‹ Nouvelle correspondance, entièrement inédite, de Alexis de TocquevilleChapitre 9 sur 64 · La marquise de Gordoue · texte numérisé non relu

La marquise de Gordoue

Warw'.ik, ^26 août 1835.

Je suis sorli du chàleau de Warwick dans un clal

(rexcilalion inlcllcctuelle; et quoiqu^il commençât à faire nuit, ne ^cachant que faire dans le moderne Waiwick, séjour loul a fait prosaïque et indigne de moi dans un lel moiiie::t (remarquez que j'avais dîné), je louai un cheval au grand ébahissement de mon hôte, lequel finit cependant par me livrer sa monture avec loute la défé-

1. Celle lellrc est l'uniijut; frjgmeiil que nous possédions de la |»ius c' armante de toutes les correspondances d'Alexis de Tocqucville, ci-lle riui, à elle seule, remplit toute sa vie, et qui surpasse de beaucoup l'iii - Icrôt de tontes les autres par la vivacité des sentiments qui y sont exprili es, le style passionné dont elle est empreinte et la variété infinie des idées qui y abondent. Malheureusement, celle qui serait, à notre avis, la plus intéressée à publier celle correspondance, et qui seule est compé> ten'.e pour le faire, ne Ta point autorisée, quant à présent, et ne nous fait de grâce que pour celte lettre, dont une copie éfnil, par hasard, tombée dans nos 'uiins (iVo/c de l' Éditeur ^ novembre I8C1.)

rence et lout le respect qu'on monlrc en Angleterre h ceux qui paraissent avoir le moyen de faire des folies. Jo montai donc à cheval, et me dirigeai vers les ruines du château de Kenilworlh, qui se trouvent à six ou sept milles de Warwick. Imaginez-vous une nuit d'Italie : pas une haleine de vent; un ciel sans un nuage, la lune dans son plein ; ajoutez à cela un cheval ardent et léger enire les jambes, tous les siècles de la chevalerie dans la télé et quelque peu du feu de la jeunesse circulant encore dans les veines; et vous concevrez que je ne touchais pour ainsi dire pas la terre. J'arrivai au village de Kenilworlh quedéjà tout le monde était couché; mais je criai si fort à la porte d'une des dernières cabanes, qu'une jeune femme (fort jolie, autant que la lune et mes yeux purent me permettre d'en juger) mit enfin la tète à In fenêtre. Le difficile était cfc lui faire comprendre que je voulusse aller aux ruines du château à cette heure indue. Les ruines sont dans les champs, à un mille du village. Elle me comprit enfin, cependant, et m'indiqua la route avec une bonne volonté qui prouvait peut-être le désir qu'elle avait to gel rid o[ »w?', mais dont je ne la remerciai pas moins. Me voilà donc dans les champs, ouvrant les barrières, sautant les fossés et en quéle du château de Dudiey. Au bout d'une demi-heure je le découvris enfin sur le haut d'une colline, et je fus bientôt dans ses murs; là je mis pied à terre, j'attachai mon clieval à une barrière et je pénéirni parmi les ruines : c'était, en vérité, im opand et rolen-

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