SUR LA LIBERTÉ D ' E N SE I G NE M E NT DEMANDÉE PAR LES CLÉRICAUX
Ce 23 mai 1868.
Monsieur,
Vous avez mille fois raison, et le parallèle ou plutôt le contraste des deux médecins (le curé et le médecin de
1. On n'a pas retrouvé le nom du destinataire de cette lettre.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE. 271 ct^mpagne) est frappant. Il est dommage sans doute que Cette liberté réelle d'enseignement ne se puisse accorder en toute vérité, dans le système politique actuellement régnant : mais ce serait un leurre; les cléricaux auraient leur liberté complète, et ils travestiraient la science à plaisir. L'Université, bridée par eux, se verrait obligée de la surveiller plus étroitement que ininais, et les libres esprits pourraient tout au plus enseigner à huis clos ou d'une manière obscure; car, dès que leur enseignement éclaterait en toute franchise, on trouverait bien moyen de l'avertir comme dangereux.
Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
A UN PROFESSEUR d'ALLEMAND, A COLMAR.
Ce 23 mai 1868.
Monsieur,
Vous qui êtes d'origine et de race allemande, vous devez nous juger sévèrement. Je crains bien que ce que j'ai dit ne serve à rien, là où je l'ai dit. Je ne convaincrai que ceux qui sont déjà convaincus. Puissent les générations nouvelles qui surviendront se rallier à une science forte et digne! Vous y pouvez dans votre sphère, en leur ouvrant le passage du Rhin. On ne saurait assez multiplier ces ponts de Kehl pacifiques.
Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
CCXYIII.