‹ Nouvelle correspondance, entièrement inédite, de Alexis de TocquevilleChapitre 56 sur 64 · A M. BOUCHITTÉ · texte numérisé non relu

A M. BOUCHITTÉ

Tocqueville, 25 août 1857.

Je suis bien fâché, mon cher ami, d'apprendre que l'état de mademoiselle votre nièce n'est pas encore assez satisfaisant pour vous donner la certitude de pouvoir vous éloigner d'elle au mois d'octobre. Je conçois votre répugnance à vous éloigner des vôtres avant d'avoir Tcsprit tout à fait tranquillisé. Tout ce que je puis vous dire, c'est que si vous pouvez venir, vous nous ferez grand plaisir. Votre voisin Rivet m'a promis de venir aussi vers cette époque : et dans le même temps Ampère sera établi à poste fixe chez nous. Vous voyez que vous pouvez compter sur une bonne compagnie.

Jo suis revenu d'Angleterre, il y a trois semaines, après avoir fait dans ce pays un voyage qui ne m'a pas appris bepucoupcjenouveau (car jeconnaisdepuislonglemps Iriîs-

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bien les Anglais chez eux et ho)*s de chez eux) , mais qui m'a été cxlrômement agréable. J'ai trouvé dans ce pays une réception si flatteuse, que j'ai dû, en bonne conscience, l'attribuer autant aux principes que je soutiens qu'à moimême, et ai pu m'en réjouir légitimement. Vous pensez que ces impressions rapportées de mon voyage n'ont pas diminué le désir que j'ai de continuer mon livre de mon mieux. Mais cela même m'oblige à des études et à des soins qui m'empêchent même de prévoir quand je pourrai publier.

Je voudrais bien, pour toutes sortes de raisons, que vous puissiez, vous aussi, vous remettre bientôt à l'œuvre; cela prouverait que vos préoccupations de famille ont cessé, et nous ferait espérer une étude originale sur ce sujet éternel : l'action de Dieu sur l'homme et de l'homme en vue de Dieu ; sujet dans lequel chaque génération vient déposer sa pensée, que chaque individu traite intérieurement, soit volontairement, soit involontairement, sans en jamais trouver le fond ; peut-être n'y a-t-il pas de fond, pas du moins que puisse toucher l'inlelligence humaine.

Croyez à tous mes sentiments de bien sincère amitié.

A .M. de: LAVKRGNIi:

Tocqnovillo, \ bicpl ombre 1857.

Votre lettre nous a fait le plus grand plaisir, cher confrère. Nous avons appris ainsi de vos nouvelles et eu la

m CORRESPONDANCE,

preuve que vous pensiez quelquefois à nous : deux choses qui nous sonl loujours très-agréables à savoir. U me semble comprendre par votre lettre que vous êtes maintenant de retour à Paris. C'est donc là que je vous écris. Ainsi que vous le savez, j'ai fait, depuis que nous nous sommes vus, un voyage en Angleterre.... Il faut que je vous dise sur-le-champ que, partout où j'ai prononcé voire nom et m'en suis recommandé, j'ai eu le plaisir de voir que vous êtes apprécié par les Anglais comme vous méritez de l'être. Le mérite si solide de voire livre* (mérile que je me flatte d'avoir découvert un des premiers) vous a donné là, dans l'estime publique, la place élevée qui vous est due. J'ai joui infiniment de ce légitime succès. Sur un seul point je me suis permis quelquefois de con\^aiire une opinion que vous avez émise et à laquelle votre nom donne un grand poids. Les Anglais ont conclu des arlicles, si remarquables, du resie, que vous avez publiés dans la Revue des Deux Mondes sur le recensement, que la France était en pleine décadence. Je vous avoue que si l'on se borne à parler du bien-être malériel et des choses qui y conduisent, je n'en crois rien ; et c'est ce que j'ai cherché à prouver à mes amis d'ouIre-Manche, bien étonnés de me voir sur ce point d'une aulre opinion que celle d'un homme que je louais, d'ailleurs, si souvent. Je crois que l'impression produite en Angleterre par ^'os articles a dépassé ce que vous vouliez. Elle va bien au delà du gouvernement ac-

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