‹ Nouvelle correspondance de C. A. Sainte-Beuve: avec des notes de son dernier secrétaireChapitre 23 sur 185 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

AU MÊME

Paris, ce 3 janvier (843.

Cher monsieur.

Votre souvenir aimable m'est toujours précieux ; en même temps que je recevais votre lettre, je lisais de vous un article dans la Revue Suisse sur la veuve de d'Aubigné. Il m'a fort intéressé; jo n'ai regretté qu'une chose, c'est que cette dame ne parlât . pas davantage de son dernier

8î NOUVELLE CORRESPONDANCE

mari, dont les œuvres et le caractère sont si faits pour nous attirer. Mais le premier, décidément, avait pris le meilleur de son cœur. Di3 telles éludes sur les anciennes familles éclairent heureusement l'histoire d'un pays. Hélas! cette ancienne Genève est morte, morte comme tant d'autres choses ; les républiques comme les rois.

Vous aurez su peut-être la grande nouvelle littéraire de Lausanne, c'est que nos amis Olivier prennent en main la Revue Suisse; j'en suis charmé pour tout le monde, et ils y trouveront un champ où déployer plus à l'aise des qualités qui ne demandaient qu'une place au soleil, une fenêtre.

Lèbre écrit, dans la Revue des Deux Mondes, des articles très importants; voyez la Revue du 1®^ janvier chez Vieusseux. C'est lui qui nous a donné nos etrennes avec Ilugel et Sclielling. Un bien gros bonbon, direz-vous, pour nos beaux-esprits de Paris. Mais vous savez que nous devenons sérieux. Ce travail, si je ne me trompe, fera beaucoup d'honneur à Lèbre. — Je vous dis de lui ce qu'il ne vous en dira pas.

Il a paru ici un livre de Cousin sur Pascal qui vous intéresserait. Mais je ne sais s'il franchira les monts.

Je vois a^ez souvent vos aimables parents, qui ont pour moi toute sorte de bontés; vous y êtes bien pour quelque chose.

Ma santé très inégale et la vie du monde, que je ne mène pourtant pas môme à demi, retardent bien mon travail; je vous envie de pouvoir vous déplacer quand le cœur vous le dit ou que la santé le sollicite. Ma chaîne ici n*e8t pas très lourde, mais elle est courte ; c'est une manière dé m'avertir que c'est une chaîne.

J'ai été autrefois à Pise, tel que vous me voyez; un seul jour, quelques heures ; assez pourtant pour y voir les quais, la Spina, les quatre monuments, et pour courir encore jusqu'aux Casdnes dire un bonjour aux chameaux sauvages. Je vous suis donc dans votre séjour avec un intérêt de plus.

J'ai reçu de madame Edling une lettre datée d'une petite île voisine de Constantinople ; elle a dû retourner depuis dans sa Crimée; je lui ai répondu à Odessa, mais n'ai pas reçu de récentes nouvelles.

J'espère que la santé de madame Eynard se trouvera tout à fait bien de ce clément hiver d'Italie ; veuillez, cher monsieur, lui offrir mes hommages et recevoir aussi l'expression bien vraie de tous mes sentiments et de mes vœux.

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