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présentées par le Directoire , sentant qu'on devait appuyer le gouvernement, menacé à l'intérieur et à l'extérieur, et répugnant toutefois à accorder des pouvoirs extraordinaires si défavorables à la liberté. Le 13 pluviôse an vu (Tr février 1790), le. débat sur l'impôt du sel se ranima plus vif que jamais dans les Cinq-Cents: Bien que circonvenu par le Directoire, qui y voyait l'unique moyen de combler le déficit, Lucien ne négligea rien pour faire repousser cette mesure. Antagoniste convaincu de tout impôt indirect, il ne pouvait pas comprendre que l'on imposât jamais les denrées indispensables à la subsistance du pauvre. Après avoir traité, dans son discours, la question économique d'une façon remarquable, il s'attaquait ouvertement à la conduite des directeurs, en disant : « Quant à moi, il m'est démontré que le déficit ne peut pas aller a 50 millions, que les réformes dans les dépenses peuvent le couvrir eu grande partie. Je crois raisonnable, juste et politique, de connaître le montant de ces réformes avant d'accorder un nouvel impôt ; et alors, s'il reste encore quelques millions à découvert, nous discuterons le choix d'une nouvelle taxe; alors la nation, au lieu de ne voir en nous que les distributeurs de ses deniers, en verra aussi les économes. » Ça discours excita une grande agitation dans le conseil, les tribunes y applaudirent, et l'opposition prit i!ès lors un caractère violent qu'elle n'avait pas encore eu. Le débat se prolongea jusqu'au 16 pluviôse où le gouvernement l'emporta de qiiarante-si\ Voix; mais le nouvel imp->t échoua définitivement devant le Conseil dis Anciens.
Celte grande lutte avait profondément retenti dans le public, et singulièrement aigri les esprit.» contre le Directoire. Lucien resta toujoui s fidèle à l'opinion qu'il avait émise alors sur les impôts atteignant les objets de première nécessite, et les considéra jusqu'à la lin de sa vie « comme des abus véritablement réactionnaires et en opposition évidente à la révolution de 89 ». Le 27 floréal ( 16 mai ), Sieyès était élu membre du Directoire, à la place de Rewbell, et l'opposition des conseils se marquait de plus en plus par ce choix significatif. L'opposition constitutionnelle et l'opposition jacobine faisaient alors muse commune; la lutte contre les qnatre anciens directeurs, un moment suspendue par la nouvelle de la perte de Milan et de l'abandon de Zurich prairial, 8 juin 1799), reprit bientôt, à la suite d'un rapport du ministre des finances qui attribuait les revers des armées à la parcimonie des conseils. Lucien, avec la majorité des Cinq-Cents, pensa qu'il fallait renouveler le Directoire sans d. î.ii; sans ce coup d'État la République était perdue. Les attaques contre Rewbell et Scherer, qu'on confondait à tort avec les dilapiilateurs ries années, commencèrent aux Anciens, puis aux Cinq-Cents; enfin la discussion de la loi sur la liberté de la presse fut reprise. On voulait dé-
sarmer le Directoire, en lui enlevant ce pouvoir discrétionnaire sur les journaux qui faisait une partie de sa force. Sans prendre, à la tribune du moins, une grande part à ces vifs débats sur la presse, Lucien, qui comptait parmi les adversaires du Directoire, et qui dans cette discussion voyait surtout un excellent moyen d'al laque contre lui, bâta très-habilement le votede la loi proposée, i;u • divers amendements de Carrère-Lagarrière allaieutmettreen danger. S 'emparant adroitement d'un passage du discours de Carrère , où il affirmait que le meurtre de Rastadt n'avait excité qu'une faible indignation, il anéantit l'effet de ses paroles par celte apostrophe : « Cette assertion est fausse, elle est injurieuse... La France indifférente au crime de Rastadt! Et déjà nos armées, électrisées par cette nouvelle, ont reporté la terreur dans les rangs de nos ennemis... Vengeance, vengeance des assassins ! » L'assemblée se leva tout entière, et vota la loi qui enlevait au Directoire 3on pouvoir préventif sur la presse ( 22 prairial, 10 juin 1799). Le renouvellement |varticl du Directoire fut la conséquence de cette première victoire de l'opposition. Les conseils se déclarèrent en permanence (28 prairial ). L'élec- I tion de Trcilhard fut annulée, et Merlin et La ; Révellière ayant donné leur démission, on les '. remplaça par Gohier, Moulins et Roger Ducos.
Sur la proposition de Boulay (de la Meurthe), | une commission spéciale de onze membres ; avait été nommée pour présenter au Conseil les î mesures exigées par les circonstances. Lucien en faisait partie; le 1er messidor (20 juin 1799), il (it un rapport apologétique des événements du 30 prairial. Après avoir établi que le gouvernement avait dépensé 38 millions de plus qu'il n'en fallait pour une armée de quatre cent mille hommes, alors cependant que l'armée n'était que de deux cent soixante-quinze mille, il ajoutait : « Non, ce n'est pas le déficit qui a causé les malheurs de l'État; c'est au système suivi depuis un an par le pouvoir exécutif qu'on doit les attribuer uniquement. C'est à lui que nous devons la désorganisation de nos armées, le pillage et le bouleversement des républiques alliées. » Sur sa proposition le Conseil vota la permanence jusqu'au message du nouveau Directoire, qui fut reçu le 9 L'union entre les différents pouvoirs, suite espérée du coup d'État, ne se réalisa pas; le parti jacobin, vers lequel penchaient Gohier et Moulins, se prit alors à attaquer les autres directeurs. Ce parti triompha aux Cinq-Cents en obtenant la formation d'une commission de sept membres, chargée de présenter des mesures de salut public, et qui fut au scrutifl secret, composée de Lucien, Charier, Daunou , Lamarque , Eschasseriaux, IJerlier et Boulay (de la Meurthe). Cette commission où les modérés étaient en majorité répugnait aux mesures extraordinaires, et pensait qu'il ne fallait pas, dans ce danger de la patrie, embarrasser le gouvernement, mais qu'il
NAPOLÉON (Lucien)
valait mieux le laisser agir en liberté. Ce fut donc seulement !e i fructidor (21 août 179'J) que Lucien prit la parole comme rap|k>rteur. Il proposa la création de deux armées nouvelle», l'une de seconde ligne contre l'étranger, l'autre départementale contre les royalistes « qui assassinaient dans le Midi et dans l'Ouest ». Les Jacohins, en majorité aux Cinq-Cents, virent dans cette année de l'intérieur une force nouvelle donnée au Directoire, et tirent ajourner la proposition. Le désastre de Novi porta leur violence à l'extrême; alors le Directoire lit arrêter onze, journalistes.
adressa un message aux Conseils et une adresse, ' Sieyès, lorsque la présence de ?tapole<fl u
à la nation. Tout annonçait un nouveau coup d'État de la part des directeurs, et les Jacobins résolurent de le prévenir en faisant déclarer la patrie en «Jauger et décréter la permanence ; ils voyaient le salut de la France dans le relour aux mesures révolutionnaires, tandis que Lucien, à la tète des constitutionnels partisans de Sieyès, pensait qu'il fallait concentrer plus que jamais le pouvoir dans le gouvernement. Le défenseur espéré du Directoire, Joubert, était mort ; des ouvertures faites à Moreau et à Macdonald étaient renées sans résultat; Lucien essaya alors, mais vainement, de rapprocher Jourdan de Sieyès. C'est alors, suivant le récit de Lucien, que ce dernier se serait écrié : « Nous n'avons donc pas une épée pour nous? Ah! que votre frère n'est-il ici? • Cette parole fut-elle un trait de lumière pour Lucien et pour Joseph, et envoyèrent-ils à cette époque des dépêches secrètes à Napoléon pour l'avertir de l'état des esprits, et hâter son retour d'Égypte? Lucien le nie énergiquement dans ses Mémoires. « Les frères de Napoléon, dit-il, auraient été doués d'un miraculeux esprit de divination, s'ils avaient pu erpire, à cette époque, au premier de ces deux retours qui frappèrent ll'urope de stupeur. De pareils retours ne se conseillent pas, ne se préparent pas, ne se complotent pas... La frégate d'Egypte,' le brick de l'Ile d'KIbe, la turque de César, ne se remuent qu'au souille instantané du génie .. J'attendais si peu le retour de Napoléon , que j'avais embrassé avec ardeur l'espoir que Sieyès avait placé dans Joubert. » Mais ne doit-on pas en croire davantage un témoin plus désintéressé, Miot, reçu dans l'intimité de Joseph Bonaparte, et qui, étant allé le visiter à Mortfonlaine, le 5 octobre 1799, raconte qu'il en reçut la confidence de l'arrivée prochaine et espérée de Napoléon ; un Grec nommé Bourbaki, attaché depuis longtemps à la famille Bonaparte, s'était chargé, moyennant une somme de 2-t,ooo francs, de faire parvenir en Egypte ces iin|»ortaiites dépêches.
Cependant Jourdan proposa aux Cinq-Cents la permanence et la déclaration de la patrie en danger, ainsi que la formation d'un comité de neuf membres. Lucien prit la parole pour le combattre. « Je déclare, dit-il, ne voir aujourd'hui de salut que dans une union intime entre les premières autorités... Dans notre position,
il faut augmenter la force du pouvoir t\«M ou en changer. Il n'y a pas de milieu; U-r- ■ l'un de ces deux partis, il n'y aurait plus i;-i'.-.o mider dans votre sein tcus les pouvoirs, t+rç là qu'on pourrait voir le. salut de la RepiilM.]*^ L'opinion modérée l'emporta de soixantequj'.j-i voix, et la proposition de Jourdan fut re cette journée du 28 fructidor avait eu pour tat de séparer définitivement le Conseil en y., partis; Liuien et les constitutionnels mw* I à prévenir la menace des Jacohins, en rea!:- la réforme dans la constitution que pr * j
changer la face des choses.
Le 16 octobre, Bonaparte était arrivé a P< ^ et son retour inattendu avait excité ie \\h? * enthousiasme. Le 23, les Cinq Cents éhirc.tl.cien pour président, Diilon , Fabry, ftarn k Ardennes), Dcsprez (de l'Orne) pour mxtm: < du Conseil. Il semble que Bonaparte n'ait <-«-* d'abord qu'à obtenir une dispense d ase q« aurait permis d'être élu membre du Dir*N' Mais ayant trouvé tout d'abord une vue <y silion à ce dessein chez les directeurs (k>!i*:-; Moulins, il songea dès lors à oser plu> m-t Barras et Sieyès avaient seuls un part ; rapprocha de Sieyès : l'honnêteté de ce «tes- '• sa situation de chef du parti constitutif;*! ■■: modéré, surtout l'iniluence de Lucim.J' seph, de Talleyrand et de JVrdrrer, pourrrces deux hommes dans un but commun , I' cidèrent à se joindre à lui dans ses projet* m "; le Directoire. Lucien te premier parla de cette alliance. « L'opinion publique , lu; il, a donné à mon frère la mission «le sau»« > Franc*;; voulez-vous vous associer à lui ficelle patriotique entreprise? » Cabani? lr-J '••• comme ami commun , les conditions de I u'J et, le 30 octobre (8 brumaire), eut lieu IVntr- * entre Bonaparte et Sieyès. Il fut convoie \x huit ou dix jours suffiraient à préparer le »••< i d'État. C'est dans ces dix jours.cornpri* f-'v le 8 et le 1 8 brumaire , que tout fut con* pour ce grand changement, dans un comité o< posé du général Bonaparte, de Sieyès.Tal ' Vi Ro'derer, Cabanis, Lucien, Joseph etIM*' auxquels s'adjoignirent Volney et Boula) '• ■* Meuithe). Sieyès se chargea de disposer v< prils des Anciens trèf-portés à subir son iniltfet Lucien d'agir sur ses collègues dr* ni< Cents, mais l'un et l'autre sans leur faire ^ naître le but précis de la révolution qui &îer'r rait. Parmi les géuéraux , Moreau , Mw'ta • Serurier, Lefebvre, commandant la diri?wn Paris, s'étaient mis à la disposition de Hoaip3r Bernadette, malgré les efforts de Joseph, 1 naît à l'écart. L'armée était républicaine i thier se chargea d'agir sur les officiers ^erw-. Murât sur les officiers delà cavalerie,^' sur ceux de l'infanterie, Marmont sur cn-\ l'artillerie; enfin on comptait sur deux menU de dragons de l'ancienne arowf 'nUk
NAPOLÉON (. Lucien)
fut fixé entre Sieyès et Bonaparte, au 8 (17 brumaire)- Le 7, on se réunit chez Talleyrand : R«edcrer et Regnaud de Saint Jean d'Angely ré- «ligèrent tes proclamations, pamphlets, articles «le journaux; Arnault, des chansons qui devaient être distribuées dans le public. Réal prépara tout ce qui était du ressort de la police, placards, orateurs de carrefours ; le soir il y eut
et sur le 21* de chasseurs d'où sortait Murât. • ntère de conduire les événements. Nomination Le 6 novembre (15 brumaire), au sortir même d'un gouvernement provisoire, ajournement du «Je la Tète donnée aux généraux Bonaparte et ^ Corps législatif à trois mois, telles étaient les Moreau, par le Corps législatif, dans le temple de ' mesures qu'on avait résolu de présenter le lenîa. Victoire (Saint-Sulpice), le jourdu coup d'État j demain aux Conseils. Le lendemain, 19 brumaire
(10 nov.), le conseil des Cinq-Cents se réunissait à une heure , à Saint Cloud , dans l'orangerie, et, un peu plus tard, à deux heures, celui des Anciens dans la grande galerie du palais , peinte par Mignard. Dans une salle intermédiaire étaient le général Bonaparte et Sieyès. Les préparatifs exécutés dans les deux salles avaient ainsi retardé la réunion des Conseils et
réunion chez Mme Bonaparte. En même temps on permis aux députés hostiles de jeter dans re-
faisait part des projets à la commission des inspecteurs du conseil des Anciens, mais sans les initier à tout le secret, et en ne leur parlant que «te la nécessité d'écraser les jacobins. Dans la nuit «lu 17 au 18 brumaire (8 et 9 novembre ), la commission des inspecteurs, à laquelle appartenait le soin de veiller à la sûreté du Corps législatif, expédia les lettres de convocation aux Anciens pour le lendemain matin. Le 18, pendant que l'hôtel de la rue de la Victoire où habitait Honapartc, était, dès six heures du matin, encombré d'une foule d'officiers prêts à se porter où le général les conduirait, les Anciens s'étaient réunis dès sept heures. Après un discours de Cornet, au nom des inspecteurs, sur les symptômes alarmants qui se manifestaient depuis quelques jours, Régnier avait pris la parole pour demander, comme mesure de salut public, la translation des conseils à Saint- Cloud; cette proposition avait été immédiatement votée, malgré la demande d'ajournement faite par Montmayou'; le général Bonaparte fut chargé de l'exécution de ce décret. Aussitôt que ce décret est remis à Napoléon, il harangue les officiers qui l'entourent, et, suivi de 1 ,500 hommes de cavalerie qui le joignent sur les boulevards, il se porte aux Tuileries, où, à dix heures, il est admis à la barre du conseil des Anciens, et y prête serment à la constitution. Cependant rien n'était terminé ; que ferait-on le lendemain à Saint-Cloud ? Telle fut la question qui fut agitée au sein de la commission des inspecteurs, qui s'était réunie de nouveau aux Tuileries, à sept heures du soir, et où s'étaient rendus le général Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos, Fouché, et Lucien Bonaparte, accompagnés de plusieurs membres des deux conseils. Sieyès et Fouché, mieux instruits des brusques mouvements des assemblées délibérantes , insistaient pour l'arrestation d'une quarantaine des principaux opposants. Puis, sur le refus formel du général Bonaparte, ils proposèrent quelque stratagème, au moyen duquel, par un changement subit dans la couleur des cartes, qui seules donnaient entrée aux représentants dans les Conseils, on aurait* tenus éloignes les plus hostiles. Bonaparte trouva de sa dignité de repousser de tels expédients. On se sépara donc sans avoir rien arrêté sur la ma-
prit de leurs collègues des éléments de crainte ou de doute. Aux Cinq-Cents , présidés par Lucien, la séance fut tout d'abord menaçante. Gandin, qui était dans le complot et qui avait été chargé d'ouvrir la discussion, demande 1° qu'une, commission de sept membres soit nommée pour faire un rapport sur les dangers de la République; 2° que toute délibération soit suspendue jusqu'au rapport de la commission. Ce dernier point était surtout important; c'était couper court à toute opposition en décrétant te silence. Quelques voix appuient d'abord la proposition, mais elles sont aussitôt combattues par Delbrel, qui s'écrie : « La constitution d'abord! La constitution ou la mort !... Les baïonnettes ne nous effraient pas; nous sommes libres ici. » Les cris : Vive la constitution! A bas les dictateurs! s'élèvent alors de toutes parts, et c'est au milieu d'eux que Delbrel demande qu'on renouvelle le serment de fidélité à la constitution. Le tumulte est à son comble; Lucien le domine enfin par son énergie. « Je sens trop la dignité de président du conseil, pour souffrir plus longtemps les menaces insolentes d'une partie des orateurs ; je les rappelle à l'ordre. » Le calme se rétablit. Chaque député, et Lucien lui-même, vient à son tour à la tribune prêter le serment décrété. Bonaparte, averti par son aide de camp La Valette de ce qui se passe aux Cinq-Cents , paraissait fort agité. Fouché lui conseille d'employer la force ; luimême s'écrie enlin : « Il faut en finir ! » 11 descend alors dans la cour du palais, met en bataille un régiment nouvellement arrivé de Paris, le harangue, puis se rend à la barre des Anciens. C'était presque une révolution manquée; Augereau, qui croise Bonaparte, lui dit : « Te voilà dans une jolie position. » Sieyès et Roger Ducos avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, qui les attendait à la grille de Saint-Cloud. Bien que moins tumultueuse que la séance des Cinq-Cents, celle des Anciens avait vu cependant se manifester plus d'une résistance opiniâtre : Savary, Citadella, Guyomar, Cotombel U\e la Meurthe) étaient tour à tour mon tés à la tribune pour demander des explications sur la translation du Corps législatif à Saint- Cloud , et Régnier avait eu grand'peine à arrêter ce débat, en affectant de confondre ces de-