A MADEMOISELLE HERMINIE CHAVANNES
Mardi, 26 mai -1840.
Mademoiselle,
Rien ne pouvait m'être plus agréable que le témoignage de souvenir que vous me faites Thonneur de m'adresser.
1. Un remerciement public est dû à M. Charles Ritter, de Morges, — le savant et distingué traducteur de Strauss, — à l'initiative de qui nous devons la plupart des lettres de Sainte-Beuve, qui nous viennent de la Suisse. — M. Joseph Hornung, professeur de droit à l'Université de Genève, dont le nom arrête plusieurs fois l'attention, d'une façon significative, dans le tome II de la Correspondance publiée en 1878, a bien voulu, de son côté et de concert avec M. Ritter^ joindre des notes explicatives à quelques-unes de ces lettres, adressées à ses compatriotes. En voici une, entre autres, dont il n'est pas besoin de faire ressortir l'importance et l'intérêt littéraires : ce Mademoiselle Herminie Chavannes, de Lausanne, née en 1798, morle en 1853, fille du publicisle et philanthrope Daniel-Alexandre Chavannes, sœur du pasteur Félix Chavannes, connu comme poète; parente (par sa mère) de Châtelain, dont il sera question tout à l'heure. Elle a publié, entre autres ouvrages, des biographies de Haller,
DE G.-A. SAINTE-BEUVE
Vous avez bien jugé de mes sentiments pour Lausanne, pour les personnes dont la bienveillance m'y a, dès l'abord, entouré et soutenu; dans la reconnaissance que je leur garde, une bonne part, mademoiselle, doit revenir à vous qui m'avez été d'une si assidue et si entière indulgence. Mon plus grand soin, dans le livre que je rédige si lentement 1, est de retrouver tout ce que j'ai dit, tout ce qui m'a été inspiré et fourni par mes bons et sérieux audi leurs, et de le reproduire avec ce qu'exige d'accompagnement et d'entourage le monde d'ici. Ce que vous me dites de ce premier volume, ce qu'on veut bien m'en dire ici même me fait espérer d'avoir assez réussi et m'impose pour les volumes suivants l'obligation de justifier ce premier succès. Veuillez remercier M. Châtelain ^ pour ses
de Lavater, de Pestalozzi, de madame Élisabeth Fry. — Elle habitait une charmante maison dans le vieux quartier de la Cité. C'est de :1a terrasse qu'elle montra un jour à Sainte-Beuve une figure de taureau que la neige, en fondant, dessine sur le sommet de la Dent-d'Oche, à l'époque des fenaisons. Sainte-Beuve y fait allusion dans sa pièce de vers adressée, en 1837, aux étudiants de Lausanne. » (Voir cette pièce, datée du 31 décembre 1S37, aux étudiants de la Société de Zoflngue^ dans Notes ei Sonnets, faisant comme suite aux Pensées d'août.)