Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme
vœu de la majorité paisible, c'est qu'on s'entende, qu'on s'apaise, que la monarchie, que la dynastie soit, mais pas comme auparavant, pas absolue; avec des garanties, au moins avec les garanties essentielles, avec la Charte, telle quelle. Eh bien, l'ancien ministère allait évidemment au renversement de la Charte, et celui-ci la respecte au moins. Conclus de là.
Quant à la religion, plus j'y pense, plus je vois que c'est une chose de Tâme, de l'homme individu à Dieu. Qu'elle ait ses pompes, son culte extérieur, sa protection publique ; voilà tout ce à quoi elle doit prétendre; c'est aux âmes qu'elle s'adresse, et c'est la seule conquête qui l'intéresse; et on ne gagne pas sincèrement les âmes par les choses du monde, qui ne sont pas de l'âme, mais de la matière.
Mille adieux, mon cher Barbe.
Tout à toi de cœur.
Rue Notre- Dame-des-Champs, 49.
Mes respects à tes parents ; mes souvenirs à Joseph et à Louis.
AU MÊME
Ce 26 juillet i829.
Mon cher Barbe,
Je profite du voyage de ma mère à Boulogne pour te dire que je ne t'ai pas oublié depuis ces six derniers mois; et j'espère que tu m'auras aussi gardé quelque souvenir.
DE C. -A. SAINTE-BEUVE. 13 11 ne s'est rien passé, selon moi, de bien grave depuis ; et je vois les choses allant doucement; non pas au mieux, mais non pas au pire. Il doit l'être prouvé, maintenant, qu'au moins il n'y a pas de révolution à craindre de la part des gens qui auraient assez de crédit et de nom dans le pays pour tenter de la faire. Tous les honnêtes gens veulent bien évidemment la paix ; seulen^ent ils désireraient plus ou moins d'économies au budget; et, qu'ils parviennent ou non à ce but, il n'y a rien là de capital ni contre la dynastie ni contre la religion. Mais, si tu as encore des nuages là-dessus, comme il est très permis à cette distance et avec les journaux que tu lis presque exclusivement, il serait trop long de te détromper par lettres; et ce serait plutôt en causant; ce que je n'espère pas de sitôt encore.
Quant à moi, rien n'est changé dans ma situation, au moins extérieurement. J'ai publié l'hiver dernier un petit livre 1 qui a eu tout le succès qu'on peut attendre en ce temps-ci; on en a dit beaucoup de bien, et encore plus de mal ; et, en somme, il s'est vendu. Tu liras tout cela un jour. S'il s'est opéré quelque changement qui me concerne, c'est plutôt en moi qu'en dehors de moi ; et (je ne dois pas hésiter à te le dire, puisque cela te fera probablement quelque plaisir) mes idées, qui, pendant un temps, avaient été fort tournées au philosophisme, et surtout à un certain philosophisme, celui du xviii® siècle, se sont beaucoup modifiées, et ont pris une tournure dont je crois déjà sentir les bons effets. Sans doute, nous ne serions pas encore, sur beaucoup de points et surtout en orthodoxie, du