Qèolo'fiue anglais et tVrivain de beaucoup demérile
A M. LANJIJINAIS
Sorrcntc, 31 janTicr 1851.
Mon cher ami, je reçois votre lettre du 20 janvier au moment où j'allais vous écrire. Je veux vous adresser h la hâte deux mots, en attendant mieux. Je vous écris dans cette grande presse, parce que dans un quart d'heure il faut envoyer ma leUre à Naplcs à un de mes amis qui part demain et qui doit la porter lui-même à Paris. Je ne veux pas perdre cette occasion de vous parler sans contrainte, ce qu'il est impossible de faire quand on snit que sa lettre passera sous les yeux de la poste de Naples ou séjournera au ministère des affaires étrangères avant de vous arriver. Je n'ai pas oublié l'histoire des correspondances du frère de ***
Comme le temps me manque, je me borne à vous dire que je m'identifie pleinement à la conduite que
AU BARON HUBERT DE TOGQURVILLE. 267
VOUS avez tenue, au langage que vous avez fait entendre, et aux votes que vous avez émis dans Taffaire de la motion Rémusat, parce que c*est un grand malheur que les choses aient été poussées à cette extrémité, mais ce n'est ni votre faule ni la mienne; et, puisqu'elles en étaient arrivées là, il n'y avait nul doute qu'il fallait résister ou périr. Du reste, après ce vote, comme avant, la situation me parait bien difficile et même bien périlleuse, non-seulement pour la république, mais encore pour les institutions libres. J'espère qu'on s'efforce de ramener ceux des membres de la minorité qui ne sont pas irrévocablement engagés, et qu'on prend toutes sortes de ménagements pour empêcher qu'il ne se forme un parti napoléonien compacte. En somme, je suis bien noir pour l'avenir. Je crois que nous luttons en vain, et que la nation nous entraine hors de la liberté. Adieu. Écrivez-moi.
Sorrcnle, 27 mars 1851.
J'ai reçu, mon cher enfant, ta lettre du 18 février, et je m'étonne d'être resté si longtemps sans y répondre, car elle m'a fait grand plaisir. Je crois que ma pa.
1 . Fils aîné du Ticomte É iouard do TocqueTÎHe, et neyeu d'Alexis, succe8!»iveDieni attaché à Tambassadc de Vienne et & celle de Berlin. Une mort prématurée la frappé en 18G5. Alexis de Toci|ueville l'avait en quelcpie sorte adopté pour son fils et institué son hérilior.
resse à écrire depuis un mois est venue de Tclat languissant de ma santé. Rien ne porte plus à la paresst' que le mal d'estomac; c'est une maladie qui donne toutes sortes de mauvaises habitudes e! quelquefois de travers à Tesprit, entre autres la tristesse, qui est un grand travers, car elle ne remédie pas au mal qui arrive et gâte le peu de bien qui peut y être mêlé. Ce mois de mars m'a été très-contraire, non, il est vrai, à la poitrine (et c'est l«^ l'important), mais à tout le reste : il a été cependant en général fort doux; mais je crois que c'est cette extrême douceur même, produite par un vent très-énervanl qu'on nomme le sirocco, qui m'a dérangé. Ce misérable sirocco a soufflé presque coustumment durant les trois dernières semaines, et je m'en suis senti fort affaibli. Je vais du reste beaucoup mieux mainte- , nant, et si j'étais mal, il ne me serait pas permis de m'en prendre au temps; car nous avons maintenant tous les charmes du printemps, avec un air frais qui devrait empêcher d'en éprouver les mauvais effets. Ta tante ne va pas mal, et nous comptons toujours quitter Naples le 14- avril pour gagner Marseille, s'il n'arrive pas d'ici là quelques incidents de santé qui nous retiennent.
Je vois que tu es plongé dans les études préparatoires du baccalauréat. C'est une triste besogne; car le problème à résoudre est d'apprendre dans le moins de temps possible le plus de choses possible, c'est-à-dire sans rien savoir à fond ni d'une fî^gon qui satisfasse : mais la faute en est aux pédants qui ont fait les pro-
A MADAME LA lAARQLlSE DE LEUSSE. 200
{^Tammes, et non aux bons écoliers comme loi qui s'efforcent consciencieusement de les remplir. Je suis sûr que tu réussiras; car tu fais bien lout ce que tu entreprends, et avec un zèle qui vaut encore mieux que le succès. Je suis fâché que tu ne m'aies pas parlé un peu plus dans ta lettre de tes études et de Peffet qu'elles produisent sur toi; car je m'intéresse beaucoup à loi et à tout ce que (u fais.
A MADAME LA MARQUISE DE LEUSSE
Paris, !•' juin 1851.
Ma chère cousine, je nie suis occupé au travers de toutes mes affaires de l'affaire de votre fils, comme vous pouvez croire. J'ai d'abord voulu voir ce jeune homme, aûn de bien comprendre ce qu'il demandait. J'ai été très-content de lui, et j'en ai tiré le renseignement dont j'avais besoin. Je me suis ensuite adressé aux bureaux du ministère de la marine, et j'y ai appris qu'on n'accordait de faveurs de l'espèce de celle que nous sollicilons que pour came de maladie. Votre pétition n'allé- [[uant aucun motif semblable, je me suis permis de la supprimer. Je ne vous en ai pas demandé une autre rédigée dans le sens voulu, parce que j'ai craint qu'en votre qualité de sainte femme, il ne vous parût difllcile de faire le mensonge nécessaire. Moi, qui suis encore un mécréant, j'ai cru pouvoir me le permettre, vous renvoyant toutefois la responsabilité du péché. J'ai donc
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demandé la cliose en mon nom, et en affirmant que
votre fils clait malade.
Je voulais, en effet, vous aller voir le vendredi dont vous a parlé Edouard : mais vous savez que les gens qui font le moins ce qu'ils veulent sont ceux qui ont la prétention de contribuer au gouvernement des autres. Je n'ai donc pu trouver l'heure dont j'avais besoin. Recevez l'expression de mes regrets, ma chère cousine.