A'M. HENRY LIOUVILLE
Cher monsieur,
Vous avez bien raison. Quel rôle a joué la science, mise sur la sellette pendant toute une semaine devant une Assemblée incompétente, où FÉglise parlait haut, où la philosophie biaisait ! Pauvre science française ! Elle ne s'en est tirée que moyennant excuses, en faisant son mea culpa^ en disant et répétant: Je ne le ferai plus ; — en un mot, en faisant acte de faiblesse et de repentance comme Galilée à genoux. — Et pourtant la science triomphera! mais je ne suis pas sûr, en effet, que ce soit à Paris qu'elle triomphe £t qu'elle ait son siège. Ce siège, de par les lois de l'histoire, sera peut-être transféré à jamais dans l'avenir à Heidelberg, à Bonn, à Berlin. Ce serait triste pour la France hispanisée !
Tout à vous.
A M. A. BURTALl.
Ce 24 mai 1868.
Monsieur,
J'ai bien du regret de ne pouvoir faire ce que vous 1. Auteur d'un Recueil de Poésies, intitulé Pourpre et Haillons.
DE C.-Â. SAINTE-BEUVE. 273 désirez de moi. Je lirai avec plaisir vos épreuves poétiques à mon prochain moment de loisir: mais, en tout état de cause, il me sera impossible d'écrire la Lettre -Préface que vous me demandez. Je n'ai jamais fait cela, ni écrit semblable Préface pour des vivants. Ces complaisances de maître des cérémonies sont incompatibles, selon moi, avec le caractère d'un critique qui se respecte.
Veuillez agréer, monsieur, avec mon excuse, Tassurance de ma considération très distinguée.