‹ Nouvelle correspondanceChapitre 19 sur 188 · Port-Royal · texte numérisé non relu

Port-Royal

2. Ce M. Châtelain, né à Rotterdam en 1769, mort à Rolle en 1856, auteur d'une Histoire du synode de Dordrecht (ouvrage antiorthodoxe), d'un livre sur le Goût^ et de romans publiés sous divers pseudonymes, était connu surtout pour ses pastiches des écrivains français, qu'il réussissait à merveille. Ce qu'il fit peut-être de mieux en ce genre fut une prétendue lettre qui courut sous le nom de Benjamin Constant, et que l'auteur (ÏAdolphe était censé avoir écrite à sa grand'mère, dès l'âge de douze ans. Sainte-Beuve, tout en la reproduisant, conçut des doutes sur la précocité d'un enfant de cet âge, même chez Benjamin Constant; mais il la donna néanmoins, d'après M. Vinet, dans son article sur Benjamin Constant et madame de Cliarrière (Por-

encourageantes paroles, et l'assurer du prix que j'y attache : il est bien, en effet, chez lui quand il juge du siècle de Louis XIV, et il sait le ton de la maison. Que ne siiis-je (à rentrée de ces beaux mois qui s'essayent) dans quelqu'une des allées de jardin où je vous vois lire et penser en face du lac et du ciel, si beaux dans votre bon pays ! Je n'o«e m'assurer que j'irai, sans pourtant en désespérer encore. Tant de soins retiennent ; une vie morcelée, qui va au hasard, que mille riens commandent; ce Paris toujours maudit et qui toujours nous reprend ! Je me laisse aller parfois à regretter de n'être pas resté tout à fait dans le séjour d'étude, de rêve, de solitude entremêlée d'amitié, que le pays de Yaud semblait mWrir. J'en suis du moins tout à fait par les regrets et par le désir. Les moments les plus agréables, où la pensée se reprend, sont ceux, par exemple, où, revenant dans ce cher pays, je me retrouve sur le bateau à vapeur en face de vous, mademoiselle, de vous et de votre amie : je ne l'ai pas oubliée non plus, veuillez le lui dire. Elle allait alors à Vevey pour y chercher une maison : « Les gens de Vevey ne se doutent pas, me disait-elle, que je vais leur amener trois charmantes filles. » J'espère qu'elle y est bien et -que tout son monde se plaît à ce nouveau séjour qui me paraît, en

traits littéraires, t. III). On peut l'y retrouver encore; seulement il y mit plus tard un correctif qui la restitue d'une manière définitive à son véritable auteur, « habile en son temps à ces sortes de supercheries et d'espiègleries » littéraires. M. Vinet, après avoir cru à ce document, comme tout le monde, l'avait totalement fait disparaître de la dernière édition de sa Chrestomathie. — Nicolas Châtelain était le gendre de Charles Eynard, à qui la lettre suivante est adressée.

DE C.-A. SAINÏE-BEUVE. 65 effet, ridéal du /ac, plus même que Lausanne et que Rolle, s'il vous plaît.

Mais je me reprends à bavarder comme sur le bateau et je ne voulais, mademoiselle, que vous assurer de me profonds remerciements et de mes respectueux et^ aff'ectueux hommages.

Mes amitiés, s'il vous plaît, à M. Charles Eynard.

A M. CHARLES EYNARD^

7 juillet (1840).

Cher monsieur, Tout souvenir de vous est toujours fort précieux. J'en demanderai quelquefois à votre excellente et gracieuse lamille, et c'est aimable à vous de venir suppléer par une lettre à son absence. Je n'ai appris la nouvelle de la mort de M. de Stourdza que par ricochet. J'avais remis à Lèbre pour le Semeur^ la brochure sur les millions du Kamtchativa, et M. Lutteroth en répondant négativement , et avec une sévérité presque czarine, ajoutait qu'on venait

1. Voir sur M. Charles Eynard ce que Sainte-Beuve en dit dans ses articles sur Madame de Krildner (Portraits de Femmes et Portraits littéraires, t. III).

2. Adolphe Lèbre, écrivain vaudois, né en 1814, mort en 1844, est connu par ses articles de philosophie religieuse et de philosophie de l'histoire dans le Seineur et la Reoue des Deux Mondes. Ses œuvres ont été publiées à Lausanne en 1856. (Yoir sur Lèbre une note de Sainte-Beuve dans les Chroniques parisiennes, p, 83, à la date du 28 juillet 1843.)

m NOUVELLE CORRESPONDANCE

d'apprendre la mort de Tauteur de la brochure. Peut-être y a-t-il eu quelque erreur; je crains pourtant que cette perte, qui doit être si cruelle pour madame de Edling, ne se confirme. — J'ai appris, par la Revue Suisse^ vos nouveaux travaux biographiques, et il en est qui m'intéressent doublement, ceux par exemple qui concernent la famille et la veuve d'Aubigné. J'espère que la Revue Suisse publiera votre notice à son sujet : si elle paraissait ailleurs ou à part, je vous serais bien reconnaissant de me l'envoyer. Je me suis occupé autrefois (et sous le point de vue littéraii'e seulement) des œuvres de d'Aubigné et de ses vers si énergiques et si bizarres. — Les recherches, que vous auriez à faire ici aux ministères de la guerre ou de la marine, me paraissent devoir être faciles. Un mot de M. Guizot, par exemple, à ses deux collègues, qui accompagnerait votre demande, vous ferait obtenir l'autorisation : il doit exister à ces deux ministères une fonction de bibliothécaire-archiviste, et c'est près de celui-ci que vous seriez renvoyé; mais il resterait à faire choix d'une personne capable et de confiance, ce qui serait peut-être une difficulté, ces sortes de periuissions étant personnelles. Au minisière même, on trouverait probablement quelqu'un, mais pourquoi ne viendriez-vous pas vous-même ?

Dans tous les cas, une demande régulièrement adressée à chacun des deux minisîres, et passant par M. Guizot, vous vaudrait une réponse, et, si les questions étaient précises et limitées, il se pourrait que vous reçussiez en même temps copie ou extrait des documents relatifs à vos personnages. — Je ne sais pas bien les affaires héraldiques: il y a ci la, Société pour r Histoire de France. Le plus auto-

DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 67 risé de nos érudits d'ici, en matière généalogique, est M. Lacabane, employé aux manuscrits de la Bibliothèque du roi« Il est consulté de tous, très instruit et très obligeant.

Je suis très fort en train de mon troisième volume, auquel vous voulez bien vous intéresser. Il y a eu ici une espèce de grande curée académique sur Pascal ; tout le monde s'y est mis; les éloges, les découvertes de manuscrits, les projets d'éditions, sont à l'ordre du jour. Je laisse passer, m'étant jeté dans mon cluilre précisément pour éviter les grands chemins. Je tâcherai de tirer mon profit de tout ce qu'on fera lever de bon et de fin. Mais ce ne sera guère qu'au commencement de l'hiver que je me remettrai de près à l'œuvre.

Offrez mes amitiés à tous ceux qui voudront bien là-bas se souvenir de moi. Je présente mes humbles hommages à madame Charles Eynard, et mes respectueux souvenirs à toute votre famille. — Je salue le beau lac lui-même.

A vous, cher monsieur, et du fond du cœur.

P. -S. Mon adresse est à Flnstitut, Bibliothèque Mazarine. — Je ne suis pas bibliothécaire du roi.

XXXYIl

A M. ARSÈNE lîOUSSAYE.

Dimanche (i841).

J'ai connu et reconnu tous vos sentiers^ cher poète ; ils i 'ont été comme un ressouvenir et un parfum des prin-

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temps et des IsoHnes que je n'ai plus. Ceia m'a remis au temps de Rose; mais, en infidèle que jetais, je lui préférerais votre Tavernière à la gorge orgueilleuse^ votre Allemande au corsage séditieux. Le heau temps des poètes, qui de nous ne Fa chanté et pleuré dans son cœur; 011 sont-ils? où sommes-nous ? tous dispersés, blessés, atteints de mille sortes : les plus heureux encore sont ceux qui regrettent.

Gardons un épi d'or de toutes nos moissons, Gardons le gai refrain de tontes nos chansons.

Vous qui gardez et qui ajoutez encore, vous m'avez rendu en idée plus d'une de ces joies fanées. J'ai été bien fier de me voir et à l'endroit qui me nomme et à celui qui me sousentend.

Amitiés de cœur.

XXXVIÏl.

A RODOLPHE TÔPFFER.

Paris, mardi (184-)).

Cher monsieur, Mon confrère à la Bibliothèque, M. Chasles, insiste pour que je vous exprime le désir qu'il a de recevoir de vous vos ouvrages, afin d'en écrire dans les Débats. Je crois ne pouvoir me dispenser de lui obéir, car il ne saurait être indifférent d'être apprécié dans ce journal, et par lui qui a de l'autorité parmi les critiques ; il demeure à la Bibliothèque Mazarine, à l'Institut.

DE C.-A. SAINTE-BEUVE

Déjà, dans les Débats^ M. Delécluze, à propos des paysagistes genevois, vous a mentionné, et c'est un témoignage qui a son prix, venant de l'auteur de Mademoiselle de Liron.

Connaissez-vous ce petit roman? il a de la grâce naïve. Il paraît que votre volume ici a beaucoup de succès, même matériellement parlant, et qu'il s'en vend beaucoup; ainsi vous voilà tout à fait des nôtres.

Bienheureux pourtant d'être en même temps là«bas et de jouir de votre lac et de vos monts en ces mois de magnificence !

J'y suis souvent de cœur et de pensée, cher monsieur, et croyez h toutes mes sympathies à jamais bien établies comme je crois aux vôtres ^

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