lVononc<^ h h Chambro des députés le 18 janvier 184i
A W. BOUCIIITTÉ. 210
Je liens pour constant que réducation laïque est la garantie de la liberté même de penser. Je crois fermement que l'Université doit rester le foyer principal des études, et que l'État doit conserver des droits de surveillance frès-étendus sur les écoles mêmes qu'il ne dirige pas. Quand j'ai reproché au gouvernement de n'avoir pas introduit par avance dans l'éducation les perfectionnements qui pouvaient désarmer la critique, je n'ai fait qu'entrer dans une voie qu'avait ouverte Dubois lui-même dans son célèbre rapport du budget en 1857 ; mais je ne suis assurément pas un ennemi de l'établissement univers!* laire ; je le prouverai quand il s'agira de le fortifier en créant de nouveaux collèges et en augmentant les ressources de son budget. Je ne veux qu'une chose; je ne m'en suis jamais caché : je veux qu'il puisse s'organiser a côté de TUniversité une concurrence sérieuse. Je le veux, parce que tel est l'esprit général de toutes nos institutions ; je le veux encore, parce que je suis convaincu que l'instruction, comme toutes choses, a besoin pour se perfectionner, se vivifier, se régénérer au besoin, de l'aiguillon de la concurrence. Voilà ce que je veux, ni plus ni moins.
Vous avez donc eu raison, mon cher ami, de penser et vous avez raison de dire que le sens de mon discoui*s n'était point anti-universitaire; qu'il était encore moins clérical, car il m'a brouillé avec une partie des hommes religieux ; et qu'il indique l'élal d'esprit d'un homme qui veut réglementer et limiter la liberté, non la détruire.
A M. IIKNRY REEVE, ESQ.
Paris, 16 juillet 1844.
Vous m'annoncez, mon cher ami, une excellente nouvelle en me faisant connaître que vous viendrez à Tocqueville vers la fin d'août. J'y serai à celte époque, et ce sera avec un extrême plaisir que je vous recevrai chez moi. Ayez seulement le soin de m'écrire quelques jours à l'avance, pour que je sois sûr de l'époque exacte de votre arrivée ; sans cela, je pourrais être absent pour quelques jours. J'attache un grand prix à ce que nous ])uissions passer un temps assez long à la campagne. Il n'y a que de longues causeries non interrompues qui mettent réellement deux esprits en contact et leur permettent de se toucher sur tous les points.
Je ne sais si madame Auslin vous a dit l'intérêt que je porte à l'un des grands journaux politiques de Paris, le Commerce. Les propriétaires dece journal m'ont proposé, non de le diriger, mais d'exercer une sorte d'influence habituelle et de patronage sur l'esprit de sa rédaction. J'y ai consenti, parce que j'y ai vu une occasion de l'eprésenter dans la presse les idées particulières que j'apporte dans l'opposition. Maintenant, il s'agit de donner au Commerce des mérites qu'il n*a pas encore eus. En première ligne se trouverait une bonne et solide correspondance d'Angleterre, surtout polilique, mais aussi, s'il était possible, d'une autre nature. En fait, toutce qui se passe de considérable dans un genre quelconque chez vous
A M. HENRY REEVK, KSQ 2t21
nous intéresse au plus liar.t point; et cependant nous en sommes fort mal instruits. Connaissez-vous quelqu'un qui pût ou voulût faire quelque chose de remarquable dans ce genre? Vous nous rendriez un immense service de me l'indiquer. Songez à cela : Il s'agit non-seulement de moi, mais d'intcréls et d'idées qui ont plus de valeur que moi.
Je finis par où j'aurais dû commencer, qui est de vous remercier de votre article*. Il m'a vivement intéressé. Je crois, comme vous, qu'il y a de l'exagération dans la hrocliure que vous réfutez*. Le fond pourtant est vrai : la marine à vapeur peut produire son effet à l'aide de beaucoup moins de marins (vrais gens de mer) que la marine à voiles; cela est incontestable. Ses développements doivent donc finir par «tre particulièrement avantageux à la nation qui manque beaucoup plus de matelots que d'arçent. C'est ainsi qu'on peut dire avec vérité que Tapplica(ion générale de la vapeur à la guerre maritime nous sera plus utile comparativement qu'à vous, et rendra la disproportion des forces beaucoup moins grande dans l'avenir qu'elle ne l'est dans le présent. De ceci je suis convaincu, et je crois que le premier homme de génie qui gouvernera la France pendant une guerre maritime avec vous, démontrera bien mieux cela par des faits que je ne puis le faire par des raisonnements.
Mais j'espère que cette expérience ne se fera pas de si tôt. Adieu, mon cher ami; croyez à ma sincère amitié.
1. Arlit-le sur le mcrilc coniparalif tic la marine ii vnpour cl de lu iiiuritic à voiles, public dans la Beviie d'Edimbourg.