‹ Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter; sous la direction de m. le dr. HoeferChapitre 82 sur 206 · V{no) -NAPOLÉON (Lucien · texte numérisé non relu

V{no) -NAPOLÉON (Lucien

mandes avec une discussion sur le derr^t lui* nrôiiit' désormais irrévocable, li «-tait trois heures el demie lorsque Bonaparte se p rebuta au\ Anciens accompagné «Je Berthier. Celait la première fois qu'il parlait devant une assemblée ; sa parole manqua d'abord de calme et de fermeté; cependant, reprenant bientôt possession de luimême , il repondit à cette interpellation : ht la constitution? — « La constitution ! Vous sied-il

se mêlent les murmures de quelques àmc» affligées de ce triomphe de la force (l).

Lucien, suivant la plupart des historiens, Joseph, selon Miot. eut alors l'idée de rassembler les débris des Cinq-Cents et d'agir avec et tle «semblée tronquée. A neuf heures du soir. cinquante membres des Cinq-Cents se réunirent sou* la présidence de Lucien, déclarèrent par un vote que le génétal Bonaparte avait bien mérité de la patrie, bien de l'invoquer ? Vous l'avez violée au 1 8 fruc- | puis nommèrent une commission |>our présent» r à

tidor, au 11 floréal, au 30 prairial. La consti. tution ! dites-vous Toutes les factions l'ont violée ; elle est méprisée par toutes ... Vous me de-

l'assemblée les mesures île gouvernement que les circonstances rendaient nécessaires. l'mdant que cette commission se retire dans son bu-

mande/, des garantie* pour cette liberté et cette reau, ou elle ne fait que copier les divers décrets

égalité... Soldats qui êtes ici, quand je vous ai promis la victoire, dites si je vous ai trompés? » Sa présence avait produit l'effet qu'il désirait, on lui avait accordé les honneurs de la séance : il se présenta alors aux Cinq-Cents. A la vue inopinée du général, les députés se levant : « Ici des sabres! à bas le dictateur ! à l>as le tvran î »

prépares à l'avance , Lucien prononce à la tribune des Cinq-Cents un discours sur les vices de la constitution et la nécessité de la réformer. \ Lucien succède Boulay ( de la Meurthe), r»|for> leur de la commission, qui projwsc en son nota l'abolition du Directoire, l'exclusion de soixantedeux membres du parti renversé, parmi lesquels

s'écrient les députés qui entourent Bonajmrle* ' on remarque le général Jourdan ; enfin l'instiui-

Bigonnet

ui dit d'une voix tonnante, en le touchant au collet : « Que faites-vous, téméraire? Vous viole/ le sanctuaire des lois. » A ce moment les grenadiers, restés à la porte de la salle, entourent Bonaparte pour le défendre, et Lefebvre l'entraîne hors de l'enceinte. Alors Lu-

liuii «l'un gouvernement provisoire couipo^ de trois consuls, Sieyès, Roger Ducos, Bonaparte, ainsi que l'ajournement des conseils au ?0 février. Après un discours de Cabanis (2) pour appuyer ce rapport, l'assemblée >ote i l'unanimité ce projet de loi, ainsi qu'une procla-

cien, qui préside toujours l'assemblée, se voit in- , mation au peuple français. Il était une heure du

matin lorsque les résolutions prises par les Cinq- Cents lurent portées aux Anciens qui les «ocdonnèrent, sans désemparer, par un vote unanime. Lu même temps fut nommée une cok> mission législative , destinée à élaborer la nouvelle constitution, et composée de cinquante membres pris en nombre égal dans chacune de* deux asscinb'éi'S. Lucien fut le président de la section des Cinq-Cents, Lebrun de celle dei Anciens. Tel fut le coup d'État <!u 18 brumaire, qui réussit plus par la disposition favorable des esprits que par l'habileté qui y présida; un instant gravement compromis par l'altitude des conseils à Saint-Cloud, la fermeté et surtout la décision de Lucien en assura le succès. Il est certain qu'il montra dans ces circonstances non pas un courage, que nous n'appellerions pas civique, bien qu'il ne soit pas non plus le courage militaire, mais plutôt une audace bien supérieure à celle de Bonaparte.

Bientôt avec le consulat décennal app.irul la constitution de l'an v m, qui aurait du ctrelVuvre de Sieyès et qui fut surtout celle de Napoléon; Lucien, partisan déclaré des idées de Sieyès, ne vil donc pas sans regret les modifications que subit

terpellé de toutes parts. Réduit à iutopier les services passés de son frère , ses paroles sont accueillies par ces mots : •< Hors la loi! à bas le tyran ! hors la loi ! » Il quitte alors le fauteuil de la présidence, et est conduit hors delà salle par un piquet de grenadiers que lui envoie INapoléon. Tout semblait perdu. Bonaparte , à cheval, avait Tait prendre les armes aux troupes placées dans la cour du palais, mais elles semlj lient hésitera marcher contre la représentation nationale. C'est alors que Lucien, sentant que le moment de tout risquer est venu, monte lui-même à cheval, se place devant le front de» troupes et les harangue. « Le conseil des Cinq-Cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et l'on fait violence à la majorité; je vous somme de marcher pour la délivrer. » Le bruit , en effet, avait couru que des poignards avaient été levés sur la poitrine de Bonaparte , et Serurier, exploitant habilement cette rumeur, se promenait, devant le front des troupes, repétant tout seul : <• Les misérables! ils ont voulu tuer le général Bonaparte!... Ne bougez pas, soldats !... restez Iranquilles, attendez qu'où vous donne «les ordres. » Cet ordre venait d'être donné par Lucien; profilant alors d'un moment d'enthousiasme chez, les soldats, Murât, à la tête d'un bataillon de grenadiers, pénètre d^ns la salle des Cinq-Cents. A cinq heures et demie, elle est complètement évacuée; un piquet est laissé a sa garde, el, quand les soldats reparaissent dans la cour du palais , ils sont accueillis par des applaudissements ou

(I) Après la duperai un du con>cil de* Cloq-<>"'*> 1 conseil de* Ancien* rendit un décret qui ajou"*'1 Corps h-Malir d orminKjll un goioerurmeiil n-ro * M.lrc, comme le fit la loi du 19 brumaire. Mal" Ç« a" émane d'une «.etile de* denj Mettons de la U>'W«urc ne «ciublail pas atolr une autorité suftUanle.

li] Ce (Imour* et nlnOeurs autre* «ont »n*err* prnoes \erl».i|. Mal* on a dit el écrit qiflfc n'° ^ été prononce* réellement, et qu'il* avalent ele rc " a avance pour une t^cusulon qui n'a p« eu ',cu-

NAPOLÉON (Luciets)

le plan du célèbre législateur. Cependant, dans la pensée morne de Bonaparte, le tribunal était destine .in\ esprits actifs, remuants, amoureux de renommée; Lucien avait été l'un de* élus par le sénat pour le composer; mai.- il n'accepta point, ayant été choisi par le premier consul (4 nivôse an* m, 2» décembre 17ÎH») pour remplacer au ministère de l'intérieur l'illustre La iMace, devenu membre du sénat. C'est pendant le ministère de Lucien «pie [tarut la fameuse loi du 28 pluviôse an vin cpii, en organisant l'administration muni- Lucien, dans laquelle ce dernier, aux reproches cipaleet départementale, a constitué en France la sur sa conduite administrative, sur ses meeurs

reau, à l'instigation de Touché, s'en plaignit même ouvertement; et Bonaparte demandant publiquement au ministre de la police comment il laissait circuler de tels écrits et pourquoi, s'il en connaissait les auteurs, ils n'ctaieul pas encore à Yincennes, celui-ci lui rei>ondit : « Je ne pouvais pas, car c'était votre propre frère, » C'est à la suite de cet incident qu'eut lieu (3 novembre 1800), devant le premier consul, une altercation des plus vives eu Ire Fouché et

tenir disation administrative. Aux administrations collectives à tous les degrés, auxquelles étaient adjoints des commissaires du gouvernement chargé» de requérir auprès d'elles, la loi substituait un système fonde sur la division des pouvoirs en executif, judiciaire, et deliberatit; à ces trois fonctions correspondaient les préfet.?, souspréfets et maires, les conseils de département , d'arrondissement et de commune, enfui les conseils de préfecture chargés du contentieux administrai. En même temps Lucien, porté de ce côté par ses goûts mêmes, protégeait efficacement les lettres : le 23 mai 1800, sous ses auspices, re|>araissait le Mercure de, France; et des travaux d'art considérables étaient exécutés dans sa belle propriété du Plessis-Chamaud , près Scnlis. Cependant son ardeur pour les plaisirs, une administration peut être plus intelligente que rigoureuse, et plus que tout cela l'envie, soulevèrent quelques plaintes contre le nouveau ministre de l'intérieur. En même temps, l'indépende Lucien amenait entre lui et le pre-

et sa liaison avec une actrice, M"e Mezerai, ré* pondit par des plaintes acerbes sur l'accroissement des impôts, etc. Lucien quitta alors le ministère de l'intérieur ( novembre); c'était évidemment une première disgrâce, mais qui, par le conseil de Cambacérès, fut déguisée sous les apparences d'une ambassade en Espagne. Cette nouvelle mission n'était pas sans difficulté, car il fallait arracher la monarchie espagnole à l'influence anglaise et la rattacher à la politique française. Lucien y parvint par le traité d'alliance du 21 mars 1801 ; puis il s'appliqua à en tirer toutes les conséquences. Il sut, en négligeant les ministres titulaires, pour aller droit au véritable chef du gouvernement, le prince de la Paix, et en lui faisant craindre le ressentiment de Bonaparte, se servir de lui pour accélérer les préparatifs de l'envahissement du Portugal. Le glorieux, mais terrible combat d'Algésiras(Gjuillet;, empêcha la réussite complète de ses plans. On fut plus heureux du côté du Portugal : la soumission de tout l'Alemtéjo amena l'ouverture des négociations mier consul, plus d'un désaccord que le ministre ! pour la paix; elles eurent lieu à Badajo/. où Lude la police Fouché ne contribuait pas à ter- j cien avait suivi la cour d'Espagne. Contrairement

miner pacifiquement. Des bruits de conspiration s'étant répandus au mois d'avril 1800, une première scène violente eut lieu entre Fouché et Lucien, qu'une rumeur mal fondée plaçait avec Bernadotte à la tête des mécontents. « Je ferais arrêter le ministre de l'intérieur lui-même, dit alors Fouché, si j'apprenais qu'il conspire. » A ce moment il fut déjà question do l'eloigneracnt de Lucien. Du reste, ces insinuations malveillantes tombent devant un reproche d'un tout autre genre qui lui fut fait bientôt après. Une tentative d'assassinat sur le premier consul, par Ceracchi et Arcna, s'étant produite à l'Opéra (10 octobre 1800), l'enthousiasme pour Bonaparte s'en accrut encore, et, sous le titre de Parallèle entre César, Cromwell, Monck et Bonaparte, il courut une brochure qui ne proposait rien de moins epic le rétablissement «le la monarchie au profit du vainqueur de Marcngo. « Croit-on, y disait-on, que le bâton de maréchal ou que l'épée de connétable puisse suflire à l'homme devant qui l'univers s'est (u ? »

Ce pamphlet anonyme, attribué à Lucien , et qui était en réalité de M. de Fonlanes, produisit un très-mauvais effet, surtout dans l'année- Mo-

aux intérêts de l'Espagne et de la France, qui voulaient, en Portugal, frapper l'Angleterre, Godoi consentit à une paix prématurée qui donnait seulement Olivença aux Espagnols, et 20 millions aux Français. Lucien lui-même signa la copie de ce traité de Badajoz , et la fit partir pour la soumettre à la ratification de son frère. Irrité de voir ainsi compromises les négociations de Londres, >'a|H>léon blâma énergiquement son frère, qui réjwndit à cette colère du premier consul |>ar l'envoi de sa démission d'ambassadeur; ell-- ne fut pas acceptée; Lucien reçut ordre de rester à Madrid, et de déclarer que les Français camperaient dans la Péninsule jusqu'à la paix particulière de la France avec le Portugal. Abandonné par le cabinet de Madrid, Napoléon l'abandonna à son tour, et signa les préliminaires de la paix d'Amiens avec l'Angleterre, en lui laissant File de la Trinité qu'il vojilait auparavant faire rendre à l'Espagne ( T' octobre 1801 ). Luc ien avait été en même temps autorisé à signer le traité de Badajoz,, sauf quelques modifications peu importantes ( 2U novembre 1801). Ce fut le dernier acte de son ambassade d'Espagne, dans laquelle il s'était fait accompagner par plusieurs savants et hommes de lettres,

NAPOLÉON (Lucien)

parmi lesquels était le poète Aroault. De retour à Paris au commencement de 1802, il fut, le 9 mars, appelé à siéger au tribunat qui venait de perdre vingt de ses membres, éliminés par le sénat, conformément à la volonté du premier consul. Il disait ne plus rien désirer qu'une existence tranquille, employée à servir son frère dans le sein de l'un des grands corps de l'État. Une session législative extraordinaire, où devaient être présentés d'importants projets de lois médités par le premier consul, s'ouvrit le 5 avril 1802 : le premier présenté fut celui du concordat; ce fut Lucien qui fut ebargé de féliciter le gouvernement sur ce grand événement. Peu après il prit une part plus active encore à la création de la Légion d'honneur. Le projet rencontra dans les deux assemblées une résistance également vive ; au tribunat Lucien en fut nommé rapporteur et l'exposa avec uue ardeur qui manquait un peu d'habileté.

Le sénatus-consulte du -i août 1802 ( 1G thermidor an x ), en installant le consulat a vie, augmenta l'importance et le rôle de* frères du premier consul. Nommé par le tribunal , pour le représenter dans le grand conseil de la Légion d'honneur, Lucien se trouvait par suite sénateur de droit en sa qualité de membre de ce grand conseil. 11 reçut la sénatorerie de Trêves, qui le mit en |>ossession de la terre de Soppelsdorff , ancienne maison de plaisance des électeurs. En 1803 , l'Institut ayant été, sous ses auspices, réorganisé et augmenté d'une classe, il prit place dans celle de !a langue et de la littérature française ( 3 février). Un voyage à Bruxelles, puis M Trêves, le tint un peu de temps éloigné. Veuf depuis 1798, c'est à son retour qu'il épousa Alexandrine de Itleschamp, qui avait eu pour premier mari un

litique qui ne voulait pas laisser en dehors de son gouvernement une aussi grande individualité que Lucien, lui ût faire plus d'une fois de* ouvertures de réconciliation. En 18OG, il chargea le comte Miot, chargé d'instructions pour le roi de ftaples Joseph , de s'arrêter à Rome chez Lucien. * Je veux bien, lui dit-il, oublier ce que deux de mes frères ( Joseph et Jérôme ) ont fait contre moi. Que Lucien abandonne sa femme et je lui donnera une souveraineté. » M. Miot trouva le frère de l'Empereur occupant à Rome un palais magnifique, qu'il avait orné de riches collections de tableaux et de statues antiques du plus grand prix ; it partit sans avoir dit un mot de sa mission à Lucien qui, dans une conversation toute littéraire, avait évité avec soin ce qui aurait pu l'amener à faire connaître son opinion sur les affaires politiques. Après le traité de Tiisitt (7 juillet 1807), Napoléon Jui-méme, tentant un rapprochement, donna rendez-vous à Lucien dans la ville de Mantoue ( 13 décembre 1807 ). La dissolution du mariage de Lucien était l'ultimatum de l'Empereur; un trône pour son frère, le mariage de sa fille aînée avec le prince des Asturies, un duché pour la femme répudiée, eussent été le prix de l'acceptation. Cette entrevue n'eut aucun résultat, et, quoi qu'on ait pu dire des motifs du refus de Lucien, toujours est- il qu'il faut admirer cette fermeté en face du souverain qui faisait alors tout plier devant lui et tous les caractères. Quant à la véritable cause de la conduite de Lucien, voici ce qu'il en dit dans ses Mémoires. « Quant à moi, mes regret» de la république sénatoriale ont duré bien longtemps. L'adversité , qui n'adoucit guèiv l'honneur, a longtemps lutté dans mon esprit contre l'évidence de la votation universelle en

agent de change nommé Jouberthon. Née à Calais 1 faveur de la monarchie, et contre ma convie -

en 1778, elle était une des femmes les plus aima- tion du génie et du patriotisme de Napoléon.

Lies et les plus spirituelles de cette époque (1); Knlin quoique, dans ma conférence de Mantoue

Lucien l'avait rencontrée dan3 la société du comte avec mon frère, mon refus ne tint plus

de Labordc au château de Méréville. Cette union qu'aux restrictions politiques que je ne crus

toute d'inclination déplut à tel point au pre- pas devoir subir, il n'en est pas moins vrai

mier consul que Lucien, pour conserver ta di- que, jusqu'à mon séjour en Angleterre, il res-

gnité et son indépendance, se crut obligé de rompre avec son frère et même de quitter la France (avril 1804).

Réfugié d'abord à Milan, puis à Pesaro, enfin à Rome, Lucien fut désormais étranger à la politique, et vit de loin, sans s'y mêler, l'établisse-

tait encore en moi beaucoup du vieux républicain. » L'insuccès de cette tentative de La part de Napoléon rendit encore plus difficile la situation de Lucien ; il crut alors devoir quitter Rome, et alla s'établir dans un domaine qo'd avait acquis près de Viterbe et que te pape

ment de l'Empire, et cet envahissement progressif érigea en principauté de Cauino. Bientôt

de l'Europe par les armées françaises, qui devait amener de si cruels revers. Entouré de sa famille, cultivant les lettres qu'il aimait , il ne fit aucune démarche pour se rapprocher d'un frère qui distribuait alors des couronnes. Cependant Napoléon , par affection, peut-être aussi par une pool Elle a»alf, comme «ou mari, le culte de la poésie et de» arts ; un *eal de »e* ouvrage», croyons-noi», a »u le Jour : c'en un poi'me en dit chants . a»ec notre. In Mule : Batitde, reine des francs ; Parte, 1810, ln-6* ).

Lucien résolut de quitter l'Italie pour s'établir aux États-Unis. S'etant embarqué, dans ce dessein , à Ctvita-Vecchia, le rr août 1S10, il fut pris par un croiseur anglais, conduit d'abord comme prisonnier à Malte \,U aortl), puis enfin en Angleterre où il débarqua le 28 décembre. Considéré comme prisonnier, malgré son éloignement des affaires , il reçut du gouvernement anglais pour résidence la petite ville de Ludlow (pays de Galles). Peu <fe

447 (1ta)

lemp* après, Il acquit le domaine de Thorngrove, à cinq lieues de Londres, où il demeura jusqu'aux Iratlt^s de l a 14 (Il avril ),qui vinrent lui rendre la liberté (i). Il revint alors à Rome, où il dédia au pape Pie VII (4 mai 1814 ) son poème de Vharlemagnê ou l'Eglise sauvée, qu'il avait achevé pendant sa captivité en Angleterre. L'adversité fit alors ce que n'avait pu faire la toulcpu^sance de Napoléon ; die rapprocha de lui le prince de Canino, qui lui écrivit deux lettre* à l'Ile d'Elbe pour lui offrir de se consacrer au service de sa personne. 11 tint, pendant les Cent-jours, cette promesse qu'il venait de faire. Venu à Paris, après le 20 mars, pour solliciter de l'empereur l'évacualion des Etats de l'Eglise envahis par le* troupes de Murât, il obtint ce qu'il demandait et, après un voyage de vingt deux jours en Suisse à Versoix , près de Mm? de Staèl , il reviut enfin se fixer à Paris pour y aider son frère dans les circonstances si difficile* de cette époque. Il alla habiter le Palais-Royal, et accompagna Napoléon à la cérémonie du Champ de Mai, avec le rang et le titre de prince français. Le désir de Napoléon de le nommer président de la chambre des représentants ayant rencontré un obstacle dans les événements mêmes, il prit place à la chambre de* pairs, et enfin fit partie de la commission de gouvernement que l'empereur institua au moment de partir pour l'année (nuit du 12 juin 18 15).

Apre* la bataille de Waterloo, Napoléon sentait, comme il l'a dit, que « tout était perdu, excepté l'honneur ». Cependant, dans le conseil qui se tint le jour même de l'arrivée de l'empereur a l'Elysée (21 juin 1815), Lucien, plein des souvenirs du 18 brumaire et enclin à se passer des assemblées, opina, avec le maréchal Davout, pour leur prorogation ou leur dissolution. Un dernier combat se livrait dans l'âme de Napoléon. « Osez, » lui dit Lucien. — « Helas! répondit l'empereur, je n'ai que trop osé ! » Puis il rédigea un message aux assemblées pour leur proposer la nomination de deux commissions chargées de prendre avec le gouvernement toutes les mesure* «le salut public. Lucien fut chargé de porter ce message à la chambre de* représentants. Il était sept heures du soir lorsqu'il monta à la tribune. L'indocilité dont il avait lait preuve jadis à l'égard de l'empereur, le servant aujourd'hui, on lui tenait compte de n'avoir pas porté de couronne ; il fut donc assez bien accueilli. Cependant M. Jay, poussé par l ouché, ayant pris la parole pour demander l'abdication de Napoléon, et c hargé en quelque sorte Lucien d'être l'intermédiaire de la I -tance désolée, celui-ci lui répondit en énumérant les ressources

(i) Dans le» dernière* année* de l'Empire, le nom de Laden ne fleure plu* dan* Vsilmanach impérial, ul parmi le» sénateurs, ni parmi In membres de ïln«tltul; H t'y trouve puor la dtrntere fol» a cm dlfrra utrn, en tftio. «on* le nom de sénateur Lucien. Ccil le comte Ca'rnlcr qui le remplaça datu la teiulorcrle de Trêve».

KOUV. BI0CR. CLSF.R. T. XXXVII.

(Lucien) 448 C")

dont disposait encore la France, rt les chance* de salut qui restaient encore en demeurant unis en face de l'ennemi. « Se séparer de Napoléon , disait-il en terminant, sous prétexte d'apaiser la haine de l'étranger, c'est une illusion à la foi* ridicule et funeste... N'exposeriez vous pas la France à un Rrave reproche d'inconstance et de légèreté , si en ce moment elle abandonnait Napoléon? » Malgré l'apostrophe violente de La Fayette s'écriant : « Prince, vous calomniez la nation ; ce n'est pas d'avoir abandonné Napoléon que la postérité pourra accuser la France, mais hélas! de l'avoir trop suivi.... » le discours de Lucien avait rendu quelque calme à l'assemblée : elle se borna à nommer la commission proposée par le gouvernement, dans l'esjioir qu'elle obtiendrait cette abdication qu'elle dédirait, mais qu'elle avait honte de prononcer elle-même. En quittant le Palais- Bourbon, Lucien élait allé porter à la chambre des pairs le message de l'empereur. Il n'y souleva fias les mêmes tempêtes. Mais ne se faisant pas illusion sur les conséquences des dispositions presque hostiles des chambres , de retour à l'Elysée, il répéta qu'il n'y avait plus à délivrer, qu'il fallait opter entre un coup de vigueur et l'abdication immédiate, afin de prévenir une résolution offensante des députés. Le 22 juin, l'empereur signa sa seconde abdication, mais en y mettant, sur l'observation de Lucien et de Regnaud de Saint- Jean d'Angely, une condition expresse, celle de la transmission de la couronne à son fils. C'est donc, à la dernière heure seulement, et quand il vit tout perdu, que Lucien pensa à une régence qu'on l'accusa bien à tort d'avoir eu tout d'abord en vue, pour se ménager la première situation sous le nouveau règne du jeune Napoléon II. « Il s'agit, dit-il le même jour à la tribune, d'éviter ta guerre civile, de savoir si la France estime nation indépendante et libre. L'empereur est mort, Vive l'empereur!... Je demande qu'en conformité de l'acte constitutionnel, la chambre des pairs, qui a juré fidélité à l'empereur et aux constitutions, déclare, sans délibération, par un mouvement spontané et unanime, devant le peuple français et les étrangers, qu'elle reconnaît Napoléon II comme empereur des Français. J'en donne le premier l'exemple et lui jure fidélité. » On sait la réponse de M. de Pontécoulant à ces paroles de Lucien. « Je demande au prince, dit ce pair, à quel titre il parle dans cette chambre. Est-il Français? Je ne le reconnais pas comme tel. Lui, qui invoque la constitution, n'a pas de titre constitutionnel. Il est prince romain. » — « Si je ne suis pas Français pour vous, avait répliqué Lucien, je le suis pour la nation entière. »

Lucien, dans ces derniers jours de deuil, ne quitta pas Napoléon jusqu'au 29 juin. Puis il sortit presque aussitôt de France. Arrêté à Turin, il y subit une captivité de trois mois dans la citadelle de cette ville, et ne fut rendu à la liberté que sur les instances du pape. Revenu enfin à Rome, il fit

447 (m) NAPOLÉON deux fois (1817 et 1819). conjointement avec Joseph , la proposition à Napoléon d'aller partager sa captivité de Sainte - Hélène. Alors il vécut, dans sa villa Russinclla, entouré de ses "nombreux enfants, adonné tour à tour à la composition de ses Mémoires et de travaux sur les antiquité? de l'Italie. U révolution de 1830, qu'il avait vue avec joie, lui fit concevoir l'espérance de voir cesser son long exil; ce fut en vain, et il mourut à Viterbc, le 29 juin 1840, âgé de soixante-cinq ans. Lucien, qui était membre de l'Institut depuis 1803, en avait été exclu avec la Restauration ; mais ce titre bien éphémère d'académicien lui avait au moins servi à donner aux lettres un des témoignages les plus délicats de protedion qui lui aient jamais été accordés. Sollicité par un jeune et novice poète de 1803, il lui répondit par une lettre où , aux plus afTeclucux conseils littéraires, était jointe la prière d'accepter son traitement d'académicien qu'il lui donnait mandat de toucher. Ce jeune poète était Béranger, devenu plus tard l'illustre chansonnier, et qui n'oublia pas le prince Lucien, dont il proclamait le nom et les bienfaits dans la prérace de son nouveau recueil de 1833.

La vie de Lucien Bonaparte, aussi bien que son caractère, paraissent jusqu'ici avoir été jugés avec peu d'impartialité; exposée aux rancunes des flatteurs de l'Empire comme à celles des révolutionnaires exaltés, sa mémoire a besoin d'être défendue contre leurs allaque3. Les historiens même les plus modérés ne sont pas toujours sans aercté dans l'appréciation de son rôle politique. « Lucien, dit M. Thiers, était un homme d'esprit, mais d'un esprit inégal, inquiet, ingouvernable et n'ayant pas assez de talent, quoiqu'il en eût, pour racheter ce qui lui manquait sous le rapport du bon sens. » M. de liarante, plus équitable le peint ainsi : « Lucien, important aux Cinq-Cents par son nom, ses succès de tribune, son activité et ses intrigues, républicain mais point jacobin, en relation avec Sieyès , ne s'était compromis avec aucun parti, et en les ménageant tons, avait acquis une grande influence. - On regrette de trouver de Napoléon lui-même le jugement suivant sur son frère, bien qu'il soit juste de constater qu'il a été porté en 1796 : « Lucien s'est compromis en 93 plusieurs fois , malgré les conseils réitérés que je n'ai cessé de lui donner. Il voulait faire le jacobin, de sorte que , si, heureusement pour lui les dix -huit ans qu'il avait alors n'étaient son excuse, il se serait trouvé compromis avec le petit nombre d'hommes, opprobre de la nation. ■ Il serait fort à désirer que les Mè> moire du prince de Canino , restés interrompus à sa mort, fussent enfin publiés par sa famille, et vinssent permettre de porter un jugement définitif sur cet homme, dont 1a destinée offre un si piquant conlraste avec celle de Na poléon.

(LuCfES) 448(,u)

Les œuvres de Lucien sont 1rs suivantes ; la Tribu indienne, ou Edouard et Stettina, roman; Paris, 1799, 2 vol. in-18 ; trad. en anglais d en allemand; — Charlemagne ou T Église sauvée, poème épique en 24 chants; Londres, 18M, 2 vol. in-4*; Paris, 1815, 2 vol. in 8°, traduit rn anglais, par Butler et Hodgson; — Ode. contre les détracteurs d'Homère, lue, le 15 mai 1815, devant l'Institut pour la réception d'Aignan;- La Cyméide, ou ta Corse sauvée, poane épique en XII chants ; Paris, 1819, in-8* ; — Avz citoyens français membres des collèges électoraux ; Le Mans, 1834, in-4° ; — La térilésur les Cent- Jours, suivi de documents historiqyes sur 1815 ; Paris, 1835, in-8°; — Mémoires de Lucien Bonaparte, prince de Canino, écrits par lui-même; Paris, 1836, in-8* ou in>l2 : le premier volume de ces Mémoires a seul para, bien que la préface qui les précède semble annoncer qu'ils ont été complètement achevés en manuscrit; — Mémoire sur les vase* étrusques, 1830. En 1845, sa veuve donna un extrait du second volume de ses Mémoires sous oe titre : Le 18 Brumaire.

Lucien avait épousé 1° en 1794, Christine- Éléonore Bover, née à Saint-Maximin (Var ), morte à Paris, le 14 mai 1800, à l'âge de vingtquatre ans; 2» en 1802, Marie-Alexandrioe- Charlotte - Louise - Laurence de Blesclump , femme divorcée de M. Jouherthon , agent de change, née à Calais en 1778, morte a Sinipglia, le 12 juillet 1855. De son premier mariage, il eut :

Charlotte, née le 13 mai 1796 à Saint-Maximin, mariée à Rome, le 27 décembre 1815, a» prince Mario Gabrielli, dont elle est restée veuve le 18 septembre 1841 ;

Christine-Ègypta, née à Paris, le 19 octobre 1798, mariée 1° en 1818 an comte Arved Posse, suédois; 2° en 1824 à lord Dudlej- Coutts, morte le 19 mai 1847 à Rome.

Du second mariage sont issus :

Charles- Lucien- Jules- Laurent (vog. ciaprès);

Letttia, née à Milan, le lf décembre 1804. mariée à Thomas Wyse, membre catholique du parlement d'Angleterre, ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne a Athènes, où il est mort, le 15 avril 1862. Sa fille, Marie, née eu juillet 1833, épousa M. de Solms; devenue veuve à la fin de 1862, elle s'est unie en secondes noces le 5 février 1863 à Turin, à M. Urbano Rattazri, ancien ministre de Victor- Emmanuel 1", roi d'Italie. Une de ses «wrs s'est mariée en 1 862 , au général hongrois Turr ;

Paul, né en 1808, mort en Grèce en décembre 1820;

Jeanne, morte peu après son mariage atccic marquis Honorati ; Louis-Lucien,

* Pierre- Napoléon, Antoine,

vog. ci après;

NAPOLÉON (Cn arles, Jils de Lucien)

Marie, née le 1 2 octobre 1818, mariée au comte Vinccazo Valenlini, député à la constituante romaine, chargé en mai 18)9 cIh portefeuille des fiuances, veuve en juillet 18jS;

Constance , née à Bologne , le 30 janvier

1823, religieuse au couvent du Sacré-Cœur à

Rome. Eugène Asse.

Mmite.nr universel, an vi. an vu et an vin. — Memoirei de Lucien. — Mémoire t du temps.

box A parts (Charles- Lucien- Jules -Laurent), prince de Canino, fils aîné de Lucien, né le 24 mai 1S03 à Paris, où il est mort, le 29 juillet 1857. Élevé loin des splendeurs et de l'influence de la cour impériale, il fréquenta les meilleures universités de l'Italie et s'adonna de bonne heure à l'étude des sciences naturelles. Après avoir épousé à Bruxelles sa cousine Zénaide, fille du roi Joseph (29 juin 1822), il se rendit auprès de ce dernier à Philadelphie ; et s'y livra à des recherches sérieuses, qui l'amenèrent à la découverte d'un grand nombre d'oiseaux du Nouveau Monde, non décrits par le naturaliste Wilson. M. Bonaparte (c'était le nom qu'il portait alors) entreprit de publier un supplément à l'ouvrage de Wilson, et le commencement de son travail parut, en 1825, à Philadelphie. Quelques autres publications de ce genre achevèrent de consolider sa réputation. Pour se rapprocher de sa famille, il quitta la Pensylvanie et vint, en 1828, se fixer en Italie auprès du prince de Canino, son père. Là, vivant tout à fait en dehors des préoccupations de la politique, il continua de s'adonner avec ardeur à l'étude des sciences naturelles. En 1833, il commença la publication d'un magnifique ouvrage, Ylconografia délia fauna ilalicatqm le fit recevoir membre honoraire de l'Académie d'Upsal. Quelque temps après, et dans un but tout scientifique, il vint une première fois à Paris sans en avoir au préalable obtenu l'autorisation du gouvernement de Louis-Philippe. La police française ne l'inquiéta ni pendant ce voyage, ni peudant les séjours assez courts du reste qu'il fit dan* la capitale. La mort de son père, arrivée le 29 juin 1840, le mit en possession du double litre de prince de Canino et de Musignano, et il accepta le grade de colonel que la république de Saint- Marin lui offrit. En 1843, Frédéric-Guillaume IV, roi de Prusse, sanctionna sa nomination de membre honoraire de l'Académie des sciences de Berlin, et l'Institut de France (Académie des sciences) l'admit, le 18 mars 1844, au nombre de ses correspondants.

Le prince de Canino avait élé le fondateur de3 congrès scientifiques en Italie; déjà il avait présida ceux de Milan , de Turin , de Florence , de Lucques, de Pise, de Padone , de Naplcs, et partout il avait lu des travaux intéressants sur l'histoire naturelle. En 1847, au congrès de Venise, entraîné sans doute par ce souffle de liberté que Pie IX semblait avoir inspiré à l'Italie, il mêla la politique aux discussions de la science, et le

gouvernement autrichien lui signifia l'ordre de quitter la ville immédiatement. Le prince, après un voyage à Londres et à Copenhague avec le professeur Nelson, vint à Rnmc où le nonveati pape avait inauguré une politique plus libérale. Aussitôt, il se rangea sous la bannière du souverain pontife, mais lorsque Pie IX essaya d'enrayer le mouvement démocratique, le prince de Canino devint un des principaux chefs du parti radical; il fit partie de la junte suprême et provisoire nommée après la retraite du pape à Gaëte. Le 9 décembre 1848, il combattit au sein de cette assemblée la nomination d'une commission chargée de prendre, d'accord avec le ministère, les mesures nécessaires au salut de l'État, et proposa en vain d'établir une régence temporaire composée de deux laïques et d'un prêtre. Élu, le 28 janvier 1849, député de Viterbe à l'Assemblée nationale, il fut, dès le 12 février, nommé membre de la commission chargée de rédiger un projet de loi sur la responsabilité du comité exécutif et des minisires, et le 13, membre de celle A qui fut confié le soin du projet de loi organique de la république romaine. On remarqua qu'à la séance du 14 février, il fut le seul député qui s'opposa à la proposition de M. Cursi \ laquelle avait pour but de faire reconnaître la dette publique comme nationale et inviolable. L'Assemblée constituante l'ayantchoisi, le 1G février, pour l'un de ses v ice-présidents, le prince de Canino dirigea avec talent la plupart des délibérations importantes prises pour le maintien de la république , et lorsque le canon italien commença à retentir dans les plaines lombardes, il signa, le 23 mars, la proclamation qui appelait le peuple aux armes. Lorsqu'on eut appris qu'un corps expéditionnaire français s'était embarqué à Toulon pour venir occuper les États de l'Église, il l'annonça officiellement à l'Assemblée , et , dans la séance du 24 avril, lorsque nos trou|tes se préparaient à débarquer à Civita-Vecchia, il déclara qu'il fallait se préparer à la défense, « mais, dit-il , nous ne devons pas commencer, quant à nous, à répandre le généreux sang français, puisque les deux peuples peuvent encore se resserrer par des liens de fraternité ». Le prince de Canino ne désespéra de la cause de la république qu'après l'entrée de l'armée française à r%ome (3 juillet 1849). Il s'embarqua alors à Civita- Vecchia avec l'intention de venir se fixer en France, mais à peine avait-il mis pied à terre à Marseille que le gouvernement du président Louis-Napoléon, son cousin, lui interdit le séjour sur le territoire fi ançais. Comme le prince, sans tenir aucun compte de cette injonction, n'eu- continua pas moins sa route vers Paris, il fut arrêté à son passage par Orléans et conduit, sous escorte, jusqu'au Havre, ou force lui fut de s'embarquer pour l'Angleterre. L'année suivante, il obtint sans condition de venir à Paris, on, comprenant que son rolc politique était désormais terminé, il reprit avec son ardeur première, ses

447("») iNAPOLÉON (CnAiti

travaux d'histoire naturelle, et publia encore fie nombreux travaux.

Voici le* titre» de se» ouvrages : American Ornithology, or Ilislnry of the Birds ofthe United-Statcs ; Philadelphie, 1825-1828-1833, 3 vol. in-fol. avec pl. col Cet ouvrage, un des plus remarquable» qui soient sortis des presse* américaines, égale, par le luxe de la typographie et de la gravure, les recueils du même genre, imprimés jusqu'alors en Europe. C'est le complément du beau travail de Wilson (1808, 9 vol. in-4a) sur le même sujet , par les es|>èees nouvelles ou peu connues dont il contient l'histoire. Les éditions qui , par le soin de savants distingués, en ont été, à diverses reprises, publiées en Angleterre , attestent l'importance qu'on lui a attribuée. On l'a imprimé plusieurs (ois avec l'ouvrage de Wilson ; — Ornithology of the north America; New-York, 1826, in-8°; cette partie embrasse depuis les oiseaux de proie jusqu'aux passer ini y de l'ordre des passereaux ; — Observations on the nomenclature of some species; Philadelphie, 1826, in- 8" : l'auteur s'est chargé dans cet ouvrage de rectifier dans la nomenclature de Wilson ce qui n'est plus conforme aux connaissances actuelles et d'y ajouter les syno nymes. A l'aide des additions et des corrections qu'elle a reçues, V Ornithologie américaine est devenue un ouvrage nouveau. Wilson ne corn|>tait aux États Unis que deux cent soixante-dix espèces «l'oiseau x dont neuf fréquentent les eaux; les découvertes du prince de Canino ont élevé ce nombre à trois cent soixante-dix dont cent cinquante et une sont aquatiques. Il faut y joindre, suivant la remarque du prince lui-même, quelques espèces des hautes latitudes qui ne quittent pas les glaces du pôle et ne s'approchent pas des États-Unis; — Specchio comparativo délie ornitologie di Jioma e di Filadelfia; Pisc, 1827, in- 8° : dans cette comparaison, U donne deux cent quarante-sept espèces pour le territoire de Rome et deux cent quatre-vingt-une pour celui de. Philadelphie; — Sttlla seconda edtzione del Reguo Animale del barone Cuvier osservazioni ; Bologne, 1630, in-8°; à la suite de ses observations critiques , l'auteur a inséré quatre monographies : 1" îles espèces du genre Strix de Linné voisines du Sfrix passeriua ou confondues avec lui ; 2° des espèces du goure aigrette des ornithologistes modernes; 3° des espèces des genres iïumenius et Scolopax ; 4' des Chéloniens d'Europe et de l'Amérique septentrionale; — Saggiodi un a distribuzione metodica degli animali vertebrati; Rome, 1831-1832, in-8°; — ïconografia délia fattna italica; Rome, 1832-1841, 3 vol. in-fol. C'est le plus important des ouvrages du prince. Le t. 1er contient la description des mammifères et des oiseaux ; le t. II, celle des reptiles et amphibies, et le t. III, divisé en deux parties, est consacré à la description des poissons ; — Chcloniorum tabula anatylica; Rome, 1836, iu- 4" ;

es, fils de Lucien) 44R("«1

— Cataloço metodico degli vccelli europei ; Bologne, 184?» in-S°; — Gcographical and comparative list ofthe birds of Europa and ISort h America ; Londres, 1»38, in-8% : travail auquel l'auteur (it plus tard de nombreuses additions; — Catalogo metodico dei pesci eum f>ei ; Naples, 1845, io-4°, publié par le con^rè» scientifique tenu alors dans cette ville. ; — Selachorum tabula analytica; Neufchâld, 183*. in-s°; — Catalogo metodico dei mammifeii europei; Milan, 1845, in-8°; — Conspectue systematts omithologix ; Amsterdam, 1840; Leyde, 1850, in-fol.; — Revuecritigue de /'Or nilhologie euro|>éeniiecfc M Degland; Bruxelles,

1850, in-12; — Monographie des Lonens; Leyde et Dusseldorf, 1X50, in-4°t avec A4 pl. col.; en collaboration avec Ilcrmann Sehlegel;

— Conspcctus generum avium; Leyile, 1850, 2 vol in H°; — Conspectus systenùitts mastoznola<j Ly ; Leyde, 18j0, in-8°; — Notices ornïtholoqiques sur les collections rapportées en 1853 par M. A. I)eluttref et classification paraUéligue des passereaux chanteurs; Paris,

1851, in-4°; — Conspectus systemalis erpétologie et amphibiologix ; Leyde. 1850, in-8° ; — Conspectus systematts ichthyologia: ; Leyde, 1850, in-8"; — Tableau des oiseaux de proie ; Paris, 1854, in-8°; — Conspectus vulucrum zygodactylorum ; Paris, 1854, in-8°; — Conspectus volucrum anisodactylorum ; Paris,

1854, in-8° ; — Tableau des oiseaux moue fus (Conspectus trochilorum); Paris, 18 )4, in-8°; — Tableau des perroquets (Conspectus psittacorum); Paris, 1854, in-8°; — Genus nopum

phalendinarum ; Londres, 1854, in-8";

Coup d'à d sur l'ordre des pigeons; Paris,

1855, in-4J; — Ornithologie fossile servant " d'introduction au tableau comparatif des ineptes et des autruches; Paris, 1856, in-4°;

— Mélanges ornithologiqites ; P,iris, 1856, in-4°; — Excursions dans tes divers musées d'histoire naturelled'Allemagne% de Hollande et de, lielgiqne; Paris. 1856, in-4"; — Sotes sur le genre Heliornis, et monographie des HéhornUkdes; Paris, 1856, in-4»; — Catalogue des oiseaux d'Europe; Paris, I8ât>, in-4°; — Iconographie des pigeons; Paris, 1857-1859, in foL; — Iconographie des perrof/uett; Paris, 1857-1859, in-fol., avec M. de Pouancé.

En outre , le prince de Canino a publié des Mémoires d'histoire naturelle dans le t. XVI II des Transactions de la Société linnéenne «Je Londres; dans le t. III de l' Histoire naturelle de Godman (Philadelphie, 1828), dans les Annats and Magazine of natural hu\tory, 1838; dans le Journal de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie, 1822 à 1826; dans les Me moires de la Société xoologique de Londres, 1838, 1B49 et 1850; dans le Zoological Journal de Philadelphie; dans V Anthologie de Florence, ort. 1831; dans h s

447 (,l7) NAPOLÉON (Louis ki

Actes du congrès de Turin (1841), de Milan, de Florence, de Pise, de Lucques , de Naples (1845); dans les Comptes-rendus de l'Académie des sciences, elc.

Du mariage du prince de Canino avec sa cousine germaine, Zenaïde Bonaparte, fille de Joseph, sont issus quatre fdset huit filles, à savoir :

Joseph - Lucien - Charles- Napoléon Bon* - PAnTE, prince de C^ni.no, né à Philadelphie, le 13 février IS24. Il a rang à la cour et est depuis 1856 titré d'altesse, comme membre de la famille civile de l'empereur;

Lucien- Lottis- Joseph-Napoléon, né à Rome, le 15 novembre 1828, ptelre et camérier secret du pape Pie IX;

J ulie-Char lot te-Zénn\de- Pauline- Le titta- Desirée-Bartholomée , née à Rome, le 6 juin 1830, mariée le 30 août 1847 à Alexandre del Gallo, marquis de Roccagiovine;

Charlotte- Honorine- Joséphine, née à Rome, le 4 mars 1832, mariée le 4 octobre 1848, à Pierre, comte Primoli;

Marie- Désirée- Eugénie-Joséphine- Philomène, née à Rome, le 18 mars 1835, mariée le 2 mars 1851 à Paul, comte de Campello;

Auguste- Amélie- M aximilienne- Jacqueline, née à Rome, le 9 novembre 1830, mariée le 2 février 1856 au prince Placide Gabriclli , son cousin;

Napoléon-Grégoire-Jacques- Philippe, né à Rome, le 5 février 1839, marié le 20 novembre 1859 a Marie-Christine Ruspoli. Il est colonel d'état-major de la garde nationale parisienne, et depuis 1801 a rang à la cour et le titre d'altesse, sous le nom de Napoléon- Charles Bonaparte;

iiathilde-Aloise-Léome , née à Rome, le 26 novembre 1840, mariée le 14 octobre 1856 à Louis, comte de Cambacérès, député au Corps législatif, morte à Paris le 8 juin 1861 ;

Et quatre enfants morts en bas âge.

IL Fisocrr.

Woutrrs, Les Bonaparte depuis ISIS. — Moniteur unir., 18»». — Docum. particuliers

• nos kPkRTK( Louis- Lucien, prince), sénateur, né le 4 janvier 1813, à Tborngrove (comté de Worcester). Second fils de Lucien, prince de Canino, il vint au monde pendant que son père était en Angleterre en qualité de prisonnier de guerre. Sa jewesse fut moins agitée que celle de ses frères, et il vécut longlemps aux Étals-Uniset à Florence, ne s'occupant que de chimie et d'étudea linguistiques. L'un des membres les plus actifs des congrès scientifiques d'Italie, il a fait imprimer plusieurs ouvrages, soit en italien, soit en français. La révolution de février lui ayant permis de rentrer en France, il fut, le 28 novembre 1848, nommé représentant de la Corse à l'As- «emblée constituante; mais son élection fut annulée le 9 janvier 1849 Quelques moi* après, il figura au nombre des candidats choisis par r Union électorale , et le département de la Seine lui donna accès à l'Assemblée législative,

Pierbb , JUs de Lucien) 448 (n*)

où il siégea au côté droit. En 1851, il soutint energiquement la politique de l'Elysée. Créé sénateur, le 31 décembre 1852, il reçut les titres de prince et d'altesse ayant rang à la cour, comme appartenant à la famille civile de l'empereur. Il a fait partie des jurys de l'exposi- ! tion de Paris, en 1849, et de celle de Londres, en I 185t. 11 est docteur de l'université d'Oxford et membre honoraire de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, enfin chevalier de la Légion d'honneur (10 décembre 1849), grand officier (13 janvier 1860). Le prince Lucien- Bonaparte est auteur ou éditeur d'un grand nombre d'ouvrages sur la linguistique ; nous ne citerons que les principaux : Spécimen lexici compara tivi omnium linguarum europœarum; Florence, 1847, pet. in-fol.; — Parabola de Seminatore ex evangelio Matthxi in LXXII europxas linguas ac dialectos versa et romanis cfiaracteribus expressa; Londres, 1857, in-8°;

— Prodromus evangelii Matihxi oclupli , seu Oratio dominica hispanice, gallice et omnibus Vasconicx lingux dialectis reddita; Londres, 1857, in-4°; — Dialogues basques, guipuzcoans, biscaiens, labourdins, souletins, etc., accompagnés de deux traductions espagnole et française; Londres, 1857, oblong

— Cellic Herapla, being the Song of Salomon in ail the hving dialects of the gaë and Cambrian languages; Londres, 1858, in-4'; — Canticum Canticorum Salomonis tribus vasconicx lingux dialectis in Hisp nia vigenlibus versum; Londres, 1858, in-4°; avecJ.-A.de Uriarte; — Canticum trium puerorum in XI vasconicx lingux dialectos versum; Londres, 1858, in-4*, deux édit.; — Bible saindua edo Testament zahar eta berria, etc. ( La Sainte Bible, traduite pour la première fois en langue basque du Labourd); Londres, 1859, gr. in-8*; — // vangelo dt san Matteo volganzatlo in dialetto genovese; Londres, 1860, in 18; — Langue basque et langues finnoises ; Londres, 1862, in-4*; — Deuxième catalogue des ouvrages destinés à faciliter l'étude comparative des langues européennes , édites par le prince L.-L. liona-

! parte; Londres, 1862, in-lG; un premier cataj logue avait été publié par lui en 1858.

I Docum. part.

I Bonaparte (Pierre-Napoléon, prince), I frère du précédent, né À Rome, le 12 septembre j 1815. Élevé en Italie, il voulut, dès l'âge de quinze ans, prendre part au soulèvement des Romagnols contre l'autorité papale et quitta à cet effet le chaleau paternel , mais on l'cmj pécha d'arriver jusqu'à eux. Quelque temps après il s'embarqua à Livourne pour Newl York, et y fit la connaissance de Santan- \ der, l'émule de Bolivar, qu'il accompagna en Colombie et qui le nomma chef d'escadron. De retour en Italie, il y passa jusqu'en 1836 une existence active et agitée. Soupçonné de

417 (M) NAPOLÉON (ANTOINE, fils d

vouloir arec son frère organiser des bandes de partisans dan» les Maremmes, il lui fui enjoint de quitter sous quinze jours les États Romains; mais pendant qu'il attendait ses passeports, il fut, le 3 mai 1836, cerné sur la place même de Canino par une troupe de vingt-huit sbires. Armé d'un couteau de chasse, il étendit mort leur chef et en blessa grièvement deux autres. Atteint lui-même d'un coup de baïonnette et d'une balle à bout portant , il fut contraint de se rendre, et, après une assez longue détention au château Saint-Ange, il partit de nouveau pour l'Amérique, alla ensuite en Angleterre, et de là à l'Ile de Corfou. Dans une excursion en Albanie, il lut un jour surpris et attaqué par quatre Palikarcs contre lesquels il eut à défendre sa vie ; il en tua deux, en blessa un troisième; mais le* compagnons de ceux-ci essayèrent quelques jours après de le surprendre dans la maison qu'il habitait à Corfou môme, et furent accueillis par lui à coups de fusil. Le gouvernement anglais, dans l'intérêt même de sa sécurité, l'eugageaà quitter l'Ile, ce que le prince ne fit cependant que deux mois après. En se rendant en Angleterre, il séjourna à Malte, et après avoir vainement offert, en 1838, de prendre du service dans l'armée française, puis dans l'armée égyptienne de Mehemet-Ali, il se fixa à Londres jusqu'à ce que la révolution de février 184H lui ouvrit les pot tes de la France. Arrivé à Paris, le 27 lévrier, il obtint quelques jours après un brevet de chef de bataillon au lrr régiment de la légion étrangère. Représentant de la Corse à l'Assemblée constituante, il y prit place au Comité de la guerre, et vota d'ordinaire avec l'extrême gauche. Daus plusieurs occasions, il se porta garant des sentiments patriotiques de son cousin le prince L«mis-Napoleon, après l'élection duquel il continua toutefois de siéger auprès des montagnards, repoussa la proposition Râteau et l'expédition de Rome, et ne se sépara du parti démocratique que sur les questions relatives à la personne même du président. Élu par l'Ardèche et par la Corse à l'Assemblée législative , il opta pour ce dernier département, et, dans celte nouvelle chambre, apporta la même ardeur démocratique qu'à la Constituante, En mars 1849, il demanda à obtenir sa mutation de chef de bataillon dans un régiment français , et , en attendant la décision ministérielle, partit pour l'Algérie et assista au mois de novembre suivant aux premières opérations du siège de Zaalcha. Venu sans permission en France avant l'assaut de cette place, il fut destitué par le général d'Ifautpoul, ministre de la guerre, et cette mesure, qui fut suivie d'un duel entre le prince Bonaparte et un journaliste de l'extrême droite, obtint l'approbation formelle rte l'Assemblée législative. Rentré dans la vie privée après le coup d'État du 2 décembre, il a reçu, aux termes du sénatus-consulte du 2à novembre 18i2, les titres

Lucien — Louis Bonaparte) 448(,l!')

de prince et d'altesse, ayant rang à la cour; mais il ne fait point partie de la famille impériale

Vaprr.nt (tict.univ. d*S l'ontrmp. — Moniteur unlv. — Minyruphic itei di pules à f Jssetnblet contl.

" UONAPAKTE (Antoine), frère des rirnx précédents, né à Frascatr, le .11 oebritre istfi. Il fit son éducation en Italie et passa en 1S3'2 aux États-Unis, ou U croyait trouver encore son onde le roi Jos«q.h,qui dans l'intervalle était venu se fixer à Londres. De retour en Europe, il vint auprès de son père dans les États rie l'Église; mais quelques démêlés qu'il eut avec la force année pontificale le forcèrent de s'éloigner de Rome, et il n'y reparut qu'après la révolution de 1858. Loin d'imiter la conduite du prince de Canino, son frère aîné, il se tint à l'écart des démocrates italiens, et ne leur fut pas favorable. Il vint en France pour servir la cause du président, son cousin, et remplaça à l'Assemblée législative M. Robert, député de l'Yonne, mort le 3 septembre 1849 Ses totes furent acquis à la coalition des anciens partis monarchiques; mais depuis le 2 décembre IHjl, il n'a point recherché les honneurs, et n'tvst même pas compris dans les membres de la famille civile de l'empereur ayant rang à la cour. Vipereau, Dlct. unlv. dit l onttmp. - Moniteur «nJr.

C Louis et ta famille.

LOCI8 (Louis Bonaparte), roi de Hollande, troisième frère de Napoléon 1er, né à Ajaaio, le 4 septembre 1778, mort à Livourne, le 25 juillet 1848. En juillet 1793, il suivit 6a famille à La Valette, près de Toulon, puis à Marseille. Bientôt , sur l'avis de Napoléon . il fut envoyé à l'école de Chalons afin d'y subir l'examen nécessaire pour entrer dans le cor|W de l'artillerie, auquel il avait toujours été destiné; mais à la nouvelle, fausse du reste, que cette école venait d'être dissoute, il rebroussa chemin et retourna près de sa mère. Son frère ayant été nommé général lui fit donner le grade de sous-lieutenant, et l'attacha à sa personne. Ce fut en Piémont que Louis fit sa première campagne : il se trouva à la prise d'Oneille (6 avril 1794) et au combat de Cairo. A cette époque, une loi ayant obligé les officiers d'éUtmajor à rentrer dans un régiment, Louis accepta une place de lieutenant dans une compagnie ries canonniers volontaires en garnison à Saint-Tropez. Peu de temps après, il alla à l'école de Chalons ; à peine arrivé, il dut obéir à son frère qui le rappelait auprès de lui, et partit à la fui de février 1796 pour l'Italie.

Depuis le commencement de cette campagne jusqu'à l'expédition d'Egypte, il n'y a que peu de choses à dire de Louis; il montra du ronj rage en plusieurs rencontres, mais par bou- , tades, et s'occupa fort peu «l'acquérir une réputation militaire; il eut du zèle, de l'activité, du sang- froid, mais nul désir d'avancer, nulle ambition , et remplit ses devoirs sans se mena-

447(u») NAPOLÉON (Louis)

ger en rien, ni se Taire valoir. Au passage du Pô, il se distingua l'un des premiers (8 mai) , et se trouva aux batailles de la Brenta (8 sept.), de Caldiero. d'Arcole (15-17 nov.) et de Rivoli (14 janvier 1797). A Arcole son cheval fut percé de plusieurs balles. Après les préliminaires de Camuo-Formio , Louis fut chargé de porter à Paris la première nouvelle de la paix. L'aunée précédente, il avait présenté des drapeaux au Directoire, qui lui avait donné les épaulettes de capitaine. Une raison secrète lui aurait fait désirer de rester à Paris. En allant voir sa sœur Caroline dans le pensionnat de Mmc Campan à Saint-Germain, il y avait rencontré la fille d'un émigré et en était devenu amoureux. Napoléon, ayant eu connaissance de cette liaison naissante, douna l'ordre à son frère de partir sur-le-champ pour Toulon. Ce fut ainsi que Louis prit part à la campagne d'Egypte. Après la défaite d'Aboukir, il résida au Caire. En partant pour la Syrie, Napoléon l'envoya en France avec mission de faire connaître au Directoire l'état des affaires eu Orient et d'obtenir des secours. Il partit sur la plus délabrée des chaloupes canonnières , échappa comme par miracle aux croisières anglaises et russes, aborda à Tarente, puis è Porto- Vecchio, en Corse, après une traversée de deux mois. Ses démarches pour obtenir de nouvelles troupes furent sans résultat auprès du gouvernement, et, dans l'intervalle. Napoléon débarqua dans la rade de Fréjus (8 oct. 1799).

Louis, alors chef d'escadron au 5e de dragons, n'en continua pas moins son service auprès de son frère en qualité d'aide de camp et le seconda dans le coup d'État du 18 brumaire (9 nov. 1799). Peu de jours après, il fut nommé colonel de son régiment. A cette époque il fut vivement sollicité d'épouser Hortense de Beauharnais; mais cette alliance ne convenait pas à son caractère, et, afin de se soustraire à des sollicitations importunes, il demanda à assister à de grandes manœuvres militaires qui se faisaient à Postdara. Quand il arriva, elles étaient terminées; mais Frédéric-Guillaume 111 l'accueillit avec tant de bienveillance qu'il ne cessa jamais , depuis, de témoigner de l'attachement à la maison de Prusse. Le renouvellement des hostilités entre la France et l'Autriche l'obligea de rentrer à Paris. A peine était-il de retour que Napoléon renouvela les propositions de mariage qu'il lui avait faites, et Louis, fidèle à sa tactique, trouva le moyen de s'éloigner encore en faisant comprendre son régiment dans te cadre de l'armée qu'on envoyait en Portugal. La campagne fut

44Sn

que lui lit éprouver sa longue lutte contre les volontés impérieuses de son frère. Doué'd'un caractère naturellement doux et ami du repos, les circonstances difficiles où il se trouva engagé malgré lui, nous le montre déployant une énergie qui honore en lui l'homme, mais qui influa d'une manière fâcheuse sur son caractère et sur les jugements qu'il a portés dans cet ouvrage.

^ Le Jour de la cérémonie fut fixé, et le * Janvier JS02, le contrat, le mariage c ivil et la cérémonie religieuse eurent lies. 11 était pour lors ,1gé de vingt-trois ans. Sa constitution s'était formée île bonne heure, mais son esprit, son caractère ne l'étaient pas entièrement. Il avait cette naïveté , ectto extrême bonne foi qui appartient essentiellement a l'enfance, résultat d'une éducation privée et du caractère grave et réfléchi d'un homme forcé de s'habituer a vivre en lui-même. Cette Meneuse situation changea son caractère ; elle altéra ainsi sensiblement sa santé, sans qu'il s'en aperçut pour ainsi dire, mais progressivement ; il n'eut plus de repos depuis lors. Il n'y a pas de malheur» plus réels et plus cuisants que les peines domestiques. Ceux de Louis imprimèrent à son esprit, à toute sa vie, une sorte de tristesse profonde, un découragement, un dessèchement, si l'on peut s'exprimer ainsi, auquel rien n'a jamais pu et ne pourra jamais remédier. On ajoutera deux mots sur son mariage

Avant la cérémonie, pendant la bénédiction, et sans cesse, depuis lors, ils sentirent également et constamment qu'ils ne se convenaient point, et cependent ils se laissèrent entraîner à un mariage que leurs parents, et surtout la mère d'Ilortcnse, croyaient essentiellement politique et nécessaire. Depuis le 4 janvier Ib02, jusqu'au mois de septembre 1807, qui est l'époque de leur dernière réunion, ils ont demeuré ensemble un espace de temps d'à peine quatre mois, à trois époques séparées par de longs intervalles : mais ils ont eu trois enrant» qu'ils aimèrent avec une égale tendresse

Pendant les années 1802, 1803 et 1804, Louis demeura presque continuellement à son régiment ou aux bains minéraux. Le 24 mars 180f, il fut nommé général de brigade, le 10 avril suivant, général de division et conseiller d'Etat attaché à la section de législation. Un mois après, l'Empire était fait, et Napoléon, ressuscitant toute l'ancienne hiérarchie monarchique, élevait le 18 mai Louis à la dignité de prince, et exhumait pour lui le titre de connétable oublié depuis deux siècles. Il reçut, en 1805, le gouvernement général des départements au delà des Alpes, puis le commandement de la réserve de l'armée expéditionnaire d'Angleterre. L'expédition ayant été ajournée, Louis remplaça Murât dans le commandement de la garnison de Paris, et, jusqu'à la fin de 1805, déploya dans cesfonc-

courte, et le jeune colonel se retrouvait à Paris tions une activité singulière. Il avait accepté le

au mois d'octobre suivant. M"* Bonaparte, sa belle-sœur, lui reparla encore de son mariage avec sa fille Hortense ; Louis y donna son consentement. Voici comment il a raconté lui-même cette union dans l'ouvrage intitulé : Documents historiques sur la Hollande, ouvrage qu'il pu

commandement à condition qu'il se bornerait aux affaires militaires, et que tout ce qui concernait la police et les autres relations de son prédécesseur serait donné à d'autres. Chargé d'organiser une armée destinée à protéger le nord de la France, les chantiers d'Anvers et la Ilol-

btia en 1820 sous l'impression des amertumes lande, il accomplit, en un mois, celle opération

NAPOLÉON (Louis)

qui arrêta la Prusse prête à déclarer la guerre. Napoléon témoigna publiquement sa satisfaction a son frère «tans un des bulletins de la grande armée, comme par ses lettres du mois de jan- >ier 1806.

A cette époque, le rôle de Louis Bonaparte prend une plus grande importance politique; sans intrigue et sans ambition, Louis aurait voulu passer sa vie loin des grandeurs; mais un pareil projet ne convenait, sous aucun rapport, à celui qui voulait que sa famille occupât tous les trônes de l'Europe. La Hollande lui parut propre à favoriser ses desseins. Après avoir subi, depuis 1787, de nombreuses vicissitudes politiques, ce pays venait d'apporter de graves modifications à sa constitution. En mars 1805, Jean Schimmelpenninck fut revêtu du pouvoir exécutif, sous le titre de grand pensionnaire. Il favorisa le commerce de ses compatriotes avec l'Angleterre, et leurs spéculations furent d'autant plus brillantes que les produits des fabriques anglai>es étaient alors prohibés dans presque toute l'Europe. Napoléon trouva dans ces opérations et dans la cécité dont venait d'être atteint Schimmelpenniock, le prétexte d'exécuter en Hollande le changement politique qu'il méditait. Les ministres hollandais entrèrent dans les vues de l'empereur. Les États pénéraux, convoqués pour une session extraordinaire, envoyèrent à Paris une députation chargée de demander pour roi l'un des frères de l'empereur. Un traité entre la France et la Hollande fut signé le «24 mai 1800. Informé de ce qui s'était passé, Louis Ht tout ce qu'il put pour refuser, et ne se décida qu'en apprenant la mort de l'ancien stathouder. Napoléon s'était du reste ouvertement expliqué, et lui avait fait entendre que si, dans la négociation de cette affaire, on ne l'avait point consulté, c'est qu'un sujet ne pouvait refuser d'obéir.

Le 5 juin (806, Louis fut proclamé à Saint- Cloud roi de Hollande, et, le même jour, il rédigea la déclaration suivante qui devint la règle de sa conduite :

t Nous avons accepté et acceptons la couronne de llollan le. conformément au vœu du pays, aux lois constitutionnelle* et au traité, muni de ratifications réciproques, lequel nous a été présenté aujourd'hui par les députes «le la nation hollandaise. A notre avènement au trône, noire soin le plus cher sera de veiller aui intérêts de notre peu- |tle >ou« prendrons toujours à co ur de. lui donner des preuve» constantes et multipliées de notre amour et de notre sollicitude. Nous maintiendrons la liberté de nos sujet» #t leur* droit» et nous nous occuperons sans resse de leur bien-être, l/indépendanec du royaume est garantie par l'empereur noire frère: le* lois constitutionnelles garantissent à chacun ses créances sur l'Ktat. sa liberté personnelle, u liberté de conscience, etc. •

bientôt après parut Vccte. additionnel du royaum* de Hollande, dont l'empereur s'était réservé la lédacu'Mi. Avant de partir, Louis

s'occupa avec les dépotés hollandais à prendre une idée générale des affaires du pays, et se convainquit que les caisses publiques étaient è peu .près vides. Tout ce qu'il emporta se réduisit à 700 000 francs qui lui étaient dus pour arriéré de son apanage. Son entrée à la Haye eut lieu le 23 juin. Ses nouveaux sujet* applaodireut au refus qu'il avait fait de l'assistance d un corps de troupes françaises qui, selon les ordres de l'empereur, devait lui servir d'escorte; tuais ils virent avec mécontentement dUtribuer aux Français les grandes dignités de la couronue. Deux partis se formèrent, qui bientôt divisèrent la nation et la cour. Louis cherchait sans cesse à les concilier et, sans le vouloir jwut être, il favorisa les Hollandais, qui t en lui témoignant une vive reconnaissance , firent naître dans son cœur le germe de celte prédilection nationale, très-louable sans doute, mais qui le plaçait dans une fausse position vis à-vis de Napoléon. Placé entre ses devoirs comme roi de Hollande et sa conscience comme mandataire de l'empereur, il lui était bien diflicile de concilier ce que la France attendait de lui et ce qu'exigeaient les intérêts de la nation qui l'avait appelé à régner sur elle.

Louis réunit autour de lui des Hollandais d'un mérite supérieur, et appela au ministère Mollerus Gogel, Tvvent. Roéll, Van der C.oes, Van der Heirn, etc. La nouvelle constitution offrait quelques points obscurs : il voulut en faire une rédaction plus lucide.

Affecté de la situation déplorable de ses finances, il manda à l'empereur qu'il abdiquerait sur-le-champ s'il ne voulait ni lui rendre ce que la France devait à la Hollande, ni prendre les troupes françaises à sa solde et permettre qu'on diminuât les armements. Napoléon accorda bien ce que lui demandait son frère ; mais celle condescendance ne fut due qu'à la nécessité où il était d'augmenter l'armée française en Allemagne. Les troupes quittèrent donc la Hollande, à l'exception de deux régiments et de deux états-majors généraux, y compris celui de Flessingne. Louis donna eu secret l'ordre de faire venir petit à petit la flottille de Boulogne, sous prétexte de réparations, et renvoya un grand nombre ne matelots. Il s'occupa ensuite du s>oin d'augmenter l'armée de terre, afiu de pouvoir, dans toute hypothèse, se suffire à lui même. Prenant de promptes mesures pour défendre ses frontières menacées par les troupes prussiennes, il divisa son année en deux corps, l'un de quinze mille hommes dont il se réserva le commandern* nt et qui fut dirigé sur \Ve«rl; l'autre, commande par le général Michaud , devait stationner au camp de Zeist. Puis il se rendit en WVstphalie où l'armée hollandaise, autrement appelée l'armée du Nord, occupa successivement Munster, Osnabruek et Paderborn. Il bloqua les places fortes de Ilamcln et de Nieubourg cl lit on uper Kinteln par le général Daendcls. Presque aussitôt ,

NAPOLÉON (Louis)

l'empereur lui enjoignit d'aller prendre possession du Hanovre; mais le roi, offensé de cet ordre, répondit qu'il retournait à sa résidence. En efTël , confiant au général Dumonceau le commandement de ses troupes, il rentra à la Haye, avec la conviction que Napoléon ne l'avait placé sur le trône de Hollande que comme un préfet français. En arrivant dans sa capitale, il apprit le décret du 21 novembre 1800 relatif au blocus des Iles Britanniques*. Cette mesure lui causa un profond chagrin, car elle pouvait amener la ruine de ses Etats. Il éluda autant qu'il put l'exécution du décret impérial ; mais, quels que fussent ses efforts et sa prudence, il ne lui fut pas possible de cacber longtemps à son frère qu'il l'abusait sur ce point important. Alors, par un décret du 15 décembre 1806, il prit le parti de fermer les porls de son royaume à tous les vaisseaux sans exception.

Louis s'occupait des institutions utiles a son

mois après de rapporter ; il lui fit supprimer aussi le grade de maréchal de Hollande, qui lui semblait « une caricature » dans un Etat secondaire. Il sut tempérer cette mortification, en octroyant à son (ils Napoléon-Louis le titre de gran'i-duc de Clèves et de Berg (3 mars lauy). Quoique la Hollande eût coopéré par de grands sacriiiees a faire la guerre en Allemagne dans l'intérêt de la France seulement, quoique le roi eût pris les mesures les plus sévères contre le commerce avec l'Angleterre, Napoléon se plaignait sans relâche de la déloyauté de la Hollande « nation souple et fallacieuse, disait-il, chez laquelle se fabriquent toutes les nouvelles qui |Muivent être défavorables à la France ». Tout le pays, ajoutait-il, était entaché d'anglomanie et le roi en était le premier smog leur. Toutes relations affectueuses entre les deux frères avaient disparu; chaque événement ne faisait qu'ajouter a leurs griefs particuliers. A peine

peuple, Par ses soins», de savants jurisconsultes j Loui» connut il la nouvelle du débarquement des rédigèrent un code civil et un code criminel. On | Anglais dans l'Ile de Walcberen (juillet 1809),

compléta aussi le nouveau système des contributions, plus uniforme que celui qui avait été en usage jusqu'alors, et l'on adopla de sages règlements sur les corporations et sur les maîtrises. Il créa l'ordre de l'Union et du M frite, avec une dotation annuelle de soixante mille florins. Quelques jours auparavant (novembre 1806), il était venu en personne rendre compte au corps législatif de tout ce qui avait été fait l>cndant la première année de son règne, et, en promettant de venir chaque année rendre un compte semblable, Louis enchaînait son avenir à celui de la nation et prenait l'engagement de se dévouer à sa prospérité.

La France avait tellement exigé de sacrifices de la part de la Hollande qu'il se vit, à regret, obligé d'établir de nouveaux impôts. On adopta un système présenté par M. C.ogel, ministre des finauces, et après cette grande opération, le roi proposa un nouveau cadastre, créa une direction des beaux-arts, une grande exposition des produits de l'industrie nationale, et, en 1807, un institut des sciences et des arts, divisé eu quatre classes.

La perte de son fils aîné, qui mourut du croup, plongea Louis dans une affliction profonde. Il quitta la cour avec sa femme et alla passer deux mois dans les Pyrénées; il en revint seul (septembre 1807 ) et retourna en Hollande, oh Hortensc alla le rejoindre en 1810. Louis établit pendant quelque teoqis sa résidence à L'trecbl, et déclara, en avril 1808, Amsterdam capitale de ses États.

Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis l'avénement île Louis au trône que foutes ses relations avec l'empereur étaient empreintes d'aigreur. Pour plaire a Napoléon, il eût fallu qu'il ne régnAt que d'après le système du gouvernement français. Il avait rédigé et sanclionné une loi sur la noblesse, que Napoléon l'obligea quatre

qu'il réunit un corps de troupes assez considérable pour arrêter les progrès de l'ennemi. Il avait mis Anvers, la flotte et les chantiers à l'abri d'une insulte, lorsque Bernadotte vint, au nom de l'empereur, lui ravir le commandement de ses propres soldats. Cette conduite ne lui prouva que trop la méfiance dont il était l'objet, et en voyant quelle grande armée on rassemblait dans le Brabant, il lui fut facile d'imaginer que cette expédition serait le prétexte d'un envahissement de la Hollande. L'occupation de Flessingueet de la Zélande, en rompant le blocus des côtes, donna passage aux marchandises anglaises, qui se répandirent de tous côtés et jusqu'à la cour.

Napoléon, à cette éjioque, résolut de réunir à Paris les souverains alliés de la 'France ; le roi de Hollande, qui se rappelait la mauvaise réception qu'on lui avait faite en 1807, ne se rendit qu'avec une extrême répugnance à cette invitation ( l'r décembre 180!)). Dès la première entrevue avec Napoléon, il eut une vive contestation sur les affaires de la Hollande, et, en présence de plusieurs personnages de la cour, il soutint avec force les intérêts de son royaume. Un discours prononcé par l'empereur à l'ouverture du Corps législatif, et corroboré par que> ques paroles du ministre de l'intérieur à cette assemblée, ne lui laissa plus de doutes sur les intentions de son frère. Louis comprit alors toute la faute de son voyage et combien il lui serait difficile, pour ne pas dire impossible, d'échapper aux pièges qu'on lui tendait. Il fit alors des tentatives pour sortir de Paris; mais son hôtel était strictement surveillé, et les gendarmes qui le gardaient adressaient tous les jours un rapport au grand maréchal du palais. Le roi était prisonnier. Alors il envoya le comte Charles de Bylant, son écuyer, à Amsterdam , avec l'ordre de défendre les lignes à l'aide des inondations et de la marine, et d'cm|>echer au

moins l'occupation de la capitale. Le ministre de U guerre Krayenhoff qui , au départ du roi , avait eu l'instruction de mettre ces lignes en bon état, y apporta toute l'activité possible. Dès que l'empereur le sut, il entra dans udc fureur extrême , et eut une altercation des plus violente* avec Louis qui, loin de dissimuler les ordres qu'il avait donnés, les soutint énergique* nient. Tout a coup l'empereur changea de ton et lui d»t froidement : « Lh bien ! choisissez : ou contremandez la défense d'Amsterdam, destituez Krayeuhoff et Modems, ou voici le décret de réunion que je fais partir à l'instant même et vous ne retournez plus en Hollande. Il m'est indifférent que l'on me taxe d'injustice et do cruauté, pourvu que mon système avance. Vous êtes dans mes mains. » A la vue du décret de réunion , Louis se soumit et sacrilia les deux ministres qui avaient montré trop de zèle. Son projet était de s'échapper pendant la nuit. A

448 (mî

(Louts)

1er à l'exécution du système continental; que le roi de Hollande cédait à l'empereur des Français le Brabant hollandais, la totalité de la Zélande, y compris l'Ile* de Schouwen, la partie de laGueldrequi est sur la rive gauche du \Vaalil,etc. Après avoir assisté aux cérémonies du mariage de Napoléon avec Marie- Louise, Louis quitta le 7 avril Paris, où il avait séjourné un peu plus de quatre mois.

Conformément aux clauses de son dernier traité avec la Hollande, Napoléon fit occuper Leyric et la Haye par des troupes placées sous les ordres du duc de Reggio qui établit son quartier général à Utrecht,et dirigea d'autre* troti'ies sur la Frise. Par tous ses actes, le maréchal semblait déjà y exercer la puissance impériale, qui, pour être déléguée, n'en était pas moins absolue. Un événement fort simple vint tout à coup résoudre une grande question politique. Le comte de La Rochefoucauld, ambassa

peine rentré à l'hôtel de Madame mère oii il ré- I deor de France, avait à son service un cocher

sidait, il vit arriver des gendarmes d'élite qui se hollandais qui se prit de querelle, le 13 mai, avec

placèrent à la porte et qui résistèrent à toutes un bourgeois d'Amsterdam. La garde du palais

les instances de se retirer. Louis ressentit vive- ' accourut et sépara les deux combattants. Les

ment cette insulte gratuite qu'on lui faisait aux plaintes les plus vives furent portées par l'an-

yeux des souverains réunis à Paris ; à coup sûr, bassadeur sur l'insulte qu'on avait faite à sa li-

s'il eût tenté de prendre la route du Brabant, les vrée, il en demanda satisfaction. D'après des

gendarmes n'eussent pas manqué de s'y opposer ; renseignements authentiques pris juridiquement,

de tout leur pouvoir.

il fut couslaté que cette querelle était feinte. Nà-

Dès l'arrivée de Louis à Paris, l'occupation de | poléou rappela son ambassadeur et signifia à la Hollande parles troupes françaises avait corn- l'amiral Verhuell, ambassadeur à Paris, qu'il eut mencé. Le 20 janvier 1810 on prit possession du à prendre ses passejM)rls daus les vingt-quatre Brabant et de la Zélande; le 24 on entra dans Breda et Berg-o|»-Zoom, puis dans Uordrecht. La mesure des sacrilic.es que Napoléon prétendait obtenir de son frère n'était point encore comblée; on voulait qu'il mit une forte imposition sur les rentes, qu'il adoptât la conscription, les mêmes ordonnances sur les douanes qu'en France, qu'il se réglât sur elle iwur la noblesse et qu'il supprimât les maréchaux. Il résista d'abord, et, comme de coutume, finit par céder et par adhérer à beaucoup de choses dont l'abandon lui ooûtait infiniment ; mais rien ne put le faire consentir à la conscription ni à l'impôt sur les rentes. Dans ces malheureuses négociations. Louis croyait gagner tout ce qu'il ne perdait pas. Il fit donc remplacer le titre de maréchal par celui d'amiral ou de général, et, le 13 février 1810, son corps législatif annula la loi sur la noblesse constitutionnelle qu'il avait approuvée au mois d'octobre. Enfin on lui fit signer un traité imposé par Napoléon, le 16 mars, et conclu par l'amiral Verhuell, traité qui portait que, jusqu'à ce que le gouvernement anglais ! encore des ambassadeurs dans plusieurs cours

heures. La lettre qu'il adressa au roi de Hollande à ce sujet est datée de Lille, le 23 mailBlO; on y remarque les passages suivants :

t Ce ne sont plus des phrases et des protestations qu'il me faut ; il est leinp» que je sache si vous routa faire le malheur «le la Hollande, et par vos folie» causer la ruine de ce paya, Je no veux pa* que vous envoyiez de ministre en Autriche. Je ne veux pas non plus que vous renvoyiez les Français qui sont à votre service. J'ai rappelé mon ambassadeur, je n'aurai plus en Hollande qu'un chargé d'affaires. I.C6ieur Serurier, qui y reste en celte qualité, vous communiquera me* intention». Je neveux plus exposer un ambassadeur a vos insultes. Comme c'est le ministre de Kui*ie dont le maître vous a placé sur le trône, il est naturel que vous wivta ses conseils. Ne m'écrive* plus tic vos phrase» ordinaires, voilà trois ans que vous me les répétez et chaque instant en prouve la fausseté. Napouoj.- C'cst la dernière lettre que de ma vie je vous écru.'

A la lecture de celte missive, Louis put f* convaincre que l'arrêt de mort de la royauté en Hollande était à peu près prononcé. Il

eût renoncé à son système maritime contre la France, tout commerce quelconque entre les

et échangea des décorations avec celle de Prusse. Kn apprenant que le duc de Rcggio demandait à

poils de l'Angleterre et les porls de la Hollande ; élablir son quartier général à Amsterdam, 11 serait interdit, qu'un corps de troupes de dix- 1 eut un moment la pensée de se défendre jusnuit mille hommes, dont six mille Français occu- ' qu'à la dernière extrémité. Il convoqua sesrrw perait toutes les embouchures des rivières avec ; nistres et ses généraux à Harlem, et leur rapdes employés des douanes française? pour veil- J pelant avec véhémence l'énormité des sacn-

447 (m) NAPOLÉt

faces faits par la nation, les envahissements qui avaient lieu de tous les côtes, son autorité méconnue, il proposa, pour sauver l'honneur du pays, d'inonder d'abord la capitale plutôt que de l'abandonner sans la défendre. Personne ne jugea à propos de le suivre dans ce parti désespéré. Après avoir longtemps délibéré avec ses ministres, convaincu qu'il n'y avait plus d'espérance, Louis adressa un message au corps législatif pour lui annoncer sa résolution de résigner la couronne, et, par acte du même jour (l«r juillet 1810) signé à Harlem, il abdiqua lu dignité royale en faveur de son (ils Napoleon-Louis et à sou défaut en faveur de son frère Charles- Louis- Napoléon, sous la régence de la reine, assistée d'un conseil de régence. Il accompagna cet acte d'une proclamation , dans laquelle il |>oussa la résignation jusqu'à laisser croire qu'il elait peut-être le seul obstacle au bonheur des Hollandais et que, dès lors, il regardait comme un devoir de se sncrilier à la tranquillité du peuple. L'armée française entra à Amsterdam le 4 juillet; mais Louis avait abandouné la Holande dans la nuit du lfr, et, prenant la route de l'Autriche, s'était rendu aux bains de TœpliU en Bohême. Il avait pris le titre de comte de Saint L"!U et le conserva jusqu'à sa mort.

Kn apprenant la nouvelle de la réunion de la Hollande à l'Empire français (10 juillet 1810), l'indignation de Louis fut extrême; il écrivit une protestation qu'il remit lui-mèmeen 1811 à l'empereur d'Autriche, et qu'il envoya en 1812 à l'empereur de Russie. Puis il partit deT«*p:itz pour Graîtz où il vécut très-retiré, occupé uniquement des moyens de rétablir sa santé. Vivement ému des malheurs de la campagne de Russie, il écrivit à Napoléon, le janvier 1813, et lui offrit ses services. Toutefois il n'avait pas renoncé à l'espoir de remonter sur le trône. Il tenta de se concilier l'appui de l'Autriche; ses démarches restèrent sans succès. Il passa alors en Suisse pour être plus à portée de suivre les événements. Après la bataille de Leipzig, il eut à liâle une entrevue avec Mural , qui lui conseilla de rentrer en Hollande par le secours des alliés. Convaincu que ses anciens sujets ne pouvaient se passer de loi, et que la France n'avait rien de mieux à faire que de renoncer en sa faveur k un pays qui lui échappait, il adressa à l'empereur un message conçu dans ce sens, et se dirigea aussitôt vers Paris. Arrivé à Pont sur- Seine, il apprit qu'on refusait de le recevoir à Paris et force lui fut de revenir en Suisse, où il trouva la réponse de Napoléon qui lui disait, entre autres choses : « J'aime mieux que la Hollande retourne sous le pouvoir de la maison d'Orange que sous celui de mon frère. S'il a cent mille hommes à m opposer, il peut essayer de me l'enlever. » La Hollande s'était insurgée, les troupes françaises l'évacuaient et les magistrats d'Amsterdam s'étaient constitués en gouvernement provisoire. Louis se tourna de ce côté et

m (Louis) 448('»)

adressa aux magistrats une lettre (20 novembre 1813), par laquelle il revendiquait tous ses droits au trône. Les réponses qu'il reçut lui annonnoncèrent sans égard, qu'il n'y avait plus rien à espérer pour lui du peuple auquel il avait été imposé, qu'on traitait avec la maison d'Orange et que, dans cette négociation, son nom n'avait même pas été prononcé.

Après la reconnaissance du prince Guillaume de Nassau, comme souverain des Provinces- Unies, Louis rentra pour toujours dans la vie privée. L'invasion des alliés sur le territoire suisse l'obligea de quitter Soleure où il se trouvait (22 décembre 18 13), et il se rendit à Paris. Son entrevue avec Napoléon lut très froide; ils se revirent encore le 23 janvier, vedle du départ de celui-ci pour l'armée. Louis le pressa d'accepter la paix et lui écrivit à cet égard presque journellement, entre autres, le 3, le 5 et le 16 mars. Après la déchéance de Napoléon, il suivit l'impératrice à Blois, et prit congé d'elle le 9 avril, pour se retirer à Lausanne. Peu après son retour en Suisse, Louis apprit que par lettrespatentes du 30 mai 1814, Louis XVIII avait érigé la terre de Saint- Leu en duché. A cette nouvelle et à celle du traité de Fontainebleau du Il avril, dont l'article 0 réservait pour l'empereur et pour les princes de sa famille, des domaines ou rentes sur le grand-livre produisant un revenu, libre de toute charge ou déduction, de 2,500,000 francs, il lit, le 18 juin, une protestation que le journal d'Aarau publia, le 2 août suivant. Le 24 septembre, il alla résider à Rome. Après de longues et vaines démarches pour obtenir de la reine Hortense son (ils aîné, il forma une instance devant le tribunal de la Seine. Le tribunal ordonna, le 7 mars 1815, que sous trois mois le lils ainé du comte de Saint- Leu serait remis à ce dernier ou à son fondé de pouvoir. Quant à la duchesse de Saint -Leu, eile conserverait son second fils avec le consentement du père. La séparation se trouvait ainsi implicitement prononcée sans avoir été demandée par les parties. Pendant les Cent-Jours , Louis résista à toutes les sollicitations qui lui furent faites et ne vorrlut se rendre ni auprès de sa sœur à Naples, ni au sein de sa famille à Paris.

11 avait besoin de repos après une vie passée, malgré lui , dans les embarras et dans les inquiétudes les plus pénibles, avec une santé dérangée deprris longtemps. L'espérance d'aller mourir à Saint-Leu lui fut ravie par la loi du

12 janvier 1810, qui excluait du royaume à perpétuité la famille entière de l'empereur.

Après avoir habité Rome pendant quelques années avec son fils ahré, que la reine Hortense lui remit enfin au mois de novembre 1815, Iam'is Bonaparte alla à Florence , où le grand-duc de Toscane lui accorda i'arrtorisation de se fixer défii^tivement. Philosophe, méprisant le faste, ne désirant qu'une vie tranquille, il ne regretta jamais la puissance, et, si parfois des idées triste»

NAPOLÉON (Louis Hobtense)

Tinrent interrompre la constante sérénité de son » ime ou la douceur de son caractère, ce fut par | inquiétude pour l'avenir de ses enfants. Sa vie à Florence s'écoula paisible, sinon tout à fait heureuse enlre l'étude et l'amitié. Au mois de novembre 1830, il revenait de Rome, lorsque en avant de Viterbe, à Bolsena, sur la route, il rencontra Hortense qui s'y rendait avec son second fils. Ils se communiquèrent leurs inquiétudes au sujet des idées politiques que manifestaient leurs enfants, au milieu de l'ébranlement produit en Italie par la révolution, de Juillet. La mort de son (ils atné(17 mars 1831) fut pour Louis une de ces pertes dont rien ne console. Différentes attaques d'apoplexie qui paralysèrent ses membres ajoutèrent les souffrances physiques aux tortures morales. Les affaires de Strasbourg (1836) et de Boulogne ( 1840) mirent le comble à ses chagrins . Sa santé dépéril de jour en jour. Un seul chagrin dominait ses souffrances, l'idée d'être séparé de son fils, alors prisonnier à Ham , et de mourir sans pouvoir

l'embrasser. Il écrivit séparément (août 1845) à ! et de pièces falsifiées. » L'empereur voulait parler MM. Molé, Decazes et de Montalivet,et les pria, de cet ouvrage qu'il n'avait pas lu, on a lieu de dans les termes les plus pressants, d'intercéder ! le croire (les livres envoyés à cetle époque »

des Latins dans la poésie française? • Il fil imprimer son travail à Rome, puis à Florence, et l'étendil ensuite sous le titre à' Essai sur la versification; Rome, 182r»-26, 2 >ol. in-»». L'auteur, en supprimant la rime, et consmaot toutefois le même nombre de syllabes et la mêmes césures aux vers français, propose ooe distribution régulière des accents, ce qui ferait des vers rhythmiques. Il donne pour essai* dans le même ouvrage, Rut h cl Aoemi, opéra en deux actes, Lucrèce, tragédie en cinq acte», et V Avare, comédie de Molière, mise en vers; — Histoire du parlement anglais dtpuis son origine jusqu'en Van VU, avec <l« notes de Napoléon; Paris, 1820, in-*»; - Documents historiques et réflexions sur U gouvernement de la Hollande; Paris, isw, 3 vol. in-8°, édition faite aussi à Londres, l« même, année et une autre a Amsterdam dm Delacliaux. Dans son testament, Napoléon 1" pardonua à son frère le libelle qu'il avail publie. « Ce libelle, dit-il, est plein d'assertions fausses

en faveur de son fils auprès du roi Louis- Philippe. Le gouvernement français ne |>ouvait prendre une résolution, à moins de garanties de la part du prince, qui de son coté refusait de s'associer aux démarches de son père, préférant, disait-il, la captivité au déshonneur. L'évasion de ce dernier aplanit les difficultés; rien ne semblait plus désormais s'opj>oser à l'entrevue dernière du père et du fils. Il n'en fut pas ainsi. En apprenant que son fils était libre, Louis reprit quelques forces; impatient de le revoir, il se lit conduire à Livourne, afin de le rejoindre quelques heures plu» tôt. A son arrivée à Londres, le prince s'était vu refuser par le ministère des passe-ports, pour se rendre en Italie. Après avoir, pendant tout un mois, remis de jour en jour son départ pour Livourne, il écrivit à son père mourant que la diplomatie le tenait enchaîné sur le rivage anglais. Louis ne put supporter ce dernier coup. Frappé subitement, dans la matinée du 24 juillet lato, d'une attaque d'apoplexie, il tomba dans un assoupissement léthargique, et s'éteignit le lendemain au matin, sanscrise et sans convulsion, à l'Agede soixantehuit ans, loin de son fils, de sa famille et de sa patrie. Ses restes mortels furent transportés, le 30 septembre 1847, à Saiut-Leu.

Le roi Louis a publié quelques ouvrages : Marie, ouïes Peines de l'amour ; Paris, |8(»8, 1814, 18 là, 3 vol. in 12 : ro roman offre un** des cnption fidèle des morurs et des usages des Hol landais; — Odes; Vienne, 1813, in-4u; — Mémoire sur la versification : ce mémoire fuLenvoyè en 1814 a l'Inslilut et concourut pour le prix que Louis avait lui mérne fond»* sur celle question : « Quelles sont les difficultés qui s'opposent à l'inlroducliou du rhythmedes Grecs et

Sainte-Hélène étaient interceptes), il n'en parlait que d'après des indications qui lui étaient transmises; — Réponse à sir Walfer Scoft sursoit Histoire de Napoléon; Paris, 1828, 1»29, in-»"; — ftouveau recueil de poésies ; Florence, I82!s in-8o; — Observations sur l'Histoire de Napoléon , par M. de ISorrins ; Paris, 1*34, in *'.

Les trois enfants que Louis Bonaparte eut J< son mariage sont : Napoléon-Charles, Kaftrleon- Louis, et Charles-Louis-IS'apoleon (wjflesarticles qui suivent). H. Fisotei.

Documents historiques. — La Cour de Hollande**** te régne de I.. Bonaparte, par uo auditeur; Pan», m -8°. — Mémo» rcs sur ta Cour de {mus IS'apoltvti <i Sur la Hollande; l'arU. im, ln-»°. — Thlert, Hutoir* du Consulat et de V Empire. - Moniteur mntervt; IMM* isii. - r. Woulen, Us Bonaparte dtpuiiWU jusqu'en Bruvi Ile*. U4*. 1n-8«. - Mi > c*-tv*t.

Mémoires sur ta reine Ifrrtense. - Fuites d< l« nlnn «"honneur, l. ». - Ui C*«e», Mémorial dt ■>««<*- Hélène.

HORTBS8R ( Eugénie- Hortense de Br»imiiM\is), reine de Hollande, née à Paris, le 10 avril 1783, morte à Arenenberg, le 5 octobre 1837. Klle était fille d'Alexandre de Beaiiharoais et de Joséphine de Taschcr de la Pageric, depuis impératrice. Emmenée en 1787 a la Martinique, elle n'en revint, en 1790, que |*nréïre témoin des désastres de sa famille. Pendant ta détention de sa mère, elle demeura, ainsi que son frère Eugène, sous la surveillance de la priacesse de Hohenzollern, gardée elle- même a vue dans Fhôtelde Salm. En 17%, Joséphine qwisa en secondes noces le gênerai Bonaparte, et Hortense fut placée dans le pensionnat de M™*' Campan, où tout en oruant M>n espril nalnrei île* connaissances propies à son sexe, elle tchm de se former au ton et aux manières du grand monde. A l'âge de dix-sept ans, elle paroi *"

447 (m) NAPOLÉON

milieu rie la cour consulaire avec tous les charmes d'un mérite modeste ; elle fut recherchée par le* hommes les plus distingués, mais la politique seule conclut son mariage, et il ne fut pas heureux. Elle épousa, le 3 janvier 1802, Louis Bonaparte, bien que leurs sentiments et leur caractères fissent craindre à la mère du premier consul une union peu sympathique. Elle était devenue deux fois mère lorsqu'elle quitta la France pour aller s'asseoir sur le trône de Hollande. L'année suivante elle(voyait son (ils aîné expirer entre ses bcas. Rien ne put consoler Ilortense de cette perte. On lui conseilla un voyage dans les Pyrénées ; son époux allai'* re joindre au village d'Arrens, au fond de la vallée d'Azun, et la ramena à Paris. Son existence se concentra presque toute entière dans son hOIel de la me Cérutti, et dans quelques excursions à Saint-Lcu et à la Malmaison. Là, formant sa cour de quelques hommes de mérite et d'artistes, elle se montrait véritablement reine au milieu rie soirées brillantes qui donnaient le ton à la mode et au gout. Elle dessinait avec talent le paysage et les Heurs, et sa voix agréab'c donnait un nouveau prix aux romances qu'elle chantait et dont elle aimait à composer la musique. C'est pour elle que M. de Laborrie fit ses couplets chevaleresques : Partant pour la Syrie... dont l'air, composé par la reine Hortense, est aujourd'hui considéré comme un chant national. C'est elle qui, la première, eut l'idée de faire placer au-devant de chaque romance un dessin qui s'y rapportât, usage qui depuis a été constamment suivi. Tenant de sa mère le goût de la botanique et des fleurs, elle se plaisait à en perfectionner la culture dans ses jardins (1).

Cependant Napoléon rr, déçu dans son espérance d'adoption du fils ainé de Louis et ri'Hortense, avait résolu de divorcer avec Joséphine. Vainement, Ilortense fit à l'empereur des représentations touchantes, sa voix ne fut point écoutée. Tristement humiliée, il lui fallut, aux fêtes du mariage, soutenir, avec les autres reines de sa famille, le manteau de la nouvelle impératrice. A cette époque, elle témoigna le déair de faire prononcer son divorce, mais l'Empereur s'y refusa, et lorsque peu après, Louis sejoignitàsa femmepour demander tout au moins l'autorisation de se séparer, le conseil de famille, sons la présidence de l'Empereur, jugea cette question prématurée. Hortense, pour obéir à la politique de Napoléon, se résigna a se rendre eu Hollande, où on l'accusa de se montrer trop Françaises d'avoir contribué au traité par lequel Louis était obligé de céder une province à l'empereur. Le lpr juillet 1810, Louis abdiqua en faveur de son fils, et nomma Hortense régente du royaume. Quelques jours après, Napoléon annulait les arrangements de son frère et réunissait la Hollande à l'empire.

(il Ce D'c»t point en non honneur, comme on l'a Imprimé, que son nom fut donné a l hortensia. Commerça, mort en 1TTS à nie de France, avait consacré ce S'.nrc à Hortense Barré.

(Hortense) 4i8(,n)

Quant à Hortense, qu'il autorisa alors à se séparer de son mari et à garder ses deux enfants, il lui assigna un revenu annuel de deux millions. Réduite ainsi, comme elle le disait elle même, âu rôle «le retne honoraire, Hortense, dont la sanlé était chnncelaute, fixa son séjour à Paris, et son hôtel devint le centre de la société des Tuileries, où l'on admirait l'esprit, les grâces, les talents et l'affabilité réunis en sa personne (I). Les revers de nos armées amenèrent l'invasion de la France par 1rs alliés. Outrée de la faiblesse que montra le conseil de régence, en décidant le rié|»art de l'impératrice pour Blois, départ auquel elle s'était énergi«|upuient opposée, Ilortense rejoignit sa mère au château de Navarre, près d'Evnmx ; puis, le 12 avril, elle se rendit auprès de Mario- Louise, prisonnière à Rambouillet Celle-ci la reçut d'un air embarrassé, et lui donna à entendre qu'elle ferait peut-être bien de repartir ; mais Hortense ne la quitta que lorsque l'empereur d'Autriche eût décidé que sa fille irait a Vienne. De retour à la Malmaison, elle y vit les souverains alliés, et leur inspira un tel intérêt, que bien que, par la convention de Fontainebleau du 1 1 avril, il lui fut accordé un revenu de 400,000 francs, ils voulurent encore lui assurer un sorl indépendant. Le désir de rester près de sa mère, de conserver à ses enfants une patrie, un reste de fortune, la fit consentir à une convention particulière, en vertu de laquelle on forma un duché de tous les biens qui environnaient le domaine do Saint-Leu. Suivant la clause des lettres-patentes du 30 mai 1814, ce duché devait toujours lui représenter 400,000 francs de rente. Le 28 de ce mois, Hortense avait fermé les yeux à sa mère, dont elle fit déposer les restes dans l'église de Rueil. Après un court séjour aux eaux de Plombières et h Rade, où la grande-duchesse Stéphanie, sa cousine, Caroline, reine de Bavière et Elisabeth, impératrice de Russie, la traitèrent en reine, elle revint a Saint-Leu le 19 septembre, et, comme son salon était sans cesse rempli de militaires et d'anciens fonctionnaires qui regrettaient Napoléon, il fut aisé de l'accuser de conspirer contre la famille des Bourbons. Etant allée remercier Louis XVI II de l'érection du duché de Saint-Leu, elle reçut du roi un si gracieux accueil que les bonapartistes lui reprochèrent d'être trop favorable à la Restauration. Elle disputait alors à son mari devant le tribunal de la Seine, son fils atné Napoléon que le roi Louis réclamait impérieusement. Le tribunal donna gain de cause a ce dernier; mais l'arrivée de l'empereur (20 mars 1815) retarda l'exécution rie ce jugement. De nouveaux désagré-

(0 lillo trouva surtout «1rs consolations dan* l'amitié Constante d'une Ame dévouée et qui réunissait toutrs les qualité* du errur et de l'esprit. Adèle Aogulé , sreur cadette de la maréchale Ney , avait été élevée chez M*" Campan avec llorlcnsf , qui l'avait mariée an gé-

! néral de Broc, grand marécltal de la cour de Hollande. En mal 1*13, dans une promenade aui environs d'Ali en

i Savoie, cette dame tomba dans un précipice on elle dis-

| parut et (ut nojée sous les yeux de la reine tans qu'il

I fût possible de lui porter secours.

Digitize

447 (tM)

NAPOLÉON (Hortense)

inents vinrent l'assaillir. Napoléon lui fit un crime d'être restée au milieu «le ses ennemi», et refusa d'abord de la voir ; cependant il ne tarda pas à être éclairé sur sa conduite, et il lui rendit toute son affection. Ilorlense n'usa de sa faveur que pour être utile Sur son instante recommandation, Napoléon permit à la duchesse douairière d'Orléans et à la duchesse de Bourbon de rester en France , fixant à la première 400,000 francs de rente, et 9.00,000 à la seconde. Après le désastre de Waterloo, elle resta fidèle à Napoléon , l'accueillit à la Malmaison, et lui prodigua tous les soins de la fille la plus dévouée (t). Après avoir reçu les derniers adieux de Napoléon, Hortense revint a Paris le 29 juin; mais le 19 juillet, on lui intima l'ordre de quitter la capitale dans deux heures. Il lui fallut partir avec ses deux enfants, sous la garde du baron île Woyna, aide de camp de Schvvartzenberg. Elle résida successivement à Aix en Savoie, où elle avait fondé un hôpital, à Constance, et à Thurgovic. Après avoir commencé la rédaction de ses Mémoires, et surveillé les études de son jeune fils, à qui, tout en lui enseignant les beaux arts, elle avait donné pour le fortifier dans l'étude des langues anciennes et dans l'art militaire, Le Ba9 (depuis membre de l'Institut), et le général Armand!, elle acheta le château d'Arenenberg(18l7), sur les bords du lac de Constance, et se plut à embellir celte pittoresque résidence. La même année, elle |>assa l'hiver à Augsbourg, où son frère Kugène vint plusieurs fois la voir. La mort du roi de Bavière Maximilien (13 octobre 1825) et celle de son frère Eugène (1824) lui firent quitter Augsbourg, et comme elle avait obtenu de Léon XII la permission de venir en Italie, elle passait tous les ans l'hiver à Rome et I été à Arenenbcrg.

La révolution de Juillet 1830 h jeta de nouveau dans de pénibles agitations, tout en faisant miroiter à ses yeux l'espoir d'un prochain retour dans la patrie. L'illusion fut de courte durée. La seule pensée d' Ilorlense, en présence des mouvements insurrectionnels de l'Italie, fut de garantir ses deux filsd entraînements dangereux. Se.s errances furent en partie trompées. Le li novembre 1830, elle embrassa pour la dernière fois son fils aîné, qui succomba à Kbrli au printemps de l'année suivante. Un seul fijs lui restait ; elle fit taire, pour le sauver, sa douleur maternelle, et à l'aide d'un passeport anglais, arriva à Paris , où elle s'empressa de faire connaître sa présence à Louis-Philippe. Le roi lui accorda une audience et ne put que lui donner des promesses sur le rap|>el de la famille de Napoléon , et la possibilité de lui restituer le

|l) Elle lui Ht accepter un collier d'une valeur de D00 000 franc», et qui fut cou*u dans un ruban de «oie noire que l'empereur portail auteur de lut. En retour de ce collier. Napn|('on lui fil une •tèl<-g.illon qu'il avait re*erree sur a liste civile, et «jul fut saisie par le gouvernement royal peu de Jour» après. i;e collier fut remis en llil par M. de Montln lon a Ilorlense qui , dans un moment de pénurie, le coda en isis au roi .:e lîovlere, moyennant une pension » libère de î^.ooo franr. que ce prince n'eut à payer que pendant deux ans.

duché de Saint-Leu. De retour à Arenenbcrg, après avoir passé trois mois en Angleterre, Hortense y retita quelques années assez tranquilles; mais à la première nouvelle de l'arrestation de son fils à Strasbourg (30 octobre ts3ft; elle m mit en route |K>ur Paris, dans l'intention <l*intercéder en sa faveur auprès du gouvernement Arrivée à Viry, maison de campagne de la duchesse de Haguse, elle écrivit à Louis- Philippe ; mais déjà le ministère avait d'aidé du sort do prince, et un des membres du cabinet fut chars* d'en prévenir la reine Hortense, tout en lui intimant l'ordre de quitter immédiatement la France. Une personne influente fut en même temps chargée de lui demander, au nom du gouvernement, d'engager son fils à rester dix ans aux États-Unis; mais Hortense répondit at« fermeté qu'elle ne pouvait prendre aucun engagement semblable. Déjà si durement éprouve*, elle ne put supporter sans violence la «léportation de son fils. Sentant que le terme de sa rie approchait, et voulant embrasser une dernière fois son fils bien-aimé, elle lui écrivit, le 3 avril 1837, de venir recevoir ses adieux. Celui-ci était depuis quatre mois arrivé à New- York. La lettre lui parvint au mois de juillet. Ce n'était pas chose facile que de se rendre en Suisse. La France, l' Autriche et l'Italie lui étaient fermée*; son nom y était, pour ainsi dire, frappé d'un arrêt de mort, et il était plus que douteux q»t les gouvernements, dont il devait traverser le* Etats , lui accordassent l'autorisation oeceisaire. Ces considérations ne purent arrêter le prince Aussitôt il s'embarqua pour l'Angleterre, passa en Hollande, la traversa sans être reconnu, gagna le Ilhin, qu'il remonta jusqu'à Carlsrohe et atteignit sans obstacles les frontières du canton de Thurgovic. Mais il n'arriva a» château d'Arenenberg que pour fermer les yeux i » mère, qui expira entre ses bras, le 5 octobre 1837, à cinq heures du matin, à l'à^e de cinquante-quatre ans et demi. Dans son testament du 3 avril précédent la noblesse de son âme se montre toute entière :

» Que mon mari donne un souvenir à m« mémoire; qu'il sache que mon plus grand regret a été de ne pouvoir le rendre heureux. Je n'ai point de conseils politiques à donner à mon fils ; je sais qu'il connaît sa po***" et tous les devoirs que son nom lui iwpw- Je pardonne à tous les souverains, aT*!C.^ quels j'ai eu des relations d'atnitie.la HçP* de leurs jugements sur moi Je pardonne à « les ministres et chargés d'affaires «les pu»*»"" ces la fausseté des rapports qu'ils ont con *w ment faits contre mol. Je pardonne à queiq Fiançais, auxquels j'avais pu être tiliie, calomnie dont ils m'oi.t accablée pour s* quitter ; je pardonne à ceux qui l'ont crue examen , et j'espère vivre un peu dans le ^ venir de mes chers compatriotes. •• Av8° „ mourir, Hortense avait exprimé le ^"J^ ses reslcs mortels fussent déposés aupre*

447C1*7) NAPOLÉON (Napolkon-Chables, Napoléon-Louis) 448^*)

mère, dans l'église de Rueil. Ce vœu fut exécuté | le retenir, lors des événements qui se passèrent le 19 novembre 1837. Le prince Louis, son fils, I en Grèce, qu'en lui Taisant, dit-on, comprendre captif à Ham , fit élever à sa mémoire un monument funèbre dont l'inauguration eut lieu le 20 avril 1846. U. F.

Us reine Uortente en Italie, en France et en Angleterre pendant l'année IMt ; l'art», 1833 et lMl.tn-11 ( «itrait des Mémoires èeril» par elt«-méinr> ). — Mllc Co« chciet. Mémoires tur la reine Hortense et la famille impériale. — la Cvur de Hollande tout le roi Louis ; Parts, IMS (attribué au duc de PUI»anc*-l.e Brun). — Nicolal, tedachtnitslede tel erfnfaten Jbleden der Prau Herzogtn von Saint-Leu ; Constance, 1*37, tn-9**. — La reine Hortense, Pari», 18M (attribue a M. Mocquard).

Bonaparte (Napoléon-Chartes), né a

combien son nom pourrait nuire à cette cause. Après la révolution de 1830, on écrivit de Paris au prince pour l'engager à venir aider à reconquérir les droits de Napoléon II, son cousin. Le procès des ministres avait été indiqué comme un moment décisif contre un gouvernement, non élu par la nation. Napoléon-Louis hésita d'abord, puis il refusa. « Le peuple est seul maître, disait-il dans sa réponse; il a reconnu un nouveau souverain. Irais-je porter la guerre civile dans ma patrie, lorsque je voudrais la ser- Paris, le 10 octobre 1802, mort à la Haye, le j vir au prix de tout mon sang? » De la Corse, 5 mai 1807. Héritier du trône de Hollande il était on lui avait fait des propositions auxquelles il «lestiné à être adopté par Napoléon I" ; mais il j avait répondu de la même manière. La mort de

Pic VIII ( 30 novembre 1830 ) parut un moment favorable à la jeunesse italienne pour secouer le joug du gouvernement papal ; bientôt la Romagne, Modène , Plaisance se soulevèrent, et la révolution fit des progrès rapides. Napoléon- Louis se rappela ses serments d'autrefois, et imposant silence à tous ses intérêts, il quitta, le 20 février 1831, sa jeune femme et son père, qui apprirent bientôt que lui et son frère Charles- Louis organisaient la défense depuis Foligno jusqu'à Civita-Castellaua, que toute la jeunesse des villes et des campagnes leur obéissait, qu'à peine armés, ils cherchaient à tirer parti du peu de ressource* qu'offrait le pays, et se préparaient à prendre Civita-Castellana , pour y délivrer les prisonniers d'État. Le roi Louis et la rerac Hortcnsc parvinrent à détourner leurs enfants du parti qu'ils avaient embrassé, en leur montrant leur nom comme pouvant éloigner l'appui qu'on espérait du gouvernement français. Napoléon-Louis et son frère se rendirent alors à Bologne , et . lorsque les Autrichiens entrèrent sur le territoire pontifical, ils partirent pour Forli. La rougeole régnait dans le pays ; les fatigues et les contrariétés morales aggravèrent la maladie du prince qui succomba après trois jours de souffrance, au moment où sa mère accourait au-devant de lui pour le soigner. I). ne laissa point d'enfants de son mariage.

On a du prince Napoléon-Louis : la traduction française de la Vie d'Agricola de Tacite (Avignon, 1828, in-12),et de V Histoire du sac de Rome de Jacques Bonaparte ( Florence, 1829, in 8°), ainsi qu'une Histoire de Florence (Paris, 1833, in-8°). H. F— t.

Bionr. unit, et port, des Contemp. — La Farina, Storia d'Italia dal IStS al 1SI1. — Gualtrrto, Dei Hivolçlmenti lUUiuni. - M"* Cochrlet, Mémoires sur la retne Hortense. — F. Woutrri, Les Bonaparte depuis tsis.

Bonaparte (Charles • Louis- Napoléon ).

Voy. Napoléon III.

D. Jérôme et sa famille

Jérôme (Jérôme Bonaparte), roi de West* phalie, le plus jeune des frères de Napoléon 1er, né le V> novembre 1784 , a Ajaccio, mort le 2'i juin 18C0, au château de Villegenis, commune

du croup, maladie alors peu étudiée.

Bonaparte ( Napoléon- Louis), né à Paris, le 11 octobre 1804. mort à Forli, le 17 mars 1831. Le premier des membres de la famille Bonaparte il fut inscrit sur les registres de l'État, comme prince français, baptisé à Saint- Cloud par le pape Pie VII, et tenu sur les fonts par Napoléon Ier et Madame mère. La mort de son frère aîné le rendit prince royal. Lorsque le roi Louis renonça à la couronne en sa faveur, les Hollandais le reconnurent un moment pour roi sous la régence de sa mère. Napoléon Ier qui, le 3 mars 1809, l'avait créé grand-duc de Berg et de Clèves, l'envoya chercher par son aide de camp, le général Lauriston , et amener au château de Saint • Cloud. Jusqu'en 1815, le jeune prince habita la France avec sa mère qui lui avait donné pour gouverneur l'abbé Bertrand; mais, à la suite du jugement rendu par le tribunal de la Seine (voy. les articles précédents), il fut rendu à son père, alors établi à Rome. Entouré de bonne heure par cette jeunesse qui rêvait la régénération de l'Italie, le jeune prince s'attacha avec ardeur à la cause d'un peuple soumis k des souverains dont la plupart n'étaient que les vassaux de l'Autriche. Lors des mouvements révolutionnaires de Naples, quelques soupçons s'étant élevés contre lui, son père jugea k propos de l'emmener à Florence. En 1827, le prince épousa sa cousine germaine, Charlotte Bonaparte, seconde fille du roi Joseph. Depuis ce moment, il se livra à de sérieuses études sur la mécanique, et se fit même connaître par quelques inventions industrielles. Une papeterie qu'il avait établie à Seze-Yezza, et dont il avait lui-même tracé le plan , occupait tous ses loisirs ; il avait inventé pour cette usine des machines perfectionnées sons ses yeux et dont la réussite avait comblé ses espérances. U parut de lui, en 1828, sur U direction des ballons , un travail ingénieux honorablement mentionné dans le monde savant. Sans préjugés, mettant seulement à honneur d'être utile à l'humanité, il était républicain par caractère, et ne faisait aucun cas des prérogatives de naissance. Sa mère n'avait pu

NAPOLÉON (Jibôme)

de Massy (Seine et-Oise). 11 avail à peine huit ans lorsque sa famille se réfugia en France. En 17U7, il quitta Marseille et fut envoyé au collège de Juiliy, où il Ht ses études classiques. Après le 18 brumaire, Napoléon l'appela auprès de lui (19 février 1N00). D'à tord simple soldat aux chasseurs à cheval dans la garde consulaire il lit une campagne à l'Ile d'Elbe; il entra, le 70 no- \emhre isoo, dans la marine militaire comme aspirant de seconde classe, à tord du vaisseau V Indivisible qui portait le pavillon de l'amiral Gaulhcaume; ce fut alors qu'il prit part dans la Méditerranée au comhat et à la capture du Sw<f sure (2» juin 1*01). Nommé, le 20 novembre 1 801 , aspirant de première classe, il reçut l'osdrede rejoindre à Rochefort l'expédition de Saint-Domingue, et arriva, le 4 février 1802, avec la flotte devant Port-au-Prince, qui le lendemain était au pouvoir des Français. L'amiral Villaret- Joyeuse lui conféra le grade d'en.vigne de vaisseau {4 mars), et le chargea d'une mission auprès du gouvernement consulaire. Après avoir rempli sa mission à l*aris, Jérôme rallia l'expédition dans l'automne de 1802. Le 2 novembre île celte année, il reçut, avec le gratte de lieutenant de vaisseau, le commandement du brick CKprrvier. Jérôme, suivant les instructions de son frère, visita successivement Sainte Lucie, ta Guadeloupe, la Martinique , la Dominique, en releva les attérissemeuts et, en avril 1803, il fut rappelé en France; mais, surveillé et bloqué jusqu'en juillet par les croisières anglaises dans la rade de Fort Royal, il prit la résolution de tenter la voie, des États Unis pour revenir en France. Cet expédient lui réussit, et le 20 août il abordait à Norfolk, l'un des ports de la Virginie. Après deux jours passés à Washington, il alla, en attendant que l'on frétât un bâtiment, violer Itoston ou, comme frère du premier consid, il ne tarda pas à être l'objet de la curiosité et «le la sympathie de toute la ville. Le 23 octobre, il fut présenté a Jefferson, président des F.lats- Vnis. Ce fut à cette époque qu'il fit la connaissance de la fille d'un riche négociant de Hallimore, miss Élisa Paterson, pour laquelle il conçut une vive passion. Sur ses instances, l'envoyé d'Espagne demanda pour lui la main de la jeune Américaine, et malgré les protestations de M. Piclion, consul de France, et les hésitations de la famille Paterson, qui comprenait l'irrégularité d'un mariage fait à l'étranger sans le consentement de sa famille, il épou«a cette jeune personne (24 décembre 1803). Jérôme et sa femme habitèrent les Étals-Unis jusqu'au 3 mars 1805. Napoléon, mécontent du mariage irregulier de son frère, ne voulut pas le reconnaître; sa mère, M"'* Laditia, protesta, le 22 février l8t)5.par un acte passé devant Mr Raguideau, notaire à Paris, contre le mariage de son fils mineur, et, par décret impérial du 2 mars suivant, il fut fait défense à tous officiers de l'état civd de l'Kmpire de recevoir sur leurs

registres la transcription de l'acte de célébration du prétendu mariage que Jérôme avait contracté en pays étranger, en âge de minorité, sans le consentement de «a mère, et sans pub i cation préalable dans le lieu de son domicile. Enfin, un nouveau décret du 21 mars déclara le maringe nul et les enfants qui pourraient en provenir illégitimes.

Les deux époux faisaient pendant ce temps voile pour l'Europe; le 8 avril, leur navhe entrait dans le port de Lisbonne. Sans perdre de temps, Jérôme se dirigea vers l'Italie. Arrivé le 24 avril à Turin, il ne lui fut possible de voir l'empereur que le G mai à Alexandrie, et l'on se doute bien que le jeune lieutenant de vaisseau ne fit p dut plier le monarque. Amenée par Yhrtn à Amsterdam, M"« Paterson n'obtint pas la permission de descendre à terre, et se rendit en Angleterre où, un mois apiès (~ juillet 1805), elle mil au monde à Camberwell (comté de Surrcy), un lils qu'elle fit inscrire sous le nom de Jerfaiu i:onnpattc,e\qw,en 1861, après la mort de Jérôme, ayant voulu réclamer sa légitimation, a vu ses prétentions repoussées par le conseil do famille impérial, le tribunal de première m. tmee de la Seine et enfin définitivement par la cour impériale de Paris, qui ont déclaré le mariage nul et non avenu.

La disgrâce de Jérôme ne fut que passagère. Quoique simple lieutenant de vaisseau, il reçut, dès le 18 mai 1805, le commandement d'une escadre composée d'abord de ta Pomone, des bricks V End y m ion et le Cgclope. Le 2i mai 1805, l'Empereur nomma Jérôme capitaine de frégate et fit ajouter à l'escadre qu'il avait placée sous ses ordres, deux autres frégates de quarante-quatre canons, V Incorruptible et /'J7ranie. Après avoir croisé pendant quelques jours devant Gênes, Jérôme reçut l'ordre de. se rendre à Alger, |>our y réclamer des Français et des Génois que le dey retenait en esclavage. Intimidé par la fermelé et les menaces du jeune capitaine, le dey lit rendre la litorté à deux cent trente et un prisonniers, que Jérôme ramena a Gènes, le 31 août 1805, en passant à ti avers les croisières anglaises. Satisfait de la manière brillante avec laquelle Jérôme avait remp'i cette mission, l'empereur lui donna, le 1er novembre suivant, le grade de capitaine de vaisseau, et !e commandement en second d'une escadre de huit vaisseaux de ligne placée sous les ordres de l'amiral Willaumez, qu'il avait chargé de ravitailler les ports que la France conservait encore aux Antil!e«, Jérôme commandait le vaisseau te Vétéran. Une tempête épouvantable assaillit l'escadre, à la hauteur des États-Unis, la dispersa complètement, et obligea le commandant en chef de cher, cher un refuge dans les divers ports de l'Union. Le frère de l'empereur tint seul la mer. Après avoir vainement cherché pendant plusieurs joors à rallier une partie de l'escadre, il rencontra un immense convoi de navires marchands anglais

^J7(,M) NAPOLÉON (JébÔme) 448('";

qui sortaient des ports du Canada et principale- vière et de Wurtemberg formeraient le 9e corps meut d'Halifax, pour se rendre en Angleterre de la grande, armée. Schweidnitz capitula le wus l'escorte de deux frégates. Jérôme était 7 février. Neiss, défendu par 6,000 hommes et

seul avec son vaisseau , et il avait à une faible distance de lui une escadre anglaise qui s'était mise à la poursuite de l'amiral Willaumez. Plus téméraire que prodent, il attaqua sans hériter le convoi, s'en empara après une résistance désesrerée de la part des deux frégates, et le détruisit, après en avoir enlevé les équipages avec lesquels il 61 voile pour la France. Arrivé sur les cotes de Bretagne, Jérôme tomba au milieu d'une escadre anglaise aux ordres de l'amiral Keith. L'imminence du danger stimula son audace : il manœuvra habilement au milieu de l'escadre ennemie , essuya plusieurs fois son feu , passa entre les nombreux rescifs dont la côte de Bretagne est parsemée sur le littoral du Finistère, et entra dans le petit port de Concarncau , où jamais, de mémoire de marin, aucun gros vais- >?au n'avait osé s'engager (26 août 1*06).

Jérôme se rendit immédiatement a Paris, où il arriva dans les premiers jours de septembre. L'accueil que lui fit l'empereur fut des plusaf-

assiégé le 23 février, capitula le 31 mai, après un bombardement des plus meurtriers, et Glalz, le 26 juin, après un combat sanglant, qui valut la prise d'un camp retranché élevé sous la ville et dans lequel on trouva un parc de 700 pièces d'artillerie. Cette prise compléta la conquête de la Silésie et termina en même temps la guerre de la France avec la Prusse, décidée dans les champs de Fricdland. L'empereur, après avoir plusieurs fois cité dans ses bulletins les victoires de l'armée de Silésie, reconnut les services de son frère : une couronne devint la récompense de Jérôme, promu, dès le 14 mars 1807, au grade de général de division. En vertu du traité de Tilsit (7 juillet 1807) les possessions de la Prusse entre l'Elbe et le Rhin, cédées à l'empereur, et d'autres États qu'il avait conquis, furent réunis en un royaume créé pour le prince Jérôme : il fut proclamé le lendemain 8 juillet roi de Westphalie. Ce royaume, formé par Napoléon dans une pensée régénératrice afin

fectueux. En récompense de ses services, il fut qu'il servit de modèle au reste de l'Allemagne,

nommé, par décret du 9 septembre 1806, contre- ! comprenait le duché de Brunswick, l'électorat

amiral. Peu de jours après, Jérôme passade la [ de Hesse-Cassel , une partie du Hanovre, les

marine dans l'année de terre, avec le grade principautés d'Halbcrstadt, Magdcbourg et Ver-

•le général de brigade. Le 24 septembre, il fut i den, Paderborn, Minden et Osnabrùck, cédés à

déclaré prince français et appelé éventuellement la France par le roi de Prusse,

a la succession au trône par un senatus-consulte. Le roi Frédéric de Wurtemberg, dans l'espoir

Le soir même, il quittait Paris pour aller se mettre qu'une alliance intime avec la famille im|>ériale

à la tète d'un corps d'armée, composé de 15,000 \ lui procurerait , en consolidant son trône, de

Bavarois et de 8,000 Wurtembergeois. Mais | nouveaux agrandissements de territoire et de

il n'entendait pas, sans une vive impatience, le bruit des combats qui se livraient sur la Saalê, à quelques lieues de lui. Dans chacune de ses lettres il suppliait l'empereur de le rapprocher de sa personne. Ayant reçu l'ordre de rejoindre le •luartier impérial avec sa cavalerie légère, il arriva sur le champ de bataille d'Iéna au moment où la victoire venait d'être décidée. Le S novembre, Jérôme établit son quartier général à Crossen , où s'était effectuée la concentration des trois di /isions allemandes, constituées, dès ce moment, en un corps distinct qui prit le nom d'année des alliés. Il était chargé de faire la conquête de la Silésie, tandis que l'empereur se porterait vers la Pologne au-devant des armées russes. Bien secondé par les généraux placés sous ses ordres, il suppléa par l'activité et la vigueur de ses mouvements à la faiblesse numérique de ses troupes. Investie le 9 novembre, la ville de Gross-Glogau , après un bombardement de quelques jours, se rendit au prince par capitulation, le i*r décembre, et livra aux Français 3,500 hommes , 200 bouches à feu, et des magasins considérables d'armes, de munitions et de vivres. Breslau, investi trois jours après, se trouva réduite à l'extrémité après un siège d'un mois, et ouvrit ses portes le 5 janvier 1807, le jour même °u l'empereur ordonnait que les troupes de Ba-

HOUV. BIOCK. CÉ.1LR. — T. XX XVII.

puissance, avait sollicité l'union de Jérôme avec sa fille Catherine, née le 21 février 1783. Cette princesse qu'une union avec un prince étranger, ne séduisait pas d'abord, obéit à la volonté de son père, et porta sur le trône, avec le dévouement le plus complet pour son mari, toutes les vertus propres à relever l'éclat d'une couronne. Pendant six années , elle embellit la cour de Catsel par ses grâces et par son inaltérable affabilité. Un décret impérial du 21 mars 1805 avait déclaré nul le premier mariage de Jérôme, et une sentence de l'oflicialité métropolitaine de Paris du 6 octobre 1806 en avait également prononcé la nullité. Le roi Jérôme épousa le 11 août par procuration, et le 22 août 1807 à Paris, en personne lu princesse de Wurtemberg.

Le roi de Westphalie s'appliqua avec zèle à l'acccomplissement de ses devoirs. Arrivé, le 10 décembre, dans Cassel, sa capitale, il choisit les hommes les plus distingués pour l'aider dans l'administration de ses États : il plaça à la justice M. Siméon; à la guerre, le général Eb!é, et l'historien Jean de Millier à l'instruction publique. Dès le 23 décembre, il assura le rétablissement de l'université de Halle, supprimée dans la dernière campagne, et, le 24, il divisa son royaume en huit départements. 11 supprima immédiatement les

-,*J7 (»») NAPOLfcO.N

«Urnes, les corvées, toutes les charges féodales | restées en usage, émancipa les Juils, lit déclarer le code Napoléon loi «lu pays, établit la liberté des cultes et la conscription militaire, modela les différentes branches de l'administration publique sur celles de la France, en ayant toutefois égard aux exigences locales, régularisa la magistrature, favorisa l'instruction, et introduisit dans son royaume les premiers éléments du gouvernement représentatif en confiant aux Ktats de Westpbalie, dont l'ouverture eut lien le "juin 1808, le soin «le discuter les lois élaborées par le conseil d'État. La fusion des peuples se lit en peu d'années, grâce aux efforts bienveillants du jeune souverain. L'impartialité de l'historien ne saurait faire qu'un reproche à Jérôme, c'est souvent un peu de légèreté et de prodigalité, ce qui lui attira plus d'une fois la désapprobation de l'empereur, qui lui rappela, d'une façon plus ou moins sévère, co qu'un trône impose d'obligations.

lin I80U, dans la guerre contre l'Autriche, une insurrection menaça d'éclater en Westpbalie, autour de Cassel; mais le roi la maîtrisa aisément, la réprima sans trop de ligueur, et put ensuite prendre la part qui lui était assignée dans les combinaisons de cette campagne. Le 21 juin, il marcha vers la Saxe avec uue partie de ses troupes, et entra à Dresde, le irr juillet, avec 20,008 Westphaliens, Saxons et Hollandais. De retour dans ses Ltats, il institua, le ?.:« décembre, l'ordre de la Couronne de Westpbalie qu'il dota, le lii février 18 10, des biens confisqués sur l'ordre de Malte. Kn 1812, Napoléon lui confia le commandement de l'aile droite de la grande armée qui allait franchir le Niémen, composée du 3e, du 7e et du 8* corps d'infanterie et du îc corps de cavalerie de réserve, formant une masse compacte de plus de 90,000 hommes. Le roi Jérôme passa le Niémen à Grodno (30 juin). Ses instructions lui enjoignaient d'empêcher la jonction du prince de Bagration, qui commandait la gauche des Russes, avec le centre des ennemis, «le le rejeter de la ligne principaledes opérations, et de l'écraser, de concert avec le prince de Schwartzenberg qui s'avançait «les frontièresde la Galli» ie. à la tête de 25,000 Autrichiens. Le roi de Weslphalb* chercha vainement à se mettre en commum'edion avec les troupes autrichiennes. Les lenteurs «le Schwai t/enberg firent manquer presque tontes ses combinaisons. Un instant surpris sur le Niémen, Bagration put opérer sa retraite, converger vers le centre et rétablir ses communications avec le corps de bataille, à la hauteur de Smolensk. Après ces opérations, dans lesquelles Jérôme, tout historien impartial doit le reconnaître, n'avait commis aucune faute, l'empereur, soit qu'il ignorât les lenteurs des Autrichiens, soit qu'il ne vit que les résultats, détacha le prince d'Fckmuhl vers le roi Jérôme, avec onire de prendre en son nom le commandement en 1

(JÉRÔME) 448;'*j

chef <!e l'aile droite. Le jeune roi quitta aussitôt l'armée et se retira dans ses Ltats. Cependant les désastres de la retraite de Moscou rendirent bientôt de nouveaux sacrifices indispensables; il n'hésita pas à ordonner la levée de nouveaux régiments, et les dirigea sur l'Elbe pour renforcer l'armée française. Un des princes coalisés lui fit alors proposer de ne point quitter Fon royaume, que venait d'envahir un corps russe aux ordres du général Czerniclicff, et «le se joindre aux puissances ennemies; ruai» Jérôme répondit avec dignité que « prince français, ses premiers devoirs étaient pour la France, et que roi par les victoires des années françaises, il ne saurait l'être encore après leurs désastres. Lorsque le tronc est à bas, disait-il encore, il faut que les branches meurent. »

Le roi Jérôme quitta donc ses lats (26 octobre 1S13), et repassa le Rhin. 11 ne prit aucune part à (a guerre de France ni à la malheureuse capitulation de Paris. Après l'abdication de Napoléon 1er, il se retira d'abord en Suisse, puis à Trieste. C'est là qu'il apprit le retour de l'empereur en France, et son arrivée à Paris (20 mars 1815). Se dérobant aussitôt à la surveillance dont il étaii l'objet, il s'enilarqua secrètement sur une frégate napolitaine, traversa rapidement l'Italie, et vint se réunir au chef «le >a famille. Nommé membre de la chambre des pairs ( ♦ juin), il assista à l'assemblée «lu champ de mai , et le lendema n quitta Paris, pour aller prendre le commandement d'une division d'infanterie dans le 2' corps. Place à l'avant-garde, il porta les premiers coups de la campagne dans la journée du lo juin. Ayant rencontré les Prussiens, il les refoula sur Marchienne qu'il enleva à la baïonnette, passa le pont au pas «le ch.irge, sous une pluie de mitraille, et eutra à Charleroi. Le lendemain 16, il combattit aux Quatre-Rras ; blessé à l'aine, au milieu de l'action, il ne voulut pas quitter le cliamp de bataille. A Waterloo, deux jours après, il l'orma avec sa division l'extrémité de la gaudie de la première ligne de l'armée. Ce fut lui qui engagea l'action, en attaquant la droite dos Anglais, retranchés dans le bois d'Hougoumont; le soir, il rejoignit l'empereur dans le carré de la vieille garde, et il entendit cette parole qui, ««ans tout autre moment, eût réjoui son cœur : « Mon frère, je vous ai connu trop tard. » Chargé du commandement de l'année au départ de l'Empereur, il le garda jusqu'à Laon, ou il remit au maréchal Soult près «le 23,000 hommes d'infanterie qu'il avait ralliés, 6,000 cavaliers et deux batteries.

Apres le désastre de Waterloo, le roi Jérôme se rendit à Paris, où le comte «le Winzingcrode, ministre de Wurtemberg, lui communiqua une lettre du roi son beau-père, par laquelle on lui promettait dans le Wurtemberg la liberté, le repos et les égards qu'il était endroit «l'attendre. Se confiant i des promesses aussi solennelles que positives, il

447(131) .NAPOLÉON (Jérôme)

se rendit dans le Wurtemberg ; mais arrivé à la frontière, il fut arrêté et menacé, dans le cas où il ne signerait pas ane convention qu'on lui présentait, de n'être point réuni à sa femme et à son enfant, et d'être livré à la Prusse. Les termes de cette convention équivalaient à un eroprison-

Jérôme avait entamé, en son nom personnel, des négociations avec le gouvernement de Louis- Philippe, afin d'être réintégré dans ses droits de citoyen français. Autorisé à habiter Paris à titre provisoire, il y vint a la fin de 18 î7, avec son second fils, seul survivant, et accueillit avec

neraent. Jérôme ne pouvait, ni gérer ses biens, i espoir la révolutiou de février 1848, qui mit fin

ni sortir du Wurtemberg, ni dépasser certaines | à la longue proscription de sa famille. Rentré

limites imposées à lui et aux personnes de sa dans la plénitude de ses droits de Français et

maison, sans une permission spéciale. Forcé de 1 d'officier général appartenant au cadre d'activité,

signer cette convention, il se rendit à Goppingen, où on lui déclara qu'il était constitué prisonnier; mais là, du moins, il eut la consolation de retrouver sa femme. Jérôme demanda la permission de renvoyer à Paris M. Abbatucci, pour réclamer d'un1 banquier 1,200,000 francs de valeurs déposées entre ses mains. Le roi de Wurtemberg refusa, et Jérôme ne put que faire écrire à son mandataire pour la restitution de ces effets; mais le banquier, apprenant que l'cx-roi de Westpbalie n'était point libre, allégua que les réclamations du prisonnier n'avaient aucune valeur et refusa de rendre le dépôt qui lui avait été confié. Ce fut une grave atteinte à la fortune de Jérôme : la première avait eu lieu en 1814, par suite du vol de tous ses diamants et d'une somme de 80,000 francs

par l'effet de la loi du 11 octobre 1848, il fut nommé gouverneur des Invalides (23 décembre 1S4B), et maréchal de France (1" janvier 1850 ). Après le coup d'État du 2 décembre 1851, il devint président du Sénat (28 janvier 18.)2), et, le 4 novembre de cette année, il prononça un discours remarquable, en ouvrant la délibération sur le message pour le rétablissement de l'Empire. Depuis cette époque, il résigna ses fonctions, et réintégré dans ses droits de prince français, il fut reconnu, ainsi que son fils Napoléon, apte à succéder au nouvel Empereur, et fut pourvu d'une maison militaire , d'une liste civile , et des résidences du Palais-Royal et de Meudon. Plusieurs fois, en l'absence de Napoléon III, il présida le conseil des ministres. Le 13 décembre 1859, il fut attaqué d'une inflam-

cnlevés à sa femme près de Fossart par le mai- mation pulmonaire, et son état devint assez grave quisde Maobreuil. De Goppingen Jérôme et sa pour inspirer, pendaut quelques jours, de sé-

femme furent transférés au château d'EHwangen. Suivant le conseil donné à la reine Catherine par son frère, aujourd'hui le roi Guillaume 1er, dans une entrevue qu'elle eut avec lui à Gcmunde, il demanda et obtint l'autorisation de quitter le Wurtemberg. Arrivé à Augsbourg, il fut surpris de recevoir des lettres- patentes datées de juillet 1816, par lesquelles son beau-père le créait de son chef prince de Moutfort; il les renvoya avec une protestation au prince royal , son beau-frère. Entrés en Autriche, les deux exilés passèrent l'hiver à Hairabourg, auprès de leur soeur, la reine Caroline, et c'est là que la mort inopinée du roi de Wurtemberg les surprit (30 octobre 1810). Le testament de ce prince portait qu'ayant touché sa dot qui avait été de cent mille florins (200,000 francs), la princesse Catherine n'avait rien à prétendre si ce n'est l'héritage de sa mère, montant à 150,000 francs. Une maladie cruelle de son fils décida, en octobre 1819, Jérôme à venir à Triestc. Ce nouveau déplacement épuisa les dernières ressource» de l'ex-roi , qui toutefois, en novembre 1820, obtint, un jugement du tribunal de la Seine contre le banquier qui l'avait spolié. En 1823, Jérôme se fixa à Rome qu'il habita jusqu'en 1831, époque à laquelle il s'établit à Florence. En dernier lieu, il résida à Lausanne, où mourut, le 28 novembre 1835, à la suite d'une hydropysie de poitrine, la noble et dévouée princesse Catherine qui, par sa fidélité aux malheurs de son époux, a, suivant l'expression de Napoléon Kr, inscrit, de ses propres s, son nom dans l'histoire.

rieuses inquiétudes. La même, maladie l'atteignit de nouveau en 1860, et il mourut, le 24 juin de cotte année, en son château de Villegenis. Ses funérailles eurent lieu I§ 3 juillet, avec la pompe la plus solennelle, et on I inhuma dans l'église des Invalides, où M. Cœur, évêque deTroyes, prononça son oraison funèbre.

De son mariage avec miss Elisabeth Paterson, Jérôme a eu un fils, Jérôme Ronai-vrte, né le 7 juillet 1805, à CambcrwHI (comté de Surrey), marié le 9 mai 1S29 à miss Suzanne Gay. Il vit retiré à Baltimore.

De la princesse de Wurtemberg , l'ancien roi de Westpbalie a eu :

Jérôme-iVapoléon-Charles, prince df. Montfort, né le 24 août 1814, colonel du 8e régiment de ligne au service du roi de Wurtemberg, son oncle, démissionnaire en 1840, mort à I lorenec , le 12 mai 1847.

Mathilde et XapoUon ( voy. ces noms ciaprès ).

Mniwlrcs du roi Jifrômr, publié* par te capitaine tnicaisc , et »uUt« de *a Cormponitanc^ avec Napoléon. - Thler», HiU.du Consulat et de F Empire. - Wontcr*. Ut B maparte. — Journal de la reine de IFettpftalie , puMIé par le baron Menev.il , dan* se» Sourentrs hittoriqurs — Dloor. univ. rt portât, det Contemporains. — Vaperrân, Dict. univ. det Contemporains. — Moniteur universel, juillet 1*60.

; napoléon (Joseph-Charles- Paul RonaI'Ahtf., prince), fils du roi Jérôme et de la princesse Catherine de Wurtemberg, est né à Trieste, le 9 septembre 1822. Il passa son enfance à Rome où étaient alors réunis la plupart des membres de la famille impériale , proscrite

417(,M) NAPOLEON (Jérôme,

par !a sainte-alliance des roi». En 1831, à la suile «le l'insurrection delaRomagne, dan* laquelle avaient «'lé compromis deux de ses cousins, son père fui obligé, de quitter les États du pape, et vint habiter Florence. Le roi Jérôme, pour donner a son fils une éducation aussi française que possible, le mit, en 1835. en pension à Genève. Le 28 novembre de la même année, le jeune prince perdit sa mère, celle noble femme dont Napoléon^ Sainte -Ilélèae, a dit : Par sa belle conduite en 1814 et 181 G cette princesse s'est itiscritr de srs propres mains dans Vltistoire.

En Suisse, le prince Napoléon passa près de deux ans au château d'Arenenberg, chez sa tante, la reine Hortense. Ce fut la reine qui s'occupa de l'éducation de son neveu; son fils, le prince Louis, depuis empereur des Français, plus âgé de quatorze ans que son cousin , lui donnait des leçons. Telle a été l'origine de l'intimité des deux princes, intimité qui les a suivis jusqu'au faite des grandeurs, où l'un d'eux a fait asseoir sa famille.

A quatorze ans, le roi Jérôme fit entrer son fils à l'école militaire de Ludwigsbourg, dans les États du roi de Wurtemberg, son beau-frère. Le prince y passa quatre ans. En 1840, il quitta le Wurtemberg pour visiter l'Europe , étudiant les mœurs, les coutumes et la politique des nations. La contrée qui seule avait toutes ses affections , la France, lui était cependant interdite; ce ne fut qu'en 18*5 qu'il obtint d'y faire une résidence «le quatre mois , et, avant l'expiration même de en terme, il reçut l'ordre de quitter le territoire fiançais dans la huitaine. Le neveu de Napoléon 1er alla tristement rejoindre les siens dans l'exil.

En juin 1847, l'ancien roi de Westphalie adressa aux chambres une pétition pour la rentrée de sa famille en France. Les pairs restèrent sourds a la toix du frère de l'empereur, demandant à mourir dans sa patrie. A la chambre des députés cette demande fut prise en considération , et le ministère se vit obligé d'accorder, au moins provisoirement, à Jérôme Bonaparte et à son fils le séjour en France. Quelques mois après, la révolution de 1848 emporta la royauté de Juillet. Le 26 février, le prince Napoléon écrivit en ces termes au gouvernement provisoire : « Au moment de la victoire du peuple, je me suis rendu à l'Hôtel de Ville. Le devoir de tout bon citoyen est de se léunir autour du gouvernement provisoire de la république, et je tiens à être un des premiers à le faire, heureux si mon patriotisme peut être utilement employé. » Mais le nom de Napoléon causa plus d'ombrage que de sympathie à ce gouvernement faible et divisé. Envoyé à l'Assemblée constituante par l'unanimité des électeurs de la

la voix en faveur '• ' mitm , le prince y e«x * : -;- - -« « Pologne fct de lïtaliê , el ne voulut point s associer au vote qui exilait la famille des Bourbons. 11 représenta la Saillie à la législative Dans ce»

Joseph-Chàûles Paul) 4 18 1?

deux assemblées, il vota habituellement av.c l'opposition démocratique. La projwsition qo il déposa sur la tribune, le 2 octobre 184y, concernant les insurgés déportés sans jugement , tut rejetée par la majorilé. Après le rétablissement de l'empire, le prince Jérôme et son lils furent déclarés seuls princes français, et aptes à succéder à la couronne.

Peu de temps avant la rupture de la paix par la Russie, le prince Napoléon avait été nommé général de division. Pour justifier cette haute faveur, décrivit, le 25 février 1855, à l'empereur: « Au moment où la guerre va éclater, je viens prier Votre Majesté de me permettre de faire partie de l'expédition qui se prépare. Je ne demande ni commandement important, ni litre qui me distingue ; le posle qui me semblera le plus honorable sera celui qui me rapprochera le plus de l'ennemi. L'uniforme que je suis fier de porter m'impose des devoirs que je serai heureux de remplir, et je veux gagner le haut grade que votre affection et ma position m'ont donné. Quand la nation prend les arrqes , Votre Majesté trouvera, j'espère , que ma place est au milieu des soldats ; et je la prie de me permettre d'aller me ranger parmi eux, pour soutenir le droit et l'honneur de la France. »

Le prince reçut le commandement de la 3 division d'infanterie de l'armée d'Orient. La trois autres divisions étaient commandées par les généraux Canrobert, Bosquet et Forey. L'armée fut d'abord débarquée dans la presqu'île de Gailipoli qu'elle isola du reste de la Turquie, par la construction des fameuses lignes de Boulayr. Puis, les armées russes ayant paru sur le Danube, et ayant commencé le siège de Silistiie, les troupes anglaises et françaises furent mises en mouvement pour couvrir Constanlinoplc menacé. La 3e division, conduite par le prince Napoléon, se rendit directement par terre sous les murs de la capitale de l'empire. 11 n'y resta que quinze jours ; les armées alliées furent concentrées sous Varna. C'e>>t là que fut organisée l'expédition de la Dobrubdja. Les i", 2e et 3* dissions françaises y prirent part. On sait comment un choléra foudroyant fondit sur la colonnes françaises, au moment où elles étaient engagées à la poursuite des Russes, an milieu des steppes immenses qui s'étendent entre le bas Danube et la mer. L'expédition rentrée dans la camps de Varna, le prince Napoléon, gravement atteint par la maladie, alla passer vingt jours sur le Bosphore, près de Constantinople, pour se refaire. A la fin d'août il revint à Varna reprendre le commandement de sa division. Quelques joui* plus tard, la armées alliéa étaient ewbarqoéeJ pour une datination inconnue. Le ik septembre, on débarqua à Old-Fort , sur la cotes de la

Crimée ; le i 8, le* généraux en » D...i,n «rniiviren en face M lanu^

et lord Raglan, se trouvèrent en face < russe établie d'une "^nière redoutaihauteurs de l'Aima. La division du gênerai w

U7 (m) NAPOLÉON (JOSEPH-ChARLES-PAIL) 448(,M)

quel tournant la gauche de l'ennemi , l'attaqua r les Russes en retraite et repassant la Tchcrnay;i. «lu cote de la mer; le* divisions Canrobert et Na- ! Deux jours après cette glorieuse victoire, le

poléon formaient le corps de bataille de l'armée prince malade, et qui n'avait quitta son lit que française; la division Forey était en réserve. La j pour se mettre à la téte de sa division, Tut endivision du prince, touchant la droite des Anglais, voyé à Constantinople pour s'y rétablir, l'n était au centre de la ligne anglo-française. On 1 mois après, sa santé ne s'améliorant pas , cl les sait par quel héroïque effort les alliés escala- i opérations, à cause de l'hiver, n'entrant pas dans dèrent, sous un feu épouvantable, ces positions ; une péiiode décisive, le prince revint en France, réputées inaccessibles. Le prince Menchikoff a par ordre de l'empereur. Il quitta Constantin témoigné, dans son rapport officiel, qu'il avait nople, deux jours après le duc de Cambridge jugé la bataille perdue quand il avait vu le centre rentrant lui même en Angleterre, des alliés, c'est-à-dire la division Napoléon, res- Aussitôt après son retour, le prince Napoléon 1er inébranlable dans la plaine sous le feu d'ar- reprit , avec un admirable esprit d'ordre, 1rs tillerie qu'il avait fait converger sur elle pour , travaux de la commission de l'Exposition univer- Pécraser. Ce fut pendant^lte phase de la lutte selle, dont il avait été nommé président avant

que l'intendant de la 3e division, Leblanc, fut ; son départ pour la Crimée. Sa tâche était con-

emporté par un boulet à côté du prince, et que le général Thomas, commandant la 2e brigade, fut grièvement blessé. Enfin l'approche des Anglais, quelque temps en retard, ayant permis au prince d'aborder la position, il donna le signal de l'attaque à l'arme blanche. Lal« brigade, commandée par le général de Monet, gravit au pas de

sidérable : il fallait pourvoir à ce que la France rencontrât partout un écho sympathique , terminer, approprier et compléter les bâtiments nécessaires à l'Exposition ; faciliter aux artistes et aux industriels les moyens de faire parvenir leurs œuvres on leurs produits ; organiser «le vastes services dont les premiers éléments

course les pentes de l'Aima, et culbuta les lignes < n'existaient pas ; choisir un personnel pour une

russes à la baïonnette. Le colonel Cler, du , administration nouvelle, sans traditions, ou avec

2* zouaves, planta son drapeau sur la tour qui I des précédents qu'il importait de modifier;

dominait le champ de bataille. Le maréchal de j veiller aux travaux et aux opérations du jury ;

Saint-Arnaud écrivit, du champ de bataille, à l'empereur, pour lui rendre compte de la belle conduite «lu prince dans cette journée mémorable, qui ouvrait la série des victoires du second empire.

On sait comment la campagne de Crimée devint le siège de Sébastopol. Au commencement de novembre le général Canrobert, commandant l'armée française, de concert avec lord Raglan, avait décidé que l'assaut serait donné à la place. Les ordres du jour avaient assigné les postes de chacun. Le prince Napoléon devait commander tes colonnes d'assaut. La grande attaque des Russes du 5 novembre et la bataille d'Iokermann forcèrent d'ajourner ces dispositions, et tirent entrer le siège dans une phase de longueur. Le plan des Russes, le 5 novembre, était d'attaquer à la fols et les divisions françaises occupées an siège, au moyen d'une grande sortie, et l'armée de secours, au moyen d'une colonne de 40,000 hommes , jetée au delà de la Tchernaya sur le plateau dlnkermann. Le prince Napoléon reçut l'ordre, aux premières nouvelles de l'attaque, d'envoyer sa première brigade sous le général de Monet, au secours des Anglais et du général Bosquet sur le champ de bataille d lnkermann. Lui-même, avec sa 2* brigade, se porta vers la place, pour appuyer le mouvement de la 4e division lancée à la poursuite de la sortie russe. Après que celle-ci eut été repoussée, le prince alla rejoindre sa ire brigade et réunit *a division à celle du général Bosquet qui venait de sauver l'armée anglaise. Ce fut une batterie de ht 3* division, celle du capitaine Lainsecq «qui, du b.ml de la crête dlnkermann, foudroya

distribuer les récompenses de façon à honorer tous les mérites et à ne froisser aucune juste susceptibilité ; faire enfin grandement les honneurs de la France à tous les peuples du globe, dont Paris devait être pendant six mois le rendez-vous.

Son Rapport (vol. in-V, 1857) sur cette joute pacifique de l'industrie et des arts do monde civilisé est un chef-d'œuvre de pensée et de style. « Il faut, y est-il dit, se féliciter de ce fait, qu'une nation ne forme i»oint un tout isolé; mais que tous les peuples tendent à être unis, au point de vue industriel, par un lien de solidarité. Chaque contrée est douée d'une production naturelle ou spéciale, qui lui allègue une place particulière dans le travail humain et la rend utile à toutes les autres... Ces expo sitions contribueront à la rapide propagation de celte vérité que l'on doit, tout en ménageant les transitions et les changements trop brusques , marcher à la véritable organisation industrielle et commerciale du monde, à celle qui nous vient de la Providence et qui consiste a laisser chaque groupe de la famille humaine se développer dans la branche de travail à laquelle le destinent son climat, son sol, ses richesses minérales, ses voies de communication, son tempérament et son génie national (1). »

Les Visites et Études au Palais de V Industrie (Paris, 1855-l8o6, 2 vol. in- 12) témoignent de toute la sollicitude du prince Napoléon pour tout ce qui concerne le progrès des arts et de l'industrie.

<i) Rapport sur l'Erposition univrritfa àe i*»5, P. iso.

447 NAPOLÉON (Jos

L'année suivante (15 juin 1856), le prince partit du Havre, sur la corvette la Heine liortense, pour visiter les répons du uord de l'Europe, avec une réunion d'artistes et de savants. Après avoir touché les eûtes d'Ecosse, il entra, le 20 juin, dans la rade de Reykiavick, vit les principales curiosités de l'Islande, se dirigea (7 juillet) vers l'Ile de Jean Mayen que des montagnes de glace ne permirent pas d'atteindre, céda à la tentation de longer la grande banquise qui tient à la cote orientale du Groenland, et revint, le 15 juillet, à Reykiavick. Le 17, il quitta de nouveau celte rade pour aborder la côte occidentale du Groenland. Après avoir doublé, le 21, le cap Farewell, il atteiguit Godhaab, établissement danois. Le chef de la mission protestante, le pasteur Yansen, qui habitait le pays depuis treize ans , lit les honneurs de la colonie avec une distinction parfaite. Pendant son voyage de retour, commencé le 2 août, le prince toucha aux lies Féroé, aux lies Shetland, visita la Konvégc, traversa l'intérieur de la Suède, le canal de Gotbie, vit Stockholm, Upaal,où les étudiants lui tirent une ovation, Copenhague , et rentra, le 6 octobre, au Havre, après une absence de près de quatre mois. Les détails de cette expédition sont consignés dans un magnifique volume intitulé : Voyage dans les mers du IS'ord à bord de la corvette la Reiv*. Ilorlense , par M. Edmond (Choieski); Paris, 1857, gr. in-8°. Les notices scientifiques , qui terminent la Relation, sont rédigées par des hommes spéciaux : elles contiennent un grand nombre de renseignements précieux, — &ur la grande banquise qui , partant de la Nouvelle-Zemble, vient s'appuyer sur le Spitzbcrg, contourne la côte de la Norwége, à une quarantaine de lieues de distance, pour donner passage au Gulfstream, se dirige vers Plie de Jean Mayen qu'elle enveloppe , suit la côte est du Groenland jusqu'au delà du cap Farewell , et va longer la cote est jusque près de Frédéricshaab, en présentant les mêmes lignes de glaçons flottants; — sur les Esquimaux (examen comparatif de leurs crânes avec ceux des Lapons), leur type, leurs mœurs, leurs maladies, etc.; — sur les mines de Newcastle; sur la géologie de l'Islande, Ile si remarquable par ses volcans et ses geysers ; — sur la géologie du Groenland , si riche eo minéraux recherchés, parmi lesquels il faut citer la kryolithe , aujourd'hui exploitée en grand pour l'extraction du sodium. Un des traits caractéristiques de cette campagne, c'est la rapidité avec laquelle elle a pu s'accomplir, ce qui a permis au prince d'en rapporter une nombreuse collection d'objets d'histoire naturelle, de plantes, de costumes, d'armes, etc., que les curieux ont pu voir exposés dans une des salles du Palais- Royal.

En 1857, les prétentions du roi de Prusse sur la principauté de Neufchâtel étaient sur le point de troubler la paix de l'Europe. Déjà les armées

:ph-Chables-Pail ) 448 ("s

| prussiennes s'ébranlaient, et la Suisse organisait sa défense. L'empereur Napoléon III intervint dans la querelle et envoya son cousin, le prince Napoléon, à Berlin pour y faire adopter le plan de conciliation qu'il avait arrêté. La mission eut un plein succès. Neufcbatel fut déclaré état indépendant, moyennant une indemnité. Leprinee revint de Berlin après y avoir reçu, de la part du roi et du peuple, l'accueil le plus sympathique.

Au mois d'août de la même année , l'Académie des beaux-arts admit le prince Napoléon au nombre de ses académiciens libres.

Le 24 juin 185», un décret impérial institua uo ministère de l'Algérie et des colonies, et en confia la direction au prince Napoléon. L'origine des quelques institutions libérales, dont nos possessions d'outre- mer et en particulier l'Algérie, jouissent aujourd'hui, date du passage du prince aux affaires de cette contrée (juin 1858 à mars 1859).

Au mois de janvier 1859, le prince se rendit à Turin. Une alliance matrimoniale servant de base à une alliance politique d'une incalculable portée était le but de ce voyage. Le 30 de ce mois, k mariage du cousin de l'empereur et de la princesse Marie Clotilde, fille du roi de Sardaigne Victor-Enimanuel, fut célébré dans la chapelle du palais royal de Turin. Quelques jours plus tard, l'Europe apprenait que l'empereur avait I résolu d'affranebir l'Italie.

Dans la mémorable campagne de 1859, le prince Napoléon reçut le commandement du 5e corps d'armée, composé des divisions d'Autemarre et Ulrich. Le 10 mai, il partit de Pari* ! avec l'empereur. De Gênes le 5e corps fut em- ' barqué pour la Toscane, à l'effet de protéger contre les Autrichiens toute la partie de l'Italie située sur la rive droite du Pô. Dès l'arrivée des premières troupes françaises, les Autrichiens qui étaient a Bologne et à Ancône se retirèrent de l'autre côté du i Pô. Le prince réunissait, à Florence, au commanf dément dé son corps d'armée celui de l'armée ; toscane , qui lui avait été confié par son beaopère, le roi Victor-Emmanuel.

Lorsque l'armée française, après Magenta, s'avança sur le Mincio, l'empereur envoya Tordre au prince Napoléon de venir le rejoindre et de ! former l'extrême droite des armées alliées. Le ; 5e corps franchit les Apennins, et traversa le Pô à Casai Maggiore. La bataille de Solferino venait d'être livrée. Le 4 juillet, le prince entra et ligne avec l'armée des alliés sur le Mine». Quelques jours plus tard fut conclue la paix de Villafranca.

La question des haras divisait depuis longtemps l'esprit des juges compétents. Les un* voulaient limiter l'action de l'Etat à des encouragements indirects et transitoires, pour arriver a mettre la production chevaline dans la même condition que toutes les autres industries c'està-dire libre et laissée à l'initiation individuelle; les autres voulaient joindre à ces encourageront*

447 (l85) NAPOLÉON (Josi

une intervention directe de l'État, tendant à «exclure tout intermédiaire, et aboutissant ainsi, par une réglementation complète, à mettre l'industrie chevaline sous la direction du gouverne* ment. Ces deux divergences d'opinion formèrent, la première la minorité, la seconde la majorité de la commission présidée par le prince Napoléon, qui , dans son rapport à l'Empereur, inclina visiblement vers le système de h minorité.

Dans la session de 1861, le prince Napoléon se plaça an premier rang des orateurs du sénat par un discours éloquent où il indique la solution suivante de la question romaine : « Jetez, dit-il, les yeux sur un plan de Rome, et vous verrez quelque chose d'extraordinaire que la nature a fait. Le Tibre divisant cette ville : sur la rive droite, vous voyez la ville catholique, le Vatican, Saint- Pierre; sur la rive gauche, vous ▼oyez la ville des anciens Césars, vous voyez le mont Aventin, enfin tous les grands souvenirs de la Rome impériale. Sur la rive droite , la Rome où s'est réfugiée dans les temps modernes la partie la plus vitale du catholicisme. 11 y aurait possibilité, je ne dis pas de forcer le pape, mais de lui faire comprendre la nécessité de s'y restreindre. Il y aurait possibilité de lui garantir son indépendance temporelle dans ces limites. La catholicité lui assurerait un budget propre à la splendeur de la religion et lui fournirait une garnison... L'existence du pape pourrait exister entourée de la vénération des plus hautes et des plus honorables sanctions. On pourrait lui laisser une juridiction spéciale et mixte pour des cas contestés ; on pourrait lui laisser son drapeau ; toutes les maisons qui sont dans la partie de la ▼ille que j'indiquais pourraient lui être données en toute propriété. L'histoire nous donne un exemple de cette neutralité : Washington, cette ▼ille fédérale qui a fait longtemps l'objet du respect de tout le continent américain. Vous auriez ainsi une oasis du catholicisme au milieu des tempêtes du monde. »

La session de 1862 fut marquée par deux discours du prince, qui resteront célèbres dans les fastes de l'éloquence française et qui ont produit dans le pays une immense sensation. Ils avaient pour but de soutenir les droits de l'Italie à ré« clamer son unité territoriale, et de montrer que la politique extérieure de la France impériale ne pouvait être que celle de l'affranchissement des nationalités.

Le premier de ces deux discours, prononcé le 22 février, contient une chaleureuse réplique au programme de la contre-révolution , formulé par M. de La Rochejacquelin. •< Il faut bien cependant, dit le prince, rappeler ici les leçons de l'histoire. Savez-vous à quels cris Napoléon I«r était ramené du golfe de Juan aux Tuileries, élevé sur le pavois populaire, sur les bras du peuple et de l'armée? C'est au cris de : « A bas les nobles ! à bas les émigrés ! à bas les traîtres ! » La dernière parole produisit une tempête de pro-

iPH-Chables-Paul) 448 (m)

testatious sur presque tous les bancs du sénat, parce qu'au lieu de traîtres on avait entendu prêtres. « Pour moi, continua le prince au milieu des interruptions , l'Empire c'est la gloire à l'extérieur, la destruction des traités de 1815, dans les limites de la force et des intérêts de la France ; c'est le soutien , après l'avoir constitué, de la grande unité italienne, qui se fonde à nos portes et qui est notre alliée indispensable dans l'avenir. C'est à l'intérieur l'ordre sans doute, sans lequel il n'y a rien de possible , que personne ne défendra plus que moi ; mais ce sont des libertés sages et sérieuses, et parmi ces libertés, la liberté de la presse, une des plus utiles dans un État libre ; c'est l'instruction populaire répandue sans limites, sans être donnée par les congrégations religieuses; c'est la destruction des entraves administratives -, c'est le bien-être des masses; c'est la destruction du bigolisme du moyen âge qu'on voudrait nous imposer... Les luttes politiques n'ont rien de personnel , mais je puis le dire, les points de départ sont trop différents pour que nous puissions nous rencontrer. Vous, vous regardez en arrière ; vous, vous voulez vous servir du gouvernement de l'empereur pour satisfaire vos rancunes. Nous lui disons : Marche, oui, mais marche dans le bien, dans le progrès, à la tête de ce peuple qui t'adore, qui t'aime, pour faire ce que d'autres | ne pourraient faire, appliquer les principes de ! la révolution. Voilà ce que nous voulons et ce que le peuple veut avec nous. »

Le second discours, prononcé huit jours après, (le 1er mars 1862) donne, par des citations textuelles de dépêches et de documents historiques, un tableau fidèle de la politique traditionnelle de l la cour de Rome, et bat complètement en brèche | le pouvoir temporel du pape. Après avoir expliqué , la politique du statu quo, le prince ajoute : « La I cour de Rome se dit : Maintenons l'agitation sur ; la question italienne; ne cédons pas; tenonsnous dans le statu quo. L'avenir est peut-être gros de tempêtes, et dans ces tempêtes je trouverai une armée étrangère qui, après avoir battu l'Italie, peut-être la France, sera assez forte pour reconstituer l'intégrité de mon territoire... Oui, c'est bien là la politique de la cour de Rome; elle est nette, claire, immuable. Dureté, refus avec ceux qui vous soutiennent, avec ceux qui sont catholiques comme vous; modération, humiliation même, quelquefois, sous le coup de la nécessité... Donnez lui des conseils respectueux , mais enfln énergiques, décidés. Dites au saint-père : Je ne défendrai plus votre pouvoir i temporel à Rome, mes troupes vont partir. Oh ! , alors, la cour de Rome cédera. Il est impossible qu'un rayon divin ne descende pas enfin dans le cœur du saint-père et ne lui fasse pas préférer ! une souveraineté spirituelle pleine de calme, de sérénité, de beauté, de tendresse, une souveraineté incontestée , à ce lambeau de pouvoir tem- J porel qui sera sans cesse disputé, que la force

Page 1