ROYER-GOLLARD A A. DE TOCQUEYILLE
Chàteanvieux, 2i juillet 1838.
J'ai reçu à Paris, monsieur, la lettre que vous m'y avez adressée. Je Tai ici depuis quinze jours révolus, et je ne comprends pas que je ne vous aie pas encore écrit. Qu'ai-je donc fait? Je ne puis pas dire que je me suis reposé. De quoi, en effet? Deux jours déroute par le plus beau temps du monde ne sont pas une fatigue; quelques conversations ministérielles que j'avais eues avant mon départ ne m'avaient point agité; mon imagination ne s'y était point passionnée. 11 y a cependant un repos que j'ai véritablement goûté : celui de me détournei* du spcclaclc que j'avais eu pendant plusieurs mois, d'en vider mes yeux et mon esprit, et de rentrer en moi-inême libre, désoccupé, délivré d'un vain bruit. Je retrouve
M, ROYER-COLLARD Â A. DE TOGQUEYILLE. 109 dans la parfaite solitude où je vis, et j'en suis heureux, les goûts et les pensées de toute ma vie, aussi vives que si le terme n^en était pas proche. Loin de m'altrisler de ce qu'il n'y a point d'avenir pour moi, je m'attache avec complaisance à cette idée comme à une espérance. Je ne suis pas venu au monde pour en changer la face ; le trèspea départ que j'ai eu aux affaires démon temps a suffi à ce que j'avais d'activité ou, si vous voulez, d'ambition, n u'était pas dans ma vocation d'entreprendre davantage. Tous, monsieur, il vous est donné de marquer autrement votre passage sur la terre et d'y tracer votre sillon. Vous l'avez commencé; vous le suivrez, sans l'achever jamais : car aucun homme n'a jamais rien fini. Les pensées que TOUS aurez produites à la sueur de votre front ne seront bien comprises qu'après vous, et elles ne porteront point tout leur fruit. Cependant vous seriez infidèle à la Providence si vous vous arrêtiez : le prix n*en sera pas dans le retentissement de votre nom {vanilas vanitalnm) , il sera tout entier dans l'action que vous exercerez sur de nobles esprits....
Vous avez de l'humeur contre le pays que vous habitez; mais vos Normands I c'est la France, c'est le monde; cet égoïsme prudent et intelligent, c'est les honnêtes gens de notre temps, trait pour trait; ils ne valent pas mieux ni moins. Aussi n'est-ce pas devant celte idole qu'il faut brûler l'encens : désintéressez-vous d'eux, mais ne vous desintéressez pas de vous-même; là sont vos meilleures et plus vives jouissances. Pensez, écrivez comme si vous étiez seul, uniquement occupe de bien faire.
170 COHHESPO.NUA>'CE.
AditMi, monsieur, je pense beaucoup à vous... avec quel intérêt el quelle affection, vous le savez. Je demande ù madame de Tocqiieville la permission de lui dii*e que je pense aussi beaucoup à elle. Elle a une grande l)ontë pour moi ; j'en suis touché et reconnaissant.
A M. LÉON FAUCHER
Tocqueville, 1" septembre 1839.
Vous êtes bien aimable, mou cher ami, de vous être inquiété de nous en lisant l'article de journal dont vous pa^lez^ Votre lettre nous a fait grand plaisir et nous vous en remercions. Il est vrai que le tonnerre nous a fait visite; et, suivant son habitude, il s'est introduit Irès-brutalement chez nous en perçant nos toits et faisant foler en éclats nos croi.^es. Heureusement, tout le mal qu'il a fait est réparable et di^à à peu près réparé. Noire surprise a été grande; mais nous n'avons pas eu le temps d'avoir peur. Ma femme, du moins, a fait trèsbonne contenance et elle s'est conduite comme un véritable César. Il y a deux ou trois autres femmes dans la
1. lie Journal des Débats, qui avait annonc4> que le (onnet-re élait tombé sur le château de Tocqueville.
173 CORRESPOiNDÂNGE.
maison qui, malheureusement, n'ont pas suivi ce noble exemple, et qui ont manqué nous rendre sourds par leurs clameurs bien longtemps après que toute espèce de péril était passé.
Ce qui nous incommode bien plus que le tonnerre, c'est l'état dans lequel les ouvriers mettent notre demeure, nous pourchassant si bien de chambre en chambre, qu'à rheure qu'il est nous ne savons pas trop où pouvoir nous coucher à l'abri du vent.
J ai vu avec surprise et je dois ajouter avec satisfaction que les Débats aient entamé la question de la pairie. Cela fournira de grandes armes à ceux qui, comme moi, pensent qu'im des périls de l'état présent est dans la constitution de la Chambre des pairs. Quant aux changements à y introduire, la question me paraît immense, et j'avoue que je n'ai pas encore de parti pris. 11 n'y a qu'un point très-fixe dans mon esprit : c'est que l'hérédité n'est plus possible, et qu'il faut chercher ailleurs l'élément de force dont, dans l'intérêt même de la liberté, cotte branche de la législature a besoin.
Je n'aborderai pas non plus en détail, mon cher ami, toutes les autres questions que soulève votre lettre ; elles ne sont pas de nature h êlre traitées en courant, et je suis trop absorbé par mon livre pour pouvoir réfléchir suffisamment sur de pareils sujets. Quant au salaire des députes, tout ce que je dirai, c'est que je pense que, dans l'état des esprits en France et de nos mœurs, une pareille mesure aurait pour effet d'abaisser encore dans l'opinion publique la Chambre des députés qui n'est pas
A he:«ry reeye, esq. 173
déjà trop haut. Si elle venait surtout à se combiner avec le système des petits arrondissements, elle ferait de la députation Tobjel de calculs et d'intrigues d'argent : ce qui achèverait de porter un coup fîital à la considération des députés et à la morale politique. Je n'ai pas contre le salaire d'objections éternelles ; mais je suis profondément convaincu que son résultat présent serait trës-fàcheux, et que cest une mesure qu'il faut ajourner. Voilà ce que je puis dire en courant. J'aurais, vous comprenez bien, d'autres raisons; mais je n'ai pas le temps de les énoncer et surtout de les exposer en détail. Je me tais donc, en vous priant d'offrir à madame Faucher mes hommages respectueux, ainsi que le souvenir plein d'amitié de ma femme.
A UENRY REEVE, ESQ.
12 septembre 1850.
Votre lettre, mon cher Reeve, m'a été renvoyée, il y a quelques joui-s, de Paris où vous me l'aviez envoyée. Elle m'a trouvé au milieu du travail forcé qu'exige la (in de mon livre. Je veux absolument le finir avant la session prochaine; ce qui aura lieu si, comme je Tespère, la session ne s'ouvre que vers la fin de décembre. Il me faut trois mois : les aurai-je? Dieu seul le sait. Nous vivons dans un temps et dans un pays qui dégoûtent de la prévoyance ; c'est le siècle et la contrée de l'imprévu. Je fais de mon mieux ; advienne ensuite que pourra .
J*îH été très-retardé par des mites de session dont je n'ai pu me débarrasser que depuis quelques jours seulement. II est fort question, comme vous le savez peut-être, d'abolir Tesclavage dans nos cotiHiies. Une proposition a été faite à cet effet à la Chambre ; on a nommé une commission qui m'a élu son rapporteur. Ceci se passait d^ns les derniers moments de la session. Quand je suis venu à m'occupér de mon Rapport^ je me suis aperçu que l'avais une montagne de documents à examiner, et qu'il s'agissait' d*un véritable livre à faire : cela m'a coûté un travail immense et fait perdre un temps énorme. Je viens seulement de reconquérir ma liberté; encore nesuis-je pas bien sûr que mon rapport soit bon. Il paraîtra d'ici à huit jours.
Je ne puis rien vous dire de la politique, parce que j'aurais trop à en dire et que le temps me manque. L'horizon politique est terriblement embrouillé et chargé en ce moment; je ne crois pas pourtant à un grand ni surtout à un très-prochain orage. La plupart des puissances me paraissent incapables de vouloir ou de pouvoir rien d'énergique. Notre gouvernement nous endort tout en nous donnant de temps à autre le cauchemar; et de son côté, le vôtre, je vous en demande pardon, me parait faire une assez triste figure. Il accrédite de plus en plus en Europe celte opinion que l'Angleterre peut bien encore menacer, mais qu'elle ne peut plus frapper, tant ses embarras intérieurs et extérieurs sont grands et sit {)olitique vacillante. Le gouvernement anglais n'apparait f)Iu8 que comme une ombre de la grande machine do
A N. GUSTAVE DE BEAUUOM. 175
guerre qui a été si longtemps dressée contre Napoléon. Adieu, mon cher ami; comptez que dès que j'approcherai de la firhj je vous avertirai. Veuillez me rappeler aa bon souvenir de madame votre mère et croire à mon amitié bien sincère.
\ M. GUSTAVE DE BKAUMONT
Tocquevilltï, 8 octobre 1859.
Mon cher ami, je suis indigné contre le Journal des Débats qui n'a pas encore parlé de votre livre. À propos du même livre, il faut que je vous transcrive le passage d'une lettre de M. Mole : cet article m'a fait le plus grand plaisir; car M. Mole sait que vous n'êtes pas son ami politique; et il est excellent juge, un de ces juges qui, prononçant en connaissance de cause, entraînent la foule à se prononcer avec eux sans savoir pourquoi...
Mon travail avance rapidement, quoique misérablenientcontrarié à chaque instant par de petits dévoilas insipides qui viennent me saisir malgré moi et m'entraînent. Cependant, comme je vous le disais, il avance. Je ne puis vous dire quel désir j'éprouve de voir ce manuscrit termine, afin qu'il vous passe sous les yeux; il m'importe de vous le remettre tout à la fois dans les mains. Le vice deTouvrage n'est pas dans tel chapitre en particulier; il est dans la monotonie du sujet et le peu d'art qui m'a empêché de combattre cette monotonie naturelle : on ne [H!ul juger un semblable défaut qu'en lisant le livre d'une
haleine. C'est ce que je vous demanderai de faire. Je suis déjà sûr d*élre grave, et j'ai une peur abominable d'être ennuveux.
C'esl décidément un rude et détestable métier que celui d'auteur quand on le prend comme nous. Dussiezvous m'accuser de faire un serment de buveur, je vous affirmerai que mon intention, après cet ouvrage, est d'étudier, mais de ne plus écrire, ou, du moins, de ne rien faire de longue haleine. Cette idée Gxe qui me poursuit depuis bientôt quatre ans m'est devenue tellement pénible, que je soupire après le moment où je pourrai penser à autre chose. J'éprouve le même engourdissement douloureux que ressentirait un homme qui se serait tenu pendant toute une journée sur une seule jambe.
Vous savez que la mort de M. Michaud vient d'ouvrir uneplaceà l'Académie française. . . Qu'en dites- vous? Votre avis est-il qu'il faille risquer une candidature? J'aurais cette fois pour moi tous les hommes politiques de l'Académie et Villemain, ministre. Mais, d'autre part, s'il faut revenir à Paris pour cela et quitter mon livre, j'aime mieux donner l'Académie à tous les diables; car, voyezvous, il faut à tout prix que j'achève ce livre; entre lui et moi c'est un duel à mort ; il faut que je le tue ou qu'il me tue : je ne peux plus vivre ainsi que je fais depuis que je l'ai entrepris.
A HENRY REEYE, ESQ. 177
«: Â UËiNRY RËEVË, ESQ.
15 novembre 1^39.
Mon cher Reeve, je suis arrivé hier à Paris avec mon manuscrit complet. Mon livre est enfin terminé, terminé définitivement, allehial Je pense que je commencerai Timpression dans la première semaine du mois prochain. Faites-moi donc savoir sans retard si vous êtes en élat ou disposé à entreprendre la traduction immédiatement.
Je suis fêché que vos affaires ou vos instincts antiaquatiques ne vous aient pas permis de venir nous voir à Tocqueville, afin de pouvoir causer longuement et paisiblement de ce livre, de son esprit et de la manière dont je comprends qu'on doit le traduire : cela aurait facilité votre travail. Mes observations préliminaires se borneront en ce moment à une seule. Cet ouvrage est, en définitive, écrit principalement pour la France, ou, si vous aimez mieux en jargon moderne, au point de vue français. J'écris dans un pays et pour un pays où la cause de l'égalité est désormais gagnée, sans i*etour possible vers l'aristocratie. Dans cet état de choses, j'ai senti que mon devoir était de m'appesanlir particulièrement sur les mauvaises tendances que l'égalité peut faire naître, afin de tâcher d'empêcher mes contemporains des'y livrer. C'est la seule tache honorable pour ceux qui écrivent dans un pays où la lutte est finie. Je dis donc des vérités, souvent fort dures, à la société française de nos jours et aux
vu. * 15
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sociélés déiiiucratiques en géiicnil ; mais je les» dis en uini et non en censeur. Il faut que votre traduction me conserve ce caractère : je ne le demande pas seulement au traducteur, mais à l'homme. Il m'a paru que dans la traduction du dernier livre vous aviez, sans le vouloir et en suivant l'instincl de vos ofiinions, coloré très-vivoment ce qui était contraire à la démocratie, et plutôt éteint ce qui pouvait faire lort à Taristocralie. J.^ vous prie liesinstamment de lutter contre vous-même sur ce point, et de conserver à mon livre son caractère qui est une impartialité véritable dans le jugement théorique des deux ' sociétés, l'ancienne et la nouvelle, et de plus un désir sincère de voir la nouvelle se fonder.
Voilà, mon cher ami, ce que j*ai le temps de vous dire aujourd'hui. Veuillez présenter mes hommages à madame votre mère et croire à ma sincère afTeclion.
Tocqueville, 9 août 1840.
Mon cher ami, je ne sais si les derniers événements ne vous feront pas désirer comme à moi de voir un peu plus clair sur l'horizon avant de nous lancer dans notrc^ entreprise\ Si les choses se brouillent jusqu'à un certain pijint, il faudra bien convoquer les Chambres, et il serait fâcheux d'être obligé de revenir d'Afrique presque aussitôt après y être arrivé. Je crois que d'ici à un mois nous saurons à quoi nous en tenir sur cette chance et pourrons agir en conséquence. En attendant, j'étudie les gros livres bleus que le gouvernement fait distribuer aux (Chambres depuis trois ans sur l'Algérie. Je m'abstiens
1 . n s^agissait d'un projet de vopge commun en Algérie, arrangé pour l'année 1840, mais qui, à raison des circonstances politiques, ne fut ex(*-> cuté que Tannée suivante.
180 CORRËSPOiNDAI^CE
de lire aucune polémique qui m'embrouillerait Tespril ; j'ai mis de côté, pour cette raison, les livres de Desjobert et compagnie. Après avoir fini Tétude dont je vous parle, j'entreprendrai de jeter un coup d'œil sm* la suite des actes coloniaux depuis 1850.
Je ne vous parle point des aiTaires publiques; il y aurait trop à en dire; d'ailleurs, vous êtes à la source de la vie politique. Je crois que le ministère a fait, dans cette circonstance, ce qu'il fallait faire et qu'il faut le soutenir (l'afTaire d'Orient). Mais je n'approuve point le langage de la presse ofiicielle ; ces airs de matamores ne signifient rien. Ne saurait-on être fermes, forls et préparés à tout sans jactance et sans menace? Il faut faire assurément la guerre dans telle conjoncture, aisée a prévoir; mais une pareille guerre ne doit pas être désirée ni provoquée, car nous ne saurions en commencer une avec plus de chances contre nous. Dans Télat actuel de la civilisatioUi la nation européenne qui a contre soi toutes les autres, quelle qu'elle soit, doit à la longue succomber; c'est là ce qu'on ne doit jamais dire a la nation, mais ne jamais oublier. Voilà de sages réflexions qui ne m'empochent pas, au fond de moi-même, devoir avec une certaine satisfaction toute cette crise. Vous savez quel goût j'ai pour les grands événements et combien je suis las de notre petit pot-au-feu démocratique et bourgeois. Là-dessus, je vous quitte, non sans vous avoir embrassé de tout mon cœ .r.
A M. MENRV REEVE, KSQ. 181
V M. IIENRY REEVE, ESrj.
Tocqueville, 7 novembre 1840.
Gomment avez-vous pu croire, mon cher ami, que M. Guizot dût être renversé du premier choc? Je n'ai jar mais eu celle idée un seul instant. Je hii donnais seulement 50 à 40 voix de majorité; il en a eu hier 50, Ce n'est pas de prendre le pouvoir qui lui sera difficile; ce sera de le garder. Je savais très-bien qu'en face de l'Europe coalisée tout entière contre nous^ après les fautes du dernier cabinet, en face des passions démagogiques, la majorité d'une chambre représentant uniquement les classes moyennes n'hésiterait pas. Mais ce n'est là qu'un bien petit côté de la question; car au-dessus' et surtout au-dessous de cette classe moyenne (qui est elle-même très-divisée sur la question) se trouve une nation pins irritée qu'effrayée; irritée contre le prince qui la gouverne; se croyant, à fort ou à raison, profondément humiliée et déchue du rang qu'elle doit tenir en Europe, et tout près de ces résolutions désespérées que de pareilles impressions font naiire chez un peuple orgueilleux, inquiet et irritable comme le nôtre. Là est le péril, le péril unique. Ce n'est pas la guerre pour le gouvernement qui est à craindre ; c'est d'abord le renversement du gouvernement et, après, la guerre. Si le but de l'Angleterre est d'amener ce résultat, il ne tient qu'à elle. Qu'elle use des avantage de sa situation arliielle; qu'elle
i83 GORKESPONDATfCE.
fasse de plus en plus sentir à la France les conséquences de l'isolement; qu'elle triomphe, en un mot, par ses paroles et par ses acles; je ne crois pas qu'elle ait à craindre que le gouvernement français réagisse. Mais je vous prédis que ce gouvernement ne tardera pas à être renversé, et qu'à sa place vous verrez une administration révolutionnaire demander et obtenir ilu pays un effort désespéré qui amènera peut-être sa ruine, mais après avoir mis le feu àtonte l'Europe. Jamais, depuis 1850, ce danger, suivant moi, n'a été plus grand. Ce ne sont pas les seules passions anarchiqnes qui renversent les trtncs : cela ne s'est jamais vu ; ce sont ces mauvais sentiments s'appuyant sur do bons instincts. Jamais le pari i révolutionnaire n'eût renversé la branche aînée, si celleci n'eût flni par armer contre elle le parti libéral. Cv même danger reparaît aujourd'hui sous une autre ferme. Le radicalisme s'appuie momentanément sur l'orgueil national blessé : cela lui donne une force qu'il n'avaiJ point eue.
Je ne vote point avec le ministère actuel. Cependant je suis élranger à l'esprit de parti, et surloul je ne sacrifierai jamais à cet esj)rit ce que je croirai les intérêts permanents de mon pays. Je désirerais donc vivement que les passions que ce minisière fait nailre devinssent moins vives et qu'elles ne nous menassent pas jusqu'à metire en féril avec lui Toidre social. Pour cela, il n'y a qu'un moyen : il n'est pas dans nos mains, mais peutêtre dans lès vôlres. Si la France aperçoit que le Ion que l'Angleterre a pris avec nous s'adressait plutôt au minis-
A M. HENRY REEVE, ESQ. 18j
lèiv €1111 n'est plus qu'à la nation elle-mcmc, si elle voit un changement de conduite et un désir vérilable d'arriverà une transaction, et de calmer des susceptibilités exagérées peut-être dans leurs développements-, mais justes à leur origine, la chute du ministère n'entraînera pas celle de la monarchie. S'il en est autrement, le sort du inonde est livré aux passions aveugles des hommes.
Je vous disais que j'étais dans l'opposition, non dans une opposition démagogique, mais cependant très-ferme. Plusieurs raisons très-puissantes m'ont porté à agir ainsi, entre autres celle-ci : on n'a quelque chance de maîtriser les mauvaises passions du peuple, qu'en partageant celles qui sont bonnes. Adi|?u, mon cher ami; le temps me manque pour vous en dire davantage. Mille amitiés.
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