les maréchaux ressentaient beaucoup de mépris pour Joseph ,

errai jamais que ce que ma conscience me dira que je dois élre.votre frère et votre meilleur ami, votre plus sûr allié, bon et 1res- bon Français sur le tronc espagnol , |>arce que je suis convaincu que ce qui peut arriver de mieux pour l'Espagne et pour la France, c'est leur étroite union, leur intime alliance ; mais

beaucoup de jalousie les uns pour les autres , ^ „on l'asservissement de l une a l'autre. L'Espagne

n'écoutaient les ordres du roi que suivant leurs asservie sera ennemie à la première occasion,

caprices et leur intérêt, attendaient les ordres L'Espagne amie cl sœur le sera toujours, comme

de l'empereur, ordres qui, datés des bords du w» roi sera toujours votre frère, c'est l'Espagne

Danube oti de la Seine, n'arrivaient jamais a ?"e Je vc,« acquérir à la France, et la France à

tetnps ; en somme ils n'obéissaient à personne et ! ,nais P?»r cda Jl faul bim l*rsua«icr k

ne s'entendaient pas entre eux. Joseph, qui n'a vait pas un grand talent militaire, mais qui avait du bon sens, du courage sur les champs de bataille, et qui était bien conseillé par son chef d'état-major Jourdan, combinait vainement des plans; tous ses projets avortaient devant la douteuse obéissance des généraux appelés à y concourir. Ce n'était pas son seul embarras. Il aurait voulu administrer ses sujets d'une manière douce et équitable ; mais quelle administration était possible dans un pays où les bandes insurgées parcouraient tous les points du territoire que les soldats français n'occupaient pas militairement! Les finances n'existaient pas; les armées imposaient des contributions qui servaient directement à lententretien; il n'arrivait presque rien au trésor royal. Enfin, Joseph n'avait pas même le gouvernement de sa capitale. Un général français y commandait militairement , et la haute surveillance politique appartenait à un commissaire général de police, dépendant du ministère de la police de France. Joseph ayant eu la hardiesse de renvoyer ce fonctionnaire , s'attira une verte semonce de la part de l'empereur.

t Mon frère, lui écrivit-il le 21 février 1809, je vois avec peine que vous avez renvoyé le commissaire général de police de Madrid. J'ai vu avec une extrême surprise la raison que vous me donner que l;i constitution le prohibe. Faites-moi connaître si la constitution prohibe que le roi d'Espagne soit à la tête de trois cent mille Français, que la garnison

la plus faible que la plus forte ne veut |«s en faire son esclave. Cette opinion est le seul ennemi que nôu< a> uns à combattre; les armes des Espagnols tomberaient de leurs mains, tous seraient à nvs pieds, s'ils savaient ce qui est dans mon cœur (I); tous seraient les meilleurs amis des Français , s'ils savaient que, quoique prince français, je" veux ce que je dois, et que je dois les gouverner en nation

libre et indépendante Je suis aujourd'hui sur

le second versant de la vie, et je ne changerai |4* de princi|>es a mon âge. Si vous ne pensez pas" ainsi , ma couronne mal alTermie est à votre disposition. Dieu m'a enlevé celle de Naples ; vous pouvez reprendre celle d'Espagne. •

Cet Ire offre d'abdication resta sans réponse et Joseph garda sa royauté nominale. Les vues différentes des deux frères , quant à la manière de traiter l'Espagne, l'un inclinant pour la douceur, l'autre pour la sévérité, amenèrent entre eux une froideur qui mit fin à leur correspondance directe. Joseph continua d'écrire à l'empereur; mais Napoléon cessa de lui répondre, et lui transmit ses ordres par l'organe d'un dei ministres français. Ces dissidences, bien connues des généraux, portèrent le dernier coup à l'autorité de Joseph, et empêchèrent toute unité d'action. Malgré tant de désavantages, l'excellence des troupes françaises leur donna, dans la campagne de 1809, une supériorité, mais non pas aussi décisive qu'on aurait pu l'espérer. La victoire de Victor à Medellin (28 mars), les succès de Sebastiani sur la Guadiana, amenèrent les

lion dit que dans Saragosse on

soit française; si la constitution prohibe que le gou- Français sur les limites de l'Andalousie; on veniement de Madrid soit français; si la constitu- n'attendit pour les franchir que l'annonce de

l'occupation du Portugal par Soult. Ce maréchal débuta assez heureusement et s'empara d'Oporto le 29 mars; puis il perdit son temps ou l'employa à des manœuvres politiques qui lui firent négliger le but tout militaire de son expédition. Il résulta de cette négligence qu'il fut surpris dans Oporto (12 mai) par le général anglais Wellesley et forcé à une retraite précipitée. Ce fâcheux accident et l'évacuation de la Galice qui en fut la suite amenèrent une sorte de concentration des aimées françaises dont on aurait pu tirer parti s'il avait existé une autorité dirigeante. Wellesley, enhardi par son étonnant succès d'O porto, s'aventura imprudemment en Espagne pour se joindre à l'armée de La Cuesta. Si les corps des maréchaux Ney, Mortier, Soult avaient

fera sauter les

maisons l'une après l'antre? Il faut avouer que cette manière de voir est petite et affligeante... Vous ne viendrez à bout de l'Espagne qu'avec de la vigueur et de l'énergie. Cette affiche de bonté et de clémence n'aboutit à rien. •

L'empereur terminait par ces mots significatifs : « Accoutumez-vous à compter votre autorité royale pour bien peu de chose. » Le malheureux Joseph ne s'en apercevait «pie trop. Il réjKindlt par une lettre digne, noble, qui mérite d'être citée ; car elle contient le programme de sa royauté, s'il lui eût élé permis d'être roi.

h Je ne puis faire le bien, écrivait-il le 7 mars, ko» Votre confiance absolue et exclusive pour les affaire* d'Espagne. C'est vous qui m'avez donné celte couronne; si vous trouvez un homme que vous jugiez plus digne «pie moi «le votre confiance, que cet homme son roi : quant j moi, je ne

(i) C'étaient là de singulière* illusions et qui lmrj« tientalrnl Justement l'empereur.

447 C") NAPOLÉON (Joseph) 448(*)

fait en temps opportun leur jonction avec le ; à un long siège. L'occupation de l'Andalousie corps de Victor et les troupes que Joseph ame- parut améliorer sensiblement les affaires du roi. liait de Madrid, Tannée anglaise aurait infailli- Joseph, appliquant son système de douceur, problement succombé sous l'écrasante supériorité mit un pardoa absolu, caressa le clergé et obtint do nombre. Mais Soult, avec les trois corps pla- ; de prompts et heureux résultats que le temps cés sous ses ordres, n'arriva pas à temps; le roi I aurait consolidés, si une mesure de Napoléon livra aux Anglais la bataille indécise de Talavera (28 juillet), et laissant à Victor le soin de les tenir en échec, il courut défendre sa capitale contre le général espagnol Vanegas.qui fut battu à Almonacide (11 août). Wellesley, sauvé par le peu d'accord des généraux français, se retira tranquillement en Portugal, et Joseph qui, dans cette courte campagne, avait montré de la fermeté et de l'intelligence, rentra dans sa capitale le 15 août. Il y trouva les embarras ordi-

Napoléon

n'avait tout remis en question. L'empereur convertit en gouvernements militaires ne relevant que de la France et tout à fait indépendants du roi d'Espagne, la Catalogne, l'Aragon, la Navarre, la Biscaye (février 1810). Son intention, de réunir ces provinces à l'empire qu'il révéla en secret aux gouverneurs militaires, Augcreau, Suchet, Rcille, Thouvenot, fut facilement devinée des Espagnols dont elle ranima l'exaspération patriotique, et de Joseph

naires de l'administration. Les généraux français, dont elle détruisit toutes les espérances. Le roi

désolé laissa Soult régner en Andalousie et rentra à Madrid, dont la garnison formait à peu près toute son armée, et dont l'octroi composait à peu près tout son revenu. 11 envoya à Paris deux de ses ministres MM d'Azanza et d'Hervas exposer à l'empereur qu'il était prêt à abdiquer plutôt que d'accepter un royaume démembré. Napoléon ne promit rien , mais se montra disposé à remettre sa décision à plus tard (I). Lu attendant Joseph conserva sa misérable et nominale royauté, et resta le témoin des campagnes de 1810 et 1811 (voy. Masséna, Soult, Sichet, Wellington ), qui coûtèrent à la France énormément de monde, et qui, sauf l'occupation de Valence par Suchet , laissèrent les Français dans la situation où ils étaient au mois de mars 1810. Joseph, espérant obtenir directement ce que Napoléon refusait à ses minisires, quitta Madrid le 11 avril 1811 et se rendit a Paris où il fut parrain du roi de Rome. A part cet honneur, il tira peu de profit de son séjour de six semaines dans la capitale de l'empire. En vain il exposa la situation avec une noble franclwse et une remarquable sagacité, il ne put ramener son frère à ses idées qui auraient probablement assuré la soumission de l'Espagne. Cet exposé de la politique de Joseph est fort honorable pour lui; nous l'empruntons à M. Thicrs {lli&t. du Consulat et de ï£mpire, XIII, 246 et suiv.) : « Joseph avait dit qu'il fallait d'abord qu'on respectât en lui le frère de l'empereur et le roi d'Espagne , qu'on ne permit pas aux généraux de le traiter, comme ils le faisaient, avec le dernier mépris ; que d'ailleurs ils étaient divisés eutre eux, au point de sacrilier à leurs jalousies

lisquelaretraitedeWellesleyleuravaitenlevé le seul motif qui les retint unis, en étaient venus à une mésintelligence complète ; ils ne s'entendaient que sur deux points, refuser l'obéissance à Joseph et rejeter sur lui la faute de la bataille indécise de Talavera. Le roi, qui avait le sentiment d'avoir fait son devoir, fut très-irrité de cette conduite, et pour la troisième ou quatrième fois, il offrit sa renonciation fonnelie au trône d'Espagne.(27 août). Napoléon ne tint pas plus compte de cette nouvelle abdication que des précédentes , et fit faire à Joseph de durs reproches an sujet de la bataille de Talavera ; il lui enleva son major-général Jourdan (septembre) et le remplaça par Soult. Pendant que ces événements s'accomplissaient à l'ouest et au centre, le général £ouvion Saint-Cyr achevait la conquête de la Catalogne et terminait une difficile et heureuse campagne par la prise de Girone(l 1 décembre), ce qui ne l'empêchait pas d'ôlre disgracié et remplacé par Augereau; Suchet pacifiait l'Aragon, l'administrait habilement, et se préparait à assiéger les places fortes encore occupées par les Espagnols, avant de marcher sur Valence. Les Espagnols, que leurs défaites continuelles ne décourageaient pas, firent une tentative sur Madrid au mois de novembre; le maréchal Mortier les mît en déroute à Ocaûa, le 19 novembre. Joseph voulut tirer parti de cette victoire pour conquérir l'Andalousie; il eut quelque peine à en obtenir la permission de son frère qui aurait voulu qu'avant tout on chassât les Anglais du Portugal. Enfin la permission fut accordée, et une année de soixante-dix mille hommes commandée par Joseph, avec Soult* pour major-général, franchit les défilés de la Sierra Morena (20 janvier 1810). Joseph voulait envoyer un détachement sur Cadix pour tenter la prise de cette ville faiblement défendue, et dans tous les cas pour couper la retraite aux insurgés de Sévillc. Soult fut d'un autre avis et voulut avant tout s'emparer de Séville. Il dit à Joseph : >< Répondez-moi de Séville, je réponds de. Cadix. » L'avenir prouva qu'il se trompait. Séville se rendit bans résistance (l« février) et Cadix résista

KOUV. BIOCR. CKMÉR. — T. XXWII

(i) Lri Mémoires diJteph par M. du Casse conllenneot beaucoup de détails sur ses négociations auprès de son frère. Sa femme, la reine Julie, rcslée en France, lui servait d'Intermédiaire. Les lettres de la reine Julie ne se trouvent pa« dans les Mémoires : tombées avec beaucoup d'autres papiers de Jo*eph an pouvoir de l'ennemi après la bataille de VittorU, elles lurent portées en Angleterre et r.'ont pis été publiées. La Revue d'Edim ■ boum, octobre Itss, en adouné des extraits qui ajoutent de nouvelles et plus sombres couleurs aux tableaux de la déplorable royauté de Joseph traces par MM. Tbiers et du

447 (M) NAPOLKO

le sang de leurs soldais; que si on voulait lui rendre la dignité convenable, rétablir l'unité daus les opérations militaires, empêcher les excès et les pillages, il fallait lui attribuer le commandement supérieur, sauf à lui donner pour chef d'état-major un maréchal digne de conliance, et à lui adresser de Farts des instructions auxquelles il se conformerait scrupuleusement; qu'il fallait ne laisser dans le* provinces que des lieutenants généraux probes et habiles, qu'il y en avait de pareils dans l'armée française, et souvent très supérieurs aux maréchaux sous lesquels ils étaient employés; qu'il n'était pas moins urgent, si on voulait faire cesser l'exaspération des Espagnols , de renoncer au système dévastateur de nourrir la guerre par la guerre; qu'au lieu de chercher à tirer de l'argent de l'Espagne, on devait commencer par lui en envoyer; qu'on serait plus tard abondamment remboursé des avances qu'on lui aurait faites; que si on accordait à lui, Joseph, un subside de 3 a h millions par mois, il aurait des fonctionnaires bien rétribués et fidèles, une année espagnole dévouée, et meilleure que les Français pour la répression des bandes, qu'il aurait même pour le servir une partie des bandes, prèles à passer sous ses drapeaux moyennant qu'on les payât ; que si on aimait mieux convertir ce subside en emprunt, il le remlMiurserait exactement sous peu d'années, que par chaque million il rendrait mille hommes de troupes françaises; que si de plus on voulait bien pay er celles-ci, les nourrir à l'aide de magasins, les employer surtout à chasser l'armée anglaise, et enfin rassurer l'Espagne sur la conservation des provinces de l'Èbre, on verrait se former à Madrid et dans les environs une région de calme, et d'apaisement, laquelle s'étendrait de proche en proche de la capitale aux provinces, et qu'avant peu l'Espagne soumise restituerait à la France ses armées et ses trésors, subirait une seconde fois à J'avantage des deux nations la politique de Louis XIV; qu'au contraire, si on persistait dans le système actuel, l'Espagne deviendrait le tombeau des armées de Napoléon , la confusion de sa politique , peut-être même le terme de sa grandeur et la ruine de sa famille. »

« Toutes ces allégations étaient vraies, » ajoute M. Thiers, et il dit aussi que le voyage de Joseph .à Paris n'amena que quelques palliatifs insignifiants. A peine de retour dans sa capitale (juillet 1811), le roi, trouvant que tout empirait sans qu'il y put porter remède, renouvela ses plaintes et ses offres d'abdiealiou. Napoléon ne voulut rien entendre et s'en prit même à Joseph du mauvais succès des armes françaises à l'ouest et au sud de l'Espagne. Cependant la nécessité finit par l'amener à d'autres sentiments. Sur le point de s'engager dans la guerre de Russie, il comprit que son sy stème à l'égard de l'Espagne, impolitique et ruineux quand les ordres partaient de Paris, serait tout à fait impraticable quand

N (Joseph) 448(m)

> les ordres devraient partir des Unds du N:emen ou du Dniéper ; il résolut de le modifier complètement et de replacer toute l'administration civile et militaire entre les mains du roi. En couséquence, le 31 mars 1812, le roi reçut de Bcrthier une lettre qui lui annonçait que l'empereur le nommait général en chef de tontes les armées d'Espgne. Celte nouvelle était accompagné*; d'une note sur l'état du pay s, sur la direction à donner aux opération* militaires; la même note recommandait la convocation des Cortès |>our faire une constitution, et se terminait par la promesse de respecter l'intégrité et l'indépendance de l'Espagne. Ces mesures étaient tardives et insuffisantes. Les armées françaises très-diminuées étaient hors d'État d'occuper tout le pay s, et en même temps de repousser l'année anglaise de lord Wellington qui venait «le s'emparer de Uadajoz et de Ciudad-Rodrigo. Une concentration générale des forces aurait seule pourvu à ce danger, et cette concentration ne pouvait se faire que si les généraux se conformaient promptement aux ordres du roi; mais le décret qui conférait à Joseph le droit de commander ne lui donnait pas le pouvoir d'obtenir J'olM'issance. Suchet, tranquillement établi dans les provinces qu'il administrait très-bien, éludait ses ordres ; Soult régnant dans l'Andalousie qu'il administrait beaucoup moins bien , h s rejetait rudement ; Marmont, successeur de Masséna à l'armée de Portugal, les écoutait à peine. Jourdan, redevenu major-général de Joseph, prédit les désastres qui résulteraient de cet état de choses; mais fatigue, n'espérant rien, il montra plus de sagacité pour prévoir les désastres que d'énergie ponr les prévenir. Marmont (voy. ce nom), malgré l'ordre d'attendre les renforts que lui amenaient Joseph et Jourdan, livra imprudemment aux Anglais, près de Salamanque, la bataille des Arapiles et fut vaincu (12 juillet). Sa défaite découvrait Madrid que Joseph dutévacuer (lOaoût), pour se replier sur Valence où il arriva le 31 août Il trouva l'armée de Suchet en très bon élat et tut rejoint, le 2 octobre, par le maréchal Sou 11 qui, après la défaite des Arapiles, ne pouvait pas rester

; plus longtemps en Andalousie. Le* rapports du roi

| et du maréchal Soult étaient des plus difficiles. Avant de connaître la bataille des Arapiles, Soult avait déjà offert sa démission qui avait été ac-

| ceptée; mais dans la crise qui suivit la défaite, il ne fallait pas songer à se priver d'un général aussi illustre. Le roi se résigna à le conserver, quoique un nouvel incident lui rendit cette décision très-pénible. Le 12 septembre 1812 un vaisseau marchand, parti de Malaga et poursuivi par un croiseur anglais, se réfugia à Grao sur la côte de Valence. Le capitaine, porteur d'une dépêche de Soult an ministre de la guerre Clarke, la remit à Surhet qui, de son coté, la remit à Jo-eph. Le roi, attendant avec impatience des nouvelles de l'armée d'Andalousie et espérant en trouver dans la dépêche, l'ouvrit. Il j lut les plus étranges

NAPOLEON (Joseph)

révélations. La lettre écrite en chiffres accusait formellement le r.-i, non-seulement demal diriger la guerre, mais de traliir la France et de s'entendre avec la régence espagnole. Après avoir énoncé cette incroyable accusation, Soult ajoutait qu'il n'obéirait à aucun ordre de nature à coin-

la mauvaise volonté de Soult, et les Anglais se retirèrent tranquillement veis Ciudad-Roilrigo (14 novembre). Après cette campagne, qu'il n'avait pas tenu à lui de rendre triomphante, Joseph renlr.i dans Madrid et plaça ses trois armées en cantonnements , l'armée «le Portugal en Ca>ti le, promettre son armée. Cependant il ne résista celle du centre aux environs de Madrid, celle d' Anpas à l'ordre d'évacuer l'Andalousie et arriva sur dalousie sur le Tage entre Aranjuez et Talavera. la frontière «lu royaume de Valence vers la (in de . Dans cette position , Joseph pouvait parer aux septembre. Sa première entrevue avec le roi fut éventualités et avait l'espoir de recouvrer les proassex embarrassante. Joseph lui apprit qu'il con- vinces perdues. Mais le sort de l'Espagne venait naissait la dépêche destinée ù l'empereur, et sans ' de se décider en Russie. Napoléon était arrivé à lui en demander compte, il insista pour obtenir Paris le 18 décembre, et il avait aussitôt dirigé plus d'obéissance à l'avenir (1). Il tint ensuite ' tons ses efforts vers l'organisation d'une armée conseil avec les trois maréchaux Jourdan, Soult capable de remplacer l'immense armée perdue

et Suchet sur le parti à prendre pour rejeter en Portugal les Anglais qui occupaient Madrid. Il fut convenu que Suchet, continuant de garder Valence et l'Aragon, fournirait des vivres aux deux autres armées (du midi et du centre) qui s'achemineraient vers le Tage, reprendraient Madrid cl par leur jonction avec l'armée de Portugal réuniraient contie les Anglais une grande masse de troupes. S<<ult lit beaucoup d'objections à ce plan conçu par Jourdan , mais Joseph lui signifia péremptoirement d'obéir ou de remettre sur-lechamp son commandement à Drouet d'Erlon. Le maréchal ne résista plus. Les deux .innées fortes île cinquante six mille hommes arrivèrent sur le Tage le 27 octobre, |»énétrèrent dans Madrid le ?. novembre, et le s du même mois firent leur jonction avec l'armée de Portugal commandée par le général Clause!. Quatre vingt-cinq mille Françai;» étaient réunis contre les Anglo- Portugais qui comptaient a peine soixante mille hommes; avec un général énergique et obéi, ils auraient obtenu une revanche éclatante «le leur défâite du mois de juillet. Jourdan, qui commandait avec plus de sagesse que de vigueur, conçut un projet excellent qui aurait amené la destruction d'un des corps d'armée de Wcllinglon, et mis l'armée anglaise entière dans un danger imminent; il dut y renoncer devant les objections et

(I) Le roi Joseph envoya Immédiatement la lettre «le Soult à l'empereur en demandant le rai-prl < t In punition du maréchal. I eco onel IX'spre/, chargeai' porter la lettre du roi a son frère, dut aller Jusqu'à Moscou. Napoléon ne répondit pris 3 Joseph, mais II écrivit immédiatement au ministre de la guerre Clarke, qu'a une telle dutanre Il ne poux lit nen pour le* armées d'l'>p.igne, et <juc dans la position un étalent le roi et le duc de liai tirille, leur union était Indispensable pour éviter de grands malheurs. An Colonel Detprez , il dit en parlant de la lettre de Son II : «qu'elle lui élalt deja parvenue par une autre vole, mais qu'il n'y avait attaché aucune importance; que If maréchal -Soult s'était trompé; qu'il ne pouvait s'occuper de semblables pauvretés, dans un moment ou il était à la tête de cinq cent mille hommes et faisait des choses Immenses; qu'au reste les soupçons du duc de U tlin.ttle ne l'étonnatent que faiblement; que beaucoup de généraux de l'armée d'Fspagne les partageaient , et pensaient que Joseph préférait l'Espagne a la France ; qu'il savait parfaitement qu'il avait le cœur français , mal* que ceux qui le Jugeaient par ses discours devient avoir m e autre opinion. Il ajouta que le maréchal Soult était la seule têU- militaire qu'il y eut en Kapagne ; qu'il 11c pou- Fait l'en reUrer sans compromettre I'armcc. »

entre la Moskowa et le Niémen. Aussi, loin d'envoyer de» renforts en Espagne, il en tira des cadres et beaucoup d'hommes d'élite. Le plus sage eût été d'abandonner la Péninsule et de se contenter de garder les Pyrénées contre les Anglais; mais Napoléon, bien qu'il n'eût plus ni l'espoir ni le désir de maintenir son frère sur le trône d' Espagne, avait toujours l'idée de conserver les provinces de l'Ebre. Ce fut en vue de ce but secret qu'il forma le plan de campagne de 1813. Il prescrivit l'évacuation de Madrid et la concentration des troupes françaises dans la Vieille-Castille; en même temps, l'armée du Portugal et l'armée du nord sous Clausel devaient s'employer a réduire les chefs de bande qui infestaient la Navarre, le Guipuscoa, la Biscaye, l'Alava. Pour consoler Joseph du chagrin que lui causait l'ordre d'évacuer Madrid , il consentit à rappeler le maréchal Soult. Le roi transféra donc sa cour de Madrid a Valladolid, au mois de mars 1813. Beaucoup d'Espagnols attachés à sa cause et redoutant le ressentiment de leurs compatriotes suivirent ce mouvement de retraite. Ce fut pour les troupes françaises un grave inconvénient que la masse de bagages et de non combattants qu'elles traînaient après elles. Joseph se trouva à Valladolid avec une armée brave, mais sans cohésion, parce qu'elle était composée des débris de trois années, et très-affaiblie par suite du départ des cadres et des hommes d'élite et surtout par l'envoi intempestif en Navarre de quatre divisions de l'armée de Portugal. Ce n'était pas avec cinquante mille hommes qui restaient a Joseph et a Jourdan qu'il était possible de garder plusieurs grandes provinces insurgées et de tenir téte à lord Wellington, l'ne prompte retraite et une concentration générale des armées françaises derrière l'Ebre était l'unique moyen de salut. Joseph, conseillé par Jourdan, comprit bien cette nécessité; mais il ne se résigna pas assez, vite a quitter Valladolid, et surtout il mit trop de lenteur à rassembler ses troupes. Dans les premiers jours de mai l'armée française était encore dis|>ersée, lorsqu'on apprit ([ne Wellington, à la tète de quatre-vingtdix mille Anglais, Portugais, Espagnols, se portait sur le Don 10 et l'EsIa, et menaçait la ligne de retraite des Français. A cette nouvelle, Joseph rap-

nda aux environs de Valladolid ses troupes dispersées jusqu'à Madrid, et après avoir aligné à Clausel un rendez-vous sur l'Ehre, il se dirigea lui-même sur ce fleuve avec une lenteur nécessi tée par le grand nombre de malades, de blessas et de familles espagnoles attachées aux Français (afrancesados) qui embarrassaient sa marche. Wellington le suivit de près avec l'intention de déborder la droite des Français et de les couper de la urandc route de Bayonne. Malgré cette manoeuvre menaçante, l'armée, arrivée le 7 juin dans les environs de Burgos, séjourna plusieurs jours dans cette ville d'où elle partit, le 13 juin, après avoir fait sauter la citadelle ; elle atteignit l Ebrc a Miranda.le 16 juin,ct attendit l'arrivée de Clausel

NAPOLÉON (Joseph)

qui avait reçu l'ordre de *>e diriger sur Vittona. Le 18, le gros de l'armée se porta sur cette ville, et, le 19 au soir, toutes les troupes françaises au nombre de cinquante-cinq mille se trouvèrent réunies dans le bassin de Viltoria. Clausel s. ni, prévenu trop tard, à cause de l'extrême difficulté des communications, n'était pas arrive. En I absence des vingt mille hommes de ce général, combattre était imprudent ; mais en se retirant sans combat , on compromettait singulièrement Clausel et Sucbct qui allaient se trouver enveloppés en Espagne. Joseph résolut donc de hasarder la bataille. 11 eut le tort de ne pas profiter de la journée du 20 pour débarrasser l'armée des convois qui l'encombraient. Le lendemain 21, les Anglais attaquèrent les Français qui mirent dans leur défense plus de courage que d'ordre, et finirent par plier sous le noinb*. Leur perte n'eût pas été très-grande, si la route de Vitlona à Bayonne n'avait été eneombrée de bagages. 11 n'ensuivit un effroyable embarras, à la faveur duquel ies Anglais firent un grand nombre de prisonniers, prirent cent cinquante canons et beaucoup île voitures, entre autres celle de Joseph qui contenait sa correspondance, et un fourgon de Jourdan qui contenait son bâton de maréchal. L'armée française gagna Pampelunc. Joseph, après avoir placé une forte garnison dans celle ville, répartit ses troupes dans les vallées de Saint- Jean- Pied-de-Port, de Bastan, de la Bidassoa, de manière à bien garder les défilés de la frontière français. Ce fut son dernier acte militaire; le 12 juillet, il remit le commandement au maréchal Soult envoyé par l'empereur, et, après un court séjour au château de Poyanne près de Bayonne, il se rendit à Morlfontaine. H y jouit d'une Iranquillité qui lui aurait été fort agréable après tant de malheurs, si elle n'eût été troublée par la perspective de malheurs encore plus grands. Les armées françaises éprouvèrent en Allemagne de» défaites plus meurtrières et plus irrémédiables qu'en Espagne. Napoléon, rentré à Paris le 9 novembre, s'efforça avec son activité ordinaire de trouver de. nouvelles ressources dans un pays épuisé d'hommes et d'argent, et de se mettre en mesure d'obtenir une paix honorable ou de tenter encore une fois le sort des armes. Un de ses pre-

miers soins fut de rendre ses armées d'Espagne disponibles, en restituante pays, dont les I rançais n'occupaient plus que quelques places fortes, a Ferdinand, par un traité conclu à Valençay, le 1 1 décembre, traité qui stipulait la retraite des armées espagnoles et anglaises et qui ne fut point ratifié par la régence et IcsCortès. Joseph, alors enfermé à Mont fontaine, ne fut averti de cette négociation que quand elle était terminée, et il ressentit du dépit de n'avoir pas ete consulté. Ce sentiment assez naturel s'effaça devant les malheurs de la France et de sa famille, et le 29 décembre il écrivit à son frère la lettre suivante pour lui offrir ses services :

• Sire, la violation du territoire suisse a ouvert la France à l'ennemi Pans de pareilles circonstance, je désire que Votre Majesté soit convaincue qoe mou creur est tout Français. Ramené en France lur les événements , Je serais heureux de pouvoir lui être de quelque utilité, el suis prêt a tout entreprendre pour lui prouver mon dévouement. Je mis au*M. sire, ce que- je dois à l'Espagne ; joo» mes devoirs et je désire les remplir tous. Je ne connais de droits que pour les sacriner au b:en çtnéral de l'humanité ; heureux si. par leur «entier- je puis contribuer a la pacification de l'Europe- «'.le désire que Votre Majesté trouve bon de charter un de ses ministres de s'entendre sur cet objet avec M. le duc de Santa-Fé , mon ministre de» alfaires étrangères. »

On voit que Joseph affirmait ses droits tout en se déclarant prêt à les sacrifier; il pnait encore en roi ; c'était une fiction que Napoléon ne pouvait admettre, aussi il lui répondit rudement :

. Mon tri ' re , j'ai reçu votre lettre du 29 décembre. Il y a trop d'esprit pour la position ou je me trouve. Voici en deux mots la question . u France est envahie, l'Europe tout en armes contre la France, mais surtout contre moi. >o-.is neies plus roi d'Espagne. Je ne veux pas l'Espagne pour moi , ni je n'en veux pas disposer ; mais je ne veux plus me mêler des araires de ce pays que po> vivre en paix et rendre mon armée disponible. W voulez-vous faire? Voulez-vous, comme prince français, venir vous ranger auprès du roue- Vous avez mon amitié, votre apanage, et scr * mon sujet en votre qualité de prince du sangfaut alors faire comme moi, avouer votre r . m écrirc une lettre simple que je puisse impnn* recevoir toutes les autorité» . et vous r" pour moi et pour le roi de Home, et ami de » n U* et de l'impératrice. Cela ne ^ es ^ possible? N avez-vons pas assez de bon axe pour cela? Il faut voua retirer à qnaf»« ■«* de Paris, dans un château de province. ob*curc ment : vous y vivrez tranquille m Jc,,*;„™u,'iif » rez tué ou arrêté, m je meurs. Vous serez " moi, à la famille, a vos lilles ^J^^n vous ne me serez pas nuisible et ne roc ^ pas. Choisissez promptement et prenez voin r-

Quoique celte lettre fut peu aimable, Jo*£ accepta, sans hésiter, la position qui lui ,« ferte, et dès ce moment Napoléon lui i«

affection et sa confiance. En j* .

née, le 25 janvier 1814,. I te !■»« «>«

son l'arme"

447 (,M) WAPOLÉ(

au Luxembourg avec le titre de son lieutenant général et des pouvoirs étendus; Joseph avait le commandement supérieur de toutes les forces réunies à Paris ; mais ces forces, si Ton excepte la garde nationale peu nombreuse, n'étaient que des débris; dès qu'on leur avait donné un peu de consistance et qu'on les avait grossies de conscrits, on les envoyait recruter les faibles corps avec lesquels Napoléon défendait les vallées de la Seine et de la Marne contre les armées alliées immensément supérieures en nombre. Paris restait donc avec une faible garnison tout à fait insuffisante contre une attaque sérieuse. Pour comble de malheur, on manquait «l'armes et d'argent. La correspondance de Napoléon avec Joseph peut seule donner une idée de cette pénurie, de ce manque absolu de ressources. Napoléon ne se décourageait pas, et par les prodiges de génie militaire qu'il déployait en ce moment dans les plaines de la Champagne, il espérait ramener la fortune. Joseph, qui n'avait pas la même énergie de caractère et qui voyait le mal de plus près, ne partageait pas cette espérance. Il ne cessait de presser son frère de conclure la paix, même aux dures conditions imposées par les alliés. Voici quelques passages de ses lettres qui peignent bien cette situation extraordinaire et font comprendre la prompte reddition de Paris.

9 février, t Je reçois une lettre du ministre de la guerre, que j'envoie en original à Votre Majesté ; elle verra que nos ressources en fusiU se réduisent a. six mille; ainsi, qu'il est, impossible d'espérer une armée de réserve de trente à quarante mille hommes dans Paris. Les choses sont plus fortes que les hommes, sire; et lorsque cela est hien démontré, il me paraît que la véritable gloire est de conserver ce que l'on peut de ses sujets et de son territoire. •

1 I février. « L'opinion est toujours la même

La hausse qui a eu lieu hier au soir est attribuée à une lettre du duc de Viccncc , faisant espérer une heureuse issue aux négociations. Tout le monde étant convaincu d'ailleurs que c'est la seule manière de rétablir les affaires ; la situation du trésor, des arsenaux, n'étant plus un secret pour personne, et quels que soient les prodiges que l'on espère encore de l'expérience et de l'habileté de Votre Majesté , on ne pense pa« qu'elle puisse lutter seule contre la difliculté des choses et des hommes.... L'argent manque pour la paye des troupes; aussi commettent-elles beaucoup de désordres, qui aigrissent tellement les habitants qu'il n'est pas extraordinaire d'entendre dire publiquement : • Les ennemis ne feront pas pis. ■ Je suis forcé de convenir que nous n'avons de salut que dans la paix la plus prochaine, quelles que puissent d'ailleurs en être les conditions. Je ne sache personne qui ne pense ainsi. •

22 février. « Le ministre de l'intérieur, celui de la police et rarchichancclier sortent de chez moi ; ils m'ont fait la pointure la plus désastreuse des choses à Toulouse et à Bordeaux... Les deux ministres m'assurent mie les proclamations répandues par les Russes trouvent de l'écho. Je sup|>ose que nous sommes à la vti.ie d une bataille. Quels qu'en

)>î (Joseph) 4-18 (101)

soient les résultats, l'état actuel ne peut pas durer. Les deux ministres mont déclaré devant l'ardu* chancrlier que l'administration tombe partout en dissolution, que l'argent manque, et le système des réquisitions finit par neutraliser tontes les af- ! fections et isoler le gouvernement. Quelque dures 1 que soient ces vérités, comme Votre Majesté ne , peut les entendre de la bouche de ses ministres , ! Je n'hésite pas à m'imposer le pénible devoir de j vous les faire connaître. >

• 7 mars. ■ Après la nouvelle victoire que vous ! venez de remporter (celle de Craonue ï, vous |>ourez signer glorieusement la paix avec les anciennes limites. Cette paix rendra la France à elle-même après la longue lutte commencée depuis I"«j2, et n'aura ! rien de déshonorant pour elle, puisqu'elle n'aura | rien perdu de son territoire, et qu'elle aura opéré j dans son intérieur les changements qu'elle aura voulus. Quant à vous, sire, victorieux tant de fois, je suis convaincu que vous avez dans vous tout ce j qu'il faut pour faire oublier aux Français, ou plutôt 1 pour leur rappeler ce que Louis XII , Henri lv et Louis M Vont eu de mieux dans leur manière de | gouverner, si vous faites une paix solide avec l'Eu- ! rope. et si, trouvant dans votre caractère les traces ! primitives de sa bonté naturelle, vous vous y laissez aller, et renonçant à un caractère factice et à , de grands efforts journaliers, vous consentez enfin a faire succéder le grand roi à l'homme extraor* 1 dinaire. »

Napoléon ne se rendit pas à ces pressantes J sollicitations; il pensait avec raison qu'il ne ! pouvait pas accepter honorablement une paix qui aurait ramené la France en deçà des limites , conquises par la République. Son indomptable volonté n'avait pas fléchi. Il était, disait-il, le maître comme à Auslcrlitz , et entendait qu'on i lui obéit. Mais pour cela il fallait être victorieux. Le 17 mars, il annonça à Joseph la grande manœuvre qu'il allait tenter sur les flancs et les derrières de l'ennemi, manœuvre qui devait le sauver et qui précipita sa ruine. Le ?8 mai s, on apprit à Paris que les maréchaux Mortier et Marmont, coupés de leurs communications avec Napoléon, battaient en retraite sur la capitale suivis par la masse des armées coalisées ; le 29, l'impératrice et son fils quittèrent la capitale pour se réfugier sur la Loire; le 30, les deux maréchaux livrèrent bataille sous tes murs de Paris; le 31 mars, les alliés entrèrent dans Paris ; le 2 avril, le Sénat proclama la déchéance de l'empereur, et, le*4 avril, Napoléon attdiqua. Dans ces événements qui consommèrent la ruine du régime impérial , quelle fut la responsabilité de Joseph ? On a plus d'une fois imputé à sa faiblesse une catastrophe qui était inévitable. Les reproches qu'on lui fait portent sur trois points principaux : 1° départ de Marie-Louise et du roi de Rome ; 2° insuffisance des préparatifs de défense; 3" autorisation de capituler donnée par Joseph aux maréchaux Mortier et Marmont et sou départ précipité. Nous allons examiner rapidement ces trois chefs d'accusation, en nous servant de documents authentiques, les seuls qui méritent coniiance. Le 28 mars au soir, à lu

447 Cl!t-

ISAPOLLOiN (Joseph)

nivelle de l'approche des alliai?, un conseil de i dans la précision de l'apparition dos allies sous ■lence fut tenu pour savoir s'il fallait faire sor- ! Paris; elle €

H ou rn

lir de Paris Marie-Louise et le roi de Home. Le ministre de la guerre Clarke exposa la situation. « Il dit qu'on avait pour unique ressource les corps fort réduits des maréchaux Mortier et Marmont, quelques troupes rentiées sous le général Compatis, quelques bataillons tirés des dépôts, une garde nationale de douze mille hommes dont une partie seulement avait des fusils, un peuple disposé a se battre, mais désarmé, quelques palissades aux portes de la ville sans aucun ouvrage défensif sur les hauteurs, en un mot vingt-cinq mille hommes environ, dénués des secours de l'art, obligés de tenir téte à deux cent mille soldats aguerris et pourvus d'un immense matériel. H conclut au départ immédiat de Pimpéralriceetduroide Rome (!).»> Cet avis trouva des contradicteurs dans Boulay (de la Meurthe ) et les ducs deRovigo, de Massa et de Cadore et surtout dans le prince de Talleyrand dont l'opinion fortement motivée décida la majorité des suffrages. A peine le vote eut-il été émis que Joseph, avec un chagrin visible, communiqua le contenu de deux lettres, l'une

formels :

est conçue dans les termes U s jlus

Kcims, tfi mars 181*. «» Conformément aux instructions verbales que Je vous ai données, et à l'esprit de toute» mes lettre*, vous ne devez pas permettre que, dans aucun cas, l'impératrice et le roi de Home tombent entre les mains de l'ennemi. Je vais manœuvrer de manière qu'il serait possible que vous fussiez plusieurs jours sans avoir de mes nouvelles. Si l'ennemi s'avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossible, faites partir dans la direction delà Loire la régente, mon lils, les grands dignitaires, les ministres, les oflieiers du Sénat, les présidents du conseil d'État, les grands oflieiers de la couronne, le baron de la Hotiilleric et le trésor. >e quittez pas mon tils, et rappelez-vous que je préférerais le savoir dans la Seine que daus lea main» des ennemis de la France; le sort d'Astyauax, prisonnier des Grecs, m'a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire. »

Après cette lettre, il n'y avait qu'à se soumettre; les conseillers se plaignirent seulement qu'on les eut assemblés pour leur demander un avis quand il y avait un ordre de Napoléon,

écrite de Nogent, 8 février, l'autre de Reims, I ordre absolu, n'admettant pas de discussion. 11

IGmar.;, dans lesquelles Napoléon ordonnait en termes formels de ne pas laisser l'impératrice et le roi de Rome à Paris. Par une prévoyance singulière, l'empereur dans sa lettre du 8 supposait que Talleyraud serait d'un avis contraire, et il disait : « Si Talleyrand est pour quelque chose dans cette opinion de laisser l'impératrice

fut convenu que l'impératrice et le roi de Rome partiraient le lendemain, 29, avec. Camhaeerès, que Joseph et les ministres resteraient pour diriger la défense aussi longtemps qu'il serait possible de disputer Paris à l'ennemi. Kn quittant le conseil, Talleyrand dit au duc île Rovigo : « Eh bien, voilà donc comment devait finir ce

à Paris, dans le cas où l'ennemi s'en approche- règne glorieux !... L'empereur serait bien à rait, c'est trahir. Je vous le répète, méfiez-vous plaindre, s'il n'avait pas mérité son sort en s'ende cet homme! Je le pratique depuis seize ans, j'ai même eu de la faveur pour lui; mais c'est sûrement le plus grand ennemi de notre maison, a présent que la fortune l'a abandonnée depuis quelque temps. Tenez-vous aux conseils que j'ai

donnés. J'en sais plus que ces gens-là. » Joseph

tourant de pareilles incapacités. » Ces remarques pouvaient être justes, mais la resjionsabilité de la résolution prise ne saurait retomber sur Joseph.

Sur le second point, l'insuffisance des préparatifs de défense, il y a de Iwnnes raisons en faveur de Joseph, bien qu'il soit impossible de

ne communiqua pas ce passage au conseil dont j l'absoudre de négligence et d'irrésolution- Paris, Talleyrand faisait partie , mais le reste de la ! sur la rive droite de la Seine par laquelle s'alettre ne laissait aucun doute sur l'intention de vançaient les alliés, est dominé par un demi-

l'empereur (?.). On pouvait dire que depuis cette é|>oque plusieurs victoires avaient été rempor-

cercle de hauteurs d'où un ennemi vainqueur peut bombarder et détruire la ville. Paris ne

tées et que Napoléon ne donnerait peut-être pas pouvait donc avant l'existence de l'enceinte les mêmes ordres aujourd'hui ; à cela la seconde '[ continue être défendu, que si les hauteurs de lettre de l'empereur répondait d'une manière l'Étoile , de Montmartre , de Chaumont, de Roaccablante; elle avait élé écrite le 16 mars, au I mainville, de Charonne, de Montrcuil étaient moment où Napoléon commençait son mouve- I garnies d'artillerie et occupées par des forces

suffisantes; car se défendre au moyen du mur d'octroi et de barricades dans les rues, c'était vouloir faire détruire Paris. La question était donc si Ton avait assez de troupes pour occuper le vaste demi-cercle de collines depuis Charen ton jusqu'à Auteuil;or, ce n'était pas avec sept à huit mille hommes de troupes et six mille gardes nationaux (on n'avait pas pu ou voulu en armer davantage) qu'on pouvait disputer aux deux cent mille alliés le plateau de Romainviile et la plaine Saint- Denis. Mais les derniers jours

ii .eut sur les communications des ennemis, et

ti Tïilrr*. Histnin du Contntat et de l'Empire, t. XVII, p. t:s et «m».

(il Crlte lettre du 8 février e»t une réponse a une lettre remarquable ou Joseph (allait enrrirtqueinent rc«.»orllr les Inconvénients du départ de l'impératrice et du roi de Rome, où H dtailt entre autre* cho*ri: « Le» hommes uttaruc* au «ourrroement de Votre Majesté craignent que le rtcp.irt ae l'impératrice ne litre le peuple «le la capitale ou iléM-«polr, rt ne donne une capitale et un eiupT'- aut Bouroon* ><• On ne »aur«lt montrer plu* de prévoyance. Noir la lettre de Joseph rt la réponse de l'emj.i-r, ur d>in* lr* Mémoire du roi J,)ftpf,, t. \. p. *».

de mars, en môme temps qu'ils amenèrent sous Paris les armées alliées, amenèrent île précieux renforts à ses défenseurs, vingt mille, hommes à peu près nous les ordres de Mortier, de Marmout et de Compans. M. Thiers pense qu'en tirant parti de ces troupes et des autres ressources de Paris, on aurait tenu quelques jours, et que si l'on succomba si vite, c'est que l'on adopta la conception la plus inepte, celle de livrer Ijataille sous les murs de Paris. Ce jugement est sans doute fondé, mais le plan de la défense avait été arrêt»' par le général Clarke, adopté par les maréchaux Mortier et Marmont, et Joseph, qui n'était pas militaire, pouvait croire sa responsabilité à couvert par l'avis du ministre de la guerre et des deux maréchaux. Sur le troisième point, l'autorisation prématurée de capituler et le départ précipité, il faut dire que cette faute, si c'en était une, découlait nécessairement de l'insuffisance des moyens de défense et des ordres de Napoléon. On a beaucoup discuté sur l'heure précise à laquelle Joseph autorisa Marmont et Mortier à traiter, et sur l'heure à laquelle il quitta Paris. Ces détails ne sont pas très-importants , car ce n'étaient pas quelques heures qu'il aurait fallu gagner, mais plusieurs jour*, pour que l'année qui était à plus de cinquante lieues de Paris eut le temps d'arriver. D'après M. Du Casse, Joseph, qui avait établi son quartier général à Montmartre, reçut une note au crayon par laquelle Marmont l'informait qu'il était impossible de prolonger la résistance au delà de quelques heures; il répondit à midi et quart (30 mars), en autorisant les deux maréchaux à entrer en pourparlers avec !es généraux ennemis. Puis, n'ayant plus l'espoir de voir se prolonger la défense, il quitta Paris vers quatre heures (1), très-peu de temps avant que l'ennemi s'emparât des ponts de la Seine, et interceptât la route de Versailles. Il partit pour Blois où se trouvait l'impératrice, et, de là, il tâcha de rejoindre son frère à Fontainebleau ; mais il ne put pas dépasser Orléans.

Après l'abdication de l'empereur, il se retira en Suisse au bord du lac de Genève où il acheta le château de Prangins. Il y reçut la nouvelle du débarquement de Napoléon à Cannes , rentra en France le 19 mars, et alla à Paris se mettre à la disposition de son frère. Dans l'essai de monarchie constitutionnelle que tentait l'empereur, les sentiments libéraux de Joseph, ses rapports avec des personnes d'opinions libérales, telles que Lafayette, Benjamin Constant, Mroede Staël, auraient pu élre très-utiles, mai» les événements se précipitèrent avec une rapidité qui rendit ses conseils superflus. Après le dé>aslre de Waterloo et la seconde abdication, il quitta Paris, le 29 juin, et se rendit à Rochefort auprès de l'empereur. Les deux frères se séparèrent bientôt, l'un pour *=e rendre à Iwrd de la flotte anglaise, l'autre pour s'embarquer à Royan (le 2j juillet). Joseph

|i) M. MM «Ut que Jo*rpU et Jérôme arrivèrent a Vcr- Mlllf* vi-rj quatre heure». 1

(Joseph) 4 1S(103)

arriva à New -York, et d.ins ce pays libre, il jouit, sous le nom de cvmfe de Snrviffien, «l'une tranquillité qu'il ne connaissait pas depuis longtemps. Il acheta dans l'Llat de New Jersey, sur les liords la Delaware , une belle propi-iélé appelée Point- Bree/c. Sa Temme était d'une santé trop délicate p mr quitter l'Europe; mais ses deux filles Zéiiaïile et Charlotte et ôun neveu le prince Charles liunaparte allèrent le rejoindre. D'illustres visiteurs, Lafayette entre autres, vinrent de temps en temps lui rappeler les déceptions et les espérances des partis ; d'autres hommes qui avaient eu part à sa faveur quand il était puissant ne l'oublièrent pas après sa chute. Parmi les lettres qui lui sont adressées, on est touché de lire celles de M. O' Farrill, son ancien ministre espagnol, resté fidèle à l'infortune. La nouvelle de la révolution de Juillet ranima son activité politi«)ue. Comme chef de la famille Bonaparte, il crut devoir protester contre l'établissement d une dynastie nouvelle, malgré les trois millions de suffrages qui avaient fondé le premier empire. Il écrivit à Jourdan,à Lainarque, à Lafayette, à Marie-Louise, à Metiernich, à l'empereur d'Autriche pour leur rappeler les droits de Napoléon IL En IS32, il , vint en Angleterre où il vécut tranquille et respecté. Le 2 mars 1834, d'accord a\ee Lucien, il adressa au duc de Dalmatie, président du conseil des minières, une protestation contre le maintien de la loi d'exil à l'égard de la famille Bonaparte. Cette lettre fut suivie d'une pièce conçue exactement dans le même sens et adressée aux signataires des pétitions |>our le retrait de la loi de bannissement (20 mars 183î). Cette pièce remarquable est pour ainsi «lire le dernier acte officiel de Joseph; elle contient l'exposé de la politique impériale, telle qu'il la concevait dans l'avenir. Après avoir protesté avec vivacité contre l'accusation faite aux Bonaparte de n'être pas restés étrangers aux intrigues et aux factions, il ajoute :

Pour nous décrier aux yeux de la Rénération nouvelle, on a fait de mou frère Louis et de moi, l'un et l'autre mentionnés dan* le plébiscite de l'an 1804, drc prétendants tels que seraient îles Bourbons. Nous sommes l'un et l'autre de notre siècle, créatures de la France de <801, Français subordonnés à la volonté de la France de IK>\ ; nous savons que la vénération d'aujourd'hui n'est pas lire par la volonté de ses pères ; nous savons que les nations peuvent conserver, changer, modifier, reprendre et détruire encore ce qu'elles ont crée en d'autres temps et dans d'autres circonstances. Nous savons et avons toujours su que les timides, les individus sont liés aux nations libre» par des devoirs, des obligations, et non par des droits; nous laissons des prétention* patentes ou secr< tes aux légitimes et aux quasi légitimes. Si Napoléon viv.iU aujourd'hui, il penserait comme nous; il ne reçoit naîtrait en France d'.uitre sou>erain <|ue le peuple français, qui seul a le droit de se donner le gouvernement <|ui lui semble dans son intérêt, «-Ion son Ikju plaisir, vivre Mon son caprice. La trop longue dictature de Napoléon l'a fait méconti litre ; mais elle fut prolongée par l'obstination de.* ennemis de la révolu-

lion, qui prétendirent détruire en lui le principe de la souveraineté nationale dont il émanait. A la paix générale, le suffrage universel, la liberté de la presse, cl toutes le» garanties de l'éternelle prospérité d'une grande nation, qui étaient dans la pensée de Napoléon, l'eussent dévoilé tout cnUer à la France, et en eussent fait le plus grand boumic de l'histoire. Sa pensée tout entière m'a été connue ; mon devoir est de la proclamer hautement : il se sacrifia deux fois pour ne pas donner la guerre civile à la France. Les héritiers de sou nom renonceraient pour ton» jours au bonheur de respirer l'air de la pairie, s'ils pouvaient penser que leur présence dût y porter le moindre trouble. Tels sont les principes, les opinions et les sentiments de tous les membres de la famille de Napoléon, dont je suis ici l'interprète : Tout pour et par le peuple !

En 1837, Joseph repartit pour l'Amérique et ne revint en Angleterre qu'en 1839. lin 1841, le roi de Sardaignc lui permit de se rendre à Gênes, et, quelques semaines après, le grand-duc de Toscane l'autorisa à venir habiter Florence. Ce fut là que près de sa femme, de ses enfants et petits-

IV APOLLON (Lucien)

— Sarrut et Salnt-Edme, Biographie des hommes du jour, t. I — Kotice Mcrolonique sur le roi Jotrpktou le* OEuvres de Sapoléon lit — Tluer», IhUoirt du Consulat et de C Empire. - CoilctU. st^rùi M rtçnoii Aapoli. - Lamarque, Souvenirs. - Orl<;ff, Vrmoirts sur te roy. de Kaples. — Tore no . Ilist. de la i frotocion de EipuHa. — Foy, Guerre de la l'emniide, - Edinburgh Jteiiew, octobre IS3V et octobre lia.

B. Llcie* et sa famille.

LrciEX ( Lucien Bonapàm-e), prince de Camno, second frère de Napoléon 1", né à Ajaccio, le 21 mars 1775, mort à Rome, le 20 juin IsiO. Placé, en janvier 1779, avec son H ère Joseph, au collège d'Autun où son père avait obtenu deux bourses, il y resta près de deux ans, et, sur une demande adressée au maréchal de Sé^ur, il fui, en 1783, admis à l'école de Briet;ne , qu'il quitta pour terminer ses éludes au séminaire d'Aix en Provence. En 178à, il alla résider près de l'abb Fesch, son oncle. Lucien entrait dans sa quin/kW année lorsque éclata la révolution de 1789. Particulièrement accessible aux idées nouvelles, ce fui avec la plus vive ardeur qu'il se jeta dansle>

enfants et de ses frères, il passa les dernières ] soc|é|é8 )lllajres m M JomM>rfnl aio„ Ea i mourut à I âge de so.xante- ^ H rejoignil cnM Cor6c M faiIli„, qui> à

suite du retour de Napoléon, de Joseph et dT lisa, s'y trouvait réunie tout entière. Le relotir de

seize ans. Sa femme ne lui survécut que de quelques mo;s.

Le récit détaillé que nous venons de faire, les nombreuses pièces que nous avons citées à l'appui , non* dispensent de porter sur Joseph un

Paoli offrit à Lucien l'occasion de se mettre plu; en vue sur la scène politique. Paoli étant venu présider la société populaire d'Ajaccio, il pro-

long jugement : comme homme privé, il eut de non dcvM, |(J. J,,^ don je ^ *m nombreuses qualités; comme homme public, s il ne parut pas toujours égal aux circonstances

extraordinaires dans lesquelles il se trouva, il prouva du moins que, dans des circonstances ordinaires, il aurait fait un excellent roi.

Joseph avait épou?é à Marseille, le l,r août l79i, Marie-Julie Clary, née le 20 décembre 1777, morte le 7 avril 18i5, et dont la sœur cadette, Eugénie-Bernardine Désirée, née le 8 novembre 1781, devint le 16 août 1798 la femme de Jean Hernadotte, et plus tard reine de Suède et de Norwége. De ce mariage naquirent deux filles :

Zénaide-Charlolle-Julie, née à Paris, le 8 juillet 1801, morte à Rome, le 8 août 185i. Elle épousa à Bruxelles, le 29 juin 1822, son cousin germain Charles Bonaparte, prince de Canino. Femme d'un esprit cultivé, elle a traduit les navres dramatiques de Schiller et aidé son mari dans quelques-uns de ses travaux d'histoire naturelle ;

Charlotte, née à Paris le 31 octobre 1802, mariée à son cousin germain Napoléon-Louis, second fds du roi Louis , veuve le 1 7 mars 1 83 1 , morte à Sarzane, le 2 mars 1839. sans laisser d'enfants. Léo Joubert.

A. Du Ca*se, Mémoires et correspondance politique H militaire du roi Joseph; l'art», m\, 10 vol. ln-«» - Histoire des négociations relatives aux f/randi traités de Mort fontaine, de l.unerUle et d'Amiens, précédée de ta correspondance du cardinal t'etch arec l'empereur ; 9 vol. ln-8', - Stanislas Gtrardtn, Sowentrs; Parte. IBM. — Mathieu Dumas, .souvenirs. — Mtut rte Melllo, Memoires; Tari*, 18;s, 3 vol. ln-8°. - Marmont, Mémoires.

« la préférence que les peuples doivent donner au gouvernement républicain >». Fort bien accueilli par Paoli, qui en l'embrassant l'appela son petit Tacite, il le suivit dans sa résidence de Rostino. En 1792, à la tête d'une députation du club dont il faisait partie, il se rendit à bord de li flotte de l'amiral Tnguet, qui relâchait à Ajaccio. La catastrophe du 21 janvier 1793 disposa l'aoli à rompre avec la France; quelques mois après, il mit Lucien et ses frères en demeure de le suivre dans sa défection , ou d'être traités par lui en ennemis. Sans hésiter, Lucien se sépara alors de Paoli , quitta Rostino, et rejoignit à Ajaccio ses amis politiques. Le 20 juin, la Cor.«e renonçait à la France ; Paoli étail nommé généralissime : en même temps la société populaire décidait l'envoi d'une dépulation à la société populaire de Marseille et à celle des Jacobins de Paris, pour solliciter de prompts secours. Lucien fut nommé chef de cetlc députation et partit quelques heures après. La traversée fut rapide; vingt-quatre heures après, il débarquait à Marseille. Il se rendit dès le lendemain avec se* collègues à la société populaire. Dans une vaste salle, fort peu éclairée, siégeaient les sociétaire* coiffes du bonnet rouge ; les tribunes étaient remplies de femmes bruyantes. Là encore Lucien prit la parole et le fit avec beaucoup d'ardeur. L» nation française, dit-il, était trahie en Corso, lu: et les députés venaient invoquer le secours de leurs frètes. Les Anglais, d'accord avec IMO«» allaient bientôt s'emparer de l'Ile. A ses attaques

4i:(,<)S) NAPOLÉO.X (Lucien)

violentes contre l'Angleterre, les applaudissements redoublèrent, et I on vota d'enthousiasme et d'urgence l'impression de son discours, un message aux. administrateurs du département sur un envoi de troupes au secours d'Ajarcio, enfin la nomination d'une députalion de trois membres pour raccompagner aux Jacobins de Paris. Lucien avait parlé deux heures, et la séance fut

renverser la terreur démagogique, on allait recréer une nouvelle terreur au prolit de la réaction, il se résolut à la lutte. Sous sa direction les patriotes redoublèrent d'activité et parvinrent au moins à se maintenir en sûreté. Au mois d'avril 179"), il quitta Saint-Ma\imin, pour se rendre à Saint- Chamans, près de Cette, où il avait obtenu d'être envoyé, comme inspecteur

close après minuit. Sa ferveur révolutionnaire I dans l'administration militaire. I

se calma tout à coup lorsque le lendemain, sorti pour voir la Cannebière, il trouva cette vaste place remplie d'une foule immense d'hommes, «le femmes et d'enfants : comme aux jours de lèle , les gâteaux et les pains d'épice circulaient, les cafés étaient pleins, et au-dessus de toutes ces tètes se dressait la guillotine où étaient conduits les plus riches négociants de Marseille. Toi est du moins le tableau, fans doute exagéré, qu'il a retracé du triste spectacle qui s'offrit alors à lui ; tel est en même temps le motif qu'il donne de son rems d'accompagner à Paris la députalion marseillaise. Quelques jours après, il riait rejoint à Marseille par sa mère, ses deux plus jeunes frère* et ses trois sœurs, qui abordaient la France en fugitifs. Napoléon avait rejoint alor3 à Nice le 4* régiment d'artillerie, dont il était capitaine commandant : c'est avec les appointements de son grade qu'il pourvut aux premiers besoins de sa famille fugitive. Bientôt Lucien, placé dans l'administration des subsistances militaires, alla vers la fin d'août, occuper à Saint Maximin, l'emploi de garde-magasin des vivres. Élu d'abord président de la société populaire, il le devint presque aussitôt du comité révolutionnaire. L'influence qu'il acquit à Saint-Maximin tourna au profit de la modération et écarta de cette petite ville- les excès révolutionnaires qui désolaient en ce moment la France. La prise de Lyon (0 octubre), l'investissement de Toulon, l'arrivée à Marseille des représentants narras et Fréron rendirent plus difficile une modération si contraire aux idées de représailles qui animaient les envoyés de la Convention. Lucien dut même s'opposer par la force à un délégué de Barras qui vint réclamer les suspects de Saint- Maximin pour les conduire à Orange. Lucien, que la nature semble avoir doué au plus haut point du courage civique, et qui, à cet égard, fut bien supérieur à son frère Napoléon, montra en celte circonstance une décision et une énergie remarquables. Après la chute de Robespierre, une violente réaction se produisit dans le midi, et les patriotes, même ceux qui, comme Lucien, avaient fait preuve de modération, ne furent plus en sûreté. Le 11 août, Napoléon était arrêté à Nice, comme partira de Kohespierre, puis mis en liberté, le 2't, par l'entremise des représentants Salicetti et Albitle. Joseph se retira à Gènes. Quant à Lucien , tout en voyant changer autour de lui les dispositions bienveillantes en froideur et en dédain, il persista à résider à Saint-Maximin et à présider la société rapulaire. Pressentant que, loin de se borner a

'eu avant son départ, il avait épousé M"c Christine Boyer, d'une famille honorable, mais pauvre, de Saint- Maximin, cl qu'il perdit en 1800. Lucien, dans sa nouvelle résidence, où l'on ne s'occupait de |H>iitique qu'avec calme, avait noué quelques aimables relations de société, lorsqu'il fut brusquement arrêté, et conduit dans les prisons d'Aiv qui valaient bien , dit-il, celles d'Orange sous la terreur. Après six semaines de captivité, un ordre de Barras, obtenu par Napoléon, vint rendre Lucien a la liberté. Il se retira à Marseille, où, sans emploi, spectateur découragé de la réaction, plus violente que jamais à la suite du desastre de Quiberon (21 juillet 1795), il songeait à se retirer dans une ferme, lorsque la constitution de l'an m , triomphe du parti républicain modéré, lui ht mieux augurer des destitues de la patrie.

Témoin tour à tour des excès des partis extrêmes, Lucien se déclara d'abord ardent partisan de la constitution. Nomm*, par le crédit de son frère, commissaire des guerres près de l'armée d'Allemagne, il arriva à Paris peu de jours après l'ouverture des conseils législatifs (octobre 1795). Spectateur assidu des séances législatives, il aurait volontiers renoncé à son emploi pour ne pas s'éloigner de cette tribune pour laquelle il se sentait un goût décidé ; mais il lui fallut bientôt partir et aller remplir successivement ses fonctions à Bruxelles, puis en Hollande. Il passa ainsi six mois (novembre 1795 à mai 1796) auprès des armées du Nord, «'occupant plus de politique que d'administration militaire, et se faisant de fréquentes querelles avec des jacobins ou des royalistes. Malgré son indolence administrative et ses éternelles discussions, il obtint l'amitié du général en chef Tilly, commandant à Bruxelles, et surtout celle du général Eblé, dont les sentiments politiques étaient en parfait accord avec les siens. An printemps de 179G, il obtint l'autorisation de quitter le Nord pour aller en Italie. Napoléon n'eut qu'une très-courte entrevue avec son frère, qui reçut ses instructions et partit aussitôt pour la Corse. Pendant ce séjour en Corse qui se prolongea jusqu'en juin 1798, Lucien apprit successivement et les nouvelles victoires de son frère en Italie, et le coup d'État du 18 fructidor (4 sept. 1797), complément du 13 vendémiaire. La révolution était sauvée, mais au prix d'une violation de la constitution, qui devait être d'un fâcheux exemple. Lucien, qui applaudit alors à cet acte de vigueur, l'a depuis théoriquement justifié. « On était arrivé,

NAPOLÉON (Luciex

dit-il, à une de ces crises politiques où il faut battit le rétablissement de l'impôt sur k seL choir- ir entre l'illégalité et la contre révolution. Ce fut le '2'.> thermidor seulement ( te, août), L'illégalité <ln 18 fructidor sauva la patrie. La dans un rapport sur les dilapidations commises

majorité du Directoire, Hoche et Bonaparte, unis à la minorité législative, accomp.irent un triste devoir, mais un devoir absolu de citoyen, en ne respectant pas l'inviolabilité de la majorité des conseils, parce que ( inviolabilité d'un cbef ou d'une assemblée ne va pas jusqu'à trahir im-

à l'année, qu'il commença à mettre dans ses paroles un ac mt marque d'opposition. « Le D mtoire executif, dit-il, s'empressera, sans doute, de réunir ses efforts aux nôtres pour atteindre les dilapidaient; il sentira comme nous que la saison de> demi-mesures contre les fripons Mt

punement le but de son mandat. Institués pour passée. « En même temps, pour laisser plus de

maintenir une république, les conseils, eu cher- franchise aux accusations, il proposait que le

chant à la détruire, cessaient d'être inviolables, conseil se formât en comité général secret toutes

L'insurrection ou le coup d'État sont de droit le» fois qu'il s'agirait de finances. Ce projet fut

naturel dans une telle crise. » Lorsque Napoléon, immédiatement adopté. Lucien en effrt était loin

autant pour se séparer davantage de la politique d'approuver alors la politique du Directoire

du Directoire, que pour ajouter un nouvel l'envahissement du Piémont par nos troupes, 1»

éclat à sa gloire, eût fait résoudre l'expédition prise de possession de Mulhouse et de Genèu

d'Egypte (avril 1798), il voulut emmener Lu- lui parafaient une violation dangereusedu trait

cien avec lui; mais les élections de l'an vi ap- de Campo-Formio. Rome répubhcanisée et en-

prochaient ; celui-ci préféra se mettre sur les rangs pour la députation. Le 20 germinal an vi

levée au pa|>e était une représaille du meurtre1 «lu général Duphot qui lui semblait outrée et

(10 avril 1708), il fut, à l'unanimité, élu députe impolilique. « L'autorité temporelle, dit-il, est

utile, nécessaire.'indispensable à l'exercice in<lépendant de l'autorité spirituelle du siège île Ron* sur lous les catholiques de l'univers. » En inèmt temps, Trouvé, notre ambassadeur à MiUn. réduisait à trois le nombre des directeurs cisalpins. Lucien, sollicité d'intervenir par le s*néral Lahoz, avait vu Barras à ce sujet et, n'en obtenant rien , lui avait fait cette réplique au dacieuse : « Si vous trouve* qu'on |»out renver-

au Conseil des cinq-cents par le dé(>artement du Liamone. Comme il traversait la France, pour se rendre à son poste, la nouvelle s'y répandait de la prise de Malte : il arriva précédé en quelque sorte de ce nouvel éclat attaché au nom de Bonaparte, et cet éclat contribua sans doute à la faveur qu'apporta le Corps législatif en statuant sur son élection. Il n'avait pas encore atteint l'âge de vingt-cinq ans exigé par la

loi, et vraisemblablement les deux commissions ser le Directoire de Milan, pourquoi ne pour-

de vérification se contentèrent d'un certilu.it peu régulier. De plus la députation du Liamone était au complet, et les électeurs n'étaient point appelés à nommer en l'an vi un troisième représentant ; mais une loi du 6 prairial , rapportant des lois antérieures, reconnut Lucien comme déput» pour trois ans.

Ses premiers mois de législature se passèrent sans qu'il prit dans leconseil une couleur bien tranchée. Ce|>endant, loin de se mettre tout d'abord en contradiction avec les directeurs, il se sentait plutôt porté vers eux, comme vers les représentants de l'opinion qui avait triomphé en fructidor. La liaison de ses frères avec Barras l'attira même au Luxembourg, où il fut très-bien accueilli. La première fois qu'il prit la parole, ce fut dans la séance du 29 messidor an vi (17 juillet 1798), pour défendre la liberté de conscience menacée par un amendement sur l'observance

rait-on pas renverser le Directoire de Taris? Ce fut la dernière fois qu'il vit Barras. Le lendemain, 3 fructidor an vi (20 août 1 798), ilpn! la parole aux Cinq-Cents pour défendre cette constitution cisalpine, œuvre de son frère, et imitation de celle de l'an m. Dès lors, il ptil nitivement rang dans l'opposition conslitulionnelle qui, tout en attaquant la personne de* directeurs, en défendait l'institution. Le 2 fructidor (19 août), il fut un des secrétaires élus.

L'ne nouvelle coalition étrangère devenant menaçante, la conduite de Lucien fut alors d'appuyer le Directoire sans abdiquer tout i falt devant lui. 11 repoussa le projet présenté pari opposition jacobine d'une sorte de comité de taM public composé de sept membres, et d'une fission de G00 millions de billets de banque natic- : nalc ; mais il refusa toujours au Directoire I irg sur le sel, ainsi que la nomination à sa discré w>^

forcée des" décadis. « Nous avons le droit, dit-il, ! des employés de l'octroi. En même temps

de consacrer par une loi la fete nationale et républicaine des décadis; mais nous n'avons pas le droit d'empêcher qu'un citoyen célèbre la fête que son culte lui indique. » Le 16 thermidor (.1 août), i> avait fait un rapport , relatif aux pensions dues aux veuves et aux enfants des défenseurs de la pairie, et dont le ton un peu trop élevé n'était pas cependant en désaccord avec les glorieux combats de cette époque. Le 27 du même mois (14 août), il com-

poussait jusqu'à la passion son amour po,,r i constitution de l'an m; le i,r vendémiaire, *- } niversaire de la fondation de la République* »u la proposition de Stevenotle de prêter serin*» la constitution, il s'était levé précipita™'*"'' ^ le bras levé : « Oui , s'était il écrie , constitution de l'an m ! Jurons de mo«nr elle! - Dans les troismoisqui suivirent, brin» > frimaire et nivôse an vu, Lucien ne l'8'™^ i à la tribune , il votait silencieusement H'*

NAPOLÉON (Lucien )

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