XL IV
A M. VULLIEMIN *.
Paris, juillet (1842 ou 1848).
Monsieur,
Je suis des plus négligents en apparence, et presque des plus ingrats, puisque je n'ai pas répondu encore, comme je le dois, à Tenvoi obligeant que vous avez bien* voulu me faire de vos deux excellents volumes, par lesquels vous continuez si dignement VHistoire de la Confédération aux xvii® et xviii® siècles.
J'ai voulu attendre pour vous remercier complètement, et encore plus sciemment, c'est-à-dire j'ai voulu les achever. Laissez-moi vous dire, monsieur, combien j'ai été instruit et intéressé de tout ce que j'y ai trouvé de docte,
profonde et très vive Histoire. Votre morceau prélhninaire aux Confédérés respire un sentiment patriotique qui se marque avec énergie dans le style fin et ferme que vous avez su si bien appliquer à cette difficile Histoire. Votre Calvin, votre Charles de Borromée et d'autres figures encore reposent et fixent, au milieu des diversités inévitables que commande à tout moment le sujet. Enfin, monsieur, vous
1. M. VuUiemin a historien distingué de la Suisse et continuateur de Jean de Mulier », comme Sainte-Beuve le désigne dans un appendice de son Port-Royal, auteur d'une Histoire abrégée de la Confédération suisse^ qui a eu un grand succès, — mort en 1879 à Lausanne, âgé de plus de quatre-vingts ans. .
tenez votre rang parmi le petit nombre de ceux qui savent, sans fléchir sous la multilude des faits, cheminer avec honneur, et non sans éclat là où il en faut, dans les roules sévères.
Gardez-moi toujours, je vous en prie, un peu de cette bienveillance dont vous m'avez donné tant de preuves à Lausanne dès le premier jour de mon arrivée, et que j'ai semblé trop peu cultiver depuis, quoique je n'aie jamais cessé d'y rester bien reconnaissant et sensible.
J'offre à madame Vullicmin mes plus respectueux hommages.
A M. CHARLES EYNARD
Ce 22 avril (1842 ou 1843).
Cher monsieur,
J'avais appris, avec bien de la participation à votre peine, la douleur qui vous a frappe; les belles et bonnes paroles que vous me dites là-dessus me montrent que le chrétien seul sait user du malheur conime de la félicité, sans danger et sans immodération humaine, et selon la vraie charité.
Nous avons toujours ici nos amis Olivier, mais jusqu'à demain seulement; la maladie de leur belle-sœur leur a été un avertissement de repartir.
J'avais déjà reçu (par le comte de Saint-Pricst) le petit opuscule de M. de Stôurdza; j'ai pensé que le Semeur seul
pouvait rondre convenablement un compte particulier de ces œuvres pies, et qu'il avait caractère pour cela: j'ai donc chargé notre ami Lèbre d'arranger l'affaire. J'espère qu'il aura réussi. Quant aux profanes Revues rfe Paris ou des Deux Mondes^ il n'y fallait pas penser. 11 me semble que, si de votre côté vous vous adressez à quelques feuilles du canton, vous remplirez l'objet de l'auteur, qui doit être que ces nouvelles arrivent à l'adresse de ceux qui en sont dignes, et pas des autres. Quand me reverrai-je dans votre Suisse fructueuse et salutaire, au bord de votre beau lac et avec ces loisirs qui laissent les pensées prendre leur niveau! Je ne sais plus : les devoirs, les nécessités, les relations nous lient de toutes parts, et la vivacité de la jeunesse diminue. Mais vous, cher monsieur, vous nous reviendrez.
J^offre à madame Eynard mes humbles hommages, et à vous toutes mes tendres amitiés •