‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 174 sur 185 · A M. MEYER, INSPECTEUR PRIMAIRE · texte numérisé non relu

A M. MEYER, INSPECTEUR PRIMAIRE

. . . Montesquieu parlait volontiers par traits, en images.

1. On regrette qu'une autre lettre de Sainte-Beuve à M. Martinet, recommandant la candidature de Barye à rAcadémie des Beaux- Arts, ne se soit pas retrouvée. Elle avait été dictée par Sainte-Beuve à son secrétaire.

Pour la religion, je crois, malgré tout, qu'il n'en avait guère ([u'un respect politique et social. Dans ses Pensées^ on lit que la dévotion, c'est' Vidée qu'on vaut mieux qu'un autre. Je crois cela bien plus le fond de sa pensée que ses belles paroles tant citées, et qui ne sont que des précautions magnifiques peut-être ; mais il vaut mieux ne pas fouiller au delà. 11 avait, selon moi, une forte tête avant tout, et méprisant toute sorte de choses (comme il le laissa échapper dans les Lettres j^crsanes) ; il se contint depuis, et ne parla 1-lus qu'avec sérieux, sentant au moins la grandeur de rinvention sociale, sinon de la nature humaine.

A M. POULET-MÂLASSIS.

Ce 11 décembre.

Je m'étais dit une bonne partie des choses que vous me dites, lorsque j'ai reçu la visite de mon ancien camarade G..., que je n'avais pas vu depuis des années. 11 ne m'a {)lus paru en élat de mener à un ce qu'il avait projeté et uvaiicé il y a déjà longtemps. Il faudrait lui adjoindre un ('ollaboraleur effectif, et je ne ^ais si ce sera possible. Si je savais quelqu'un de propre à cette tAche, je l'indiquerais el à vous et à lui.

J'ai relu mon traité avec CharpeDtier, sur le Tableau de la poésie française au xvi^ siècle. Je suis libre en effet de réimprimer dans un autre format que le sien, et plus

grand. Nous pourrons donc y penser, monsieur, et, dès que je serai libre de l'impression de Port-Royal, j'aviserai à perfectionner ce volume et à le rafraîchir d'érudition pour le rendre digne des autres ornements que vous méditez.

Agréez, monsieur, mes remerciements et l'expression de mes sentiments très distingués.

A M. F. POUY, MEMBRE DE LÀ SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE, A AMIENS.

Paris, 29 mai.

Monsieur,

Je sais très peu de chose sur le passé de ma famille paternelle, et, ce peu, je l'ai su d'une tante qui a élevé mon enfance. Mon grand-père et mon arrière-grand-père paternels étaient de Moreuil, où ils étaient notables ou maires, du moins le bisaïeul. C'est dans les registres de l'état civil de Moreuil, où mon père est né également, que vous pourrez trouver la réponse la plus probable à la question sur laquelle je regrette de ne pouvoir mieux vous renseigner.

Je recevrai et lirai avec plaisir le travail que vous me faites l'honneur de m'annoncer.

tÈ

Qê 5 avril.

Monsieur *,

Il me serait très agréable de vous répondre en vous prêtant Tunique petit volume que j'ai des Lettres neuchateloises : par malheur, il est déjà prêté et promis encore après de deux côtés. Je ne crois pas qu'on en ait d'autre ici : on en aurait^ je crois, de Neuchatel, en écrivant aux imprimeurs Petitpierre et Prince, qui ont fait la réimpression il y a quelques années ; cette réimpression est suffisaqiment exacte, sauf un mot qui gâte une jolie scène : c'est quand Meyer se baisse et baise la robe de mademoiselle Prise : on a mis la main dans la réimpression. Lorsque mon petit exemplaire aura fait son tour, si, monsieur, votre envie n'est point passée, et si vous n'avez point écrit à Neuchatel, je me ferai un plaisir de vous satisfaire.

Veuillez recevoir, monsieur, mes remerciements pour une attention si flatteuse et l'expression de ma parfaite considération.

Jeudi il.

Monsieur,

Je ne puis qu'être infiniment reconnaissant de votre ai-

1 . La suscription de cette leltre et des suivantes n'a pas été donnée par la personne qui les a communiquées.

mable attention. Votre morceau me paraît plein de vues justes et même, dans les reproches que vous faîtes, je ne contesterai pas. C'est le remède qui est difficile : le tirage se fera sans doute, mais est-ce nous-mêmes qui pouvons le faire ? Je suis bien persuadé qu'on pourrait composer une admirable anthologie avec des vers contemporains; mais, si une telle collection choisie pouvait s'entreprendre, ce ne serait pas en France, où les auteurs et les libraires ne le permettraient pas : on se ferait toute sorte de mauvaises affaires et même des procès. Il faudrait acheter au poids de l'or ces vers choisis de nos grands poètes. Si on vivait en Suisse ou en Belgique, on pourrait sans trop de remords risquer une telle entreprise; ce n'est que moyennant un tel détour que votre vœu pourrait être rempli.

Merci toujours, monsieur, de l'avoir exprimé en voulant bien y joindre d'une manière si honorable mon nom et croyez à mon sentiment de gratitude et de considération bien distinguée.

Ce 18 Janvier.

Monsieur,

J'ai le tort de ne vous avoir pas encore écrit selon votre désir pour vous exprimer un avis sur les papiers que je liens de votre aimable confiance. Ce que j'ai lu me paraît, monsieur, très digne d'estime et vous avoir demandé beaucoup de recherches en effet; pour la forme cependant,

j'aurais quelques observations à vous adresser : et uossi gur les jugements que vous portez quelquefois. Il m*est impossible, par exemple, d'entendre qualifier d'entreprises gigantesques des compilations comme le Dictionnaire de la Conversationy assez mauvais ouvrage où il peut se rencontrer quelques bons articles. Ce n*est guère qu'en causant que je pourrais entrer dans ces détails. Voulez-vous venir reprendre un de ces jours votre manuscrit ? Je le tiendrai demain mercredi à votre disposition, à trois heures.

Agréez, monsieur^ l'expression de mes sentiments très distingués et très obligés.

Ce 10.

Jo voudrais bien vous aller rendre réponse, chère madame, ce soir à dîner, mais j'ai invité l'abbé de Cazalès à un dîner maigre : ainsi je suis empêché. Mon maître grec s'appelle Pantasidès *, il est né au Pinde, mais il demeure vue Mazarine^ 13. Il est très capable; je crains seulement qu'il ne nous quitte dans peu de temps pour aller à Marseille suivre l'éducation de jeunes Grecs qui y sont. Pourtant, comme ce dernier point n'est pas encore décidé, je vais lui parler demain, car je le vois. Je lui demanderai

1. Voir sur cet excellent homine le portrait qui en a été tracé dans Souvenirs et Indiscrétions (pp. 138, 143 el suivantes).

ses conditions, les minnnes seraient un peu trop chères, ce me semble. Je lui donne cinquante francs pour dix leçons ; mais je lui parlerai .

A bientôt, chère madame; croyez à mes respectueuses amitiés. ^

in

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